Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Rihanna posant sur l’esplanade de la Grande Mosquée d’Abou Dhabi. Non? Oui?

Posted by Ysengrimus le 28 octobre 2014

Mosque Sheik Zayed

Il est de ces faits divers qui prennent, en leur fugitif instant de vie, une vive dimension de débat philosophique. Il n’est pas dans mes habitudes, surtout ici (et ce, quoi qu’en disent certains petits esprits) de faire dans le journalisme actualiste. Mais cette fois-ci, parce qu’un dilemme touchant le dialogue culturel en monde se dresse, il faut que la pensée marque une pause et se pose où l’œil se pose. Tout débute donc, il y a tout juste un an, avec le communiqué suivant, tombant sur mon petit fil de presse personnel.

GRANDE MOSQUÉE SHEIK ZAYED

(ABOU DHABI — ÉMIRATS ARABES UNIS)

COMMUNIQUÉ

 

Le Complexe de la Grande Mosquée Sheik Zayed tient à signaler clairement que la Mosquée qu’il administre est un des principaux monuments religieux, culturel et civilisationnel des Émirats Arabes Unis. Le Complexe s’est efforcé, depuis sa fondation, de faire la promotion de l’échange culturel avec les personnes d’autres cultures et, de ce fait, il est devenu un haut lieu du tourisme religieux dans la région. Depuis son ouverture officielle en 2007, la Mosquée est vite devenue un fleuron national et cela signifie qu’on très grand nombre de fidèles et de touristes venus de notre pays et du monde entier la visitent.

Dans le cadre de ses activités de nature culturelle, le Complexe de la Grande Mosquée Sheik Zayed est ouvert aux visiteurs de différentes nationalités, se présentant en délégations ou individuellement. Ces visiteurs sont invités à découvrir nos trésors d’art islamique dans un espace manifestant l’excellence de l’esthétique architecturale islamique. Ils sont aussi invités à participer à certaines activités culturelles spécifiques, comme le concours photographique ESPACES DE LUMIÈRE qui attire chaque année des milliers de photographes de partout dans le monde, qui viennent concentrer leur attention artistique sur l’esthétique visuelle spectaculaire de cet extraordinaire édifice.

Les gens sont donc autorisés à prendre des photos sur le site de la Mosquée et de son esplanade mais l’administration de la Mosquée leur demande de le faire d’une façon adéquatement déférente, en gardant constamment à l’esprit qu’il faut se comporter respectueusement, attendu la nature religieuse de l’endroit. Il faut donc éviter de prendre des photos d’une façon inappropriée ou en adoptant des poses qui ne sont pas conformes à la sainteté du lieu. Il faut aussi éviter de parler à voix haute. Il est aussi interdit de boire et de manger.

Le Complexe tient à attirer l’attention sur un incident ayant eu lieu lors de la visite, de nature individuelle, à la Mosquée, d’une éminente chanteuse populaire. La chanteuse en question n’avait pris aucun arrangement préalable avec l’administration de la Mosquée et y avait initialement accédé en passant par une entrée qui n’est pas prévue pour le public. Invitée à entrer dans la Mosquée par une voie d’entrés destinée aux visiteurs, la chanteuse a alors préféré ne pas entrer et s’adonner à une séance de photos sur l’esplanade. Nous avons du finalement la prier de se retirer, quand il s’est avéré que les photos qu’elle prenait n’étaient pas conformes aux exigences de déférence formulées par la Mosquée.

On doit ce petit couac, volontaire ou involontaire, de relations publiques, à la chanteuse Robyn Rihanna Fenty (née en 1988 à la Barbade) qui en était, ce jour là, à la portion moyen-orientale de sa tournée mondiale du moment. Voici un exemple représentatif des photos en questions, sur lesquelles ni la chanteuse populaire ni son service de relations publiques n’ont émis le moindre commentaire ultérieur.

Rihanna a Abou Dhabi

D’autres photos sont disponibles ici, dans un article qui, lui, à l’époque, avait indubitablement pris ouvertement parti contre ce geste de la chanteuse et de son équipe de relations publiques. Nous sommes de fait ici dans un dispositif visuel et sémiologique où absolument rien n’est fortuit. Aux signes ostensibles (noter ce mot, dans toute sa signification tant vive que toc) de fausse déférence que sont le voile cachant les cheveux, le noir uni, le tissu ample de la tenue et le fait que seuls le visage et les mains sont visibles se joignent sciemment et très ouvertement les transgressions: le maquillage, le vernis à ongles, le grand bijou d’or qui, sur certain des plans, est bien placé, pour briller (le Coran est explicite dans sa réprobation du caractère socialement arrogant de l’or), le jump suit (il n’est pas encore dans l’usage pour une femme de se présenter à la Mosquée en pantalons) et, bien entendu, les poses…

Très populaire dans le monde entier (y compris au Moyen-Orient où ses concerts font salles combles), Rihanna c’est aussi un corpus textuel véhiculant ouvertement et sans complexe un corps de valeurs hédonistes et sensualistes. Que je me permettre de vous en montrer un exemple représentatif.

Push Up On Me

We break, we’re breaking down
It’s getting later baby, and I’m getting curious
nobody’s looking at us, I feel delirious
’cause the beat penetrates my body
shaking inside my bones
and you pushing all my buttons, taking me outta my zone

The way that you stare, starts a fire in me
Come up to my room you sexy little thing
And let’s play a game, I won’t be a tease
I’ll show you the room, my sexy little thing

I wish you would push up on me
I wish you would light me up and say you want me
Push up on me

I know many guys just like ya, extremely confident
Got so much flavor with you, like you’re the perfect man
You wanna make me chase ya like it’s a compliment
But let’s get right down to it
I could be the girl that’ll break you down

We break, we’re breaking down
I wanna see how you move
Show me, show me how you do it
You really got me on it, I must confess
Baby there ain’t nothing to it
Baby, who you think you’re fooling?
You wanna come get me outta my dress

(Rihanna, chanson Push up on me, Album, Good girl gone bad, 2007)

Personne n’est dupe de la surface de l’image. Il y a inévitablement un segment non-négligeable des aboudabiens et aboudabiennes qui connaissent ce corpus, s’en démarquent ou s’en réclament (y compris dans sa dimension égalitaire face à l’homme), si les organisateurs des tournées de Rihanna ont épinglé les Émirats Arabes Unis sur la mappemonde de leur trajectoire de concerts. Il n’y a pas de naïveté ici. Aucune naïveté. Tout le monde, d’un côté comme de l’autre de ce conflit fondamental appliqué, sait parfaitement ce qu’il fait… et tout de même tout le monde s’avance un peu. Telle est donc la confrontation. Sa portée de généralité est loin d’être négligeable et on parle ici bien plus de symptôme que d’anecdote. Deux plaques tectoniques ethnoculturelles mondiales se touchent et la pression s’accumule. Sans aller décréter qui est «libéré(e)» et qui ne l’est pas, on a donc d’un côté une chanteuse «de charme» (s’il faut euphémiser) à l’allure et au contenu discursif et visuel sereinement sexualisés et libertins, et de l’autre côté un lieu de culte majeur du monde musulman (avec son esplanade d’une capacité de 40,000 espaces individuels de prière, la Grande Mosquée Sheik Zayed est la sixième plus grande mosquée du monde islamique contemporain) dont on peu supposer que les visiteurs s’y rendent pour des raisons intellectuellement et émotionnellement distinctes de celles dont cette chanteuse fait la description et la promotion.

Il n’y a pas que du subtil et du rationnellement avancé dans les replis conceptuels et commerciaux de la culture occidentale, il s’en faut de beaucoup. Et le théocratisme islamique des monarchies du Golfe, j’ai vraiment pas besoin de m’appesantir sur ses nombreux avatars. Ce genre d’événement montre ouvertement que l’Occident et ses valeurs hédonistes et sensualistes (mais aussi égalitaristes en sexage) pousse le bouchon et s’avance jusque sur l’esplanade d’une grande Mosquée d’un Émirat du Golfe Arabo-Persique. Qui charrie ici? Qui va trop loin? Qui exagère et abuse de la visibilité de l’autre? Où est le faux respect? Qui est la fausse victime? Un dialogue majeur des cultures se concentre dans cet événement d’actualité. Il va falloir prendre parti. Il va falloir s’ajuster. Le progressiste va devoir s’avancer. Le rétrograde va devoir reculer. Le colonialiste va devoir se rétracter, le bigot, se rajuster. Mais qui est qui ici?

En tout cas il y a une chose qui n’est pas anodine dans tout cela. Ce sont les femmes qui sont les reines en blanc et les reines en noir (la batterie la plus puissante donc) sur ce vaste échiquier contemporain. Alors… un an plus tard… Rihanna posant pour une séance de photos sur l’esplanade de la Grande Mosquée d’Abou Dhabi. Non? Oui? Je vous laisse juges…

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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Le confirmationnisme

Posted by Ysengrimus le 7 mai 2014

restez-calme-et-confirmez-le-tout

Il fut un temps (ma jeunesse!) où la pensée critique, notamment celle engageant des remises en question de nature sociopolitique et/ou sociohistorique, ne rencontrait jamais qu’une seule objection: la répression. Tout débat d’analyse se jouait sur le mode de la lutte ouverte et les pouvoirs répondaient à leurs objecteurs en les faisant tout simplement taire. Cela existe toujours, indubitablement, quoique, souvent, sur un mode plus feutré. Mais à la répression directe, frontale, assumée, s’est ajouté un tout nouveau jet d’encre doctrinal, remplaçant sciemment le répressif par l’argumentatif. C’est la Théorie de la Confirmation. Révolution des savoirs, interdit d’interdire et explosion des dispositifs d’information aidant, la pensée critique voit maintenant une pensée anti-critique s’articuler, se déployer, relever le gant, occuper le terrain.

J’appelle confirmationnisme une attitude descriptive visant à remettre sur pied la version convenue de l’analyse d’une situation sociopolitique ou sociohistorique donnée, en affectant de critiquer ceux qui la critiquèrent et ce, en se comportant comme si la version critique ou alternative se devait, comme urgemment, d’être dessoudée (debunked). Le confirmationnisme est une anti-critique post-critique. Son intervention, toujours réactive, est faussement innovante. En fait, tout ce qu’il fait, c’est remettre la version convenue sur pied, sans approfondissement original, mais en la rendant habituellement plus difficilement critiquable qu’auparavant. Toute l’apparence d’approfondissement du confirmationnisme provient en fait, par effet de rebond intellectuel, des analyses critiques qu’il cherche à parer. Le confirmationnisme est un colmatage descriptif et un verrouillage argumentatif, sans plus.

Commémoratif jusqu’au bout des ongles, on peut fournir, par exemple et pour exemple, l’exemple (entre mille) du documentaire THE KENNEDY ASSASSINATION: BEYOND CONSPIRACY, de la BBC (2003), qui reste, à ce jour, l’articulation la plus achevée de la version confirmationniste de l’explication de l’assassinat de John Fitzgerald Kennedy (bien noter, justement, le beyond…). Un tireur isolé, le «marxiste» Lee Harvey Oswald, a fait le coup dans l’ambiance exacerbée de la Guerre Froide, par strictes convictions personnelles (sans implication soviétique ou cubaine) et par narcissisme romantique exacerbé (le documentaire fournit une biographie troublante et détaillée d’Oswald). Il fut ensuite tué par un tenancier de cabaret d’effeuilleuses impulsif, Jack Ruby, qui voulait venger le président. L’exposé de cette remise sur rail de la version convenue des choses est brillant, crédible, indubitablement convainquant et il contrebalance solidement et efficacement la thèse d’un assassinat politique de nature intérieure impliquant plusieurs tireurs. Les dimensions politique (la Guerre Froide, entre autres) et même artistique (le film JFK de 1991 d’Olivier Stone, avec Kevin Costner) sont analysées, toujours dans l’angle confirmationniste. L’idée d’une «conspiration d’assassins» est donnée ici, en gros, comme une croyance collective, frondeuse, années-soixantarde, relayée et futilement perpétuée par quelques tribuns politiques et des artistes. Il faut visionner cet exposé confortablement articulé d’une heure trente (en anglais) pour prendre la mesure du degré de perfectionnement acquis désormais par le discours des anticorps conformistes. On a ici une application imparable de la Théorie de la Confirmation.

Bon, alors, comment fonctionne le confirmationnisme, cette anti-critique contemporaine, de plus en plus répandue, résolue et active? Je dégage cinq facettes à son modus operandi:

1-     Isoler et parcelliser l’événement analysé. Le confirmationnisme dispose confortablement des postulats de la version convenue des choses. Ceux–ci sont sur place, disponibles à chaque point du développement. Il s’agit donc de reprendre ces derniers, de façon étapiste et isolée (surtout isolée d’un tableau sociopolitique ou sociohistorique général), de les enrichir et de les étayer, en monade, pas à pas. On rebâtit calmement cette version des choses dont aucun des morceaux ne manque vu qu’elle était déjà là, avant qu’on ose la questionner. En affectant de tout revoir, de tout astiquer, de tout mettre à plat, comme en s’adressant à un auditoire qui n’aurait pas bien compris, on reprend, insidieusement et sans les nommer ouvertement, les arguments de la version critique qu’on attaque en douce, en en faisant les nouvelles étapes d’un développement neutre en apparence, discrètement influencé par la critique en fait. Le déploiement est donc solidement crypto-argumentatif. La charpente invisible de la version critique le balise. Une par une, monade par monade, les idées reçues, inévitablement présentes à l’esprit, comme lancinantes, retombent en place et la calme sagesse revient. Il s’agit de confirmer et d’étayer, froidement, sereinement, en laissant l’énervement dialectique et le beau risque de l’originalité juvénile, bouillante et tirailleuse se tortiller dans les pattes de l’objecteur, éventuel ou réel.

2-     Prestige et crédibilité implicite des sources conventionnelles. Le confirmationnisme est fondamentalement un conformisme. Il mise sur notre bonne vieille fibre conservatrice et scolastique. Vous pouvez être assurés qu’une description confirmationniste des faits verra à ouvertement (mais toujours discrètement, hein, sans tapage ostensible, comme quelque chose allant de soi) citer une batterie de sources rassurantes et confortantes. Le New York Times, la revue Times, la BBC, National Geographic, Anderson Cooper, le journal Le Monde. On évitera pudiquement certaines sources d’informations senties comme excessivement suspectes ou matamores: Wikipédia, la CIA, Voice of America, Michael Moore, Al Jazeera, et, bien sûr, nos bons vieux soviétiques, dont le fond de commerce ès discrédit reste toujours indécrottablement intact. Ronald Reagan reste un président de qui rien de faux ne peut sortir et Richard Nixon un président de qui rien de vrai ne peut sortir. On utilise ces deux sources à l’avenant, quand c’est possible. Un corollaire patent de cette citation compulsive et doucereusement ronflante de toutes les sources trado comme implicitement valides, sans recul ni questionnement sérieux, c’est la mobilisation ad hominem des éléments de discrédit afférents. Ainsi si votre penseur critique ou votre objecteur alternatif est un citoyen ou une citoyenne ordinaire, s’il est une sorte de franc-tireur et n’est pas bardé de diplômes ou de distinctions, s’il n’a que ses bras noueux, ses jarrets noirs et son intelligence de charbonnier, d’altermondialiste ou de syndicaliste, à brandir pour revendiquer une analyse citoyenne ou alternative d’un fait donné, on contourne prudemment ses arguments (surtout s’ils sont solides) et on l’attaque, lui ou elle. Jugeant l’arbre à son pedigree plutôt qu’à ses fruits, on nie très calmement à ce citoyen roturier le droit à la parole, sans se gêner pour lui signifier qu’il ne fait tout simplement pas partie du cercle des maîtres penseurs. Oui, on en est encore là. On en est revenus là.

