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	<title>Le Carnet d'Ysengrimus</title>
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	<description>Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra...</description>
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		<title>Les JEUX OLYMPIQUES DE VANCOUVER, y pensez-vous encore?</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Jan 2012 04:06:18 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_2516" class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><img class="size-medium wp-image-2516" title="vancouver-2010-red-mittens" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/06/vancouver-2010-red-mittens.jpg?w=450&#038;h=400" alt="" width="450" height="400" /><p class="wp-caption-text">Des MITAINES OLYMPIQUES ou des OLYMPIQUES MITAINES?</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Eh, sicroche de diablotin de plâtre, barbez-moi! Encore une de ces foutues années olympiques. La dernière, au fait, c&#8217;était en 2010. Vous vous souvenez? Les <strong><em>Jeux Olympiques de Vancouver (Canada)</em></strong>, y pensez-vous encore? La bassinade les concernant est déjà vieille, elle, de trois ans, en fait. En effet,<strong><em> la couverture médiatique des Jeux Olympiques de Vancouver s’amorce dès octobre 2009</em></strong>, et on nous explique alors (vous en rappelez-vous?) que les athlètes canadiens devraient se faire vacciner contre la notoire grippe H1N1. Des développements amphigouriques et soporifiques sont alors aussi servis sur le bilinguisme promis de <strong><em>ces vingt-et-unièmes Jeux Olympiques d&#8217;hiver</em></strong>. Puis, à partir de décembre 2009, on se met à suivre le trajet de la flamme olympique. Parfois, comme en Montérégie (au Québec), des résistants autochtones menacent de bloquer le parcours de ladite flamme olympique. On évoque le souvenir des Jeux Olympiques d&#8217;été de Montréal, en 1976 (le maire du Montréal de 2009 affirme ne pas vouloir ravoir les Jeux) et on porte une attention particulière aux athlètes qui se blessent à l’entraînement et rateront ainsi les Olympiques. On analyse en long et en large les «espoirs» canadiens et québécois. On évalue (et hypertrophie hyperboliquement) ce que les Jeux feront pour l’image mondiale du Canada. À partir de janvier 2010, on commence à solliciter l’attention des lecteurs et des auditeurs, beaucoup plus assidûment. On conditionne. On chauffe au rouge, on chauffe à blanc. La publicité emboîte alors le pas. La <strong><em>Société des Transports de Montréal</em></strong> parle de sa présence à Vancouver (ils y transportaient quelque chose. Je ne suis pas certain quoi exactement). <strong><em>Bell Canada</em></strong> et un bon nombre d&#8217;autres entreprises canadiennes bon-ton-bon-teint utilisent l’image d’athlètes olympiques dans leurs encarts publicitaires. La <strong><em>Fondation David Suzuki</em></strong> donne une «médaille de bronze» environnementale aux préparatifs des Jeux. À partir du 7 février 2010, une chronique spéciale sur les Jeux Olympiques est ouverte dans la section des sports des principaux quotidiens canadiens. L’aspect touristique n’est pas négligé non plus. On décrit ostensiblement les atouts récréatifs et paysagers de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Vancouver">Vancouver</a> et de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Whistler_%28Colombie-Britannique%29">Whistler</a>. Tout démarre officiellement au 14 février 2010. Le Canada apparaît vite comme un arriviste compétitif insensible, qui veut gagner à tous prix. Trente athlètes d&#8217;autres pays se font pincer pour du dopage avant que tout ne commence. Mort tragique d’un lugeur géorgien (pourriez-vous me dire son nom?) sur une piste trop rapide et insécuritaire. On le fera passer pour un maladroit et un inexpérimenté. Gloire d’<a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Alexandre_Bilodeau">Alexandre Bilodeau</a> (dans quelle discipline déjà? Perso, j&#8217;ai mis l&#8217;hyperlien parce que je ne m&#8217;en souvenais pas). Drame du deuil et de la médaille de bronze de <a href="http://fr.wikipedia.org/wiki/Joannie_Rochette">Joannie Rochette</a>. Victoire de l’équipe masculine et de l’équipe féminine de hockey. On observe (sans pourtant y mettre l&#8217;analyse socio-hisorique requise) <a href="http://www.courrierinternational.com/article/2010/02/26/les-sportives-canadiennes-emportent-la-vedette">la supériorité athlétique des femmes canadiennes</a>, notamment des hockeyeuses et des patineuses de vitesse. Tout retombe abruptement, et sort vivement de l’actualité, aussitôt que les Jeux Olympiques d’hiver sont terminés. On nous annonce encore, le 16 mars 2011, que Joannie Rochette ne participera pas aux championnats du monde de patinage artistique. Le fait est que, sans complexe aucun (civilisation marchande <em>means</em> civilisation marchande et ce, pour la quasi-totalité des vétérans du spectacle olympiques), elle réfléchit sur son avenir de patineuse et <a href="http://www.youtube.com/watch?v=E8IuieRYnb8">elle diversifie ses activités à plus long terme</a>. Notons, en toute impartialité critique, justement pour mémoire, que Mademoiselle Rochette a totalement eu raison de continuer sa quête olympique malgré un deuil. Je ne cite pas souvent Jésus, mais là, ça s&#8217;impose: <em>Laisse les morts enterrer les morts et occupe toi des vivants</em>. Aussi: <em>Enfin cela introduisit un peu de vibrato dans ces Olympiques de Vancouver, autrement largement soporifiques</em> (cette seconde citation est à considérer comme apocryphe)&#8230; Et&#8230; bon&#8230; pour ce qui en est de sa performance (sa médaille de bronze), ce serait un peu le temps de rappeler le fameux aphorisme des Olympiques de grand-papa: <strong><em>«L&#8217;important, c&#8217;est de participer».</em></strong> Oh, mais excusez-moi, faites excuses&#8230; L&#8217;Olympisme Stéroidal Néo-Libéral Contemporain a pulvérisé ce point de doctrine parcheminé. Il n&#8217;existe tout simplement plus. Tant pis pour nous tous, hein. Le deuil Rochette, c&#8217;est celui-là aussi&#8230; pourtant&#8230; Oh et, j&#8217;allais presque oublier, le 21 mars 2011, on mentionne discrètement trois médailles d’or canadiennes aux Jeux Paralympiques de Vancouver&#8230;</p>
<div id="attachment_2517" class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><img class="size-medium wp-image-2517" title="protestors-vancouver-olympics-2010-" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/06/protestors-vancouver-olympics-2010.jpg?w=450&#038;h=400" alt="" width="450" height="400" /><p class="wp-caption-text">  &quot;ALLEZ CANADA&quot;  .......................   &quot;LE C.I.O. EST UN PARASITE GLOBAL&quot;</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Maintenant, une simple petite question. <strong><em>L’intox promotionnelle canadienne vous rejoint-elle encore, deux ans plus tard?</em></strong> Allons, admettez avec moi, quand on se repasse le ruban en accéléré, avec le recul, que c&#8217;est chiant en grande et que la magie de toc s&#8217;est quand même un peu pas mal racornie. La malhonnêteté des médias en matière de couverture des Jeux Olympiques n’est plus une nouveauté. Les Olympiques sont une foire ouverte de propagande que chaque pays utilise pour se faire mousser. Les médias canadiens n’ont pas couvert la chose autrement. Chauvinisme crasse et partialité veule. Gros titres pour les victoires canadiennes, entrefilets pour les défaites canadiennes et les victoires des autres. Promotion de soi. Mutisme sur les autres. Impossible de relativiser la position du Canada dans le concert musclé-dopé des nations, avec ce genre de couverture. Lyrisme et faux héroïsme, «courage», «persévérance», tous ces fallacieux mérites de l’industrie du sport-spectacle sont hypertrophiés. Il y a vraiment peu d’informations utiles pour une véritable compréhension critique du monde, des politiques sportives canadiennes, de l’impact social du sport professionnel et de l’industrie multinationale du sport, dans ces événements et leur couverture contemporaine. Il est passé dans quel goulot d&#8217;évacuation, le <strong><em>journalisme</em></strong>, bondance de la vie!</p>
<div id="attachment_2518" class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><img class="size-medium wp-image-2518" title="endpovertyVancouver" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/06/endpovertyvancouver.jpg?w=450&#038;h=400" alt="" width="450" height="400" /><p class="wp-caption-text">&quot;En finir avec la pauvreté, ce n&#039;est pas un jeu&quot;</p></div>
<p>Et ce cirque inique et pharaonique se déploie désormais mécaniquement, aux deux ans (hiver, pause, été, pause, hiver, pause, été, etc). La barbe, la barbe, c&#8217;est reparti&#8230;</p>
<p>.<br />
.<br />
.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ysengrimus.wordpress.com/2515/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ysengrimus.wordpress.com/2515/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ysengrimus.wordpress.com/2515/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ysengrimus.wordpress.com/2515/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ysengrimus.wordpress.com/2515/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ysengrimus.wordpress.com/2515/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ysengrimus.wordpress.com/2515/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ysengrimus.wordpress.com/2515/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ysengrimus.wordpress.com/2515/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ysengrimus.wordpress.com/2515/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ysengrimus.wordpress.com/2515/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ysengrimus.wordpress.com/2515/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ysengrimus.wordpress.com/2515/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ysengrimus.wordpress.com/2515/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=2515&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>POUR LE CARNET LENTEUR (Manifeste et tuyaux pratiques en faveur du Slow Blogging)</title>
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		<pubDate>Sun, 01 Jan 2012 04:12:03 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[Écrire au quotidien, c’est différent, c’est un autre muscle. Et quand tu lances un blogue, si tu veux être lu, t’as besoin d’écrire CHAQUE JOUR. Pas une fois par semaine. Or, écrire au quotidien, c’est un job, ça s’apprend, ça se développe, ça se travaille. Patrick Lagacé . . . Bon alors, on reste tous [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=3676&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;padding-left:270px;"><strong><em>Écrire au quotidien, c’est différent, c’est un autre muscle. Et quand tu lances un blogue, si tu veux être lu, t’as besoin d’écrire CHAQUE JOUR. Pas une fois par semaine. Or, écrire au quotidien, c’est un job, ça s’apprend, ça se développe, ça se travaille.</em></strong></p>
<p style="text-align:right;"><strong><a href="http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/2011/12/20/travailler-pour-gratis-au-huffington-post/">Patrick Lagacé</a></strong><br />
.<br />
.<br />
.</p>
<p style="text-align:justify;">Bon alors, on reste tous parfaitement calmes. On respire bien par les naseaux et, après avoir découvert cette petite exergue-choc innervante (sinon énervante), on prend maintenant, calmement acte de l&#8217;observation plus générale qui suit et qui, elle, s&#8217;impose de plus en plus, au jour d&#8217;aujourd&#8217;hui: <strong><em>des espaces de communication comme <a title="TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/01/twitter-represente-t-il-la-mise-en-place-tranquille-du-totalitarisme-volontaire/">Twitter</a> et Facebook ne menacent pas les carnets (blogues)</em></strong>.<strong><em> </em></strong><a title="TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/01/twitter-represente-t-il-la-mise-en-place-tranquille-du-totalitarisme-volontaire/"><strong><em>Twitter</em></strong></a> et <strong><em>Facebook</em></strong> reconfigurent les carnets, nuance&#8230; <strong><em>Facebook</em></strong> monopolise de plus en plus des fonctions communicatives et figuratives très spécifiques qui étaient assumées autrefois (il y a peu!) notamment (entre autres!) par les fameux <strong><em>carnets de collages</em></strong> (blogues de type <em>scrapbook</em>). <a title="TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/01/twitter-represente-t-il-la-mise-en-place-tranquille-du-totalitarisme-volontaire/"><strong><em>Twitter</em></strong></a>, pour sa part, semble indubitablement développer une dimension nettement journaleuse et instantanéiste. Et de fait, <a title="TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/01/twitter-represente-t-il-la-mise-en-place-tranquille-du-totalitarisme-volontaire/"><strong><em>Twitter</em></strong></a> va, lui, tuer un type particulier de blogue folliculaire: le <strong><em>carnet-télex</em></strong>, sans menacer <a title="Typologie des carnets (blogues) électroniques" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/07/15/typologie-des-carnets-blogues-electroniques/">les autres types</a>. Et, en tant que carnetiste, eh bien, pour tout vous dire, je ne vais pas pleurer&#8230; De fait, si on esquisse l&#8217;affaire à gros traits: de ce qui était un lot hétérogène de carnets (blogues) circa 2006-2008, un quart est parti à <a title="TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/01/twitter-represente-t-il-la-mise-en-place-tranquille-du-totalitarisme-volontaire/"><strong><em>Twitter</em></strong></a> (celui des faiseurs de renvois hâtivement commentés, avec hyperliens ou sans), un quart est parti à <strong><em>Facebook</em></strong> (celui des façonneurs, souvent talentueux et sensibles, de grands collages textes/photo intimistes et personnels), un quart a ralenti sur place, a crampé, a calé et s&#8217;épuise sans trompette (tombe en jachère, pour utiliser l&#8217;expression consacrée, ou encore: ferme explicitement, tout simplement, en invoquant, en toute légitimité, des changements de priorités), un quart, finalement, reste, tient le coup dans le format carnet d&#8217;origine, garde le fort, et entre dans le type de mutation<strong><em> lente</em></strong> sur laquelle il s&#8217;agit justement de prendre parti ici. En d&#8217;autres termes, contrairement à ce qu’on entend ici et là, ce ne sont pas les (vrais de vrais) blogues qui sont en perte de vitesse (qui osera d&#8217;ailleurs encore dire que <strong><em>ralentir</em></strong> est une &#8220;perte&#8221;?), ce sont les blogueurs suiveux de modes sans contenu lourd qui lâchent prise et changent de disque. Or, avouons-le, vaut mieux cent mille carnets solides qui influencent que dix millions de papillonnettes micro-actuelles à six lignes qui relaient la salade ambiante sans analyse&#8230; C&#8217;est dans cet état d&#8217;esprit serein et cardinal que je soumets à votre attention sagace le remarquable petit manifeste suivant, hautement tendance, que l&#8217;on doit à un de mes langoureux compatriotes de la Côte Ouest&#8230; Attention les arpions, préparez-vous à bien planer ici dedans&#8230;</p>
<p style="text-align:right;">.<br />
.<br />
.</p>
<p style="text-align:center;"><img class="aligncenter size-full wp-image-3681" title="Slow Blogging" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/12/slow-blogging1-e1325116848802.jpeg" alt="" width="300" height="258" /></p>
<p style="text-align:center;"><strong><em>Le Manifeste Carnet Lenteur</em></strong> (<a href="http://toddsieling.com/slowblog/?page_id=10">Slow Blog Manifesto</a>)</p>
<p style="text-align:center;">par <a href="http://toddsieling.com/slowblog/?page_id=2">Todd Sieling</a> de Vancouver (Canada)</p>
<p style="text-align:center;"><a href="http://toddsieling.com/slowblog/?page_id=98">Traduction/adaptation française</a>: Paul Laurendeau (Ysengrimus)</p>
<p>.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:60px;"><strong><em>1. Carnet Lenteur</em></strong>, c’est le rejet de l’immédiat. C’est la prise de parti selon laquelle tout ce qui vaut la peine d’être lu n’est pas obligatoirement tartiné à la hâte, et que maintes pensées se doivent en fait d’être servies aux convives après un lent mûrissement et une mise en forme verbale bien tempérée.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:60px;"><strong><em>2. </em></strong><strong><em>Carnet Lenteur</em></strong>, c’est de parler comme on parle quand on parle de quelque chose qui compte vraiment. C’est de se comporter comme si ces pixels qui mettent nos paroles en forme visible étaient une substance très précieuse et très rare. C’est la sereine acceptation du fait qu’on peut parfaitement laisser passer des événements sans les commenter. Délibéré dans son rythme, allant son pas de sénateur, <strong><em>Carnet Lenteur</em></strong>, c’est le fait de ne pas rompre ledit rythme, sauf en cas d’urgence suprême. Et, même là, il faut voir, car la lenteur, en fait, ce n’est jamais la vitesse de l’urgence. Et les lieux où se manifeste ce rythme plus lent que l’on aime vraiment, vu qu’il nous rassure et nous rassérène, ce sont souvent ces lieux là où, justement, on trouve refuge, dans l’urgence.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:60px;"><strong><em>3. Carnet Lenteur</em></strong> procède à l’inversion de la fatale désintégration des prémisses de nos idées les plus vives en ce fourbi de boutades fugaces et de tours de phrases faciles et trop souvent esquissés. <strong><em>Carnet Lenteur</em></strong> met en place le processus par lequel les pétillements de la pensée scintillent tout plein puis s’atténuent un tout petit peu, histoire de prendre leur juste place, en toile de fond d’un grand tableau, en fait plus complexe. <strong><em>Carnet Lenteur</em></strong> ne grave pas immédiatement toutes les pensées sur quelque parchemin solide et inusable, avant qu’elles ne soient parvenues à se constituer leur propre validité conceptuelle, durable et stable, devant le flux du temps.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:60px;"><strong><em>4. Carnet Lenteur</em></strong>, c’est le fait d’accepter de se taire face aux singularités momentanéistes, face à ces différents outrages mesquins et ces petits extases quotidiens, ces déclics cliquetants de banalité, ces micro-déceptions perpétuelles, la gadoue psychotique de ces constants effets de fin du monde dégoulinant et se coulant entre les gros titres. Ah, cette chose si importante que vous vouliez tant dire, à chaud, la semaine dernière, eh bien, elle pourra parfaitement être formulée le mois prochain. Un tel esprit de l’escalier sereinement assumé ne vous fera briller que davantage.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:60px;"><strong><em>5. Carnet Lenteur</em></strong>, c’est la réplique donnée sans ambages au Grand Référencieur, ainsi que le rejet ferme et sans appel de ce dernier. Le Grand Référencieur, c’est ce bel affreux monstre qui se niche entre les replis onctueux de la lourde draperie <em>Google</em>. Il dicte tout ce qui touche la question de l’autorité et de la pertinence de ce que vous recherchez. Bloguez vite, bloguez souvent et <em>Google</em> vous récompensera. Conditionnez votre moi créatif et alignez-le sur la fréquence secrète du fugace et, alors, l’adoration de <em>Google</em> sera vôtre. Vous ferez alors votre apparition là où se braquent tous les regards: dans les quelques premières pages des résultats de recherche. Mais, oh, osez évoluer à votre propre rythme et vous verrez alors vos travaux ne jamais être retracés. Osez refuser vos faveurs au Grand Référencieur et vos documents se verront aspirés, comme par un sombre et tumultueux mælstrom, vers les eaux profondes et vaseuses des sujets non discernés. Sa conception torve et tordue du bien commun a fait du Grand Référencieur un ennemi des masses terrifiant. Il dicte un rythme qui prohibe la réflexion fondamentale, justement celle qui, pourtant, est absolument indispensable quand on prétend aller plus loin que le quotidien, en cherchant à léguer quelque chose.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:60px;"><strong><em>6.</em></strong><strong><em> Carnet Lenteur</em></strong>, c’est la reconfiguration de la machine comme agent ancillaire de l’expression humaine, et non plus comme garde-chiourme pressé ou régent rigide. C’est la pause volontaire imposée sciemment à la roue en giration ultrarapide de cet écureuil paniqué qu’est devenu le ci-devant carnetiste hautement efficace. <strong><em>Carnet Lenteur</em></strong>, c’est la ferme imposition d’une temporalité asynchronique, celle, en fait, où on n’est pas campé là, au bout de sa chaise, à tapocher toujours plus vite sur le clavier, pour rattraper le rythme de l’ordinateur. C’est celle, en fait, où la vitesse de téléchargement cesse d’être la vitesse d’absorption ou de consommation, celle, finalement, où, bon ou mauvais, les travaux, les œuvres, s’exécutent et se formulent en prenant le temps qu’il faut.</p>
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<img class="aligncenter size-full wp-image-3683" title="Turtle-Computer" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/12/turtle-computer.jpg" alt="" width="400" height="300" /></p>
<p style="text-align:center;"><strong><em>Six tuyaux dans les coins pour réaliser concrètement le CARNET LENTEUR</em></strong></p>
<p style="text-align:center;">par Paul Laurendeau (Ysengrimus)</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:450px;"><em>La ferveur ne suffit pas, il faut la patience quotidienne de celui qui attend et qui cherche, et le silence et l&#8217;espoir, sans cesse ranimés, au bord du désespoir, afin que la parole surgisse, intacte et fraîche, juste et vigoureuse. Et alors vient la joie.</em></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:480px;">Anne, Hébert, &#8220;Écrire un poème&#8221;, dans <strong><em>Oeuvre poétique 1950-1990</em></strong> (1993), Boréal Compact, p. 97.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><em>1. Ayez quelque chose à dire</em></strong>. Votre écriture de carnet doit être stimulée impérativement par quelque chose que vous avez à dire. Ce sera quelque chose que vous jugez important, crucial, trippant, jouissif, pulsif ou significatif. Il est donc indispensable de vous installer dans un dispositif thématique que vous mobilisez pour ses vertus logogènes. Votre carnet sera alors un puit de paroles et de savoir. Il vous fera parler, vous serez intarissable à son sujet. Conséquemment, sont à fuir comme la peste bubonique des grands soirs, les formulations du type: <em>Bonsoir blogue. Je ne suis pas très inspiré(e) aujourd’hui mais, tel un Baal aussi dévorateur que chiant à la longue, il faut que je t’alimente pour ne pas esquinter mes courbes. Voici donc une photo de mes chats qui n’est pas spécialement bonne ou intéressante ou marrante, mais ça fait toujours une entrée</em>. Outre que ça exacerbe votre lecteur (il déteste souverainement perdre son temps ainsi avec des niaiseries) en plus, surtout, comme justement il vous admire, ça le déçoit profondément. Et, déception pour déception, autant le décevoir un petit peu par votre silence (cela le fait languir, espérer, s’habiller le cœur, comme le renard du <strong><em>Petit Prince</em></strong>) que le décevoir, de façon beaucoup plus cuisante, par des inepties en saillies qui vous coulent, sans espoir, sans jubilation et sans rémission. <strong><em>Rien à dire? Ne dites ri</em><em>en</em><em>. Patientez. </em></strong>Attendez sans paniquer. Ça va vous revenir.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><em>2. </em></strong><strong><em>Écrivez ce qui vous tente.</em></strong> Il y a ce qu’on écrit parce qu’on se sent obligé de la faire et ce qu’on écrit parce que ça nous botte de le faire. Dans notre civilisation tertiarisée des rapports d’étapes, des comptes-rendus de réunions et des notes de service, la frontière entre écoeurement et enthousiasme est souvent fort ténue, en matière scripturale, et ce, dans un sens comme dans l’autre. Il y a donc le cas d’espèce extrêmement sensible où vous savez parfaitement ce qu’il faut dire mais où ça ne veut tout simplement pas débloquer. Vous le chiennez, le procrastinez, ce texte qui portant est imparablement en train de s&#8217;en venir&#8230; <strong><em>L’erreur à ne pas commettre alors serait celle de le faire débouler cul par-dessus tête pour ne pas le perdre, sous prétexte que, dans ce cas-ci, il est bien là, il est à prendre</em></strong>. Or justement, comme, cette fois-ci, il est là, il est avec vous, il tourbillonne, il est absolument important d’éviter prudemment d’aller le foutre en l’air et le rendre nunuche, cul et raté, juste parce que ça ne vous tentait pas, ce matin là. Il faut éviter au maximum de forcer (dans tous les sens du terme&#8230;). Ce qu’il faut modestement accomplir alors, c’est tout simplement d&#8217;en faire un petit <em>gist</em>, comme disent les ricains, un petit plan, un petit synopsis avec fragments préparatoires, pour ne pas le perdre. Ensuite, laissez mijoter tranquillement. Vous le tenez. Il est dans le bocal ou dans la cage. Il sortira au bon moment. Il ne s’agit pas d’être <em>professionnel</em> et de soumettre ses textes dans les délais, ici. Il s’agit d’être en harmonie avec son intégrité intérieure.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><em>3. </em></strong><strong><em>Ne vous brûlez pas trop vite</em></strong>. Ah, vous vous sentez comme <strong>Bob Dylan</strong> quand il avait vingt ans et qu’il venait d’arriver à New York. Les chansons sautaient littéralement hors de sa guitare. Il composait comme d’autres interprètent. Il était inspiré. Il écrivait sans arrêt. Ça lui sortait. Sauf que, bon, même Bob Dylan a fini par ralentir et marquer le pas. Et s’il a su survivre, c’est qu’il a su se ménager. <strong><em>Votre vitesse de rédaction ne doit en rien dicter votre vitesse de publication</em></strong>. Fixez à votre carnet un rythme de parution <strong><em>lent</em></strong> (ici par exemple, à l’exception de rares urgences thématiques, c’est un billet aux deux semaines, stable). On notera la puissante portée doctrinale de cette toute petite proposition pratique. Il s’agit de se diriger préférablement vers des textes qui durent, des textes sur le dos desquels le passage de six mois n’est rien. Ceci n’est donc pas un carnet journalistique. Laissons les carnets journalistiques aux journalistes en n’oubliant pas qu&#8217;eux, ils sont payés pour se calciner les ergots au brasier de l’éphémère. Vous, comme votre gagne-pain n’en dépend pas spécialement, le fait est que si vous publiez douze textes en huit jours puis tombez à plat, brûlé, desséché, ce ne sera pas la fin du monde. Sauf que vos lecteurs, artificiellement accoutumés désormais à vos surcharges plumitives qu&#8217;ils gobent comme des arachides salées sans les savourer, vont râler, vite, au bout de trente jours, et vous traiteront, vite, comme un carnetiste fini. Si vous publiez exactement les mêmes douze textes en six mois (à raison de deux textes par mois – inutiles de vous presser, vous les avez), vous vous donnez une demi-année pour vous ressourcer, en trouver douze autres. Vos lecteurs ne s’en iront pas. Au contraire, comme vous leurs donnez l’occasion de se ventiler, eh bien, ils s’ajusteront. Ils feront alors une choses très importante et qu’ils vous doivent bien: ils prendront le temps de vous relire…</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><em>4. Ne faite télex que si la question traitée vous hante.