Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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La culture intime des femmes nuit-elle aux femmes?

Publié par ysengrimus sur juillet 23, 2008

Commençons avec un chiffre qui, sans procéder directement des questions de sexage, dit tout: dans nos civilisations, 70% de la totalité des investissements qui sont placés, casés, transigés, boursicotés ou circulent sont en fait… les dépenses de consommation ordinaire. Le capitalisme mise encore massivement sur la pure et simple consommation de tous les jours et, si vous vous demandez pourquoi les démarcheurs sont toujours sur votre dos comme des frelons pour vous faire les poches, repensez simplement à ce chiffre crucial. Le capitalisme ne vit pas de la Bourse. Il vit de vous et moi. Ceci, pour dire simplement que la pression à la consommation, ce n’est pas une petite affaire. C’est un poids immense, constant, tangible sur nous tous.

Ensuite, pensons à l’intelligence de la petite fille. Plus avancée plus tôt que le petit garçon (ils se rejoignent éventuellement plus tard), la petite fille fascine par son pif précoce pour le jeu social et son aptitude fulgurante à décoder les règles explicites ou implicites émanant d’un modèle comportemental, individuel ou collectif. Ajoutons à cela un sens du devoir qui s’articule très tôt, une ouverture naturelle aux questions sociales, aux enfants, aux animaux, à l’habitat, aux opprimés du monde, pour conclure qu’on a affaire, avec la petite fille et la jeune femme, à une personne configurée mentalement avec un sens aiguë du devoir-faire et du devoir-être.

Posons ensuite l’axiome féministe sur lequel repose tout le raisonnement proposé ici. Toute régression vers des valeurs patriarcales qui replaceraient la femme en position de subordination socio-économique et ethnologique devant l’homme, comme celles longtemps imposées dans la société rurale ancienne, est non recevable. La libération et la valorisation de la culture intime des femmes sont là pour rester et leur caractère irréversible s’impose dans les faits effectifs autant que dans la totalité de nos représentations éthiques. Le problème n’est pas que la femme soit libre (devant un ordre révolu). Le problème est qu’elle est “libre” dans une civilisation contemporaine qui, elle, ne l’est pas…

Car il faut constater froidement un fait catastrophique que le féminisme classique n’avait pas prévu. La rencontre d’un vif sens féminin du devoir-être et du capitalisme consumériste effréné de notre temps produit un mutant mental et comportemental, un monstre socio-culturel particulièrement pugnace: l’auto-dénigrement morbide face à un modèle de féminité irréaliste car conçu exclusivement pour amplifier des réflexes de consommation qui, pour perdurer, se doivent de ne jamais se voir assouvis. La moindre pube de teinture pour cheveux contient le tout du drame en un micro-théâtre regrettablement tragi-comique. Femme Lambda dit à Femme Epsilon : «Tu te crois bien coiffée, Cocotte? Grave erreur! Regarde plus attentivement la racine de tes cheveux dans ce miroir. Oh horreur, tu n’es plus conforme au canon, tu débordes poisseusement du moule comportemental, tu trahis la morale élémentaire du Souverain Beau, tu es moche et méprisable… Pourquoi? Tout simplement parce que regarde: la couleur naturelle de tes cheveux revient te hanter à leurs racines. Imite–moi, moi femme éclatante, abstraite, théorique, illusoire, dont tu revendiques le prestige. Jalouse moi d’abord. Imite moi ensuite. Consomme régulièrement la teinture Zinzin. Tes cheveux seront alors un modèle pour celui des autres femmes qui te surveillent et te jugent…» Libre de tous ses choix, la femme est aussi libre… de vendre de la saloperie à d’autres femmes en les terrorisant, selon la configuration (et les tics, et les perversions) d’une intelligence qu’elle connaît parfaitement puisqu’elle en procède librement. Libérée du patriarcat antique, la femme n’en est pas pour autant libérée du capitalisme. Et, sous le capitalisme, la femme est une louve pour la femme… égale de plus en plus effective de l’homme (qui est un loup pour l’homme, sous le même régime social).

La configuration de leur intelligence étant ce qu’elle est, les femmes feront des leaders socialistes extraordinaires. Quand la société civile se concentrera sur les devoir qu’elle doit assumer envers elle-même, sur ses enfants, sur la paix et la nutrition dans le monde, sur un environnement et un habitat sains, sur le respect mutel et la résorption du grossier, du brutal, du violent, la configuration mentale des femmes les amènera à mettre en forme une culture intime, puis une culture de la cité, qui nous poussera tous vers plus de sens des responsabilités, plus de justice, plus de décence, plus de grandeur. On y arrive. Un jour viendra… Mais sous le capitalisme consumériste, le sens du devoir des femmes se gauchit, se déforme, se transmute en une fixation morbide sur les modèles hypertrophiés (martelés pour vendre) et sur un stéréotypage conformiste des rôles, dont l’effet est particulièrement cruel, insensible, normatif et toxique. La déontologie féminine est fondamentalement incompatible avec le cynisme marchand (et menteur) du capitalisme. La première est l’avenir et l’espoir du monde contemporain. Le second est le carcan rétrograde qui empoisonne l’existence contemporaine de la totalité de la société civile.

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Mâle Alpha. Foutaise Omega. Contre le social-darwinisme de ce temps

Publié par ysengrimus sur juillet 3, 2008

Le cirque débute avec une sorte de zoologiste farfelu du nom de Desmond Morris. Ses ouvrages, populaires et vendus massivement dans les supermarchés des années 1970 (le Singe nu, le Zoo humain), nous racontaient avec un simplisme désarmant –par exemple- que les seins et les lèvres de la femme humaine sont une transposition des fesses et de la vulve de la guenon, transposition apparue lors du passage de notre ancêtre à la station verticale pour perpétuer les attraits primaires de la séduction simienne originelle. Dans cette continuité, un certain journalisme de folliculaires nous raconte que si les femmes trouvent plus facilement que les hommes les fruits et les légumes dans un supermarché, ce n’est pas le résultat d’un conditionnement social, non, non, non, c’est parce que chez notre ancêtre arboricole, la femelle, vouée à détecter les fruits pour ses petits, captait et sélectionnait plus facilement les couleurs vives que le mâle. Explication similaire pour la préférence des petites filles pour le rose et les jouets passif, la préférence des petits garçons pour le noir et les jouets agressifs (si tant est que cela se vérifie!). Cela est censé relever de la division des rôles de cueillette et de combat dans la horde lointaine et atavique des contemporains de Lucy… La chose se sophistique parfois en doctrine sociale de toc. On nous annonce alors que les hommes riches sélectionnent de jolies femmes sur les bases du principe darwinien de la survivance du plus apte et que le tout est un cas de figure inexorable de la sélection naturelle la plus ancienne et la plus fatale qui soit. Pour tout dire, il est de vogue en ce moment de tout expliquer de nos comportements sociaux sur la bases d’analyses semi-élucubrantes renvoyant à certaines caractéristiques biologiques (habituellement sélectionnées de façon superficielle et éclectique) censées provenir de notre fond primate archaïque. Dans la même dynamique, au lieu de parler, comme autrefois, d’un homme séduisant on parle désormais d’un Mâle Alpha, en référence, un peu snobinarde, à la hiérarchie que certains primatologues font des communautés de gorilles.