3-     Ignorance ouverte ou simplification caricaturale de la version critique. Le discours confirmationniste reste un discours institutionnel et affecter d’ignorer l’existence d’une critique alternative des faits reste un réflexe, justement institutionnel, vieux comme le monde. Même quand certaines analyses critiques alternatives d’un événement ont pignon sur rue et gagnent solidement en crédibilité, les instances confirmationnistes, les journaux et la téloche notamment, n’en parlent tout simplement pas. C’est comme si ça n’existait pas. Si l’explosion de l’internet a pu, un temps, faire croire à une disparition de cette propagande par le silence, force est de constater que l’ordre établi s’est singulièrement ressaisi. Soif de visibilité et twitto-narcissisme obligent, le fameux journalisme citoyen se transforme graduellement en un gros télex des pouvoirs de communication conventionnels. La loi du silence dans le tapage s’y restaure, doucement mais implacablement. Si, la mort dans l’âme, le confirmationnisme se doit d’en venir à faire mention explicitement de la version critique alternative de l’événement, ce sera alors pour la désosser, la désarmaturer, y faire un cherrypick sélectif de traits épars, n’en retenir que les éléments les plus aisément caricaturables et susceptibles d’alimenter la cyber-vindicte implicite qui, elle, n’en rate pas une pour démarrer au quart de tour.

4-     Expansion hypertrophiante de la notion de «Théorie de la Conspiration». Ici, calmons-nous un peu et souvenons nous de la fameuse Commission Trilatérale de notre jeunesse, instance bouffonnement occulte mais surtout obligatoirement OMNIPOTENTE (sans concession aucune — ceci NB). Nos Théoriciens de la Confirmation sont bien prompts, au jour d’aujourd’hui, à oublier que le vrai conspirationnisme du cru pose toujours l’instance qu’il mythologise comme intégralement démiurgique sur le tout du développement historique. Une vraie Théorie de la Conspiration est une analyse fondamentalement totalitaire, une parano absolue, ronde, entière et sans aspérité. Elle postule que l’intégralité des événements historiques, incluant les crises et tout ce qui éclate sans avertir, est froidement décidé par une instance occulte de prédilection (Commission Trilatérale, Groupe Bilderberg, Secte des Illuminati, Sages de Sion, Rosicruciens, Templierspick your favorite, il en faut une en tout cas). Or, le confirmationnisme actuel importe massivement le ridicule paranoïaque de la Théorie de la Conspiration, tout en l’éviscérant de son contenu essentiel. Le programme confirmo ne retient de l’illusion conspiro que ce qui sert sa propre démarche de salissage: la grogne sceptique, le rejet réflexe de l’analyse superficielle des choses, l’ardeur critique en pétarades et la méfiance envers l’ordre établi. Tant et tant que, pour la vision désormais imposée par la Théorie de la Confirmation, quiconque doute un tant soi peu de la version officielle des choses est aussitôt un conspiro hirsute et farfelu. Et pourtant, le citoyen averti n’a pas besoin de croire, mythiquement, de par je ne sais quelle envolée parano stérile et si aisément discréditable, en quelque société secrète mégalo pour flairer le musc banal et peu reluisant de la magouille généralisée. Il est de ces chausse-trappes sociologiques et on en a une vraie bonne ici: la Théorie de la Conspiration 2.0, version édulcorée, multiforme et tout usage. C’est rendu aujourd’hui que la moindre observation critique est immédiatement étiquetée conspiro. Il y a là un baillonnage évident de la subversion intellectuelle collective qui ne dit pas son nom et qui ne se gêne pas pour ratisser large. Conformisme trouillard oblige, oser dénoncer une  conspiration (une vraie, une toute petite, une ordinaire, une conspiration avec un petit «c») devient de nos jours un exercice risqué, un effroyable flux d’arguties, plus nuisible pour l’image de celui qui le fait que pour l’activité de celui qui conspira. C’est tout de même un monde.

5-     Se réclamer de la «science» et des «scientifiques». La Théorie de la Confirmation est très ouvertement scientiste. Elle se réclame tapageusement de la «science», souvent d’ailleurs plutôt les sciences de la nature, hein. Les sciences humaines et sociales ne font habituellement pas partie de son fond de commerce prestige (on connaît la chanson: Darwin est partout, Marx est nulle part). Le confirmationnisme se donne donc comme professant des «faits scientifiques», en imputant, très ouvertement, les «croyances» et les «opinions» à ses objecteurs critiques. Il argumente ouvertement ainsi, très abruptement, malgré le fait que le caractère scientifique de ses assertions est souvent hautement questionnable. Par dessus le tas, le confirmo n’est pas une seconde foutu, en plus, de s’aviser du fait que la science est, de fait, en crise. Bien oui… force est d’observer que la «science» contemporaine barbotte pas mal son grand œuvre. Elle peint des petites souris au crayon feutre en faisant passer ça pour de la greffe de peau, pour obtenir les subventions. Elle prouve «chimiquement» qu’il n’y a pas de corrélation entre tabac et cancer. Elle se crochit comme un croupion au service des intérêts industriels et politiques. En un mot: elle existe socialement. De plus, une somme phénoménale de ce qu’on nomme «science», dans le discours confirmo comme ailleurs, n’est jamais que technique, technicité, plomberie. Chers confirmationnistes, votre «science», elle ment. Elle sert ses employeurs et ses maîtres, elle n’est pas indépendante, abstraite, angélique, laborantine. Elle se déguise en vérité, mais n’est qu’un dogmatisme servile positionnant dans le champ une certaine version des choses. Et, ce que vous percevez comme une absence de débat vite clos par la science, n’est que le reflet, dans votre esprit, des certitudes de ce dogmatisme et de cette version. Douter, investiguer, ne jamais trop se fier aux connaissances indirectes, au diktats, à la fausse neutralité des sources, voilà pourtant le fondement radical de toute science. Qu’avez-vous fait de cette attitude? Vous l’avez ligotée, pour servir tous les pouvoirs et toutes les docilités.

Telle est la tactique d’attaque des confirmationnistes. Ils ont compris que le ridicule ne tue pas. Pire, il congèle, il intimide, il effarouche. On n’approche donc plus la pensée critique avec une matraque. On l’englue dans la gadoue onctueuse du dénigrement raisonné. Faites l’expérience. Essayez-vous à critiquer la version reçue des choses, sans parano totalisante, en toute sincérité, ponctuellement, juste pour la vraie raison honnête qui vous motive: vous la sentez pas et trouvez que ça cloche, un peu ou pas mal. Les confirmos vont se rameuter en rafale. Ils sont collants comme des mouches, en prime. Vous allez vite observer que la nuée grouillante des arguties de la Théorie de la Confirmation vous attend dans le tournant. Libre pensée, vous disiez? Conformisme lourdingue, oui…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Entretien avec une québécoise d’origine libanaise portant le voile

Posted by Ysengrimus le 15 janvier 2014

Qui merite respect

Paul Laurendeau (Ysengrimus): Fatima Massoud, vous êtes de Laval, je suis des Basses-Laurentides. J’ai eu le plaisir de vous rencontrer, en compagnie de votre mari, quand, en compagnie de mon épouse, nous faisions nos courses au beau petit marché en plein air de Saint Eustache. D’abord merci d’avoir accepté cet entretien.

Fatima Massoud: Mais de rien. C’est avec plaisir.

P.L.: On peut donc dire de vous que vous êtes une citoyenne ordinaire québécoise, née à Tripoli (Liban) et immigrée au Québec à l’âge de quatre ans avec votre frère, qui en avait six, votre père et votre mère.

F.M.: Une personne tout à fait ordinaire. Pas intellectuelle et pas politique.

P.L.: Vous travaillez dans le secteur hospitalier.

F.M.: Oui, je suis technicienne de laboratoire dans… disons dans un hôpital de la grande région métropolitaine. Je n’ai pas besoin d’en dire plus sur mon employeur?

P.L.: Non, non, c’est amplement suffisant. Secteur hospitalier, dans le parapublic. Vous seriez donc directement affectée par la « charte ».

F.M.: Tout à fait.

P.L.: Vous êtes québécoise pur poudre. Vous avez été scolarisée à l’école publique. Je vous ai entendu parler, vous parlez un français québécois très semblable à celui de mes enfants. Quelle langue parlez-vous à la maison?

F.M.: Avec papa et avec mon frère c’est en français, coupé de mots arabes. Quand je suis seule avec maman, c’est plutôt en arabe. Maman parle un excellent français, mais elle tient à ce que mon frère et moi gardions notre arabe.

P.L.: Et, du fond du coeur, Fatima, je lui donne raison. C’est une grande langue de culture.

F.M.: Merci.

P.L.: Vos parents conversent entre eux en arabe?

F.M.: Oui, oui, toujours, quand ils sont seuls. Ils passent au français si on a des invités francophones.

P.L.: C’est la diglossie dans les chaumières montréalaises à son meilleur. Et avec votre mari, c’est en arabe aussi, ça, j’ai eu le plaisir de le constater au marché de Saint Eustache. Arabe libanais, dans tous les cas?

F.M.: Oui, oui, arabe dialectal du Liban dans tous les cas. J’ai d’ailleurs beaucoup de difficulté avec l’arabe classique. Je lis le Coran fort difficilement. Je comprends pas tout.

P.L.: Vous le lisez souvent?

F.M.: Rarement, peu et mal. Vous savez, je vais vous avouer un truc que peu d’arabes de la diaspora oseront admettre. Il y a pas beaucoup de musulmans par ici qui lisent vraiment le Coran. La langue du texte est rendue difficile à à peu près tous les arabophones. J’ose même pas imaginer comment s’arrangent avec ça les musulmans qui ne sont pas arabes.

P.L.: Vous êtes musulmane sunnite.

F.M.: Oui.

P.L.: Alors, on voit souvent sur Montréal des libanaises, des algériennes, des marocaines qui se disent ouvertement musulmanes mais ne portent pas le voile. Vous expliquez ça comment?

F.M.: Le port du voile est pas une obligation religieuse. C’est pas un des piliers de l’Islam. On va tendre à le porter si on va à la mosquée mais autrement tu peux ne pas porter le voile et être une pratiquante en bonne et due forme.

P.L.: Alors Fatima, cela nous amène à la question cruciale. Pourquoi portez-vous le voile?

F.M.: C’est un petit peu compliqué à expliquer…

P.L.: Bien sûr que c’est compliqué. C’est justement pour compenser le simplisme ambiant qu’on en parle. Sentez-vous parfaitement à l’aise.

F.M.: Ma famille a quitté le Liban à cause de la guerre. Mes parents, surtout ma mère, ont été très éprouvés. Ma mère a perdu deux frères et un troisième de mes oncles est resté infirme à cause des bombardements. Il y a eu aussi des viols, des atrocités, surtout dans les villages reculés. Je suis née dans la deuxième plus grande ville du pays mais maman vient d’un village de l’ouest du pays. Maman adore son pays et je respecte profondément cet héritage, même si je le connais trop mal.

P.L.: Le Liban est étroitement limitrophe de la Syrie, elle-même, en ce moment, en guerre civile. Cela doit amplifier les inquiétudes.

F.M.: Beaucoup. Vous avez raison de le mentionner. Il est pas possible de parler du Liban sans parler de la Syrie. On va pas entrer la dedans là, c’est trop compliqué, trop douloureux aussi. Ce qui est important c’est que mes parents ont quitté une terre, des amis et des villes et villages qu’ils adoraient à cause de conflits armés dont ils avaient rien à faire. On émigre pas par plaisir, Paul, on émigre, et, donc, immigre, poussés par une nécessité qui nous arrache à notre vie.

P.L.: Je comprends parfaitement. Et je sens aussi le profond respect que vous avez pour vos parents et pour votre héritage.

F.M.: Voilà. Bon… maintenant… Maman considère qu’une femme décente doit couvrir ses cheveux en public. Je ne me présenterais pas, en public ou en privé, en compagnie de maman, tête nue. Ce serait de l’indécence et une agression ouverte envers elle. Maman a cette conception de la pudeur et elle me l’a transmise. Je la respecte. C’est une affaire corporelle et vestimentaire. Une affaire de femmes.

P.L.: Mais la religion?

F.M.: Ne vous faites pas plus nono que vous n’êtes, Paul. J’ai lui votre excellent texte Une fois pour toute: le voile n’est pas un signe religieux et je sais que, contrairement à bien d’autres, vous comprenez parfaitement qu’on porte le voile pour des raisons culturelles. Mais il faut insister —et là votre texte ne le fait pas assez— sur le fait qu’on le porte pour des raisons familiales aussi, par respect pour notre groupe familial, notre communauté rapprochée, qui est une diaspora blessée mais fière, qui tient à son héritage.

P.L.: Cela nous amène à l’autre facette du problème. Certaines femmes —d’aucunes d’origine moyen-orientale— disent que l’obligation du port du voile serait une brimade patriarcale. Vous porteriez le voile par soumission à l’homme.

F.M.: Expliquez aux gens qui disent ça la choses suivante. L’homme auquel je me soumets, c’est mon mari. Lui seul. Allah est grand, et je me donne entièrement à mon mari par amour pour lui et par respect de nos lois. Il est le seul que j’autorise à voir mes cheveux, comme le reste de ma nudité. Je suis sienne. Il est l’homme de ma vie, pour toujours. Ma chair lui fournira ses enfants. Tout ça, c’est là…  Mais nous avons nos petits différends.

P.L.: Comme n’importe quel couple moderne…

F.M.: Voilà. Et il y a un de ces différends que je voudrais bien que vous fassiez découvrir à vos lecteurs ET LECTRICES.

P.L.: Je vous écoute et je sens que ça va les passionner.

F.M.: Bien, mon mari me dit : « Tu vas pas aller perdre ta job pour des histoires de voile. T’auras qu’à faire ce qu’ils te disent. Enlever le voile le jour pour aller au travail et tout sera dit. »

P.L.: Et votre père?

F.M.: Mais mon père il est plus dans le calcul, Paul. Je suis la femme de mon mari, vous comprenez. Si mon mari me dit de lâcher mon boulot pour rester à la maison avec nos enfants, je le fais. C’est lui, ici, le fameux homme aux commandes auquel s’en prennent les femmes féministes qui n’admettent pas que le voile est avant tout une affaire de femmes.

P.L.: Je vous suis, je vous suis.

F.M.: Papa, c’est pas compliqué. Papa, c’est pas un homme compliqué. Il s’occupe pas trop de ces choses là. Il m’aime comme je suis. Simplement, quand maman souffre, papa pleure.

P.L.: Je vous suis clairement. Donc votre mari dit: « t’auras qu’à enlever ton voile ». Et vous refusez.

F.M.: Voilà. C’est là notre petit différend matrimonial. Il est pas mal hein?

P.L.: Ah, il est fortiche. On le voit pas souvent dans les médias, celui-là!

F.M.: Oh non! Et pourtant, il le faudrait. Il faudrait le dire plus que c’est pas parce que je suis voilée que je suis soumise. J’ai mon caractère et je bénéficie, moi aussi, de la modernité occidentale, sur ces questions.

P.P.: Mais alors, pourquoi ne pas enlever votre voile, Fatima. Si votre mari approuve?

F.M.: Mais j’irai pas bosser tête nue, comme une fille en cheveux, devant tous ces gens qui sont pas mes intimes. C’est contre tous mes principes de pudeur. Vous iriez au boulot en slip ou en camisole, vous?