</em></strong> Faire télex, c’est reprendre une information (souvent une actualité) et la relayer, la redire, la faire rebondir mais aussi la pomper, la chaparder, la piquer. C’est une astuce trop souvent utilisée pour drainer du trafic. Le Prince William fait un entrechat, vous en parler, pour aller chercher votre part de la formidable manne lectorale planétaire que ça déclenche forcément. Ce procédé de singeux des médias conventionnels est à fuir comme la peste bubonique parce qu’il étrangle implacablement et inexorablement votre originalité de carnetiste et aussi, naturellement, tue votre lenteur en réintroduisant la frénésie actualiste qu’on cherche justement à harnacher ici. Inutile de vous rabâcher, de surcroît, qu’il est con et illicite de plagier, qu’il faut toujours citer ses sources. Enfin, là dessus, la cyberculture est maximalement surveillable donc, par la force des cyber-faits, obligatoirement honnête. On fait télex, on reprend un texte, on lie le renvoi au site d’origine et vogue la galère. Je ne dis pas de ne pas faire ça, je dis de ne pas en faire une habitude. <strong><em>Votre carnet doit être constitué d’une immense majorité de textes dont vous êtes l’auteur intégral.</em></strong> Autrement, ben franchement, c’est pas la peine. Relayer, faire suivre, il y a des agrégateurs-machines et des twittologues performants qui feront ça toujours mieux que vous. Ce qui doit arriver c’est ceci (par exemple). Je me renseigne tranquillos sur ce nouveau phénomène du <strong><em>Slow Blogging</em></strong>, moins parce que c’est tendance que parce que ça correspond à mes valeurs fondamentales de carnetiste. Je tombe sur le magnifique <a href="http://toddsieling.com/slowblog/?page_id=10">manifeste de Todd Sieling</a><strong>. </strong>Je suis saisi par ce texte de visionnaire (il date quand même de 2008), planant, <em>pété</em>, beau et lumineux, de mon compatriote anglophone. Et, moi, quand un texte en anglais me saisit, il se met comme automatiquement à se traduire dans ma tête. Je traduis. Je contacte l’auteur. On fraternise. Et là, oui, là, sans hésitation, je relaye ce texte en citant joyeusement ma source. J’ai fait télex ici, parce que la question traitée dans le texte relayé me hante et que le texte en question me botte. Voilà. Ça jouit pour moi, ça jouira pour mon lecteur. L’émotion est garantie par le caractère hautement sélectif du choix de (finalement) relayer.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><em>5. </em></strong><strong><em>Soyez plus disert que bref (bref, c’est pour <a title="TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/01/twitter-represente-t-il-la-mise-en-place-tranquille-du-totalitarisme-volontaire/">Twitter</a>).</em></strong> Le texte de carnet est un texte de fond. C’est un texte qui assume sereinement une résistance ouverte face à la mythologie du bref, du superficiel, du fugace, du flatulent et du rapide. <strong><em>Le carnet est tout doucement en train de devenir l’anti-Twitter</em></strong>. Comprenons-nous bien, il ne s’agit pas ici de casser du sucre sur <a title="TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/01/twitter-represente-t-il-la-mise-en-place-tranquille-du-totalitarisme-volontaire/"><strong><em>Twitter</em></strong></a>, dont la fonction sociale et communicative est absolument indubitable. Il s’agit plutôt de voir clair dans ce qu’on fait. <a title="TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/01/twitter-represente-t-il-la-mise-en-place-tranquille-du-totalitarisme-volontaire/"><strong><em>Twitter</em></strong></a>, c’est parfait pour des commentaires brefs, des aphorismes, des apostrophes, des apophtegmes, des épigrammes, des renvois de sources. C’est aussi le champion du suivi instantané d’un événement cursif. Sur <a title="TWITTER représente-t-il la mise en place tranquille et ordinaire du totalitarisme volontaire?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/01/twitter-represente-t-il-la-mise-en-place-tranquille-du-totalitarisme-volontaire/"><strong><em>Twitter</em></strong></a>, les acteurs font se dérouler un fil de presse cybernétique et, vifs comme des singes, ils découpent d&#8217;un coup sec ce qu’ils retiennent. C’est comme s’ils étaient perchés sur un tabouret, immobiles, et c’est le fil qui se déroule devant eux. Dans le cas d’un carnet, la métaphore est inverse. Les gens bougent vers un carnet. Ils se déplacent pour vous. Ils entrent et se regroupent chez vous. Ils visitent, comme on visite un site (au sens cybernétique et/ou matériel du terme). Ils explorent, ils absorbent, ils s’imprègnent. Conséquemment, il faut mettre la table. Les gens vous lisent pour votre style et vos idées. Vous êtes, pour eux, quelque chose comme un auteur. S’ils sont ici, c’est qu’ils en veulent. Alors mettez–en. Un texte de carnet pourra être trop court, laissant le lecteur sur sa faim, frustré, sevré, hagard et avec l’impression lancinante d’avoir perdu son temps de déplacement. <strong><em>Un texte de carnet ne sera jamais trop long</em></strong>. <em>Read my lips on this</em>. Si c’est trop long (pour le moment), ils survoleront, ils graviteront, ils reviendront, ils approfondiront, <strong><em>ils ralentiront</em></strong>. On ne fait pas que les exalter par notre prose, on les éduque un petit peu aussi. Eux aussi doivent prendre leurs distances devant la cyber-tare du bref, du superficiel, du fugace, du flatulent et du rapide. D’ailleurs être disert, c’est aussi être disert avec eux et elles, nos lecteurs, nos lectrices, nos visiteurs ponctuels et notre camarilla stable. Prendre le temps de lire ce qu’ils disent, d’y répondre respectueusement, de faire rebondir le débat, le tout, ouvertement, en long et en large, dans le formes, <a title="La procédure de modération du Carnet d’Ysengrimus" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2011/09/15/la-procedure-de-moderation-du-carnet-d%e2%80%99ysengrimus/">bien en protocole</a>. Donner la parole, c’est aussi de s’engager à se donner dans l’échange de parole, pas juste de cerner un troupeau bêlant de suiveux… Le carnetiste a des responsabilités à assumer et ces responsabilités sont des responsabilités explicites. Or l’explicite est disert, c’est fatalement dans sa nature la plus naturellement fatale.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong><em>6. </em></strong><strong><em>Blog responsibly (soyez un carnetiste responsable)</em></strong>. Ce beau et lumineux tuyau, je le tiens de la fiche-conseil de la plateforme <em>WordPress</em> (mais il se répend désormais un peu partout). S’il fallait résumer en deux mots le devoir cardinal du carnetiste, ce serait ces deux mots là: <strong><em>Blog responsibly&#8230;</em></strong> Être un carnetiste responsable, c’est se tenir loin de la saleté verbale, de la virulence oiseuse, de la hargne stérile du polémiste ad hominem. C’est aussi se tenir loin des sujets qui n’ont pas d’allure, qui sont haineux, qui sont absurdes, qui sont rebattus, qui sont hypertrophiés soit par la bêtise ambiante, le conformisme crétin, l’actualité hocus-pocus, le fatras des modes et des tendances toc, bric-à-brac, attrape nigaud, farce-et-attrape. <strong><em>Pour être un carnetiste responsable il est indispensable de prendre le temps de peaufiner l’ouvrage</em></strong>. Ralentissez, ça vous donnera le temps de réfléchir aux conneries que vous évitez déjà en vous disant justement qu’il faut penser à ce qu’on dit, sans trop pousser la machine. Choisir ses thèmes, sélectionner prudemment ses photos, retravailler ses formulations, nuancer ses propos, hésiter, revoir, reformuler, ciseler. L’irresponsable et le hâtif vont tellement souvent de pair. Prendre le temps de mâcher avant d’avaler, de méditer une question, de penser à son affaire, de relativiser un problème, de s’informer, de se documenter, de se calmer le pompon surtout, oh justement <strong><em>surtout si notre fonction est de grogner sur le monde!</em></strong> Il ne s&#8217;agit pas de se censurer. Il s&#8217;agit de s&#8217;articuler. C&#8217;est crucialement différent. Écrire un texte responsable, c’est aussi écrire un texte dont on peut dire de lui: dans cinq ans, il tiendra encore, il véhiculera toujours mes valeurs et, même s’il prend quelques rides parce qu’il est inévitablement marqué au coin d’une époque, il n’est pas ravaudé par l’actualité instantanéiste et les effets de manches spontanéistes qui sont tellement le trait de la grande frénésie irresponsable du Clavier Universel contemporain. <strong><em>Slow Blogging IS Responsible Blogging</em></strong>.</p>
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<p style="text-align:justify;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-3743" title="Ralentissez" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/12/ralentissez-e1325273547184.jpg?w=400&#038;h=200" alt="" width="400" height="200" /></p>
<p style="text-align:right;">
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ysengrimus.wordpress.com/3676/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ysengrimus.wordpress.com/3676/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ysengrimus.wordpress.com/3676/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ysengrimus.wordpress.com/3676/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ysengrimus.wordpress.com/3676/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ysengrimus.wordpress.com/3676/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ysengrimus.wordpress.com/3676/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ysengrimus.wordpress.com/3676/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ysengrimus.wordpress.com/3676/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ysengrimus.wordpress.com/3676/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ysengrimus.wordpress.com/3676/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ysengrimus.wordpress.com/3676/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ysengrimus.wordpress.com/3676/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ysengrimus.wordpress.com/3676/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=3676&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Père Noël. L’avoir été&#8230; L’avoir éventé…</title>
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		<pubDate>Sun, 25 Dec 2011 04:04:23 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ysengrimus</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Ce qui a été cru par tous, et toujours, et partout, a toutes les chances d&#8217;être faux. Paul Valéry, Tel Quel, «Moralité», Folio-Essais, p. 113. . . . Le Père Noël, pour ou contre? Je ne vais pas trancher à la pelle à tarte ce petit dilemme confit ici et plutôt me contenter, une fois [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=2686&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;padding-left:360px;"><strong><em>Ce qui a été cru par tous, et toujours, et partout, a toutes les chances d&#8217;être faux.</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;padding-left:450px;"><strong><em>Paul Valéry, </em>Tel Quel<em>, «Moralité», Folio-Essais, p. 113.</em></strong></p>
<p style="padding-left:240px;text-align:right;">.<br />
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<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Le Père Noël, pour ou contre? Je ne vais pas trancher à la pelle à tarte ce petit dilemme confit ici et plutôt me contenter, une fois n’est pas coutume, cette fois-ci, comme un vrai de vrai blogueur à la page, du témoignage à fleur de peau de celui que laboura intensément, autrefois, le frémissement des pour et des contre. Et ce sera aux conclueurs et aux conclueuses de conclure. Notons d’abord que le gros, l&#8217;immense problème parental qu&#8217;on a avec le Père Noël, c&#8217;est que, veut veut pas,<em></em><strong><em> il existe</em></strong>. Oui, oui, il existe. Il croit, il pullule, il se perpétue, se pérennise, nous survivra&#8230; Tout le monde en parle, on le voit souvent, on s&#8217;assoit dessus parfois, on porte son bonnet, on se déguise en lui, on le visite, on l&#8217;incarne. Le tout le concernant se fait habituellement sans faute, avec des variations certes, mais sans trop d&#8217;imprécisions&#8230; C&#8217;est qu&#8217;il est avec nous depuis un bon moment. Il a une couleur (trois en fait), un âge, un sexe. Simplement, on se comprend, ce n’est pas un être objectif&#8230; plutôt un objet ethnoculturel reposant sur un consensus intersubjectif stable et d’une certaine ampleur. Il est comme Superman et Pikachou d’ailleurs, avec lesquels on ne le confondra jamais. Notons, au passage (et c&#8217;est crucial pour la bonne compréhension de mon témoignage de papa dialectiquement rationaliste), que même s’il ne garantit en rien l’existence objective de son objet, <strong><em>le consensus intersubjectif (sur cet objet)</em></strong>, surtout s’il est massivement collectif, ne manque pas d’une certaine solidité. Une solidité toute mentale mais bon, elle en reste pourtant lourdement incontournable et, <a href="http://www.cyberpresse.ca/vivre/famille/201112/23/01-4480473-parler-du-pere-noel.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&amp;utm_contenuinterne=cyberpresse_B9_vivre_259_accueil_POS1">comme il s’en trouve encore pour (affecter de vouloir) préserver ça</a>, prétendre ignorer le personnage, pour s&#8217;éviter de faire face à ce qu&#8217;il implique, n&#8217;est pas vraiment payant pour des parents&#8230; Que voulez-vous, c&#8217;est passablement compliqué à raconter aux tous petits mouflets que cette affaire de tension entre l&#8217;intersubjectif et l&#8217;objectif, je m&#8217;en avise en l&#8217;écrivant juste là. Il faudra le faire pourtant. Fatalement, mais&#8230; au bon moment, il faudra l&#8217;éventer isolément, après l&#8217;avoir inventé collectivement, ce bon gros atavisme psychologique débonnaire. Mais, enfin, pour l&#8217;instant, revenons un peu sur le terrain des vaches du centre commercial de nos vies ordinaires pour observer qu’on pousse pas mal, par les temps qui courent, les hauts cris de voir le Père Noël semblant apparaître de plus en plus tôt dans les susdits centres commerciaux. On donne encore souvent notre début de siècle comme ayant, tout fraichement, inventé cette déviation consumériste du gros perso rouge. Or, pourtant, dans la pièce de théâtre <strong><em>WOUF WOUF</em></strong> d’Yves Sauvageau, le Père Noël fait une brève apparition, au cœur de l’immense machinerie-revue, pour puber aux (éventuels) enfants de l&#8217;auditoire qu’il <em>sera en ville dès le 15 octobre. </em>C&#8217;est pas mal tôt ça et pourtant… la pièce de Sauvageau date de 1970! Donc, c’est pas comme si le vieux mon-oncle commercial nous prenait historiquement par surprise avec ses arrivées précoces en boutiques… hm… Alors restons calmes sur ce front spécifique et voyons le bien venir, en temps réel. Le fait est que, même si la photo mémorielle est toujours plus ou moins floue, en nous, sur la question, les choses ne sont pas si différentes qu’autrefois en matière d’intendance du Père Noël. Qu&#8217;on saisisse l&#8217;affaire dans l&#8217;angle philosophique ou dans l&#8217;angle prosaïque, on peut affirmer sans ambages que ce personnage et le corpus de coutumes vernaculaires qui l’enrobe sont stabilisés depuis bien des décennies maintenant, dans le bouillon ondoyant de notre imaginaire collectif. Alors plongeons.</p>
<div id="attachment_2689" class="wp-caption aligncenter" style="width: 335px"><img class="size-full wp-image-2689" title="enfant-et-Pere-Noel" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/07/enfant-et-pere-noel1.jpg" alt="" width="325" height="320" /><p class="wp-caption-text">Père Noël. La photo est floue? Oh oui. Toujours…</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">De fait, s&#8217;il faut témoigner et tout dire, j&#8217;ai moi-même été Père Noël pour l’école de musique de mes enfants, en 1998 et 1999, par là. L’honnêteté intellectuelle la plus élémentaire m’oblige à admettre que c’est vraiment très sympa à faire. Touchant. Adorable. C’était en milieu anglophone et, entendant mon accent français quand je cacassais avec les enfants, les mères, en arrosant le tableau de flash photos, s’exclamaient: «<em>Santa Claus is French Canadian. I always knew it!»</em>. Avez-vous dit folklorisation et/ou mythologie nordique? De surcroit, je n’oublierai jamais la bouille de mon plus jeune fils, <strong><em>Reinardus-le-goupil</em></strong> (né en 1993, cinq ou six ans à l’époque de ma prestation pèrenoélesque) assis sur mes genoux. Il ne savait plus s’il contemplait le Père Noël ou son papa dans une défroque de Père Noël. La tronche de perplexité tendrillonne qu’il me tirait. Trognon. Crevant. Inoubliable. Je sais pas si c&#8217;est une conséquence de ce doux moment (j’en doute, mais bon) mais le fait est que <strong><em>Reinardus-le-goupil</em></strong> ne se gêna pas pour bien la faire, lui, la grasse matinée du Père Noël. Vers 1999, il nous affirma, dur comme fer et droit comme un if, qu’il avait vu, en pleine nuit, le Père Noël venir garnir le gros sapin artificiel de notre maison-de-ville torontoise. On ne trouvait pas qu’il hallucinait, mais, fichtre, pas loin. Quand, vers 2001 ou 2002, nous décidâmes enfin de lui révéler que c’était une invention, un artefact ethnoculturel, il tira une gueule de petite fille aux allumettes gelée vive, bouda ferme pour une bonne semaine, et nous annonça finalement, au 3 janvier: <em>«Ceci fut le plus mauvais Noël de toute ma vie»</em>. Il semble cependant s’en être bien remis depuis, l&#8217;escogriffe…</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Pour tout dire, il faut dire que mon autre fils, <strong><em>Tibert-le-chat</em></strong>, sur ordre expresse de sa mère, grande protectrice des magies de l’enfance s’il en fut, en rajoutait et en remettait une couche pralinée pour son petit frère <strong><em>Reinardus-le-goupil</em></strong>, sur l’onctueuse légende du gros lutin rouge. C’est qu’il circulait furtivement derrière l’envers du décors depuis un petit moment déjà, notre-<strong><em>Tibert-le-chat</em></strong>. Je le vois encore, vers cinq ans, depuis son siège auto, demander à sa mère si la barbe du Père Noël est vraie ou fausse. Comme celle-ci, circonspecte, lui renvoie la question en écho maïeutique, il répond, encore partiellement sous le charme: <em><em>«</em>Sa barbe est fausse. Mais, sous sa barbe fausse, il a une barbe vraie</em><em>»</em>. Croissance hirsute, touffue et inexorable du précoce rationnel&#8230; Il fut donc monsieur <strong><em>UN</em></strong> qui, lui, savait, quand petit <strong><em>DEUX</em></strong> ne savait pas encore. On a même un film de <strong><em>Tibert-le-chat</em></strong>, datant justement de 1999, fringué en petit Père Noël maigrelet et déposant des joujoux sous l’arbre. Bref, il <strong><em>savait</em></strong> et, connaissant donc le dessous des cartes rouges, noires et blanche depuis un menu bail, il mystifiait son ouaille. C’est que, sagace, <strong><em>Tibert-le-chat</em></strong>, pour sa part (né en 1990, huit ans à l’époque de petit drame qui va suivre) m&#8217;avait, lui, coincé, très exactement le 15 juillet 1998 (quand Noël en était au fin fond de son creux émotionnel), seul à seul (il avait déjà détecté, le maroufle, que sa maman était plus pro-Kris-Kringle que moi). On était allés faire une course au centre commercial et on se croquait un petit sandwich tranquillos, quand le perfide a posé <strong><em>LA</em></strong> question, au milieu de tout et de rien, candidement, froidement, sans sommation: <strong><em>«Le Père Noël existe-il vraiment ou ce sont les parents qui achètent les cadeaux?»</em></strong> J&#8217;étais un peu piégé. J&#8217;aurais voulu pouvoir consulter sa mère, histoire de couvrir mes arrières et de ne pas sembler avoir imposé, sans délicatesse aucune, le déploiement lourdingue et fatal du cartésianisme le plus terre-à-terre. Mais le petit sagouin m&#8217;avait sciemment isolé. Ma propre doctrine maïeutique s&#8217;est donc appliquée, implacable. Quand un enfant pose une question, c&#8217;est qu&#8217;il est prêt pour la réponse, la vraie. J’ai donc répondu: <strong><em>«C’est une légende. Une légende ancienne qu’on perpétue encore de nos jours parce que les émotions des petits enfants sont sensibles à ce personnage. La «magie» de la Noël est un peu truquée, comme ça. Mais cela ne diminue en rien la qualité de cette fête. Ce qui est important de Noël, ce sont les bons repas, les retrouvailles, l’amour</em>»</strong>. Ah, la maïeutique étant ce qu&#8217;elle est, le couvercle de la réponse doit énormément au bouillonnement de la question, dans la marmite, comme je l&#8217;apprenais justement l&#8217;autre fois (intérieurement, songeusement, sagement&#8230;) de cet autre vieux bonhomme séculaire dépeint dans la chanson <a href="http://www.youtube.com/watch?v=qwoNBaOh1_g"><strong><em>Another Christmas Song</em></strong></a> de Jethro Tull (de loin ma chanson de Noël favorite)&#8230; Et <strong><em>Tibert-le-chat</em></strong>, ce fameux jour là, fut parfaitement satisfait. <strong><em>«L’amour et les cadeaux»</em></strong>, avait-il alors nuancé, serein, sublime. Cette formule <strong><em>«L’amour et les cadeaux» </em></strong>resta dans la famille pour un temps. Puis, vers treize ans, <strong><em>Tibert-le-chat</em></strong> la compléta, la finalisa, la paracheva: <strong><em>«L’amour, les cadeaux et les souvenirs»</em></strong>…</p>
<p style="text-align:justify;">Effectivement, ils rentrent bien vite, les souvenirs…</p>
<p style="text-align:right;">.<br />
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<p><img class="aligncenter size-full wp-image-2704" title="christmas-tree" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/07/christmas-tree.jpg" alt="" width="448" height="400" /></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;"><strong><em>Post-scriptum</em></strong>: Tiens pour le <em>kick</em> de continuer à vous la jouer blogueur-à-la-page, je sens que je vais, une fois n’est pas coutume toujours, vous taponner dans un petit racoin la désormais fameuse <strong><em>question à ne pas me poser</em></strong>: <strong><em></em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="padding-left:120px;text-align:justify;"><strong><em>Pourquoi toi, Ysengrimus, <a title="L’athéisme doit-il militer?" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2008/10/29/l%e2%80%99atheisme-doit-il-militer/">un athée de granit brut qui pue la d<strong><em>é<strong><em>ré</em></strong></em></strong>liction de toutes ses pores</a>, as-tu fait faire mumuse à tes enfants avec des sapins de Noël et le Père Noël?</em></strong></p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;"><strong><em>Réponse (tout de même):</em></strong> parce que c’est marrant, nan. De toutes ces pratiques vernaculaires gravitant autour des religions (précocement récupérées par elles -sapin païen- ou tardivement engendrées par elles -Père Noël, bébelles-), on jette aux ordures ce qui nous opprime et on garde ce qui nous fait jouir. Et, de fait, prendre congé, bien manger, se marrer par petits paquets grégaires, se donner des présents sympas, décorer l&#8217;intérieur intime de loupiotes fluos et de dessins d&#8217;enfants, écouter de la zizique sciontillante jouée par des <em>combos</em> endiablés, et rigoler sur les genoux d’un gros perso rouge, ben, c’est indubitablement jouir. Surtout avec <strong><em>des jeunes babis, qui, eux, sont</em></strong> <strong><em>l’exclusive dynamo de la magie de la Noël</em></strong>. Le sapin était sans crèche ni étoile épiphane et on n’allait pas chier à la messe de minuit. Voilà. Ça va comme ça? Oui? Notez, pour la bonne bouche, que je mange du fromage d’Oka, écoute du gospel accapella râpeux de chapelles de Dixie de 1927 (pas souvent, mais bon&#8230;), et monte me relaxer dans un ancien lieu de pélerinage désaffecté, converti en parc forestier, pour des raisons parfaitement analogues… <strong><em>Mort à la calotte</em></strong> comme dans: emparons-nous du butin calottin et remotivons le, sans complexe bigleux, dans nos bricolages.<br />
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		<title>La trilogie romanesque COSMICOMEDIA d&#8217;Allan Erwan Berger</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Dec 2011 04:02:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ysengrimus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Culture vernaculaire]]></category>
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		<description><![CDATA[La connaître, cette nuit qui embrase le monde, c&#8217;est déjà commencer à lui dire que non, nous ne sommes pas si moches, ni si prévisibles qu&#8217;on puisse tous nous mener par le bout du groin d&#8217;un bout à l&#8217;autre de notre existence&#8230; Allan Erwan Berger . . . Ysengrimus (Paul Laurendeau): Allan Erwan Berger, votre [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=3154&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="padding-left:360px;text-align:justify;"><em><strong>La connaître, cette nuit qui embrase le monde, c&#8217;est déjà commencer à lui dire que non, nous ne sommes pas si moches, ni si prévisibles qu&#8217;on puisse tous nous mener par le bout du groin d&#8217;un bout à l&#8217;autre de notre existence&#8230;</strong></em></p>
<p style="padding-left:540px;text-align:justify;"><a href="http://alabergerie.blogspot.com/"><strong>Allan Erwan Berger</strong></a></p>
<p style="padding-left:300px;text-align:right;">.</p>
<p style="padding-left:300px;text-align:right;">.</p>
<p style="padding-left:300px;text-align:right;">.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Ysengrimus (Paul Laurendeau): </strong>Allan Erwan Berger, votre trilogie romanesque <strong><em>Cosmicomedia</em></strong> qui vient de paraître chez ÉLP est, il faut le dire, exaltante. Le grand universel y est pris à bras le corps, avec souffle et faconde, et on ne tergiverse pas avec la Grande Crise Existentielle Mondiale (notion que vous nous imposez, sans retour, contre l’idée triviale, rebattue et raplapla de, bof, fin du monde). J’ai d’abord pour vous, si vous le voulez bien, une question par tome. On va commencer comme ça et ensuite on verra où ça nous mène. Inutile de dire que je vais me prier et vous prier ici de parler en voyant à ne pas gâcher le futur plaisir de lecture. Sans rien trahir, donc, on peut dire que, dans le tome 1 de <strong><em>Cosmicomedia</em></strong>, sous-titré <strong><em>Montrez-Nous que vous n’êtes pas des buses </em></strong>(avec un N majuscule à <em>Nous</em>), des événements cosmologiques et des événements historiques, sont, par un jeu adroit d’alternances, mis en corrélation et/ou compagnonnage. L’explication sur les mouvements cosmologiques catastrophiques qui s’enclenchent dans votre monde devient, sous votre plume incisive toujours acidulée d’ironie, si palpitante qu’on a le sentiment que les entités cosmiques classiques, notamment la galaxie et notre soleil, deviennent presque des personnages névrosés se tapant un sérieux mal de bide cataclysmique. Avez-vous fait le choix (narratif strictement) d’anthropologiser le cosmos (ce qui n’est en rien le diviniser – ne basculons pas sur cette tangente), pour mieux amplifier le fracas de la tempête décrite?</p>
