Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

Archive pour 'Sexage' Categorie

Relations homme-femme dans la dynamique de la modernité. Investigation des cultures intimes en sexage. Orientations sexuelles en débat. Autocritique de l’homme. Féminisation des valeurs. Guerre et paix des sexes.

La culture intime des femmes nuit-elle aux femmes?

Publié par ysengrimus sur juillet 23, 2008

Commençons avec un chiffre qui, sans procéder directement des questions de sexage, dit tout: dans nos civilisations, 70% de la totalité des investissements qui sont placés, casés, transigés, boursicotés ou circulent sont en fait… les dépenses de consommation ordinaire. Le capitalisme mise encore massivement sur la pure et simple consommation de tous les jours et, si vous vous demandez pourquoi les démarcheurs sont toujours sur votre dos comme des frelons pour vous faire les poches, repensez simplement à ce chiffre crucial. Le capitalisme ne vit pas de la Bourse. Il vit de vous et moi. Ceci, pour dire simplement que la pression à la consommation, ce n’est pas une petite affaire. C’est un poids immense, constant, tangible sur nous tous.

Ensuite, pensons à l’intelligence de la petite fille. Plus avancée plus tôt que le petit garçon (ils se rejoignent éventuellement plus tard), la petite fille fascine par son pif précoce pour le jeu social et son aptitude fulgurante à décoder les règles explicites ou implicites émanant d’un modèle comportemental, individuel ou collectif. Ajoutons à cela un sens du devoir qui s’articule très tôt, une ouverture naturelle aux questions sociales, aux enfants, aux animaux, à l’habitat, aux opprimés du monde, pour conclure qu’on a affaire, avec la petite fille et la jeune femme, à une personne configurée mentalement avec un sens aiguë du devoir-faire et du devoir-être.

Posons ensuite l’axiome féministe sur lequel repose tout le raisonnement proposé ici. Toute régression vers des valeurs patriarcales qui replaceraient la femme en position de subordination socio-économique et ethnologique devant l’homme, comme celles longtemps imposées dans la société rurale ancienne, est non recevable. La libération et la valorisation de la culture intime des femmes sont là pour rester et leur caractère irréversible s’impose dans les faits effectifs autant que dans la totalité de nos représentations éthiques. Le problème n’est pas que la femme soit libre (devant un ordre révolu). Le problème est qu’elle est “libre” dans une civilisation contemporaine qui, elle, ne l’est pas…

Car il faut constater froidement un fait catastrophique que le féminisme classique n’avait pas prévu. La rencontre d’un vif sens féminin du devoir-être et du capitalisme consumériste effréné de notre temps produit un mutant mental et comportemental, un monstre socio-culturel particulièrement pugnace: l’auto-dénigrement morbide face à un modèle de féminité irréaliste car conçu exclusivement pour amplifier des réflexes de consommation qui, pour perdurer, se doivent de ne jamais se voir assouvis. La moindre pube de teinture pour cheveux contient le tout du drame en un micro-théâtre regrettablement tragi-comique. Femme Lambda dit à Femme Epsilon : «Tu te crois bien coiffée, Cocotte? Grave erreur! Regarde plus attentivement la racine de tes cheveux dans ce miroir. Oh horreur, tu n’es plus conforme au canon, tu débordes poisseusement du moule comportemental, tu trahis la morale élémentaire du Souverain Beau, tu es moche et méprisable… Pourquoi? Tout simplement parce que regarde: la couleur naturelle de tes cheveux revient te hanter à leurs racines. Imite–moi, moi femme éclatante, abstraite, théorique, illusoire, dont tu revendiques le prestige. Jalouse moi d’abord. Imite moi ensuite. Consomme régulièrement la teinture Zinzin. Tes cheveux seront alors un modèle pour celui des autres femmes qui te surveillent et te jugent…» Libre de tous ses choix, la femme est aussi libre… de vendre de la saloperie à d’autres femmes en les terrorisant, selon la configuration (et les tics, et les perversions) d’une intelligence qu’elle connaît parfaitement puisqu’elle en procède librement. Libérée du patriarcat antique, la femme n’en est pas pour autant libérée du capitalisme. Et, sous le capitalisme, la femme est une louve pour la femme… égale de plus en plus effective de l’homme (qui est un loup pour l’homme, sous le même régime social).

La configuration de leur intelligence étant ce qu’elle est, les femmes feront des leaders socialistes extraordinaires. Quand la société civile se concentrera sur les devoir qu’elle doit assumer envers elle-même, sur ses enfants, sur la paix et la nutrition dans le monde, sur un environnement et un habitat sains, sur le respect mutel et la résorption du grossier, du brutal, du violent, la configuration mentale des femmes les amènera à mettre en forme une culture intime, puis une culture de la cité, qui nous poussera tous vers plus de sens des responsabilités, plus de justice, plus de décence, plus de grandeur. On y arrive. Un jour viendra… Mais sous le capitalisme consumériste, le sens du devoir des femmes se gauchit, se déforme, se transmute en une fixation morbide sur les modèles hypertrophiés (martelés pour vendre) et sur un stéréotypage conformiste des rôles, dont l’effet est particulièrement cruel, insensible, normatif et toxique. La déontologie féminine est fondamentalement incompatible avec le cynisme marchand (et menteur) du capitalisme. La première est l’avenir et l’espoir du monde contemporain. Le second est le carcan rétrograde qui empoisonne l’existence contemporaine de la totalité de la société civile.

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Mâle Alpha. Foutaise Omega. Contre le social-darwinisme de ce temps

Publié par ysengrimus sur juillet 3, 2008

Le cirque débute avec une sorte de zoologiste farfelu du nom de Desmond Morris. Ses ouvrages, populaires et vendus massivement dans les supermarchés des années 1970 (le Singe nu, le Zoo humain), nous racontaient avec un simplisme désarmant –par exemple- que les seins et les lèvres de la femme humaine sont une transposition des fesses et de la vulve de la guenon, transposition apparue lors du passage de notre ancêtre à la station verticale pour perpétuer les attraits primaires de la séduction simienne originelle. Dans cette continuité, un certain journalisme de folliculaires nous raconte que si les femmes trouvent plus facilement que les hommes les fruits et les légumes dans un supermarché, ce n’est pas le résultat d’un conditionnement social, non, non, non, c’est parce que chez notre ancêtre arboricole, la femelle, vouée à détecter les fruits pour ses petits, captait et sélectionnait plus facilement les couleurs vives que le mâle. Explication similaire pour la préférence des petites filles pour le rose et les jouets passif, la préférence des petits garçons pour le noir et les jouets agressifs (si tant est que cela se vérifie!). Cela est censé relever de la division des rôles de cueillette et de combat dans la horde lointaine et atavique des contemporains de Lucy… La chose se sophistique parfois en doctrine sociale de toc. On nous annonce alors que les hommes riches sélectionnent de jolies femmes sur les bases du principe darwinien de la survivance du plus apte et que le tout est un cas de figure inexorable de la sélection naturelle la plus ancienne et la plus fatale qui soit. Pour tout dire, il est de vogue en ce moment de tout expliquer de nos comportements sociaux sur la bases d’analyses semi-élucubrantes renvoyant à certaines caractéristiques biologiques (habituellement sélectionnées de façon superficielle et éclectique) censées provenir de notre fond primate archaïque. Dans la même dynamique, au lieu de parler, comme autrefois, d’un homme séduisant on parle désormais d’un Mâle Alpha, en référence, un peu snobinarde, à la hiérarchie que certains primatologues font des communautés de gorilles.