Le social-darwinisme est une théorie sociale réactionnaire (Spencer, Malthus, etc) qui se donne comme procédure de s’approprier les catégories descriptives de la biologie darwinienne et de les appliquer mécaniquement à la description de la vie sociale humaine. Le social-darwinisme saute donc par-dessus l’Histoire (et par-dessus un certain Karl Marx) pour plonger directement ses explications totalisantes et totalitaires dans la la toute inévitable biologie. Le fait que l’être humain se soit historicisé et, ce faisant, qu’il ait altéré sinon inversé nombre de ses déterminismes biologiques ne compte pas pour le social-darwinisme. Le social-darwinisme ne reconnaît pas les classes sociales, la lutte des classes, les révolutions et le développement historique. Tout pour lui procède de castes biologiques et est donc fondamentalement immuable. Les hommes riches sont voués à s’acheter des jolies femmes (qui restent pour toujours à vendre) de toute éternité, puisque les détails les plus perfides et les plus mesquins de la société bourgeoise contemporaine sont tous sans exception censés procéder de la lointaine fatalité du gorille… Le social-darwinisme est une déviation naturaliste qui légitime et perpétue l’ordre social en cours par un pur baratin de pseudo-science. Il est assez difficile de s’y objecter au premier degré d’ailleurs car, ce faisant, on semble rejeter le darwinisme (donc la science!), ce qui classe d’emblée, aux yeux des myopes, les objecteurs du social-darwinisme au nombre des créationnistes obtus et autres théogoneux ineptes qui ne veulent pas entendre parler de l’homme qui descend du singe…

Alors attention. La théorie de Darwin s’applique sans problème au fait que de mille glands tombés de cinquante chênes, il ne poussera que dix-huit arbres, les dix-huit plus forts, et le reste passera en humus. Gaspillage spermatosoïdesque dans la nature, survivance du plus résistant par pure inertie biologique. Si des petits écureuils se mettent à enterrer certains glands un peu partout, altérant la croissance initiale des chênes et l’augmentant, c’est encore un effet naturel qui verra les meilleures forêts de chênes se peupler d’écureuils qui, encore une fois, gaspillent en se donnant vingt caches de glands et en n’en retrouvant que cinq, le reste devenant des arbres. Mais si d’un coup sec, toute la forêt est rasée avec de la machinerie lourde, appartenant à une multinationale à visées lucratives, pour bâtir des habitations au Canada ou des navires en Norvège, là, l’évolution naturelle vient de se faire radicalemnt bousculer par le développement historique. C’est que l’animal dénaturé (l’humain, selon le mot de Vercors) vient d’intervenir et les explications darwiniennes ne tiennent plus. C’est ici que Darwin débarque et que Marx embarque…

Je ne suis pas un primate tout court… Je suis un primate radicalement altéré par le développement historique. Il m’est donc possible de changer radicalement ma nature grâce à mes acquis historiques. Je peux voler en avion, je peux nager sous la mer en scaphandre, je peux cesser de traiter ma femelle en inférieure, elle peut ne pas se laisser engrosser par moi si elle me trouve trop sot, et je peux changer le tout ma vie et elle aussi. Il n’y a donc rien de «fatal», rien de «naturel» rien de «biologique», rien de «génétique» dans mes pratiques sociales, et le social-darwinisme, la théorie implicite des hommes riches qui achètent des jolies femmes et souhaitent ardemment qu’il en soit toujours ainsi en misant compulsivement sur le patriarcat musculeux des gorilles, est une pure et simple fausseté.

Comme l’esclavage, la monarchie, l’apartheid et le polythéisme, bien des comportements que nos petits fatalistes auto-promotionnels contemporains croient éternels seront rejetés par le développement historique, et ce, dans pas si longtemps que cela d’ailleurs. Le social-darwinisme et ses divers implicites machos et élitistes sont certainement de ceux-là. Je n’aurai donc qu’un mot: Mâle Alpha. Foutaise Omega.

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Qu’est-ce que le Bellicisme?

Publié par ysengrimus sur juin 30, 2008

Le Bellicisme est fondamentalement une doctrine commerciale. On vous vend une guerre. Plus précisément on vous vent du guerroyage, une guéguerre. Le principal consommateur du Bellicisme est une administration publique préférablement riche, qui ressent le besoin d’engourdir sa population et de la droitiser en lui insufflant une potion de cheval patriotarde qui la gonflera de l’extase irrationnel des croisades, en assurant de substantiels gains électoraux et un dédouanement implicite des gouvernants face aux besoins matériels effectifs de la société civile… En échange des centaines de milliards engloutis dans le complexe militaro-industriel, dans le pur style du film Wag de Dog mais en immensément plus coûteux, les entrepreneurs bellicistes vous fournissent les apparences d’un conflit, victorieux mais difficile quand même, avec pertes de vies sanglantes et tout le folklore, et où, bien sûr, plus que jamais, tout ce qui clochera sera la faute de l’autre. Il ne faut surtout pas confondre Bellicisme et Militarisme. Le Militarisme promeut le «programme politique» d’une structuration de l’administration civile sur le modèle du commandement autoritaire et intolérant de l’armée. Le Militarisme achevé étant naturellement le gouvernement étatique tenu par une junte avec à sa tête un général. Le Bellicisme ne se soucie pas de ce type de totalitarisme socio-politique menant habituellement au fiasco administratif. Le Militarisme est ostentatoire et public. Le Bellicisme est feutré et discret. Comme un vendeur d’assurance, il se contente de caser son produit et d’empocher, sans tambour ni trompette. De nos jours, le Bellicisme met surtout en marché des fragments artificiels de la bonne vieille tension sociale globale perdue avec la fin de la Guerre Froide au sein d’une civilisation qui, justement, ne marcherait pas si facilement au pas.