<p style="text-align:justify;"><strong>Allan Erwan Berger</strong>: Le cosmos est surhumain. D&#8217;ailleurs il est sur-tout : surcanin, surfélin, et aucune mouche ne lui arrive à la cheville. Pour parler d&#8217;un pareil objet, quand on n&#8217;est pas, comme votre compatriote Hubert Reeves, plongé dedans du soir au matin, il convient de prendre quelques décisions tactiques, afin de bien faire appréhender certaines petites choses. L&#8217;anthropologisation vient donc tout naturellement au bout des doigts. Du reste, quand elle est bien menée, elle égaye le lecteur&#8230; Voyez ceci : « La demeure était sensible aux humeurs de sa propriétaire. Elle secoua sa mélancolie ancestrale avec circonspection, sur la pointe des pieds, étira ses membres, fit craquer ses jointures ankylosées, puis ayant compris qu&#8217;Ora l&#8217;autorisait de temps en temps à un laisser-aller primesautier, une négligence salutaire, elle s&#8217;abandonna à un débraillé confortable au point que, sous un certain éclairage, elle avait l&#8217;air presque heureuse. » Ce passage est dans le dernier livre de David Grossman, <em>Une femme fuyant l&#8217;annonce</em>. La maison y fait son gros chat, et d&#8217;autres choses encore. C&#8217;est amusant, ne trouvez-vous pas ? Ceci permet, grâce au jeu toujours facile d&#8217;accès de <em>l&#8217;identification par le biais de l&#8217;analogie</em>, de mieux faire comprendre ce que l&#8217;on veut dire, ou d&#8217;offrir au lecteur la possibilité d&#8217;un regard qui, tout en étant décalé, et suscitant par là de l&#8217;émotion, se trouve étonnament fécond. Je rassure toutefois le public : mon cosmos n&#8217;a ni bras ni jambes, ni chevilles malgré la mouche ci-dessus convoquée, ni cœur aimant : les étoiles ne filent aucun parfait amour et ne clignent pas de l&#8217;œil. Cependant, il leur arrive d&#8217;éternuer.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-3164" title="cover_cscm1_pdf" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/09/cover_cscm1_pdf.jpg?w=300&#038;h=400" alt="" width="300" height="400" /></p>
<p style="text-align:justify;"><strong></strong><strong>Ysengrimus (Paul Laurendeau):</strong> Voilà et nous sommes au nombre des postillons qui décollent dans le mouvement. Excellent. Maintenant, dans le tome 2, sous-titré fort pertinemment <strong><em>Qui a une histoire à produire est le bienvenu</em></strong>, la crise s’amplifie en même temps que sa compréhension s’approfondit et, alors que ça vole de tous bords, votre poignée de sympathiques protagonistes terrestres (sans leur chat, ce qui inquiète intensément), qui sont un véritable petit exercice sociologique en eux-mêmes, se regroupe, dans le foutoir intégral, autour d’un certain Baron, et avancent, chacun à son tour, une histoire. Ils se narrent les uns aux autres un récit, un conte, gorgé de sagesse et d’exotisme, comme les protagonistes des <em>Derniers Contes de Canterbury</em> de Jean Ray le firent, dans une auberge, au coin du feu (mais ici, c’est hors-monde et dans une ambiance générale bien moins décontracte). À la pétarade astro-physico-socio-historique du monde objectif, se surajoute alors implacablement l’éclaboussement polychrome de la demi-douzaine de bombes picturales subjectives des contes et récits de nos acteurs. L’éclatement narratif est-il ici le compagnon thématique amplificateur de l’explosion cosmologique/fracture sociale qui nous submergent déjà? Sommes-nous invités à vivre l’intégralité infinitésimale du débordement des sens? Je m’explique: le cosmos explose, le monde social se fissure, et voici qu’au centre de la trilogie on se retrouve face à un jaillissement de références diverses, orientales, sapientiales, folkloriques, oniriques. Je me suis dit alors: il y a un exercice de brouillage (polychromatisme, multiplication des éclatements). C&#8217;est un peut comme si on nous disait: <strong><em>vous êtes tourmentés et éparpillés dans mon histoire, ici, les petits? Tenez-vous bien, je vous en rajoute cinq ou six autres, en déferlante</em></strong>. Je me suis alors senti au cœur d’une peinture de Jackson Pollock. Un submergement de mes sens par surabondance des messages, des aventures narratives. Comme disent les commentatrices de mode: <em>OK, there is a lot happening here</em>. Je l’ai vécu comme une expérience de dérèglement face au débordement des sens. Ce texte n’est pas juste une histoire, c’est aussi un grand tableau.</p>
<p style="text-align:justify;"><strong></strong><strong>Allan Erwan Berger</strong>: Je vois deux raisons à cette explosion. L’une tient au mode de fonctionnement de mes humains; l’autre provient de la mythologie. Les deux accouplées, et conduites par mon tempérament, tirent le premier chariot d’un sacré carnaval. Vous trouvez une analogie dans le domaine pictural; pour les mélomanes, trouvons-en d’autres en compagnie de Stravinsky, Shostakovich, dans leurs moments volcaniques. Et aussi, pour les périodes sombres et souterrainement violentes, Scriabine. Et surtout un certain quatuor de Beethoven qui reste tout à fait unique dans sa production: le onzième de l’opus 95, glacé, menaçant, extrêmement moderne. Première raison: quand tous les enjeux se sont effondrés, les masques volent. Nul n’a plus aucun intérêt à feindre; on va à l’essentiel de soi. C’est le moment de s’interroger, et d’être ce que l’on est depuis peut-être la petite enfance. Car si tu ne déploies pas ton drapeau maintenant, mais mon pauvre camarade tu ne le feras plus jamais, et tu termineras ta partie dans le mensonge, ce qui est la pire des inélégances. Voyez Cambronne; quand tout est cuit, on ne va pas non plus s’incliner… Donc, face à la lente catastrophe qui déboule sur les petites consciences de mes visiteurs, ceux-ci réagissent par un fort naturel sursaut d’introspection et de franchise. « Quand le péril croît, croît ce qui sauve » (Hölderlin). C’est presque automatique chez les gens à l’écoute. Ainsi, pas de souci. Cependant, tout est à inventer. Les métaphores font donc leur apparition. Seconde raison: à ma bande de touristes partis <em>in extremis</em> au-delà de l’air, mais sans le chat (dites adieu au minou), quelqu’un leur demande qui ils sont. Ça tombe bien: en pleine opération de dépouillement des apparences, ils sont en train de se trouver. Et pourquoi leur demande-t-on qui ils sont? Parce qu’au seuil de l’Hadès, chacun doit verser son obole. Or, <strong><em>Cosmicomedia</em></strong> s’appuie très lourdement sur les plus fondamentaux des mythes de l’humanité. Et Charon, ou Saint-Pierre, ou l’Ankoù, tous avatars du psychopompe et du gardien (le deux parfois se confondent), font partie de ces personnages essentiels que l’on retrouve presque partout sur notre planète. En outre, donner à voir de soi pour ne pas rester sur le rivage des âmes sèches, c’est, ici, déclarer très exactement <em>sa flamme</em>. Ce qui sera fort nécessaire pour la suite. « Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni bouillant ni froid, je te vomirai de ma bouche » (L’Amen, à l’Ange de l’Église de Laodicée. <em>Apocalypse</em> 3:16). Personne n’a envie d’être vomi de la terrible bouche dont s’approche ce tome numéro 2, à côté de laquelle l’Amen n’est qu’un effet de style. Finalement, « l’éclatement narratif » introduit par ces inattendues prises de parole et conciliabules… offre aussi, d’une certaine manière, une pause bienvenue avant la suite, avant toutes ces scènes que l’on va contempler à travers les vitres du train, comme des badauds dans un cirque étrange où, de tente en tente, l’on assisterait à des <em>mystères</em>. Donc au préalable à tout ça on se lâche; on déverse tous les éléments constitutifs d’une métamorphose qui reste, à ce moment du récit, largement hypothétique et floue, et dont la finalité n’apparaîtra que très lentement. D’où la nette impression d’être au milieu d’un carnaval féerique. Et puis j’avais envie de me faire un petit plaisir avec des histoires emboîtées dans des histoires, à la manière du <em>Manuscrit trouvé à Saragosse</em>, et bien sûr des <em>Mille-et-une nuits</em>.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-3165" title="cover_cscm2_pdf" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/09/cover_cscm2_pdf.jpg?w=300&#038;h=400" alt="" width="300" height="400" /></p>
<p style="text-align:justify;"><strong></strong><strong>Ysengrimus (Paul Laurendeau):</strong> Sans oublier <em>Jacques le fataliste et son maître</em>. C’est alors qu’on entre dans le sublime. Le tome 3 s’intitule, <strong><em>Éduqués et bagués, Nous les avons relâchés</em></strong>. Dites nous un secret (sans nous le dire), Allan. Qui sont donc finalement les Reines écarlates? Sont-elles symboliques/métaphoriques, ou empiriques/oniriques, ou les deux? Et, si vraiment vous ne voulez pas en dire trop, je me rectifierai pour: qui sont-elles pour vous?</p>
<p style="text-align:justify;"><strong></strong><strong>Allan Erwan Berger</strong>: Les Reines écarlates, c’est le nom que se donnent, d’entre nos quatre paires d’amis partis visiter deux tomes, ceux qui en reviennent pour nous raconter quoi faire après la fin du trois. Ces personnages sont si cruciaux que le titre de travail de tout <strong><em>Cosmicomedia</em></strong> fut longtemps, tout simplement, <em>Les Reines écarlates</em>. Le groupe s’est ainsi nommé en référence à un événement de son histoire qui fut à l’origine de sa constitution en tant qu’entité agissante: dans le camp d’internement où ils débarquent, le Baron fait son apparition et donne aux filles des robes de reines, blanches éclaboussées d’un motif de sang. Cette image, je l’ai retrouvée complètement estomaqué, jaloux à en grincer des dents, et définitivement convaincu de sa pertinence, dans le final d’un film de Guillermo del Toro, le magistral <em>Labyrinthe de Pan</em>, où la petite Ofelia porte avec dignité une semblable robe. Le nom du groupe, tiré en droite ligne de ce costume, en possède les vertus symboliques. Il apparaît à un instant de l’histoire où l’on côtoie de l’humanité violée, si belle et si déchue, si fragile, si puissante dans ses douceurs maternantes. Éventrée, désolée, debout. De cette image on pouvait faire un drapeau, comme on fit d’une croix un signe; j’en ai fait un nom destiné à retourner le monde. La fin du troisième tome annonce le début de ce retournement.</p>
<p style="text-align:justify;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-3166" title="cover_cscm3_pdf" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/09/cover_cscm3_pdf.jpg?w=300&#038;h=400" alt="" width="300" height="400" /></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><strong>Ysengrimus (Paul Laurendeau)</strong>: </strong>On le sent bien monter, cet effet de recommencement sur d’autres bases. Ceci me porte <em>glissendi</em> vers ma question suivante, Allan. Vous prenez sciemment position sur le développement historique actuel dans cet imposant et flamboyant opus. Pourriez-vous nous en dire un mot, tout factuellement?</p>
<p style="text-align:justify;"><strong></strong><strong>Allan Erwan Berger</strong>: Il fut un temps où l’on inventait des dieux pour exprimer ce que l’on sentait, pour annoncer par exemple l’aurore, encore invisible aux masses, d’un phénomène qui déjà les dominait. Toute démarche prophétique reposant sur une intuition, il était alors dans les usages reçus d’en concrétiser la présence par cette création d’un dieu. Cependant, l’on préférera aujourd’hui créer des histoires. Voici une de mes phrases fétiches, tirée d’un texte d’Ernst Jünger: « L’œuvre d’art, écrit-il, possède un puissant pouvoir d’orientation »… Ce qui, en passant, nous explique qu’étant alors en parfaite concurrence avec la religion, l’Art soit toujours décrié par les clercs lorsqu’ils ne peuvent s’en rendre les maîtres. Aujourd’hui je sens poindre un nouvel astre, une nouvelle domination. La souveraineté va basculer, et investir des assemblées autrement plus importantes que tout ce que l’Histoire a pu jamais connaître. Et je ne suis pas le seul à détecter cette émergence: les puissants l’ont sentie évidemment, qui l’attaquent et veulent mutiler le <em>World Wide Web</em>, brider Internet avant même qu’il n’ait fini d’éclore. C’est normal. Et donc vous me demandez du factuel. D’accord. Que l’on songe aux répercussions de cette décision de <em>Wikileaks</em>, encore incomprise, de balancer bruts de décoffrage tous les câbles de la diplomatie US en leur possession – entre nous, une explication pourrait être: puisqu’après la <em>Fuite</em>, qui a commencé en août 2010, tous ceux qui surtout ne devaient pas savoir ont su, autant tout montrer aux autres afin que chacun sache, et que les gens mis en danger sachent, en particulier, qu’ils sont en danger. Et voilà ce que je trouve intéressant dans cet épisode – tel que je l’interprète: si, jusqu’à la fin du vingtième siècle, pour sauvegarder quelque chose il fallait la dérober à la vue, maintenant il faut au contraire la reproduire, et en disséminer des images partout. Appliquons à ce nouveau paradigme le problème de la souveraineté: il devient clair qu’elle va fuir, s’écouler des palais où elle était enfermée, pour investir de très vastes agoras. Voyez les cahots actuels, colériques, peut-être incohérents, inexplicables par les médias traditionnels, comme de puissantes contractions: bientôt, le monde va accoucher d’un nouveau modèle. Resterez-vous spectateurs, bovins d’abattoir bien fatalistes et désabusés, ou retrousserez-vous vos manches? Défendrez-vous votre liberté future? Prendrez-vous la parole pour inventer les assemblées de vos enfants, leurs règles, leurs ateliers, les pouvoirs de leurs modérateurs? Ou continuerez-vous à regarder cette putain de télévision, et à considérer qu’Internet, comme on vous le suggère, « est une poubelle de la démocratie »? Ceci a des répercussions jusque dans la culture. Albert Jacquard, avec d’autres collègues du monde entier réunis pour déterminer les possibilités d’émergence d’une éthique universelle, ont découvert, bien malheureux de cette trouvaille, qu’une telle éthique ne pouvait éclore sans un accord général sur le sens à accorder aux mots. Pas d’éthique sans culture; c’est presque une lapalissade. Inventez le moyen de concevoir une culture planétaire, n’importe laquelle, respectueuse ou irrespectueuse du passé c’est vous qui voyez, et vous aurez les fondements de votre éthique. Or, il n’y aura pas de politique moderne sans elle. Voyez, à ce sujet, la cartographie établie par André Comte-Sponville dans l’ouvrage intitulé <em>Le capitalisme est-il moral?</em> Mon roman expose ces enjeux, du mieux que j’ai pu.</p>
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<p style="text-align:center;"><strong><em>Cosmicomedia</em></strong> en trois tomes</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:90px;">Tome 1 :<strong>   <a href="http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782923916323/cosmicomedia-1-montrez-nous-que-vous-n-%C3%AAtes-pas-des-buses"><em>Montrez-Nous que vous n’êtes pas des buses</em></a></strong>, paru le 15 septembre 2011.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:90px;">Tome 2 :   <a href="http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782923916347/cosmicomedia-2-qui-a-une-histoire-%C3%A0-produire-est-le-bienvenu-ici"><strong><em>Qui a une histoire à produire est le bienvenu</em></strong></a>, paru le 13 octobre 2011.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:90px;">Tome 3 :   <a href="http://librairie.immateriel.fr/fr/ebook/9782923916361/cosmicomedia-3-%C3%A9duqu%C3%A9s-et-bagu%C3%A9s-nous-les-avons-rel%C3%A2ch%C3%A9s"><strong><em>Éduqués et bagués, Nous les avons relâchés</em></strong></a>, paru le 10 novembre 2011.</p>
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		<title>I was just fired! [Je viens tout juste de me faire virer!]</title>
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		<pubDate>Thu, 01 Dec 2011 04:06:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ysengrimus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Civilisation du Nouveau Monde]]></category>
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		<description><![CDATA[Well, I try my best to be just like I am But everybody wants you to be just like them They say sing while you slave and I just get bored I ain&#8217;t gonna work on Maggie&#8217;s farm no more&#8230; [Bon, j'ai fait de mon mieux pour être celle que je suis. Mais tout le [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=3306&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="padding-left:360px;"><strong><em>Well, I try my best to be just like I am</em></strong><br />
<strong><em> But everybody wants you to be just like them</em></strong><br />
<strong><em> They say sing while you slave and I just get bored</em></strong><br />
<strong><em> I ain&#8217;t gonna work on Maggie&#8217;s farm no more&#8230;</em></strong></p>
<p style="padding-left:390px;"><strong> [Bon, j'ai fait de mon mieux pour être celle que je suis</strong><strong>. Mais tout le monde veut que vous fassiez tout exactement comme eux</strong><strong>. Ils me disaient de chanter en esclavage et j'ai fini par en avoir marre</strong>.<strong> Je ne travaillerai plus jamais à la ferme de Maggie...]</strong></p>
<p style="text-align:right;"><strong>Bob Dylan,<em> Maggie&#8217;s Farm, </em>1965</strong><br />
.<br />
.<br />
.</p>
<p style="text-align:justify;">Une lectrice assidue de ces pages, la toute gentille, discrète, effacée et polie <strong><em>PugLover</em></strong> de Winnipeg (Manitoba, Canada) vient de se faire abruptement saquer de son emploi contractuel (avant le terme du contrat). Elle écrit alors à Ysengrimus, dans la mouvance immédiate de l&#8217;impact du moment. Avec un petit mois de recul, et avec sa généreuse permission, je vous publie (et vous traduis) ici le texte brut de sa copieuse missive, pondue à chaud, toute détresse brandie et proclamée&#8230; Le fait est que je trouve ce texte aussi poignant et révoltant que profondément parlant sur <strong><em>le </em><em><strong>cancer</strong> social de la précarité professionnelle</em></strong> et son impact profond et délétère sur l&#8217;intégralité de notre psychologie collective.</p>
<div id="attachment_3307" class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><img class="size-medium wp-image-3307" title="you-re-fired-cake" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/11/you-re-fired-cake.jpg?w=400&#038;h=325" alt="" width="400" height="325" /><p class="wp-caption-text">Amber, Cassie et Lisa, vous êtes virées</p></div>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;"><strong><em>[La traduction française suit]           </em>«</strong>I was just fired, Ysengrimus! FUCKING FIRED! FUCKING FIRED FOR &#8220;TALKING EXCESSIVELY&#8221;! I SPOKE FOR TEN MINUTES YESTERDAY TO SOMEONE AND THE FUCKING ASSHOLE BOSS SAID HE WAS WATCHING ME AND THAT I SPOKE FOR THIRTY MINUTES. They fucking fired me!  I knew from the first day that that place was a shithole. My dear Ysengrimus, this is THE FUCKING LAST OFFICE JOB I WILL EVER HAVE!  I don&#8217;t care if I have to go a whole year unemployed. I have sufficient savings and I don&#8217;t buy anything or own anything in any case.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">After it happened I cried so much that I shook and threw up. They told me that «other people» in the department had been complaining about my «excessive talking» for some time now. I asked them to identify these people and they refused. THEY FUCKING REFUSED! YSENGRIMUS, I DON&#8217;T TALK! I DON&#8217;T FUCKING EVER TALK! Yesterday I spoke for about ten minutes to the lady behind me, telling her about a store in town, that was it! The rest of the day I spent fucking emailing the same fucking text to fucking seventy people. My boss made me keep quotas of all the phone calls and emails I made every day and he told me that it was not good enough.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">I am through with it, Ysengrimus. I don&#8217;t care if I have to live with my parents until I die. I will not EVER take a fucking office job again. I swear it on my husband’s head, on the heads of my parents and on the heads of my baby nieces. Ysengrimus, this life is pure garbage. I contemplated killing myself when I got home, but why would I do that to Pop and Mom, two of the very few decent people on this earth, and why would I do that to my beloved husband. I want to punish THEM, not the people I love. I am so hopeless, Ysengrimus.  I just can’t believe what has just happened to me. I just cannot believe it. I demanded to know why they did not give me any word of this before, that they needed to give me warning before firing me, and they said that that does not apply to contract employees. I am beyond furious, Ysengrimus.  I am beyond everything.  I am just numb.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Ysengrimus, why does everybody hate me? I FUCKING KNEW that women in that office fucking hated me and were scheming behind my back. It was likely they who made that shit up about me. I did not talk excessively. In fact, I did not talk AT ALL except for when I first arrived in the morning to say hello. What do I do, what do I do with this life that just does not ever work out for me? Why does this happen to me, Ysengrimus? Why? Why do so many people hate me without even knowing me? I mean, I never «talk excessively» period! I AM NOT THAT KIND OF PERSON!  I am a serious person who tries to do my best. I busted my ass for those cunts. My eyes became so sore staring at a monitor for so long that I bought an antiglare film for it! I made so many fucking phone calls that I would come home dehydrated. FUCK THEM!  FUCK THEM SO HARD! I am so enraged. I hate everything. My heart is filled with nothing but hatred. I hate this life so much. How could this happen to me?  The little girl on whose every report card the teacher wrote <em>«needs to speak more in class»</em>? I was so quiet that at places I have worked people have asked me if something was wrong!</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;"> Maybe I should become a prostitute! Seriously! I am done with office SHIT! This motherfucker boss asking me to meet  fucking quotas for calls and emails, making me do over a whole fucking spreadsheet with about six hundred names on it and about five to fifteen file numbers for each BECAUSE HE DID NOT LIKE THE DATE FORMAT I USED! AND BECAUSE I PUT TEXT IN A COLUMN THAT WAS ONLY FOR DATES! THE FUCKING SPREADSHEET IS FOR MY USE ONLY, MOTHERFUCKER. WHO THE FUCK CARES WHAT DATE FORMAT I USE! And he made me CHANGE THE COLOUR OF HIGHLIGHTER!  That happened just the day before he fired me. WHAT KIND OF CUNT FACED MOTHERFUCKER TELLS ME THAT I TALK EXCESSIVELY! I DON&#8217;T TALK ENOUGH, MOTHERFUCKER! I am the most silent, non-confrontational, head-in-my-work person you can ever know! Never in my life, never, when I was killing myself studying in university, never when I was a leetol girl, never in my wildest imagination did I ever think that I would ever get fired for EXCESSIVE TALKING!  They said that I was distracting others from their work. Ysengrimus, I promise you that I never, ever even made a sound for more than fifteen minutes throughout the whole day, maximum. Why do people hate me? What did I ever do to deserve this?</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;"> Later in the day, I spoke about this on the phone with Amber, my best friend. She has an idea for a book that we would write together. We have this shared interest in the persecution of so-called &#8220;witches&#8221; à la Salem and have exchanged ideas about a story. Not a Salem story, but it involves witches as proto-feminists. At least now I have plenty of time for writing&#8230; When I think about my loving Amber and her husband, I think that he is not as intelligent as her, that is for certain. I always think &#8211; and this is not exactly the feminist statement of the year &#8211; that a relationship functions better when the man is more intelligent than the woman. Woman more intelligent than the man only works with a man who is very evolved.  But when you have your classic &#8216;dude&#8217; with an intelligent woman, conflict seems to reign.  She is so much more intelligent than he is yet he makes about $70,000 a year while she makes about $12,000&#8230; What I mean by all this is that my friend Amber, like me, is unable to function in the world of work. And I do not say that in a self-belittling way, no, not at all. We are sensitive, introverted, quiet and gentle people and we become nothing more than targets for the cruelty that runs amok in these places. The entire structure is toxic to people like me and Amber. I don&#8217;t know what our place is in this world. Sometimes I think that it is somewhere far, far from this place, literally and figuratively speaking. I am so lucky to have found her. Never have I had a friend who is so like me, who accepts me and truly understands me and genuinely empathizes with me as she does. We are incredibly alike. You should hear us talking. It is like a self-deprecation-fest, one trying to convince the other that they are perfect and wonderful as they are. All of my social anxiety and timidity and introversion, she shares all of that like nobody else I have ever known. It is so comforting to know that I am not alone. We are two misanthropic, introverted peas in a pod, prone to flights of fancy, just wanting to be left alone by the wider world of people. That is all I ever wanted from people:  to be left alone. I walk with my head down, I speak to as few people as possible, I fade into the woodwork, yet somehow I am always the object of attack. It disgusts and repulses the extent to which human beings take such satisfaction in preying upon the weak. On the wider level of society we see it in the marginalization of entire groups of people based on their refusal or incapacity to &#8216;conform&#8217; to our bourgeois norms: the homeless, drug addicts, the mentally ill, prostitutes, the poor. We let loose all of our pent up rage on the most powerless, because human beings are, at base, cowardly, sadistic and perverse.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">I am so completely bamboozled. I was shaking and crying all the way home. I mean, Ysengrimus, look! Here is what is written on my first grade report card: <em>Lisa is growing in self-confidence. She is still quite shy but not as shy about contributing to class discussions as she was earlier in the year. She is happy at school and enjoys being with the other children. She is able to work independently completing her tasks in an appropriate length of time.</em> What it says there is still true now. I know that you will think that this is paranoid, but I know that there were several women, and that fuckassed boss included, who had it in for me from the very first day. I knew it, I fucking knew it. It took them a month to get me a computer account, I had to bring in my own stationary &#8211; pens, paper, everything &#8211; because they would not give any to me. They sat me down at the cubicle &#8211; right next to the photocopier/scanner and shredder &#8211; literally threw a list of numbers at me and told me to start calling. I was not even to use my own name on the calls, I had to say <em>&#8220;this is &#8220;Cassie&#8221; calling&#8221;</em> because that was the name of the woman I worked with. I was a total non-person the whole time, and I tried, I tried. I hated that place from day one! I was trying to find things to like about it, but they fucking conspired against me. I was only supposed to be there for three months, in any case! And the clients I was phoning would comment on how friendly I was on the phone and even on how &#8220;well written&#8221; my messages were. I just don&#8217;t know what to do anymore with this life. I feel as though someone has ripped my guts out. How dare they do this to me, Ysengrimus?  What did I ever do to them to have them do this to me?  