Le social-darwinisme est une théorie sociale réactionnaire (Spencer, Malthus, etc) qui se donne comme procédure de s’approprier les catégories descriptives de la biologie darwinienne et de les appliquer mécaniquement à la description de la vie sociale humaine. Le social-darwinisme saute donc par-dessus l’Histoire (et par-dessus un certain Karl Marx) pour plonger directement ses explications totalisantes et totalitaires dans la la toute inévitable biologie. Le fait que l’être humain se soit historicisé et, ce faisant, qu’il ait altéré sinon inversé nombre de ses déterminismes biologiques ne compte pas pour le social-darwinisme. Le social-darwinisme ne reconnaît pas les classes sociales, la lutte des classes, les révolutions et le développement historique. Tout pour lui procède de castes biologiques et est donc fondamentalement immuable. Les hommes riches sont voués à s’acheter des jolies femmes (qui restent pour toujours à vendre) de toute éternité, puisque les détails les plus perfides et les plus mesquins de la société bourgeoise contemporaine sont tous sans exception censés procéder de la lointaine fatalité du gorille… Le social-darwinisme est une déviation naturaliste qui légitime et perpétue l’ordre social en cours par un pur baratin de pseudo-science. Il est assez difficile de s’y objecter au premier degré d’ailleurs car, ce faisant, on semble rejeter le darwinisme (donc la science!), ce qui classe d’emblée, aux yeux des myopes, les objecteurs du social-darwinisme au nombre des créationnistes obtus et autres théogoneux ineptes qui ne veulent pas entendre parler de l’homme qui descend du singe…

Alors attention. La théorie de Darwin s’applique sans problème au fait que de mille glands tombés de cinquante chênes, il ne poussera que dix-huit arbres, les dix-huit plus forts, et le reste passera en humus. Gaspillage spermatosoïdesque dans la nature, survivance du plus résistant par pure inertie biologique. Si des petits écureuils se mettent à enterrer certains glands un peu partout, altérant la croissance initiale des chênes et l’augmentant, c’est encore un effet naturel qui verra les meilleures forêts de chênes se peupler d’écureuils qui, encore une fois, gaspillent en se donnant vingt caches de glands et en n’en retrouvant que cinq, le reste devenant des arbres. Mais si d’un coup sec, toute la forêt est rasée avec de la machinerie lourde, appartenant à une multinationale à visées lucratives, pour bâtir des habitations au Canada ou des navires en Norvège, là, l’évolution naturelle vient de se faire radicalemnt bousculer par le développement historique. C’est que l’animal dénaturé (l’humain, selon le mot de Vercors) vient d’intervenir et les explications darwiniennes ne tiennent plus. C’est ici que Darwin débarque et que Marx embarque…

Je ne suis pas un primate tout court… Je suis un primate radicalement altéré par le développement historique. Il m’est donc possible de changer radicalement ma nature grâce à mes acquis historiques. Je peux voler en avion, je peux nager sous la mer en scaphandre, je peux cesser de traiter ma femelle en inférieure, elle peut ne pas se laisser engrosser par moi si elle me trouve trop sot, et je peux changer le tout ma vie et elle aussi. Il n’y a donc rien de «fatal», rien de «naturel» rien de «biologique», rien de «génétique» dans mes pratiques sociales, et le social-darwinisme, la théorie implicite des hommes riches qui achètent des jolies femmes et souhaitent ardemment qu’il en soit toujours ainsi en misant compulsivement sur le patriarcat musculeux des gorilles, est une pure et simple fausseté.

Comme l’esclavage, la monarchie, l’apartheid et le polythéisme, bien des comportements que nos petits fatalistes auto-promotionnels contemporains croient éternels seront rejetés par le développement historique, et ce, dans pas si longtemps que cela d’ailleurs. Le social-darwinisme et ses divers implicites machos et élitistes sont certainement de ceux-là. Je n’aurai donc qu’un mot: Mâle Alpha. Foutaise Omega.

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Le chêne et le roseau. Pourquoi l’épanouissement identitaire serait-il un communautarisme? Pourquoi le repli identitaire serait il un multiculturalisme?

Publié par ysengrimus sur juin 16, 2008

L’un dans l’autre, la question de l’intégration multiculturelle rencontre deux traitements, celui du chêne et celui du roseau.

Le chêne : la France. La République se réclame d’un certains nombre de valeurs de base qui fonctionnent comme des principes axiomatiques. Tous les citoyens étant égaux devant la loi française (dont l’extraterritorialité est fondée et légitimée dans la ci-devant universalité -voulue ou réelle- des fameux droits humains – valeurs de 1789, que les ricains implémentèrent… en 1776, mais bon) et il faut se conformer. On ne touche pas plus à la laïcité qu’on ne touche aux congés payés. L’immigrant et ses descendants sont une sorte d’accident de parcours, un apport toléré s’il s’intègre, un candidat, serein ou rebelle, à l’assimilation. Politique identitaire est un terme péjoratif en France. Le concept central pour eux, c’est le communautarisme, synonyme de replis identitaire, de résistance indue face aux exigences élémentaire de la vie publique, de crispation passéiste.

Le roseau : le Canada. Terre d’immigration dotée de deux peuples fondateurs égaux en droits et en valeurs… sinon dans les faits. Décontraction très Nouveau Monde, ouverture (non exempte cependant d’un type tout particulier de condescendance onctueuse et bienveillante parfois presque fétide, oh que oui…). Toutes les religions, tous les restos, tous les langages. Port des couvre-chefs religieux autorisé partout, sans problème particulier. Tolérance est le maître mot, le calcul étant qu’une intégration saine et effective ne se fait pas sous la contrainte des lois mais par le serein exemple. Le Canada se réclame de la notion cardinale de multiculturalisme et l’épanouissement identitaire est une valeur endossée et promue. Huit personnes sur dix rencontrées sur la rue ignorent purement et simplement la signification glauque du mot communautarisme.