Comme toute pratique commerciale contemporaine, le Bellicisme est de plus en plus une arnaque, y compris pour ses propres clients, les administrations publiques elles-mêmes. C’est-à-dire ici que, comme les maisons et les bagnoles, les guéguerres mises en marché par le Bellicisme coûtent de plus en plus cher et sont de moins en moins bonne qualité… La Grande Ratonnade Irakienne de 1991, soi-disant contre la troisième armée du monde, lança le bal des conflits à coûts astronomiques et à résultats de théâtre infimes. On peut aussi mentionner, comme typique mauvaise foi commerciale du Bellicisme, les étirements de conflits, qui, comme les imprévus semi-escrocs reliés, disons, à la construction d’une maison, ou comme les frais d’entretien semi-sabotagiers jalonnant les aléas de la «vie» d’une bagnole, vous allongent les coûts de votre conflit de théâtre de toc pour leur faire atteindre des sommets pharaoniques, d’ailleurs jamais clairement divulgués sur la place publique. Inutile de dire qu’enlisée, coincée, piégée, vietnamisée, pour rapatrier les troupes, l’administration publique devra, encore et encore, casquer. Ces frais seront, eux par contre, claironnés sur la place publique en conformité avec la ferme vision c’est la faute de l’autre du Bellicisme. Ce sera alors: l’administration publique a tant voulu se retirer du conflit que nous tenions si bien (!), voyez maintenant ce qu’il vous en coûte… Finalement, comme le Bellicisme nuit aux autres types de commerces (tourisme sur le théâtre lui-même et négoce international de denrées non-belliqueuses partout ailleurs), il rencontre de temps en temps les résistances du reste de la bourgeoisie internationale, résistances que l’administration publique consommatrice de Bellicisme s’empresse de discréditer en les qualifiant de Pacifisme.

Il y a un Bellicisme américain, c’est clair. Bellicisme politique et Bellicisme d’affaire. L’armée est loin d’être innocente dans cela d’ailleurs, naturellement. Sauf que: visez bien l’entourloupe actuelle. Soudainement, Vlan! L’Iran, c’est trop pour eux et ils le savent. Qu’est-ce à dire? Eh bien, ils font déjà leur piastre amplement avec les ratonnades actuelles dans les déserts et les montagnes, pourquoi s’encombrer d’une vraie guerre? Le Bellicisme-Spectacle, guerre de toc de notre temps, est beaucoup plus payant et moins coûteux, en compétences qu’ils n’ont pas et en pur et simple argent. Ils veulent d’une guerre qui fait dépenser l’administration publique, pas d’une guerre qu’il faudrait avoir le génie de gagner… C’est pour cela que l’état major américain en ce moment est soudainement contre la guerre contre l’Iran. Ils sont parfaitement réfractaires à voir leur lucratif Bellicisme dégénérer en un vrai conflit qu’il faudrait assumer d’une manière douloureusement classique, avec vraies lourdes pertes (dans tous les sens cyniques du terme). Les Bellicistes deviennent alors eux-même pacifistes pour les même raisons que les autres bourgeois pacifistes: protéger leur propre petit négoce international du (vrai) danger guerrier! Non seulement ils vous vendent à gros tarif leurs boucheries sanglantes, mais en plus, c’est de la camelote, même dans le cadre restreint et inique de leur logique guerrière. Le Bellicisme vous fourgue la Guerre-Citron. Tout le monde arnaque tout le monde dans l’import-export du désespoir et de la mort et cela ne va socio-politiquement nulle part.

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Débats sur blogues publics: le code d’éthique d’Ysengrimus

Publié par ysengrimus sur juin 28, 2008

Laissez moi vous asséner les cinq mesures autocritiques permanentes d’Ysengrimus quand il ferraille sur des blogues publics :

1- Ysengrimus, mon bon, lis d’abord tous les commentaires. Si ton idée a déjà été exprimée, ne fais pas se répéter le blogue. Si le thème ne t’inspire pas, eh bien, reste silencieux, un autre jour viendra. Évite soigneusement redites, ritournelles et platitudes.

2- Traite le sujet, Ysengrimus, pas seulement le thème lancé mais l’argumentation formulée sur ce thème par l’animateur ou animatrice de la discussion ou par les intervenants. Ne digresse que pour exemplifier. Soit original, articulé, songé si possible, utile, fécond, agréable à lire. Apporte quelque chose. Soit bref. Si ton développement est trop long, résume–le ici et pose tout simplement un hyperlien. Ceux que cela captive iront. Les autres se passeront de ta diatribe en un saut plus court.

3- Si tu n’es pas d’accord avec des éléments de contenu venant de l’animateur ou l’animatrice du blogue ou des intervenants, critique-les explicitement sans complexe mais en focus strict sur le contenu et en évitant toute référence ad hominem. Car, mon Ysengrimus, tu es ici dans un débat d’idées pas dans une querelle de personnes. Corollairement, signe donc le tout de ton vrai nom, cela t’aidera à ne dire que ce que tu dirais sans que l’anonymat électronique ne se mette à te servir de planque involontaire.

4- Ysengrimus, gars, interviens le moins fréquemment possible. C’est souvent tentant et ça pique les doigts d’y retourner en cataracte, en mitraille, mais tu dois penser à ceux qui lisent en silence, pas seulement à ceux qui ferraillent avec toi sur l’agora.