All I wanted was to do my work and be left alone. I mean, I BARELY SPOKE AT ALL there! With the exception of mandatory phone calls, I barely opened my mouth. And I had to tell the fuckcuntasshole how many calls and how many emails I made each day and he would tell me that it was not good enough and I tolerated all that because I am always made to believe that I am weak. But I am not weak! I am sick and tired of it all, and I don&#8217;t know what I am going to do. Join a Buddhist monastery? It is funny, when if was a teenager working at Mambo-Mart, I was once sent home because my skirt was &#8220;too short&#8221;&#8230; I was only fucking sixteen years old, and wearing thick tights under the skirt. In any case, the cunt who sent me home was fired a few weeks later for stealing from the company. Yeah stealing motherfucking RELIGIOUS videos! Why am I always the target of asshole managers, Ysengrimus? What is it about me that makes me so loathsome to people? I am so kind!  You know what, yesterday, I even brought in A BAG OF LEFTOVER HALLOWEEN CHOCOLATE BARS for everyone today!  I don&#8217;t understand, I don&#8217;t understand. What is it?  What could it possibly be? And I have no recourse because written in the employment contract is the following clause: <strong><em>You acknowledge that your employment may be terminated at any time, without cause…</em></strong></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Whenever bad things happen to me I retreat to my childhood. I was so happy as a little girl. Life had to come along and take it all from me. I loved my grade one teacher. She was kind and lovely and tall and blonde and French-Canadian. She was like some sort of tall kind fairy with her long hair and her gentle eyes. I discovered a few years ago that she shared with my mom that other teachers in the school seemed to hate her&#8230; Oh, mom and dad. They are so patient and loving. After bawling my eyes out to them, my poor, poor parents, I had to get myself to my piano. It is to my piano that I always go in moments of trauma and great sadness like this. My piano and my childhood. Funny, looking at my first grade report card – Mom kept all of my report cards in this beautiful little book &#8211; this is what it says about leetol me in the section entitled <em>The Arts</em>: Check this out. Grade one report card, French: <em>Lisa has made an excellent effort in all phases of the program.  She is able to grasp the content of stories read to the class.  She involves herself in all forms of language drills. She enjoys dramatizations of fairy tales and reciting rhymes. An eagerness to express herself alone in French in apparent.</em> And under &#8220;personal growth&#8221;: <em>Lisa is empathetic and understanding of others in group situations. She encourages and helps others too. She spends most of her time happily participating in worthwhile learning activities</em>. I was always kind. I don&#8217;t know why I am treated as I have been in these nightmarish workplaces. What did I ever do to these people, Ysengrimus? I was always a good person, why does shit like this happen to me? Well, actually, it happened to other people too and some of them are pretty much the <em>best</em> people. Horrid, horrid world, Ysengrimus. <em>Lisa enjoys singing and learns the words to songs quickly.  She moves independently to music (e.g., she does not copy others) and she frequently volunteers appropriate musical ideas (e.g. ways to move to the music) </em>[man, I was an awesome child!]  <em>She uses a wide variety of art materials in very thoughtful ways.  Lisa dictates interesting stories about her pictures and enjoys reading them.  </em></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Oh, I am no writer, but writing this to you, as tedious as I am sure it is for you to have to endure, is rather therapeutic. Writing most definitely has a cathartic, purgative quality to it. No wonder there are so many of these <em>journal intime</em> blogs. If they serve this purpose to people, then how could I criticize them? Perhaps they are not motivated by narcissistic pulsions but, rather, purgative and cathartic ones, a need to know that one is not alone in their misery. <strong><em>Now, Ysengrimus, I really need to know what, as a progressive blogger, you think of all of this.</em></strong> You know what is funny, today I wore the bracelet my husband gave me, the earrings my Amber gave me and the necklace my other friend Cassie gave me. It was as though all my loves were with me to protect me for what was going to happen. But I am stuck with this, Ysengrimus:  <em>what did I do to deserve this?</em>  I have so many things I want to say, that is why I write, write, write. What did I ever do to deserve the treatment I have received from people my whole life through?  It is as though the more kind and gentle and quiet you are, the more you are a target for cruelty. I don&#8217;t even feel like going out into the world again. I cannot take any more of it.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">I also wrote about what just happened to me to three of my friends today and they were all very reassuring.  They know who I truly am and they know that what they said about me is nothing but deceptive awful lies. I am just so shocked. I am completely and utterly destabilized and shocked. But I guess I should not take this so seriously. I mean, plenty of people get fired. I read about a guy today who is about my age and who was fired from his job as a waiter &#8211; the only job he could get despite having two university degrees. And I have heard plenty of people speak in a very light and humorous manner about how they were canned from this or that job for some arbitrary reason or another. But it hurts, Ysengrimus, it hurts to have people conspire against you for no reason whatsoever. I always fear that they will take other retribution on me. I fear people so much, they can do anything to you and get away with it. I had very deep misgivings about this boss from the very moment I met him. That cuntprickasshole who fired me, I want him to crash into a tractor trailer and have his head severed. The smug manner in which he spoke to me, speaking vicious lies, if I could have kicked his skull in. But his life is likely suffering enough: meaningless little supervisor in a shithole call centre, having to report to two women (because he is the kind of fucking retrograde asshole who would be bothered by that).  He is a sniveling, pathetic, insecure, jealous, shit for brains, petty tyrant who does not even have the first idea of how to organize his own work. What I was doing there was the biggest waste of time and resources you could imagine. And he hated me so much. I was treated like shit and I should never have tolerated it and in the future I will not tolerate it for even one day. I have a host of other suspicions with regards to that workplace that I will not share in this text, since you are considering opening it to the public. All in all, this has left me with the feeling that I am good for nothing, not even working in a motherfucking call center.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">But, hey no, fuck that. You know what, let me correct myself on this. I will rather say: it is not good to be in a workplace where you are the most intelligent and yet the lowest in the hierarchy. It generates extreme insecurity amongst those prone to such things and you fast become a target for their petty vindictiveness and jealousy. Intelligence is not valued in the workplace, at least not in that kind of workplace. What they want are docile, unquestioning, non-threatening, slaves. In my previous job, when I dared to expose some asshole&#8217;s misogyny, shit similar to this swiftly happened. Today, I keep thinking of how much I would like to fucking annihilate that fucking asshole boss. Those fucks deserve to come down with Ebola. Actually, no, Ebola is even too good for them. Oh how does one handle that type of situation with grace?  How does one just go on and forget about these assholes? I just keep replaying certain things he said. I want him to suffer. Do you think an asshole like that suffers? And he had the fucking audacity to say: <em>«don&#8217;t take it personally»</em>. Idiots always say shit like that, they don&#8217;t even know what the fuck they are saying, just spewing meaningless stock phrases. How the fuck do you think I will take it? Spiritually? Aesthetically? Gastronomically? Philosophically? I mean, WHAT THE FUCK DOES THAT EVEN MEAN? Anything said about my person is FUCKING PERSONAL, YOU FUCKING TWAT!  &#8220;I want to cut you up into little pieces and feed you to vermin, but don&#8217;t take it personally&#8221;. &#8220;I think that your command of the English language is inferior to that of a cocker spaniel, but don&#8217;t take it personally&#8221;. &#8220;I consider that you don&#8217;t know your asshole from your armpit, but don&#8217;t take it personally&#8221;. &#8220;You are a petty tyrant with a miserable little life in an office prison, but don&#8217;t take it personally&#8221;. &#8220;You have the personality of a heap of rhinoceros shit, but don&#8217;t take it personally&#8221;. &#8220;You have the intelligence of plywood, your face could be mistaken for the anus of an aged hairless cat with a skin condition, and your wife prefers a cactus in her cunt to you, but, please, don&#8217;t take it <em>personally&#8221;&#8230;</em></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">I can&#8217;t do this type of fucking office work anymore, Ysengrimus. I can&#8217;t. And all offices are the same, and it is the same whether your are a shitty servile underling like me or a fucking manager. Taking senseless orders from people who are more stupid than I am&#8230; it is a fucking tyrannical structure. There is no freedom. I could just kill myself. I can&#8217;t take it. I would rather farm for my family. I would rather plant trees and shovel pig caca… anything but this. And, oh, all in all, it is not really this event in particular that has my anxiety wreaking havoc on me. This event is the shit-covered  cherry atop the toxic sundae that is my accumulated experience in the workforce. At 35, I have only really been in the full-time workforce since 2008 -  everything prior to that being summer jobs between semesters at school &#8211; and it has been, for the most part, the most horrid experience of my life. It actually makes me really happy that I delayed entry to the workforce for so long.  Hyperbolic as it sounds, I must insist on the fact that I feel very traumatized by this event. Mark my words, I will never, ever work another office job. In terms of respect or fidelity for an employer, that is destroyed. More than that, my misanthropy is deepened. I am totally sickened by the majority of people. and I want so badly to get out of this town here. I want to start anew, I want to leave this behind, but I fear I could encounter the same anywhere. I really need to figure out a way of earning an income that involves the minimal contact with other human beings. What worries me most is basic survival. How am I going to earn a living?  I have been considering other options, but, by all accounts, everything seems little different, horrendous bureaucracy, endless work.  The only thing I could see being gratifying is the chance to help another human being, preferably a child. In any case, I don&#8217;t know what to do now. All I know is that this is the land of the living dead. End capitalism, end it now, make it die, oh people of the world, MAKE IT DIE!<em><strong>»</strong></em></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;"><img class="aligncenter size-medium wp-image-3311" title="patron" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/11/patron.jpg?w=331&#038;h=400" alt="" width="331" height="400" /><em><strong>[English above]           </strong></em><strong>&#8220;</strong>Je viens tout juste de me faire virer, Ysengrimus! VIRER COMME UNE MERDE! VIRER COMME UNE MERDE POUR AVOIR «BAVARDÉ EXCESSIVEMENT». J’AI CONVERSÉ PENDANT DIX MINUTES HIER AVEC QUELQU’UN ET LE PETIT MERDEUX DE TROU DE CUL DE PETIT CHEF A DIT QU’IL M’AVAIT OBSERVÉE ET QUE J’AVAIS BAVARDÉ PENDANT UNE DEMI-HEURE. Ils m’ont saquée comme une merdeuse! Je savais depuis le début que cette place était un trou merdique. Mon cher Ysengrimus, CECI EST LA TOUTE DERNIÈRE SALOPERIE DE BOULOT DE BUREAU DE MERDE QUE JE ME TAPE. Je m’en fous si je doit passer une année entière sans travail. J’ai quelques économies et je ne compte pas m’acheter quoi que ce soit ou devenir propriétaire de quoi que ce soit.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Alors, quand c&#8217;est arrivé, j’ai tellement pleuré que je me suis mise à trembler et à vomir. Ils m’ont dit que «d’autres personnes» dans le département s’étaient plaintes, depuis un certain temps, de mon «bavardage excessif». Je leur ai demandé d’identifier ces personnes et ils ont refusé. CES PETITS MERDEUX ONT REFUSÉ! YSENGRIMUS, JE NE BAVARDE PAS, JE NE BAVARDE ABSOLUMENT JAMAIS, BORDEL DE MERDE! Hier, j’ai conversé une dizaine de minutes avec la dame qui est assise derrière moi, lui signalant l’existence d’une certaine boutique en ville et ce fut tout! Le reste de la journée je l’ai passé à envoyer ces merdasses de courriers électroniques contenant ces merdasses de paragraphes identiques à une foutue chiée d’environ soixante-dix personnes. Mon petit chef me faisait tenir un registre de tous les coups de fils et courriers électroniques que je faisais dans une journée et il m’avait affirmé que c’était insuffisant.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Là, c&#8217;est bien fini, tout ça, Ysengrimus. Je m’en fous si je dois vivre chez mes parents jusqu’à la fin de mes jours. Je ne reprends PLUS JAMAIS une de ces merdes de boulots de bureau. Je le jure sur la tête de mon mari, de mes parents et de mes toutes petites nièces. Ysengrimus, cette vie n’est rien d&#8217;autre qu’un tas d’immondices. En arrivant à la maison, j’ai envisagé de me suicider. Mais pourquoi irais-je faire un coup pareil à Poupa et Mouman, deux des rares personnes ayant un minimum de décence sur cette terre, et pourquoi irais-je faire un coup pareil à mon mari adoré. Je veux les punir EUX, pas les gens que j&#8217;aime. Je suis si désespérée, Ysengrimus. Je n’arrive tout simplement pas à croire ce qu’il vient juste de m’arriver. Je n’arrive pas à y croire. J’ai réclamé de me faire expliquer pourquoi il n’y avait pas eu d&#8217;avertissement antérieur sur ceci, en leur signalant qu’ils se devaient de me prévenir à l&#8217;avance avant de me virer. Et ils ont répondu que ce genre de contrainte ne s’applique pas aux employés contractuels. Je suis au-delà de la rage, Ysengrimus. Je suis au-delà de tout. Je suis comme insensibilisée, sonnée.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Ysengrimus, pourquoi est-ce que tout le monde me hait. MERDE, JE SAVAIS que certaines femmes dans ce bureau me vouaient une de ces saletés de haine compacte et qu&#8217;elles complotaient dans mon dos. Ce sont certainement elles qui ont orchestré ce dénigrement immonde contre moi. Je n’ai pas bavardé à l’excès. De fait, je n’ai pas bavardé DU TOUT, sauf en arrivant le matin, pour dire bonjour. Qu’est-ce que je fous, qu’est-ce que je fous de cette vie pour que rien ne fonctionne jamais pour moi? Pourquoi ça m’arrive à moi, Ysengrimus? Pourquoi? Pourquoi tant de gens me détestent ainsi, sans même me connaître? Je veux dire, jamais je ne «bavarde excessivement», point final. JE NE SUIS PAS CE GENRE DE PERSONNE. Je suis une personne sérieuse qui fait de son mieux. Je me suis fendu le cul en quatre pour ces salopes. Je me suis arrachés les yeux à mater sans fin cet écran d’ordi et les yeux me piquaient tellement que j’ai fini par m’acheter un de ces filtres plastifiés pare-écran, pour mon ordi. J’ai fait tellement d’appels téléphoniques que je revenais à la maison toute déshydratée. QU’ILS AILLENT SE FAIRE FOUTRE! QU’ILS AILLENT SE LA FOUTRE DANS LE CUL! Je suis tellement en colère. Je hais tout. Mon cœur n’est rempli de rien d’autre que de haine. Je hais tellement cette vie. Comment est-ce ce qu ça a pu m’arriver? Je suis la petite fille sur le bulletin scolaire de laquelle l’enseignante écrivait <em>«devrait plus parler en classe»</em>. Je suis si calme et si tranquille qu’à certains endroits où j’ai bossé on me demandait constamment s’il y avait quelque chose qui n’allait pas.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Peut-être bien que je devrais devenir une prostituée. Je suis sérieuse. J’en ai bien fini avec ces MERDES de boulots de bureau. Cette bite molle de petit chef me demandait de tenir un registre et de rencontrer des quotas pour les coups de fil et les courriers électroniques, et ensuite il m&#8217;a fait refaire cette merdasse de cyber-fiche contenant environ six cent noms avec une quinzaine de numéros de dossiers par nom SIMPLEMENT PARCE QU’IL N’AIMAIT PAS LE FORMAT QUE J’UTILISAIT POUR NOTER LES DATES ET PARCE QUE J’AVAIS INSCRIT DU TEXTE DANS LA COLONNE PRÉVUE EXCLUSIVEMENT POUR LA SAISIE DES DATES! CETTE PUTASSERIE DE CYBER-FICHE EST POUR MON USAGE STRICTEMENT PERSONNEL, PAUVRE BITE MOLLE. QUI DONC VA CHIER ET SE SOUCIER DU FORMAT QUE J’UTILISE POUR NOTER CES DATES? Et il m’a fait CHANGER LA COULEUR DU SURLIGNAGE! Et cela est survenu le jour juste avant qu’il me vire. QUELLE SORTE DE CONNEAU À LA BITE MOLLE ME DIT QUE JE BAVARDE EXCESSIVEMENT. JE NE BAVARDE PAS ASSEZ, BITE MOLLE! Je suis la personne la plus silencieuse qu’on puisse imaginer, la plus anti-confrontation, avec ma pauvre petite gueule toujours enfoncée dans mon boulot. Jamais de ma vie, jamais quand je me tuais dans mes études universitaires, jamais quand j’étais une <em>toutite</em> fille, jamais dans mon délire imaginatif le plus exacerbé n’aurais-je osé imaginer me faire virer pour BAVARDAGE EXCESSIF! Ils ont dit que je distrayais les autres de leur travail. Ysengrimus, je te jure que je n’ai pas, absolument pas, émis le moindre son pour plus de quinze minutes sur une journée entière dans ce trou, et ça, c’est un maximum. Pourquoi les gens me haïssent tant. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour me mériter ça?</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Plus tard dans la journée, j’ai bavardé de tout ça au téléphone avec Amber, ma meilleure amie. Elle a une idée pour un livre qu’on écrirait ensemble. On a cet intérêt mutuel pour la persécution des «sorcières» genre Salem et on a échangé des idées au sujet d’une histoire qu’on pourrait écrire. Ce ne serait pas une histoire à la Salem, mais on y retrouverait de ces sorcières qui sont des proto-féministes. Au moins là, j’ai plein de temps pour écrire… Quand je pense à ma gentille Amber et à son mari, je me dis qu’il n’est pas aussi intelligent qu’elle, ça c’est certain. Je me dis souvent –et ceci ne va pas sonner comme l’aphorisme féministe de l’année- qu’une relation amoureuse fonctionne bien mieux quand l’homme est plus intelligent que la femme. Le cas de figure avec la femme plus intelligente que l’homme ne fonctionne que si l’homme est vraiment évolué. Mais quand tu as le &#8216;mec&#8217; ordinaire classique avec une femme intelligente, c’est le règne du conflit permanent. Elle est tellement plus intelligente que lui et pourtant il fait $70,000 par années et elle, elle fait $12,000… Ce que j’essaie de dire ici, c’est que mon amie Amber, tout comme moi, n’arrive pas à fonctionner dans l’univers du boulot. Et je ne suis pas en train de dire ça d’une façon auto-dénigrante, non, absolument pas. Nous sommes des personnes sensibles, introverties, calmes et gentilles et nous ne devenons rien d’autre que des cibles pour la cruauté en délire qui imprègne ces endroits. La totalité de cette structure de turbin est parfaitement toxique pour des gens comme Amber et moi. Je ne sais pas quelle est notre place en ce monde. Parfois, je me dis que notre place se trouve loin, très loin d’ici, tant au sens littéral qu’au sens figuratif&#8230; Je suis si chanceuse d’avoir rencontré Amber. Je n’ai jamais eu une amie qui me ressemble autant, m’accepte autant, me comprend vraiment et manifeste autant d’empathie à mon égard. Nous sommes incroyablement semblables. Tu devrais nous entendre converser. C’est un véritable festival de l’autodénigrement, chacune s’efforçant de convaincre l’autre que c’est elle (elle, l&#8217;autre) qui, telle qu’elle est, est la plus parfaite et la plus merveilleuse des deux. Toutes mes manifestations d’anxiété face à la vie sociale, mes poussées de timidité et d’introversion, elle les connaît intimement et les partage comme personne d’autre que j’ai connu. C’est si rassurant de savoir que je ne suis pas seule. Nous sommes deux sosies en misanthropie et en introversion. Nous nous évadons sans façon dans notre monde de rêves et nous n’attendons qu’une chose du vaste monde social: qu’il nous fiche la paix. C’est la seule chose que j’aie jamais exigé des gens: qu’ils me fichent la paix. Je marche la tête baissée. Je parle au moins de monde possible. Je me fonds dans le paysage, et pourtant je finis toujours par me faire agresser. Je suis profondément révulsée par cette façon constante qu’ont les êtres humains de transformer en proies ceux qui sont plus faible qu’eux. À l’échelle plus large de la société, on observe le même phénomène dans la marginalisation de groupes humains entiers, sur la base de leur inaptitude à ‘se conformer’ à nos normes bourgeoises, ou sur la base de leur refus de le faire: les sans-abri, les toxicomanes, les malades mentaux, les prostituées, les pauvres. On lâche la bonde de notre rage rentrée sur les plus impuissants de ce monde et on fait ça, parce que les êtres humains sont fondamentalement des lâches, des sadiques, des pervers.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Je suis dans un état de déroute totale. En rentrant à la maison, je pleurais et je tremblais. Je veux dire, Ysengrimus, regarde! Voici ce qui est écrit sur mon bulletin de première année. <em>Lisa a de plus en plus confiance en elle-même. Elle est toujours très timide mais elle est bien moins gênée de contribuer aux discussions en classe qu’elle l’était au début de l’année. Elle est joyeuse à l’école et aime la compagnie des autres enfants. Elle arrive à travailler indépendamment et accomplis ses tâches dans les temps requis</em>. Ce qui est écrit là est encore vrai à ce jour. Je me doute bien que tu vas penser que ceci manifeste des tendances paranoïdes de ma part mais je sais qu’<a href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/10/01/au-travail-la-femme-tyrannise-la-femme-alors-haro-sur-le-feminisme-non-haro-sur-le-capitalisme%E2%80%A6/">il y avait plusieurs bonnes femmes</a>, et ceci inclut ce sale bite-au-cul de petit chef, qui me regardaient de travers depuis le tout premier jour. Je le savais tellement. Saloperie de merde que je le savais donc. Ils ont mis un mois entier à me dégoter un compte d’ordi. Je devais apporter ma propre papeterie -les stylos, le papier, tout- parce qu’eux, ils ne m’en donnaient pas. Ils m’ont assise à un cubicule – tout près de la photocopieuse, du scanner et de la déchiqueteuse – m’ont littéralement balancé une liste de numéros de téléphones au visage et m’on dit de me mettre à téléphoner. Je ne pouvais même pas mentionner mon propre nom lors de ces appels. Il fallait que je dise <em>«Ceci est un appel de Cassie»</em> parce que c’était le nom de la dame avec laquelle je travaillais. J’étais une véritable non-personne et j’ai essayé, tellement essayé de bien faire. J’ai détesté cet endroit dès le tout premier jour. Je me suis efforcée de lui trouver des qualités, à cet endroit, mais ces petites merdouilles se sont mises à conspirer contre moi. Bon, de toutes façons, je n’étais sensée y rester que trois mois! Et pourtant, les clients auxquels je téléphonais faisaient observer combien amicale j’étais au téléphone et combien l’écriture de mes messages était élégante. Je ne sais plus du tout quoi faire de ma vie. Je me sens comme si je venais de me faire éviscérer. Comment ont-ils osé me faire ça, Ysengrimus? Qu’est-ce que j’ai bien pu leur faire pour qu’ils me fassent ça? Tout ce que je voulais c’était de faire mon boulot et qu’on me fiche la paix. Je veux dire JE NE PARLAIS PRESQUE PAS, dans cette place! Exception faite des coups de fils obligatoires, je n’ouvrais presque jamais la bouche. Et je devais dire au petit conneau-bite-au-cul combien de coups de fil et combien de courriers électroniques j’avais produit dans ma journée et il me disait que c’était insuffisant et moi je tolérais ça, parce qu’on me place toujours dans la position de croire que je suis une faible. Mais je ne suis pas une faible! Je suis bien écoeurée de tout ça et je ne sais vraiment pas ce que je vais faire. Me retirer dans un monastère bouddhiste? C’est marrant, quand j’étais adolescente et que je travaillais à <em>Mambo-Mart</em>, je me suis fait renvoyer à la maison, une fois, parce que ma jupe était «trop courte»… J’avais seulement seize ans, merde, et je portais des collants épais sous ladite jupe. Enfin bref, finalement, la pouffe qui m’avait renvoyée à la maison a fini par se faire virer quelques semaines plus tard parce qu’elle volait l’entreprise. Oh ouiiii, devine quoi, elle barbotait des connarderies de vidéos RELIGIEUX! Ysengrimus, pourquoi suis-je toujours la cible des vrais de vrais petits gérants trouduques? Aujourd&#8217;hui, tu sais, j’avais même apporté UN SAC DE PLAQUES DE CHOCOLAT QU&#8217;IL NOUS RESTAIT DE L’HALLOWEEN, pour tout le monde du bureau. Je ne comprends pas, je ne comprends tout simplement pas. C’est quoi l’affaire? Et je n’ai aucun recours parce que la clause suivante est écrite en toutes lettres dans le contrat d’embauche: <strong><em>vous acceptez le fait qu’il peut être mis un terme à votre situation d’embauche, en tous temps, sans qu&#8217;aucun motif ne soit invoqué&#8230;</em></strong></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">À chaque fois que de vilaines choses m’arrivent, je me replie dans le monde de mon enfance. J’étais une petite fille si heureuse. Il a fallu que la vie se ramène et m’arrache tout ce bonheur. J’adorais mon enseignante de première année. Elle était gentille et aimable et grande et blonde et canadienne-française. Elle était comme une sorte de grande fée avec ses longs cheveux et ses yeux si doux. J’ai appris, quelques années plus tard, qu’elle avait raconté à ma mère combien les autres enseignantes de l’école semblaient la haïr. Oh, Poupa et Mouman, ils sont si patients et affectueux. Après avoir déversé toutes les larmes de mon corps sur eux, mes pauvres pauvres parents, il a fallu que je m’assoie à mon piano. C’est toujours vers mon piano que je me dirige dans des moments de traumatisme et de grande tristesse comme celui-ci. Mon piano et mon enfance. C’est drôle, en relisant mes bulletins de première année – Mouman a conservé tous mes bulletins dans un joli petit cahier – Voici ce que je lis à propos de <em>toutite</em> moi, dans la section intitulée <em>Les Arts</em>. Mate moi un peu ça. Bulletin de première année. Français: <em>Lisa a produit un effort excellent à toutes les étapes du programme. Elle arrive à saisir le contenu d’historiettes lues en classe. Elle s’implique dans tous les types d’exercices langagiers.  Elle aime réciter des vers et mettre en scène des contes de fée. Une ferme volonté de s’exprimer par elle-même en français est manifeste</em>. Et sous «croissance personnelle»: <em>Lisa manifeste en groupe une attitude empathique et compréhensive. Aussi, elle aide et encourage les autres. Elle passe le clair de son temps à participer allègrement à des activités utiles à son apprentissage&#8230;</em> J’ai toujours été si gentille. Aussi je ne comprends pas pourquoi on me traite comme on m’a constamment traitée dans tous ces cauchemardesques lieux de travail. