Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

Archive pour la catégorie ‘Multiculturalisme contemporain’

Une fois pour toutes, je ne suis ni FÉDÉRALISTE ni NATIONALISTE. Je suis INTERNATIONALISTE…

Publié par Paul Laurendeau le 24 juin 2011

«Le seul fait d’une oppression nationale n’impose nullement à la démocratie de prendre parti pour la nationalité opprimée; un tel devoir n’intervient que lorsque les activités politiques de cette nationalité revêtent un caractère révolutionnaire et servent ainsi les intérêts particuliers de la démocratie; sinon le «soi-disant» mouvement national ne saurait avoir droit au soutien.»

Friedrich Engels, glosé par Rosdolsky, cité par Georges Haupt, dans Georges Haupt et alii (1974),  Les marxistes et la question nationale – 1848-1914, Éditions l’Étincelle, p. 15, note 6.  

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Les deux noms de mes pays ont pour principale étymologie (fantaisiste, insistons bien là-dessus) un cri exclamatif. D’une part, les espagnols seraient arrivés les premiers dans la vallée du Saint Laurent. Face au rideau impénétrable de forêt, ils auraient crié, à plusieurs reprises: AKA NADA! (tour sensé signifier: «ici, il n’y a rien!»). Les aborigènes, alors restés cachés, prenant ce cri de dépit pour une salutation des hommes au grand navire, l’auraient re-servi aux français qui eux, l’auraient pris pour le nom du bled: CANADA. D’autre part, BEC, en bas-breton, c’est sensé signifier «promontoire» et cela apparaît suffixé dans divers toponymes en Bretagne. Voyant le promontoire du Cap Diamant (de la future ville de Québec) émerger majestueusement sur le fleuve, un matelot bretonnant se serait exclamé QUÉ BEC! Et le nom aurait collé. Tout cela est bien farfelu. Canada voudrait en fait dire, si tant est, «village de huttes» dans un dialecte aborigène mal déterminé de l’est des Amériques. L’étymologie de Québec reste obscure. On sait par contre que c’est l’occupant anglais qui généralisa le nom de la ville à tout le territoire dans le tour colonial Province of Quebec. Enfin, par ces deux anecdotes étymologiques le ton est donné, quant il s’agit de mes deux pays, pas de doute là-dessus, ça débloque dur. Dans mon petit roman L’ASSIMILANDE qui vient d’être réédité en format électronique chez ELP, je mets la science-fiction la plus grandiose au service des enjeux sociopolitiques les plus raplaplas fondant justement la susdite débloquade. Un petit appareil auditif qui permet d’apprendre de façon ultra rapide la langue vivante de son interlocuteur vient d’être conçu par le laboratoire auquel est rattachée la professeure Odile Cartier. Son nom: le glottophore. S’ouvrant profondément à la culture linguistique de l’autre, la personne qui porte cet appareil devient alors l’assimilande. Avant la mise en marché de cette découverte, révolutionnaire pour un pays comme le Canada, confronté, dans la permanence de son existence, à deux langues officielles, la professeure Cartier décide de tester, sur une de ses brillantes étudiantes de doctorat anglophone, mademoiselle Kimberley Parker, l’impact psycholinguistique et ethnolinguistique du glottophore et ce, dans un mouvement accéléré d’assimilation vers la langue française (pour changer!). Alors que tout se passe plutôt bien et que Kimberley Parker prépare son intervention sur la question au Congrès des Sociétés du Haut Savoir de Montréal, dans le but avoué de faire le point sur son statut expérimental d’assimilande, le glottophore se met à produire toutes sortes d’effets secondaires imprévus, inquiétants, étranges, intriguants, angoissants, terribles (et, selon certain(e)s, fort verbalistes)… Et l’exercice, en apothéose, se termine sur une dérisoire algarade entre un fédéraliste canadien et un nationaliste québécois jaillis de nulle part, empoigne en ritournelle, prévisible jusqu’au trognon, et qui gâte joyeusement le banquet, sous la forme, toute en couacs régionalistes et bizarreries locales, du plus ardent des souques à la corde d’amour-haine…

Caricature de Serge Chapleau (1995). Le Canada et le Québec sont assez souvent représentés comme un couple passablement mal assorti, où le premier s’incarne en l’époux et le second, en l’épouse...