5- Et surtout, Ysengrimus, aime ces gens, aime cet animateur ou cette animatrice et ces intervenants. Ils sont à redéfinir la communication entre médias et lecteurs. C’est difficile mais ils le font et ils le font globalement de bonne foi. Si bien que, s’ils te cassent un verre, ils ne le font pas exprès et t’invitent, même sans le savoir, à te mettre un peu… au recyclage du verre…

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Bill Gates, avancée technique, peut-être. Régression socio-économique, certainement

Publié par ysengrimus sur juin 27, 2008

Le jugement sévère de l’Histoire est donc amorcé sur Bill Gates. Il a ouvertement volé les innovations des autres à son profit exclusif et re-banalisé le monopole avec privilège. Cet ultime nabab mythologique incarnera donc pour l’Histoire l’art peu subtil de mettre l’explosion technologique au service de l’engraissement du parasite obstructeur. Microsoft est un gros coucou destructeur posé pesamment sur le nid clignotant et souffreteux du NASDAQ. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser… Les thuriféraires pâmés de Gates invoquent sa ci-devant générosité (gros salaires, musées gratis, etc) pour les employés de sa firme de gras durs sur Seattle. Il faut donc à ce jour avoir la carte du Parti M$ pour aller au musée… Générosité??? Élitisme et esprit de corps, oui. Opportunités pour la gagang de petits copains. Miettes éparses pour les dociles et les groupies qui suivent dans le sillage. Rien pour la société civile, dans cette manne aussi titanesque que sélective, gérée selon la doctrine régressante du plus insensible et du plus condescendant des ploutocratismes. Toute la doctrine sociale du capitalisme d’avant le New Deal est là, sur un mouchoir de poche… D’autres suppôts de Gates roucoulent à propos de son virage philanthropique. Holà, holà, ho! Avec entre 20 et 50 milliards de menue monnaie voletant dans mes poches, je vous en donne moi aussi de la philanthropie, pour me dédouaner de 30 ans d’extorsion et de strangulation totalitaire… Qu’il s’attaque donc à la rougeole comme il prétend le faire… le symbole est parlant. Je ne sais pas s’il va éradiquer la rougeole, mais il oeuvre certainement à éradiquer le rouge…

Bill Gates, c’est le capitalisme qui trahi sa propre doctrine de libre concurrence et remythologise le monopole. Si son entreprise, son «oeuvre», a peut-être fait avancer la technologie (?), elle a certainement fait régresser le capitalisme vers des doctrines (pseudo mirifiques) pré-1929. Ce potentat et ses lieutenants peuvent amplement se payer ces petits frais de cours ridicules imposés de droite et de gauche au bout du bras par quelques micro-nations vétillardes, pour leurs pratiques monopolistiques éléphantesque étalées sur une génération… On aurait prédit cet ITT à la puissance mille à FDR au moment du New Deal, il en serait tombé en bas de sa chaise roulante. Même dans leur logique de capi, c’est un totalitarisme monopolistique fou furieux. Ils ont exploité le besoin technique criant d’unifier le parc d’ordi mondial pour se graisser au présent et protéger leurs profits futurs. C’est exactement comme s’enrichir sur la faim… Et Bill Gates peut bien, après cela, se transformer en mascotte inepte et jouer les Colonel Sanders de la technologie. Le mal est fait. Un mal profond et durable. Un cancer lent. Car si l’individu Gates s’en va, on a encore MicroCrosse dans les jambes pour un bon moment… Magouilles… Dictature… Extortion… Médiocratie technique… Ce n’est vraiment pas fini, l’œuvre de Bill Gates.

Urgent. Il faut saisir la fortune de Bill Gates et construire des écoles et des cliniques avec. Laisser des avoir financiers colossaux du genre de la fortune de ce type entre les mains de propriétaires privés est un crime majeur contre l’humanité. Cela mène au bout du compte à des farfeluteries misanthropes genre milliards en legs à des Fondations pour Chiens… Tout cet argent est un avoir collectif extorqué. Je le redis: il doit être saisi sans délai ni compensation et alloué d’urgence à l’éducation et à la santé.

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Contrôler l’accès à l’internet de nos enfants… écoper la mer…

Publié par ysengrimus sur juin 17, 2008

Il est de vogue de prétendre contrôler l’accès de nos enfants à l’internet, sous prétexte de les protéger des nouveaux monstres contemporains, tout en se gardant de décrire explicitement les hideurs de ces derniers (qui gardent alors implicitement tout leur suave mystère). Toutes les formules circulent. Mettre l’ordi au milieu de la cuisine, implémenter des logiciels de surveillance, se pencher intempestivement sur l’écran sans préavis, verrouiller des sites, interdire les amitiés virtuelles sur msn, etc. La répression est féroce, pugnace, ardue, futile. Je le dis froidement: faire cela, c’est espérer ni plus ni moins que la machine joue notre rôle de parent à notre place. La répression est un réflexe sécurisant à court terme, mais destructeur au fil du temps. À bon chat, bon rat. Nos enfants, qui nous battront toujours sur ce terrain, entrent simplement dans le maquis. Ils accèdent à un ordi «libre» chez des cousins, dans le sous-sol du voisin (ils ne nous diront plus où, nous les avons assez réprimé) et là notre fantasme de contrôle tombe court. On se fait détester, juger, dénigrer. On intensifie une guerre sournoise sans espoir, on dialogue de moins en moins, on se braque des deux bords et cela n’accomplit, au bout du compte, rien. Je n’ai jamais rien verrouillé des ordis de mes enfants. Je les ai laissé juges, et ils se sont lassés de jeux violents et de cybercopains ineptes par eux-même, bien plus souvent qu’à leur tour. Mais j’ai discuté avec eux, sans artifice: «Soyez prudent. Il peut y avoir des pédophiles qui se font passer pour ce qu’ils ne sont pas, même sur les papoteurs de jeux interactifs». «Quessé ça un pédophile?». «C’est un adulte que cherche à avoir des relations sexuelles avec un enfant». «Ewww!»… «Oui, ça existe. Gardez l’œil ouvert. Si c’est bizarre, faites ce qu’il faut». Un enfant, même jeune, comprend haut et fort ce message et pose toujours les bonnes questions le concernant. Et il y a un principe qui est vieux comme Socrate. Quand un enfant pose une question, c’est qu’il est prêt pour la réponse, la vraie. Ne pas la fournir ou la brouiller est un jeu risqué. Comment formuler la réponse? Simple. L’enfant vous fournira déjà le ton et le style dans la formulation de sa question. Sa question est le cadre pour votre réponse. Il vous guide par l’orientation de sa question. Répondez dans ce ton, ce style et à ce niveau, et cela tiendra parfaitement. Quand un développement plus fin sera requis, il reviendra avec une question plus fine. Si toutes les questions sont répondues calmement et sans jugement de valeur, il se tournera vers vous comme source cardinale d’info avant bien d’autres instances, Internet inclu.