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire à ces gens, Ysengrimus? J’ai toujours été une personne bonne, pourquoi m’arrive-t-il des merdasseries de ce genre? Bon, en fait, il est vrai que c’est arrivé à d’autres personnes aussi et certaines de ces personnes sont vraiment les <em>meilleurs des meilleurs</em>. Quel monde horrible, Ysengrimus, horrible. <em>Lisa adore chanter et apprend les paroles des chansons avec beaucoup de facilité. Elle bouge sur la musique de façon autonome (en ce sens qu’elle danse sans imiter les autres) et elle introduit souvent, spontanément, des idées musicales adéquates (notamment dans le cas des façons de bouger sur la musique) </em>[Eh mon ami, j’étais une enfant remarquable!]<em>. Elle utilise un vaste variété d’instruments artistiques de façon très réfléchie. Lisa dicte d’intéressantes histoires à propos de ses dessins et elle aime les lire.</em></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Oh, je ne suis pas une écrivaine mais de t’écrire ceci, aussi ennuyeux à supporter que, j’en suis certaine, cela puisse te sembler, bien ça a une sorte d’effet thérapeutique. Indubitablement, écrire a une vertu cathartique, purgative. Pas étonnant qu’il y ait tant de ces blogues de type <strong><em>journal intime</em></strong> <em>[en français dans le texte – P.L.]</em>. S’ils on un tel effet sur les gens, comment donc ai-je bien pu tant les critiquer? Peut-être finalement que ce ne sont pas des pulsions narcissiques qui les motivent mais bel et bien le fait qu&#8217;ils ont des qualités cathartiques et purgatives, qu&#8217;ils sont la manifestation d’un besoin de savoir que l’on n’est pas complètement isolé dans son désespoir. <strong><em>Ceci dit, Ysengrimus, j’ai vraiment besoin de savoir ce que, en tant que carnetiste progressiste, tu penses de tout ça</em></strong>. Tu sais ce qui est marrant, aujourd’hui j’ai porté le bracelet que mon mari m’a donné, les boucles d’oreilles qu’Amber m’a donné et le collier que mon autre amie Cassie m’a donné. C’était comme si tous mes amours étaient là, avec moi, pour me protéger de ce qui allait arriver. Mais je reste tout de même avec ceci, qui me roule dans l’esprit: <em>qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour mériter ça?</em> Il y a tellement de choses que je voudrais dire, c’est pour ça que j’écris, j’écris, j’écris. Qu’est-ce que j’ai bien pu faire pour me mériter le traitement que m’ont fait subir les gens, tout au cours de ma vie? On dirait que plus on est gentille, et douce, et calme, plus on devient la cible de toutes les cruautés. Je n’ai même plus envie de me présenter dans le monde. Je ne peux tout simplement plus supporter ça.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">J’ai aussi écrit à propos de ce qu’il vient juste de m’arriver à trois autres de mes ami(e)s aujourd’hui et ils/elles ont tous eu une attitude rassurante à mon égard. Ils savent qui je suis vraiment et ils savent parfaitement que ce que ces gens ont dit à mon sujet est un fatras de mensonges affreux et malhonnêtes. Je suis dans un tel état de choc. Je suis complètement déstabilisée et choquée. Mais, bon, peut être que je ne dois pas prendre tout ça aussi sérieusement que ça. Je veux dire, il y a des tas de gens qui se font virer. J’ai lu aujourd’hui à propos d’un gars qui a à peu près mon âge et qui s’est tout juste fait virer de son boulot de serveur – le seul boulot qu’il avait pu se trouver, avec deux diplômes universitaires. Et j’ai entendu des tas de gens raconter, sur un ton badin et humoristique, comment ils se sont fait saquer de tel ou tel boulot pour une raison arbitraire ou pour une autre. Mais ça fait vraiment mal. Ysengrimus, ça fait si mal de se retrouver confrontée à des gens qui conspirent contre vous sans raison aucune. J’ai tellement la trouille qu’ils continuent d’agir contre moi. J’ai tellement peur des gens. Ils peuvent faire à peu près n’importe quoi contre toi et s’en tirer parfaitement indemnes. J’avais de très profondes appréhensions à propos de ce petit chef et ce, dès la toute première rencontre. Ce sale conneau de bite-au-cul de trouduque qui m’a viré, je veux qu’il fonce dans un poids lourd avec sa caisse et s’écrabouille la tête. La petite arrogance malodorante avec laquelle il s’est adressé à moi, vomissant ses vicieux mensonges. Si seulement j’avais pu lui aplatir le crâne. Mais sa vie est certainement déjà assez douloureusement misérable: un petit superviseur absurde et insignifiant dans un trou de merde de centre d’appels, dont, en plus, les deux supérieures hiérarchiques sont des femmes (il est le genre de petit trouduque rétrograde de merde à bien souffrir de ça). C&#8217;est un minable, infime, pathétique, insécure, envieux, et dont le cerveau est indubitablement sculpté dans la merde. C’est un petit tyranneau obtus, qui n’a pas la première idée de comment organiser son propre travail. Je m’adonnais là au plus formidable gaspillage de temps et de ressources qu’on puisse imaginer. Et il me détestait tellement. On m’a traité comme une merde et je n’aurais jamais du tolérer ça, et à l’avenir, et je ne vais plus tolérer ça, ne fut-ce qu’un seul jour. J’ai un tas d’autres soupçons concernant ce lieu de travail spécifique mais je ne vais pas en parler dans ce texte-ci, puisque tu envisages de le rendre public. Mais l’un dans l’autre, tout ceci m’a laissé avec l’impression que je ne suis bonne à absolument rien, pas même à travailler dans un petit bite-au-cul de centre d’appel de merde.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Mais, oh, hé, non, tu sais quoi, roule donc ce que je viens juste de dire dans la merde et ignore-le. Je me corrige. Je dirais plutôt: il n’est pas sain du tout de se retrouver sur un lieu de travail où vous êtes à la fois la personne la plus intelligente et la plus basse dans l’échelle hiérarchique, voilà. Car ça, ça engendre des sentiments d’extrême insécurité chez ceux qui tendent compulsivement à en ressentir et vous devenez vite la cible de leurs vindictes et jalousies de petit calibre. L’intelligence n’est pas valorisée sur le lieu de travail, à tout le moins pas sur ce type spécifique de lieu de travail. Ce qu’ils veulent ce sont des petits esclaves qui sont dociles, ne posent pas de questions et ne les remettent pas en question. Dans mon boulot antérieur, lorsque j’ai osé signaler la misogynie maladive d’un certain trouduque du coin, des emmerdements de ce type sont promptement survenus. Au jour d’aujourd’hui, je ne peux pas m’arrêter de penser à combien je voudrais pouvoir pulvériser cette saloperie de trou de cul de petit chef. Ces fumiers mériteraient d’attraper l’Ébola. En fait, non, l’Ébola, ce serait un sort encore trop doux et enviable pour eux. Ah, mais comment fait-on pour faire face à ce genre de situation avec détachement? Comment fait-on pour continuer d’exister en oubliant tous ces trouduques. Je me joue sans arrêt le ruban de certaines des choses qu’il a dit. Je voudrais qu’il souffre. Crois-tu qu’un trou de cul dans ce genre peut souffrir? Il a eu l’audace de dire: <em>«ne le prenez pas personnellement»</em>. Les crétins disent toujours des merdes dans ce genre là, ils n’ont aucune idée précise de ce qu’ils chient au visage des gens, ils se contentent d’éructer des formules toutes faites qui ne veulent tout simplement rien dire. Comment, petit merdeux malodorant, voudrais-tu exactement que je le prenne? Spirituellement? Esthétiquement? Gastronomiquement? Je veux dire QU’EST-CE QUE CETTE AFFIRMATION DE MERDE PEUT BIEN EXACTEMENT SIGNIFIER? Quoi que ce soit qu’on affirme au sujet de ma personne est INÉVITABLEMENT PERSONNEL, SALOPERIE DE MERDE DE PETIT CONNARD PUANT! « Je me propose de vous lacérer en lambeaux et de vous jeter aux charognards, mais ne le prenez pas personnellement». «Je juge en conscience que vous êtes parfaitement inapte à établir la distinction adéquate entre votre trou de cul de votre dessous de bras, mais ne le prenez pas personnellement». «Vous n’êtes qu’un petit tyranneau minable menant une vie d’insecte misérable dans un bureau parfaitement carcéral, mais ne le prenez pas personnellement». «Votre personnalité a toutes les caractéristiques configuratives d’un étron de rhinocéros d’assez bon volume, mais ne le prenez pas personnellement». «Vous avez l’intelligence d’une planche de contreplaqué, on pourrait aisément confondre votre trogne avec l’anus d’un vieux chat de gouttière sur le retour souffrant d’une virulente maladie de peau, et votre épouse préfère de beaucoup s’enfiler un cactus là où je pense en lieu et place de la partie congrue de votre petite personne mais, je vous en supplie, pour faveur, n’allez surtout pas le prendre <em>personnellement</em>»…</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:30px;">Je ne peux plus me taper ce genre de boulot merdique de bureau, Ysengrimus. Je ne le peux tout simplement plus. Et tous les bureaux sont absolument les mêmes, et le boulot est le même, que vous soyez la dernière des sous-merdes comme moi, on une haute saloperie de cadre sup. Il s’agit fondamentalement d’encaisser les commandements absurdes de gens plus crétins que soi… c’est une putasserie de structure tyrannique. Il n’y a pas de liberté. Je vais finir par tout simplement me suicider. Je n’en peux plus. Je préférerais cultiver la terre pour ma famille. Je préférerais planter des arbres et pelleter du <strong><em>caca</em></strong> <em>[en français dans le texte – P.L.]</em> de cochon… tout plutôt que ça. Et, bon, l’un dans l’autre, ce n’est pas tellement cet événement spécifique qui a déclenché la grande explosion d’angoisse en moi. Cet événement spécifique est la cerise de merde durillonne posée sur le gros gâteau de fumier toxique du tout de mon expérience sur le marché du travail. J’ai trente-cinq ans et je ne travaille à temps plein que depuis 2008 – tous mes boulots avant ça c’était du travail d’été entre les semestres à la fac – et cette expérience de boulot, eh bien ça constitue l’ensemble des moments les plus horribles de ma vie. Je suis en fait bien contente d’avoir reporté si longtemps mon entrée sur le marché du travail. Au risque de sonner passablement hyperbolique, je me dois d’insister sur combien traumatisant a été pour moi le fait de vivre cette mise à pied. Note bien ces paroles: je ne travaillerais plus jamais de ma vie dans un bureau. Et pour ce qui est du respect ou de la fidélité envers un employeur, ceux-ci sont détruits à jamais. Qui plus est, ma misanthropie est désormais fortement amplifiée. Je suis profondément révulsée par la plupart des gens et, en plus, je voudrais tellement sortir de cette fichue ville. Je veux repartir sur des bases nouvelles. Je voudrais laisser tout ça derrière moi, mais j’ai tellement peur de ne trouver que la même chose partout. Je me dois de dénicher un moyen d’aller chercher un revenu qui impliquera un contact absolument minimal avec le reste des êtres humains. Ce qui m’inquiète le plus, bien, c’est la survivance élémentaire, naturellement. Comment vais-je maintenant gagner ma vie? J’ai évalué d’autres options mais, toutes choses considérées, tout semble s’emberlificoter et se rejoindre dans la bureaucratie la plus horripilante et le turbin le plus interminable. La seule chose dont je tirerais une certaine gratification serait d’aider un autre être humain, préférablement un enfant. Tout ça pour dire que je ne sais tout simplement pas quoi faire maintenant. Tout ce que je sais c’est que nous vivons tous dans la grande contrée des morts-vivants. Finissons-en avec le capitalisme, finissons-en maintenant, faisons le crever, oh peuple du monde, FAISONS-LE CREVER.</p>
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<p><img class="aligncenter size-medium wp-image-3387" title="Lisa-en-cage" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/11/lisa-en-cage.jpg?w=400&#038;h=300" alt="" width="400" height="300" /></p>
<p style="text-align:justify;"><strong><em>Commentaire d&#8217;Ysengrimus:</em></strong> Chère Lisa (<strong><em>PugLover</em></strong>), merci de partager cet important témoignage avec nous. Vous me demandez mon opinion de carnetiste progressiste (comme vous dites) sur tout ceci. Bien la voici. L&#8217;employeur capitaliste (privé ou pseudo-parapublique) est une pourriture immonde qui assure, dans je ne sais quel soubresaut semi-conscient, l&#8217;intendance de mutations et de crises qui le dépassent et, vous nous le montrez magistralement, la tertiarisation n&#8217;arrange vraiment rien dans tout ce magmat fétide. On sait cela, indubitablement, on le comprend intellectuellement (strictement&#8230; tant qu&#8217;on n&#8217;a pas vraiment vécu ce que vous nous décrivez ici). Votre intervention, chère Lisa, par contre, nous montre la perturbation émotionnelle cuisante et la douleur profonde, irréversible, la perte des repères, des allégeances, de la «normalité adulte», du «sens de la droiture» (faussé et crochi de toute façon par les commandes faussement onctueuses de la canaille) que cette société inique implante froidement, dans des millions de gens, quand elle oeuvre unilatéralement au déploiement du rouleau compresseur des intérêts exclusifs de sa classe de parasites. La destruction, brouillonne et panique, de sa propre petite responsabilité sociale de toc à laquelle le capitalisme s&#8217;adonne, avec de plus en plus de cynisme véreux et insensible, est inexorablement bilatérale. Force objective plus que jamais, ce système social irrémédiablement ruiné pousse notre subjectivité tourmentée à répondre à son indifférence de machine par le repli urgent sur les douceurs familliales et les vraies amitiés du coeur, dernier refuge de la cohérence intime et, qui sait, possibles germes des solidarités subversives de demain. Vous nous montrez cela aussi, si généreusement, Lisa, en dépassant votre douleur cuisante du moment, dans un lumineux partage d&#8217;idées frais, naturel, indispensable. Cette souffrance insoutenable, cette blessure personnelle durable, cet auto-dénigrement mal polarisé de l&#8217;individu ployant sous le faix aveugle du grand frère abstrait, s&#8217;arrêtera avec la fin de ce mode de production gangrené de partout parce que fondamentalement putréfié, fini, foutu, en bout de course. Courage Lisa. Courage camarade et merci de votre lumineuse générosité. Vous avez mon (notre&#8230;) entière solidarité.</p>
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		<title>Quand l’humoriste et acteur Jean Lapointe incarna le premier ministre québécois Maurice Duplessis</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Nov 2011 05:01:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ysengrimus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Civilisation du Nouveau Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Fiction]]></category>
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		<description><![CDATA[Paris ne s&#8217;est pas fait en un jour, Terrebonne non plus. Charles Laberge (dans Conte populaire, 1848) . . . . . Maurice Le Noblet Duplessis (1890-1959) fut premier ministre du Québec de 1936 à 1959, avec une interruption de cinq ans (1939-1944, quand le pouvoir revint à Joseph-Adélard Godbout). Il fut l’homme politique ayant [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=2346&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:right;"><strong><em>Paris ne s&#8217;est pas fait en un jour, Terrebonne non plus.</em></strong><br />
<strong> Charles Laberge (dans<em> Conte populaire</em>, 1848)</strong><br />
.<br />
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.<br />
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<div id="attachment_2347" class="wp-caption aligncenter" style="width: 410px"><img class="size-full wp-image-2347" title="maurice-dupressis-circa1939" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/05/maurice-dupressis-circa1939.jpg" alt="" width="400" height="300" /><p class="wp-caption-text">Maurice Le Noblet Duplessis (1890-1959)</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;"><a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/duplessis-maurice-le-noblet-3057/biographie.html">Maurice Le Noblet Duplessis</a> (1890-1959) fut premier ministre du Québec de 1936 à 1959, avec une interruption de cinq ans (1939-1944, quand le pouvoir revint à <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/godbout-joseph-adelard-3459/biographie.html">Joseph-Adélard Godbout</a>). Il fut l’homme politique ayant tenu individuellement son mandat de premier ministre le plus longtemps de toute l’histoire canadienne. Son parti, défunt aujourd’hui, l’<strong><em>Union Nationale</em></strong> (une version réformée dans un sens populiste et nationaliste du vieux Parti Conservateur québécois, moribond après la conscription forcée de 1914-1918), succéda, en 1936, à près de quarante ans de règne du très compradore Parti Libéral, assuré successivement par <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/marchand-felix-gabriel-4317/biographie.html">Félix-Gabriel Marchand</a>, <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/parent-simon-napoleon-4777/biographie.html">Simon-Napoléon Parent</a>, <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/gouin-lomer-3491/biographie.html">Lomer Gouin</a>, et <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/taschereau-louis-alexandre-5481/biographie.html">Louis-Alexandre Taschereau</a>. Maurice Duplessis, bouillant député de la circonscription de Trois-Rivières, à la fois Premier Ministre et Procureur Général (garde des sceaux) du Québec, politicien populiste, truculent, démagogue, cabot, bigot, compulsivement réactionnaire, anti-syndicaliste primaire, fut, bon an mal an, la figure politique québécoise la plus déterminante de la première moitié du siècle dernier. Son ombre tutélaire se dresse en fait sur au moins quarante ans d’Histoire du Québec (1936-1976). On le compara, fort judicieusement, autant pour son impact sur l’imaginaire collectif de son temps que pour ses représentations idéologiques passablement indubitables, à ses contemprains António de Oliveira Salazar (1889-1970) du Portugal et Juan Domingo Perón (1895-1974) d’Argentine. La période effective de son règne fut appelée <strong><em>La Grande Noirceur</em> (1936-1959)</strong>, la période succédant immédiatement à son règne, et s’en démarquant vigoureusement tant du point de vue politique que du point de vue ethnoculturel, fut appelée<strong><em> La Révolution Tranquille</em> (1960-1966).</strong> Et ce ne fut qu’avec la première élection du Parti Québécois (survenue le 15 novembre 1976) qu’il fut possible de vraiment commencer à expurger notre mémoire collective du lourd héritage de celui qu’on avait surnommé, en toute simplicité, le Chef (l’Union Nationale ne reprit jamais le pouvoir après 1970 et fut éventuellement officiellement dissoute en 1989. Une portion significative de ses forces vives fut, de fait, recyclée dans le Parti Québécois). Montée moins de vingt ans après la mort du personnage, la <em>dramatique historique</em> (dans le jargon radio-canadien) <strong><em>Duplessis</em></strong> fut une étape déterminante de cet exorcisme collectif.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Nettement plus théâtrale que cinématographique ou même télévisuelle, cette remarquable mini-série, écrite en 1977 par Denis Arcand (qui s’inspira largement de la biographie «définitive» de Duplessis établie par un de ses plus fervents admirateurs, le magnat de presse anglophone, aujourd’hui taulard, Conrad Black), fut diffusée en 1978 (<a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/levesque-rene-4219/biographie.html">René Lévesque</a> était alors premier ministre du Québec) et connut, à l’époque, un succès fulgurant. L’humoriste et acteur Jean Lapointe (né en 1935) nous campe un Duplessis immense, parfaitement bien installé entre l’âpre dureté tragique et les aigres cabrioles comiques du personnage historique. Le récit se déploie en sept tableaux d’une heure qui sont autant de capsules saisissant le profil et la trajectoire du terrible <em>Cheuf</em>. Le premier épisode, intitulé <strong><em>LES COMPTES PUBLICS</em></strong>, nous ramène en juin 1936. Contexte de procès, ambiance de fin du règne des ci-devant «<em>maudites crapules libérales»</em>. Le chef de l’opposition au parlement de Québec, Maurice Duplessis (Jean Lapointe), interroge, dans le cadre d’une commission parlementaire d’enquête sur les comptes publics, des hauts fonctionnaires et des figures ministérielles, sur l’intendance des finances de la province. Dénonçant l’utilisation des fonds publics à des fins partisanes et le népotisme (le <em>patronage</em>, dans la langue du temps), ce batteur d’estrade impénitent «démolit le parti Libéral morceau par morceau», <a href="http://www.youtube.com/watch?v=8YIukEJrsQA&amp;feature=related">en ne manquant pas de caser ses calembours et ses effets de manches devant un public hilare et complice (le sous-ministre à la colonisation Louis-Arthur Richard est joué par J. Léo Gagnon)</a>. Par la suite, c&#8217;est le ministre de la colonisation du gouvernement Taschereau, <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/vautrin-irenee-5691/biographie.html">Irénée Vautrin</a> (joué, en un clin d’oeil ironique que les initiés comprendront, par Jean-Pierre Masson) qui se fait rudement <em>maganer</em> pour ses dépenses personnelles, payées à même les fonds public. Les scandales débusqués par Duplessis finissent par provoquer la démission abrupte du premier ministre Taschereau (joué par Camille Ducharme) et de son gouvernement. Des élections sont déclenchées. Jubilation générale. Mais notre Rocambole parlementaire s’est épuisé à l’ouvrage. La seule personne qui semble s’en aviser et s’en soucier, c’est la secrétaire particulière de son étude d’avocat trifluvienne, une passionnée de politique, Mademoiselle Auréa Cloutier (jouée, tout en finesse, par Patricia Nolin).</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Dans l’épisode intitulé <strong><em>L’UNION NATIONALE</em></strong>, l’alliance du pot de fer et du pot de terre est en selle. Un gouvernement d’union nationale collant éclectiquement ensemble les «gauches» de <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/gouin-paul-3495/biographie.html">Paul Gouin</a> (le fils de Lomer Gouin, joué par Jean Brousseau) et la droite duplessiste est mis en place. Le <em>Parti Conservateur du Québec</em> (Duplessis) et l’<em>Action Libérale Nationale</em> (Gouin) contournent le titan libéral abattu et fusionnent. Mais les doctrinaires idéalistes de Gouin dessillent vite et découvrent avec horreur que ceci n’est, pour Duplessis, qu’une tactique pour subrepticement dissoudre l’Action Libérale Nationale et faire renaître de ses cendres le vieux Parti Conservateur. Le programme électoral de l‘Union Nationale, le fameux <em>Petit catéchisme des électeurs</em> (construit en questions et réponse comme le petit catéchisme des écoles) attaque les banques, les trusts, la grande entreprise étrangère. Il est «de gauche» en surface, mais en fait son contenu peut parfaitement être interprété dans l’angle populiste, anti-socialiste et traditionaliste de la promotion de l’agriculture, de la petite manufacture et des caisses d’épargne «populaires» (pensons au «corporatisme» d’un Salazar ou d’un Pétain). Ce sera la ligne réactionnaire que retiendra Duplessis et cette ambivalence des promesses électorales lui permettra de se gagner plusieurs des hommes de Gouin, qui souhaitent «rejeter et le capitalisme et le communisme». Paul Gouin et les irréductibles de sa faction sont graduellement évincés. Pour fêter sa victoire future, Duplessis, un peu éméché, veut inviter Mademoiselle Cloutier «pour quelques jours» à New York pour aller voir jouer les fameux Yankees, mais il le fait maladroitement et sans tact. Tant et tant que mademoiselle Cloutier lui fait comprendre qu’elle n’est pas trop intéressée par le baseball.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">L’épisode <strong><em>L’ÉCHEC</em></strong> nous montre un Duplessis, premier ministre encore roide et inexpérimenté, abusant de son penchant pour le gin et accumulant les maladresses politiques. Il se laisse dicter une portion de son programme de gouvernement par le cardinal Jean-Marie Rodrigue Villeneuve (joué par Roger Garand), le très réactionnaire archevêque de Québec (qui lui suggère toutes les régressions sociales imaginables dont la moindre n’est pas le maintient de l’interdit du droit de vote des femmes). Duplessis instaure la fameuse <em>Loi du Cadenas</em> (Nom officiel: <em>Loi protégent la province contre la propagande communiste</em>. Son libellée, lapidaire: «<em>I</em><em>l est illégal pour toute personne qui possède ou occupe une maison dans la province de l&#8217;utiliser ou de permettre à une personne d&#8217;en faire usage pour propager le communisme ou le bolchevisme par quelque moyen que ce soit»</em>). Duplessis trahit une par une les figures progressistes qu’il s’était acquises en 1936, le docteur <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/hamel-philippe-3583/biographie.html">Philippe Hamel</a> (joué par Yves Létourneau), <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/drouin-oscar-2959/biographie.html">Oscar Drouin</a> (joué par Jacques Tourangeau). Ceux-ci l’abandonnent et retournent au Parti Libéral, se regrouper autour de la pâle figure d’Adélard Godbout. Mais l’événement déterminant qui mènera Duplessis à l’échec, c’est le déclenchement de la Deuxième Guerre Mondiale. L’ancien conservateur se souvient de s’être fait lancer des œufs par la foule en 1917, quand il faisait la promotion de la conscription, et n’entend pas subir le même sort aujourd’hui. En 1939, voulant un <em>mandat clair</em> (entendre: voulant que l’électorat approuve ses tendances d’extrême droite et «neutres» dans un contexte politique qui désormais, vu la guerre, les défavorise), Duplessis déclenche des élections générales anticipées. Le libéral Adélard Godbout se tourne dare-dare vers les puissances du gouvernement fédéral. S’impose alors la figure d’<a href="http://www.parl.gc.ca/parlinfo/Files/Parliamentarian.aspx?Item=4d5012f1-c091-43d5-b8fc-f6f7ac8afb9c&amp;Section=ALL&amp;Language=F">Ernest Lapointe</a> (joué puissamment par Guy Provost), ministre de la Justice du Premier Ministre libéral fédéral <a href="http://www.parl.gc.ca/Parlinfo/Files/Parliamentarian.aspx?Item=b11f5b30-7d32-44e6-b23c-a24561c1eaf5&amp;Language=F">William Lyon Mackenzie King</a>. Ernest Lapointe est l’homme lige de King pour le Québec. C’est donc ce ministre libéral d’Ottawa qui mènera toute la campagne d’Adélard Godbout avec la menace compradore suivante pour les entreprises finançant Duplessis: <em>une cenne à l’Union Nationale et vous perdez tous vos contrats de guerre</em> et avec la menace suivante, encore plus insidieuse, pour les électeurs: <em>votez pour Duplessis, ce sinistre sympathisant nazi, et tous les canadien-français du gouvernement fédéral, moi le premier, démissionneront en bloc. Plus rien ni personne n’empêchera alors le Canada anglais d’imposer la conscription aux québécois</em>. Drapé dans le <a title="Mon pauvre ROC… allons, allons, causons ET drapeau du Canada ET drapeau du Québec…" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2011/02/15/mon-pauvre-roc%e2%80%a6-allons-allons-causons-et-drapeau-du-canada-et-drapeau-du-quebec%e2%80%a6/"><strong><em>Carillon Sacré-Cœur</em></strong></a> (ce vieux fanion des canadien-français, ancêtre catholique de l’actuel drapeau du Québec), Duplessis déclare qu’il défendra son peuple de toutes ses forces contre la conscription et contre la tyrannie d’Ottawa. Rien n’y fait. Le rouleau compresseur fédéral opère et Duplessis perd les élections de 1939. Quand la nouvelle tombe, paqueté de gin, il lâche une flopé de jurons devant son poste de radio. Mademoiselle Cloutier hausse alors un peu le ton en lui disant sévèrement: <em>«Blasphémez pas! Blasphémez pas!»