P.L.: Non.

F.M.: Regardez. Et comprenez aussi mon mari, ici. Les hommes immigrants, traditionnellement, s’ajustent plus aux sociétés receveuses. Ils composent, ils louvoient. Ils veulent pas faire de trouble. Ils s’ajustent beaucoup plus qu’on vous le fait croire. Les femmes, elles, composent moins. Elles restent à la maison et gardent la langue et les coutumes. Le voile, c’est ma mère, c’est mon passé, c’est mes coutumes familiales, c’est ma décence, c’est mon respect et c’est mon droit.

P.L.: Et ce droit, vous entendez le défendre?

F.M.: Oui. La Charte Canadienne des Droits me protège. Notre communauté est déjà très active pour voir à la faire appliquer. Bon, ça fait un peu fédéraliste, là, je le sais….

P.L.: Oh moi, je suis un internationaliste. J’avoue, de surcroît, que quand la bêtise est provinciaste, je la joue fédéraste et que quand la bêtise est fédéraste, je la joue provinciaste. Pas de quartier. Deux ennemis valent mieux qu’un, disait Mao…

F.M.: Moi je suis profondément québécoise, toutes mes amies sont québécoises et mes amies qui m’aiment vraiment m’aiment avec mon voile et me prennent comme je suis.

P.L.: Et les gens sur la rue?

F.M.: Oh, leur attitude a empiré depuis que ces histoires de « charte » sont entrées dans l’actualité.

P.L.: C’est vrai donc.

F.M.: C’est très vrai. Et, hélas, la plupart du temps ce sont des femmes qui m’agressent. On a même tiré sur mon voile dans le métro. Je n’avais jamais vécu ça avant, et ça fait vingt-cinq ans que je porte le voile ici, à Montréal et à Laval.

P.L.: Un beau gâchis ethnocentriste qu’ils nous ont mis là. Et, pour conclure, que diriez-vous à ces femmes, vos compatriotes?

F.M.: Bien d’abord, je constate avec joie que vous avez mis au début de cet article l’image que je vous avais fait parvenir.

P.L.: Absolument. Très belle image.

F.M.: Je dis respectueusement à mes compatriotes québécois et québécoises: regardez cette image. Elle parle de l’égalité des femmes.

P.L.: Vous êtes pour l’égalité des femmes?

F.M.: Totalement pour. Je suis pour l’égalité de la femme et de l’homme. Mon mari aussi. Mais je suis aussi pour l’égalité des femmes ENTRE ELLES, face à leurs droits. Cette image dit: pas de citoyenne de seconde zone. Toutes les femmes sont souveraines sur leur apparence corporelle et ont LE DROIT de décider elles-mêmes quelle partie de leur corps elles montrent et quelle partie de leur corps elles cachent en public. Et ce droit, c’est un droit individuel, culturel, non religieux et que je vais défendre, simplement mais fermement, pour moi, pour ma mère et pour mes filles.

P.L.: Vous aurez toujours mon entière solidarité là-dessus. Merci de ce passionnant et éclairant échange.

F.M.: Merci à vous et à l’été prochain avec nos conjoints, au marché de Saint- Eustache.

P.L.: C’est un rendez-vous. On dansera sur les lambeaux de la « charte »!

F.M.: Joyeusement. Je serai alors de tout coeur laïque, mais toujours voilée.

P.L.: Pied de nez!

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Faites-vous du journalisme citoyen de type TÉLEX?

Posted by Ysengrimus le 1 janvier 2014

Bon, c’est déjà tendance de dire que le cyber-journalisme citoyen piétine. On cherche ostentatoirement des explications. On ne se gène pas pour le dénigrer dans le mouvement, ça fait toujours ça de pris. On suggère qu’il est trop de la marge et de la basse fosse. Qu’il fait dans la crispation systématique et la résistance par rejet en bloc. On lui reproche son sempiternel périphérisme. Personnellement, je pense que si le cyber-journalisme citoyen piétine et végète (ce qui reste encore en grande partie à prouver au demeurant), ce n’est pas à cause de son périphérisme, ou de sa marginalité, ou de sa résistite aiguë. Je crois plutôt que c’est le mimétisme qui, lentement, le tue.

Formulons la chose concrètement, sans apparat. Tout commentateur citoyen lit le journal du matin. C’est fatal. On s’informe à l’ancienne aussi. Nos coutumes ordinaires ne se déracinent pas comme ça. Y a pas de mal à ça, au demeurant. On parcoure les titres, on lisotte nos chroniques (honteusement) favorites. On se laisse instiller l’air du temps d’un œil, en faisant au mieux pour dominer la situation. On tressaute, comme tout le monde, au fait divers sociologiquement sensible du moment (il nous fait inévitablement tressauter, c’est justement pour ça qu’il est sociologiquement sensible). Alors, de fil en aiguille, entre la poire et le fromage, on accroche l’ordi portable et on commente à chaud. C’est si doux, si fluide, si facile. Comme on a du bagou et peu de complexes, première affaire que tu sais, un billet est né. Quelques clics supplémentaires et zag, le voici, sans transition, dans l’espace public. Se rend-on compte seulement de ce qui vient de nous arriver, en rapport avec le journal du matin? On vient tout simplement de lui servir la soupe en le glosant gentiment, en le répercutant, sans malice et sans percutant.

J’appelle cyber-journalisme de type TÉLEX l’action d’un repreneur de titres qui répercute la nouvelle du moment en croyant, souvent de bonne foi, l’enrober d’un halo critique. Ce susdit halo critique, bien souvent aussi, est une simple redite clopin-clopant des éditos conventionnels que notre journaliste de type TÉLEX n’a, au demeurant, pas lu. Les carnets de type TÉLEX existent depuis un bon moment (voir à ce sujet ma typologie des blogues de 2009) et certains d’entre eux sont de véritables exercices-miroirs de redite perfectionnée des médias conventionnels. Gardons notre agacement bien en bride, sur ceci. Plagiat parfois, la redite ne l’est pas toujours. Les Monsieur Jourdain de la redite sont légions. Que voulez-vous, on ne lit pas tous les éditos, fort heureusement d’ailleurs. On les redit bien souvent sans le savoir. Et le fait de s’y substituer, sans les lire, ne fait pas moins de soi la voix d’un temps… de la non-avant-garde d’un temps, s’entend.

La propension TÉLEX en cyber-journalisme citoyen rencontre d’ailleurs un allié aussi involontaire qu’inattendu: les lecteurs. Vous parlez du sujet que vous jugez vraiment crucial, sensible, important, vous collectez trente-deux visites. Vous bramez contre l’ancien premier ministre du Québec, prudemment retourné à la pratique du droit, Jean Charest (qui, au demeurant, ne mérite pas moins, là n’est pas la question), vous totalisez en un éclair sept cent cinquante sept visites, dans le même laps de temps. Ça prend de la force de caractère pour ne pas, à ce train là, subitement se spécialiser dans le battage à rallonge du tapis-patapouf. Give people what they want, cela reste une ritournelle qui se relaie encore et encore sur bien des petits airs. Automatiquement accessible, dans une dynamique d’auto-vérification d’impact instantanée, il est fort tentant, le chant des sirènes du cyber-audimat. Beaucoup y ont graduellement cédé, dans les huit dernières années (2006-2014). Et la forteresse cyber-citoyenne de lentement caler dans les sables actualistes rendus encore plus mouvants par ce bon vieux fond de commerce indécrottable de nos chers Bouvard & Pécuchet.

Je ne questionne pas les mérites intellectuels et critiques de la résistance tendue et palpable du polémiste cyber-journalistique. Il est sain, crucial même, de nier (au sens prosaïque et/ou au sens hégélien du terme) la validité du flux «informatif» journalier. C’est exactement au cœur de ce problème que mes observations actuelles se nichent. À partir de quel instant imperceptible cesse-t-on de critiquer le traitement ronron de l’actualité et se met-on à juste le relayer? À quel moment devient-on un pur et simple TÉLEX? Le fond de l’affaire, c’est que l’immense majorité des commentateurs citoyens n’est pas sur le terrain et c’est parfaitement normal. Tout le monde ne peut pas être en train de vivre à chaud le printemps arabe ou la lutte concertée et méthodique des carrés rouges québécois. Le journaliste citoyen n’est donc pas juste un reporter twittant l’action, il s’en faut de beaucoup. C’est aussi un commentateur, un analyste, un investigateur incisif des situations ordinaires. On notera d’ailleurs, pour complément à la réflexion, que les luttes, les rallyes, les fora, les printemps de toutes farines ne sont pas les seuls événements. Il est partout, l’événement. Il nous englobe et il nous enserre. Il nous tue, c’est bien pour ça qu’on en vit. Et le citoyen est parfaitement en droit universel de le décrire et de l’analyser, ici, maintenant, sans transition et sans complexe, dans ce qu’il a de grand comme dans ce qu’il a de petit. Il y a tellement énormément à dire. La force de dire est et demeure une manière d’agir, capitale, cruciale, précieuse. La légitimité fondamentale de ce fait n’est nullement en question. Ce qui est mis ici à la question, c’est le lancinant effet d’usure journalier, routinier. Le temps a passé et continue de passer sur la cyberculture. Les pièges imprévus de la redite chronique de la chronique vous guettent au tournant. Les échéances éditoriales vous tapent dans le bas du dos, que vous soyez suppôt folliculaire soldé ou simple observateur pianoteur de la vie citoyenne. Le premier éclat cyber-jubilatoire passé, ne se met-on pas alors à ressortir le vieux sac à malices journalistique, en moins roué, en moins argenté, et surtout en moins conscient, savant, avisé?

Retenez bien cette question et posez-là à votre écran d’ordi lors de votre prochaine lecture cyber-journalistique. Ceci est-il juste un TÉLEX, relayé de bonne foi par un gogo le pif étampé sur le flux, soudain intégralement pris pour acquis, du fil de presse? Que me dit-on de nouveau ici? Que m’apprend-on? Que subvertit-on en moi? Où est le vrai de vrai vrai, en ceci? Comment se reconfigure mon inévitable dosage d’idées reçues et de pensée novatrice dans cette lecture? Suis-je dans du battu comme beurre ou dans du simplement rebattu, ici, juste ici? Les impressions qu’on m’instille sur l’heure sont-elles des résurgences brunâtres hâtivement remises à la page ou des idées procédant d’une vision authentiquement socialement progressiste? Le fait est que, tous ceux qui on les doigts dansottant sur les boutons résultant du progrès ne sont pas nécessairement des agents de progrès… Il s’en faut de beaucoup.

La voici ici, justement (puisqu’on en cause, hein), mon idée force. Je vous la glose en point d’orgue et, pour le coup, n’hésitez pas à ne pas l’épargner. Mirez la sans mansuétude et demandez-vous si je la relaie, ouvertement ou insidieusement, du journal du matin (ce qui est la fonction essentielle d’un TÉLEX, gros être machinal, déjà bien vieillot et qui ne se pose pas de questions). Le cyber-journalisme citoyen ne piétine pas quand il résiste et se bat. Le cyber-journalisme citoyen se met à piétiner quand, entrant imperceptiblement en mimétisme, il se met à relayer ce qu’il aspirait initialement à ouvertement contredire, nommément la ligne «informative» des grandes agences de presse qui, du haut de leurs ressources perfectionnées et de leurs pharaoniques moyens, continuent d’ouvertement servir leurs maîtres. Le problème central, existentiel (n’ayont pas peur des mots), du cyber-journalisme citoyen n’est pas qu’on le marginalise (par acquis technique, rien sur l’internet ne se marginalise vraiment), c’est qu’on le récupère, en le remettant, tout doucement, dans le ton-télex du temps…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Accès électronique à l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert: investigation méthodique d’un maquis intellectuel

Posted by Ysengrimus le 5 octobre 2013

Il y a deux cents ans pilepoil aujourd’hui naissait Denis Diderot (1713-1784). J’ai tellement pensé à lui quand j’ai écrit le texte suivant en 2002 et, pour tout dire, j’y pense encore….

Diderot-D'Alembert-Encyclopedie

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Ces hérésies sont comme les tonneaux vides qu’on jette à la baleine: tandis que le monstre terrible s’amuse de ces tonneaux, le vaisseau échappe au danger. Tandis que les esprits s’occupent de l’hérésie, le gros de la doctrine échappe à l’examen; mais il faut que le moment fatal arrive. C’est celui où la dispute cesse. Alors on tourne contre le tronc des armes aiguisées sur les branches; à moins qu’une nouvelle hérésie ne succède à la première, un nouveau tonneau qui amuse la baleine.

Denis Diderot, Réfutation suivie de l’ouvrage d’Helvétius intitulé L’HOMME [1774], dans Diderot, D. (1994) Oeuvres – Tome 1 – Philosophie, Robert Laffont, Collection Bouquins, p. 837.

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La pensée matérialiste moderne s’est développée sous la forme d’une culture de résistance à un ordre social n’hésitant pas, pour sa part, à appliquer des techniques de répression toutes matérielles face aux développements intellectuels jugés séditieux (HERRMANN-MASCARD 1968, KAFKER 1973, SHACKLETON 1975, DARNTON 1973: 333, DARNTON 1982: 28-31, SWIGGERS 1984: 86-90, DARNTON 1986). Cette culture de résistance a adopté à maintes reprises une forme -presque un genre littéraire- donnant une part centrale à la stratégie de la dissimulation (LEFEBVRE 1983: 103-112, GREEN 1990, LOJKINE 1999: 67-69). « Les Encyclopédistes excellent à cette petite guerre » (SOBOUL 1984: 20). Aussi, il est clair qu’il faut se féliciter que la censure royale n’ait pas disposé, à l’époque de la parution de l’Encyclopédie, de l’instrument en cours de finalisation par nos collègues de Chicago (ARTFL [En ligne], voir aussi MORRISEY, IVERSON et OLSEN 1998, ainsi que ANDREEV, IVERSON et OLSEN, 1999). En effet, c’eut été la parade parfaite à ce qui fut le principal exercice textuel appliqué systématiquement et à une grande échelle par les Encyclopédistes: la dissimulation d’idées novatrices sous couvert lexicographique. L’oeuvre des Encyclopédistes est un véritable maquis intellectuel, où la rationalité progressiste joue à cache-cache avec la censure, ou plus précisément avec la présomption de censure. Le copieux article Dieu, le docile article Christianisme ne disent rien de trop sulfureux (KAFKER 1964: 40-41 dit sans ambage des auteurs du second: « it was clear that their praise was insincere ». DARNTON 1982: 26 observe que les encyclopédistes sont « obligés d’user de subterfuges en enveloppant leurs articles de fausses protestations d’orthodoxie », voir aussi SOBOUL 1984: 21). Pendant ce temps, le petit article épi est une dénonciation en règle de l’obscurantisme et de ses contre-vérités. « C’est donc au nom de la vérité, et avec pour seule arme un dictionnaire de la langue française déjà censuré par ses éditeurs, que le combat s’est engagé… » (FILLOUX 1978: 58). On peut ajouter que son principal terrain philosophique fut la description de l’anodin. Une telle particularité de ce type spécifique de discours a été rendue possible par le fait qu’un grand nombre des articles de l’Encyclopédie sont très naturellement digressifs. Ce choix méthodologique et stylistique, d’autre part tout à fait de bonne tenue en son temps et ses circonstances (LOJKINE 1999: 65-67), fournit de surcroit, ici, comme d’ailleurs dans le Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (ROSENBERG 1999: 234-235), et dans une multitude d’opuscules, almanachs, et calendriers (réformés notamment), la clef de la dimension crypto-subversive de l’oeuvre encyclopédique. On louvoie dans l’immense nomenclature lexicale, et en même temps on est digressif plutôt qu’allusif, conscients qu’on est de s’adresser à des alliés idéologiques qui aspirent à s’instruire (« Les lecteurs visés par Diderot étaient les laïcs intelligents sans aucune expérience dans le sujet expliqué », dit BIRN 1988: 640). Or, en utilisation non-électronique, la connaissance que nous avons de cette dimension crypto-subversive reste circonscrite par exactement les mêmes limitations qui contraignaient les censeurs de l’époque: la puissante propension à ne consulter un ouvrage lexicographique qu’en se limitant à l’appel « manuel » des quelques mots-vedette correspondant bon an mal an aux concepts recherchés. L’accès électronique va donc permettre aux chercheurs de toutes disciplines de crever le rideau de cette véritable nomenclature-planque, et d’accéder à des informations non encore dominées parce que nichées sous des articles ou mots-vedettes anodins, que les commentateurs n’ont put dépouiller méthodiquement que jusqu’aux lettres B ou C (« …les arguments contre la superstition et le fanatisme, la critique rationnelle de la foi sont en embuscade au coin d’articles tels qu’«Agnus Scythus», «Aigle», «Aius locutius», «Bramine» » dit SOBOUL 1984: 21; voir aussi les exemples fournis par LEFEBVRE 1983: 104-105, tous tirés de la lettre A). Nous proposons de baliser ici la procédure qu’il faut déployer pour sentir la malice (pour reprendre le beau mot de LEFEBVRE 1983: 105) de ce texte polymorphe et étonnant. Nous tentons ainsi de démontrer, sur quelques exemples circonscrits, les avenues ouvertes par la perspective d’une véritable investigation méthodique de cet immense manifeste déguisé en dictionnaire qu’est l’Encyclopédie.