Il y a nettement lieu de se demander si certains parents qui, agissant sur le comportement sans rien expliquer, ne cherchent pas en fait à contrôler la bécane pour justement s’éviter ce genre de conversation délicate avec leurs jeunes enfants… tout juste comme dans le bon vieux temps. Or quiconque a la naïveté de croire qu’il peut faire l’économie des mises aux points sensibles de la vie contemporaine grâce à un bouton «off», des sites verrouillés ou un logiciel de surveillance est en fait de facto celui ou celle qui abdique ses devoirs de parentalité à une technologie. C’est la version moderne du piquet de la chèvre de Monsieur Séguin, sauf que la petite biquette dispose de douzaines de terminaux pour arracher son piquet désormais. Prétendre contrôler l’accès à l’internet de nos enfants, c’est prétendre écoper la mer…et c’est emprisonner notre enfant dans un cachot incompréhensible sans s’expliquer. Et, il faut s’en aviser froidement, avec ce genre de conditions carcérales de vie, tout ce que vous faites, vous augmenter les motivations poussant votre jeune fille en fleur vers le motel avec un cybercopain, plutôt que vous ne les réduisez. La parentalité totalitaire a ses coûts. En fliquant l’ordi de vos bambins de 12 ou 13 ans, sans commencer à ouvrir le dialogue délicat en cause ici, vous hypothéquez votre compréhension réelle de la situation présente et future. Et vous recevrez la facture d’ici quelques années. Votre biquette obéissante et hypocrite au clavier bien tempéré à 13 ans sera une lionne révoltée à 16 ans. On verra où sera son ordi alors… Parlez-en aux hommes et aux femmes de moins de trente ans aujourd’hui. Eux ont de la technologie, ils ont vécu cette dynamique et disposent maintenant du recul de l’adulte. Ils vous le diront clairement. Vous les verrez décrire de l’intérieur, avec la voix du coeur, exactement le beau risque auquel je crois. Ce sera: voici comment j’ai contourné mes parents méfiants, ou voici comment je me suis tourné vers mes parents confiants au moment où… Le parent totalitaire est voué au résultat contraire à ses espoirs, sur les cyberquestions comme ailleurs. Liberté n’est pas négligence. Respect n’est pas insensibilité. Confiance n’est pas indifférence. Il ne faut pas chercher à écoper la mer, il faut contempler ensemble son flux torrentiel avec lucidité et ouverture. C’est là le pari incontournable de la parentalité actuelle. Et, observation corollaire non négligeable, nos enfants sont dans leurs chambres devant leurs ordis. Ils sont avec nous, au logis. Ils ne sont pas dans la ruelle, au billard ou à la taverne. Il y a des parents d’il y a 30 ans qui trouveraient cette conjoncture du 21ième siècle parfaitement paradisiaque… Je n’ai pas à épiloguer…

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À propos de l’Oubli

Publié par ysengrimus sur juin 12, 2008

L’OUBLI. est un phénomène complexe et c’est aussi –surtout- un mal à combattre. L’oubli c’est ce réseau de tuyaux de bois résinés bien étanche qu’on a retrouvé à Saint Fabien (compté de Rimouski) en construisant la nouvelle autoroute. C’est ce qui pousse à élire Thatcher et Reagan cinquante ans seulement après avoir élu Mussolini et Hitler. C’est la technologie du vitrail médiéval. C’est la genèse historique du pain et l’origine géographique des nouilles. C’est l’acte manqué des psychanalystes. C’est le sort de Louis XVII et le faciès du Masque de Fer. C’est ce qui amène à négliger la friction entre les parties d’un mécanisme le jour où il s’avère que cette friction est non négligeable. C’est ce quelque chose qui fait que le pont s’est effondré, que le rendez-vous a été raté. C’est pratiquer le kendo comme un art alors qu’à l’Ère Edo on le pratiquait comme une technique guerrière. C’est la quasi-impossibilité de se rendre aussi près du Pôle Sud que le fit James Cook, même en mobilisant des technologies dont James Cook ignorait tout. C’est le mystère indéchiffrable de la langue étrusque. C’est le vrai visage de Samuel de Champlain. C’est la nouvelle mode branchée du lait cru. C’est le son du Jazz et de la bastringue en 1896. C’est l’invention graduelle et vernaculaire du baseball. Ce sont les Statues de l’Île de Pâque. Ce sont les papesses, les soldates, les flibustières, les éclaireuses, les bûcheronnes de l’Histoire. C’est l’existence de la gastronomie sur une planète où tout le monde a faim. C’est se faire surprendre pour la troisième fois par un choc pétrolier. C’est la quasi-intégralité de notre enfance. C’est le fait absolument terrible que qui a bu, boira. C’est le Soldat Inconnu, sa guerre oubliée et le nerf de cette guerre. L’oubli, c’est l’instrument d’oppression et de sujétion par excellence. Tous ensembles, il faudrait ne jamais rien oublier.

Et je constate, avec tristesse, qu’il y a quelque chose de vachement non dialectique dans certains développements de la gnoséologie (théorie de la connaissance) marxiste autour de questions de ce type. Certes elle établit que la connaissance humaine peut, par delà les artefacts de la subjectivité et des conflits d’opinions, parvenir à fouiller, à capter, à saisir la complexité du monde matériel extérieur à nos consciences individuelles et collectives (on se rappellera les discussions par Lénine des positions de Kant dans Matérialisme et Empiriocriticisme). Par contre, on sombre dans le positivisme le plus béat aussitôt qu’on affirme que la connaissance humaine tend irréversiblement vers l’illimité sans perte en chemin (Lénine, Engels et aussi Mao Zedong, De la Pratique). Je n’ai trouvé nulle part dans le marxisme classique ce concept, pourtant fondamental en gnoséologie, qu’est l’oubli. La prise en compte de l’oubli dans l’évolution (tant ontogénétique que socio-historique) de la connaissance va inévitablement de pair avec une autre démarche absolument indispensable à notre époque: la dénonciation du triomphalisme scientiste. Il y a encore bien du travail à faire pour comprendre tout cela.

