Ysengrimus-le-loup (52 ans) et Reinardus-le-goupil (17 ans) unissent ici leurs forces grognasses et revêches pour répondre à une question, lancinante, fraîche et simple, lancée par Reinardus : qu’est-ce exactement que le communisme et qu’est-ce qu’on lui reproche donc tant, encore de nos jours?
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Après la Révolution Française, trois groupes ayant des idéologies différentes se sont assemblés pour assurer le nouveau gouvernement de la Convention Nationale (1792-1795). Ils se nommaient: les Girondins, le Marais ou Plaine et les Montagnards. Ils siégeaient dans un hémicycle. Les Montagnards étaient assis à la gauche de l’hémicycle, le Marais (ou Plaine) au centre et les Girondins à droite. De ce modèle et d’après les idéologies que défendaient ces groupes, la qualification de gauche, droite et centre est née. De nos jours, ces termes sont utilisés dans des contextes politiques par des cultures qui ne se rendent pas compte qu’en utilisant de tels termes ils font référence à l’hémicycle de la première Convention Nationale de la République Française. Au fils de l’histoire, une modification importante à ces termes a été crée. La qualification de gauche et de droite s’est retrouvée à être divisé en deux par l’ajout du qualificatif extrême. Les nouveaux termes se sont retrouvés à être: l’extrême gauche, qui comprend le Communisme et l’Anarchisme. La gauche, le Socialisme. Le centre, le Libéralisme et L’Écologisme. La droite, le Conservatisme. L’extrême droite, le Nazisme et le Fascisme. De nos jours, la majorité des partis élus sont soit de droite ou du centre. Les idéologies gauchisantes sont mal vues à travers le monde. Un exemple de ceci est la qualification injurieuse de “socialiste” qui a été donnée à Barack Obama (né en 1961) et à Franklin Delano Roosevelt (1882-1945) durant leurs mandats. Des exemples constamment donnés par les gens de droite pour discréditer la gauche sont l’histoire de pays tels que l’URSS, la Chine, le Vietnam et Cuba. Mais quelle validité ont donc ces exemples?
Le communisme vise une mise en place de la propriété collective de toutes les instances sociales par les travailleurs. L’abolition de la propriété privée et du capitalisme et son remplacement par un socialisme reposant exclusivement sur la solidarité sociale est le but du communisme. Le communisme a toujours été très vaguement décrit par les instances de droite. Ils l’ont divisé en différentes catégories qui rendent la compréhension de ce dernier très difficile. Par exemple, il y a le Marxisme, le Léninisme, le Stalinisme, le Trotskisme, le Maoïsme, le Guévarisme, le Castrisme, et tant d’autres. Ce qu’il faut noter est que toutes ces désignations, non seulement sont fondées sur le nom du politicien qui a engendré cette idéologie, mais chacune est une version différente du communisme, sauf pour une, le marxisme. Mais ce dernier est juste un mot différent implanté par les instances de droite pour dissocier Marx, techniquement le théoricien fondateur du communisme, de la terreur suscitée par l’idée générale du communisme, terreur implantée elle-même par les instances de droite. En fait Marx lui-même a dit, et je cite «Moi, je ne suis pas marxiste». Donc utiliser le mot communisme, de nos jours, se trouve à faire référence au mensonge qu’on appelle le communisme, et non au marxisme, qui lui est véritablement le fondement intellectuel du communisme. Mais qu’est-ce qu’est le communisme à sa base? Karl Marx (1818-1883) et Friedrich Engels (1820-1895) on collaboré pour écrire Le Manifeste du Parti Communiste (1848). Trouverons-nous la définition du communisme dans ces pages? Quelle relation existe-il entre les pays dits communistes et les principes sociaux communistes décrits par Marx et Engels? Pouvons-nous légitimement appeler ces pays «communistes» ou sont-ils juste des cas fautifs cités en «exemples» par les pays capitalistes pour dénigrer le communisme?
Nous allons regarder un petit peu cela, en commençant par ce qu’est le communisme d’après Marx et Engels. Nous allons récapituler toute l’histoire des pays suivant: l’URSS, la Chine, le Vietnam, Cuba. Nous allons faire surtout tout notre possible pour déterminer si l’idéologie communiste a déjà véritablement existé en tant que gouvernement d’un pays.
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Définition descriptive du communisme selon le Manifeste du Parti communiste (1848), Le Manifeste de Karl Marx et Friedrich Engels présente dix points fondamentaux du communisme. Nous allons reprendre ces points, les examiner brièvement pour donner une explication simple du Manifeste et de ce qu’est le communisme à sa base. Mais avant ça, regardons un peu comment le communisme se présente. Le communisme cherche premièrement à être total. Tout le monde doit être d’accord avec le système pour qu’il fonctionne. S’il reste des propriétés privées quelconques à l’intérieur du système lui-même, ce n’est pas du communisme. Le communisme est donc internationaliste, il cherche l’union de l’intégralité du genre humain sous un gouvernement unique. Ceci doit être pris en considération quand on lit les points descriptifs du communisme. Beaucoup sont des points répressifs, qui cherchent à contrer l’impact de la réaction des bourgeois. Les bourgeois sont la classe sociale au-dessus des prolétaires. La bourgeoisie est la classe que le communisme cherche à détruire. Le communisme ne cherche pas à arrêter les hauts salariés, mais les bourgeois qui ne font rien que s’asseoir dans leurs manoirs, offrir des «contrats» à d’autres et s’enrichir de leur travail productif en accaparant les profits publics. Un bourgeois est un très haut placé qui ne fait aucun travail directement. Il «offre» une possibilité d’emploi à un autre et lui vole une portion de son salaire. Le prolétaire est toute personne qui génère son propre revenu avec sa force de travail. Une force de travail n’est pas nécessairement le fait de ramasser un marteau et de frapper sur un clou. Mais plutôt n’importe quelle action qui génère une production quelconque. Par exemple, écrire une chanson est une production artistique. Mais le bourgeois ne génère pas son propre revenu, si nous reprenons l’exemple de la chanson. Le propriétaire d’une compagnie de disques décide de manufacturer les albums qu’écrit un artiste de musique, l’artiste reçoit une portion des profits, mais le bourgeois empoche la majorité. Le bourgeois s’accapare le capital que produit le prolétaire. Cette classe sociale qui se retrouve numériquement minoritaire et fait la grosse vie est devenue, pour une raison torve, le symbole de notre société. Cette perception de la liberté qu’on possèderait est un mensonge créé par la classe bourgeoise pour nous endoctriner. Elle s’enrichit sur notre dos et on ne le remarque même pas. Le communisme cherche à nous débarrasser de cette classe. Il ne cherche pas à ruiner le prolétaire, mais plutôt à le sauver de l’exploitation de son travail par un accapareur privé. Ce qui nous fait tellement peur est que le communisme nous donne notre liberté, en détruisant le système qu’on a connu toute notre vie, tout simplement parce que nous sommes prolétaires, et nous sommes endoctrinés dans la vision bourgeoise du monde. Les points communistes du Manifeste s’énumèrent ainsi:
Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État. Le communisme cherche à abolir la propriété privée. Mais pas toute propriété privée. Seulement celle qui produit un revenu qui se trouve à aller directement dans les mains d’un propriétaire privé exploiteur. Donc les propriétaires fonciers qui produisent des produits agricoles, qui en tirent un profit personnel, verront leur profit personnel saisi par l’état. Mais qu’est-ce qu’une propriété foncière exactement? Une propriété foncière est une terre privée qui appartient à une personne sur laquelle il fait ce qu’il veut faire. Mais cette définition voudrait dire que toute propriété est foncière. Oui, mais le communisme concentre son attention sur les propriétés foncières qui produisent un revenu engendré par la terre directement, donc les propriétés agraires. Toute propriété où il y a un fermier qui travaille dans un champ pour produire un revenu pour le propriétaire de la ferme qui, à son tour, lui donne un salaire mais qui tire quand même un profit de la production est une propriété foncière ciblée par les communistes. La maison dans laquelle vit une personne, même s’il a une belle piscine, une petite cabane dans sa cour, un beau chien qui y batifole, n’est pas du tout affecté parce qu’il ne se produit là aucun profit directement de la terre.
Impôt sur le revenu fortement progressif. Tout revenu privé que génère une personne, une entreprise ou n’importe quelle instance privée est sous l’obligation de générer de l’impôt. Ceci n’est pas pour porter atteinte au droit individuel d’une personne, mais plutôt pour s’assurer qu’il n’y ait pas de prolétaire exploité, que la richesse ne reste pas dans les mains d’une seule puissance mais qu’elle soit plutôt envoyée à l’état pour qu’il la répartisse également à travers la population. Ce n’est pas pour rien que les instances de droites sont contre l’impôt et veulent constamment la réduire. À travers les baisses d’impôt, c’est la répartition équitable de la richesse qu’on cherche à freiner.
Abolition du droit d’héritage. La création de mini-hiérarchies privées n’est pas acceptée par les communistes. Le travail que fait un parent devrait assurer la subsistance de cet individu pendant qu’il est en vie, mais il ne peut pas le léguer à son enfant quand il meurt parce que son enfant n’aura pas à travailler. Un exemple de ceci est le pouvoir dont va hériter une dénommée Paris Hilton (née en 1981). La chaîne d’hôtels qu’a crée son arrière grand père ne devrait pas se trouver léguée à elle parce qu’elle n’aura pas à faire l’intendance de ses hôtels du tout, elle empochera l’argent de son ancêtre pendant que d’honnêtes gens meurent dans les rues.
Confiscation des biens de tous les émigrés et rebelles. Le communisme confisque tout bien de personnes qui émigrent du pays parce que comme le gouvernement redistribue la richesse à travers sa population, il ne peut pas laisser les gens qui quittent le pays partir avec la richesse. Le système pourrait grandement souffrir si les émigrants bourgeois partaient tous avec leur fortune. Les biens saisis ne sont pas seulement l’argent, mais la terre, les immeubles, les maisons, en gros toute la propriété qui présente une certaine valeur non négligeable que possèdent les émigrants fuyards. Ceci est un exemple parfait d’une procédure qui est exclusivement répressive. Elle répond au problème que peut causer la migration subite de la classe bourgeoise qui fuit le pays à cause d’une révolution communiste. Si le communisme était international, cette procédure se trouverait à être inutile parce que les bourgeois auraient à quitter la planète elle même pour éviter le système instauré.
Centralisation du crédit entre les mains de l’État, au moyen d’une banque nationale à capital d’État et à monopole exclusif. Il n’y aurait qu’une seule banque appartenant au gouvernement qui gérerait toute activité monétaire et financière. Elle n’aurait aucun pouvoir elle même en tant qu’instance privée parce qu’elle serait strictement gérée par l’état. Encore une fois, si le communisme se trouvait à être internationalisé à travers le monde, cette banque internationale serait capable d’assurer une économie stable et non fluctuante. Puisqu’elle serait la seule banque unique du monde, il n’y aurait pas de compétition par rapport au taux d’intérêt. Il faut noter que la crise économique qui nous bouleverse de nos jours a été causée par des «produits financiers» irréalistes qui sont en fait des actions spéculatives à risque. Ces actions sont principalement le produit de la compétition entre banques privées et du cynisme insensible engendré par la recherche du profit privé, à court terme, et tant pis pour les autres.
Centralisation entre les mains de l’État de tous les moyens de transport et de communication. Ceci est un point qui doit être observé par rapport à l’histoire. Karl Marx et Friedrich Engels ont écrit le Manifeste en 1848. Ils ne pouvaient pas conceptualiser l’existence de l’internet, la télévision, le téléphone, ou même le radio. Le télégraphe était dans les stades les plus simples de son existence. Dans leur temps le seul mode de communication était la lettre et le journal. Le principal moyen de transport à longue distance était le train. Marx et Engels avec ce point disent que le transport et la communication devraient être non privés. Imaginons un monde ou la propriété privée contrôle la poste, et le réseau ferroviaire. Prenons le Canada en exemple, disons que Montréal, Toronto et Vancouver sont les puissances économiques du pays. Les instances privées qui cherchent seulement à s’enrichir construiraient un réseau de deux lignes, Vancouver-Toronto, et Toronto-Montréal. La construction d’autres lignes serait inutile parce que le profit est fait dans les grandes villes, et non les campagnes. Appliquons ceci aux lettres, seulement les bourgeois recevraient leurs messages parce qu’il aurait priorité à cause de leur pouvoir financier. Le service serait négligé partout ou il ne serait pas profitable pour les accapareurs privés. Cela ferait qu’il marcherait bien mal.
Multiplication des manufactures nationales et des instruments de production; défrichement des terrains incultes et amélioration des terres conformément à un plan décidé en commun. Le communisme cherche à contrôler l’organisation du développement des secteurs de production de façon à ce que toute demande de matière première, de biens et de services soit produite de façon égale et méthodique. La raison pour laquelle ce point existe est parce que le capitalisme, avec sa doctrine concurrentielle, motive les instances privées à développer le secteur le plus lucratif, le plus rapide et non la production de tous biens. Le capitaliste cherche à s’enrichir le plus rapidement possible donc il développe les secteurs qui produisent le plus ce qui est payant et pas nécessairement ce qui est utile, mais les secteurs moins payants sont laissés dans l’obscurité. Le communisme cherche à développer tout secteur également pour assurer la production uniforme de tous biens utiles et avoir un certain contrôle de l’intégralité des facteurs d’offre et de demande.