Les mots-clefs: patronymes et noonymes. C’est qu’évidemment, rien ne se fait sans méthode, et l’exaltation que suscite la puissance de l’outil technique n’autorise en rien notre érudition et notre sens critique à s’assoupir. Il s’agit bien d’accéder à la pensée philosophique des Encyclopédistes en la débusquant là où elle se niche, de continuer de tourner contre le tronc des armes aiguisées sur les branches, de contourner les tonneaux vides sciemment jetés à la censure par nos philosophes-flibustiers. Mais il ne s’agit pas pour autant de contribuer -volontairement ou non- à cultiver le triomphalisme inepte et stérile de cette nouvelle cuistrerie Internet, de cette fausse culture du copier-coller, de cette inertie pianotante de la pensée critique, de cette jubilation suspecte du hacker-plagiaire-semi-volontaire qui picore aveuglément et éclectiquement des fragments épars de savoir au ratelier électronique. Nous entendons plutôt, sobrement, simplement et prudemment, procéder à la consultation assistée par ordinateur d’un ouvrage savant et volumineux dont une partie significative du contenu est en fait truquée, puisqu’elle n’est en place que pour leurrer une autorité doctrinale aux prioritée révolues. Le principe qui nous guide est dès lors assez prosaïque: un certain nombre de mots-clefs associés à une prise de parti philosophique sont susceptibles d’apparaître ailleurs que dans l’article traitant de la notion ou de la réalité à laquelle ils correspondent. Plat constat, au sujet duquel il est important de noter par ailleurs qu’on pourrait citer une multitude d’exemples le corroborant sans que la moindre procédure de dissimulation ne soit tant soit peu impliquée. Ainsi le mot patois (LAURENDEAU 1994) a, dans la totalité de l’Encyclopédie, 19 occurences, dont 9 figurent dans l’article patois même, et cela n’autorise en rien à suggérer que les Encyclopédistes avanceraient secrètement une promotion des parlers régionaux de France! Le fait pour un mot-clef d’apparaître ailleurs que sous le mot-vedette n’est pas le garant direct et mécanique d’une activité de dissimulation philosophique. Celle-ci dépend hautement de la nature même du mot-clef et de son entourage textuel. Conséquement, un retour au texte intégral, tome en main de préférence, est le parachèvement indispensable de la démarche proposée ici. Et, de plus, avant de se lancer dans la partie initiale du travail, la phase heuristique, celle dépendant directement du support machine, il faudra sélectionner les mots-clefs à appeller avec une particulière minutie. Minutie intellectuelle, mais aussi minutie philologique. Pour y parvenir, on se donnera d’abord deux grands types de mot-clefs qui nous permettrons de percer les premières sondes dans l’immense corpus, et de circonscrire les passages les plus riches du point de vue philosophique.

Le premier type de mot-clef est le patronyme. Le nom d’un penseur ou d’un auteur est hautement susceptible de figurer dans l’entourage immédiat d’une référence critique ou polémique à sa doctrine ou à son oeuvre. Les absents -comme Meslier (LEFEBVRE 1983: 23), La Mettrie, Lao Tseu- sont ici aussi intéressants et révélateurs que les présents. Mais la prudence s’impose. Ainsi, en s’intéressant au penseur matérialiste Giordano Bruno, on a d’abord la présence d’esprit de repérer les 8 occurences de son nom latinisé, Brunus. Puis, en appelant Bruno même, on semble dégager 18 nouvelles occurences. Mais celles-ci se détaillent ainsi: Saint Bruno (13 occurences, dont 2 dans l’expression Lis de Saint Bruno), Bruno, rivière d’Italie (2 occurences), Bruno Signiensis (1 occurence), Bruno Sanoé (1 occurence). Ce qui ne laisse qu’une seule occurence de plus pour Giordano Bruno. Maigre récolte, qui révèle bien, si nécessaire, les lacunes d’un dénombrement myope des formes. Toutes précautions de ce type prises par ailleurs, la collecte patronymique des principaux penseurs matérialistes (et empiristes. Sur cette importante distinction: LAURENDEAU 1997, 2000) auxquels on est en droit de s’intéresser en priorité se détaille comme suit: Holbach (3 occurences), Helvétius (10 occurences), Condillac (20 occurences), Alembert (28 occurences), Leucippe (33 occurences), Diderot (39 occurences), Gassendi (62 occurences), Anaxagore (58 occurences, dont 17 sous Anaxagoras), Thalès (71 occurences, dont 9 sous Thales), Hobbes (87 occurences), Locke (122 occurences, dont 6 sous Lock), Épicure (136 occurences), Fontenelle (153 occurences), Galilée (189 occurences), Spinoza (205 occurences, toutes sous Spinosa sauf 2), Buffon (233 occurences), Voltaire (308 occurences). On notera aussi, pour la curiosité: Socrate (330 occurences) et Descartes (501 occurences). En faisant la part égale au trop autant qu’ au trop peu, et à l’empirisme autant qu’au matérialisme, nous développerons le cas bicéphale de Bacon (171 occurences): Francis Bacon (155 occurences, dont 21 dans le Discours préliminaire et 11 dans l’article Baconisme ou Philosophie de Bacon), Roger Bacon (15 occurences), auquel on se doit d’ajouter bacon, viande de porc (1 occurence).

Le second type de mot-clef exploitable est le noonyme. Les noms de notions philosophiques ont un rôle capital à jouer dans le type d’investigation proposé ici. Les absences sont ici aussi hautement révélatrices. C’est qu’en appelant certains noonymes, on commet d’intéressants anachronismes, qui sont autant d’indices importants en histoire de la philosophie. Ainsi, il semble bien que ne figurent pas à l’Encyclopédie les noonymes suivants: agnostique/agnosticisme/agnostisme, rationalisme/rationalité, gnoséologie, épistémologie, fidéisme, sensualisme, sensualiste, sensoriel, nominalisme, dogmatisme, mentalisme, mentaliste, mentalité, mentaux. Pas moins intéressants sont les noonymes peu nombreux, dont voici un échantillon représentatif (pour les noonymes, nous avons arbitrairement fixé le « petit nombre » à moins de 500 occurences): idéalisme/idéaliste (4 occurences, incluant les pluriels), immatérialisme (5 occurences), mental (7 occurences), ontologie (8 occurences), éclectisme/éclectique (16 occurences), rationnel (28 occurences, dont 11 dans l’expression nombre rationnel, 8 dans l’expression horizon rationnel, 4 dans l’expression entier rationnel), empirisme (28 occurences), empirique (30 occurences), corpusculaire (30 occurences), matérialisme/matérialiste (33 occurences, incluant les pluriels), idéal (36 occurences), nominaux (40 occurences, dont 30 au sens de « nominalistes »), athéisme (129 occurences), rigoureux (152 occurences), fanatisme (173 occurences), matériel (187 occurences), athée (228 occurences, 98 au singulier, 130 au pluriel), tyrannie (234 occurences), spirituel (256 occurences), monarque (360 occurences), dogme/dogmatique (411 occurences, dont 71 à dogmatique). Les noonymes en surnombre sont d’un intérêt inestimable qu’il faudra encore des années à embrasser et à circonscrire: philosophie (2127 occurences, dont 10 au pluriel), société (2409 occurences), philosophe (2993 occurences, 1691 au pluriel, 1302 au singulier), pouvoir (4556 occurences), science (4667 occurences, 2611 au pluriel, 2056 au singulier), idée (8275 occurences, 4820 au singulier, 3455 au pluriel), sens (8515 occurences), dieu (8517 occurences), esprit (8972 occurences), raison (9078 occurences), matière (9181 occurences), nature (10000 occurences), roi (10045 occurences, 6900 au singulier, 3145 au pluriel). Nous exploiterons ici le benjamin des surnuméraires, le sulfureux noonyme superstition (505 occurences, dont 11 à l’article superstition).

Les articles digressifs et non digressifs contenant les mots-clefs retenus. Nous nous concentrons donc maintenant, strictement aux fins de la présente exemplification et sans préjudice pour les options philosophiques promues, sur les mots-clefs Bacon et superstition. L’étape suivante consiste alors à repérer les articles non digressifs et à les distinguer des articles digressifs, ces derniers étant les plus susceptibles de contenir les manifestations les plus intéressantes de dissimulation philosophique. Ainsi, si on nous explique, dans ces articles respectifs, que la céromancie est une superstition, ou que certains peuples portent des amulettes par superstition, voilà qui est de bonne tenue et nous n’y trouvons pas plus à tiquer que les censeurs du temps. Par contre, le fait que l’idée de superstition soit mentionnée -à chaque fois à trois reprise- dans des articles comme jour ou législateur suffira pour inviter le philosophe à attentivement lire, tome en main, l’intégralité de ces deux articles apparement anodins. Que l’article scholastique contienne sept fois le nom du penseur médiéval Roger Bacon, et on n’a naturellement rien à redire. Mais que Francis Bacon soit mentionné -à deux reprises dans les deux cas- dans les articles causes finales et mosaïque, augmente sensiblement la chance que des digressions dissimulatoires s’y manifestent.. Cette chance est d’autre part plus grande dans le second cas que dans le premier, car causes finales est le type de mot-vedette susceptible d’avoir attiré l’attention de censeurs consultant sélectivement les articles du dictionnaire par thèmes idéologiques, d’où une kirielle de trucages possibles distincts de la simple digression (cf l’article « faussement naïf » carême, et le commentaire qu’en font Soboul et Goujard dans DIDEROT, D’ALEMBERT, et alii 1984: 126). Pour les mots-clefs superstition et Bacon, la distinction entre articles digressifs et articles non-digressifs s’établit donc comme suit (on notera que certaines options pourraient ici être débattues, mais dans le doute, on n’hésitera pas à classer l’article comme possiblement digressif et on retournera aux tomes dans son cas également).

Les articles non-digressifs de l’Encyclopédie contenant superstition et Bacon sont les suivants. Contenant superstition: abraxas; adonie; alphitomancie; abrume; amulette; aniran; art de S.Anselme; astrologie; augurum; azabe-kaberi; baalite; céromancie; cleidomancie; colonne lactaire; critomance; cryptographie; déclamation des Anciens; déesse-mère; Delphes; divination; embaumement; enchantement; enfer; expiation; fanatisme; fazin; féries latines; fête des fous; feu sacré; géhenne; gui; héliognostique; hellequin; huscanaouiment; hydromantie; idole; idolâtre; idolâtrie; Junon; léthomancie; magie; magicien; marumba; mumbo-jumbo; ngambos; omphalomancie; oracle; dieux palices; panthées; paroles de mauvais augure; polythéisme; praemunire; pressentiment; prêtres; printemps sacrés; prodige physique; prophète de Baal; psychomancie; pyrophore; pyromancie; relique; riadhiat; serpent-fétiche; livres sybillins; Sommona-Kodom; sorcellerie; sort; sortilège; statue; superstition; tabra; temple; téphramancie; topilzin; toxcoal; vampire; vestale; zemzem; zoolatrie. Contenant Bacon: baconisme ou philosophie de Bacon (pour Francis Bacon); scholastique (pour Roger Bacon, dont le nom apparait 7 fois dans l’article); repas des Francs (pour la viande de porc).

Les articles digressifs de l’Encyclopédie dont la lecture a été encouragée par les filons superstition et Bacon, c’est-à-dire par la présence de ce noonyme ou de ce patronyme dans le texte, sont les suivants: Aigle à queue blanche (contient superstition 1 fois); athées (contient superstition 8 fois); Agnus Scythus (contient Bacon 3 fois – voir à son sujet les commentaires de Soboul et de Goujard dans DIDEROT, D’ALEMBERT et alii 1984: 56, ainsi que LEFEBVRE 1983: 105); art (contient Bacon 4 fois); causes finales (contient Bacon 2 fois); certitude (contient superstition 5 fois); conscience (contient superstition 1 fois); consolation (contient superstition 1 fois); crise (contient superstition 2 fois); cynique (contient superstition 5 fois); éclectisme (contient superstition 6 fois); épi (contient superstition 1 fois); épreuve (contient superstition 2 fois); AEquè (contient superstition 4 fois); fiction (contient superstition 1 fois); Genève (contient superstition 5 fois); gloire (contient superstition 2 fois); hippocratisme (contient superstition 3 fois); hobbisme (contient superstition 3 fois); illicite (contient superstition 1 fois); influence (contient superstition 3 fois); jour (contient superstition 3 fois); législateur (contient superstition 3 fois); libelle (contient superstition 2 fois); liberté de pensée (contient superstition 3 fois); lugubre (contient superstition 1 fois); luxe (contient superstition 2 fois); mérite (contient Bacon 1 fois); mosaïque (contient Bacon 2 fois); observation (contient superstition 1 fois); observation thérapeutique (contient superstition 2 fois); oeconomie politique (contient superstition 9 fois); oratoire (contient superstition 1 fois); platonisme (contient Bacon 1 fois); poème épique (contient superstition 1 fois); population (contient superstition 5 fois); pressentiment (contient superstition 4 fois); pythagorisme (contient superstition 2 fois); relation (contient Bacon 1 fois); Sébaste (contient superstition 1 fois); sensibilité (contient Bacon 1 fois); subside (contient Bacon 1 fois); télescope (contient Bacon 1 fois); test (contient superstition 1 fois); valeur (contient superstition 1 fois); Venise (contient superstition 1 fois); vie (contient superstition 1 fois); unitaire (contient superstition 1 fois); usure (contient superstition 1 fois); vicissitude (contient Bacon 1 fois); vingtième, imposition (contient superstition 4 fois).