</em>.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Dans <strong><em>LA RETRAITE</em></strong>, on va voir se mettre discrètement en place deux personnages clefs du futur dispositif de pouvoir de Duplessis. <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/begin-joseph-damase-1947/biographie.html">Joseph-Damase Bégin</a> dit «Joe-D» Bégin (campé, avec une pétulante bonhomie, par Marcel Sabourin, qui rend le personnage historique bien plus attachant qu’il ne l’était de fait) et <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/patrimoine/anciens-parlementaires/martineau-gerald-267.html">Gérald Martineau</a> (joué par un Donald Pilon sombre, majestueux et onctueux). Joe-D Bégin est un ancien détaillant d’automobiles (littéralement un <em>vendeur de chars</em>). Entré en politique par l’Action Libérale Nationale, il sera élu sans discontinuer de 1936 à 1960 (inclusivement… il survivra donc temporairement la mort du Chef et le tempête électorale d’ouverture de la Révolution Tranquille). Avant-guerre, Bégin avait présenté à Duplessis, son comparse Gérald Martineau, homme d’affaire discret, enrichi dans la vente de matériel de bureau aux différents corps gouvernementaux. Martineau ne sera jamais député ou ministre mais il deviendra vite «conseiller législatif», une sorte de sénateur provincial nommé à vie (Le Conseil Législatif du Québec, équivalent provincial du Sénat canadien, ne fut aboli qu’en 1968). Martineau sera surtout l’<em>argentier</em> de l’Union Nationale, une façon pudique de dire qu’il sera en charge de la caisse électorale semi-pégreuse du parti totalitaire à venir… Pour l’instant, nous sommes en 1942 et Duplessis n’en mène pas large. Foudroyé par une hernie strangulatoire compliquée d’une pneumonie, il est hospitalisé â l’Hôtel-Dieu de Québec et va voir la mort de très près. Une visite amicale du premier ministre du Québec, Adélard Godbout, mettra en relief l’autre problème de santé de Duplessis: son alcoolisme. <a href="http://www.youtube.com/watch?v=9GvZY0fvBRE&amp;feature=related">Les deux hommes politiques (Godbout est joué par Roger Blay) se lancent dans un débat à bâtons rompus, largement arrosé de cognac, bu sec. </a>L’infirmière (la <em>garde-malade</em>, comme on disait dans le temps) en charge de Duplessis, Mademoiselle Monique Thivierge (jouée finement par Pauline Martin) n’apprécie pas de voir son illustre patient <em>prendre un coup</em> sur son lit d’hôpital et le signale aux deux personnages, en toute simplicité. Sans se fâcher, elle aura ce mot aigre-doux, pour les deux hommes politiques: <em>Ma foi du bon Dieu, on a plus de troubles avec vous qu&#8217;avec les soldats!</em>&#8230; Duplessis présente <em>sa garde-malade</em> à ses invités dans les termes suivants: <em>Je te présente ma petite garde-malade. A s’appelle Thivierge mais chu pas certain qu’on puisse l’appeler tite vierge…</em> La jeune infirmière s’ajustera parfaitement aux farces douteuses et au ton bourru du vieux politicien et une relation particulière s’établira entre eux. Duplessis en viendra même à raconter, seul à seul, à garde Thivierge l’histoire de ses amours perdues. Fils d’un juge de vieille souche aristocratique coloniale (le bien nommé <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/duplessis-neree-le-noblet-3059/biographie.html">Nérée Le Noblet Duplessis</a>, 1855-1926), il était tombé amoureux, dans sa jeunesse, de <em>la plus belle fille des Trois-Rivières</em>. Mais elle était la fille d’un marchand de charbon <em>pis dans ce temps là les fils de juges mariaient pas les filles de marchands de charbon</em>. Garde Thivierge proteste:<em> Quessé ça, ces histoires là? Vous l’aimiez pas vraiment d’abord. Voyons donc, quand on aime, c’est la première chose qu’on envoye revoler, père et mère</em>. Mais Duplessis maintient que cette mystérieuse arlésienne trifluvienne fut son unique amour… Quand sa santé se rétablit, Duplessis reçoit la visite de Joe-D Bégin et de Gérald Martineau. Ceux-ci placent, doucement mais fermement, le Chef devant un ultimatum. Il doit cesser de boire, sinon il va se retrouver avec un congrès à la chefferie sur le dos, et ce sera son lieutenant <a href="http://www.assnat.qc.ca/fr/deputes/sauve-joseph-mignault-paul-5305/biographie.html">Paul Sauvé</a>, qui le présente déjà ici et là comme un alcoolique fini, qui prendra sa place. Le choix est implacable pour Duplessis: le Pouvoir ou la Dive Bouteille. Livide, il verse sa bouteille de cognac et sa bouteille de gin dans le lavabo tandis que Gérald Martineau débusque sa bouteille de Tanqueray et sa bouteille de whisky du fond d’un garde-robe. Duplessis téléphone ensuite à Paul Sauvé, qui est en garnison avec l’armée canadienne à Durham (Ontario), pour lui signaler que, par ordre de <em>ses docteurs</em>, il ne prend plus un coup. Certain que Duplessis ne touchera plus jamais à l’alcool, Joe-D Bégin, organisateur électoral moderniste, véritable surdoué de la publicité politicienne, va expliquer au Chef comment il va s’y prendre pour remporter les élections de 1944<a href="http://www.youtube.com/watch?NR=1&amp;v=hzp1iUqQXsg"> en misant, notamment, sur la notion hautement consensuelle de <em>nationalisme </em>(Joe-D Bégin est joué, redisons-le, par le suave et roucoulant Marcel Sabourin)</a>.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">L’épisode <strong><em>LE POUVOIR</em></strong> nous installe dans une journée ordinaire (qui s’avérera extraordinaire) de 1948. En pleine possession de ses moyens, Duplessis est au zénith. Indubitablement totalitaire, il a tous ses dossiers, jusque dans leurs détails les plus infimes, en mémoire, bien casés dans sa solide caboche d’abstinent. Mademoiselle Auréa Cloutier est sa secrétaire particulière. Elle cultive la posture discrète de la secrétaire particulière mais elle est plénipotentiaire et agit de fait comme sa chef de cabinet. Tout passe par elle. Rien ne lui échappe. Gérald Martineau, pour sa part, reçoit les valises d’argent liquide (en petites coupures) pour la caisse électorale de l’Union Nationale, convoyées par les entrepreneurs ayant obtenu des contrats gouvernementaux. On suit la trajectoire de l’un d’entre eux, un certain Tétreault  (joué par Denis Drouin), entrepreneur en démolition dont le petite fille découvre, dans le bureau de Duplessis, le grille-pain automatique, donné en cadeau au Chef par quelque inventeur. Ces scènes, où Duplessis, apparaît sous un angle chafouin et paterne (tandis que Mademoiselle Cloutier et surtout Gérald Martineau assurent l’intendance de la partie la plus sombre de son pouvoir) sont mises en contraste avec le drame, socialement représentatif, de la militante syndicale <a href="http://www.thecanadianencyclopedia.com/index.cfm?PgNm=TCE&amp;Params=F1ARTF0006078">Madeleine Parent</a> (jouée avec gravité par Francine Tougas), écrouée, sur ordres directs de Duplessis, pour «propagande séditieuse» et éventuellement condamnée à deux ans de prison ferme, dans un pénitencier fédéral. C’est une journée ordinaire pour Duplessis, qui cumule les fonctions de premier ministre et de procureur général (garde des sceaux). Il rectifie, au téléphone, la politique éditoriale du journal du parti, le très tendancieux <em>Montréal Matin</em>. Il rabroue, au téléphone toujours, le consul de France en lui rappelant qu’il n’est pas question que le film «immoral» <em>Les enfants du paradis</em> soit projeté dans la province de Québec. Il rencontre Hilaire Beauregard, le chef adjoint de la terrible Police Provinciale, qui lui réclame plus de ressources financières, pour aller briser des grèves aux quatre coins de l’horizon québécois. Une police politique ne se paie pas avec des cacahuètes… Le Chef déjeune ensuite avec un homme d’affaire américain qui lui parle du grand projet de mines de fer de Sept-Îles, en lui expliquant qu’il préfère ses ressources naturelles à celles de l’Amérique Latine, vu l’atout de la «stabilité politique» que Duplessis assure. Il reçoit, dans son bureau, Irénée Vautrin, <em>vieux comme les chemins</em> (Mademoiselle Cloutier dixit), l’ancien ministre de la colonisation de Taschereau, qu’il avait tant <em>magané</em> en 1936, lors du scandale des comptes publics. Le vieil homme se plaint de l’indigence et, bon prince, Duplessis lui concède une pension. C’est ensuite le conseil des ministres. Duplessis revoit les dossiers de ses ministres comme un instituteur reverrait des copies d’élèves et on écoute tous ensemble un Joe-D Bégin vif, tonique et guilleret nous exposer la stratégie de la campagne électorale de 1948. L’un dans l’autre, une journée ordinaire. Sauf que le Chef se fait livrer un mystérieux paquet, dont personne, pas même Mademoiselle Cloutier ne connaît le contenu. Allez, je vous vend la mèche du contenu du paquet déposé sur le bureau de Maurice Le Noblet Duplessis en ce jour ordinaire de 1948: c’est nul autre que le nouveau drapeau du Québec, la version laïcisée du vieux Carillon Sacré-Coeur, le fleurdelisé actuel, <em>d&#8217;azur à la croix d&#8217;argent cantonnée de quatre fleurs de lys</em>. Duplessis fait discrètement amener l’Union Jack qui flotte sur la tour du parlement de Québec et fait monter le fleurdelisé québécois, pendant qu’il livre devant l’Assemblée Législative son fameux Discours du Drapeau. Le Québec est le tout premier état de l’Amérique du Nord britannique à se donner un drapeau distinctif (<a title="Mon pauvre ROC… allons, allons, causons ET drapeau du Canada ET drapeau du Québec…" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2011/02/15/mon-pauvre-roc%e2%80%a6-allons-allons-causons-et-drapeau-du-canada-et-drapeau-du-quebec%e2%80%a6/">le Canada n’aura le sien qu’en 1965</a>). Voilà un étendard bleu et blanc qui <em>va rapporter d’un coup sec cent milles votes</em> (Joe-D Bégin dixit), sans que cela <em>ne coûte une cenne</em> (Gérald Martineau dixit).</p>
<div id="attachment_3248" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><img class="size-full wp-image-3248" title="fleurdelisé" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/10/fleurdelise.jpg" alt="" width="500" height="333" /><p class="wp-caption-text">Le drapeau du Québec: d&#039;azur à la croix d&#039;argent cantonnée de quatre fleurs de lys (hissé en 1948, sous Maurice Duplessis)</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">L’épisode<em></em><strong><em> HERR KANSLER DUPLESSIS</em></strong> nous fait entrer dans l’univers feutré des combines, totalement non parlementaires, utilisées par le premier ministre, aux environs de 1952, pour<a href="http://www.youtube.com/watch?v=n6Z73YGy5BU&amp;feature=related"> garder la petite bourgeoisie en sujétion en l&#8217;intimidant directement,</a> pour écraser les mouvements sociaux <a href="http://www.youtube.com/watch?v=jWvAJVX9kI4&amp;feature=related">en donnant ses ordres tyranniques de brisage de grèves sans intermédiaire à son adjoint de police, Hilaire Beauregard (joué par Michel Forget)</a>, et pour espionner les différents corps publics et parapublics, déjà en profonde mutation. Nous faisons ainsi la connaissance de la mystérieuse «Madame Saint-Laurent» (jouée par Hélène Loiselle  - il est évident que ce nom de code est une allusion semi-ironique au premier ministre canadien du temps, <a href="http://www.parl.gc.ca/parlinfo/Files/Parliamentarian.aspx?Item=dcd2258a-b8c3-4099-bffb-7b24cce8341e&amp;Section=ALL&amp;Language=F">Louis Saint Laurent</a>, un libéral). Il s’agit d’une vraie ou d’une fausse religieuse, dont même Mademoiselle Cloutier ne connaît pas l’identité exacte, et qui –littéralement– espionne les milieux universitaires québécois au bénéfice exclusif du Chef. Froufrous feutrés et duplicité de bonnes sœurs, mis au service de la délation politique (laïque), sans subtilité… Le dédain de plus en plus marqué de Duplessis pour les instances ecclésiastiques se manifeste aussi, du reste, tout au cours de cet épisode, notamment dans cette façon que l’ironique petit potentat a de faire poirauter des jours entiers, dans la salle d’attente de son bureau, Monseigneur Georges Cabana (joué mièvrement par Yvan Canuel), bigot rétrograde, guindé et rigoriste, adversaire farouche de l’émancipation des mœurs et futur recteur fondateur de l’Université de Sherbrooke. C&#8217;est aussi l&#8217;époque, chargée de tension et et de flamboyante énergie, ou <a href="http://www.youtube.com/watch?v=tO1ojIxYeEA&amp;feature=related">le Chef instaure l&#8217;impôt provincial, malgré les réticences explicites de Paul Sauvé (solide et puissant dans la prestation de Gilles Renaud)</a>, qu&#8217;il replace assez promptement dans le rang de ses séides les moins scrupuleux.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Septembre 1959. Au début de l’épisode <strong><em>LA FIN</em></strong>, Mademoiselle Cloutier, binoclarde et vieillie, cherche désespérément à convaincre un Duplessis exténué, qui a maintenant soixante-neuf ans, de ne pas se rendre à Schefferville dans le grand nord québécois, en compagnie d’un Gérald Martineau blanchi sous le harnais, pour une rencontre confidentielle avec les dirigeants de la firme minière américaine Iron Ore. Mademoiselle Cloutier ne reverra plus son chef vivant. Celui-ci est foudroyé par un accident cérébral vasculaire massif et meurt dans la luxueuse cabane de rondins des hommes d’affaire américain dont il était l’invité de marque. Les seules scènes tournées en extérieur de toute cette dramatique sont jouées ici. C’est l’occasion de voir Duplessis se soulager ostentatoirement en pleine cambrousse, <a href="http://www.youtube.com/watch?NR=1&amp;v=nIXv3Ra0RdE">en pissant sur la frontière du Labrador. C’est aussi l’occasion d’un long monologue du Chef sur l’implacable domination de la puissance économique américaine</a> sur ses modestes fournisseurs nordiques de ressources naturelles. La nouvelle de la mort de Duplessis circule vite à Québec et, toujours prompt et vif à la détente prospective, Joe-D Bégin s’arrime tout de suite à Paul Sauvé, successeur pressenti du Chef, en lui instillant son fameux slogan politique: «Désormais »… Ce que l’histoire ne dit pas ici, c’est que l’ancien conservateur Sauvé, duplessiste de la toute première heure, ne restera premier ministre intérimaire que cent-douze jours. Il mourra lui aussi, subitement, à cinquante-deux ans, au jour de l’an 1960, juste avant les élections, complétant l’enlisement de l’Union Nationale dans le désarroi le plus total et pavant la voie à la victoire électorale des libéraux de Jean Lesage qui lanceront, presque malgré eux, la Révolution Tranquille…</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">En 1975, deux ans avant la réalisation de cette superbe dramatique, Robert Charlebois chantait: <em>Je retourne dans mon Québec de verglas, mon Amérique Latine au Canada</em>. Le télé-théâtre <strong><em>Duplessis</em></strong> donne la mesure magistrale des inexorables modalités intellectuelles et émotionnelles d’un tel «retour».</p>
<div id="attachment_2348" class="wp-caption aligncenter" style="width: 260px"><img class="size-full wp-image-2348" title="Coffret Duplessis" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/05/coffret-duplessis.jpg" alt="" width="250" height="382" /><p class="wp-caption-text">Jean Lapointe sur le coffret de la dramatique DUPLESSIS (1978)</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Marc Blandford, Denis Arcand, <a href="http://www.imdb.com/title/tt0211149/"><strong><em>Duplessis</em></strong></a>, avec Jean Lapointe, Patricia Nolin, Marcel Sabourin, Donald Pilon, Gilles Renaud, Jean Brousseau, Yves Létourneau, Jacques Tourangeau, Roger Garand, Guy Provost, Roger Blay, Pauline Martin, Denis Drouin, Michel Forget, Camille Ducharme, Yvan Canuel, Robert Curzi, 7 épisodes d’une heure, diffusés initialement en 1978 sur Radio-Canada (un coffret DVD de trois disques).</p>
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		<title>LE PONT DE LA RIVIÈRE KWAÏ &#8211; un pont ultime entre le roman et le film (essai-fiction)</title>
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		<pubDate>Tue, 01 Nov 2011 04:34:37 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ysengrimus</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Tiens, mais&#8230; parlant de ponts, justement, il me revient cette historiette savoureuse/doucereuse de pont et d&#8217;amour&#8230; Paul Dupont et Andrée Delarivière ne s’émouvaient pas outre mesure du pittoresque coloré de leurs noms de famille. Des coïncidences hautes en couleur de ce genres ne sont finalement pas si rares (on ne compte plus les maîtres de [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=2429&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="aligncenter size-full wp-image-2430" title="Boulle-Kwai" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/05/boulle-kwai.gif" alt="" width="300" height="475" /><br />
<img class="aligncenter size-full wp-image-2431" title="Guiness-kwai" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/05/guiness-kwai.jpg" alt="" width="300" height="500" /></p>
<p style="text-align:justify;">Tiens, mais&#8230; <a title="J’irai cracher sur vos ponts" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2011/10/15/jirai-cracher-sur-vos-ponts/">parlant de ponts, justement</a>, il me revient cette historiette savoureuse/doucereuse de pont et d&#8217;amour&#8230; Paul Dupont et Andrée Delarivière ne s’émouvaient pas outre mesure du pittoresque coloré de leurs noms de famille. Des <a title="COÏNCIDENCE…" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2011/04/01/coincidence%e2%80%a6/">coïncidences</a> hautes en couleur de ce genres ne sont finalement pas si rares (on ne compte plus les maîtres de ballet du nom de Lapointe, les fleuristes du nom de Lafleur ou Larose, les normands du nom de Picard – vraiment pas de quoi fouetter le chien de Jean Cabot…). Ils n’en faisaient pas une affaire, donc, et leur milieu social aussi s’était graduellement accoutumé à la chose. Tout le monde savait qu’au jour de leur mariage ils prendraient tous les deux (pas seulement elle) le nom composé <em>Dupont-Delarivière</em> plutôt que l’inverse et que les choses se passeraient dans l’harmonie la plus sidérale.</p>
<p style="text-align:justify;">Paul et Andrée s’aimaient d’amour tendre. Tout y était. Menues attentions, petits anniversaires secrets, nuée de points de ressemblance, objets fétiches, lieux rituels, grande harmonie symphonique. Cette histoire d’amour langoureuse, riche en pamoisons et œillades de toutes sortes, faillit pourtant s’interrompre brutalement à cause d’une mésentente intellectuelle parfaitement fortuite qui, comme toutes les mésententes intellectuelles d’une certaine profondeur, engagea, de fil en aiguille et inexorablement, l’intégralité de leurs émotions. Cette mésentente porta sur l’opinion des deux amoureux en rapport avec une oeuvre culturelle du siècle dernier d’un certain renom: <strong><em>Le pont de la rivière Kwaï</em>.</strong> La pulsion motrice du débat fut terrible dans sa simplicité. Paul préféra le film, Andrée préféra le roman.</p>
<p style="text-align:justify;">Initialement, cela ne devait être que trois fois rien. Amusé au départ par l’analogie entre le titre de ce petit morceau d’anthologie et un segment de la formulation future de son propre nom de famille (<em>pont de la rivière</em>…), le tendre couple s’était lancé dans la découverte rieuse et folâtre de cette œuvre dont il ne connaissait pas le premier mot, en y voyant surtout, du moins au départ, une occasion de s’émouvoir langoureusement de cette cause renouvelée de rapprochement entre leurs deux petites personnes. Les amoureux font ça souvent, comme on sait. Ils se jettent dans une aventure touristique à cause de l’attrait anecdotique d’une photo, font un achat biscornu sur la foi scintillante d’une couleur, transforment un petit anniversaire anodin en enjeu solennel, nouent quelque pacte sacré et semi-superstitieux sur la base d’une coïncidence fallacieuse mais touchante ou d’une suite de syllabes incongrues. Comme à peu près tout, la chose acquise, retenue ou conclue est censée n’être qu’un prétexte pour s’attendrir sur les convergences universelles accompagnant infailliblement le bel amour. Mais Paul et Andrée se lancèrent dans cette aventure-ci sans se douter une seconde qu’il y avait la guerre au fond. Et je veux dire la vraie et terrible guerre des êtres, la guerre totale. Pas la Deuxième Guerre Mondiale, non, non, oh, si ce n’était que ça, mais la guerre acide des opinions fondamentales et l’après-guerre amer de la déception qui doit mener tout droit aux séquelles durables de la première grande dispute de deux amoureux, celle après laquelle plus rien n’est jamais pareil.</p>
<p style="text-align:justify;">Le film de David Lean, réalisé en 1957, est basé sur le roman de Pierre Boulle, écrit en 1952, et, ma foi, une portion significative du genre humain aurait établi très facilement, si vous me passez l’expression, le pont entre ces deux versions de la même œuvre sans trop y discerner de nuances et surtout, sans y voir la moindre raison de se crêper sur la question. Mais les tempêtes humaines, tout juste comme les tempêtes météo en fait, se fondent toujours sur les motifs obscurs qui sont les leurs et qui prennent forme dans l’infini feuilleté de la subtilité des atmosphères. Enfin, s’il faut tout vous dire, <strong><em>Le pont de la rivière Kwaï</em></strong> raconte l’histoire de deux groupes humains. Primo, un régiment britannique, prisonnier des japonais, qui construit, au bénéfice et sous la supervision de ces derniers, un pont au dessus d’une rivière de Thaïlande et, deusio, un petit commando de quatre hommes, chargé d’aller procéder à la destruction dudit pont. Pas de quoi s’emporter, encore une fois. Les sourcils se fronceront peut-être cependant quand on saura que, <strong><em>dans le roman, le commando rate son coup et le pont reste intact, tandis que, dans le film, le commando réussit son coup et le pont est détruit</em></strong>. Pour bien suivre l’empoigne qui s’annonce entre Paul et Andrée, il faut encore savoir que le régiment britannique construisant le pont est commandé par un certain <strong><em>colonel Nicholson</em></strong> et que le commando chargé de le détruire comprend un jeune sous-officier inexpérimenté, un certain <strong><em>lieutenant Joyce</em></strong>. Paul et Andrée lisent consciencieusement le roman, chacun à son tour, puis visionnent le film ensemble, en se caressant mutuellement les cheveux. Le drame éclate juste après.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Ah c’est bien meilleur que le roman.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Non, le roman est supérieur.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Non, non, le roman est beaucoup moins cohérent, ma douceur.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Non, mon chou, ce film tressaute de tous les tics hollywoodiens. Il ne va nulle part.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Enfin on comprend, grâce au film, que le sujet principal de cette œuvre, c’est le pont.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Je dirais plutôt que, grâce au roman, on comprend en fait que le sujet principal de cette oeuvre c’est la mécompréhension humaine causée par la guerre.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Mais enfin Andrée, tu n’as rien pigé.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Pardon, Paul?</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Si tu préfères le roman au film, c’est que tu n’as rien compris.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Ah… bon…. Et toi tu as tout compris?</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Absolument.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Tiens donc. Je suis touchée par l’intensité de ta certitude. Explique moi donc un peu, alors.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Simple. C’est une étude sur la fascination pour l’objet. L’objet, c’est le pont lui-même. Au départ le colonel Nicholson accepte de construire ce pont pour l’ennemi japonais afin d’assurer la cohésion de son régiment, malgré l’usure de la captivité. Si son régiment se concentre sur une tâche spécifique, il gardera sa ferveur, sa joie de vivre, un peu de sa gloire perdue et restera uni, soudé, donc pleinement opérationnel s’il parvient à s’évader. Mais graduellement de moyen, le pont devient fin, et le colonel Nicholson bascule dans la fascination de l’objet. Il en vient à fétichiser le pont, à y voir une réalisation valable en soi, en négligeant le fait que c’est l’ennemi qui va en bénéficier.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Et… le commando, dans tout ça?</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Le commando? Un bête quatuor de boutefeux qui fait péter le pont à la fin pour faire triompher la morale et le bon droit.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Un bête quatuor de… Ah, c’est bien que le film est réducteur, alors. Il est pourtant si clair, dans le roman, que c’est le commando chargé de détruire le pont qui est étudié. Ton colonel Nicholson n’est qu’un vieux collabo rigide, unilatéral, aussi fasciste et arriéré que les japonais impériaux, et imbu de sa grandeur coloniale perdue. Toute la réflexion du roman porte sur le jeune lieutenant Joyce, le benjamin des soldats du commando, sur la capacité qu’a son officier supérieur sur le terrain de le comprendre intimement et sur la difficulté que le jeune Joyce a de décoder le colonel Nicholson au moment de leur furtive et fatale rencontre. Quand, à la fin, le colonel aperçoit les charges explosives posées par le commando sur le pont, le lieutenant Joyce se présente à lui et cherche à le mettre dans la combine parce que, jeune, pur, idéaliste, il n’a pas pu voir la trahison passéiste de cette difforme figure paternelle. Le jeune homme finit tué par le vieil homme qui devait l’épauler et le pont n’est pas détruit. C’est que la guerre amène l’ancien à trucider le nouveau. Le pont préservé symbolise le monument douloureux et éternel que la guerre s’érige à elle-même.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Oh, là, là. Le gros symbolisme ronflant! Le pont n’est pas détruit dans le roman parce que le colonel Nicholson, mal étudié dans ledit roman, réduit, simplifié, tue le jeune officier du commando, sans plus. Dans le film, le colonel comprend subitement l’ampleur de sa crise existentielle et meurt en faisant ultimement sauter le pont, comme la figure complexe, tourmentée, profondément dialectique, qu’il est.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Oh là, là, la dialectique existentielle tourmentée maintenant! Le pont est détruit dans le film parce que, bien plus simplement, c’est la richesse psychologique et la complexité émotionnelle du lieutenant Joyce qui est bousillée, par ledit film. Les quatre membres du commando sont réduits à l’état d’hommes machines, de poseurs de bombes insensibles, par le cadre hollywoodien réducteur.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Mais c’est ton Pierre Boulle qui, dans son roman, amenuise ouvertement l’indéfectible armée britannique. Le film la réhabilite, et ce n’est que justice historique.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Ton film fait péter le pont par pure aspiration pour une fin heureuse et spectaculaire de vendeurs de mais soufflé. Toute la tension tragique s’en trouve évacuée.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Ton roman préserve le pont par simple manque de sens du grandiose, et par petit réalisme étroit. Cela provoque une nette et criante perte de cohérence dramatique.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Mais puisque je te dit que…</p>