Travail obligatoire pour tous, constitution d’armées industrielles particulièrement dans l’agriculture. Ce point-ci comprend l’un des aspects les plus faibles du Manifeste. Premièrement le travail obligatoire pour tous est une doctrine juste qui cherche à contrer les bourgeois qui ne travaillent jamais directement mais la constitution d’armées industrielles, particulièrement dans l’agriculture, est une toute autre histoire. Le communisme cherche à abolir le bourgeois, la propriété privée et les classes sociales, mais voici une instance qui présente le même rapport de force qu’une société de classe mais qui a échappé au radar du communisme. Une armée dans son fondement présente une sorte de hiérarchie qui est fondamentalement non démocratique et non communiste. Le terme «armées» est soit mal choisi, ou tout simplement mal conceptualisé par Marx et Engels. Il serait plus juste de parler de commune, ou d’équipe mais pas d’armée. Parce que ce terme sous-entend un rapport de force non-propre au fondement du communisme. En plus une armée porte des armes qui, dans les communes de travail, seraient, en fait, remplacées par des outils et des machines.
Combinaison de l’exploitation agricole et industrielle; mesure tendant à faire disparaître graduellement la différence entre la ville et la campagne. Ce point-ci, encore une fois, doit être lu en tenant compte de l’histoire. Dans le temps de Marx et Engels, l’industrialisation était jeune. Les villes présentaient un boom industriel que les campagnes n’avaient pas. Les villes se développaient à une vitesse extrême et les campagnes ne pouvaient pas garder le rythme. La production agricole souffrait et la production industrielle triomphait. Marx et Engels disent dans ce point qu’il faut développer les deux secteur également, que la ville et les campagnes doivent «entrer dans le siècle» à une vitesse égale.
Éducation publique et gratuite de tous les enfants. Abolition du travail de tous les enfants dans les fabriques, tel qu’il existe aujourd’hui; éducation combinée avec la production matérielle, etc. Ce point dit que tout enfant devrait être exempt de travailler et devrait avoir l’éducation gratuitement fournie par le gouvernement. Notons que ceci ne semble un point acquis que dans le monde occidental. En effet, il y a encore des enfants qui travaillent en de nombreuses parties du monde et l’école n’est toujours pas une obligation légale partout. Noter aussi le dernier aspect, celui sur l’éducation combinée avec la production matérielle, qui montre que les communistes étaient soucieux que le prolétaire ne reste pas ignorant, comme cela se constatait en 1848 et se constate souvent encore.
Il y a ici des principes qui guidèrent ceux qui furent animés par l’espoir communiste. Ces principes sont devenus des faits concrets de l’histoire de façon fort incomplète et inégale. Ils ont été associés à d’autres éléments de programmes politiques révolutionnaires, novateurs, progressistes, mais non nécessairement communistes au sens précis que ce programme social propose.
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Le LÉNINE d’Andy Warhol
L’URSS et l’internationalisation d’une révolution. L’URSS est le premier pays qui ressort dans n’importe quelle conversation à propos du communisme. Toute conversation à propos de l’URSS répète, comme un disque rayé, les grands aspects négatifs de l’histoire de ce pays: la révolution bolcheviste qui fut supposément particulièrement sanglante, les procès de Moscou, les famines staliniennes, et tant d’autre aléas. Mais regardons d’un point de vue objectif les biens et les torts de l’une des plus grandes révolutions sociales de l’histoire. Une révolution majeure anti-monarchique a lieu en Russie vers 1917-1921. Rejetant le républicanisme bourgeois déjà amplement discrédité politiquement, les leaders révolutionnaires russes se réclament du communisme. Ils produiront la dernière grande république moderne, croyant longtemps mettre en place le socialisme. La tentative d’internationalisation de ce type de révolution mènera aux restrictions étroitement nationalistes du stalinisme.
Les origines de la révolution (1905-1917). En 1905, l’empire russe, mené par Nicolas II (1868-1918), fait face à des résistances intérieures de plus en plus fortes. La population russe trépigne de mécontentement. Les gens ont faim, ils sont dépourvus de terres agricoles, ils ne sont pas éduqués et des propos révolutionnaires sont tenus partout à travers le pays. En 1905, la guerre russo-japonaise fait rage depuis un an et dans une défaite majeure de la marine russe, la quasi-totalité de la flotte du pacifique est perdue en une bataille unique. Ceci discrédite encore plus le tsar Nicolas II et le régime Romanov aux yeux de son peuple. La défaite de la bataille de Tsushima engendre la mutinerie d’un cuirassé, qui deviendra un symbole culte de la révolution bolcheviste, le Potemkine. La mutinerie du cuirassé Potemkine débute avec une tentative de révolte par un groupe de matelots. Ces matelots avaient été arrêtés par les forces du capitaine et un ordre d’exécution est donné. Les matelots révoltés sont couchés en joue sur le pont. L’ordre de les fusiller est formulé par le capitaine, qui finit, en fait, par se faire fusiller par le peloton d’exécution. Les officiers du bateau sont soit tués où emprisonnés et la mutinerie réussit. Le Potemkine hisse le drapeau rouge. Il devra bien sûr se rendre, mais son impact sur la population russe sera immense. Il deviendra le principal symbole de la révolution en marche. En 1914, la Russie tsariste entre dans la première guerre mondiale comme alliée de la France et de l’Angleterre dans la Triple Entente. Un peuple mal nourri, mal éduqué, très pauvre, complètement opprimé est envoyé massivement au front. Depuis le début de la guerre, jusqu’à la révolution bolcheviste, les pertes russes contre les allemands et les austro-hongrois sont catastrophiques. C’est là, plus que nulle part ailleurs, qu’ils sont, les millions de morts des années 1910-1920 en Russie, et on les passe pudiquement sous silence. Les troupes russes sont levées par conscription. Ainsi des millions d’opprimés se font mettre entre les mains, les armes qu’ils utiliseront pour se révolter.

La prise du Palais d’Hiver, telle que représentée par le cinéaste soviétique Sergei Eisenstein (1898-1948)
Une révolution majeure anti-monarchique en Russie (1917-1921). L’insurrection bolcheviste se décide démocratiquement le 10 octobre 1917 après de longues périodes de discussions, durant lesquels il y a un vote de masse au grand soviet (comité populaire) de Petrograd, oui ou non, pour la révolution et les révolutionnaires l’emportent. Le pouvoir soviétique se divise donc en deux secteurs, le militaire et le politique. Trotsky (1879-1940) se retrouve chef de toute action militaire que va prendre les révolutionnaires (Staline faisant parti de son équipe de direction, mais avec un petit rôle) et Lénine (1870-1924) dirige le bras politique du mouvement. Le soviet de Petrograd est massivement appuyé par les troupes qui reviennent du front. Les garçons qui reviennent (des ouvriers et des paysans qui avaient été conscrits par le tsar) ne cherchent qu’à changer le pouvoir parce que le mode de vie des villages, la famine et la pauvreté, se confondent avec le drame du front. Avec de telles pensées, le message communiste est un peu perdu devant le message anti-monarchique. Les soldats cherchent beaucoup plus à se créer leur propre république qu’à instaurer le communisme. À Petrograd, la nuit du 24 au 25 octobre, les bolchevistes prennent le Palais d’Hiver avec presque aucune perte de vie. Ils entrent dans le palais en tirant des coups dans les airs, et le pouvoir cède. La mortalité de cet événement se trouve à être six personnes. À Moscou, la bataille est un peu plus intense. 50,000 révolutionnaires chargent le Kremlin et sont mitraillé par 10,000 réguliers de l’armée blanche. Ils prennent le Kremlin après quelque coup de feu, les pertes sont d’environ 300 hommes. Les simples soldats de l’armée blanche sont relâchés et les officiers détenus. Les historiens sont d’accord pour dire que la prise de Petrograd et celle de Moscou furent deux événements révolutionnaires peu meurtriers. La guerre civile qui suit la révolution est la vraie boucherie. Surtout avec l’ingérence des puissances occidentales. Après la prise des deux grandes villes, Lénine publie le décret sur la terre. Le décret sur la terre repose sur un principe communiste venant directement du manifeste de Marx et Engels. Le point 1: Expropriation de la propriété foncière et affectation de la rente foncière aux dépenses de l’État. Cette première mesure communiste est un pas en dehors de la féodalité. Toutefois ce pas vers le communisme est négligé par la population paysanne, tendis que le pas en dehors de la féodalité est grandement apprécié. Après le décret sur la terre, la guerre civile éclate. Le général Kornilov (1870-1918), en tête de l’armée blanche, cherche à contrer les révolutionnaires et remettre en place le pouvoir tsariste. L’armée blanche est appuyée par les puissances occidentales, la France, la Grande Bretagne, les États-Unis etc. C’est ainsi parce que le pouvoir tsariste de la Russie était anciennement allié avec les occidentaux. Les révolutionnaires ne le sont pas. La guerre civile entre les Soviétiques et les tsaristes a causé un total de pertes humaines toujours inconnu, même de nos jours. Il y a bien des historiens qui sortent des nombres fantaisistes, disant que des millions de personnes sont mortes. Il y en a d’autre qui disent quelques dizaines de milliers. Le nombre exact de pertes de vie de la guerre civile russe de 1917-1922 fait l’objet de débat depuis le temps où elle a eu lieu. Le résultat de ces conflits est: un nombre de pertes de vie inconnu, un pays détruit par une guerre mondiale et une guerre civile, une famine émergeant de la destruction causant encore plus de mort et un pouvoir révolutionnaire cherchant à mettre de l’ordre dans un pays qui n’en a pas. Ce pouvoir révolutionnaire se trouve à faire face à la propagande anti-soviétique d’autres pays qui cherche seulement à contrer les efforts que font les russes pour se sortir de la féodalité. Toutefois les révolutionnaires parviennent à non seulement contrer l’armée blanche, mais aussi à contrer les puissances occidentales qui s’ingéraient dans leur révolution. Ceci donne beaucoup de crédibilité mondiale aux Soviétiques. Lénine internationalise donc la révolution. Moscou devient le centre de l’expertise révolutionnaire. Des tentatives de révolutions dites communistes dans d’autre pays échouent ou font rage. Le communisme se trouve à être vu comme l’avènement de l’ère nouvelle à travers le monde, mais en réalité le totalitarisme gronde dans les campagnes. Par exemple, Mussolini (1883-1945) en 1922 est venu au pouvoir en contrant une tentative de révolution communiste en Italie. Il instaurera le fascisme. En 1921 la N.E.P. (Nouvelle Politique Économique) est instaurée par Lénine. Cette politique met en place des principes capitalistes et met donc fin à une révolution communiste voulue, sinon obtenue. Mais la N.E.P. n’est pas une régression vers le capitalisme sauvage qui prenait déjà pleinement forme sous le tsarisme, elle instaure et organise ce dernier dans une Russie anciennement féodale dont la monarchie est tombée. Résumons donc la révolution: ce sont les Soviétiques contre un pouvoir féodal. Ils instaurent un nouveau pouvoir, ils le déclarent communiste et finissent par instaurer un type de capitalisme planifié.