Ce qu’on tire des articles. Au moment de retourner aux tomes, il est crucial de lire soigneusement l’intégralité de l’article, et de se distancier alors sans ambages du traitement en micro-contexte dont le support machine entretient imperceptiblement et inexorablement la coûteuse propension. Inutile de dire que les passages intéressants du point de vue philosophique ne contiendront pas nécessairement le mot-clef nous ayant mené à l’article retenu. Le mot-clef a débusqué les données à investiguer. Grâce au support machine, il a joué son rôle de déclencheur à l’investigation, de révélateur du ton et de la saveur de l’article, de nef pour la baleine, de brûlot du maquis. Mais l’affaire se joue désormais entre le philosophe actuel et son vis-à-vis dix-huitiémiste, comme depuis la nuit des temps. Trois brefs exemples (nous travaillons à partir de DIDEROT, D’ALEMBERT et alii, 1966-67, reproduction en fac-similé de l’édition originale):

Crise (article de 36 colonnes, signé par Bordeu, contient superstition 2 fois): Cet article du médecin Bordeu porte sur les crises dans la maladie, et sur le décompte des jours de répit et des jours de crise -les jours critiques- dans la progression d’un mal aigu. L’auteur résume et confronte les vues de Galien et d’Hippocrate sur la question. Le livre des épidémies d’Hippocrate entre en contradiction avec ses Aphorismes sur la périodicité des crises. L’auteur de l’article a alors ce mot: « Tout ce qu’on peut supposer de plus raisonnable en faveur d’Hippocrate, s’il est l’auteur de ces ouvrages dans lesquels on trouve des contradictions, c’est que ces contradictions sont dans la nature, & qu’il a dans toutes les occasions peint la nature telle qu’elle s’est présentée à lui; mais il a toûjours eut tort de se presser d’établir des regles générales: ses épidémies doivent justifier ses aphorismes, sans quoi ceus-ci manquent de preuves, ils peuvent être regardés comme des assertions sur lesquelles il ne faut pas compter« (tome 4, 474a). Depuis cette analyse finement dialectique, on glisse ensuite vers une critique de l’esprit de système et du dogmatisme. « Il y a apparence que les dogmes devinrent à la mode, qu’ils pénétrerent jusqu’au sanctuaire des sectes des médecins. Ceux-ci furent aussi surpris de découvrir quelques rapports entre les opinions des philosophes & leurs expériences, que charmés de se donner l’air savant: en un mot, ils payerent le tribut aux systèmes dominans de leur siècle, ce qui est arrivé tant de fois depuis… » (tome 4, 474a). Et on développe alors, en dénonçant l’influence de la doctrine des nombre pythagoricienne et de l’astrologie sur la médecine antique et moderne. En suivant l’évolution de la médecine et les bonheurs et les avatars de la doctrine des crises, l’auteur en arrive au médecin Stahl, et s’autorise alors l’aparté typique des Encyclopédistes: « …mais disons-le puisque l’occasion s’en présente: il seroit à souhaiter pour la mémoire de Stahl, qu’il se fût moins avancé au sujet de l’ame, ou qu’il eût trouvé des disciples moins dociles à cet égard; c’est là, il faut l’avoüer une tache dont le Stahlianisme se lavera difficilement. On pourroit peut-être le prendre sur le pié d’une sorte de retranchement, que Stahl s’étoit ménagé pour fuir les hypotheses, les explications physiques, & les calculs: mais cette ressource sera toujours regardée comme le rêve de Stahl; rêve d’un des plus grand génies qu’ait eu la Medecine, il est vrai, mais d’autant plus à craindre, qu’il peut jetter les esprits médiocres dans un labyrinthe de recherche & d’idées purement métaphysiques. » (tome 4, 478a). Et d’amorcer l’analyse détaillée de la perpétuation et de l’extinction de la doctrine des crises dans la médecine de son temps sur la remarque suivante: « En un mot il faut convenir qu’on s’égare presque nécessairement, lorsqu’on se livre sans réserve au raisonnement en Medecine. La dispute entre les anciens & les modernes, dont je viens de dire quelque chose, ne peut & ne doit être vuidée que par l’observation » (tome 4, 482a). Et, en conclusion, ceci: « En un mot, il est nécessaire pour terminer la question des crises, ou pour l’éclaircir, d’être libre » (tome 4, 489a)

Relation (article de 5 colonnes, initialé D.J, contient Bacon 1 fois.): L’auteur décrit les différents types de relations en voyant bien, au début de l’article, à faire « en sorte que la relation, dans quelque sens qu’on la prenne, ne réside toujours que dans l’esprit, & non pas dans les choses mêmes » (tome 14, 62a). Puis, au coeur de ce taillis idéaliste, se niche le relativisme moral: « C’est la conformité ou la disconvenance de nos actions à quelque loi (à quoi le législateur a attaché par son pouvoir & sa volonté, des biens ou des maux, qui est ce qu’on appelle récompense ou punision), qui rend ces actions moralement bonnes ou mauvaises. » (tome 14, 62b), suivi, sous le sous-titre Relation historique, du relativisme historique, complété d’um matérialisme gnoséologique dont on cite ouvertement la source: « …on ne peut souvent présenter que des conjectures à la place des certitudes; mais comme la plupart des révolutions ont constamment été traitées par des contemporains, que l’esprit de parti met toujours en contradiction, après que la chaleur des factions est tombée, il est possible de rencontrer la vérité au milieu des mensonges opposés qui l’enveloppent, & de faire des relations exactes avec des mémoires infideles. C’est une observation du chancelier Bacon; on ne saurait trop orner cet ouvrage des pensées de ce beau génie. » (tome 14, 63a-b).

Épi (article de 1 colonne, non signé, contient superstition 1 fois): Après la définition de l’épi comme touffe de poil rebelle, la remarque suivante, typique, mais toujours soigneusement dissimulée: « Il n’est pas étonnant que dans des tems de té[ne]bres & d’obscurité, la superstition ait pû ériger en maximes tout ce qu’elle suggere ordinairement à des esprits foibles & crédules; mais il est singulier que dans un siecle aussi éclairé que le nôtre, on puisse croire encore que les épis placés aux endroits que le cheval peut voir en pliant le cou, doivent dépriser l’animal, & sont incontestablement d’un très-sinistre présage. On ne peut persévérer dans de semblables erreurs, qu’autant qu l’on persévere dans son ignorance, & peut-être cette preuve n’est-elle pas la seule de notre constance à fuir toute lumière. » (tome 5, 775b)

…il faut que le moment fatal arrive. C’est celui où la dispute cesse.

Mené à une grande échelle et systématiquement, ce type d’investigation fera des merveilles pour la clarification des multiples facettes encore méconnues du matérialisme philosophique des Lumières, dans ce qu’il avait de collectif et de consensuel (sans que cela n’exclue de fermes débats internes, voir LE RU 1999) chez la foule déterminante des penseurs « mineurs » qui façonnèrent l’Encyclopédie (sur ces derniers, voir KAFKER 1963). Des trouvailles nous attendent, qui remettrons notamment en question la réputation « métaphysique » et « mécaniste » que l’on fait à ce matérialisme. La procédure d’investigation proposée ici est simple et rendue fulgurante par l’outil électronique. L’analyse et le débat philosophique, eux, se feront encore avec le bon vieil outil cortical… On peut conclure que la dispute sur l’importance heuristique de l’accès électronique à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert cessera bien vite. Pour sa part, le débat philosophique, notamment la lutte fondamentale entre matérialisme et idéalisme, continuera cependant de se développer et de s’approfondir. C’est que c’est le seul des deux engagements où la machine ne joue qu’un rôle ancillaire.

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La sculpture urbaine LES CLOCHARDS CÉLESTES fourvoyée dans le plus poche des parcs de poche de Montréal: le Parc Miville-Couture

Posted by Ysengrimus le 22 août 2013

Les meurt-de-faim et les artistes
N’ont pour tout bien que leurs cœurs tristes.

Émile Nelligan
(Poésies complètes, BQ, 1992, p. 146)

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LES CLOCHARDS CÉLESTES de Pierre-Yves Angers (1983). Le Grand Adjuvant pointe le ciel du doigt et tient la tête du Petit Aidé. Le Moyen Adjuvant pointe aussi le ciel du doigt et touche l’épaule du Petit Aidé. Le Petit Aidé regarde sereinement dans la direction que lui indiquent les Adjuvants.

LES CLOCHARDS CÉLESTES de Pierre-Yves Angers (1983). Le Grand Adjuvant pointe le ciel du doigt et tient la tête du Petit Aidé. Le Moyen Adjuvant pointe aussi le ciel du doigt et touche l’épaule du Petit Aidé. Le Petit Aidé regarde dans la direction que lui indiquent les Adjuvants.

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C’est pas mon genre de criticailler ce que me donne la ville. Mais là, le bouchon est poussé un peu loin quand même. Quand quelque chose est pas marrant, mal fagoté, tristounet, peu plaisant, godiche, barboté, minus ou raté, les québécois disent que c’est poche. Il faut donc dire sans tergiverser que c’est pas mal poche d’avoir casé la sculpture urbaine LES CLOCHARDS CÉLESTES de Pierre-Yves Angers (1983), dans le parc de poche où elle se trouve fourvoyée, le Parc Miville-Couture à l’intersection de la rue Amherst et du Boulevard René Lévesque, à Montréal.

Un mot d’abord sur la sculpture elle-même. Elle fut façonnée il y a trente ans pilepoil cette année, elle mesure 6.4 mètres de haut et elle est du même artiste que LE MALHEUREUX MAGNIFIQUE. Elle procède d’ailleurs à la fois du même matériau que ce dernier, du même traitement anthropo-minimaliste (formes humaines dodues mais esquissées, sans vêtements, ni instruments, ni traits, ni pilosités. Certaines des mains n’ont pas cinq doigts) et de la même thématique tournant autour de la souffrance humaine. Mais les Clochards Célestes est un dispositif moins explicite, moins dépouillé, moins pétant que le Malheureux Magnifique de 1972. La sculpture de 1983 est plus compliquée, plus embrouillée, moins limpide. Mais bon, elle fonctionne. Et, entre autres, elle fonctionne comme une sorte d’antonyme de son parent esseulé de l’intersection Sherbrooke et Saint-Denis. Là-bas, le Malheureux Magnifique est accroupi, aplati et le perso est fin seul. Ici, les personnages sont trois — le Grand Adjuvant, le Moyen Adjuvant et le Petit Aidé — et ils se redressent les uns les autres, collectivement et comme par étapes, en s’ouvrant vers cette voûte céleste qui justement semblait peser si lourd sur le Malheureux Magnifique. C’est très moral, optimiste et socialement solidaire, moins dépressif, terrifié et paumé que le Malheureux Magnifique. Dans la scénarisation de la composition, le Grand Adjuvant et le Moyen Adjuvant pointent le ciel du doigt et/ou de la main, comme au bénéfice du Petit Aidé qu’ils tiennent à la nuque et à l’épaule et qui, lui, est assis (ses jambes semblent même tronçonnées) mais bombe vers le même ciel, un torse un peu moins esquissé que le reste des lignes corporelles du trio. Les trois acteurs font face au sud en tournant légèrement la tête vers l’est. Ils sont l’un derrière l’autre, intimement accolés, du sud au nord, du plus petit au plus grand. Ils s’appuient les uns sur les autres, anti-dominos se redressant: le Grand Adjuvant supporte le Moyen Adjuvant et les deux supportent le Petit Aidé. Ils sont comme empilés et partiellement enchevêtrés. Le Moyen Adjuvant, sandwiché au centre de la composition, est le moins discernable des trois. L’image globale ne se décode pas automatiquement. Il y a vraiment quelque chose de cryptique, de pas simple, d’ardu, de pas évident. Il faut regarder longuement la sculpture, tourner autour et, surtout, lui faire face pour finir par saisir ce qui se passe.

Le Malheureux Magnifique et les Clochards Célestes ont une autre caractéristique primordiale, primale, qui leur est commune. Ce sont des nus fessus. Les fesses indubitablement ont de l’importance dans ces deux œuvres qui sont, sans l’ombre d’un doute, chacune à sa manière, des aventures callipyges. Et c’est ici justement que l’aventure passe en mésaventure, vu qu’une insidieuse censure s’applique sans bruit, en douce… et qu’elle va prendre une tournure passablement nuisible, dans le cas des locataires gigantesques du Parc Miville-Couture, ce petit parc de poche pocheles Clochards Célestes sont fourvoyés. Pour discrètement censurer le Malheureux Magnifique, on l’a retiré, sans trompettes, de la petite place où il se trouvait auparavant et on l’a collé dos à un mur. Tant et tant qu’il n’y a eu que des photographes très assidus et méthodiques pour aller lui chercher les fesses (et, dans le même mouvement, pour problématiser celles-ci thématiquement). Dans le cas des Clochards Célestes, ce sont les fesses du Grand Adjuvant (les seules visibles), le point terminal nord de l’empilade humaine représentée, qui vont poser problème. Mais n’anticipons pas.

Passons plutôt sans transition à ce petit parc à l’intersection de la rue Amherst et du boulevard René Lévesque. Le Parc Miville-Couture est un modeste rectangle dont on voit facilement les quatre coins. Il est cerné par deux murs d’immeubles sur ses flancs nord et est, par le boulevard René Lévesque et la rue Amherst sur ses flancs sud et ouest. Dans le sens nord-sud, il se traverse en soixante pas ordinaires. Dans le sens est-ouest, en trente. En principe, je n’ai rien contre les parcs de poche. Il en est de fort jolis et, en soi, le Parc Miville-Couture ne fait pas exception. Quelques bons érables suffisent à l’ombrager très honorablement et, abstraction faite du bruit des voitures (le boulevard René Lévesque est une des plus grosses artères de la métropole – mais bon, il faut bien assumer la ville), il est tout à fait possible de s’y asseoir et d’y lire un livre ou son journal sans trop de difficulté. Le problème est ailleurs.

Ça commence à clocher avec la disposition des quelques bancs disponibles. Il y a des bancs tout autour de la statue mais tous ces bancs, sauf deux, tournent le dos à ladite statue. (comme on le discerne quand on regarde la statue depuis la rue Amherst — matez moi ce banc qui (nous) regarde (sur) Amherst et tourne le dos à l’oeuvre). Donc, quand on s’assoie sur ces susdits bancs tournant le dos à la statue, on discerne sans faillir les bagnoles qui passent sur la rue Amherst et/ou sur le boulevard René Lévesque. Tant et tant que, pour pouvoir regarder la statue, il faut, en fait, marcher autour du petit demi-ovale carrelé sur lequel l’œuvre est posée dans ce petit parc de poche duquel il faudrait, du reste, pouvoir sortir un peu pour voir cette masse de plus de six mètres de haut avec la perspective adéquate, c’est-à-dire depuis pas trop près de sa base. Quand on se décide finalement à aller s’asseoir sur un des deux seuls bancs depuis lesquels on peut regarder la statue, on se retrouve sous deux grands arbres nous cachant partiellement la partie supérieure de l’œuvre. Depuis ces bancs, qui sont côte à côte au nord du parc, ne nous sont visibles alors… que les longues jambes et les fesses plantureuses du Grand Adjuvant. Et ce, en gros plan (car nous sommes encore bien trop proches de la statue).