Attention important! Notez qu’il ne s’agit pas ici de reprendre le jugement de valeur porté par la fable de Lafontaine. Notre bon fabuliste n’est pas nécessairment un auteur réaliste! Si le chêne de la fable se déracine tandis que le roseau plie et reste indemne, la moindre promenade auprès d’un de nos beaux lacs canadiens vous montrera des roseaux ayant cassé net d’avoir été trop flexibles et des chênes ayant parfaitement résisté à l’orage…

Ceci dit, ces deux modèles gagneraient chacun à s’inspirer un peu de l’autre. L’exemple historique du Québec est ici particulièrement parlant. Au moment de la conquête anglaise de 1760, une population française de 60 000 âmes, implantée depuis plus de 150 ans, se retrouve subitement encadrée par un occupant n’alignant pas 20 000 gogos. Le cas est savoureux, piquant et fort utile à la réflexion car ici, c’est l’immigrant minoritaire qui tient le pouvoir économique et politique… Spontanément communautaristes, du communautarisme du charbonnier en quelque sorte, les canadiens français du temps voyaient à leurs affaires, leur religion de chapelle, leur cadastre rural, le mariage de leurs fils et de leur filles, leurs corvées villageoises, leur pot-au-feu, selon leurs lois, us, pratiques et coutumes traditionnels. Le conquérant, un peu ébahi par la cohérence bourrue de cette autonomie vernaculaire, a vite vu qu’il ne pouvait pas réformer et angliciser tout ça. Il a donc justement fait la part du feu. Les crimes, impliquant notamment mort d’homme, les arnaques majeures, les insurrections, seraient traités selon les lois de l’occupant. Pour le bazar de litiges, de cadastre, de récoltes, de constructions de chapelles et de mariages, arrangez-vous entre vous avec vos lois françaises. Le Québec a, encore aujourd’hui, un code civil français et un code criminel de common law britannique. Il tient aux deux, comme il tient fermement à son parlement de type britannique, où il traite ses affaires en français… En 1774, deux ans avant la révolution américaine, craignant que les français de la vallée du Saint Laurent ne veuillent s’associer à la république américaine naissante, les occupants britanniques du Dominion du Canada, toujours numériquement minoritaires, produisent la première loi multiculturelle en terre nord-américaine, L’Acte de Québec. En un mot: OK les copains, vous pouvez rester catholiques, vous pouvez conserver la langue française, vous ne devez plus prêter explicitement serment au roi d’Angleterre. Les autres ont répondu Vive le Roi George! (en français) et les bataillons canadiens français eurent un rôle important à jouer pour empêcher la révolution américaine de s’exporter dans nos arpents de neige… Notons au passage qu’il y a donc, ici aussi, une république jouant un rôle de dynamo… extérieure, mais quand même…

Peut-on donner tort aux Québécois d’avoir continué de faire cuire leur couscous et de porter leurs voiles, si vous me passez l’analogie? Peut-on les accuser de replis identitaire pour avoir perpétué ainsi leur existence nationale, produisant une des cultures francophones les plus originale au monde hors de France, et imposant de facto à toute l’entité canadienne la notion profonde et définitoire de multiculturalisme, dont celle-ci, sans le dire trop fort, se serait bien passé autrement? Conseil d’ami: n’allez pas dire aux Québécois qu’ils auraient aussi bien pu s’assimiler, cela les crisperait fort. La notion d’assimilation est hautement péjorative pour eux. C’est purement et simplement la suprême exécration. La culture arabe de France ne pourrait-elle pas, modulo les ajustements requis, produire un résultat lumineux similaire? Par la force des faits, les britanniques paniqués des premières décennies de la Conquête de la Nouvelle France nous donnent la leçons du roseau.

Mais 250 ans plus tard, cette société québécoise, aujourd’hui laïque et moderniste, se rend compte soudain que cette souplesse anglo-saxonne qui fonda son existence commence à sérieusement gripper. Les québécois et les québécoises sont profondément féministes, le droit de la femme est pour eux un enjeu cardinal. Peuvent-ils reprocher à nos jacobins de Français, dans leur raideur et leur grandeur, de vouloir dire ça suffit! quand des pratiques juridiques inégalitaires grugent et compromettent de partout leur égalité républicaine qui est aussi un peu la nôtre? Sur le droit des femmes, si durement acquis, si fragile encore, si incomplet, la fermeté française en matière de replis identitaire (de ghetto ethnoculturel, de combines maritales louches, de magouilles d’immigration, d’oppression occulte de l’immigrante par l’immigrant - et, oui, comme la version française nous le suggère fortement, appellons un chat un chat) nous donne indubitablement la leçon du chêne.

Pourquoi l’épanouissement identitaire serait-il un communautarisme? Pensez au Québec, de plus en plus ouvert sur le monde et épanoui. Ce n’est pas un communautarisme. Pourquoi le repli identitaire serait il un multiculturalisme? Pensez aux femmes immigrantes ne bénéficiant pas effectivement des lois nationales et vivant incarcérées dans leur propre communauté, coupées du monde. Il n’y a pas grand chose de multiculturel là-dedans. Complexe.

Pensez, pensez… Pensez syncrétisme du chêne et du roseau…

Il faut doser ces deux apports, au cas par cas. Voile, bouffe, mariage, musique, héritage, patrimoine, tout doit y passer. Il faut patiemment tamiser. Chêne ici, roseau, là, Chêne pour ceci, roseau, pour cela, Il y en a pour une bonne génération. D’autres syncrétismes de grande valeur, ethnoculturels ceux-là, en émergeront, si c’est fait proprement… Je suis optimiste.