Lénine à la tribune
Redevenir graduellement réaliste et autoritaire (1921-1938). En 1921, la N.E.P. est implantée. En 1922, la guerre civile se termine. En 1924, Lénine meurt. La mort de Lénine ouvrira la discrète marche de Staline (1879-1953) vers le pouvoir. Vers 1928, Staline est secrétaire général du parti communiste de l’Union Soviétique. Cette position, encore mal connue, le place en charge de l’immense bureaucratie du pouvoir soviétique. Elle lui donne un énorme potentiel de contrôle sans que personne ne s’en rende trop compte. Graduellement Staline remplace les autres positions d’état (président du conseil du peuple, membres du bureau politique, président du praesidium suprême, ministres, etc.) par des hommes qu’il contrôle. Il donne le pouvoir sur l’intégralité du système à une position, la sienne. Entre les années 1928 et 1938 Staline s’approprie le pouvoir. Il ne se hisse pas vers la plus haute fonction, non, il tire plutôt le pouvoir vers sa fonction à lui. En 1938, l’appropriation du pouvoir par Staline culmine avec les procès de Moscou. Il fait exécuter tous les anciens dirigeants de la révolution (sauf un, Trotsky, exilé au Mexique), en les faisant paraître comme des traîtres, et purge l’intégralité des hauts gradés de l’Armée Rouge. Il instaure son pouvoir, son dogme, et devient le p’tit père des peuples. Entre 1929 et 1939, l’occident est traumatisé par la grande dépression. Ceci parait comme la chute du capitalisme aux yeux de la population mondiale. Le «communisme» soviétique s’industrialise, produit, s’active, et ne ressent aucun des méfaits de la dépression. Toutefois aux yeux des occidentaux il surgit un espoir anti-communiste. Hitler (1889-1945), pur produit politique de la grande dépression, est élu au Reichstag en 1933 et commence son règne dictatorial sur l’Allemagne. Staline, à ce stade de son appropriation du pouvoir, a assez de ressources internationales pour voir très facilement ce que les occidentaux envoient insidieusement vers lui, un nazi insensé qui déteste le communisme… et l’occident. Staline, le 23 août 1939, fait donc un pacte de non-agression avec Hitler qui bouleverse les puissances majeures du temps. Le chien enragé du nom de Hitler se retourne alors contre ses maîtres et avance vers l’Europe de l’Ouest. Ce qui a été découvert, après la déstalinisation de l’URSS, ce sont les problèmes auxquels a fait face l’URSS durant la grande dépression. Il est important de noter tout de même que ces problèmes n’on pas été causés par la dépression. Dans les années 1930-1932 il y a eu les «famines staliniennes» qui ont fait rage dans le pays. Ces famines allaient faire l’objet de débats pour les générations futures. Il y a des historiens qui croient que Staline a fait exprès de tuer son peuple pour le contrôler, il y en a d’autre qui pensent que les purges des koulaks (les propriétaires fonciers russes) ont causé la confusion dans les campagnes et une baisse de la production agricole qui a engendré les famines. Les koulaks (paysans propriétaires), des sortes de gentlemen farmers russes, au début des famines se fond exproprier et tuer. Quand on pense, on remarque rapidement que les koulaks n’étaient pas justes des bourgeois qui s’enrichissaient sur le dos des moujiks (paysan travailleur), ils étaient aussi les détenteurs du savoir faire agraire. Ils étaient le cerveau et les moujiks les bras. En coupant la tête du corps, les membres ne savent plus quoi faire. En tuant les koulaks, le savoir-faire des fermes est perdu, la productivité tombe. Il semble qu’il ne soit pas possible de déraciner la féodalité des campagnes sans causer une désorganisation catastrophique du secteur agraire. Lénine en 1917 publie le décret sur la terre. Ceci crée une famine causée par le manque de savoir-faire des anciens serfs du système féodal par rapport à l’agriculture. Lénine instaure donc la N.E.P. pour ramener des principes plus ancien mais capitalistes. Quand le pouvoir change, Staline remarque le jeu de classe qui se fait entre les koulaks et les moujiks. Dans son plus pur style autoritaire, il purge les détenteurs du savoir-faire et cause encore une fois les famines. Mais Staline cette fois ne réinstaure pas l’équivalent de la N.E.P. Il crée les kolkhozes, des ferme collectivisées, mais celles-ci ne sont pas aussi efficaces que les anciennes fermes des koulaks. La famine reste et la désorganisation aussi. Graduellement le système agraire se remet en place et les terres collectivisées recommencent à produire, mais ceci est parce que le savoir-faire est réappris par les moujiks. Résumons la période post-révolutionnaire de l’URSS. Staline se crée son pouvoir, en manipulant un système bureaucratique dont il émane. La grande dépression donne du prestige au communisme et engendre un modèle social qui bouleversera l’Europe, tout en ouvrant aussi la voie aux dérives fasciste et nazi. L’URSS s’industrialise à grands pas, mais fait quand même des erreurs, en rentrant dans le siècle. Les prémisses de la plus grande boucherie de toute l’histoire de l’humanité se prépare, le totalitarisme est au stade les plus enfantin de sa vie.
Tentative d’internationalisation de la révolution et lutte contre le nazisme (1938-1953). Hitler est élu au Reichstag en 1933. De 1933 à 1938, il militarise l’Allemagne, il prend le contrôle du pays, il rend tout autre parti politique illégal, il se débarrasse des S.A. et mets en place les S.S., il crée la jeunesse hitlérienne, il met en place les camps de concentration et commence sa politique génocidaire sur les juifs. En bref, il instaure le totalitarisme chez lui. Sa population respire l’air nazi, mais l’air n’est pas abondant. Hitler commence donc à parler d’«espace vital» pour les germaniques. Il commence donc à annexer d’autres pays. L’Autriche en 1938 et la Tchécoslovaquie en 1939. En 1939, le pacte germano-soviétique est signé entre l’Allemagne et l’URSS. Le pacte est signé par Vyacheslav Molotov (1890-1986) du côté des Soviétiques et Joachim von Ribbentrop (1893-1946) du côté allemand. Ce que l’on peut constater du pacte de non-agression, signé à Moscou le 23 août 1939, c’est que les deux chefs ne voulaient pas être vu l’un avec l’autre. Hitler et Staline ne se sont jamais rencontrés face à face. Hitler se tourne alors contre le monde occidental. Il envahit la Pologne. Les puissances occidentales, la France, le Royaume Uni et leurs colonies, déclarent la guerre à l’Allemagne. L’Italie et le Japon s’allient aux nazis. L’Axe est née et les Alliés aussi. En six semaines, la Pologne est conquise, en six mois, la France est conquise. Le front ouest de l’empire allemand est assuré. De juin 1940 à mai 1941 la Luftwaffe attaque la Grande-Bretagne. La bataille d’Angleterre est perdue par l’Allemagne et Hitler se rabat alors sur l’URSS. Le 22 juin 1941 le pacte germano-soviétique est rompu par les Allemands. L’Opération Barbarossa débute. Les Allemands s’attaquent au Soviétiques. Ils prennent une portion importante du territoire russe. L’attaque de Pearl Harbor par les Japonais, le 7 décembre 1941, marque l’entrée en guerre des États-Unis. Les puissances de l’Axe ont plus d’ennemis qu’ils n’ont d’alliés. L’intégralité de la puissance britannique, les Soviétiques, les États-Unis, la résistance française. De 1941 à 1943 la guerre fait rage et les front n’avancent pas. En 1943, victoire à Stalingrad. La sixième armée du Troisième Reich est encerclée et détruite par l’Armée Rouge. C’est la première défaite terrestre des nazis. À travers le monde, cette victoire soviétique est vue comme le tournant de la guerre, et la montée du communisme redevient de vogue. La population se questionne maintenant sur la puissance du capitalisme comparé à la puissance soviétique. Graduellement les Soviétiques commencent à reprendre du territoire. Sur l’autre front, le 6 juin 1944, le débarquement de Normandie marque la première victoire terrestre occidentale. Les fronts est et ouest de l’empire allemand rétrécissent. Les États-Unis libèrent la Hollande, la Belgique, la France, l’Italie, l’Allemagne de l’Ouest, la Norvège, la Suède, le Danemark et l’Autriche. Les Soviétiques libèrent la Pologne, la Bulgarie, la Roumanie, la Hongrie, la Yougoslavie, l’Allemagne de l’Est (dont Berlin). Les Soviétiques instaurent le «communisme» dans les pays qu’ils occupent. Tout simplement, ils libèrent le pays et instaure un gouvernement nominalement communiste. Avec des méthodes pareilles, le message communiste est perdu et le totalitarisme est instauré, sous le nom de «communisme». Le prestige dont bénéficie le communisme devient toxique. L’Internationale est chanté à travers l’Europe, tandis que l’illusion communiste s’accroît. Presque chaque pays européen et africain a son propre parti politique communiste. Staline est perçu comme l’homme nouveau. Le capitalisme est en tombée et une ère communiste vient à peine d’éclore. Quelques mois après la fin de la guerre, les États-Unis créent le Plan Marshall. Ce dernier est un programme économique ayant l’intention de refinancer les pays détruits par la guerre. Il est offert à tous les pays concernés. La France, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne de l’Ouest, la Belgique, la Grèce, la Turquie, le Danemark, la Norvège, la Suède, l’Islande, le Portugal et l’Irlande acceptent l’aide américaine. Ces pays, plus l’Espagne et la Finlande, deviendront le Bloc de l’Ouest. Le Plan Marshall est un moyen de garder une main mise capitaliste sur l’Europe. Juste comme ils avaient acheté leurs pays, les américains ont acheté l’Europe. Les pays qui ont été libérés par les Soviétiques durant la deuxième guerre mondiale sont l’Albanie, la Bulgarie, la Roumanie, l’Allemagne de l’Est, la Hongrie, la Pologne et la Tchécoslovaquie. Ces pays feront partie du Bloc de l’Est. Donc, en 1945, il y a alliance économique entre les pays du bloc de l’ouest. En 1949, création de l’OTAN, alliance militaire des pays du bloc de l’ouest. En 1949, encore une fois, création d’une alliance économique entre les pays du bloc de l’est (Comecon). En 1955, deux ans après la mort de Staline, alliance militaire du bloc de l’est, le Pacte de Varsovie. La période de guerre nous présente simplement toutes les puissances mondiales qui entrent dans un mouvement réactionnaire et militaire. Hitler, nazi pugnace, déclenche la boucherie. Churchill, va-t’en-guerre anglais, saute au pouvoir. Staline, vétéran d’une révolution, ressort ses fusils. Franklin Delano Roosevelt, émanation de la grande dépression, meurt et cède la place à Harry Truman, «le Président de la Bombe». Avec de tels chefs d’état, la guerre s’implante dans les esprits. La perte d’une vie humaine est considérée négligeable. Cette période de guerre est la période la plus noire de l’histoire de l’humanité. Techniquement aucun de ces chefs d’état n’est responsable de ces actes, parce que l’environnement était tellement violent. Dans la période d’après guerre, nous voyons les chiens enragés se cacher, sauf un. Hitler meurt. Churchill perd le pouvoir. Truman perd le pouvoir. Mais, Staline reste au pouvoir. Le p’tit père des peuples, dans les huit dernières années de sa vie, façonnera la poigne de fer de l’empire soviétique. Les anciennes idées réactionnaires de la guerre resteront collées dans les esprits des futurs chefs de l’URSS. À ce stade ci, le communisme est non existant. L’internationalisation de la révolution se fusionne avec la lutte contre le nazisme. Les pays libérés par l’URSS se trouvent à changer d’occupant, sans comprendre le message. Ils voient les hommes portant le drapeau rouge qui font fuir les hommes portant la svastika. L’importance des deux camps est minimale, en fait, tant qu’on mange et que la guerre est finie. Les armes maintenant rangées, la Guerre Froide débute. En 1953, Staline meurt et une grande tristesse s’instaure sur le monde. La planète pleure la disparition de son héro. Jusqu’à temps que quelqu’un ouvre un livre d’histoire et remarque quelque chose de bizarre.

Le deuil mondial de Staline
Amorce de la réaction anti-soviétique (1953-1980). La mort de Staline, en 1953, apporte une grande tristesse. Les dirigeants soviétiques après Staline utilisent ce prestige du vieux héro mort pour légitimer la perpétuation du mythe communiste. Par exemple en 1956, l’insurrection de Budapest, en Hongrie, est réprimée par les chars d’assaut soviétiques. L’homme nouveau existe encore, il est simplement dans notre coeur, donc chantez l’internationale! Mais la même année, Nikita Khrouchtchev (1894-1971) dénonce les crimes de Staline. L’homme nouveau a fait des erreurs! Au 20ième congrès du Parti Communiste, le Rapport sur le culte de la personnalité est révélé. Les déportations, les exécutions et les arrestations des procès de Moscou sont dénoncées dans le rapport. Le culte de la personnalité mis en place par Staline est rejeté par Khrouchtchev parce que ce culte contredit les vues du marxisme-léninisme sur lesquelles l’URSS repose. Cette réforme est en gros une tentative de retourner au vrai communisme. Khrouchtchev espère pouvoir corriger la dérive dictatoriale ayant découlé de la guerre. Il essaye en vain de retourner les aiguilles du temps. Suite au Rapport Khrouchtchev, le monde se sent trahi. Staline nous a menti! La déstalinisation se confond avec une désoviétisation. Tout graduellement les pays du bloc de l’est commencent à se révolter. Chaque fois qu’ils manifestent la moindre velléité libertaire, ils se font répondre par les chars d’assaut soviétiques. En sommes, le vieux réflexe guerrier du temps de Stalingrad continue de jouer, non plus pour libérer mais pour opprimer. Les révoltes réprimées s’énumèrent comme suit: Hongrie en 1956, Insurrection de Budapest; Tchécoslovaquie en 1968, Printemps de Prague; républiques musulmanes orientales (Ouzbékistan, Turkménistan, Tadjikistan) en 1979, menant à l’invasion de l’Afghanistan limitrophe; et finalement 1980, Pologne, mise en place du syndicats non-communiste Solidarność. Ce qu’il faut noter quand on analyse ces révoltes est que chacun de ces soulèvements était ni socialiste ni communiste mais purement capitaliste, nationaliste (et islamiste dans le cas des républiques musulmanes voisines de l’Afghanistan). Dans chacun des cas, les États-Unis endossaient les insurgés, leurs fournissaient de l’argent et couvraient tout l’événement à l’aide des médias. La Guerre Froide était une guerre d’image et les Soviétiques paraissaient comme les plus fous, les plus rétrogrades et les plus militaristes. Pour conclure sur les années 1953 à 1980 il faut dire ceci. Les Soviétiques commencent la déstalinisation, mais au milieu de cette redéfinition communiste, Khrouchtchev est limogé et la poigne de fer stalinienne ou plutôt néostalinienne incarnée par Léonid Brejnev (1906-1982) est de retour en beaucoup moins efficace. Cette moufle de fer est utilisée pour tenir les pays du bloc de l’est et à chaque fois que la moufle ferreuse est utilisée, les États-Unis la filme en mondovision. L’image de l’URSS est détruite, l’empire est trop violent pour l’époque de l’après-guerre. La perte de la Pologne en 1980 marque la fin de la vie de ladite moufle de fer.