La vérité, la vérité, la vérité, la vérité, c’est une poignée de sable fin… qui glisse entre les doigts (Raoul Duguay)

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Barack Obama: émerger à gauche, présider au centre

Publié par ysengrimus sur juin 5, 2008

Bon, mettons nous une seconde dans la peau d’un grand bourgeois américain de ce temps. Le personnage est aussi puissant que discret. Totalement non-médiatique, inconnu du grand public, c’est un décideur rompu aux affaires locales et internationales, ses entreprises ont des filiales partout au monde. Il incarne le vrai pouvoir financier et industriel. L’argent rentre sans tambours et est réinvesti sans trompettes. Mais, depuis quelques années, les choses tournent moins rondement. Un antiaméricanisme poisseux, palpable, profond, tenace, pugnace se manifeste aux quatre coins de son empire feutré. Il perd des contrats, ses employés et cadres se font bousculer de-ci de là, ses clients internationaux sont crispés, cassants, on lui préfère des concurrents d’autres portions du monde, les hommes politique de ses contrées d’accueil lui font des tracasseries. Toute la structure de sa vaste entreprise ramifiée semble avoir perdu le fun des choses. Ces histoires de onze septembre, de guerre en Irak, de terrorisme et de Haliburton dépriment le moral, ternissent l’image américaine, exacerbent tous les recoins de la planète, brouillent les cartes, et nuisent au bon négoce. L’administration Bush apparaît dogmatique, ethnocentriste, arrogante, déconnecté, ahurie, usée. Elle n’écoute plus vraiment personne. Pas même la grande bourgeoisie… De fait, si tu n’es pas dans le pétrole ou dans le canon, elle te sert bien imparfaitement, cette administration rétrograde… pour ne pas dire pas du tout. Or notre grand bourgeois ici est ni dans le pétrole ni dans le canon (tout le monde ne peut pas y être!). Le gouvernement n’est pas son client exclusif, il s’en faut de beaucoup… Notre grand bourgeois ici n’est pas, au sens strict du terme, un lobbyiste. Car un “lobbyiste” on l’aura bien compris, ce n’est jamais que le représentant des entreprises dont l’administration du jour est la créature. Cela, en ce moment, procède d’un segment bien étroit et bien traditionnel de la production industrielle (pétrole, canon) et, moderne en l’occurence lui, notre grand bourgeois n’en est pas… Un autre jour viendra pour un autre lobbyiste sans doute, car, tous les savent, les lobbyistes ce sont toujours “ces lobbyistes là“. Les luttes internes de la grande bourgeoisie, cela existe et cela ne démord pas. Bref, un autre jour viendra…

Arrivent les élections de 2008. Un candidat génial, sang-mêlé, généreux, charismatique et populaire, une sorte de surdoué oratoire, émerge depuis la gauche. Oh, depuis une gauche bien douce, une gauche bien tricolore, une cocarde bien de chez nous. Il ne dit rien de spécialement faux. Il dit en fait ce que tout le monde pense depuis un bon moment. Il le dénonce justement, ce lobby des corporations traditionnelles et ce complexe militaro-industriel -bon, ça c’est de bonne guerre- mais surtout, il analyse finement l’effet strangulatoire de l’action dudit lobby sur l’administration publique. Et de là, bifurquant dans le bon sens, se posant sur le bon espace, il s’en prend aux chamailleries politiciennes oiseuses de Washington, à la paralysie gouvernementale, aux stérilités sclérosées du bipartisme hargneux. Il tient donc très bien sa place. Une place politique, solidement ancrée dans sa formation de constitutionnaliste. Il respire la réforme sans évoquer la subversion. On l’aime. On fait consensus autour de sa personne. Et lui, il veut justement bâtir un consensus politique. En un mot, et il le dit en toute candeur, il émerge à gauche mais entend présider (et peut-être même gouverner) au centre. Bon, notre grand bourgeois, qui ne fait pas spécialement de politique, se serait intéressé modérément à la chose, mais un fait a capté son attention.

C’est que ce candidat présidentiel éclatant, unique, spectaculaire, lumineux, Barack Obama, veut redonner le rêve américain à ses concitoyens et au monde. Au monde, hum hum… Il en fait tout un raffût d’ailleurs, et, ma foi, pube la chose fort efficacement. Lui, né à Hawaï d’une mère du Kansas et d’un père du Kenya, ayant réellement vécu dans ledit monde, notamment en Indonésie, pays de sa petite enfance, veut établir entre l’Amérique et ledit monde une manière de New Deal. Moins impérialiste, plus empathique, moins belliqueux, plus diplomatique… ou quoi que ce soit dans le genre (peu importe le détail, en fait, du moment qu’on coupe un peu dans tout cet arrogant gaspillage guerrier ayant court), cette nouvelle donne devrait surtout contribuer mieux que quoi que ce soit d’autre à décrisper l’atmosphère internationale qui en a, il faut bien le dire, grand besoin, dans le contexte actuel de dilapidation, de pillage des ressources alimentaires et de gabegie militariste. Ah non, le pire ennemi de ce captivant candidat historique ne sera pas la grande bourgeoisie de centre-droite… Notre grand bourgeois, cyniquement familier avec la solide machine à recyclage administratif et symbolique que sont les institutions politiques de son pays, ne s’y trompe pas. Il se le redis: le pire ennemi de ce candidat historique ne sera pas la grande bourgeoisie américaine ou mondiale. Le pire ennemi de ce candidat historique seront la guerre (et le segment étroit des entreprises bellicistes qui en vivent), l’antiaméricanisme, l’ethnocentrisme et l’intolérance sectaire de toute nature. Ce candidat saura possiblement déraciner ces tendances, chez ses compatriotes comme chez les autres, les approcher dans leur complexité, les circonscrire, les cerner et ce, avec le doigté et le sens des affaires mondiales requis. L’un dans l’autre notre grand bourgeois moderne de ce nouveau siècle juge que ce candidat présidentiel, nouveau aussi, et lui-même ont en fait en de tels ennemis des ennemis communs… Aussi, que pensez-vous donc que ce grand bourgeois ajustable, qui en a fameusement marre de la crispation des peuples et des tensions mondiales, fera, quand l’organisation électorale de cette merveilleuse tornade politique viendra le solliciter pour du financement (vu qu’il n’est pas, au sens strict du terme, un lobbyiste, enfin, disons, pour le moment, “un de ces lobbyistes là“)?