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Hypersexualisation, hyper-information, hyper-oubli

Publié par ysengrimus sur juin 9, 2008

Dans la chanson Sweet Little Sixteen, écrite il y a un demi-siècle, Chuck Berry parle des robes étroites, du rouge à lèvre vif et des talons aiguilles portés par la jeune adolescente de 1958, quand elle sort danser le rock’n roll tard le soir (alors qu’elle se refringuera en écolière le matin suivant. Elle a tout juste seize ans et… se trémousse ainsi dans toutes les salles de danse de l’Amérique). Marjolène Morin rendit hommage, dans les années 1970, à cette composition, dans son interprétation tonitruante de la pièce Suite 16 du groupe québécois Corbeau. On se souviendra de l’évocation que nous servit alors Marjo (née en 1953, elle avait 5 ans quand Chuck Berry écrivit sa ballade rock): J’me suis mis à r’garder les magazines. Tout c’que j’voyais c’était des sweet sixteen déchaînées…

Déjà des magazines… Déjà des tenues provocantes… Déjà de toutes jeunes femmes… Ce sont là de simples exemples pour dire qu’on pourrait faire une histoire détaillée de l’hypersexualisation des très jeunes femmes qui remonterait facilement tout le vingtième siècle à rebours. Il suffirait d’y appliquer l’attention et la prudence habituelle des mémorialistes: revoir les vieilles bandes d’actualités, compulser les films et les photos de famille, ré-examiner attentivement les mini-jupes de la prime jeunesse des années 1960 et les tenues modernistes de la prime jeunesse des années 1920… ou simplement en discuter doucement avec nos mamans et nos grand-mamans. Oh, mais en matières sexuelles, on aime tellement oublier et réinventer! On aime tant croire que tout débute en notre temps. La sexualisation est pourtant avec nous depuis un bon moment. Il s’agit ni de minimiser ni d’hypertrophier le phénomène. Surtout il s’agit de bien passer le tamis entre le sain et le malsain.

C’est que le pépin qu’on semble rencontrer ici n’est pas un problème de sexe mais un problème de sexage (c’est-à-dire de rapport entre les sexes). Il semble que, du temps des sweet sixteen de Berry et de Marjo, sexualisation allait de pair avec libération. Marjo: À douze ans déjà j’commencais à bouger, J’me doutais ben qu’un jour, toute allait exploser. La libération sexuelle, pour le personnage féminin de sa ballade rock, va directement de pair avec quitter le voyou bagarreur et obtus qui se prend pour son amoureux et affirmer son indépendance de femme (Roméo, va falloir que j’men aille), tout comme les gamines de la chanson de Berry affirmaient leur indépendance de jeunes adultes face aux valeurs parentales traditionnelles… Sauf que… de nos jours, rien ne va exploser… On dirait plutôt que ça va imploser… tant et tant que même le terme libération sexuelle cloche passablement à l’oreille contemporaine. Sexualisation aujourd’hui va de pair avec soumission oppressante à l’ordre de la version contemporaine du petit voyou obtus de la chanson de Marjo. Oppression sexuelle serait le mot de ce jour, on dirait. Ça ça ne va pas. En ce sens que ce n’est pas le sexe ou la séduction qui faussent l’équation ici, c’est ce qu’on en fait au coeur d’un rapport humain plus global.

Aussi, prudence. Si les particularités contemporaines de la sexualisation ne trouvent comme réplique adulte que le repli bigot et le resserrement moraliste face au sexe et aux relations intimes des jeunes, on fonce tête baissée vers un mur. C’est que l’hypersexualisation de notre temps, c’est aussi une hyper-information. Nos gamines en savent un bout et tenter de verrouiller leurs ordinateurs est l’option parfaite pour faire rire de soi sans effet tangible. Essayons minimalement de dire nos lignes adultes avec le peu de panache dont on dispose. On disposait du sexe et des relations intimes à leur âge… pas de l’ordinateur…

Il ne faut pas réprimer. Il faut démontrer. Fondamentalement, il faut démontrer que séduire n’est pas obéir et que le nouvel hédonisme féminin, sous toutes ses formes et manifestations, est parfaitement légitime tant qu’il reste une affirmation de soi et non une négation de soi face à l’homme… et face aux autres femmes si celles-ci servent outrageusement l’homme. La ligne à tirer est là, pas ailleurs. C’est une ligne féministe, pas moraliste. Vaste programme… raison de plus pour laisser l’alarmisme au vestiaire et pour puiser dans notre propre héritage, personnel et historique, de sexualisation adolescente pour voir plus clair dans cette crise actuelle du sexage, ultime chant du cygne d’un phallocratisme qui n’en finit plus d’agoniser en se vautrant tapageusement dans les médias et partout ailleurs. Et notre pire handicap sur cette question face à nos filles n’est pas leur hypersexualisation ou leur hyper-information. Notre pire handicap, c’est notre propre hyper-oubli. Hyper-oubli de Berry, de Marjo, de tant de (jeunes) femmes du précédent siècle, mais surtout hyper-oubli de notre propre adolescence et de nos propres motivations passionnelles d’origine. Souvenons-nous. Simplement. Au lieu de refouler, souvenons-nous… Ce sera déjà une solide base de dialogue dans la difficile mais cruciale démonstration féministe qui est bel et bien à faire à la jeune femme curieuse et attentive de notre temps…

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Athée, rationaliste et… solidaire de ma compatriote au hidjab

Publié par ysengrimus sur mai 24, 2008

La lancinante question du hidjab est une question simple, traitée, par nos cultures, en jésuite inepte, dans la mauvaise foi ethnocentriste la plus alarmante. Il me semble qu’il y a une différence profonde entre déshériter une femme des biens de son patrimoine parce qu’un code religieux l’exigerait (profondément inacceptable) et susurrer (non sans une certaine condescendance) à des jeunes filles en quête de repères: libère toi, tombe le hidjab… (beaucoup plus délicat). Dans le premier cas il ne faut pas hésiter à répondre avec toute la fermeté requise: haro sue les codes de la famille moyenâgeux. L’égalité des femmes prime. Embrassez nos valeurs ou faites face aux conséquences de la loi. Exemple: un homme veut répudier la femme qu’il vient d’épouser en prétendant qu’elle n’était pas vierge au moment du mariage et que la virginité est, de jure, une exigence matrimoniale « essentielle ». Si la virginité est ainsi essentialisée, au mépris de nos juridictions et de notre jurisprudence, le droit de cette femme est ouvertement brimé. Ce n’est pas acceptable. Si ce monsieur n’est pas content, qu’il divorce comme tout le monde et en assume le fardeau de la démonstration sans invoquer des principes n’ayant pas court en république… ou en les invoquant, mais à ses risques juridiques et périls argumentatifs. Ici je considère qu’une femme est directement privée de son patrimoine et de ses droits. Donc, c’est non.