La chute de l’URSS (1980-1991). En 1980, l’URSS, vieil empire en décadence, perd pour la première fois un partisan du bloc de l’est. La Pologne, avec un libertaire syndicaliste et anti-communiste, endossé par les Américains, se trouve à faire une «révolution» contre sa hiérarchie militaro-bureaucratique prosoviétique. Lech Walesa est le premier homme à sortir victorieux contre les gros méchant prosoviétiques habitant la Pologne. Le gouvernement que Walesa a combattu est une division du complexe militaro-industriel compradore de l’URSS, qui jouait le rôle de gouvernement. Ce gouvernement «communiste» n’était qu’un garde-chiourme stalinien. Il s’était fait implémenter à la libération du nazisme et était resté collé là comme un doigt métallique et pugnace de la poigne de fer de Staline. Quand Staline est mort, la poigne, maintenant laineuse, a mené à un refus du contrôle toujours métallique mais non plus renforcé par Staline. La mitaine de fer ne jouait plus le rôle de la poigne. Le dogme de Staline s’effritait. Érigé en exemple, la Pologne est devenu un symbole d’espoir contre les Soviétiques. L’URSS avait mis trop d’argent sur les dépenses militaires et ne présentait plus un milieu de vie libre ou communiste. La fin était en vue. Mais en 1985 un espoir final se manifeste. Mikhaël Gorbatchev (né en 1931) présente un nouveau tournant pour l’URSS. Il est vu comme l’homme qui va retrouver le droit chemin communiste que l’URSS a perdu. Mais cet homme politique arrive trop tard. En 1990, les républiques soviétiques et les pays du bloc de l’est sautent comme des bouchons de bouteilles. Les boulons de cette ancienne machine cèdent et l’URSS s’effondre comme entité et est dissoute comme état. La chute du mur de Berlin (1989) marque la fin de la Guerre Froide. La terreur de la bombe est implicitement éliminée. Les Américains ont gagné.
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Le MAO ZEDONG d’Andy Warhol
La Chine: le «communisme» d’une future superpuissance. Évidemment, il y a encore la Chine… De nos jours, la Chine est le pays dit «communiste» qui parvient à faire de plus en plus bonne figure dans l’actualité. Ce pays augmente en puissance non seulement économique, mais militaire et sociopolitique. La Chine est devenue l’une des plus grande puissance mondiale au 21ième siècle même en gardant son titre tabou de «communiste»! Comment alors? Es-ce la fin du capitalisme en plein Extrême-Orient? Investiguons l’affaire. D’où émerge le communisme chinois? Et surtout comment est-il si fort, même de nos jours? Le fait est que la Chine va, en 1949, amplifier le rôle républicain du programme communiste en le complétant d’une démarche anti-impériale et anti-coloniale. C’est le fer de lance de l’objectif communiste qui poussera les chinois à se débarrasser de l’envahisseur japonais et à sortir les occupants occidentaux. La quête communiste amènera la Chine à devenir la plus grande puissance capitaliste de tous les temps.
En 1912, la Chine est à la fin de son ère féodale. Les seigneurs féodaux n’assurent plus le bien-être de la population et des insurrections sont fréquentes. En 1927, le général Tchang Kaï-Chek (1887-1975) décide de s’allier avec des militants communistes de son pays, pour détrôner les derniers seigneurs de guerres. Il mène la lutte nationale et retire les féodaux du pouvoir. Mais une fois les seigneurs partis, Tchang Kaï-Chek trahit les communistes qui l’ont aidé dans son combat républicain. Son armée, maintenant l’armée gouvernementale, attaque subitement les communistes. Menés par Mao Zedong (1893-1976), ces derniers se réfugient dans des grottes entre le Nouman et le Yang-Tsé. Ceci déclenche la guerre civile de Chine. Les communistes contre le Kuomintang, le parti de Tchang Kaï-Chek. De 1929 à 1934, les attaques du Kuomintang sont fréquentes sur les différentes bases communistes de ce pays immense. Les communistes sont bien défendus, mais la guerre civile finit par prendre le dessus sur eux. Finalement, en 1934, Mao décide de quitter le refuge qu’il tient encore et de partir sur une grande aventure qui l’amènera à travers tout le pays. Ainsi débute la Longue Marche de Mao. Il va parcourir la Chine avec 70,000 hommes et seulement 10,000 se rendront au bout de ce repli tragique. La Longue Marche de Mao c’est comme la Prise de la Bastille pour la révolution française ou la mutinerie du cuirassier Potemkine pour la révolution russe. La Longue Marche fut érigée en symbole de la persévérance, du courage et de la patience des militants communistes chinois. Plusieurs œuvres d’art s’en inspirent. En octobre 1935, Mao et ses hommes s’arrêtent au nord-ouest de la Chine et se fortifient dans les grottes du Yénan.
Entre 1935 et 1945, la petite république communiste du Yénan se consolide. C’est la période où Mao écrit ses œuvres littéraires et politiques, dans les grottes du Yénan. En 1937, le Japon Impérial envahit la Chine. Il y pratiquera des exactions horribles, des crimes inimaginables. La puissance écrasante de cet envahisseur impérialiste oblige les communistes et le Kuomintang à conclure une nouvelle alliance. Ce fait est hautement significatif car on retrouve, encore une fois, une situation où la lutte de libération nationale et la guerre classique mèneront à une unité nationale qui primera sur l’idée de lutte des classes. La Chine profonde, dont Mao est l’animateur marxiste par excellence, tient par-dessus tout à s’affranchir des occupants coloniaux, européens ou asiatiques. Entre 1937 et 1945, la Chine est partiellement occupée par un grand agresseur international. Les japonais y sèment la terreur. Ils font des raids sur les villes et causent de terrible massacres. Le monde occidental et les États-Unis ne semblent voir que Tchang Kaï-Chek comme jouant la part de la Chine dans ce grand et douloureux conflit. Après la capitulation du Japon sous les coups des deux bombes atomiques américaines, Tchang Kaï-Chek semble le héro de la portion chinoise de la guerre contre le Japon. Entre 1945 et 1949, les américains appuient donc Tchang Kaï-Chek et lui fournissent de l’armement. La guerre civile reprend alors et pourtant, malgré cette superficielle et illusoire supériorité technologique, l’armée du Kuomintang est, en quatre ans, réduite à «une lamentable cohorte de fuyards». Les rouges sont plus profondément intimes avec les masses paysannes, ils sont plus acceptés par la population. L’hinterland est le secret de leur succès.
En 1949, le Kuomintang est vaincu. Il quitte la Chine continentale et se réfugie sur l’île de Formose (Taiwan). Les colonialistes européens, qui s’étaient implantés de longue date dans les villes portuaires, notamment à Shanghaï, pour gérer l’import/export du pays à leur strict avantage, sont évincés par les communistes chinois. Ils ne gardent que Macao (les portugais) et Hong Kong (les britanniques). Le premier pays que Mao visite en tant que chef d’état en 1949 est l’URSS. Il rencontre Staline à Moscou. L’URSS aidera la Chine à s’industrialiser. Elle doit aussi entrer dans le rythme de la vie moderne. En mai 1950, le nouveau gouvernement interdit la vente des femmes et la polygamie. Entre 1950 et 1953, on se lance dans une vaste réforme agraire. Les droits féodaux des anciens propriétaires fonciers sont abolis. La terre est distribuée aux paysans puis collectivisée. Encore une fois, comme dans le cas des «famines staliniennes», il semble qu’il ne soit toujours pas possible de déraciner la féodalité des campagnes sans causer une désorganisation catastrophique du secteur agraire. La déroute sociale découlant de ces changements de propriété et d’organisation provoque, ici aussi, une vaste famine qui causera la mort de millions de personnes. Comme en Russie antérieurement, les causes exactes de ce ratage révolutionnaire dans les campagnes sont vagues et mal connues. En 1958, la Chine lance le Grand Bond en Avant. On approfondit la collectivisation des campagnes. Paysans, soldats, intellectuels sont envoyés aux champs. L’affaire rate en moins d’un an, parce que l’importance du savoir-faire agricole (y compris celui d’avant la révolution) par rapport à la productivité est sous-estimé. La Chine finira par devoir importer du blé de l’URSS. En 1960, on assiste pourtant à une rupture avec l’URSS. La Chine n’accepte pas du tout l’idée de déstalinisation. Les Soviétiques sont désormais des «révisionnistes».

Les gardes rouges
En 1966, Mao, qui est en train de se faire marginaliser dans les structures du pouvoir par les cadres du Parti Communiste Chinois (PCC), lance la Révolution Culturelle. Il va s’appuyer sur la jeunesse émergente pour regagner de l’influence. Mao sème l’extase. On lance de grandes fêtes. On produit toutes sortes d’œuvres d’art populaires inspirées par la ferveur révolutionnaire. Et on brandit des millions de copies du Petit Livre Rouge, des citations du Grand Timonier. C’est le début comme tel du culte de la personnalité de Mao, dont on dira qu’il aura été à la fois le Lénine et le Staline de la révolution chinoise. Entre 1966 et 1970, le culte de Mao est instrumentalisé pour garder la jeunesse débordante en contrôle. Dans certaines provinces, c’est l’armée qui assure l’ordre. En 1971, le président américain Richard Nixon fait une visite historique en Chine et rencontre Mao. Les historiens s’accordent pour y voir l’indice politique du début d’un lent renouveau du capitalisme en Chine. Mao meurt en 1976. Les grenouillages politiques qui s’ensuivent laissent la place à une succession de dirigeants qui sauront se ressourcer et se renouveler bien plus efficacement et subtilement qu’en Union Soviétique. Le président actuel, Hu Jintao n’avait que sept ans lors de la révolution. Il est à la tête d’un immense pays d’un milliard trois cent millions d’êtres humains en train de devenir la plus grande puissance économique des temps modernes. Un pays communistes? Bien, il est toujours dirigé par un Parti Communiste, mais l’histoire de la quête chinoise vers le communisme nous donne bien plus à découvrir un très vieux pays, une des plus anciennes civilisations du monde, resté longtemps féodal et stagnant qui, par la force d’une formidable poussée révolutionnaire de masses, se débarrasse des seigneurs de guerres, des grands féodaux, des empereurs, des colonisateurs européens, des envahisseurs japonais, des dirigeants nationalistes compradores, pour instaurer au moins son indépendance et son autonomie nationale… Mais ils n’ont pas instauré un ordre social vraiment communiste.
Aujourd’hui, la Chine est activement impliquée dans la mise en place d’un genre moderne et subtil de dispositif impérial, notamment dans de nombreux pays d’Afrique. Elle finance le gros de la dette des États-Unis et le solide souvenir de la gestion planifiée «communiste» lui sert à maintenir un capitalisme monopolistique d’état lui permettant, entre autres, de protéger ses exportations en maintenant sa monnaie artificiellement basse. L’industrie chinoise est «concurrentielle» pour des raisons que Karl Marx avait déjà analysées: ses travailleurs sont parmi les plus bas salariés au monde. Ce n’est certainement pas ça, la dictature du prolétariat! La Chine est une superpuissance en montée qui, entre utopie et réalisme politique, hésite de moins en moins à retenir le second comme voie de l’avenir et à reléguer la première dans le passé proche ou lointain des origines de sa république. Le portrait de Mao est encore visible un peu partout, y compris sur les billets de banque chinois… le dernier grand tigre de papier…
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Ernesto «Che» Guevara (1928-1967)
Vietnam et Cuba: un «communisme» de résistance face à l’impérialisme américain. Dans la dynamique de la Guerre Froide (1945-1991), communisme et lutte contre l’impérialisme américain finissent étroitement confondus. De petits pays résistant contre la présence post-coloniale des américains sur leur territoire produiront des «révolutions communistes», actes de rébellions micro-nationales n’ayant de plus en plus de communistes que le nom. Le Vietnam et Cuba sont les exemples les plus représentatifs de ça. Leur sort est d’ailleurs bien plus interconnecté qu’on ne le pense.
Dans l’ancienne Indochine française, le colonialisme français à l’ancienne se fait sortir fermement par les partisans vietnamiens, à la bataille de Dien Bien Phû (1953). La Chine de Mao brille alors comme un soleil ardent et la logique de confrontation des blocs de l’ouest et de l’est est déjà solidement en place. Les américains prendront donc le relais des français pour tenter de garder le Vietnam dans le camp capitaliste. Le pays est coupé en deux, comme les Corées. Ho Chi Minh, (1890-1969) chef du Vietcong fait de Hanoi sa capitale provisoire. Il travaille avec les chinois, tout discrètement. Mais surtout, il est «communiste». Les américains eux, occupent ouvertement Saigon et le Vietnam sud.
Comme si les affaires de l’impérialisme américain n’allaient pas assez mal comme ça, en 1959, un obscur dictateur cubain du nom de Fulgencio Batista (1901-1973), qui a littéralement vendu son île par morceaux à des propriétaires de casinos floridiens, se fait renverser par une poignée de barbus qui se gagnent rapidement un appui populaire durable sous la houlette de deux chefs charismatique jeunes et vigoureux: Ernesto «Che» Guevara (1928-1967) et Fidel Castro (né en 1926). Castro tente un rapprochement avec les américains mais se fait traiter comme un pur et simple bandit pour avoir saisi unilatéralement et nationalisé les immenses portions de l’île de Cuba que Batista avait antérieurement vendu à des intérêts, justement, américains. Les Floridiens ne récupéreront pas un centime de leur mise et en voudront à Castro pour longtemps. Pas énervé pour deux sous par l’attitude intransigeante des américains, Castro, résolu et frondeur, joue le jeu de la Guerre Froide à fond et se tourne ouvertement vers les Soviétiques. Il devient alors très officiellement, lui aussi, «communiste». Il introduit des reformes sociales effectives, notamment en matière d’éducation et de santé publique. C’est un socialiste dans les faits mais aussi un allié stratégique de l’URSS, à 200 kilomètres au sud de la Floride. Vers 1960-1962, éclate la crise de la Baie des Cochons. En réponse à l‘installation par les américains de fusées intercontinentales en Turquie, l’URSS décide d’en installer à Cuba. Les américains instaurent un blocus maritime de l’île de Cuba, vers laquelle des convois maritimes soviétiques se rendent. Les marines de guerre des deux superpuissances se frôlent, se toisent, au large de Cuba, et la tension internationale est si grande qu’on passe bien proche du déclenchement d’une troisième guerre mondiale. Les choses se calment finalement par la diplomatie, les Soviétiques démantèlent leurs fusées à Cuba, les américains en font autant en Turquie et il y a détente. La diplomatie américaine est par contre forcée de laisser les «communistes» cubains tranquilles. Et ces derniers finissent avec une société originale, socialisante mais aussi excessivement militarisée pour ce que leurs capacités économiques peuvent rencontrer. Contrairement à Salvator Allende (1908-1973) du Chili (tué par des militaires pro-américains lors d’un coup d’état), Castro survivra tous les coups tordus qu’on tentera contre lui (il est aujourd’hui retraité). Son alliance avec les Soviétiques déclinera tout graduellement au profit d’une discrète unité commerciale avec l’Europe occidentale, tandis que le brutal boycott américain de Cuba se poursuivra et se poursuit encore.