Les fesses du Grand Adjuvant des CLOCHARDS CELESTES telles que vues depuis un des deux seuls bancs du Parc Miville-Couture faisant «face» (si vous me passez le mot) à la statue. Photo: Robert Derome (la prise date un peu. Aujourd’hui, le feuillage d’un arbre cache le dos du perso)

Les fesses du Grand Adjuvant des CLOCHARDS CELESTES telles que vues depuis un des deux seuls bancs du Parc Miville-Couture faisant «face» (si vous me passez le mot) à la statue. Photo: Robert Derome (la prise date un peu. Aujourd’hui, le feuillage d’un arbre cache le dos du perso)

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Sur le coup, toujours bon public, j’ai voulu d’abord y voir une sorte de vengeance thématique antithétique du sort fait au Malheureux Magnifique, par le dispositif urbain… mais aussi par l’artiste même. Notre bon Malheureux est accroupi, les fesses cachées contre le sol (de par l’artiste) et devant un mur (de par son emplacement urbain). Ici, avec ces trois Clochards, loisir nous est donné de bien contempler des fesses triomphantes fièrement dressées entre les jolies feuilles de nos bons érables sains et verts (ou multicolores en automne). Cette idée d’une antinomie fessière entre les deux œuvres marcherait sans clopiner, possiblement, à la rigueur, si le Grand Adjuvant était fin seul dans la composition. Or il y a trois Clochards… et, trois fois hélas, depuis le point de vue des seuls bancs faisant face à l’œuvre, les deux autres persos, et, conséquemment toute la thématique complexe et symboliquement «céleste» de la composition, nous sont cachés par les jambes et le cul du Grand Adjuvant qui occupent, elles, tout notre champ de vision. L’œuvre nous tourne le dos, ni plus ni moins. C’est pas voulu, ça. La statue comme narration, ne peut pas être contemplées depuis ces seules places assises l’envisageant. On raterait alors le tout de sa théâtralité. Tout ce qu’elle fait, c’est de nous montrer son cul, ce qui ne fonctionnerait que si c’était là sa fonction exclusive.

C’est en retournant mentalement la statue de cent quatre-vingt degrés pour qu’elle me fasse face sur mon banc lui faisant «face» (la voici maintenant mentalement cul au sud) que j’ai commencé à me dire qu’il y avait là moins jubilation d’antonymie thématique fessue que censure urbaine insidieuse. Me projetant ensuite (mentalement toujours, hein, on peut pas vraiment y aller physiquement: trop de bagnoles) quelque part en un point situé entre les deux voies du boulevard René Lévesque, je me suis dis que quelqu’un se trouvant là, en voiture par exemple, ne verrait alors, de ma statue retournée (mentalement), qu’un grand cul blanc dressé dans le feuillage des érable. Comme l’avant de la composition, trop complexe narrativement et figurativement, ne peut pas être saisi efficacement depuis une voiture qui, elle, file et rate le tout du show dans son mouvement, force me fut de conclure que la priorité avait donc été moins de montrer la petite façade de l’œuvre aux automobilistes que de leur cacher son grand cul… C’est bien vrai de vrai que, depuis le boulevard, il aurait vraiment été difficile de donner un titre autre que cul immaculé sous les arbres à cette composition. Et comme en plus la rue Amherst est une des bonnes artères permettant d’accéder au cœur du Quartier Gai, situé lui-même un peu en contre-haut, à environ trois-cent cinquante pas ordinaires, sur la rue Sainte-Catherine, les interprétation folâtres de ce signal d’entrée vers le Village n’auraient pas manqué de fleurir… C’eut été cocasse, savoureux et drolatique mais il faut quand même aussi tenir un petit peu compte de ce que l’œuvre fait effectivement.

Sur la base de ce potentiel catastrophique ès malentendus & innuendo en rafales, j’ai laissé tombé l’idée de pouvoir simplement m’assoir devant cette œuvre, dans ce petit parc, sans tout y chambouler (du moins par la pensée). Renonçant donc à voir la statue de face depuis mon banc, je l’ai remise mentalement dans sa position initiale, cul dans ma direction (la voici maintenant revenue cul au nord). J’ai alors envisagé, mentalement toujours, de retourner les bancs se trouvant devant la statue, depuis l’autre côté du parc de poche (son côté sud), pour qu’ils regardent la scène avec les trois persos. Mais ces bancs sont bien trop proches du boulevard René Lévesque. On s’y retrouve au soleil, l’ombrage des arbres surplombant la statue ne les rejoint pas et on a le tapage du boulevard bien installé dans les oreilles. On n’est plus vraiment dans le parc, sur ces bancs du sud. Ces bancs sont de fait occupés par des gens attendant le bus (il y a aussi un abribus sur le boulevard, à bâbord du Grand Adjuvant). Retourner puis, ensuite, inévitablement, rapprocher ces bancs de l’avant du parc de la statue priverait ces gens de leur banc pour attendre le bus et ne donnerait rien de plus dans le parc de poche même. Ils seraient alors sous l’ombrage des arbres, certes, mais on y verrait l’avant de la statue de trop près, ratant complètement l’expérience qu’on vit pour embrasser la complexité de sa portion avant, quand on se tient debout aux pourtours de l’ovale carrelé qu’elle occupe au centre du parc. Le parc est trop petit, hostie. Inutile d’ajouter qu’il serait idiot et cruel d’élaguer les arbres pour rendre la statue plus visible, de cul ou de face. Le parc dessert très mal l’œuvre qui l’occupe mais gagne finalement passablement en agrément justement d’être ombragé par ce tout petit bouquet de vieux arbres.

Les deux bancs donnant sur la rue Amherst pourraient, eux, êtres retournés et permettraient au moins de contempler la statue de franc profil, ce qui est un angle intéressant. Pourquoi diable ces bancs là sont-ils tournés vers la rue Amherst plutôt que vers nos trois nudistes immaculés? Sais pas. Ou alors, serait-ce, oh… oh… que le Grand Adjuvant debout et penché légèrement vers l’avant, montrant fièrement le ciel à ses deux comparses, a, ici aussi, de profil, les fesses maximalement saillantes? La censure derechef aurait joué? La peur des plaintes à la mairie de ces bigots tapageurs et de ces pense-petits méthodiques qui, de facto, mènent le monde? C’est tristement envisageable. Enfin, ces deux autres bancs là regardent donc les bagnoles bifurquer en trombe dans l’intersection et ne profitent pas, eux non plus, de l’ombrage des arbres. Tout se passe comme si ces bancs avaient en fait été mis en place avant l’installation de la statue et qu’on avait négligé de les reconfigurer pour servir l’œuvre. Ça aussi, hélas, c’est tristement envisageable. Ah, mes amis, il faut le voir pour le croire… arbres, disposition des bancs, volume du parc, emplacement, positionnement de la statue, carence en espace piétonnier sur cette grosse intersection vacarmeuse, tout cloche dans ce parc de poche. Et c’est bien poche car c’est au détriment de la statue les Clochards Célestes, cette belle œuvre insolite, dense et généreuse qui, conséquemment, est mal connue et, vraiment, mériterait mieux… ou ailleurs… ou autrement…

LES CLOCHARDS CÉLESTES de Pierre-Yves Angers (1983). Photos: Allan Erwan Berger

LES CLOCHARDS CÉLESTES de Pierre-Yves Angers (1983). Photos: Allan Erwan Berger

LES CLOCHARDS CÉLESTES de Pierre-Yves Angers (1983) vus depuis... le banc de parc leur tournant le dos sur la rue Amherst. Photo: Allan Erwan Berger

LES CLOCHARDS CÉLESTES de Pierre-Yves Angers (1983) vus depuis… le banc de parc leur tournant le dos sur la rue Amherst. Photo: Allan Erwan Berger

LES CLOCHARDS CÉLESTES  (inquiétant détail) de Pierre-Yves Angers (1983). Photo: Allan Erwan Berger

LES CLOCHARDS CÉLESTES (inquiétant détail) de Pierre-Yves Angers (1983). Photo: Allan Erwan Berger

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Le nouveau totalitarisme du contrôle des appellations

Posted by Ysengrimus le 1 juillet 2013

Notre sidérante affaire débute il y a quelques années, quand l’actrice et chanteuse Lindsay Lohan intente une poursuite de cent millions de dollars américains contre une agence de publicité, pour l’utilisation du prénom LINDSAY dans un commercial du Super Bowl portant sur une petite bébé turbulente ayant tendance, disons, à abuser du biberon… Insistons fermement d’abord –en ouverture– sur un point. Ici, ce n’est pas mademoiselle Lohan qui déraille. C’est, plus nettement, la notion de propriété privée qui s’emballe et qui devient follement totalitaire… Il faut prudemment voir à ne pas se laisser influencer par un titre ou un sous-titre de canard racoleur et populiste. L’affirmation “The world revolves around Lindsay. [Le monde gravite autour de Lindsay]” est un commentaire d’ouverture poudre aux yeux, dans le genre de cette image bien connue du président Obama, ce bourgeois raffiné et un rien hautain, s’amenant en bras de chemise dans ses meeting populaires pour faire peuple lui-même. En ouvrant ici l’exposé de la nouvelle dans cet angle du ci-devant narcissisme de mademoiselle Lohan, un certain journalisme vous oriente sciemment la pensée. On dévie ouvertement de l’enjeu critique en cause et on manipule le propos au départ, dans la direction du petit potin sans portée. Le commentaire d’ouverture correct serait: Le prénom de Lindsay Lohan fait-il partie de la propriété intellectuelle (privée) de sa marque de commerce? La réponse reste non, mais le topo n’est plus détourné dans le style ad hominem et creux des feuilles de chou mondaines. Qui donc veut confondre ici l’entreprise qui poursuit avec l’ego de la petite vedette en cause dans la poursuite? Personne de vraiment sérieux. Pendant qu’on tape sur les doigts de mademoiselle Lohan tous en choeur, le totalitarisme privé lui, reste, en douce, bien niché dans les implicites non questionnés. Cela vient vieux à terme, ce genre de journalisme de surface. Ceci était MON ouverture sur cette question.

Traitons ladite question dans sa dimension radicalement ethnoculturelle (plutôt que superficiellement potino-anecdotique). Le problème est assez ancien. Il rejoint (sans s’y confondre) la question, toujours sensible, de l’antonomase sur marques de commerce (kodak, kleenex, et, en anglais, les verbes to hoover, to xerox, pour n’égrener que de maigres exemples qui, vieillots, ont la qualité, fort prisée vue l’ambiance, d’être sans risque). Alors, bon, les prénoms MICKEY, ELVIS et MADONNA sont-ils associés à des objets culturels spécifiques? Personnellement, je pense que oui. Par contre, cette poursuite-ci de cent millions (cela ne s’improvise pas par narcissisme individuel, une poursuite de cette amplitude) tente tout simplement le coup d’ériger LINDSAY en objet culturel similaire… À tort, je pense… mais il ne serait pas si facile de formuler un net critère démarcatif. Le problème, déjà fort emmerdant, se complique ici, en plus, d’une facette diffamatoire. On découvre, dans l’article que j’ai mis en lien, un résumé de l’argument de la poursuite. Il se lit comme suit: “They used the name Lindsay,” Ovadia said. “They’re using her name as a parody of her life. Why didn’t they use the name Susan? This is a subliminal message. Everybody’s talking about it and saying it’s Lindsay Lohan [Ils utilisent le prénom Lindsay pour parodier sa vie, a déclaré Ovadia. Pourquoi n’ont-ils pas pris le prénom Susan? C’est un message subliminal. Tout le monde en parle en disant qu’il s’agit de fait de Lindsay Lohan].” Bon, la légende urbaine du subliminal, on a compris ce que ça vaut, depuis un moment, allez. Mais ce qui m’ennuie le plus ici c’est le “Everybody’s talking about it [Tout le monde en parle]”. J’aimerais bien qu’on me cite les sources datées qui établissaient cette corrélation AVANT le buzz de cette poursuite même, qui lui, justement, désormais, impose cette susdite corrélation. En d’autre termes, bien… moquez vous de Lindsay Lohan ici et ailleurs, en rapport avec cette affaire, et vous alimentez simplement l’argumentation malhonnêtement victimisante sur laquelle se fonde justement la toute rapace poursuite en diffamation. Bonjour, le piège à con…

Cette affaire, cette flatulente énormité juridique, n’est aucunement anecdotique. Elle est bien plus qu’un fait divers. Elle a une portée qui va beaucoup plus loin que la simple trajectoire artistique ou mondaine de Lindsay Lohan. Mon tout petit rédacteur de journaux à potin qui ne veut pas voir plus loin, laisse moi maintenant t’expliquer. Tu ramènes le tout de la chose à du fricfrac interpersonnel, prouvant ici que tu n’y vois goutte. Il y a une notion que tu ne comprends pas: celle de jurisprudence. Je vais d’abord t’inviter à corréler ce débat sur la propriété commerciale du (fort répandu) prénom LINDSAY à cette poursuite-ci, agression ouverte procédant d’une dynamique similaire (sans narcissisme personnel de petite vedette à pointer du doigt, cette fois). Une entreprise privée, le Marché Saint-Pierre, poursuit une autre entreprise privé, l’éditeur d’un polar, sur la base diffamatoire: ne parle pas de moi, tu me dénigres. Une entreprise privée, l’estate de Lindsay Lohan, poursuit une autre entreprise privée, le publicitaire E-trade, sur la base diffamatoire: ne parle pas de moi, tu me dénigres. Comme le diraient ces bons ricains que, cher rédacteur de journaux à potins, tu adores et que tu prétends si bien comprendre: is there a pattern here? Dans les deux cas, une réalité publique du tout venant (un prénom, un lieu) est l’objet du délit au sein d’une poursuite en appropriation… La manœuvre juridique est identique (le reste, c’est, au pire, de l’anecdote, au mieux, de la nuance). La jurisprudence, elle aussi, est identique. Si le forban qui poursuit plante le forban qui se défend, moi, dans mon petit coin, je me prends de toute façon les tessons dans la gueule PARCE QUE LE RÉSULTAT FAIT JURISPRUDENCE. Notons au passage qu’on est finalement bien loin du narcissisme, plus proche du totalitarisme. Je pourrais, demain, ne plus avoir le droit de dire ni MARCHÉ SAINT-PIERRE (ni, la peur jurisprudente jouant: LOUVRE, TOUR EIFFEL, TOUR CN, PLACE VILLE-MARIE, CANAL RIDEAU, CANADA) ni LINDSAY (ni, la peur jurisprudente jouant: MICKEY, ELVIS, MADONNA, BRANGELINA, BARACK, YSENGRIM ou le chiffre SEPT – des 7 du Québec). Que l’objet du délit soit vague (y a pas que mademoiselle Lohan qui se prénomme Lindsay) ou clairement cerné (c’est bien du Marché Saint-Pierre qu’il s’agit dans ce polar), la constante qui se stabilise est hautement inquiétante. On peut vous accuser impunément (surtout si on a les moyens de se payer un service juridique somptuaire) de DÉNIGRER du seul fait d’AVOIR NOMMÉ. Paniquant…

Alors maintenant, avançons encore d’un cran dans l’abus de droit du «droit». Au lieu d’une entreprise attaquant une entreprise, on a une entreprise attaquant un individu ordinaire, un simple pingouin de base sans défense. C’est le cas, tout récent tout chaud, de cette pauvre institutrice française, madame FIGARO, qui vient de se prendre sur le coin de la tête, pour son petit blogue personnel sans revenu s’adressant à ses élèves, une mise en demeure… du Figaro. Oh, oh, mais vous me direz pas, après ça, que les entreprises privées contemporaines ne sont pas littéralement atteintes d’un syndrome totalitaire. Oh, mais faites excuses, voici que je m’expose moi-même à une poursuite du Collège de Médecine pour dénigrement de la notion de syndrome… Enfin, bon, je préserve mes quelques chances de non-lieu, puisque les restaurateurs d’Italie ne sont pas (encore) parvenus à imposer une appellation contrôlée sur la notion de pizza (comme il y en a une sur les notions de bordeaux, de bourgogne, de champagne, qui ne se barouettent pas comme ça). Je m’efforce ici de vous faire un peu rire avec ceci mais, batince, je la trouve pas drôle du tout, en fait, pour dire le fond de ma pensée. Privé, privé, privé! Le privé s’empare d’objets physiques ou mentaux du tout venant et dit: “c’est à moi, taisez-vous, n’en parlez plus. Silence. Baillon.”. C’est atterrant.