Mais, dans le cas du hidjab, tout à fait distinct, je dis et redis prudence… il faut savoir laisser la chimie du contact interculturel jouer plus doucement… et savoir miser sur la déréliction, comme prise de conscience graduelle, naturelle, non imposée… et savoir éviter de fabriquer inutilement des martyrs à petit tarif. La rationalité ne se dicte pas depuis la chaire. Elle émerge suite à une vie d’expériences critiques ordinaires. Si, sur la rue où se retrouvent tous les temples en quelque grande cité multiculturelle, je dois signaler mon respect pour le fétiche divin en retirant mon chapeau dans une église mais en le gardant sur la tête dans une synagogue, et si on me laisse vivre ces expériences, à la fois distinctes et semblables, à ma guise et sans encombre, dans une église, puis dans une synagogue, puis, un peu plus bas sur la même rue, cette fois-ci avec mes godasses, dans une mosquée etc… il en résultera inévitablement une relativisation des pratiques coutumières (vestimentaires et autres) entourant le rapport au fétiche divin, et, en dernière instance, la relativisation cruciale de ce dernier de surcroît. Il faut savoir patienter face à ce genre de question. La patience méthodique, une valeur bien peu en rythme avec la trépidation culturelle contemporaine, s’impose pourtant ici… Le fait fondamental demeure en effet que dicter aux gens comment ils doivent s’habiller n’a jamais été une option très compatible avec un plein respect des droits de la personne. Je n’ai pas besoin de me vautrer bien longtemps dans les chemises brunes et les cols maos pour vendre cette idée criante… Or cela ne se transige tout simplement pas, et cela s’applique clairement à ceux qui imposent le port du hidjab mais aussi à ceux qui prétendent le retirer d’autorité. Combattre le feu par le feu, c’est bon dans la tactique de la terre brûlée, mais autrement… Les objets vestimentaires, c’est de l’ethnologie profonde, complexe, séculaire, délicate à manœuvrer. Que celui ou celle dont les talons aiguilles et les cravates rigides ne lui donnent pas des maux de dos trop criants jette la première pierre… Il s’agit ici d’un choix privé, procédant de la culture intime, et réduire cela à une simple question de laïcité publique, de signes religieux ostensibles, ou, encore pire, de soumission tremblante et mystérieuse à quelque père crypto-tyrannique, ma foi (boutade), cela procède d’un jacobinisme grossier et inique. Tranchons le nœud et cessons de toujours s’en prendre aux mêmes boucs émissaires. Cette jeune femme, ma compatriote au hidjab, l’enlèvera elle-même de son plein grée, ou ne l’enlèvera pas, sinon ce sera sa fille, sinon sa petite-fille, sinon, eh bien, mes vieux yeux finiront simplement par s’habituer à cette nouvelle impression visuelle monde…

Cette question toute simple devient compliquée uniquement quand on commence à essayer de déguiser nos préjugés ethnocentristes en droits fondamentaux. Comme on l’a souvent signalé aussi: commençons donc par donner aux femmes occidentales une équité salariale réelle et une représentativité politique et professionnelle effective (notre iniquité profonde – tout aussi inacceptable, mais plus banalisée dans notre culture ordinaire, que les codes familiaux arriérés venus d’ailleurs) et fichons une bonne fois la paix aux gens sur comment ils s’habillent, se chaussent, ou se coiffent. Sinon, de fil en aiguille, en jouant ainsi les antipapes de la fripe, on finirait purement et simplement, dans notre bonne foi hautaine et outrecuidante, comme l’Iran (cf les observations savoureuses de Marjane Satrapi dans PERSEPOLIS sur le harcèlement vestimentaire quotidien par les constables de Téhéran) ou, plus proche de nous, comme le régime des colonels grecs de 1974, quand les soldats arrêtaient les garçons dans le vent sur la voie publique et leurs coupaient les cheveux de force…

En rajustant un salaire ou un code d’héritage injuste, en bons démocrates, on protège directement le droit de quelqu’un. En dictant aux gens comment se coiffer, en mauvais démagogues, on instille nos préjugés dans l’affaire et on ne protège le droit de personne. Ce sont là des problèmes parfaitement distincts et, encore une fois, finalement assez simple… quand on les dépouille de la compulsion xéno inavouée qui les émulsionne et les brouille à l’excès.

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Les retouches photographiques sont en train de devenir un enjeu sur lequel on nous juge

Publié par ysengrimus sur mai 11, 2008

Les retouches photos faites à l’ordi, qui s’en souciait au tournant du siècle? Une photo de moi sur une vaste pelouse verte vif, tendrement penché sur mon épagneul Médor, me semblait ratée parce qu’Oncle Firmin apparaissait, titubant au loin, entre mon épagneul et moi, et comme grotesquement perché sur le bout de la truffe de ce dernier. Basta, en quelques clics et mouvements de souris, je pulvérisais le vieil oncle en fond et rapprochait légèrement Médor de moi, le tout, évidemment, sans altérer le vert serein de la pelouse. Deux amis fraternels et sans enquiquineur aucun étaient alors voués à s’aimer d’un amour sans mélange… visuel. Tout était alors dit, et nul n’y trouvait à redire. Puis, pourquoi pas, de fil en aiguille, je me suis mis à me noircir les cheveux, à me pâlir le teint, à me ciseler le nez, à me lisser les rides, à … me mincir le bide.

Le phénomène des retouche photos s’est répandu entre 2000 et 2010 comme une explosion de fond, au point de prendre l’ampleur et la proportion d’un vaste événement culturel collectif. Vers 2008 la majorité des photos de personnes ordinaires figurant sur le site de relations sociales Facebook étaient des retouchées. Le gratin ne fut naturellement pas en reste. Des acteurs et des actrices virent leur apparence altérée au point de devenir méconnaissables. Les peaux sont devenues comme plastifiées ou métallisées, les cheveux ont pris un lustré sci-fi irréel, les silhouettes sont devenues d’une cambrure impossible, la photo s’est transformée en une sorte de dessin animatronique figé dans ledit irréel et ledit impossible. Puis nos yeux –sinon ceux des persos de ces images- se sont graduellement descillés. On a commencé à pester devant les caisses du supermarché. Révolte de l’entendement. Une actrice a poursuivi un canard qui lui avait vissé la tête sur le corps d’une autre, un de ces corps de guêpe inepte qu’elle n’approuvait pas. Une compagnie de savonnette a basé une de ses pubes sur une dénonciation du caractère irréel et illusoire d’une images de jeune fille ordinaire engloutie sous une suites quasi ininterrpompue de retouches aussi factices que déshumanisantes. Ce fut le choc empirique. La même enterprise s’est ensuite fait tancer pour avoir elle-même retouché des photos de modèles qui devaient pourtant avoir subversivement transgressé les normes ineptes de ce temps, en se démarquant comme natures et non soumises aux canons. Ce fut alors le choc moral…