Dans l’existence de petits pays «communistes» comme Cuba ou le Vietnam, tout se joue, dans un monde en guerre froide, au rythme des lourds soubresauts de l’impérialisme américain. Entre 1965 et 1968, les États-Unis renforcent leur présence au Vietnam. C’est l’époque de Good Morning Vietnam! Les américains sont pris dans un paradoxe qu’ils ne pourront pas résoudre: comment gagner cette guerre contre des résistants pugnaces, dans la jungle indochinoise, sans la tourner en conflit international généralisé? Comment faire sauter une bombe dans un aquarium sans casser l’aquarium? Un autre problème devient de plus en plus ardu pour les américains. Leur propre opinion publique est désormais bien moins docile et va-t-en-guerre que du temps du Débarquement de Normandie. Bob Dylan (né en 1941) et Joan Baez (née en 1941) chantent contre la guerre et toute la génération du Peace and Love devient Draft Dodgers. En 1975, les américains ne peuvent plus tenir cette équation en équilibre. Ils perdent la guerre du Vietnam. Saigon est rebaptisée Ho Chi Minh Ville et le Vietnam est unifié et pacifié, sous le drapeau rouge. Aujourd’hui c’est un des pays les plus prospères d’Asie, toujours sous la houlette politique d’un parti «communiste».
Cuba et le Vietnam sont-ils des pays ayant instauré le «communisme»? Comme la Chine, mais sur une bien plus petite échelle, ce sont des pays qui one mené une lutte contre le vieil euro-colonialisme. Comme la Chine, mais sur une bien plus grande échelle à leur mesure, ce sont des pays qui one mené -et gagné- la lutte de résistance contre l’impérialisme américain. Voici donc encore des causes nationales circonscrites qui ont teint leur drapeau en rouge pour qu’il claque mieux dans la fibre émotionnelle de leur temps… Mais l’homme nouveau, dans tout ça, où est-il?
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Retour sur la définition du communisme dans le Manifeste. La Révolution Iranienne de 1979 sera la première révolution républicaine non-communiste après 1917. Comme les vieilles révolutions républicaines, teintes en rouge ou non, du siècle dernier, elle abattra un monarque antique (le Shah d’Iran) et remplacera la monarchie par un régime présidentiel. Elle sortira aussi des voleurs de ressources coloniaux et compradores (le contrôle du pétrole échappera aux britanniques puis aux américains). Elle produira aussi une dérive dictatoriale et militariste, la théocratie des Ayatollah (qui s’engagera, en 1980-1988, dans une terrible guerre contre l’Irak, ce dernier appuyé par les américains). Une différence essentielle distinguera cette révolution républicaine de toutes celles survenues depuis 1917: elle ne se réclamera pas du communisme mais de l’islamisme.
Le fait est que le programme révolutionnaire dit «communiste» est maintenant, lui aussi, discrédité par l’usure violente et sanglante de l’Histoire. Les monarchies et le colonialisme sont tombés mais le rouge intégral du siècle dernier est aussi peu crédible désormais que l’avait été le bleu-blanc-rouge des siècles antérieurs. Il y a un hiatus entre ce que la révolution fait (abolir la féodalité, restreindre le colonialisme, instaurer l’indépendance nationale, industrialiser) et ce qu’elle promet, bien utopiquement (la «liberté», l’ «égalité», le «communisme»). L’abolition de la propriété privée des ressources et du mode de production capitaliste, son remplacement par un socialisme reposant exclusivement sur la solidarité sociale et le contrôle de tous les leviers de pouvoir par ceux qui travaillent, ne sont cependant tout simplement pas encore là. La définition du communisme telle qu’on la trouve dans le Manifeste de 1848 regroupe une collections d’acquis sociaux s’étant plus ou moins mis en place ici et là, imparfaitement, au grée de l’histoire (fin du travail des enfants, éducation obligatoire, nationalisation des transports etc.) autour d’un principe fondamental qui, lui, n’a tout simplement jamais existé, celui d’une mise en commun intégrale de la production et de la propriété des biens qu’elle engendre. Des forces fantastiques ont utilisé le discrédit inévitable, associé à l’entrée douloureuse dans la modernité de territoires immenses comme la Chine ou l’ancienne URSS, pour attaquer et dénigrer le programme en grande partie utopique qui servait de guide intellectuel à ces gigantesques mouvements historiques. On a jeté le bébé communiste avec l’eau sanglante du cuirassé Potemkine et de la Longue Marche, utilisant tout ce qui pouvait être utilisé pour discréditer et salir un si généreux idéal. Pourquoi? Tout simplement parce que cet idéal raté, cette utopie non réalisée, ce programme futuriste, saboté par les accapareurs économiques, les agresseurs politiques et les calomniateurs médiatiques a, comme principe définitoire, la destruction du capitalisme et des classes de possédants qui vivent parasitairement de cet ordre social injuste et inéquitable, vieux de huit cents ans. Le communisme n’existe même pas vraiment, et son spectre continue pourtant de hanter le monde, sous la forme de la conscience coupable rouge sang, du capitalisme, qui s’en prend encore à lui comme à un fantôme, si épeurant, parce que si culpabilisant.
La force des utopies c’est que, malgré tout, sous une forme ou sous une autre, elles s’en viennent vers nous…

Le Capital et le Travail (affiche de Mai 68)
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I was just fired! [Je viens tout juste de me faire virer!]
Publié par Paul Laurendeau le 1 décembre 2011
Well, I try my best to be just like I am
But everybody wants you to be just like them
They say sing while you slave and I just get bored
I ain’t gonna work on Maggie’s farm no more…
[Bon, j'ai fait de mon mieux pour être celle que je suis. Mais tout le monde veut que vous fassiez tout exactement comme eux. Ils me disaient de chanter en esclavage et j'ai fini par en avoir marre. Je ne travaillerai plus jamais à la ferme de Maggie...]
Bob Dylan, Maggie’s Farm, 1965
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Une lectrice assidue de ces pages, la toute gentille, discrète, effacée et polie PugLover de Winnipeg (Manitoba, Canada) vient de se faire abruptement saquer de son emploi contractuel (avant le terme du contrat). Elle écrit alors à Ysengrimus, dans la mouvance immédiate de l’impact du moment. Avec un petit mois de recul, et avec sa généreuse permission, je vous publie (et vous traduis) ici le texte brut de sa copieuse missive, pondue à chaud, toute détresse brandie et proclamée… Le fait est que je trouve ce texte aussi poignant et révoltant que profondément parlant sur le cancer social de la précarité professionnelle et son impact profond et délétère sur l’intégralité de notre psychologie collective.
Amber, Cassie et Lisa, vous êtes virées
[La traduction française suit] «I was just fired, Ysengrimus! FUCKING FIRED! FUCKING FIRED FOR “TALKING EXCESSIVELY”! I SPOKE FOR TEN MINUTES YESTERDAY TO SOMEONE AND THE FUCKING ASSHOLE BOSS SAID HE WAS WATCHING ME AND THAT I SPOKE FOR THIRTY MINUTES. They fucking fired me! I knew from the first day that that place was a shithole. My dear Ysengrimus, this is THE FUCKING LAST OFFICE JOB I WILL EVER HAVE! I don’t care if I have to go a whole year unemployed. I have sufficient savings and I don’t buy anything or own anything in any case.
After it happened I cried so much that I shook and threw up. They told me that «other people» in the department had been complaining about my «excessive talking» for some time now. I asked them to identify these people and they refused. THEY FUCKING REFUSED! YSENGRIMUS, I DON’T TALK! I DON’T FUCKING EVER TALK! Yesterday I spoke for about ten minutes to the lady behind me, telling her about a store in town, that was it! The rest of the day I spent fucking emailing the same fucking text to fucking seventy people. My boss made me keep quotas of all the phone calls and emails I made every day and he told me that it was not good enough.
I am through with it, Ysengrimus. I don’t care if I have to live with my parents until I die. I will not EVER take a fucking office job again. I swear it on my husband’s head, on the heads of my parents and on the heads of my baby nieces. Ysengrimus, this life is pure garbage. I contemplated killing myself when I got home, but why would I do that to Pop and Mom, two of the very few decent people on this earth, and why would I do that to my beloved husband. I want to punish THEM, not the people I love. I am so hopeless, Ysengrimus. I just can’t believe what has just happened to me. I just cannot believe it. I demanded to know why they did not give me any word of this before, that they needed to give me warning before firing me, and they said that that does not apply to contract employees. I am beyond furious, Ysengrimus. I am beyond everything. I am just numb.
Ysengrimus, why does everybody hate me? I FUCKING KNEW that women in that office fucking hated me and were scheming behind my back. It was likely they who made that shit up about me. I did not talk excessively. In fact, I did not talk AT ALL except for when I first arrived in the morning to say hello. What do I do, what do I do with this life that just does not ever work out for me? Why does this happen to me, Ysengrimus? Why? Why do so many people hate me without even knowing me? I mean, I never «talk excessively» period! I AM NOT THAT KIND OF PERSON! I am a serious person who tries to do my best. I busted my ass for those cunts. My eyes became so sore staring at a monitor for so long that I bought an antiglare film for it! I made so many fucking phone calls that I would come home dehydrated. FUCK THEM! FUCK THEM SO HARD! I am so enraged. I hate everything. My heart is filled with nothing but hatred. I hate this life so much. How could this happen to me? The little girl on whose every report card the teacher wrote «needs to speak more in class»? I was so quiet that at places I have worked people have asked me if something was wrong!
Maybe I should become a prostitute! Seriously! I am done with office SHIT! This motherfucker boss asking me to meet fucking quotas for calls and emails, making me do over a whole fucking spreadsheet with about six hundred names on it and about five to fifteen file numbers for each BECAUSE HE DID NOT LIKE THE DATE FORMAT I USED! AND BECAUSE I PUT TEXT IN A COLUMN THAT WAS ONLY FOR DATES! THE FUCKING SPREADSHEET IS FOR MY USE ONLY, MOTHERFUCKER. WHO THE FUCK CARES WHAT DATE FORMAT I USE! And he made me CHANGE THE COLOUR OF HIGHLIGHTER! That happened just the day before he fired me. WHAT KIND OF CUNT FACED MOTHERFUCKER TELLS ME THAT I TALK EXCESSIVELY! I DON’T TALK ENOUGH, MOTHERFUCKER! I am the most silent, non-confrontational, head-in-my-work person you can ever know! Never in my life, never, when I was killing myself studying in university, never when I was a leetol girl, never in my wildest imagination did I ever think that I would ever get fired for EXCESSIVE TALKING! They said that I was distracting others from their work. Ysengrimus, I promise you that I never, ever even made a sound for more than fifteen minutes throughout the whole day, maximum. Why do people hate me? What did I ever do to deserve this?
Later in the day, I spoke about this on the phone with Amber, my best friend. She has an idea for a book that we would write together. We have this shared interest in the persecution of so-called “witches” à la Salem and have exchanged ideas about a story. Not a Salem story, but it involves witches as proto-feminists. At least now I have plenty of time for writing… When I think about my loving Amber and her husband, I think that he is not as intelligent as her, that is for certain. I always think – and this is not exactly the feminist statement of the year – that a relationship functions better when the man is more intelligent than the woman. Woman more intelligent than the man only works with a man who is very evolved. But when you have your classic ‘dude’ with an intelligent woman, conflict seems to reign. She is so much more intelligent than he is yet he makes about $70,000 a year while she makes about $12,000… What I mean by all this is that my friend Amber, like me, is unable to function in the world of work. And I do not say that in a self-belittling way, no, not at all. We are sensitive, introverted, quiet and gentle people and we become nothing more than targets for the cruelty that runs amok in these places. The entire structure is toxic to people like me and Amber. I don’t know what our place is in this world. Sometimes I think that it is somewhere far, far from this place, literally and figuratively speaking. I am so lucky to have found her. Never have I had a friend who is so like me, who accepts me and truly understands me and genuinely empathizes with me as she does. We are incredibly alike. You should hear us talking. It is like a self-deprecation-fest, one trying to convince the other that they are perfect and wonderful as they are. All of my social anxiety and timidity and introversion, she shares all of that like nobody else I have ever known. It is so comforting to know that I am not alone. We are two misanthropic, introverted peas in a pod, prone to flights of fancy, just wanting to be left alone by the wider world of people. That is all I ever wanted from people: to be left alone. I walk with my head down, I speak to as few people as possible, I fade into the woodwork, yet somehow I am always the object of attack. It disgusts and repulses the extent to which human beings take such satisfaction in preying upon the weak. On the wider level of society we see it in the marginalization of entire groups of people based on their refusal or incapacity to ‘conform’ to our bourgeois norms: the homeless, drug addicts, the mentally ill, prostitutes, the poor. We let loose all of our pent up rage on the most powerless, because human beings are, at base, cowardly, sadistic and perverse.