<p style="text-align:justify;"> Et Andrée, de mauvaise humeur, reprend son explication sur les difficultés du jeune lieutenant Joyce à comprendre les subtilités cruelles et les revirements inattendus de la guerre. Et Paul reprend son explication, en adoptant un ton de plus en plus sec, sur le colonel Nicholson et la crise qu’il vit en transposant la cohérence de son régiment sur la solidité de l’armature du pont. Paul promeut le vieux colonel, qui saisit l’ampleur de son drame au moment ultime et détruit ce pont paradoxal. Andrée valorise le jeune lieutenant abnégatif, héro tragique mourant d’avoir cherché à ouvrir un dialogue pacifique et générationnel laissant intact, sans brutalité, sans violence, ce pont qui ne lui est rien. Ça commence à sérieusement péter sec. On en arrive à se dire de plus en plus des <em>ne parle pas si fort</em> et des <em>je n’aime pas ton petit ton</em> qui ne laissent présager rien de bon pour le reste de la soirée. Puis, on s’engage finalement sur la ligne droite de la dispute.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;"> Paul: Tu t’excites sur ce jeune lieutenant Joyce, en fait. Il t’émoustille. C’est en plein ton genre d’homme.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Alors là, n’importe quoi. C’est toi qui rallies ton étendard au vieux colonel Nicholson, comme un petit troupier docile en quête de figures paternelles.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: Le lieutenant Joyce eu quête de figures paternelles, moi, en quête de figures paternelles. Tu as un problème avec ton propre papa, ma parole.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Et toi, ce pont qui explose dans le film, et cette locomotive qui s’effondre avec fracas dans la rivière, ça te fascine, en fait. Tu as des compulsions de violence, de destruction, de vandalisme…</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Paul: De vanda… oh, mais ce n’est rien en comparaison des compulsions de vandalisme, de violence et de destruction que tu as manifesté en détruisant l’album de photo que m’avait léguée Mélanie.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:120px;">Andrée: Quoi, encore cette traînée de Mélanie? Ton ancienne flamme, la femme de ta vie, cette roussette de merde! Tu y penses toujours en fait, tu…</p>
<p style="text-align:justify;"> Mais nous voici maintenant bien loin du<strong><em> pont de la rivière Kwaï</em>,</strong> du roman comme du film. L’échange entre Paul et Andrée s’envenime, il ouvre des égratignures anciennes, les élargit et les transforme en plaies béantes. On s’engueule, on s’empoigne, on se lance des objets, on se met à table et tout se dit. Tout y passe et on ne se réconcilie que tard, et clopin-clopant. Une amertume, un nuage durable s’installe dans le ciel bleu des amoureux. Il faudra, pour se remettre de ce moment profondément belliqueux, des années. Il faudra un enfant Dupont-Delarivière, devenu adolescent, pour reconstruire un passage entre la préférence du roman de sa mère et la préférence du film de son père. L’enfant de Paul et d’Andrée rétablira un pont entre le roman de Pierre Boulle et le film de David Lean, un pont… ultime. C’est que cet enfant (un garçon ou une fille, l’histoire ne le dit pas) se prononcera fermement sur <strong><em>Le pont de la rivière Kwaï</em></strong>, sans même voir le film et encore moins lire le roman&#8230; <a href="http://www.youtube.com/watch?v=r5CMHgMlIRY">L’enfant arrêtera tout simplement sa préférence sur le jeu vidéo…</a></p>
<div id="attachment_3276" class="wp-caption aligncenter" style="width: 560px"><img class="size-medium wp-image-3276" title="commandos2_BORK" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/10/commandos2_bork.jpg?w=550&#038;h=475" alt="" width="550" height="475" /><p class="wp-caption-text">Commandos 2 Men Of Courage: Bridge over (sic) the river Kwai. Ceci est seulement le NIVEAU &quot;pont sur la rivière Kwaï&quot; au sein d&#039;un jeu guerrier plus vaste et étagé intitulé &quot;Commandos 2 Men Of Courage&quot;... (Je remercie mon fils Tibert-le-chat pour cette information)</p></div>
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			<media:title type="html">commandos2_BORK</media:title>
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		<title>J&#8217;irai cracher sur vos ponts</title>
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		<pubDate>Sat, 15 Oct 2011 04:08:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ysengrimus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Civilisation du Nouveau Monde]]></category>
		<category><![CDATA[Culture vernaculaire]]></category>
		<category><![CDATA[Environnement]]></category>
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		<category><![CDATA[Vie politique ordinaire]]></category>
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		<category><![CDATA[fiction]]></category>
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		<description><![CDATA[. . . Accablé de lassitude, Perclus de vicissitudes Arrogant, modeste, prude, Concupiscent, pudibond, Retors, ni mauvais, ni bon, J’irai cracher sur vos ponts. Ma courte compréhension De l’hirsute conception Des voies de circulation Du Montréal… résumons: C’est un franc foutoir, donc… bon… J’irai cracher sur vos ponts. Morver sur le Pont Mercier, C’est finir [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=3193&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_3194" class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><img class="size-full wp-image-3194" title="Pont Mercier" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/10/pont-mercier.jpg" alt="" width="450" height="300" /><p class="wp-caption-text">Pont Honoré Mercier (Montréal)</p></div>
<p>.<br />
.<br />
.</p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Accablé de lassitude,</strong><br />
<strong> Perclus de vicissitudes</strong><br />
<strong> Arrogant, modeste, prude,</strong><br />
<strong> Concupiscent, pudibond,</strong><br />
<strong> Retors, ni mauvais, ni bon,</strong><br />
<strong> J’irai cracher sur vos ponts.</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Ma courte compréhension</strong><br />
<strong> De l’hirsute conception</strong><br />
<strong> Des voies de circulation</strong><br />
<strong> Du Montréal… résumons:</strong><br />
<strong> C’est un franc foutoir, donc… bon…</strong><br />
<strong> J’irai cracher sur vos ponts.</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Morver sur le Pont Mercier,</strong><br />
<strong> C’est finir de l’oxyder</strong><br />
<strong> Et amplement défouler</strong><br />
<strong> L’urbaine population</strong><br />
<strong> Par sa pulvérisation.</strong><br />
<strong> J’irai cracher sur vos ponts.</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Pont Jacques Cartier, Pont Champlain,</strong><br />
<strong> Craignez le buccal venin</strong><br />
<strong> D’un courroucé citadin.</strong><br />
<strong> Le bec en forme de tromblon,</strong><br />
<strong> Je dicte un changement de ton:</strong><br />
<strong> Je vais cracher sur vos ponts.</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Baver le Pont Victoria,</strong><br />
<strong> Ce vieux fief qui ne bouge pas,</strong><br />
<strong><em> Qui mal y pense, honni soit</em>,</strong><br />
<strong> Cela m’est jubilation.</strong><br />
<strong> Cambronne, joue-moi du clairon,</strong><br />
<strong> J’irai cracher sur leurs ponts.</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Échangeur Turcot caduc</strong><br />
<strong> Bretelles, raccords, viaducs,</strong><br />
<strong> Les plumes du panache d’un duc</strong><br />
<strong> Sont une configuration</strong><br />
<strong> Plus solide que vos crampons.</strong><br />
<strong> J’irai cracher sur vos ponts.</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Et, si ces ouvrages s’effondrent,</strong><br />
<strong> On ira couler et fondre</strong><br />
<strong> Des rasoirs pour aller tondre</strong><br />
<strong> Du populo, la toison</strong><br />
<strong> D’or et de facturation.</strong><br />
<strong> J’irai cracher sur vos ponts.</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Bof, notre mairie allègre,</strong><br />
<strong> Aux abris fiscaux intègres</strong><br />
<strong> Bien taraudés par la pègre,</strong><br />
<strong> Fera jouer mille connexions,</strong><br />
<strong> Obtiendra des injonctions</strong><br />
<strong> Contre le cracheur des ponts !</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Ils me mettront sous tutelle</strong><br />
<strong> Pour ces glaviaux en pivelles.</strong><br />
<strong> Mais moi, du fond d’un tunnel,</strong><br />
<strong> Terroriste urbain fripon,</strong><br />
<strong> J’entonnerai la chanson:</strong><br />
<strong> <em>J’IRAI CRACHER SUR VOS PONTS</em>.</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Dans ce corridor écho</strong><br />
<strong> Bien embourbé sous les eaux</strong><br />
<strong> Ma cantate pétera si haut</strong><br />
<strong> Que la longue construction</strong><br />
<strong> Tout en pétales de béton,</strong><br />
<strong> Oh scandale, Oh collusion…</strong></p>
<p style="padding-left:270px;"><strong>Se déchirera comme l’aile</strong><br />
<strong> D’un papillon. Ce tunnel</strong><br />
<strong> Croulera, ministériel.</strong><br />
<strong> Et, ne pouvant faire trois bonds</strong><br />
<strong> Ni rentrer à la maison,</strong><br />
<strong> J’irai coucher sous les ponts.</strong></p>
<p>.<br />
.<br />
.</p>
<div id="attachment_3195" class="wp-caption aligncenter" style="width: 460px"><img class="size-full wp-image-3195" title="Viaduc de la Concorde" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/10/viaduc-de-la-concorde.jpg" alt="" width="450" height="300" /><p class="wp-caption-text">Viaduc de la Concorde (Laval)</p></div>
<div id="attachment_3517" class="wp-caption aligncenter" style="width: 459px"><img class="size-full wp-image-3517" title="Turcot" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/10/turcot.jpg" alt="" width="449" height="300" /><p class="wp-caption-text">Échangeur Turcot (Montréal)</p></div>
<p>&nbsp;</p>
<p>.<br />
.<br />
.</p>
<p>Paru simultanément sur <a href="http://www.ecouterlirepenser.com/textes/pl_po_cracher_pont.htm"><em>Écouter, Lire, Penser</em></a>.</p>
<p>.</p>
<p>.</p>
<p>.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ysengrimus.wordpress.com/3193/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ysengrimus.wordpress.com/3193/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ysengrimus.wordpress.com/3193/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ysengrimus.wordpress.com/3193/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ysengrimus.wordpress.com/3193/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ysengrimus.wordpress.com/3193/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ysengrimus.wordpress.com/3193/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ysengrimus.wordpress.com/3193/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ysengrimus.wordpress.com/3193/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ysengrimus.wordpress.com/3193/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ysengrimus.wordpress.com/3193/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ysengrimus.wordpress.com/3193/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ysengrimus.wordpress.com/3193/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ysengrimus.wordpress.com/3193/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=3193&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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	</item>
		<item>
		<title>L’extraordinaire protestation du rêve (essai-fiction)</title>
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		<pubDate>Sat, 01 Oct 2011 04:13:01 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ysengrimus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Drogues récréatives]]></category>
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		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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		<description><![CDATA[Cégismonde Lajoie soigne ses douleurs arthritiques en fumant du haschisch thérapeutique. Elle a d’ailleurs renoncé depuis un bon moment à rechercher, introspectivement, encyclopédiquement ou autrement, la différence, accidentelle ou essentielle, entre haschisch thérapeutique et haschisch de contrebande. Les deux semblent avoir les mêmes subtiles vertus anti-douleurs et les mêmes moins subtiles tendances narcotiques et somnifères. [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=2419&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<div id="attachment_2420" class="wp-caption aligncenter" style="width: 510px"><img class="size-full wp-image-2420" title="Paniers de cerises de Freud" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/05/paniers-de-cerises-de-freud.jpg" alt="" width="500" height="361" /><p class="wp-caption-text">Doreen Boudreau - BASKET OF CHERRIES</p></div>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Cégismonde Lajoie soigne ses douleurs arthritiques en fumant du haschisch thérapeutique. Elle a d’ailleurs renoncé depuis un bon moment à rechercher, introspectivement, encyclopédiquement ou autrement, la différence, accidentelle ou essentielle, entre haschisch thérapeutique et haschisch de contrebande. Les deux semblent avoir les mêmes subtiles vertus anti-douleurs et les mêmes moins subtiles tendances narcotiques et somnifères. Cégismonde Lajoie affirme à qui veut bien l’entendre que le haschisch -thérapeutique ou de contrebande- ne la fait nullement halluciner ou délirer… mais vous en penserez peut-être autrement après avoir pris connaissance de l’étrange récit qui va suivre.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Cégismonde Lajoie fume son haschisch, mélangé de tabac blond, dans une pipe ordinaire, sur laquelle elle tire franchement, en aspirant longuement, exactement comme le font les hommes. Elle procède à la brunante, en se couvrant la tête d’un petit bonnet, à la Albertine Leblanc, pour éviter que l’odeur, dense et insidieuse, n’imprègne sa chevelure, et elle fume calmement, en se berçant dans la chaise berçante de la cuisine de sa maison de campagne. Elle consomme habituellement deux pipées et, quand la première pipée est terminée, elle s’installe devant la grande table coloniale de la vaste maison de ferme sombre et déserte de ses ancêtres, pour tranquillement préparer la seconde pipée. Avec un couteau bien affûté, elle gratte les rebords de son cube de haschisch, bien durillon et bien odoriférant, et mélange les petits copeaux de la précieuse drogue avec le bon tabac blond de Virginie qui attend patiemment d’entrer en scène au fond d’une petite soucoupe de porcelaine. La première pipée faisant déjà passablement effet, Cégismonde s’amuse un peu de la petite compétition d’adresse à laquelle elle s’adonne avec elle-même lors de l’opération de grattage du cube de haschisch et il lui faut toute sa contenance d’intellectuelle articulée et posée pour ne pas s’abandonner de ci de là à d’incontrôlables fous rires. L’un dans l’autre, Cégismonde Lajoie est une toxicomane bien tempérée.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">C’est dans ces circonstances incongrues et étranges, au sujet desquelles Cégismonde niera résolument plus tard avoir vécu la moindre dérive hallucinatoire, que le <em>dong</em> pesant, ostentatoire et comme ouateux de l’horloge grand-père de la vaste cuisine campagnarde se transmute perceptiblement en une suite de coups secs, saccadés et asymétriques portés à l’entrée de la maison monumentale. Une ombre, indubitablement masculine, se dresse derrière la moustiquaire de la porte d’été au léger cadrage de bois vert. Cégismonde, que les peurs et les inhibitions ont quitté depuis un petit moment maintenant, invite le visiteur inconnu à entrer, d’un appel bref et un peu enroué. C’est donc un homme. Et quel homme. Grand, élégant, bien construit, sans âge, des yeux bleus aussi insondables que la nuit qui tombe, des cheveux en mignonne ébouriffe pondérée «genre Bonaparte du temps de sa sveltesse» se remémorera Cégismonde, un port à la fois altier et engageant, moitié aristo, moitié sauvageon, un peu duelliste, un peu bretteur. Une sorte de croisement subtil de Ti-Jean Caribou et de Villiers de l’Isle Adam, si vous voyez ce que j’en dis. Un sabre, quoi.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Le visiteur vespéral incongru s’avance hardiment. Il s’assoit sur la chaise la plus proche du bout de la table, où Cégismonde est encore à malaxer, du bout des doigts, copeaux de haschisch fort ahuris et brins de tabac blond de Virginie un petit peu intimidés quand même. L’homme parle, d’une voix chaude et grave.</p>
<p style="text-align:justify;">&#8220;Madame Cégismonde Lajoie?<br />
— Oui. Bonjour, bonjour monsieur…<br />
— Madame Cégismonde Lajoie, psychologue?<br />
— C’est bien moi.<br />
— Je suis ici pour protester.<br />
— Protester… protester contre quoi? Protester contre moi?<br />
— Oui Madame, contre vous… enfin contre certaines facettes de vous. Enfin, plus précisément, contre certains aspects de votre pratique et de votre vie mentale.<br />
— Tiens donc. Pourtant je ne crois pas vous connaître.<br />
— Ah non?&#8221;</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Cégismonde se penche un peu sur la table, cligne compulsivement des yeux et regarde au mieux le sibyllin survenant. Elle se dit, en remettant en ordre son bonnet de fausse paysanne et en titubant du chef quand même un petit peu, qu’une solide pièce de masculinité pareille ne se serait pas esquivée du boudoir enfumé de sa mémoire visuelle et perceptive si intempestivement et ce, haschisch ou pas haschisch. Elle poursuit, d’une voix qui rocaillotte quand même un petit peu:</p>
<p style="text-align:justify;">&#8220;Non, non. Je ne vous replace vraiment pas. Vous êtes ni un de mes patients, ni un de mes collègues ni un des employés des commerces du village dont je suis la pratique. Je ne vous connais de rien… Monsieur le grand monsieur qui proteste…<br />
— Vous me connaissez parfaitement, Madame. Vous parlez de moi au tout venant de par le vaste monde et ce, il faut bien le dire, en termes fort cavaliers et hautement mal informés.<br />
— Ah bon… mais… mais… mais… qui êtes-vous donc tant? Je ne vous remets aucunement.<br />
— Je suis le rêve.&#8221;</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Il y a un petit moment de silence. Face à l’extraordinaire, le refuge des gestes ordinaires est souvent la composition la plus évidente. Cégismonde bourre calmement sa pipe de touffes de la mixture «thérapeutique» qu’elle vient de finir de composer et entreprend de l’allumer. Il faut de fait consacrer à cet instant sensible toute l’attention requise, histoire de ne pas passer le reste de sa veillée à <em>fumer des allumettes</em>, comme on disait autrefois. Ce faisant, notre savante et éminente psychologue en robe de paysanne se lève et retourne prendre position calmement, silencieusement, dans sa chaise berçante. L’effet reposant du haschisch sur tout son être augmentera graduellement au cours de l’échange qui s’ensuivra. L’homme mystérieux la suit discrètement du regard, tout en restant assis près de la table. Il pivote un peu sur sa chaise et pose un bras sur la susdite table. Craquant. Majestueux. Cégismonde, dont la pipe est maintenant bien embrasée, secoue son allumette et la fourre dans la poche de son tablier. Ce faisant, elle sent vibrer en elle une sorte de révélation laiteuse et bourdonnante. Au diable Bonaparte, Ti-Jean Caribou et Villiers de l’Isle Adam, c’est à <em>Clark Gable</em> que ce garçon magnifique ressemble, rien de moins. Clark Gable aux yeux bleus, en plus vif et en plus coupant. Un Clark Gable plus svelte et modernisé, à la fois vêtu à la mode et suavement intemporel. Mais d’où sort-il donc, ce ténébreux joyau là? Leurs postures solidement adoptée désormais, l’homme sans âge et la femme déjà mûre converseront ainsi, elle, se berçant et fumant tranquillement sa concoction narcotique, lui, gardant sa pose hiératique, calmement intense, à bonne distance, sur sa chaise droite, près de la table. Pendant que Cégismonde finit par finir de s’établir dans sa berçante, l’homme poursuit:</p>
<p style="text-align:justify;">&#8220;Je m’appelle Onis et je suis sans pays et sans âge.<br />
— Onis, comme dans <em>onirique…</em><br />
— Voilà. Normal, puisque je suis le rêve.<br />
— Voulez vous dire… voulez-vous dire que vous êtes un onirologue ou un… un rêveur de quelque nature.<br />
— Non, non, non, je ne suis ni onirologue, ni onirocrite, ni rêveur. Je suis… je suis <em>le rêve même</em>. Le flux onirique nocturne du sommeil, en personne.<br />
— Le rêve en personne.<br />
— En personne…<br />
— Mais… vous me pardonnerez, beau garçon sans âge et si superbement bien fait que vous êtes… j’étais restée sur l’idée –on a tous nos préjugés, hein, les pilotis de la civilisation disait Gide- sur l’idée donc, que le rêve n’avait pas d’épaisseur ou de densité matérielle d’aucune sorte et, qui plus est, certainement pas une densité matérielle si ostensiblement hum… hum… anthropomorphe… C’est… c’est passablement extraordinaire…<br />
— Voilà… Tout à fait… C’est bien pour cela, Madame Cégismonde Lajoie, que je suis ici et que je proteste. Je proteste ouvertement contre la dérive psychologisante que vous défendez si naturellement dans votre pratique et votre discours. Je prends ici la parole en support inconditionnel, justement, de la matérialité du rêve.<br />
— Vous défendez la matérialité du rêve.<br />
— Je <em>suis</em> la matérialité concrète du rêve.<br />
— Sa matérialité concrète et… sinueusement et langoureusement humaine.<br />
— Exactement. Sa matérialité humaine, ethnologique, sociologique. Mais surtout et par-dessus tout: sa matérialité historique.<br />
— Mais que les mânes de Carl Gustav Jung viennent me tirer par les orteils, vous êtes en train de me charrier, là, vous là. La matérialité historique du rêve, il va falloir vous en expliquer un petit peu là, mon homme…<br />
— J’y compte bien, j’y compte bien, Madame Lajoie. Protester c’est d’abord s’expliquer. M’allouerez-vous quelques instants?<br />
— Absolument, absolument. Vous m’intriguez, mon cher… euh… Onis. Allez-y. Je suis complètement sous votre charme, votre emprise.<br />
— Bien. Parlons d’abord de ce petit garçon, dont vous dissertez si souvent dans vos conférences nationales et internationales, qui dévore de nuit toutes les cerises d’un panier qu’il n’avait pas pu toucher la veille…<br />
— … qui les dévore <em>en rêve</em>, vous voulez dire. Oui, oui, c’était un neveu de Sigmund Freud, l’éminent fondateur de la…<br />
— Madame, Madame! Évitons ce long mot abstrus de quatre syllabes entre nous, pour l’amour. Il a tendance à me faire tourner au cauchemar.<br />
— Bien, bien, Onis. Alors, ce petit garçon…<br />
— Plutôt le panier de cerises, si vous me permettez. Un beau panier bien ouvragé, simple et solide, des cerises rouges, éclatantes et dodues. Une image empirique, tangible, claquante, pétante, suave…<br />
— Et ce tout petit garçon prend une douce revanche, la nuit, en rêvant qu’il les dévore toutes, compensant ainsi oniriquement le refoulé de la journée antérieure.<br />
— C’est bien là, effectivement, votre version des choses. Il y a un détail qui manque pourtant, concernant ces cerises freudiennes, Madame Lajoie. Un détail capital.<br />
— Comment savez-vous ça, tant que ça, qu’il manque quelque chose? Vous… vous parlez un peu comme si vous y étiez.<br />
— Mais j’y étais. J’étais avec cet enfançon, pas le jour, naturellement, mais la nuit. J’y étais comme je suis ici, et pour exactement les mêmes raisons. Je suis <em>intégralement</em> le rêve de ce petiot, comme de qui que ce soit d’autre au monde.<br />
— Hum&#8230; Hum… Certes, certes… et… et le détail qui manque dans la description que fait Freud du cas du petit garçon aux cerises?<br />
— C’est celui-ci. Ces cerises étaient <em>extraordinaires</em>, Madame, inhabituelles, inusitées, charnues, nouvelles, puissantes, bizarres, inconnues, énormes. C’est leur soudaineté, leur incongruité et leur féerique nouveauté qui fonde leur impact onirique. Ce petit autrichien de la fin du dix-neuvième siècle rêve de ces cerises parce qu’elles sont éminemment et fondamentalement surprenantes, pour lui.<br />
— Elles sont… elles sont un peu comme vous… pour moi, ici, ce soir.<br />
— Elles sont, dans l’essence… <em>moi</em>. Car je suis <em>l’extraordinaire</em>.<br />
— Indubitablement.<br />
—Vous rêvez tous de moi, de l’extraordinaire. Même quand vous rêvez d’un segment de votre monde usuel, c’est uniquement parce que l’extraordinaire y pointe que, de fait, vous en rêvez… et que vous oubliez le reste. L’extraordinaire, Madame… L’extraordinaire sensoriel, surtout auditif et visuel, est le déclencheur onirique universel.<br />
— Mais, et le retour du refoulé, dans l’exemple de Freud et ailleurs? Le petit garçon qui se venge et se défoule en mangeant, en rêve, les cerises interdites lors de leur cueillette de la veille?<br />
— Je ne conteste aucunement que l’extraordinaire soit refoulé, Madame Lajoie. Je suis même assez serein à l’idée que ce soit d’être refoulé que l’extraordinaire soit justement l’extraordinaire.<br />
— Donc, vous ne contestez pas Freud.<br />
— Je ne suis pas ici pour contester, Madame, mais pour protester…<br />
— Bon, bon… poursuivez… Je suis intriguée…<br />
— C’est ici qu’entre en compte ma protestation –justement- en faveur de la matérialité historique du rêve.<br />
— Ouf… la <em>matérialité historique du rêve</em>. Comme vous en mettez… Allez vous vous mettre à me dire, comme jadis Marx à Feuerbach, que je néglige le fait que ces cerises psychologiques et oniriques proviennent d’un cerisier, un arbre, au départ exotique, apparu dans notre entourage social, il y a des siècles,<em> par le commerce</em>?<br />
— Pas exactement, mais il y a de cela. Je me soucie moins de l’histoire effective de ce à quoi vous rêvez que de la détermination historique du déclic onirique même. Voyez-vous, moi, <em>moi le rêve</em>, je bourgeonne, mue, me transforme, me transmute, sous l’impulsion, sous l’impact vif, devrai-je dire, de mon historicité.<br />
— Comment donc, <em>devrai-je dire</em>, comme vous dites… arrivez vous à faire une affaire pareille?<br />
— Tout simplement parce je suis le rapport nocturne à cette contradiction, si fluide mais si cuisante, qu’est l’extraordinaire diurne mémorisé. Or –et c’est le fondement vif de ma protestation présente- <em>l’extraordinaire varie historiquement</em>. Comment pensez-vous que rêvait un notable égyptien?<br />
— Je ne sais pas, Mais je sens que vous allez me le dire.<br />
— Par fresques!<br />
— Par…<br />
— Par fresques murales. Par fresque fixes, éclairées de torches dansotantes. C’est qu’il entrait dans quelque temple ou tombeau et y voyait des dieux à têtes d’animaux gigantesques, colorés, fantastiques, mais immobiles et plats, animés uniquement du minimal tressautement issu de la flamme des torches. C’était inhabituel, pour tout dire parfaitement extraordinaire. Cela… cela vous saisissait. Et nos notables égyptiens en rêvaient. La fresque, complexe et terrifiante, hantait leurs nuits. Avez-vous déjà rêvé par aplats muraux fixes, vous.<br />
— Euh… pas que je me souvienne, non.<br />