Nous entrons maintenant nettement dans l’ère de la retouche photo comme discrédit sur lequel on nous juge. Je vous assure que, sous peu, apparaitront des labels comme CETTE ILLUSTRATION EST GARANTIE SANS RETOUCHE qui seront, eux aussi, vrais ou mensongers, ce sera selon. De fait, certaines feuilles à potins garantissent déjà le caractère non retouché de photos qu’elles utilisent… pour dénigrer l’apparence physique, ou la santé, ou le tonus d’une personnalité qu’elles mettent au ban des normes (car il y a aussi le monde sournois et perfide des anti-retouches). Et on débattera. Et les juristes s’en mêleront. La difficultueuse courbe d’évolution de la technologie des retouches photos est clairement en train de perdre tout de sa froide inertie technique de jadis et de devenir un autres épisode de la sourde résistance contemporaine des femmes à la tyrannie des normes d’apparence. Et quand un film attendu fera un bide à cause du fait que la tête d’affiche aura été retouchée sur ladite affiche, les vendeurs de beauté factice en prendront de la graine et, de nouveau, le technologique devra s’incurver devant les pressions du social. On entrera alors dans l’ère de la rectitude photographique. Oncle Firmin ne sera probablement pas restitué au bout de la truffe de Médor sur ma vieille photo de jeunesse… mais toute une imagerie privée et publique des corps et des visages entrera alors abruptement dans le souvenir papier-glacé 2000-2010… l’âge d’or de la retouche photo sauvage (dont nous ne voulons d’ailleurs plus et qui ne nous manque vraiment pas)…

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Les poupées mannequins, ce n’est PAS du marketing…

Publié par ysengrimus sur mai 1, 2008

Il me semble qu’on en donne vraiment beaucoup trop de nos jours au «marketing». Sans trop savoir ce qu’il est exactement, on «le» prend pour le démiurge de la manipulation subconsciente des masses, une sorte de «Big Brother» tentaculaire qui nous ferait faire tout ce qu’il veut. C’est falsificateur au possible. Je suis suffisamment consommateur ordinaire de ma poersonne pour pouvoir observer la règle d’acier suivante: si vous avez un produit de merde, votre campagne marketing n’y fera pas grand chose. Pour bien comprendre mon argument, pensons, par exemple, au film DICK TRACY avec Warren Beatty et Madonna. Costumes aux couleurs criardes, grosses têtes d’affiches racoleuses, campagnes marketing tapageuses, mondovision tonitruante, film de merde, résultat médiocre au guichet, divorce inexorable entre Warren et Madonna. Point-barre… Plus personne ne se souvient de ce navet. Vous en souvenez-vous, vous? Des exemples similaires de l’incompétence chronique du marketing absolu et sans substance existent par milliers, dans tous les secteurs de production. Le marketing rate bien plus souvent son coup qu’il ne fait mouche. Et surtout: le marketing se fait bien plus souvent prendre par surprise par le produit que le contraire… Maintenant méditons ceci: les poupées-mannequins miniatures existent depuis 1959 et il se vend dans le monde une de ces effigies toutes les deux secondes, le tout avec un marketing compétent et solide, certes, mais sans extravagance particulière… Il n’y pas une campagne marketing qui puisse produire des résultats aussi durables et d’une telle puissance! Jamais. Cela n’existe pas. Le fait est que ce sont les poupées-mannequins qui font vivre leurs agents de marketing, pas le contraire. Tout simplement parce qu’il s’agit là d’un objet bien plus ancien que tous les marketings de la terre. Une petite poupée ado ou adulte, une effigie, un fétiche, un totem… Les extorqueurs qui s’engraissent aux dépens de celles qui aiment et adulent les poupées-mannequins comprennent cela bien mieux que vous et moi et ce, sans cette doctrine candide et non avenue de «marketing».

Il importe d’ajouter -corrolaire crucial ici- que le temps de la femme-objet pour l’homme, c’est fini. Et même le temps de la femme qui cherche à s’affirmer en singeant l’homme touche à son terme. Nous en arrivons à la femme qui reste elle-même, se maquille, se pomponne, s’amuse avec ses copines, jouit de ses amants et gouverne sa vie. Les nouvelles poupées-mannequins de ce temps sont naturellement centrales dans cette symbolique ludique, parce qu’elles ont la pêche, la dégaine, elles pratiquent absolument tous les sports et embrassent toutes les professions, mais leur maquillage ne se défait jamais, leur talons aiguilles ne s’enfoncent pas dans la boue de la jungle, et la grande tempête historique n’altère en rien leurs tignasses polychromes et indécoiffables. Elles sont donc un rêve. Car c’est un grand rêve de femme ça: tout accomplir sans transiger sur sa jouissance corporelle et ses fantaisies coquettes. Or, le fait est que les poupées-mannequins sont des jouets de petites filles. Ce sont donc les gamines qui décident de leur sort commercial de masse en dernière instance, pas leur père ou quelque vague «Big Brother Marketing» impalpable. Il va donc falloir cesser de crier «marketing» et «femme objet» à chaque fois qu’il s’agit de poupées-mannequins et commencer à comprendre les vrais fantasmes de celles qu’elles amusent depuis des lustres. Nous allons alors faire face à une ou deux surprises, mais nous allons bien finir par arriver à nous débarrasser de nos stéréotypes condescendants et faussement salvateurs sur les femmes et les petites filles… C’est un ajustement indispensable si nous, hommes notamment, voulons approcher adéquatement le monde superbe et terrible de la poupées-mannequin indocile de ces temps passionnels et de sa symbolique effective…

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Bill Clinton, cancre du sexage

Publié par ysengrimus sur avril 29, 2008

Bill Clinton aura été nocif et nuisible aux vues de millions de femmes, y compris la sienne. Ethnologiquement parlant, Bill Clinton aura été le président du grand rendez-vous raté des américains avec le respect de la vie privée de leurs dirigeants. Sur Monica Lewinsky, ils passèrent en effet à deux doigts de quitter le ton de la potinade collective mijaurée et de dire «C’est pas de nos affaire. Ils font ce qu’ils veulent». Mais il a fallu que Bill Clinton bascule dans l’intimidation, le tordage de bras, les envois de gardes du corps en visite intempestive à son «adversaire». Derrière Monsieur Sourire se profila alors soudain Monsieur Fier-à-Bras et ce que les américains apprécient habituellement tellement en politique (étrangère notamment) se mit à clocher sur ce terrain là. Les femmes américaines surtout ne supportèrent pas ce genre de duplicité sur fond crypto-brutal. Elles furent profondément déçues et amères, surtout que la femme s’identifie toujours à la femme (Hillary, Chelsea, Monica, Paula…). Et le message collectif finalement fut : «Tord des bras et pète des gueules tant que ce sont des affaires d’état. Mais pour tes affaires de coeur, mon gars, ne manoeuvre pas comme ça, parce que ce sont les replis ordinaires de la nation que tu bafoues alors». L’erreur de mélanger le politique avec le privé, fondamentalement, c’est Clinton lui-même qui l’a commise. Le peuple américain ne fit que suivre, prisonnier de la logique malotrue que Clinton avait instauré envers ces passades qu’il respecta si peu. Puis, pour parfaire le foutoir et lui donner toute l’amplitude des destins tragiques, il a fallu qu’il soit le mari de la première candidate de calibre à la Présidence de tous les temps. Le couple Clinton ne se sortira jamais de ce marasme qui les livra à la postérité subconscience de l’Amérique. Une bien triste leçon de l’histoire contemporaine des rapports de sexage.