Et, en plus, c’est outrageusement enrichissant. Car, en conclusion de ce petit billet fort marri (en attendant les prochains abus juridiques impudents de l’hydre entrepreneuriale sur ce front), il faut signaler que mademoiselle Lohan et son estate ont fini par abandonner leur poursuite peu après l’avoir intentée mais ce, non sans avoir tiré des revenus non précisés de l’entente hors cours s’étant conclue sans trompette (the actress made some money out of the deal – noter, encore ici, le traitement incroyablement potineux et creux, sciemment minimiseur, en fait). Bilan: dans le cloaque néo-libéral du laxisme légal contemporain, il y a toujours moyen, pour une entreprise puissante, de poursuivre, de gagner, de bâillonner, d’extorquer. Le principe fondamental est singulièrement répugnant. C’est la dictature du silence culturel imposée par les accapareurs possédants. C’est puant et cela s’étend. Je demande: qui donc mettra la bride à ce nouveau totalitarisme du contrôle des appellations? Et je signe:

PAUL (Newman’s Own me guette ici)
LAURENDEAU (ici c’est le journal Le Devoir)

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Les enjeux mondiaux surexposés

Posted by Ysengrimus le 1 juin 2013

Touchante analogie. Cet enfançon qui amplifie pour son regard des frémissements perdus sur l’horizon sans voir l’oiseau qu’il a sur la tête, c’est le cirque médiatique contemporain, qui passe à côté des crises sociales cruciales qui lui picorent le ciboulot en braquant constamment ses unilatérales jumelles sur les mêmes appeaux accrocheurs du tout venant typant. Il y a des enjeux mondiaux surexposés et mon agacement à leur égard ne fait que croître, à mesure, justement, que leur importance diminue historiquement (sans que les jumelles médiatiques ne se détachent pourtant d’eux). En voici un petit aperçu représentatif, vous allez bien vite voir où je veux en venir. C’est moins d’un problème factuel que d’un problème de principe qu’il s’agit ici, un problème de ton intellectuel, d’attitude idéologique. La redite médiatique nous a fait prendre de grands faux plis mentaux et ces grands faux plis mentaux, comme ceux des articulations du prisonnier accroupi dans une fillette, sont fondamentalement paralysants et nous forcent, comme fatalement, à marcher accroupis. Ils sont le tout des attitudes générales que nous nous devons absolument de réformer, si on veut cesser que les arbres pourris et creux du journalisme spectacle nous cachent sans cesse la forêt sociopolitique.

UN CERTAIN CONFLIT DU MOYEN-ORIENT. Un conflit moyen-oriental dont je tairai pudiquement le nom fait l’objet d’une tragique superfétation médiatique depuis aux moins deux bonnes générations. Les gogos investissent ce conflit mineur de ci de là d’une sorte de dimension atavique, prétendument millénaire et s’en gargarisent comme si se canalisait en lui le combat fondamental entre je ne sais quel Grands Types Humains. De solides penseurs se sont détruits en niaisant après ce conflit. C’est passablement catastrophique. Je suis particulièrement outré et atterré par une telle mythologisation de ce petit conglomérat de meurtres minus. Je la trouve particulièrement nocive, toxique, stérile, absurde, inutile. Il est consternant de constater que ce conflit, et le camp qu’on prend tapageusement dans icelui, sert souvent de baromètre (pseudo) intellectuel pour jauger de la validité de pensée des uns et des autres. Je trouve inacceptable qu’un conflit local (plutôt qu’un autre) ait acquis ainsi une telle amplitude foutaisière de marqueur idéologique. De plus, il est trois fois hélas indispensable de fermement faire observer que les envolées passionnelles corrélées à ce conflit rendent habituellement à la narine un relent fort brun et fort suspect. Il est plus que temps de traiter ce conflit spécifique comme une escarmouche de théâtre comme une autre, sans moins sans plus, et de cesser d’y lire, comme dans je ne sais quel marc de thé irrationnel, le baromètre de la tension sous-jacente du monde. Arrêtons les frais et arrêtons le tout petit massacre stérile. Le meilleur moyen de régler un problème ordinaire, c’est de le capter dans son angle ordinaire. Le pépin avec ce conflit là est qu’il est englué dans une gadoue de superfétations symboliques dont il est plus que temps de se sortir. Il est inutile de me questionner sur ce conflit surexposé, je n’en parle jamais et ne me laisse jamais aspirer dans le maelstrom gluant et sempiternel de la foire d’empoigne de ritournelles et de redites obscurantistes le concernant.

LA FONCTION (POLITIQUE) DE PRÉSIDENT. Ah, les présidents de républiques. Qu’est-ce qu’on leur en met sur le dos. Did the president know/le président était-il au courant? Mais qu’est-ce qu’on s’en tape. Aucune analyse sociopolitique adéquate ne pourra jamais se formuler tant qu’il ne sera pas limpide dans l’esprit de l’analyste que les dignitaires politiques sont des pots de fleurs. Voyez l’équation américaine, s’il faut encore se vautrer dedans. Georges Bush (fils) prouva hier que n’importe quel toc peut devenir président. Barack Obama prouve aujourd’hui que l’intelligence présidentielle est sans pouvoir réel. On a indubitablement une anti-intellocratie politique structurelle dans les deux cas et le président n’y change pas grand-chose. Personnage symbole, figure phare sous projos dissimulés, timonier d’un esquif en pilotage automatique, le chief of staff, se pose délicatement sur le cloaque remuant du boulot orchestré par les autres et fait un discours. C’est comme ça que notre culture politicienne assure la permanence du spectacle de son autoperpétuation mais, alors là, ce n’est pas une raison, pour l’analyste, de se laisser porter par le confort du flottement de cette sphère creuse. Un corolaire important de cette observation (sur lequel la conjoncture nous fera certainement revenir à un moment ou à un autre) concerne l’incongruité et l’inanité de l’homme politique bouc émissaire dont on veut la tête en l’investissant, par la négative, de toute la charge (réprouvée, dans son cas) de la crise du moment. Le dignitaire politique est un mannequin de vitrine pour les POUR comme pour les CONTRE. Un régicide ne tua jamais la monarchie. Celle-ci tomba dans la structure de classe des fondements de la société et le roi ne fit que suivre. Cessons une bonne fois de re-monarchiser nos pantins éligibles et nos chefs meneurs de claques contemporains. C’est une cause et une analyse stérile que celle de perdre notre temps sur eux.

L’INSTITUTION RELIGIEUSE ET SES AVATARS. Qu’on parle de la pègre religieuse et de ses avatars, comme le fait fort utilement notre ami Lartiste, en en décrivant la fondamentale pourriture institutionnelle, mais qu’on cesse de lui perpétuer, en ahanant, un halo de valeurs morales qu’elle n’a plus. Il y a encore bien trop de religion et de religiosité dans nos analyses politiques du religieux, autant que du reste. Qu’on traite de la crise des magouilles comptables du Vatican, des compromissions véreuses des partis politiques islamistes ou des derniers coups de Jarnac en vogue du fascisme social de la droite religieuse américaine, il reste toujours cette bien malodorante goutte de déférence envers le sacré qui gâte intégralement la description la plus prosaïque des faits. Il est plus que temps que l’analyse sociopolitique s’installe dans une description athée des superfétations religieuses des sociétés contemporaines. Il faut les décrire froidement, les combattre lucidement, sans constamment partager les illusions oniroïdes qu’elles entretiennent sur elles-même. Il est capital de noter que ce retard intellectuel religiosisé est une convulsion très profondément médiatique, au demeurant. La population ordinaire, elle, beaucoup plus irréligieuse et indifférente à ces questions que le flafla médiatique ne l’admet habituellement, surprend habituellement par la fermeté tranquille de son rejet de la validité sociétale des instances religieuses. Il est plus que temps de remettre ces dites instances à leur (toute petite) place. Leur donner moins de bande passante est un début que nos médias n’ont pas encore intériorisé adéquatement. Le nombre de crypto-curés et de crypto-nonnes qui y traînent surprendrait, si on se donnait la peine citoyenne d’adéquatement les débusquer.

L’ARRIVISME, LE CARRIÉRISME POLITICIEN. Tout événement politicien (une élection, une course à la chefferie) est désormais traité dans les médias comme une joute sportive. Le politicard décrit est implicitement présenté comme un arriviste n’aspirant qu’à grimper sur le haut du tas. Je l’ai dis, je le redis, les aspirations individuelles des chefs, on s’en tape souverainement. Le comédon politique est déjà par lui-même une distorsion suffisamment mystifiée et mythifiante des luttes sociales pour ne pas aller en rajouter une couche en trivialisant tout ça comme si c’était un sport ou un divertissement. Les mouvements politiciens (alliances, coalitions, montées, déclins) sont trop souvent analysés sur le mode de l’anecdote amusette (quand il n’y a rien de drôle dans tout ça) et l’effort de décoder le profil des luttes sociales que ces mouvements reflètent n’est pas fait ou pire, est sciemment escamoté. Miss météo analyse plus précisément son objet que le chroniqueur ou la chroniqueuse politique de service. L’attitude responsable et authentiquement démocratique de nos meneurs étudiants –par exemple- est barouettée et déformée et il est particulièrement criant et grinçant de voir ces jeunes gens se faire distordre ainsi pour prendre la forme boursouflée et inane du reste de ce que la caméra nous serine. La communication médiatique utilise les mêmes armes politiques que les pouvoirs oppressifs: frapper à la tête, isoler les meneurs, les salir, les trivialiser, les emmailloter dans le moule bourgeois et cynique dont les médias procèdent et dont ils font une promotion veule. Jamais une analyse adéquate des grands mouvements sociaux ne sortira de l’attitude consistant à se restreindre aux visées individuelles des figures empiriquement perceptibles. Faire des rapports politiques un show, sous prétexte de rendre cela intéressant ou compréhensible pour un public dont on méprise implicitement les aptitudes mentales, c’est la forme contemporaine et scintillante du populisme le plus grossier et le plus inepte.

LES PLIS ET REPLIS DU BOTTIN MONDAIN. Le star system est mondialisé et, veut veut pas, aime aime pas, le divertissement culturel est un enjeu mondial immense, en continuelle croissance et en crise de mutation. Et, bon, pourquoi pas? Mais qui en parle adéquatement? C’est quand la dernière fois que vous avez lu une vraie critique de film? Quand avez-vous pris connaissance du commentaire sur un concert qui était autre chose que la redite du dépliant publicitaire dudit concert, déguisée en reportage? Les tendances de l’art contemporain, y compris de l’art de masse, on les connaît vraiment? Non, parce qu’il n’y en a que pour le bottin mondain. La robe d’une telle, le divorce des autres, qui se tenait avec qui lors du lancement de toc Tok ou la remise de hochets Zinzin. La compétition fantasmée et délirante, en feuilleton, en ritournelle, entre ces deux actrices pour le même homme. La couverture médiatique des arts et du divertissement contemporains est une pollution intellectuelle quasi intégrale. On se laisse porter par la tendance du succès de guichet sans l’analyser. Particulièrement ratée et mal avisée est la (non) description des fours (les fameux flops). Hollywood engage des moyens de plus en plus colossaux pour un résultat artistique de plus en plus dérisoire et malingre. Même chose pour l’industrie du spectacle musical. Aucune analyse de cette crise culturelle majeure n’est produite. On se contente de paniquer au premier degré parce que la petite populace pirate des films et des bandes audio. On cherche à la convaincre de ne pas le faire. La couverture médiatique de l’art et du divertissement est une pratique implicitement publicitaire. On tait les fours, on accroche son wagon sur les succès et on requine autour pour mordiller les morceaux qui tombent. Une époque qui ne comprend pas ses crises artistiques ne se comprend pas elle-même. C’est rendu qu’un acteur refuse un rôle de personnage impopulaire parce que c’est mauvais pour son image (commerciale) de marque. C’est rendu que la production de grands feuilletons populaires fonctionne comme de tyranniques dictatures. On continue d’affecter d’ignorer l’impact de masse des jeux vidéo, pourtant comparable à l’impact de masse de la musique populaire dans les années 1958-1978. On ne rend pas compte de ce qui se passe. Et tout est pris pour acquis. Tout est gobé, y compris les souliers, comme disait une chanson d’autrefois. The show must go on et on n’y comprend goutte.

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Intox, intox, intox. C’est un état d’esprit de fond qui est en cause. Une constante stable détermine ces enjeux mondiaux surexposés. Fixation sur l’anecdotique rebattu et absence d’analyse critique effective. Ne me dites pas que cela n’est pas fait sciemment. Le petit enfant de ma photo a la décence intellectuelle d’être un enfant, justement. Nous, l’aréopage des éminents observateurs cogitatifs, il est peut-être temps qu’on sorte un petit peu de l’enfance de la pensée dans laquelle nous roule avec constance le journal du matin.

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Jessica Lynch: le parti de ne pas mentir… sans trop en dire…

Posted by Ysengrimus le 1 avril 2013

LYNCH

Il y a dix ans aujourd’hui avait lieu le «sauvetage» de la soldate américaine Jessica Lynch en Irak. Va alors se mette en place un exercice très étrange –parfaitement inouï, en fait– de désamorçage de la machine-spectacle de propagande de guerre américaine. Et, comme toutes les démarches engageant une modestie authentique, le tout laissera finalement bien trop peu de traces utiles sur nos mémoires et sur notre pensée. Rappelons les faits.

Été 2000: Jessica Lynch, 17 ans, s’engage dans l’armée américaine. C’est une des nombreuses personnes de condition modeste que l’armée arrive à embringuer pour des raisons plus économiques que patriotiques. Aspirant à payer ses études universitaires et percevant l’entrée dans le service comme une sorte de gestus bureaucratique sans danger réel (c’était avant le onze septembre 2001), la jeune étudiante de secondaire originaire de Palestine (Virginie Occidentale) se «spécialise» dans le travail d’entretien. Elle sait abstraitement qu’une guerre est toujours possible mais ne croit pas vraiment qu’elle se retrouvera un jour au front.

23 mars 2003: Jessica Lynch est au front. Elle fait parti d’une équipe d’entretien rattachée au service d’une batterie texane de missiles Patriotes. Elle prend place, en compagnie de la petite équipe de la 507ième compagnie d’entretien, dans un long convoi de six cent (600) véhicules qui s’étale dans le désert, lors de l’avancée sur Bagdad au sein de l’opération Iraqi Freedom. Son segment du convoi prend un mauvais tournant et se retrouve sur la route menant à Nasiriyah. La bataille de Nasiriyah fait rage et les troupes américaines sont concentrées sur la prise de la ville. Le convoi dans lequel prenait place Jessica Lynch tombe dans une embuscade. Onze soldats sont tués et six sont fait prisonniers, dont Lynch. Le véhicule dans lequel elle prenait place a fait une embardée et la soldate est gravement blessée. Son arme s’étant en plus «enrayée», elle n’a tout simplement pas pris part aux combats.