— Et les soudards mérovingiens, ils rêvaient comment, vous pensez? Par vitraux et nervures de voûtes monumentales. Cela les prenait quand ils entraient dans les premières églises. Ces spadassins du commun, qui vivaient au grand air, et ne s’abritaient que dans des masures sans fenêtres, construites en bois, enfumées et basses de plafond, procédaient d’un ordinaire exempt de la majesté architecturale de la pierre et du verre. Quand ils se retrouvaient sous la coupole immense d’une église, même de taille moyenne selon vos conceptions modernes, la limpide et aérienne vastitude forclose les dominait, la lumière vive du soleil les frappait, non plus directement, comme en rase cambrousse, mais à l’intérieur même de la nef, à travers ces grandes vitres, circulaires ou ovoïdes, mystérieuse, poissées des plus vives couleurs et des motifs les plus délirants. Ils en ployaient les genoux et cela ne les quittait plus, de jour et de nuit.<br />
— Ils en ployaient les… Me dites vous ici que les pouvoirs oeuvraient à infléchir le rêve?<br />
— Mais, de tout temps, Madame, ils l’ont fait. Et cela n’a fait que se perfectionner, se répandre, s’abstraire même. Les clercs des années 800, eux, rêvaient en lettres. Les <em>carolines</em>, les minuscules carolingiennes, cela les obsédait, <em>littéralement</em>. Il faut dire que c’était parfaitement hors du commun, ces petites taches, ces petites courbes et ces petits bâtons emprisonnant toute la complexité du sens de la parole. C’est seulement ici que votre Lacan a un rôle à jouer. Avant, il est parfaitement hors d’ordre.<br />
— Vous affirmez que Jacques Lacan n’a rien à dire sur…<br />
— Sur autre chose que le dire, justement… ou l’écrire.<br />
— Mais… mais pourquoi donc?<br />
— À cause des pirates.<br />
— Des pirates?<br />
— Bien sûr. Comment pensez-vous que rêvaient les pirates, pouilleux, illettrés, révoltés, revêches et insoumis? Par tangages, par roulis, par déferlantes -toutes perceptions senties dans le dos, les hanches et les jambes-, par sel marin sur les lèvres et rhum âpre au fond de la gorge, par franges de terres vert vif sautant si rarement aux yeux, aux confins de la grande bleue ballottante et interminable. Toutes ces sensations sont densément empiriques mais aussi parfaitement averbales. C’est qu’ils passaient des mois et des mois en mer, silencieux, les pirates. C’était quelque chose de fort peu usuel, que leurs escapades.<br />
— Hum…<br />
— Mais surtout, les pirates rêvaient par gemmes, lourds colliers de perles, émeraudes pointues, rubis opaques, calices ciselés, galions aux voiles ventrues, abordages tintinnabulants, coffres pesants. Il n’y a pas de paroles pour dire le détail enchevêtré des monceaux de joyaux divers d’un trésor espagnol dûment subtilisé et il y a aussi bien peu de mots griffonnés sur la carte qui en retrace, dans l’espace muet, la tombe onctueuse et obsédante…Vous suivez?<br />
— Plutôt. Poursuivons.<br />
— Poursuivons. Les soldats revenus de nos guerres mécanisées, mondiales ou sectorielles, dorment fort mal. Ils rêvent de par ces déflagrations et atrocités diverse, toutes saillantes, terrifiantes et inédites, qui les ont si profondément marqués. Retour du refoulé, que les cauchemars tonitruants et terrifiants des anciens combattants? Pardi! Retour de l’inédit, oui, du monstrueux, de l’indicible. Leurs grenades sont bien loin du temps des cerises du chétif neveu de Freud.<br />
— C’est peut être… dans le cas des soldats modernes… c’est peut-être un désir refoulé de la liberté perdue associée à la violence extrême.<br />
— Ouf… La vraie violence extrême ici, Madame, c’est bien celle du raisonnement excessivement psychologisant que vous me servez là, allez. Car, je vous le demande, la perte, aussi subite que collective, de la vision des couleurs, est-ce aussi une «liberté perdue»?<br />
— Non&#8230; euh… je suppose que non. Mais, avec cette perte là, vous me perdez un peu là.<br />
— C’est pourtant assez simple, quand on s’en avise. Vous êtes certainement familière avec cette formulation un peu vieillotte: «rêver en couleur». C’est une expression, c’est le cas de le dire, <em>imagée</em>, qui, elle aussi, fait tapageusement référence à l’incongru.<br />
— Certes.<br />
— D’où pensez-vous, Madame, qu’une telle expression, bizarrement pléonastique à nos yeux à nous, jaillit. Tout simplement du fait que, dans la première moitié du siècle dernier, eh bien, on ne rêvait subitement plus qu’en noir et blanc.<br />
— Ah bon? À cause?<br />
— À cause du cinématographe, inévitablement. La dive machine à faire rêver. La grande boîte à images oniriques de ce temps tournait à fond de train, en cliquetant ferme, et la quantité industrielle de sa production scintillait exclusivement en un déploiement parfaitement inhabituel et dénaturé, celui du noir, gris et blanc. Notre constellation de fantasmes ne jurait donc plus, soudainement, que par <em>son cinéma</em>, nouvelle force vive, visuelle, sensuelle de l’extraordinaire, pour un temps…<br />
— Je vois, je vois, oui…<br />
— Et la machine cérébrale nocturne relayait, en noir et blanc aussi, inévitablement…<br />
— La… la version salle obscure de vos aplats monumentaux égyptiens de tout à l’heure, en somme.<br />
— Voilà. «Rêver en couleur» n’était plus guère de mise et apparaissait donc comme un phénomène si saisissant à son tour, qu’il en devenait proprement délirant. D’où l’apparition de cette expression, datant du temps de la montée en banalité du noir et blanc onirique, de source d’abord cinématographique, ensuite télévisuelle. Et, de ce fait, l’expression est un peu parcheminée aujourd’hui.<br />
— Depuis la couleur au cinéma, naturellement…<br />
— Naturellement.<br />
— Ah, l’apparition de la couleur au cinéma, Onis. Ma petite enfance… Je me souviens encore du flamboyant slogan : <em>En cinémascope et en couleur!</em><br />
— Votre enfance, Madame Lajoie…<br />
— Mon enfance.<br />
— Votre propre petite enfance… mais pas celle de ceux qui vinrent avant vous ou de ceux qui viendront après. Car maintenant, nouvelle phase historique oblige, nous rêvons derechef en couleur et c’est redevenu parfaitement ordinaire. C’est que l’extraordinaire d’hier est le banal et l’ordinaire d’aujourd’hui. Le rêve, dans nos cerveaux, c’est justement cela, au fond: une torrentielle conversion, toujours historicisée, des perceptions extraordinaires en réminiscences ordinaires… Ô, usure onirique, quels autre paradis naturels ou artificiels cultivera-tu encore, demain?<br />
— Bien voilà, mon homme. On semble un peu en voir le bout, de cette sarabande de cas spéciaux, avec ce juste retour de la couleur onirique. Fin du drame historique, partiel et partial, mon cher Onis, mondialisation, globalisation obligent. Retour de notre rétention nocturne du monde coloré, tapageur, odoriférant, entier et du lot bringuebalant de ce qui est nouveau. Accès fulgurant, automatisé, à absolument tout ce qui peut faire rêver et disparition des limitations antérieures que vous avez si bien décrites, mon cher. Fin de l’Histoire, fin de l’histoire du rêve. Nous voici enfin heureux, anhistoriques, universels et intégralement psychiques.<br />
— Vraiment, Madame?<br />
— Non pas, mon homme?<br />
— Non pas, Madame Lajoie, non. Que non. Je proteste. Pensez-y une minute, s’il-vous-plait. Savez-vous que les jeunes gens contemporains font, avec les rêves, des choses parfaitement étonnantes, que ni les notables égyptiens, ni les soudards mérovingiens, ni les clercs carolingiens, ni les pirates, ni les bidasses des guerres mondiales, ni les cinéphiles et téléspectateurs du siècle dernier ne firent jamais.<br />
— Ah bon? Quoi donc?<br />
— Ils les effacent sans sauvegarder et les reprennent au point d’avant la sauvegarde non-automatique précédente.<br />
— Ils les… pardon…<br />
— Ils les effacent sans sauvegarder et les reprennent au point d’avant la sauvegarde non-automatique précédente,  comme&#8230;<br />
— Comme?<br />
— Comme en un jeu vidéo, Madame. On rebrousse sur son parcours onirique sans le compléter, au jour d’aujourd’hui. On l’interrompt volontairement et on le rejoue. Voilà qui n’est pas peu dire, aux vues de <em>mon</em> historicité globale. Voyez bien, par cet exemple déjà en cours de rapetissement lui aussi, que la matérialité historique du rêve n’a pas fini de se déployer. Nos contemporains <em>rêvent par jeux vidéo</em>, éteignent le rêve s’il vire au cauchemar et frétillent dans leur sommeil, en simulateur de courses de grand prix ou de combats à morts multiples et interminablement récurrentes, qu’on vous annonce textuellement sur écran, avant que vous ne vous repreniez à vivre… Je n’ai vraiment pas fini de me métamorphoser dans l’avenir, Madame. Demain est toujours un autre jour, en matière onirique. C’est là peut-être la seule loi stable que la matérialité historique du rêve autorise.<br />
— Demain est un autre jour…<br />
— Voilà. Comme le disait si bien Scarlett O’Hara à…&#8221;</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">À qui donc déjà? À ce point-ci de cet étrange échange avec Onis, Cégismonde a terminé de fumer sa seconde pipe. Pour tout dire, l’effet narcotique et l’altération des sens de notre patiente psychologue, dus au haschisch et à l’abasourdissante fascination mentale, sont à leur maximum. Ce beau gaillard de rêve (pour jouer d’un fichu de lacanien de double sens) continue pourtant de bien protester, tout en douceur et avec finesse. Tant et tant que c’est l’inoubliable réplique de Clark Gable, exprimant toute l’indifférence de Rhett Butler envers Scarlett O’Hara, qui roule maintenant comme tonnerre, dans la tête alourdie de Cégismonde…</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">Le rêve, c’est donc ça, en elle: un homme sombre, beau, un peu taciturne, déférent, étrange, élégant, à la conversation captivante, qui vous fait halluciner sur des aspects d’une question dont vous êtes une spécialiste mondialement reconnue mais auxquels vous n’aviez jamais songé, qui vous parle longuement et si brillamment dans votre tête et… qui se lève maintenant, subitement mais aussi comme au ralenti, et quitte, lentement et pour toujours, votre vieille cuisine de campagne de psyché, justement, et fort fâcheusement, quand vous êtes gelée comme un manche de pelle sur votre chaise berçante et incapable de faire le moindre geste pour le retenir. Que faire? Le poursuivre? Oh… Oh… Pour se mettre à courir, au ralenti aussi immanquablement, ou encore avoir ses jupes si archaïques qui se coincent dans le rebord de table, ou le petit bonnet à la Albertine Leblanc qui s’hameçonne sur un lustre trop bas, inattendu, imprévisible. Ouf… là là… Très peu de ces séquences cauchemardesques si typées pour Cégismonde Lajoie. Qu’il se perde donc irrémédiablement dans les brumes cosmologiques, le grand petit protestataire clarkgabélesque de cette fois là. <em>Frankly, Rhett I don’t give a… what am I talking about exactly?… as they say, quite more accurately, in English: I am dreaming in Technicolor… </em>Quand la somnolence se met insidieusement en place, toutes sortes d’idées inattendues fusent de partout, en pétarades, en images, en langues…</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;">La revoici donc seule. Elle est historicisée jusqu’au fond de l’être, comme le vieux notable égyptien qui rêvait en fresques et comme la toute jeune cinéphile (Cégismonde, elle-même, tiens, quand elle avait l’âge du petit autrichien aux cerises, justement…) s’immergeant, s’engloutissant, se perdant dans <em>Gone with the Wind</em>, sur un ample écran milieu-de-siècle, vif, scintillant, tonitruant (<em>En cinémascope et en couleur!</em>). On dirait bien que la femme psychologue contemporaine rêve <em>en homme</em>… Et pas en n’importe quel homme, encore, tiens…. En homme nouveau, mystérieux, fascinant, déférent, intéressant, empirique, théorique, critique, déroutant, protestataire. Effectivement c’est… c’est… (Elle ne sens plus du tout son arthrite maintenant mais, ouf, cette lourdeur des sens, ce décalage des perceptions, cette tyrannique somnolence) c’est <em>parfaitement extraordinaire</em>.</p>
<p class="MsoNormal" style="text-align:justify;"><img class="aligncenter size-full wp-image-2421" title="cinemascope-square" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/05/cinemascope-aquare.jpg" alt="" width="480" height="360" /></p>
<p>.<br />
.<br />
.</p>
<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ysengrimus.wordpress.com/2419/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ysengrimus.wordpress.com/2419/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ysengrimus.wordpress.com/2419/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ysengrimus.wordpress.com/2419/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ysengrimus.wordpress.com/2419/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ysengrimus.wordpress.com/2419/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ysengrimus.wordpress.com/2419/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ysengrimus.wordpress.com/2419/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ysengrimus.wordpress.com/2419/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ysengrimus.wordpress.com/2419/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ysengrimus.wordpress.com/2419/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ysengrimus.wordpress.com/2419/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ysengrimus.wordpress.com/2419/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ysengrimus.wordpress.com/2419/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=2419&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>La procédure de modération du Carnet d’Ysengrimus</title>
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		<pubDate>Thu, 15 Sep 2011 04:03:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>ysengrimus</dc:creator>
				<category><![CDATA[Culture vernaculaire]]></category>
		<category><![CDATA[Vie politique ordinaire]]></category>
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		<description><![CDATA[Au fuyant (et museleur) Ysengrimus: toutes mes excuses. Je n&#8217;avais pas compris le but premier de ce blogue: faire des entrées, à tous prix. D&#8217;où le fait que vous assumiez d&#8217;être la risée du Web par vos prises de position, du moment que les visites augmentent. Une fois encore très sincèrement, j&#8217;admire cette démarche: oser [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=3080&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;padding-left:300px;"><strong><em>Au fuyant (et museleur) Ysengrimus: toutes mes excuses. Je n&#8217;avais pas compris le but premier de ce blogue: faire des entrées, à tous prix. D&#8217;où le fait que vous assumiez d&#8217;être la risée du Web par vos prises de position, du moment que les visites augmentent. Une fois encore très sincèrement, j&#8217;admire cette démarche: oser allier ainsi stupidité, suffisance et agressivité pour augmenter le compteur de son blogue, ça demande une échine fort souple. Je ne vous dérangerai donc plus, ce qui vous permettra de ne plus perdre de temps à effacer mes commentaires.</em></strong></p>
<p style="text-align:justify;padding-left:360px;"><strong>Commentaire (caviardé) de l&#8217;intervenant VAKORAN sur le rouleau du billet sur le canular lunaire</strong><br />
.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:360px;">.</p>
<p style="text-align:justify;padding-left:360px;">.</p>
<p style="text-align:justify;">Dans la formulation de ma <a title="Typologie des carnets (blogues) électroniques" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/07/15/typologie-des-carnets-blogues-electroniques/">typologie des blogues</a>, on peut continuer de dire sans vaciller que<em> </em><a title="Portrait de blogueurs  027 – Paul Laurendeau (Ysengrimus), au Carré Saint Louis…" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2011/01/01/portrait-de-blogueurs-027-%e2%80%93-paul-laurendeau-ysengrimus-au-carre-saint-louis%e2%80%a6/"><strong><em>le Carnet d&#8217;Ysengrimus</em></strong></a> est un <strong><em>carnet d&#8217;opinion</em></strong>. On le salue souvent pour la qualité du débat qu&#8217;il suscite et, je vous l&#8217;avoue ici en toute impudence, de fait, cela ne s&#8217;improvise pas. Or justement, puisqu&#8217;on en cause, la flamboyante, tonitruante, sulfureuse, sempiternelle mais jubilatoire, foire d&#8217;empoigne de mon fameux <a title="Le canular de la conquête de la lune" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2009/06/15/le-canular-de-la-conquete-de-la-lune/">rouleau du billet du canular lunaire</a> engendre parfois l&#8217;amertume d&#8217;un certain nombre de pisse-vinaigres hagards, sans contenu précis. Ils se lamentent alors, sous le faix fort lourdingue de leur vide conceptuel, au sujet de la procédure de modération pratiquée en cette enceinte. Pierre-rejetée-devenue-pierre-d&#8217;angle, ma petite exergue exemplifie ici, pour la bonne bouche, les blatérations tapageuses de ces dromadaires à la soif éternelle. Pour les visser, et aussi pour le bénéfice d&#8217;un vieux copain qui parle justement de toutes ces choses, dans <a href="http://litterature.mcgill.ca/documents/programme_rhetorique.pdf">un colloque de rhétorique en ville,</a> il semble que le moment soit venu, sans artifice ni concession, de vous asséner <strong><em>la procédure de modération du Carnet d&#8217;Ysengrimus</em></strong>. La voici donc et, comme <a title="Débats sur blogues publics: le code d’éthique d’Ysengrimus" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2008/06/28/debats-sur-blogues-publics-le-code-d%e2%80%99ethique-d%e2%80%99ysengrimus/">son code d&#8217;éthique pour l&#8217;intervention sur carnets publics</a> se tartinait en cinq points, elle, elle se tartine en six:</p>
<p>.</p>
<p style="text-align:justify;">1- Le filtre des envois indésirables est activé. Tout envoi publicitaire ou propagandiste émis par un robot est donc automatiquement mis à l’écart ici, par la machine. Le carnetiste vérifie cependant ce lot spécifique d’envois rejetés pour s’assurer qu’une intervention intéressant l’échange ne s’y trouve pas, par inadvertance. L’inadvertance étant ici due au fait que des intervenants intéressants ayant beaucoup posté sur des carnets supportés par cette plate-forme sont parfois relégués dans le filet à mortadelle (<em>spam net</em>) sans raison vraiment valide. Ysengrimus récupère alors ces interventions.</p>
<p style="text-align:justify;">2- Ysengrimus lit personnellement les interventions de ses commentateurs une par une. La requête ferme de modération est activée pour chaque intervention. Le mécanisme autorisant le passage d’un auteur une fois que sa première intervention a été acceptée n’est pas activé. Nous sommes donc sous filtrage fin. Chaque texte est jugé graine à graine, au cas par cas. L’approbation se fait au texte, pas à l’auteur. <a title="Le cyber-anonymat, symptôme purulent du mal ENTREPRENEURIAL de notre «démocratie» paradoxale" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2008/11/29/le-cyber-anonymat-symptome-purulent-du-mal-entrepreneurial-de-notre-%c2%abdemocratie%c2%bb-paradoxale/">Le cyber-anonymat des intervenants</a> est intégralement respecté. Il arrive par contre parfois à Ysengrimus de remercier un intervenant d’avoir signé sa diatribe. En conformité avec la doctrine du <a title="POUR LE CARNET LENTEUR (Manifeste et tuyaux pratiques en faveur du Slow Blogging)" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2012/01/01/pour-le-carnet-lenteur-manifeste-et-tuyaux-pratiques-en-faveur-du-slow-blogging/">Carnet Lenteur (Slow Blogging)</a>, la bande passante de discussion de tous les billets est ouverte et restera ouverte <em>sine die</em>.</p>
<p style="text-align:justify;">3- Les fautes d’orthographe des interventions sont corrigées par Ysengrimus. Ceci ne doit pas être considéré comme une correction complète (Ysengrimus est un fort mauvais relecteur d’épreuve). Ces corrections sont apportées pour que l’intervention ne soit pas jugée sur sa conformité orthographique, <a title="L’orthographe, ce traumatisme culturel hautement bêtifiant" href="http://ysengrimus.wordpress.com/2010/04/15/l%e2%80%99orthographe-ce-traumatisme-culturel-hautement-betifiant/">critère qu’Ysengrimus juge non avenu</a>. D’autres conventions s’appliquent. Les mots abrégés sont restitués, les chiffres en chiffres sont remis en lettres. Les points d’exclamation sont retirés. Les triples points d’interrogation sont réduits à un seul. Un protocole de mise en italique ou en gras des citations et des titres est implémenté. Les paragraphes sont souvent reconfigurés (Ysengrimus n’aime pas les paragraphes d’une ligne). Les interventions en anglais sont parfois suivies d’une traduction ou d’une glose-résumé. Globalement, il s’agit de finir avec en main <strong><em>un échange-débat qui sera utilement et agréablement lisible par un tiers</em></strong>. Le jeu des interventions acceptées et refusées est cardinalement déterminé par cette priorité.</p>
<p style="text-align:justify;">4- <strong><em>Les interventions retenues en priorité</em></strong> sont celles introduisant une contradiction de fond. Si un point de vue est défendu dans le billet, le point de vue le contredisant méthodiquement est promu prioritairement dans la discussion. L’exercice se veut fondamentalement dialectique. Le postulat est que le lecteur pourra établir son propre jugement en prenant connaissance de l’intégralité du débat. <strong><em>Ysengrimus ne cherche pas à remporter un débat mais à l’exposer et à rendre sa position personnelle bien claire au sein de cet exposé</em></strong>. Les hyperliens apportés par les contradicteurs (y compris les hyperliens renvoyant à leurs propres sites) sont encouragés (tous les hyperliens sont vérifiés périodiquement et réparés, quand c’est possible). La notion de cyber-provoque (<em>trollisme</em>) n’existe pas sur <strong><em>le Carnet d’Ysengrimus</em></strong>. Toute contradiction y est fermement valorisée. Le plus radicale elle sera, les plus nettement elle sera approuvée. Ceci dit, inévitablement (il semble que ce soit une loi du genre blogue), le carnet développe, avec le temps, une <strong><em>camarilla</em></strong>. C’est un petit groupe d’intervenants habituels qui aiment <strong><em>le Carnet d’Ysengrimus</em></strong>, le lisent régulièrement, et oeuvrent à le complémenter. Ce sont les ami(e)s, les compagnons et compagnes de route. Toutes les interventions et hyperliens introduits par la camarilla sont acceptés, sauf les insultes sans contenu (dites <em>insultes inanes</em>) à l’égard des contradicteurs d’Ysengrimus. Le fait d’aimer le carnet et de le défendre bec et ongles ne libère pas de l’obligation d’argumenter au contenu.</p>
<p style="text-align:justify;">5- <strong><em>Sont refusés, sans sommation ni explication, les textes suivants</em></strong>. Les interventions écrites dans une langue qu’Ysengrimus ne peut pas décoder. Les interventions en code MSN. Les erreurs factuelles indubitables (<em>Napoléon meurt à Waterloo</em> ou <em>Toutes les langues viennent de latin</em> ou<em> Neil Armstrong et Buzz Aldrin n&#8217;ont pas de passé militaire</em> ou, naturellement, <em>La Shoah n&#8217;existe pas</em> ou <em>La femme est intrinsèquement inférieure à l&#8217;homme</em>). Il est inutile et oiseux de noyer un objecteur dans le ridicule facile de son ignorance primale (En principe, cette dernière peut d&#8217;ailleurs parfaitement co-exister avec des objections valides). Les <em>insultes inanes</em> (insultes sans contenu complémentaire, genre: <em>Pauvre imbécile!</em> sans plus) à l’égard d’Ysengrimus ou des autres intervenants. Noter cependant que les textes écrits sèchement, avec arrogance, ou colère, ou virulence, ou dépit, ou amertume, mais véhiculant des idées, un contenu, sont retenus (Ysengrimus, qui grogne sur le monde, ne se prive pas lui non plus de péter sec et de vesser fétide). Les propos enfreignant les contraintes usuelles de la liberté d’expression (propos racistes, antisémites, misogynes, homophobes, diffamatoires, juridiquement préjudiciables, etc.) sont éliminés. Quand le rouleau dépasse trente interventions, on commence aussi à éliminer les redites. Grosso modo, une redite par intervenant est autorisée. Elle fait alors l’objet d’un avertissement explicite (<em>Epsilon, évitez les redites. Le rouleau s’allonge. Vous allez m’obliger à vous caviarder</em>). La redite suivante du même intervenant est éliminée sans autre sommation. Les interventions portant sur le processus même de la procédure de modération (Genre: <em>Ysengrimus pourquoi avoir censuré ma redite. Tu ne respectes pas la liberté d’expression!</em>) sont caviardées sans sommation car c’est là un bruit inutile qui encombrerait la lecture par un tiers. Ysengrimus se réserve ausi le droit d&#8217;interrompre un débat subsidiaire entre intervenants s&#8217;il le juge excessivement digressant. Ladite interruption est alors signalée explicitement, avec aménité, ou sans. Finalement quand Ysengrimus se fait dire de <em>s&#8217;expliquer</em> ou encore d&#8217;<em>exposer ses arguments</em>, il répond simplement: <em>relisez le billet</em>. C&#8217;est qu&#8217;Ysengrimus (redisons-le&#8230;) s&#8217;efforce d&#8217;éviter les redites, y compris les siennes.</p>
<p style="text-align:justify;">6- Autrefois Ysengrimus, nono qu’il est, intervenait comme l’autre intervenant quand il répondait. Un jour il s’est aperçu que cela faussait complètement ses statistiques d’interventions en les gonflant artificiellement des siennes. Maintenant, Ysengrimus ne fait une intervention en bonne et due forme que pour apporter un complément d’information non argumentatif ou citer un commentaire pertinent (anonyme ou non) lui ayant été envoyé privément. Sauf si sa réponse est vraiment très longue, Ysengrimus réplique désormais à la suite d’un intervention par une note de pied entre crochets, en italiques et signée <em>Ysengrimus</em>. Ysengrimus répond aux interventions en français en français et aux interventions en anglais en anglais.</p>
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<div id="attachment_3082" class="wp-caption aligncenter" style="width: 430px"><img class="size-full wp-image-3082" title="MadWolf" src="http://ysengrimus.files.wordpress.com/2011/09/madwolf.jpg" alt="" width="420" height="416" /><p class="wp-caption-text">Ysengrimus ne cherche pas à remporter un débat mais à l’exposer et à rendre sa position personnelle bien claire au sein de cet exposé...</p></div>
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<br />  <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/ysengrimus.wordpress.com/3080/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/ysengrimus.wordpress.com/3080/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/ysengrimus.wordpress.com/3080/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/ysengrimus.wordpress.com/3080/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/ysengrimus.wordpress.com/3080/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/ysengrimus.wordpress.com/3080/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/ysengrimus.wordpress.com/3080/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/ysengrimus.wordpress.com/3080/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/ysengrimus.wordpress.com/3080/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/ysengrimus.wordpress.com/3080/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/ysengrimus.wordpress.com/3080/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/ysengrimus.wordpress.com/3080/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/ysengrimus.wordpress.com/3080/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/ysengrimus.wordpress.com/3080/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=ysengrimus.wordpress.com&amp;blog=3602910&amp;post=3080&amp;subd=ysengrimus&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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