Eh bien il le financera, cet astucieux recycleur d’américanité … discrètement, comme d’habitude. C’est que… si l’impérialisme américain décline, autant se mettre tous ensembles pour le faire se poser en douceur… et voir venir les nouvelles opportunités d’affaire pendant la descente… Et Barack Obama, ce n’est jamais qu’un homme politique ordinaire de plus. Non, non, non, il n’est absolument pas faux de suivre la logique de notre grand bourgeois et de voir en Obama un politicien ordinaire. Pas ordinaire comme John Kerry ou Jimmy Carter, cependant. Il faudrait en fait dire: ordinaire comme FDR ou JFK. C’est toujours ordinaire et c’est toujours adapter le système pour le perpétuer (il faut bien s’en aviser). Mais oh oui, BHO sera un grand politicien ordinaire. La haute bourgeoisie commence donc à sérieusement s’en aviser. Elle sait dors et déjà qu’elle bénéficiera grandement de la formule des deux grands présidents centristes du siècle dernier, dont Obama avance déjà une reprise innovante dans sa rhétorique:

Reculer le camion embourbé, faire la synthèse de la situation de crise et proposer puis implanter une nouvelle donne - FDR

Fouetter les ardeurs, soulever la nation, exiger et obtenir que chacun donne le meilleur de soi-même dans la même direction - JFK

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Le paradoxe nord-américain du port d’arme: une histoire d’ours…

Publié par ysengrimus sur juin 2, 2008

L’histoire en question débute au 18ième siècle, à l’époque de la ci-devant culture de la frontière, quand ce qui bruissait dans le bois sur le bord de la route était soit ami, soit ennemi, soit ours. Le port d’arme dans ce temps était un strict atout nobiliaire et inutile de dire qu’un ours n’a pas conscience de ces distinguos de classe quand il charge. Aussi les révolutionnaires américains firent tôt du droit de se défendre dans le bois et sur leurs fermes une de leurs priorités fondamentales. On surestime d’ailleurs le caractère américain de cette exigence. Elle est en fait plus républicaine qu’américaine. En effet, si on lit attentivement les très copieux cahiers de doléances de la période prérévolutionnaire française, on s’aperçoit que la réclamation du port d’arme populaire y figure en bonne position dans de très nombreuses communes. Ceci dit, rien à faire. Il y a bel et bien dans les représentations modernes une profonde américanité de l’arme à feu. Inventeurs et concepteurs de plusieurs types d’armes de poing, de la carabine à répétition, du fusil mitrailleur (utilisé pour le première fois lors de la guerre de Sécession), j’en passe et des meilleurs, l’industrie, la culture, le folklore et la symbolique américains sont profondément et solidement marqué par le flingue et l’individu à flingue.

Révolution américaine, le port d’arme est légalisé. Révolution américaine, le Canada, comme à son habitude, ne suit pas… Depuis 1760, les britanniques au Canada opérant très ouvertement et très sereinement comme des occupants, seuls les officiers et les militaires ont le droit, strictement restreint par leurs fonctions, de porter les armes. La population française occupée ne s’attend d’ailleurs pas à autres choses. L’occupation a sa logique, et cette dernière exclut les flingues de la propriété du petit peuple. Révolution américaine, l’Amérique du Nord Britannique se recroqueville au Nord et les administrateurs coloniaux, surtout après 1776 et 1789, craignent suffisamment les courants d’idées républicains pour bien voir à ne jamais mettre des flingues entre les pattes ni de cette population française frondeuse, ni, en bonne cohérence légaliste, de la population anglaise en croissance (dont une portion significative débarque d’ailleurs justement du sud tricolore). Pas de ça chez nous. Du moins légalement car… et je me dois ici de faire revenir l’ours. Les folklores québécois et acadien sont solidement garnis d’un type très particulier de court conte populaire, les histoires d’ours. C’est toujours le même patron. Un homme a tué un ours dans le bois sans témoin, vient en vendre la fourrure au village et s’empêtre sans fins dans des explications tarabustées et filandreuses sur comment il est parvenu à réaliser un tel exploit puisqu’il n’est pas autorisé à se promener dans le bois ni nulle part ailleurs avec un flingue… Le protagoniste raconte à un auditoire goguenard et semi-complice qu’il est grimpé à un arbre dont la branche a cassé et qu’il est tombé sur le point faible du dos de l’ours, qu’il l’a chatouillé jusqu’à ce qu’il meurt de rire, qu’il l’a empoisonné avec la tambouille du chantier de coupe de bois, qu’il lui a redit le dernier sermon dominical le tuant d’ennui, qu’il a attendu l’hiver pour qu’il meurt de froid. Les variations sont infinies. Ces traits de folklore indiquent clairement que les acadiens et les québécois portèrent des armes illégalement dans leur propre dynamique de la frontière et narguèrent discrètement l’occupant avec des pétards déjà importés de chez nos voisins du sud… Un certains nombres de ces armes illégales, dont même des canons, firent d’ailleurs opinément leur apparition lors des révoltes anti-coloniales de 1837-1838 dans les portions tant française qu’anglaise du Dominion du Canada.

18ième siècle, l’administration américaine apparaît donc comme magnanime, libertaire, valeureuse, confiante et respectueuse du droit à se défendre. L’administration canadienne apparaît comme rétrograde, coloniale, vétillarde, aristo, renfrognée et peu soucieuse du bien-être de ses fermiers et de ses trappeurs. 21ième siècle, la perspective s’est inversée. Les américains passent pour des psychopathes qui font des cartons dans les restos famille avec des AK47 parfaitement légaux mais qui pourraient pulvériser l’ours sans qu’il ne reste plus rien d’utile de sa fourrure. Les canadiens passent pour de courageux modernistes qui tiennent tête au vaste fléau continental du flingue, l’œil vif et alerte aux frontières. Le développement historique a de ces revirements paradoxaux et les Dominions et les Républiques voient parfois s’inverser la légitimité de leurs systèmes de valeurs de façon toute inattendue.

Le Canada ne s’est pas départi de sa bêtise pour autant. Oh, là là! Voyez plutôt. Toronto, 2001-2010, trois millions d’habitants, métropole du Canada, voit le nombre de ses meurtres par flingues, y compris en plein jour sur rues passantes avec balles perdues et tout le tremblement, augmenter sans arrêt. Quoi, quoi, quoi? Mais les armes de poings ne sont-elles pas illégales dans ce fichu patelin? Réponse des autorités canadiennes: oui tous les crimes commis avec armes à feu sur Toronto dans la guerre des gangs, trafic de drogues et autres mitraillages pour raisons fumeuses dans les cafés branchés du centre-ville sont accomplis avec des armes bel et bien illégales. Ah bon! Tiens donc, mais d’où sort donc toute cette quincaillerie interdite? C’est un véritable arsenal, c’est… c’est comme les plans de cannabis en Colombie Britannique! Les ricains, eux, achètent ça à l’armurerie du coin. On n’en veut pas plus, mais au moins on sait d’où ça sort. Mais nous? Réponse des autorités canadiennes: oh vous savez, des pétoires qu’on chaparde au cas par cas lors de cambriolages chez des collectionneurs, des carabines et des pistolets de tir sur mire que des tireurs sportifs détenteurs de permis récréatifs se font voler un par un dans leurs coffres de bagnoles, des répliques réalistes d’armes à feu rachetées à des studios de cinéma par des braqueurs imaginatifs, le fusils à chevrotines de chasse de grand-papa qu’on tronçonne. Les gens sont débrouillards, vous savez…