I am so completely bamboozled. I was shaking and crying all the way home. I mean, Ysengrimus, look! Here is what is written on my first grade report card: Lisa is growing in self-confidence. She is still quite shy but not as shy about contributing to class discussions as she was earlier in the year. She is happy at school and enjoys being with the other children. She is able to work independently completing her tasks in an appropriate length of time. What it says there is still true now. I know that you will think that this is paranoid, but I know that there were several women, and that fuckassed boss included, who had it in for me from the very first day. I knew it, I fucking knew it. It took them a month to get me a computer account, I had to bring in my own stationary – pens, paper, everything – because they would not give any to me. They sat me down at the cubicle – right next to the photocopier/scanner and shredder – literally threw a list of numbers at me and told me to start calling. I was not even to use my own name on the calls, I had to say “this is “Cassie” calling” because that was the name of the woman I worked with. I was a total non-person the whole time, and I tried, I tried. I hated that place from day one! I was trying to find things to like about it, but they fucking conspired against me. I was only supposed to be there for three months, in any case! And the clients I was phoning would comment on how friendly I was on the phone and even on how “well written” my messages were. I just don’t know what to do anymore with this life. I feel as though someone has ripped my guts out. How dare they do this to me, Ysengrimus? What did I ever do to them to have them do this to me? All I wanted was to do my work and be left alone. I mean, I BARELY SPOKE AT ALL there! With the exception of mandatory phone calls, I barely opened my mouth. And I had to tell the fuckcuntasshole how many calls and how many emails I made each day and he would tell me that it was not good enough and I tolerated all that because I am always made to believe that I am weak. But I am not weak! I am sick and tired of it all, and I don’t know what I am going to do. Join a Buddhist monastery? It is funny, when if was a teenager working at Mambo-Mart, I was once sent home because my skirt was “too short”… I was only fucking sixteen years old, and wearing thick tights under the skirt. In any case, the cunt who sent me home was fired a few weeks later for stealing from the company. Yeah stealing motherfucking RELIGIOUS videos! Why am I always the target of asshole managers, Ysengrimus? What is it about me that makes me so loathsome to people? I am so kind! You know what, yesterday, I even brought in A BAG OF LEFTOVER HALLOWEEN CHOCOLATE BARS for everyone today! I don’t understand, I don’t understand. What is it? What could it possibly be? And I have no recourse because written in the employment contract is the following clause: You acknowledge that your employment may be terminated at any time, without cause…
Whenever bad things happen to me I retreat to my childhood. I was so happy as a little girl. Life had to come along and take it all from me. I loved my grade one teacher. She was kind and lovely and tall and blonde and French-Canadian. She was like some sort of tall kind fairy with her long hair and her gentle eyes. I discovered a few years ago that she shared with my mom that other teachers in the school seemed to hate her… Oh, mom and dad. They are so patient and loving. After bawling my eyes out to them, my poor, poor parents, I had to get myself to my piano. It is to my piano that I always go in moments of trauma and great sadness like this. My piano and my childhood. Funny, looking at my first grade report card – Mom kept all of my report cards in this beautiful little book – this is what it says about leetol me in the section entitled The Arts: Check this out. Grade one report card, French: Lisa has made an excellent effort in all phases of the program. She is able to grasp the content of stories read to the class. She involves herself in all forms of language drills. She enjoys dramatizations of fairy tales and reciting rhymes. An eagerness to express herself alone in French in apparent. And under “personal growth”: Lisa is empathetic and understanding of others in group situations. She encourages and helps others too. She spends most of her time happily participating in worthwhile learning activities. I was always kind. I don’t know why I am treated as I have been in these nightmarish workplaces. What did I ever do to these people, Ysengrimus? I was always a good person, why does shit like this happen to me? Well, actually, it happened to other people too and some of them are pretty much the best people. Horrid, horrid world, Ysengrimus. Lisa enjoys singing and learns the words to songs quickly. She moves independently to music (e.g., she does not copy others) and she frequently volunteers appropriate musical ideas (e.g. ways to move to the music) [man, I was an awesome child!] She uses a wide variety of art materials in very thoughtful ways. Lisa dictates interesting stories about her pictures and enjoys reading them.
Oh, I am no writer, but writing this to you, as tedious as I am sure it is for you to have to endure, is rather therapeutic. Writing most definitely has a cathartic, purgative quality to it. No wonder there are so many of these journal intime blogs. If they serve this purpose to people, then how could I criticize them? Perhaps they are not motivated by narcissistic pulsions but, rather, purgative and cathartic ones, a need to know that one is not alone in their misery. Now, Ysengrimus, I really need to know what, as a progressive blogger, you think of all of this. You know what is funny, today I wore the bracelet my husband gave me, the earrings my Amber gave me and the necklace my other friend Cassie gave me. It was as though all my loves were with me to protect me for what was going to happen. But I am stuck with this, Ysengrimus: what did I do to deserve this? I have so many things I want to say, that is why I write, write, write. What did I ever do to deserve the treatment I have received from people my whole life through? It is as though the more kind and gentle and quiet you are, the more you are a target for cruelty. I don’t even feel like going out into the world again. I cannot take any more of it.
I also wrote about what just happened to me to three of my friends today and they were all very reassuring. They know who I truly am and they know that what they said about me is nothing but deceptive awful lies. I am just so shocked. I am completely and utterly destabilized and shocked. But I guess I should not take this so seriously. I mean, plenty of people get fired. I read about a guy today who is about my age and who was fired from his job as a waiter – the only job he could get despite having two university degrees. And I have heard plenty of people speak in a very light and humorous manner about how they were canned from this or that job for some arbitrary reason or another. But it hurts, Ysengrimus, it hurts to have people conspire against you for no reason whatsoever. I always fear that they will take other retribution on me. I fear people so much, they can do anything to you and get away with it. I had very deep misgivings about this boss from the very moment I met him. That cuntprickasshole who fired me, I want him to crash into a tractor trailer and have his head severed. The smug manner in which he spoke to me, speaking vicious lies, if I could have kicked his skull in. But his life is likely suffering enough: meaningless little supervisor in a shithole call centre, having to report to two women (because he is the kind of fucking retrograde asshole who would be bothered by that). He is a sniveling, pathetic, insecure, jealous, shit for brains, petty tyrant who does not even have the first idea of how to organize his own work. What I was doing there was the biggest waste of time and resources you could imagine. And he hated me so much. I was treated like shit and I should never have tolerated it and in the future I will not tolerate it for even one day. I have a host of other suspicions with regards to that workplace that I will not share in this text, since you are considering opening it to the public. All in all, this has left me with the feeling that I am good for nothing, not even working in a motherfucking call center.
But, hey no, fuck that. You know what, let me correct myself on this. I will rather say: it is not good to be in a workplace where you are the most intelligent and yet the lowest in the hierarchy. It generates extreme insecurity amongst those prone to such things and you fast become a target for their petty vindictiveness and jealousy. Intelligence is not valued in the workplace, at least not in that kind of workplace. What they want are docile, unquestioning, non-threatening, slaves. In my previous job, when I dared to expose some asshole’s misogyny, shit similar to this swiftly happened. Today, I keep thinking of how much I would like to fucking annihilate that fucking asshole boss. Those fucks deserve to come down with Ebola. Actually, no, Ebola is even too good for them. Oh how does one handle that type of situation with grace? How does one just go on and forget about these assholes? I just keep replaying certain things he said. I want him to suffer. Do you think an asshole like that suffers? And he had the fucking audacity to say: «don’t take it personally». Idiots always say shit like that, they don’t even know what the fuck they are saying, just spewing meaningless stock phrases. How the fuck do you think I will take it? Spiritually? Aesthetically? Gastronomically? Philosophically? I mean, WHAT THE FUCK DOES THAT EVEN MEAN? Anything said about my person is FUCKING PERSONAL, YOU FUCKING TWAT! “I want to cut you up into little pieces and feed you to vermin, but don’t take it personally”. “I think that your command of the English language is inferior to that of a cocker spaniel, but don’t take it personally”. “I consider that you don’t know your asshole from your armpit, but don’t take it personally”. “You are a petty tyrant with a miserable little life in an office prison, but don’t take it personally”. “You have the personality of a heap of rhinoceros shit, but don’t take it personally”. “You have the intelligence of plywood, your face could be mistaken for the anus of an aged hairless cat with a skin condition, and your wife prefers a cactus in her cunt to you, but, please, don’t take it personally”…
I can’t do this type of fucking office work anymore, Ysengrimus. I can’t. And all offices are the same, and it is the same whether your are a shitty servile underling like me or a fucking manager. Taking senseless orders from people who are more stupid than I am… it is a fucking tyrannical structure. There is no freedom. I could just kill myself. I can’t take it. I would rather farm for my family. I would rather plant trees and shovel pig caca… anything but this. And, oh, all in all, it is not really this event in particular that has my anxiety wreaking havoc on me. This event is the shit-covered cherry atop the toxic sundae that is my accumulated experience in the workforce. At 35, I have only really been in the full-time workforce since 2008 - everything prior to that being summer jobs between semesters at school – and it has been, for the most part, the most horrid experience of my life. It actually makes me really happy that I delayed entry to the workforce for so long. Hyperbolic as it sounds, I must insist on the fact that I feel very traumatized by this event. Mark my words, I will never, ever work another office job. In terms of respect or fidelity for an employer, that is destroyed. More than that, my misanthropy is deepened. I am totally sickened by the majority of people. and I want so badly to get out of this town here. I want to start anew, I want to leave this behind, but I fear I could encounter the same anywhere. I really need to figure out a way of earning an income that involves the minimal contact with other human beings. What worries me most is basic survival. How am I going to earn a living? I have been considering other options, but, by all accounts, everything seems little different, horrendous bureaucracy, endless work. The only thing I could see being gratifying is the chance to help another human being, preferably a child. In any case, I don’t know what to do now. All I know is that this is the land of the living dead. End capitalism, end it now, make it die, oh people of the world, MAKE IT DIE!»
Alors, quand c’est arrivé, j’ai tellement pleuré que je me suis mise à trembler et à vomir. Ils m’ont dit que «d’autres personnes» dans le département s’étaient plaintes, depuis un certain temps, de mon «bavardage excessif». Je leur ai demandé d’identifier ces personnes et ils ont refusé. CES PETITS MERDEUX ONT REFUSÉ! YSENGRIMUS, JE NE BAVARDE PAS, JE NE BAVARDE ABSOLUMENT JAMAIS, BORDEL DE MERDE! Hier, j’ai conversé une dizaine de minutes avec la dame qui est assise derrière moi, lui signalant l’existence d’une certaine boutique en ville et ce fut tout! Le reste de la journée je l’ai passé à envoyer ces merdasses de courriers électroniques contenant ces merdasses de paragraphes identiques à une foutue chiée d’environ soixante-dix personnes. Mon petit chef me faisait tenir un registre de tous les coups de fils et courriers électroniques que je faisais dans une journée et il m’avait affirmé que c’était insuffisant.
Là, c’est bien fini, tout ça, Ysengrimus. Je m’en fous si je dois vivre chez mes parents jusqu’à la fin de mes jours. Je ne reprends PLUS JAMAIS une de ces merdes de boulots de bureau. Je le jure sur la tête de mon mari, de mes parents et de mes toutes petites nièces. Ysengrimus, cette vie n’est rien d’autre qu’un tas d’immondices. En arrivant à la maison, j’ai envisagé de me suicider. Mais pourquoi irais-je faire un coup pareil à Poupa et Mouman, deux des rares personnes ayant un minimum de décence sur cette terre, et pourquoi irais-je faire un coup pareil à mon mari adoré. Je veux les punir EUX, pas les gens que j’aime. Je suis si désespérée, Ysengrimus. Je n’arrive tout simplement pas à croire ce qu’il vient juste de m’arriver. Je n’arrive pas à y croire. J’ai réclamé de me faire expliquer pourquoi il n’y avait pas eu d’avertissement antérieur sur ceci, en leur signalant qu’ils se devaient de me prévenir à l’avance avant de me virer. Et ils ont répondu que ce genre de contrainte ne s’applique pas aux employés contractuels. Je suis au-delà de la rage, Ysengrimus. Je suis au-delà de tout. Je suis comme insensibilisée, sonnée.