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Obama n’est pas un prêcheur mais un orateur… et un compagnon de vie

Publié par ysengrimus sur avril 29, 2008

Joie aigre-douce. Le puissant phénomène Obama c’est dans le fond comme le phénomène Powell ou Rice. Des figures majeures de la politique américaine sont désormais afro-américaines et prennent en toute simplicité une place à droite (souvent, à ce jour) ou au centre gauche (enfin, pour une fois) dans l’arène politique qui est celle de leur nation-empire. La couleur de la peau ou le profil ethnique n’est plus un critère. On prend enfin ces gens pour ce qu’ils sont, sans plus. Comme pour Oprah Winfrey (gentille, géniale, adulée), comme pour Barry Bond (vilain, tricheur, suicidaire), on juge l’arbre à ses fruits sociologiques, à son action politique, à sa pensée, à ses options, heureuses ou malheureuses, en toute neutralité ethno-raciale. C’est le degré zéro de la peau, enfin, enfin, enfin et plus que tout: ENFIN! Ceci dit et bien dit, la joie est quand même un peu aigre-douce parce que, bon, en quittant leur statut historique de martyrs des droits civiques, les afro-américains perdent aussi implacablement leur stature virginale et héroïque au sein de la mythologie politique américaine. Ils entrent de plain pied en pourriture politicienne banalisée pas plus et pas moins que tous les autres. Joie aigre-douce de les voir passer du mythique au normal… mais, somme toute, joie tout de même, car le coût historique de ce passage en parcours de calvaire a été suffisamment dur à payer pour qu’il soit plus que temps de passer à autres choses, sur un autre ton, dans un autre registre. Le moment historique est extraordinaire et fondamentalement jubilatoire. Obama est une figure qui gagne fortement en se faisant connaître. Sa capacité à CONVAINCRE l’électorat blanc de changer ses idées (ou ses préjugés) est le phénomène qui fera la différence dans cette campagne présidentielle. Du temps de John Kerry, c’était une guerre de tranchées, fixe (souvenons nous des bleus et des rouges sur la carte). Ici, ce sera une guerre de positions, mobile. Comme pour Oprah Winfrey, comme pour Barry Bond, le vieux facteur racial est en train de complètement se dissoudre. Il comptera moins que jamais.

Chantons donc avec Obama: « Moi, moi, Roy D’Argot, je le sais déjà. Je suis monté sur un drôle de bateau, bien plus pourri que la Cours de Miracles… » (Fugain, LE ROY D’ARGOT). et regardons le aller comme un météore. Le rapprochement du talent oratoire d’Obama avec celui de Kennedy me semble en fait bien plus valide qu’avec celui de Martin Luther King (à une importante différence près: Obama fonctionne par canevas de discours dont il improvise la finalisation sur place, alors que Kennedy écrivait et mémorisait l’intégralité de ses interventions publiques. Autres temps…). Il faut comprendre une chose d’une grande profondeur dans la culture rhétorique afro-américaine pré-Obama. Des gens comme Martin Luther King ou Jesse Jackson sont avant tout des pasteurs. Leur premier public se réunissait dans une petite chapelle communautaire. Leur éducation oratoire en est une d’ecclésiastiques: mysticisme implicite, amplitude de la résistance collective, espoir émanant du désespoir, communion avec l’audience, pathos, «Glory halleluia!», etc. Or, écoutez attentivement Obama. Il n’y a en fait rien de cela dans ses discours devant grand public. C’est un orateur fondamentalement laïc. Sa présentation est toujours dépouillée, rationnelle, explicative et synthétique en même temps. Sa simplicité de formulation est celle du communicateur efficace dont chaque mot résonne dans chaque cerveau. Le contenu n’y est pas sacrifié, mais packagé. C’est une sorte de power point verbal. Ce n’est jamais du simplisme de prêcheur. Ce n’est pas un sermon du tout (qui miserait sur l’espoir paradisiaque, la mystique grégaire, la colère rentrée, le pathos, le préchiprécha émotionnel, l’autovalorisation suavement dogmatique, la mélasse des martyrs). C’est, au contraire et sans concession, le plus délicat des discours politiques imaginable: celui engageant, entre autres, l’autocritique fondée rationnellement de toute une communauté. Son exposé s’adresse à l’opinion et au jugement d’abord, aux émotions ensuite. Même les inévitables effets de manches électoralistes les plus tonitruants peuvent toujours se résumer après coup en un fort élément de contenu. Son discours n’est pas démagogique. L’attaque ad hominem notamment en est rigoureusement absente. Obama ne cesse jamais de faire réfléchir son auditoire. Pour la simplicité, la clarté et le constant souci cognitif de l’exposé, il me rappelle en fait plus Lénine que Luther King… Admirons sans rougir, mais en demeurant conscient que ce ne sont pour l’instant que des paroles…

Sur le facteur femme maintenant. Face à cet autre immense événement historique, celui de faire face à une candidate à l’investiture, Obama ne put avancer que la formule traditionnelle: regardez ma First Lady. Il la joue à fond. Son épouse, Michelle Obama, est une avocate d’affaire articulée et intelligente qui se donne comme ayant été initiée à la conscience sociale par Obama lui-même. Son admiration pour son époux n’a rien de béat et se communique très bien dans les rassemblements. Mais c’est aussi une bourgeoise en tenue stricte, un peu crispée, pas très à l’aise dans les bains de foules, et qui dit des choses comme: «Nos deux petites filles vivent la vie de gras durs dont nous voudrions voir le reste des enfants américains bénéficier». Cette touche un peu poissante de condescendance de classe ne vend pas nécessairement très bien au centre gauche en général et en particulier auprès des femmes américaines, auxquelles on ne dit pas comme ça que ma famille est mieux tenue que la tienne. Or la femme surveille la femme. Toujours. Michelle Obama, talon d’Achille auprès du vote des femmes? Il faudra voir.