Pardon, excusez-moi, pardon! C’est un autre type d’histoire d’ours ça…

Les autorités canadiennes se voilent la face sur leur incompétence à maintenir un interdit gagnant de plus en plus en importance sociale de la même façon que les américains se voilent la face sur leur incapacité à enrayer les crimes que leur constitution désuète facilite. C’est l’Amérique partout, que voulez-vous. Les faits sont les suivants, implacables: la quasi-totalité des armes à feu utilisées au Canada dans les circuits de grande comme de petite criminalité sont des armes modernes, pratiques, design, efficaces, non folkloriques, importées directement en contrebande des États-Unis. Les autorités canadiennes se voilent tellement la face et collent tellement à leur histoire de clubs de tirs sur mire artisanalement cambriolés par on ne sait qui que le maire de Toronto a décidé en 2008 de porter un coup sec. Il a rendu la totalité des clubs de tir sur mire illégaux sur tout le territoire de sa municipalité, les versant de ce fait aux profits et pertes d’une lutte contre la banalisation des armes de poings dans la vie urbaine qui passe ici par une lutte contre le mensonge et la tartufferie insidieusement complice sur l’origine glauque de tous ces pétards.

Après une telle mesure, si elle tiens, on va bien voir si le nombre de flingues diminue tant que cela dans la Ville-Reine, ou si plutôt, comme les constables villageois du vieux Dominion ont dû fort souvent le constater, l’ours n’a pas un trou béant et évident entre les deux yeux.

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Mai 68 - Mai 88 - Mai 08 – Quarante graffitis de l’ère intermédiaire

Publié par ysengrimus sur mai 28, 2008

C’était en mai 88, vingt ans après Mai, vingt ans avant ce jour, et il y avait partout dans Paris, des graffitis. Il ne se passait rien de percutant, rien d’historique, rien de bien précis, mais ces traces graphiques fugitives de la constance de la résistance humaine, sociale et politique ne sauraient mentir… Nostalgie d’un temps intermédiaire entre nous et Mai (et… je suis un ancien de Denis Diderot alias Jussieu, vous l’aurez deviné).

1- VIVE LE MYTHE ERRANT (Jussieu)

2- VOTONS MITTERAND, HÉLAS (Jussieu)

3- INTELLECTUELS RÉVOLUTIONNAIRES OU PANTINS SERVILES (ET CORROMPUS DANS LEUR DÉMISSION) (Jussieu)

4- TROTSKOS SSALIGOTS (sic - Jussieu)

5- VIVE L’IMAM KHOMEINY, LE GUIDE (ici un second graffitiste a biffé et remplacé par FUHRER) DES OPPRIMÉS DU MONDE (Jussieu)

6- À BAS TOUT. VIVE LA MORT (Jussieu)

7- QUOI DE PLUS PUANT QU’UN TROTSKO (Jussieu)

8- ANARCHIE VAINCRA (Jussieu)

9- MURS PROPRES, PEUPLE MUET (Jussieu)

10- BEGIN, HITLER : KIF, KIF (Jussieu)

11- SHARON = CHAROGNE (Jussieu)

12- VIVE LA LUTTE DES JUÏFS ANTISIONISTES (Jussieu)

13- P.C.I., PIÈGE À CON (Jussieu)

14- LA TÉLÉ REND CON (non loin du parc de Montsouris)

15- MATÉRIALISME HYSTÉRIQUE (banderole d’une manif féministe sur une photo au Centre Simone de Beauvoir)

16- LA BOURGOGNE AUX ESCARGOTS (rue Notre-Dame-des-Champs)

17- LES PUTES AU POUVOIR, LEURS FILS Y SONT DÉJÀ (Place d’Italie)

18- CHIR(arn)AC (Place d’Italie)

19- RAS LE VIOL, MACHOS DEHORS (dans le métro, un huit mars)

20- VOTONS ROUGE SANG (dans le métro – celui là est de moi)

21- HITLER EST DE RETOUR SOUS LE MASQUE TRANQUILLE DU RACISME ORDINAIRE (dans le métro)

22- SÉNAT = MAFIA DE DROITE (sortie de la station de métro Nationale)

23- TINTIN (sous un bronze de Thomas Paine, sur le boulevard Jourdan)

24- I.R.A. PUNK (dans le métro)

25- TOUS À LA MANIFESTATION CONTRE LA CHASSE À COURRE , À MONTMARTRE (station de métro Cité Universitaire)

26- USA = SS (station de métro Concorde)

27- DÉPENSEZ MOINS. VOLEZ PLUS (station de métro Luxembourg)

28- MANGEURS DE VIANDE = AFFAMEURS DES PAYS PAUVRES (station de métro Denfert-Rochereau)

29- QUAND NOUS, LES PUNKS, SERONT AU POUVOIR, L’ANARCHIE ET LE CHAOS RÈGNERONT (station de métro Porte d’Orléans)

30- USA, HORS DE GRENADE - URSS, HORS D’AFGHANISTAN - CHINE, HORS DU TIBET (station de métro Luxembourg)

31- 1984 : 2 + 2 = 5 (station de métro Saint Michel)

32- UNE FRANCE, UN ROI. VIVE ALPHONSE II, ROI DE FRANCE (dans le métro)

33- L’ŒIL ÉTAIT DANS L’ANUS ET CONTEMPLAIT COCTEAU (rue Racine, en lettres noires de 1 mètre de haut)

34- CARNAVAL - CARNAGE (sur la vitre d’une cabine téléphonique, boulevard Saint Michel)

35- JE NE SAIS PAS COMMENT SE FERA LA TROISIÈME GUERRE MONDIALE, MAIS LA QUATRIÈME SE FERA SÛREMENT À COUP DE BÂTONS ET DE PIERRES - FRED (wagon de RER, en direction de la station Charles de Gaulle-Étoile)

36- NI TRUSTS, NI SOVIETS (Gare du Nord)

37- VIVE LA HAINE (station de RER, Cité Universitaire)

38- LIBÉREZ, SAKHAROV, LÉNINE VOUS ÉCRIRA (rue du père Corentin)

39- MAIS… 68 (Cité Universitaire)

40- JE NE SAIS PLUS QUOI ÉCRIRE (Cité Universitaire)

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