Ysengrimus, pourquoi est-ce que tout le monde me hait. MERDE, JE SAVAIS que certaines femmes dans ce bureau me vouaient une de ces saletés de haine compacte et qu’elles complotaient dans mon dos. Ce sont certainement elles qui ont orchestré ce dénigrement immonde contre moi. Je n’ai pas bavardé à l’excès. De fait, je n’ai pas bavardé DU TOUT, sauf en arrivant le matin, pour dire bonjour. Qu’est-ce que je fous, qu’est-ce que je fous de cette vie pour que rien ne fonctionne jamais pour moi? Pourquoi ça m’arrive à moi, Ysengrimus? Pourquoi? Pourquoi tant de gens me détestent ainsi, sans même me connaître? Je veux dire, jamais je ne «bavarde excessivement», point final. JE NE SUIS PAS CE GENRE DE PERSONNE. Je suis une personne sérieuse qui fait de son mieux. Je me suis fendu le cul en quatre pour ces salopes. Je me suis arrachés les yeux à mater sans fin cet écran d’ordi et les yeux me piquaient tellement que j’ai fini par m’acheter un de ces filtres plastifiés pare-écran, pour mon ordi. J’ai fait tellement d’appels téléphoniques que je revenais à la maison toute déshydratée. QU’ILS AILLENT SE FAIRE FOUTRE! QU’ILS AILLENT SE LA FOUTRE DANS LE CUL! Je suis tellement en colère. Je hais tout. Mon cœur n’est rempli de rien d’autre que de haine. Je hais tellement cette vie. Comment est-ce ce qu ça a pu m’arriver? Je suis la petite fille sur le bulletin scolaire de laquelle l’enseignante écrivait «devrait plus parler en classe». Je suis si calme et si tranquille qu’à certains endroits où j’ai bossé on me demandait constamment s’il y avait quelque chose qui n’allait pas.
Peut-être bien que je devrais devenir une prostituée. Je suis sérieuse. J’en ai bien fini avec ces MERDES de boulots de bureau. Cette bite molle de petit chef me demandait de tenir un registre et de rencontrer des quotas pour les coups de fil et les courriers électroniques, et ensuite il m’a fait refaire cette merdasse de cyber-fiche contenant environ six cent noms avec une quinzaine de numéros de dossiers par nom SIMPLEMENT PARCE QU’IL N’AIMAIT PAS LE FORMAT QUE J’UTILISAIT POUR NOTER LES DATES ET PARCE QUE J’AVAIS INSCRIT DU TEXTE DANS LA COLONNE PRÉVUE EXCLUSIVEMENT POUR LA SAISIE DES DATES! CETTE PUTASSERIE DE CYBER-FICHE EST POUR MON USAGE STRICTEMENT PERSONNEL, PAUVRE BITE MOLLE. QUI DONC VA CHIER ET SE SOUCIER DU FORMAT QUE J’UTILISE POUR NOTER CES DATES? Et il m’a fait CHANGER LA COULEUR DU SURLIGNAGE! Et cela est survenu le jour juste avant qu’il me vire. QUELLE SORTE DE CONNEAU À LA BITE MOLLE ME DIT QUE JE BAVARDE EXCESSIVEMENT. JE NE BAVARDE PAS ASSEZ, BITE MOLLE! Je suis la personne la plus silencieuse qu’on puisse imaginer, la plus anti-confrontation, avec ma pauvre petite gueule toujours enfoncée dans mon boulot. Jamais de ma vie, jamais quand je me tuais dans mes études universitaires, jamais quand j’étais une toutite fille, jamais dans mon délire imaginatif le plus exacerbé n’aurais-je osé imaginer me faire virer pour BAVARDAGE EXCESSIF! Ils ont dit que je distrayais les autres de leur travail. Ysengrimus, je te jure que je n’ai pas, absolument pas, émis le moindre son pour plus de quinze minutes sur une journée entière dans ce trou, et ça, c’est un maximum. Pourquoi les gens me haïssent tant. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour me mériter ça?
Plus tard dans la journée, j’ai bavardé de tout ça au téléphone avec Amber, ma meilleure amie. Elle a une idée pour un livre qu’on écrirait ensemble. On a cet intérêt mutuel pour la persécution des «sorcières» genre Salem et on a échangé des idées au sujet d’une histoire qu’on pourrait écrire. Ce ne serait pas une histoire à la Salem, mais on y retrouverait de ces sorcières qui sont des proto-féministes. Au moins là, j’ai plein de temps pour écrire… Quand je pense à ma gentille Amber et à son mari, je me dis qu’il n’est pas aussi intelligent qu’elle, ça c’est certain. Je me dis souvent –et ceci ne va pas sonner comme l’aphorisme féministe de l’année- qu’une relation amoureuse fonctionne bien mieux quand l’homme est plus intelligent que la femme. Le cas de figure avec la femme plus intelligente que l’homme ne fonctionne que si l’homme est vraiment évolué. Mais quand tu as le ‘mec’ ordinaire classique avec une femme intelligente, c’est le règne du conflit permanent. Elle est tellement plus intelligente que lui et pourtant il fait $70,000 par années et elle, elle fait $12,000… Ce que j’essaie de dire ici, c’est que mon amie Amber, tout comme moi, n’arrive pas à fonctionner dans l’univers du boulot. Et je ne suis pas en train de dire ça d’une façon auto-dénigrante, non, absolument pas. Nous sommes des personnes sensibles, introverties, calmes et gentilles et nous ne devenons rien d’autre que des cibles pour la cruauté en délire qui imprègne ces endroits. La totalité de cette structure de turbin est parfaitement toxique pour des gens comme Amber et moi. Je ne sais pas quelle est notre place en ce monde. Parfois, je me dis que notre place se trouve loin, très loin d’ici, tant au sens littéral qu’au sens figuratif… Je suis si chanceuse d’avoir rencontré Amber. Je n’ai jamais eu une amie qui me ressemble autant, m’accepte autant, me comprend vraiment et manifeste autant d’empathie à mon égard. Nous sommes incroyablement semblables. Tu devrais nous entendre converser. C’est un véritable festival de l’autodénigrement, chacune s’efforçant de convaincre l’autre que c’est elle (elle, l’autre) qui, telle qu’elle est, est la plus parfaite et la plus merveilleuse des deux. Toutes mes manifestations d’anxiété face à la vie sociale, mes poussées de timidité et d’introversion, elle les connaît intimement et les partage comme personne d’autre que j’ai connu. C’est si rassurant de savoir que je ne suis pas seule. Nous sommes deux sosies en misanthropie et en introversion. Nous nous évadons sans façon dans notre monde de rêves et nous n’attendons qu’une chose du vaste monde social: qu’il nous fiche la paix. C’est la seule chose que j’aie jamais exigé des gens: qu’ils me fichent la paix. Je marche la tête baissée. Je parle au moins de monde possible. Je me fonds dans le paysage, et pourtant je finis toujours par me faire agresser. Je suis profondément révulsée par cette façon constante qu’ont les êtres humains de transformer en proies ceux qui sont plus faible qu’eux. À l’échelle plus large de la société, on observe le même phénomène dans la marginalisation de groupes humains entiers, sur la base de leur inaptitude à ‘se conformer’ à nos normes bourgeoises, ou sur la base de leur refus de le faire: les sans-abri, les toxicomanes, les malades mentaux, les prostituées, les pauvres. On lâche la bonde de notre rage rentrée sur les plus impuissants de ce monde et on fait ça, parce que les êtres humains sont fondamentalement des lâches, des sadiques, des pervers.
Je suis dans un état de déroute totale. En rentrant à la maison, je pleurais et je tremblais. Je veux dire, Ysengrimus, regarde! Voici ce qui est écrit sur mon bulletin de première année. Lisa a de plus en plus confiance en elle-même. Elle est toujours très timide mais elle est bien moins gênée de contribuer aux discussions en classe qu’elle l’était au début de l’année. Elle est joyeuse à l’école et aime la compagnie des autres enfants. Elle arrive à travailler indépendamment et accomplis ses tâches dans les temps requis. Ce qui est écrit là est encore vrai à ce jour. Je me doute bien que tu vas penser que ceci manifeste des tendances paranoïdes de ma part mais je sais qu’il y avait plusieurs bonnes femmes, et ceci inclut ce sale bite-au-cul de petit chef, qui me regardaient de travers depuis le tout premier jour. Je le savais tellement. Saloperie de merde que je le savais donc. Ils ont mis un mois entier à me dégoter un compte d’ordi. Je devais apporter ma propre papeterie -les stylos, le papier, tout- parce qu’eux, ils ne m’en donnaient pas. Ils m’ont assise à un cubicule – tout près de la photocopieuse, du scanner et de la déchiqueteuse – m’ont littéralement balancé une liste de numéros de téléphones au visage et m’on dit de me mettre à téléphoner. Je ne pouvais même pas mentionner mon propre nom lors de ces appels. Il fallait que je dise «Ceci est un appel de Cassie» parce que c’était le nom de la dame avec laquelle je travaillais. J’étais une véritable non-personne et j’ai essayé, tellement essayé de bien faire. J’ai détesté cet endroit dès le tout premier jour. Je me suis efforcée de lui trouver des qualités, à cet endroit, mais ces petites merdouilles se sont mises à conspirer contre moi. Bon, de toutes façons, je n’étais sensée y rester que trois mois! Et pourtant, les clients auxquels je téléphonais faisaient observer combien amicale j’étais au téléphone et combien l’écriture de mes messages était élégante. Je ne sais plus du tout quoi faire de ma vie. Je me sens comme si je venais de me faire éviscérer. Comment ont-ils osé me faire ça, Ysengrimus? Qu’est-ce que j’ai bien pu leur faire pour qu’ils me fassent ça? Tout ce que je voulais c’était de faire mon boulot et qu’on me fiche la paix. Je veux dire JE NE PARLAIS PRESQUE PAS, dans cette place! Exception faite des coups de fils obligatoires, je n’ouvrais presque jamais la bouche. Et je devais dire au petit conneau-bite-au-cul combien de coups de fil et combien de courriers électroniques j’avais produit dans ma journée et il me disait que c’était insuffisant et moi je tolérais ça, parce qu’on me place toujours dans la position de croire que je suis une faible. Mais je ne suis pas une faible! Je suis bien écoeurée de tout ça et je ne sais vraiment pas ce que je vais faire. Me retirer dans un monastère bouddhiste? C’est marrant, quand j’étais adolescente et que je travaillais à Mambo-Mart, je me suis fait renvoyer à la maison, une fois, parce que ma jupe était «trop courte»… J’avais seulement seize ans, merde, et je portais des collants épais sous ladite jupe. Enfin bref, finalement, la pouffe qui m’avait renvoyée à la maison a fini par se faire virer quelques semaines plus tard parce qu’elle volait l’entreprise. Oh ouiiii, devine quoi, elle barbotait des connarderies de vidéos RELIGIEUX! Ysengrimus, pourquoi suis-je toujours la cible des vrais de vrais petits gérants trouduques? Aujourd’hui, tu sais, j’avais même apporté UN SAC DE PLAQUES DE CHOCOLAT QU’IL NOUS RESTAIT DE L’HALLOWEEN, pour tout le monde du bureau. Je ne comprends pas, je ne comprends tout simplement pas. C’est quoi l’affaire? Et je n’ai aucun recours parce que la clause suivante est écrite en toutes lettres dans le contrat d’embauche: vous acceptez le fait qu’il peut être mis un terme à votre situation d’embauche, en tous temps, sans qu’aucun motif ne soit invoqué…
À chaque fois que de vilaines choses m’arrivent, je me replie dans le monde de mon enfance. J’étais une petite fille si heureuse. Il a fallu que la vie se ramène et m’arrache tout ce bonheur. J’adorais mon enseignante de première année. Elle était gentille et aimable et grande et blonde et canadienne-française. Elle était comme une sorte de grande fée avec ses longs cheveux et ses yeux si doux. J’ai appris, quelques années plus tard, qu’elle avait raconté à ma mère combien les autres enseignantes de l’école semblaient la haïr. Oh, Poupa et Mouman, ils sont si patients et affectueux. Après avoir déversé toutes les larmes de mon corps sur eux, mes pauvres pauvres parents, il a fallu que je m’assoie à mon piano. C’est toujours vers mon piano que je me dirige dans des moments de traumatisme et de grande tristesse comme celui-ci. Mon piano et mon enfance. C’est drôle, en relisant mes bulletins de première année – Mouman a conservé tous mes bulletins dans un joli petit cahier – Voici ce que je lis à propos de toutite moi, dans la section intitulée Les Arts. Mate moi un peu ça. Bulletin de première année. Français: Lisa a produit un effort excellent à toutes les étapes du programme. Elle arrive à saisir le contenu d’historiettes lues en classe. Elle s’implique dans tous les types d’exercices langagiers. Elle aime réciter des vers et mettre en scène des contes de fée. Une ferme volonté de s’exprimer par elle-même en français est manifeste. Et sous «croissance personnelle»: Lisa manifeste en groupe une attitude empathique et compréhensive. Aussi, elle aide et encourage les autres. Elle passe le clair de son temps à participer allègrement à des activités utiles à son apprentissage… J’ai toujours été si gentille. Aussi je ne comprends pas pourquoi on me traite comme on m’a constamment traitée dans tous ces cauchemardesques lieux de travail. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire à ces gens, Ysengrimus? J’ai toujours été une personne bonne, pourquoi m’arrive-t-il des merdasseries de ce genre? Bon, en fait, il est vrai que c’est arrivé à d’autres personnes aussi et certaines de ces personnes sont vraiment les meilleurs des meilleurs. Quel monde horrible, Ysengrimus, horrible. Lisa adore chanter et apprend les paroles des chansons avec beaucoup de facilité. Elle bouge sur la musique de façon autonome (en ce sens qu’elle danse sans imiter les autres) et elle introduit souvent, spontanément, des idées musicales adéquates (notamment dans le cas des façons de bouger sur la musique) [Eh mon ami, j’étais une enfant remarquable!]. Elle utilise un vaste variété d’instruments artistiques de façon très réfléchie. Lisa dicte d’intéressantes histoires à propos de ses dessins et elle aime les lire.