Ceci dit, les femmes (et les hommes) ayant voté pour Madame Clinton contre Obama dans cette longue et difficile campagne pour l’investiture démocrate n’ont pas nécessairement fait jouer uniquement le corporatisme femme. Les femmes sont d’ailleurs souvent les premières à se méfier de ce dernier. Elles aspirent à viser plus loin que l’esprit de corps sans nuance, dans les affaires de la cité. Au delà des clivages de sexage donc, on peut voir je crois, en cette longue et épuisante durabilité de Madame Clinton dans la lutte, un simple et net soubresaut d’inquiétude idéologique des démocrates américains. Un peu pas trop vers la gauche quand même sembla pour un temps se dire la conscience collective démocrate. Puis le débat pour l’investiture s’est graduellement éteint dans les fantasmes homicides du couac conclusif de Madame Clinton qui permirent à Obama de se mettre de nouveau en relief, avec la stature d’un seigneur débonnaire. C’est qu’Obama laisse toujours toutes les portes ouvertes. Sa courtoisie rhétorique est une redoutable méthode. Sur tous les fronts, il combat déjà l’image de la solution américaine par le conflit. Il se veut rassembleur et pacificateur. L’attaquer, c’est la première étape menant à devoir implacablement se joindre à lui… Imaginer l’application de ce genre de doctrine en politique étrangère laisse rêveur… Débat historique de la conscience collective américaine face à elle-même. Conflit avec le conflit… Et il demeure que l’Amérique est conquise par Obama. Il danse chez Ellen Degeneres, joue au basket et aspire à changer Washington. Force est d’admettre qu’un consensus tacite transcendant les partis se sera tissé autour de cette formidable figure du spectacle politique et de ce qu’il représente.

Avec Obama et de par Obama, l’Amérique est en fait en train de remythologiser sa vie politique. Sachant confusément qu’ils ne peuvent se débarasser de leur culpabilité effective, nos incroyables voisins du sud oeuvrent en ce moment à secouer le joug de la culpabilisation émotionnelle qui les accable si profondément face au monde. Activant à fond les formidables rouages recyclants de la toujours très efficace machine à mirages qu’est l’ensemble de leurs institutions, les américains sont en train de faire émerger une figure politique de haut niveau qui parle comme eux et qui dit C’est assez!” à toute une classe de dirigeants oligarches. L’expérience intellectuelle et sentimentale est sans précédent depuis Kennedy. Profondément plus conformistes en république que les français, les américains ont crucialement besoin d’un président qu’ils aiment comme un frère, un partenaire ou un ami. Un compagnon de vie. Il faut voir maintenant jusqu’ou ils pourront vraiment aller dans cette quête peu simple mais déjà, l’expérience est absolument unique.

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Merci Mesdames d’empêcher en permanence la troisième guerre mondiale d’éclater

Publié par ysengrimus sur avril 29, 2008

Mesdames, je vais peut-être vous surprendre, mais c’est grâce à ce rejet constant et stable de la mort de nos petits gars au combat dans des conflits de théâtre absurdes (que vous exprimez si sincèrement, et qui est vécu et articulé par des millions d’autres femmes comme vous, en toute simplicité) que nous n’avons pas eu de troisième guerre mondiale. Je m’explique. Quand Eisenhower se fit rapporter, au tout premier jour du débarquement de Normandie de 1944, que 10,000 hommes avaient été tués sur le coup, il répondit, sans cynisme, et avec un soulagement réel: «So far so good, I was expecting 20,000» [Pas mal du tout, Je m'attendais à 20,000]. Ce type d’insensibilité implacable (et, disons–le, si masculine…) des états-majors n’est plus possible aujourd’hui, simplement parce que les mères, les soeurs, les copines des soldats et leurs amies et nos amies veillent et influent de leur massive sensibilité pacifiste tout le rapport de la société civile à la guerre. Comparons le contraste entre la couverture par un journaliste homme et la couverture par une journaliste femme du même drame d’un de nos ti-klins soldoques mort à Kandahar. Sous la plume du journaliste homme, d’accord ou pas, on garde la tête bien froide puis les yeux sur la rondelle. Il va falloir s’habituer à revoler dans le bande pis y en aura pas de faciles. D’ailleurs (comme l’expriment aussi assez oiseusement encore trop de nos compatriotes) les petits gars sont là-bas pour sauver les FEMMES afghanes. «Alors écrasez vous les filles, Rambo s’en vient. Comme on disait dans mon enfance: Les filles, les guénilles, les gars les soldats. Calmez vos nerfs. Ce n’est que la politique par d’autres moyens…» Sauf que la journaliste femme et ses semblables, elles, ont pleuré de tristesse et de rage devant leur ordi et l’on exprimé sans honte au monde dans les canards et sur Internet. Leurs arrières-grand-mères de la guerre ’14, avaient d’ailleurs pleuré et protesté comme ça, elles aussi, mais au fond d’une cuisine silencieuse. Leurs grand-mères de la guerre ’39 ont pleuré et protesté comme ça, elles, dans le tapage d’une tannerie ou d’une usine de bombes. On ne les a pas trop entendue non plus, dans le temps. Maintenant la vision vague et femme de Madame la Journaliste apparaît dans un medium qui vaut pour 50/50 face à la vision précise et eisenhowerienne de Monsieur le Journaliste. Compareurs, comparez. Choisisseurs, choisissez. Moi, je ne m’habituerai JAMAIS au meurtre de mes fils et des fils du soi-disant ennemi au nom de l’impérialisme pétrolier et opiacé de l’Occident.

La montée du pouvoir de masse et de l’impact social des femmes vont donc de pair avec l’impossibilité de disposer aujourd’hui sans obstacle de l’attitude d’Eisenhower envers les petits gars qui sont aux bouttes des fusils. Un mort québécois en Afghanistan et le Premier Ministre du Canada est obligé de patiner comme un perdu dans la propagande humanitaire. C’est à la portion FEMME (que les hommes ressentent aussi de plus en plus profondément de nos jours) de la société civile qu’il s’adresse dans ses salades pour québécois(e)s velléitaires. Subitement, l’inepte unifolié jambette et bafouille dans ses sourates et ses redites: il est en croisade exclusivement… pour sauver les FEMMES afghanes! Personne n’est dupe, allons, et la résistance polie mais ferme joue, sentie, dense, pesante… Et évidemment, cet exploit majeur des femmes de ce temps (nous éviter de nous jeter dans un troisième conflit mondial, ce n’est pas rien) étant un exploit silencieux, en creux, en vide, in absentia (vu que cette guerre n’est pas arrivée), on ne le remarque pas, ne l’analyse pas, ne le comptabilise pas dans l’Histoire, mais il est avec nous en permanence. Ces femmes qui ont dit : je ne fais pas de politique, je ne me prononce pas sur la légitimité de la guerre ou quoi, mais bondance les gars là, il me semble que voir les ti-pits revenir dans des boîte, ça marche pas eh bien elles ont fait toute la fichue différence avec leur larmes froides, leur colère sourde, leur résistance ouverte. Alors, du fond du coeur, merci Mesdames. Mes fils et moi même vous devons la vie.

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