Entre le 23 mars et le premier avril 2003: Jessica Lynch, gravement blessée aux jambes et à une hanche, est soigné par du personnel irakien à l’hôpital de Nasiriyah. Le témoignage ultérieur de la soldate est très explicite, ferme et limpide sur le fait qu’elle fut traitée avec humanité par un personnel soignant manquant de ressources mais faisant tout son possible pour la réconforter et réduire sa douleur. Le 30 mars, une tentative aurait même été faite de conduire Jessica Lynch en ambulance au camp d’occupation américain voisin mais il aurait fallu renoncer à mener cet effort à terme, les soldats américains ayant tiré sur l’ambulance irakienne. Un certain nombre de citoyens irakiens (le Pentagone les décrira ultérieurement comme des informateurs irakiens) font éventuellement savoir à l’occupant américain les détails de la localisation de la soldate Lynch et des cinq autres prisonniers. Il est clair qu’on cherche à régler cette affaire assez délicate sans y surajouter de complications supplémentaires.

Premier avril 2003: Dans une opération filmée, dont il est reconnu aujourd’hui qu’elle procédait plus de la mise en scène que de l’action réelle (certains observateurs affirment même que les flingues étaient chargés à blanc), des fusiliers marins, des membres du groupe tactique SEAL et des Rangers procèdent au «sauvetage» de Jessica Lynch. En un de ces implicites dont seules les armées en campagne ont le feutré secret, les militaires irakiens s’étaient repliés la veille, laissant le champ libre, dans l’hôpital de Nasiriyah et ses alentours, aux militaires américains. Dès le lendemain du «sauvetage» (2 avril), une bande vidéo dudit «sauvetage» est émise par les services de relation publique de la défense américaine. On y raconte notamment que la soldate Lynch a été blessée par balles. Cette affirmation sera plus tard infirmée par le personnel soignant de l’hôpital de Nasiriyah, par les soigneurs de Jessica Lynch et par Jessica Lynch elle-même. Elle ne souffre en fait que des séquelles d’un grave accident de voiture.

27 août 2003: Après plusieurs opérations chirurgicales et au milieu de la mise en place d’un long programme de réhabilitation physique, Jessica Lynch, âgée maintenant de vingt ans, est démobilisée. On la chamarre des décorations suivantes: l’étoile de bronze, le Purple Heart, la médaille des prisonniers de guerre, la médaille du service national, la médaille de la guerre contre le terrorisme et le ruban du service militaire. Le gouverneur de Virginie Occidentale lui alloue une bourse d’étude. Entre son «sauvetage» et sa démobilisation, l’histoire d’une héroïque combattante tirant du flingue sur l’ennemi et se battant sans peur a eu le temps d’être mise de l’avant par le Pentagone puis complètement éventée par les différents observateurs et par le public. Le Pentagone est donc forcé d’émettre des communiqués de presse niant ouvertement sa propagande initiale et adhérant à l’idée acceptée aujourd’hui d’un accident de voiture au cours de l’offensive et d’une soldate n’ayant absolument rien pu faire pour se défendre. Aussi, ultérieurement, Jessica Lynch n’avait plus vraiment besoin de s’échiner à éventer le mensonge propagandiste de son «héroïsme» car c’était déjà fait (et lui valait même déjà de recevoir un certain nombre de lettres haineuses, dans le flot débordant de la correspondance que lui avait valu sa mésaventure). Restait, par contre, le mythe de son «sauvetage»…

Automne 2003: Jessica Lynch commence à parler et à donner sa version des faits. Elle ne se gênera pas pour bien cogner sur le clou déjà enfoncé. Elle niera tout héroïsme, toute implication dans la moindre action de combat. Elle insistera sur le caractère humain et respectueux de son «incarcération» à l’hôpital de Nasiriyah. Elle parlera, toujours en termes très sobres et modestes, de ses compagnons et compagnes, morts au combat. Ses vues, discrètement critiques, s’exprimeront avec la même cohérence lors de sa collaboration à l’ouvrage racontant son histoire, paru fin 2003. To Jessi and the soldiers of the 507th, it was like trying to run in the rain without getting wet. Where were the happy, liberated people they were supposed to meet, those who would throw flowers, not grenades. Jessi had not bought that line completely, but she had hoped it was true. [Pour Jessi et pour les autres soldats et soldates du 507ième, ce fut comme tenter de courir sous la pluie sans se mouiller. Où donc était ce peuple heureux, ce peuple libéré, qu’ils étaient sensés rencontrer, ces gens qui devaient leur lancer des fleurs, pas des grenades. Jessi n’avait pas cru complètement à cette version des fait mais elle espérait quand même un peu que ce fut vrai.] (Rick Bragg, I am a soldier too – The Jessica Lynch Story, 2003, pp 71-72). Mais le plus loin où Jessica Lynch ira, en direction de la remise en question de la réalité effective de son «sauvetage», ce sera quand elle se demandera ouvertement pourquoi ils ont bien pu aller filmer toute cette affaire? Autrement, elle se cantonnera dans l’idée qu’elle n’est pas une héroïne, qu’elle est juste une survivante. Il est aussi important de noter, pour la bonne compréhension du tableau, que Jessica Lynch ne basculera pas dans le petit vedettariat de tabloïds. Elle restera discrète, presque secrète, et ne deviendra pas la Roxie Hart du conflit irakien. Certes, elle fera la première page du Time au moment des événements (il s’agissait de rétablir la vraie histoire… si tant est), mais ensuite, elle verra à pudiquement retourner à sa vie anonyme.

La VRAIE histoire de Jessica Lynch

La VRAIE histoire de Jessica Lynch

24 avril 2007: Quatre ans après les évènements, Jessica Lynch témoigne devant un comité statutaire du Congrès américain sur les négligences administratives et la réforme du gouvernement (United States House Committee on Oversight and Government Reform) et, une fois de plus, elle déplore fermement qu’on aie tenté de la faire passer pour la Rambo de Virginie Occidentale. Sa déposition se concentre cependant strictement sur le fait qu’on a menti en cherchant à faire d’elle une héroïne et qu’elle ne comprend pas ce qui a pu «les» motiver à fabriquer de la propagande fallacieuse à partir de son histoire sans gloire, en négligeant les vrais actes héroïques de nos glorieux soldats. Témoignage léché, soigneusement scripté. Art de la litote… Dire moins pour faire entendre plus. Dire: on a menti… on a menti… on a menti sur moi. Voilà, tsoin-tsoin, ouvertement je vous le dis: le Pentagone a indubitablement dit des fausseté au public me concernant… Et tout le monde au Congrès de tirer une tête catastrophée, et la galère de continuer de voguer…

Aujourd’hui: Comme le montre bien cet entretien accordé par Jessica Lynch à CNN en 2011 (en anglais), on continue d’avoir affaire au profil bas d’une blessée de guerre qui ne tire absolument aucune joie (patriotique ou autre) de sa traumatisante équipée. Aujourd’hui mère d’une petite fille et diplômée, Jessica Lynch redit mollement ses lignes désormais convenues. Elle n’a toujours pas ouvertement nié avoir été «sauvée» d’éventuels geôliers irakiens, par ses jeunes collègues de l’armée américaine, en ce fameux premier avril 2003. Discrète, presque sibylline, prudente, américaine aussi, elle a pris le parti de ne pas mentir sans trop en dire. Sauf que, une fois de plus, la preuve est faite et refaite que le grand ennemi de la société civile ment au public, qu’il y a effectivement une chose qu’il faut continuer d’appeler propagande de guerre. Jessica Lynch est officiellement la seule et unique prisonnière de guerre, depuis la Seconde Guerre Mondiale, à avoir été «sauvée» dans une opération s’étant déroulée avant la fin du conflit (d’habitude on libère les prisonniers de guerre après la conclusion effective des hostilités). Alors, bon, sur ce «sauvetage» d’il y a dix ans, dont on ne nous dit plus rien, conclueurs, concluez…

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Paru aussi dans Les 7 du Québec

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Cette gluante tolérance positiviste qui gangrène notre temps

Posted by Ysengrimus le 1 mars 2013

Pour n’offenser personne, il ne faut avoir que les idées de tout le monde. L’on est alors sans génie et sans ennemi…

Claude-Adrien Helvétius, De l’homme, [1773], tome premier, Fayard, Corpus des oeuvres de philosophie en langue française, p. 440.

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Les prises de conscience les plus virulentes ont souvent les sources intellectuelles les plus éthérées. La théorie qui s’empare des masses, ce n’est pas un vain mot et ce n’est pas obligatoirmenent une si jolie chose… Oh que oui, on pense être dans l’abstrait savant et loin du monde et soudain, vlan, on se tape la gueule sur l’omniprésence pesante et gluante d’un concept. Herbert Marcuse (1898-1979), dans la section intitulée La philosophie positive de la société: Auguste Comte de son traité de 1939 (traduit en français en 1968) sur la naissance de la théorie sociale, cloue justement Auguste Comte (1798-1857), le ci-devant fondateur de la sociologie, sur la porte de la grange. Effectivement, en affectant de faire de l’étude de la société une science «positive», Comte s’avère ériger l’irrationalité délirante de l’ordre social des choses en objet empirique sacralisé et fixe, comme le seraient le cosmos, les plantes ou les animaux. Ce faisant, il marche directement à la formulation d’une virulente apologie de l’ordre (bourgeois) existant, sans plus. Il y a un bon lot de pognes méthodologiques dans la conception positiviste des sciences sociales issue d’Auguste Comte et on peut sans complexe laisser de côté cette procédure scientiste faussement rigoureuse, ce faux relativisme scientifique de toc. Les Poubelles de l’Histoire sont un dépotoir fort spacieux et le POSITIVISME (la philosophie sociologique faussement scientifique d’Auguste Comte) pourrait s’y enfouir doucereusement, en compagnie d’un solide tapon de doctrines spécialisées, biscornues et sans impact de masse réel. Pour sa part, Auguste Comte ne serait plus alors qu’un buste de pierre planté devant ce cardinal cénotaphe intellectuel qu’est la Sorbonne et tout serait dit. Le granit serré du crâne comtien répondrait au vide sidéral du dôme sorbonnard, et la page serait tournée, sans rififi excessif.

Auguste Comte: un buste de pierre planté devant ce cardinal cénotaphe intellectuel qu’est la Sorbonne…

C’est pas si simple, malheureusement. Le positivisme de Comte s’avère en effet bien moins hors d’ordre qu’il n’y parait initialement, quand on s’aperçoit avec horreur (merci à Herbert Marcuse de nous le signaler – ça ne tombait pas sous le sens) qu’une des importantes notions sociologiques du susdit positivisme du susdit Comte s’est solidement engluée dans les masses, du moins dans les masses occidentales bien chic et bien proprettes de notre temps si poli et si neutre. C’est le concept de TOLÉRANCE. Matez-moi un peu ça. Marcuse:

Le respect de Comte envers l’autorité établie se concilie aisément avec une tolérance universelle. Les deux attitudes ont la part égale dans ce type de relativisme scientifique où il ne reste aucune place pour la condamnation. «Sans la moindre altération de ses propres principes», le positivisme peut rendre «une exacte justice philosophique à chacune des doctrines actuelles»; c’est une qualité qui le fera accepter «des différents partis existants».

La notion de tolérance telle que le positivisme la développe change de contenu et de fonction. Pour les philosophes français des Lumières qui combattaient l’absolutisme, l’exigence de tolérance ne tenait pas de quelque relativisme, mais constituait un élément de leur combat général pour instaurer une meilleure forme de gouvernement, «meilleure» ayant ici précisément le sens que Comte rejette. La tolérance ne se proposait pas de rendre indifféremment justice à tous les partis existants, elle signifiait en fait l’abolition de l’un des partis les plus influents, le clergé allié à la noblesse féodale, qui faisait de l’intolérance un instrument de domination.

Lorsque Comte entre en scène, sa «tolérance» se présente comme un slogan à l’usage non pas de ceux qui s’opposent à l’ordre établi, mais bien de leurs adversaires. En même temps que le concept de progrès se voit formalisé, le concept de tolérance se trouve détaché du principe qui lui a donné son contenu au XVIIIe siècle. Alors, les positivistes prenaient pour règle une société nouvelle et leur tolérance signifiait intolérance envers ceux qui s’opposaient à ce principe. Le concept de tolérance, une fois formalisé, revient au contraire à tolérer également les formes de régression et de réaction. La recherche d’une telle indulgence découle de la renonciation à tous les principes qui vont au-delà des réalités données, apparentés aux yeux de Comte à ceux qui se règlent sur l’absolu. Dans le cadre d’une philosophie qui entend justifier le système social en place, l’appel à l’indulgence a servi de plus en plus l’intérêt des bénéficiaires du système.

Herbert Marcuse (1968), Raison et révolution – Hegel et la naissance de la théorie sociale, Les éditions de Minuit, Collection le sens commun, pp 402-403 (cité depuis l’ouvrage papier – les segments entre guillemets citent le Discours de l’esprit positif d’Auguste Comte [1842]).

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Allez-y démêler l’écheveau de ce qui est régressant et nuisible, de ce qui est progressiste et légitime, dans une nasse pareille…

Maquis idéal de toutes les réactions anti-civiques et de toutes les doctrines factieuses d’intérêts spéciaux (comme le disent trop pudiquement les ricains) que cette tolérance molasse et omnidirectionnelle contemporaine. Allez-y démêler l’écheveau de ce qui est régressant et nuisible, de ce qui est progressiste et légitime, dans une nasse pareille… Le piège à con, en mondovision. Oh que oui, on pense être dans l’abstrait savant et loin du monde et soudain, vlan, on se tape la gueule sur l’omniprésence pesante et gluante d’un concept. Cette fichue tolérance positiviste qui gangrène notre temps, qui niera l’avoir rencontrée? On se fait regarder de nos jours comme Jack l’Éventreur si on ne déroule pas ostentatoirement le tapis rouge devant tout ce qui freine, tout ce qui bloque, tout ce qui minaude dans le conformisme, la soumission, la baillonnade, la veulerie institutionnalisée et postulée. Au jour d’aujourd’hui, il faut tolérer les religions et l’intégralité de leur lot bringuebalant de singeries comportementales et de points de doctrines délirants, les carriérismes cyniques, les arrivismes véreux, les régressions sociales de toutes tendances, les arriérations mentales individuelles et collectives, les monogamies compulsivement dogmatico-axiomatiques, l’anti-syndicalisme primaire et diffamant, les «droits individuels» (de saboter toutes les causes sociales), le «droit de parole» des apologues du brun et du facho, la parlure aseptisée des petites gueules bégueules bien savonnées, les résurgences réacs et néo-réacs de tous tonneaux, les simili-militantismes de toutes farines. Comme il est interdit d’interdire, eh ben il est interdit de ne pas tolérer les intolérants, hein… Coincés, plantés, niqués, piégés dans notre jolie logique! Elle me fait bien gerber, cette aspiration, faussement impartiale, à rendre indifféremment justice à tous les partis existants. Devenue positiviste, conformiste, apologue, droitisée, la tolérance contemporaine s’est transmutée en la gadoue idéale pour bien caraméliser toute prise de partie critique, subversive, progressiste, révolutionnaire. Nos beaux Rocamboles des Lumières nous ont bien légué là un paradoxe inextricable, un piège à homard, un gluau à rouge-gorge, un concept à deux tranchant. On est bien pris avec et on est bel et bien en train de se lobotomiser, avec les deux susdits tranchants. Tolérance des suppôts et des tartuffesques cancrelats sociaux, relativisme absolu du nivellement faussement impartial, immoralité morale et/ou moralité immorale, «libre» pensée contrainte, que faire pour te redonner ta vigueur rouge sang, négatrice et négativiste (non-positiviste) d’antan? Sibylline aporie. Pot de glue innommable. Ah, mais regardez-le, regardez-le bien, le buste d’Auguste Comte sur la place de la Sorbonne. Je serais prêt à parier qu’il ricane…

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