Oh, je ne suis pas une écrivaine mais de t’écrire ceci, aussi ennuyeux à supporter que, j’en suis certaine, cela puisse te sembler, bien ça a une sorte d’effet thérapeutique. Indubitablement, écrire a une vertu cathartique, purgative. Pas étonnant qu’il y ait tant de ces blogues de type journal intime [en français dans le texte – P.L.]. S’ils on un tel effet sur les gens, comment donc ai-je bien pu tant les critiquer? Peut-être finalement que ce ne sont pas des pulsions narcissiques qui les motivent mais bel et bien le fait qu’ils ont des qualités cathartiques et purgatives, qu’ils sont la manifestation d’un besoin de savoir que l’on n’est pas complètement isolé dans son désespoir. Ceci dit, Ysengrimus, j’ai vraiment besoin de savoir ce que, en tant que carnetiste progressiste, tu penses de tout ça. Tu sais ce qui est marrant, aujourd’hui j’ai porté le bracelet que mon mari m’a donné, les boucles d’oreilles qu’Amber m’a donné et le collier que mon autre amie Cassie m’a donné. C’était comme si tous mes amours étaient là, avec moi, pour me protéger de ce qui allait arriver. Mais je reste tout de même avec ceci, qui me roule dans l’esprit: qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça? Il y a tellement de choses que je voudrais dire, c’est pour ça que j’écris, j’écris, j’écris. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour me mériter le traitement que m’ont fait subir les gens, tout au cours de ma vie? On dirait que plus on est gentille, et douce, et calme, plus on devient la cible de toutes les cruautés. Je n’ai même plus envie de me présenter dans le monde. Je ne peux tout simplement plus supporter ça.
J’ai aussi écrit à propos de ce qu’il vient juste de m’arriver à trois autres de mes ami(e)s aujourd’hui et ils/elles ont tous eu une attitude rassurante à mon égard. Ils savent qui je suis vraiment et ils savent parfaitement que ce que ces gens ont dit à mon sujet est un fatras de mensonges affreux et malhonnêtes. Je suis dans un tel état de choc. Je suis complètement déstabilisée et choquée. Mais, bon, peut être que je ne dois pas prendre tout ça aussi sérieusement que ça. Je veux dire, il y a des tas de gens qui se font virer. J’ai lu aujourd’hui à propos d’un gars qui a à peu près mon âge et qui s’est tout juste fait virer de son boulot de serveur – le seul boulot qu’il avait pu se trouver, avec deux diplômes universitaires. Et j’ai entendu des tas de gens raconter, sur un ton badin et humoristique, comment ils se sont fait saquer de tel ou tel boulot pour une raison arbitraire ou pour une autre. Mais ça fait vraiment mal. Ysengrimus, ça fait si mal de se retrouver confrontée à des gens qui conspirent contre vous sans raison aucune. J’ai tellement la trouille qu’ils continuent d’agir contre moi. J’ai tellement peur des gens. Ils peuvent faire à peu près n’importe quoi contre toi et s’en tirer parfaitement indemnes. J’avais de très profondes appréhensions à propos de ce petit chef et ce, dès la toute première rencontre. Ce sale conneau de bite-au-cul de trouduque qui m’a viré, je veux qu’il fonce dans un poids lourd avec sa caisse et s’écrabouille la tête. La petite arrogance malodorante avec laquelle il s’est adressé à moi, vomissant ses vicieux mensonges. Si seulement j’avais pu lui aplatir le crâne. Mais sa vie est certainement déjà assez douloureusement misérable: un petit superviseur absurde et insignifiant dans un trou de merde de centre d’appels, dont, en plus, les deux supérieures hiérarchiques sont des femmes (il est le genre de petit trouduque rétrograde de merde à bien souffrir de ça). C’est un minable, infime, pathétique, insécure, envieux, et dont le cerveau est indubitablement sculpté dans la merde. C’est un petit tyranneau obtus, qui n’a pas la première idée de comment organiser son propre travail. Je m’adonnais là au plus formidable gaspillage de temps et de ressources qu’on puisse imaginer. Et il me détestait tellement. On m’a traité comme une merde et je n’aurais jamais du tolérer ça, et à l’avenir, et je ne vais plus tolérer ça, ne fut-ce qu’un seul jour. J’ai un tas d’autres soupçons concernant ce lieu de travail spécifique mais je ne vais pas en parler dans ce texte-ci, puisque tu envisages de le rendre public. Mais l’un dans l’autre, tout ceci m’a laissé avec l’impression que je ne suis bonne à absolument rien, pas même à travailler dans un petit bite-au-cul de centre d’appel de merde.
Mais, oh, hé, non, tu sais quoi, roule donc ce que je viens juste de dire dans la merde et ignore-le. Je me corrige. Je dirais plutôt: il n’est pas sain du tout de se retrouver sur un lieu de travail où vous êtes à la fois la personne la plus intelligente et la plus basse dans l’échelle hiérarchique, voilà. Car ça, ça engendre des sentiments d’extrême insécurité chez ceux qui tendent compulsivement à en ressentir et vous devenez vite la cible de leurs vindictes et jalousies de petit calibre. L’intelligence n’est pas valorisée sur le lieu de travail, à tout le moins pas sur ce type spécifique de lieu de travail. Ce qu’ils veulent ce sont des petits esclaves qui sont dociles, ne posent pas de questions et ne les remettent pas en question. Dans mon boulot antérieur, lorsque j’ai osé signaler la misogynie maladive d’un certain trouduque du coin, des emmerdements de ce type sont promptement survenus. Au jour d’aujourd’hui, je ne peux pas m’arrêter de penser à combien je voudrais pouvoir pulvériser cette saloperie de trou de cul de petit chef. Ces fumiers mériteraient d’attraper l’Ébola. En fait, non, l’Ébola, ce serait un sort encore trop doux et enviable pour eux. Ah, mais comment fait-on pour faire face à ce genre de situation avec détachement? Comment fait-on pour continuer d’exister en oubliant tous ces trouduques. Je me joue sans arrêt le ruban de certaines des choses qu’il a dit. Je voudrais qu’il souffre. Crois-tu qu’un trou de cul dans ce genre peut souffrir? Il a eu l’audace de dire: «ne le prenez pas personnellement». Les crétins disent toujours des merdes dans ce genre là, ils n’ont aucune idée précise de ce qu’ils chient au visage des gens, ils se contentent d’éructer des formules toutes faites qui ne veulent tout simplement rien dire. Comment, petit merdeux malodorant, voudrais-tu exactement que je le prenne? Spirituellement? Esthétiquement? Gastronomiquement? Je veux dire QU’EST-CE QUE CETTE AFFIRMATION DE MERDE PEUT BIEN EXACTEMENT SIGNIFIER? Quoi que ce soit qu’on affirme au sujet de ma personne est INÉVITABLEMENT PERSONNEL, SALOPERIE DE MERDE DE PETIT CONNARD PUANT! « Je me propose de vous lacérer en lambeaux et de vous jeter aux charognards, mais ne le prenez pas personnellement». «Je juge en conscience que vous êtes parfaitement inapte à établir la distinction adéquate entre votre trou de cul de votre dessous de bras, mais ne le prenez pas personnellement». «Vous n’êtes qu’un petit tyranneau minable menant une vie d’insecte misérable dans un bureau parfaitement carcéral, mais ne le prenez pas personnellement». «Votre personnalité a toutes les caractéristiques configuratives d’un étron de rhinocéros d’assez bon volume, mais ne le prenez pas personnellement». «Vous avez l’intelligence d’une planche de contreplaqué, on pourrait aisément confondre votre trogne avec l’anus d’un vieux chat de gouttière sur le retour souffrant d’une virulente maladie de peau, et votre épouse préfère de beaucoup s’enfiler un cactus là où je pense en lieu et place de la partie congrue de votre petite personne mais, je vous en supplie, pour faveur, n’allez surtout pas le prendre personnellement»…
Je ne peux plus me taper ce genre de boulot merdique de bureau, Ysengrimus. Je ne le peux tout simplement plus. Et tous les bureaux sont absolument les mêmes, et le boulot est le même, que vous soyez la dernière des sous-merdes comme moi, on une haute saloperie de cadre sup. Il s’agit fondamentalement d’encaisser les commandements absurdes de gens plus crétins que soi… c’est une putasserie de structure tyrannique. Il n’y a pas de liberté. Je vais finir par tout simplement me suicider. Je n’en peux plus. Je préférerais cultiver la terre pour ma famille. Je préférerais planter des arbres et pelleter du caca [en français dans le texte – P.L.] de cochon… tout plutôt que ça. Et, bon, l’un dans l’autre, ce n’est pas tellement cet événement spécifique qui a déclenché la grande explosion d’angoisse en moi. Cet événement spécifique est la cerise de merde durillonne posée sur le gros gâteau de fumier toxique du tout de mon expérience sur le marché du travail. J’ai trente-cinq ans et je ne travaille à temps plein que depuis 2008 – tous mes boulots avant ça c’était du travail d’été entre les semestres à la fac – et cette expérience de boulot, eh bien ça constitue l’ensemble des moments les plus horribles de ma vie. Je suis en fait bien contente d’avoir reporté si longtemps mon entrée sur le marché du travail. Au risque de sonner passablement hyperbolique, je me dois d’insister sur combien traumatisant a été pour moi le fait de vivre cette mise à pied. Note bien ces paroles: je ne travaillerais plus jamais de ma vie dans un bureau. Et pour ce qui est du respect ou de la fidélité envers un employeur, ceux-ci sont détruits à jamais. Qui plus est, ma misanthropie est désormais fortement amplifiée. Je suis profondément révulsée par la plupart des gens et, en plus, je voudrais tellement sortir de cette fichue ville. Je veux repartir sur des bases nouvelles. Je voudrais laisser tout ça derrière moi, mais j’ai tellement peur de ne trouver que la même chose partout. Je me dois de dénicher un moyen d’aller chercher un revenu qui impliquera un contact absolument minimal avec le reste des êtres humains. Ce qui m’inquiète le plus, bien, c’est la survivance élémentaire, naturellement. Comment vais-je maintenant gagner ma vie? J’ai évalué d’autres options mais, toutes choses considérées, tout semble s’emberlificoter et se rejoindre dans la bureaucratie la plus horripilante et le turbin le plus interminable. La seule chose dont je tirerais une certaine gratification serait d’aider un autre être humain, préférablement un enfant. Tout ça pour dire que je ne sais tout simplement pas quoi faire maintenant. Tout ce que je sais c’est que nous vivons tous dans la grande contrée des morts-vivants. Finissons-en avec le capitalisme, finissons-en maintenant, faisons le crever, oh peuple du monde, FAISONS-LE CREVER.
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Commentaire d’Ysengrimus: Chère Lisa (PugLover), merci de partager cet important témoignage avec nous. Vous me demandez mon opinion de carnetiste progressiste (comme vous dites) sur tout ceci. Bien la voici. L’employeur capitaliste (privé ou pseudo-parapublique) est une pourriture immonde qui assure, dans je ne sais quel soubresaut semi-conscient, l’intendance de mutations et de crises qui le dépassent et, vous nous le montrez magistralement, la tertiarisation n’arrange vraiment rien dans tout ce magmat fétide. On sait cela, indubitablement, on le comprend intellectuellement (strictement… tant qu’on n’a pas vraiment vécu ce que vous nous décrivez ici). Votre intervention, chère Lisa, par contre, nous montre la perturbation émotionnelle cuisante et la douleur profonde, irréversible, la perte des repères, des allégeances, de la «normalité adulte», du «sens de la droiture» (faussé et crochi de toute façon par les commandes faussement onctueuses de la canaille) que cette société inique implante froidement, dans des millions de gens, quand elle oeuvre unilatéralement au déploiement du rouleau compresseur des intérêts exclusifs de sa classe de parasites. La destruction, brouillonne et panique, de sa propre petite responsabilité sociale de toc à laquelle le capitalisme s’adonne, avec de plus en plus de cynisme véreux et insensible, est inexorablement bilatérale. Force objective plus que jamais, ce système social irrémédiablement ruiné pousse notre subjectivité tourmentée à répondre à son indifférence de machine par le repli urgent sur les douceurs familliales et les vraies amitiés du coeur, dernier refuge de la cohérence intime et, qui sait, possibles germes des solidarités subversives de demain. Vous nous montrez cela aussi, si généreusement, Lisa, en dépassant votre douleur cuisante du moment, dans un lumineux partage d’idées frais, naturel, indispensable. Cette souffrance insoutenable, cette blessure personnelle durable, cet auto-dénigrement mal polarisé de l’individu ployant sous le faix aveugle du grand frère abstrait, s’arrêtera avec la fin de ce mode de production gangrené de partout parce que fondamentalement putréfié, fini, foutu, en bout de course. Courage Lisa. Courage camarade et merci de votre lumineuse générosité. Vous avez mon (notre…) entière solidarité.
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Publié dans Citation commentée, Civilisation du Nouveau Monde, Culture vernaculaire, Lutte des classes, Sexage, Traduction, Vie politique ordinaire | Tagué: Canada, capitalisme, conformisme, détresse professionnelle, enfance, féminisme, femme, homme, mise à pied, précarisation, se faire virer, société, tertiarisation | 19 Commentaires »