L’urgence lancinante de renvoyer ces deux options politiciennes du siècle dernier dos à dos est de plus en plus palpable dans l’horizon politique régional, continental et mondial de notre temps. Le fédéralisme canadien est une doctrine rampante de suppôts veules. Parfaitement méprisable, ce programme, plus vénalement administratif et/ou bassement plombier que réellement politique ou sociétal, sert de front ET l’occupant objectif, historique, monolingue et, disons, ethnocentriste (pour ne pas dire viscéralement ethnocidaire), ET la bourgeoisie compradore canadienne. La douloureuse compréhension du fédéralisme canadien finit par permettre de constater qu’il y a un phénomène sociopolitique très troublant qui détermine en profondeur la nationalité canadienne. Le Canada est un des rares pays au monde qui met en réalisation l’aphorisme suivant, bizarre et tordu au possible: plus je suis réactionnaire, MOINS je suis nationaliste. Pas banal, ça, vous me direz. Les réactionnaires canadiens ne sont effectivement pas des nationalistes-canadiens (deux termes parfaitement incongrus, dans notre horizon politique). Ils sont, tout au contraire, de virulents américanocrates, des promoteurs d’un Canada parfaitement translucide (et internationalement inopérant) dans sa soumission servile à la toute-puissance US. Les Conservateurs (au sens politicien du terme) canadiens sont donc MOINS nationalistes-canadiens (je le redis: deux termes parfaitement incongrus, dans notre horizon politique) que les Libéraux (aussi au sens politicien du terme) canadiens. Vous avez bien lu. Une promotion réac de la nationalité canadienne est donc fondamentalement un stop-and-go à vélo, parfaitement nunuche et insignifiant, qui finit par se formuler comme une affaire de boy-scouts régionalistes très peu soucieux de rayonnement international, et ostensiblement obséquieux envers nos voisins du sud, justement ceux qui requièrent de nous qu’on pollue des surfaces de territoires nordiques immenses pour leur fournir, tranquillement et sans trompettes, du bon carburant fossile, bon marché, accessible et bien opinément non-arabe…

Des fédéralistes canadiens (on les surnomme les FÉDÉRASTES) - La promotion de la nationalité canadienne est fondamentalement une affaire de boy-scouts régionalistes ostensiblement obséquieux…

Ostentatoirement anti-national-pro-US-comporadore ou «nationalistes canadiens bon teint», les émanations politiques-politiciennes de l’occupant objectif ont un solide trait en commun, par contre: elles sont toutes fédéralistes. Le fédéralisme canadien est donc un solide consensus d’intendance post-coloniale, imbibant irrémédiablement et axiomatiquement la totalité du spectrum politique au Canada (y compris les hypocrites veules et boiteux, aux sourires biaiseux, du centre-gauche) et dictant, sans compromission réelle, la soumission de la totalité du domaine national à la grande bourgeoisie de Toronto (et, cyber-mondialisation oblige, de partout ailleurs…).

La souffreteuse réplique historique, venue du nationalisme québécois, face à ce dispositif ouvertement oppressif qu’est indiscutablement le fédéralisme canadien, pose des problèmes particuliers, plus insidieux, en ce sens que critiquer les déviations droitières de l’opprimé, c’est toujours plus délicat. Le nationalisme québécois est un dispositif socio-historique fondamentalement et crucialement réactif. C’est que c’est un interminable ahanement de civilisation ré-appropriée, un lourd et lent redressement revanchard de pays occupé (depuis 1760, un bail…), un messianisme national roide, contrit, martyrisé, victimisé, dépendant, cerné, encerclé, incarcéré. On disait autrefois du nationalisme québécois qu’il était un indépendantisme, ce qui est, dans un sens, bien plus historiquement juste et précis que des descriptions lendemains-qui-chanteresses comme celles associées à la notion de souverainisme. Le nationalisme québécois intègre donc, dans les replis les plus intimes de son lyrisme, un fort élément libérateur, nationalement émancipateur, largement illusoire en fait. Franchement, pour faveur, cessons un peu de rire du monde. Ramper sous la bonne bourgeoisie francophone bien de chez nous (dont les liens avec celle de la Nouvelle Angleterre sont parfois criants jusqu’au grotesque) ou sous la bourgeoisie de celui que le poète Félix Leclerc appelait le gros voisin d’en face, quelle différence sociale fondamentale? Aucune.

Des nationalistes québécois (on les surnomme les NATIONALEUX) - Critiquer les déviations droitières de l’opprimé, c’est bien délicat...

Maintenant, prenons l’affaire à la racine. Quand on dit que le nationalisme est une affaire de bourgeois, ce n’est pas une insulte gratuite de langue de bois. C’est une analyse. La prise de position classique dictant obligatoirement de rouler soit PRO-CANADA soit PRO-QUÉBEC ne fonctionne, dans son binarisme ubuesquement tyrannique, que tant qu’on embrasse et assume la prémisse oppressive qui s’impose à nous, aujourd’hui, sous nos régimes parlementaires de toc et capitalistes de fait: celle de rapports de forces entre des groupes financiers oligarchiques, élitaires, et numériquement minoritaires, utilisant l’enveloppe nationale comme instrument maximalisant leur force de frappe impérialiste. Parler de s’annexer aux USA (comme le fit jadis René Lévesque, un des papes fondateurs du nationalisme québécois), ou au Haut-Canada (comme le recommanda jadis Lord Durham, enquêteur extraordinaire de la Reine Victoria, et fondateur lointain du fédéralisme canadien), c’est continuer de s’articuler dans la logique victoire/défaite, nation contre nation, logique dont il est plus que temps de faire le procès décisif, corrosif. Je ne veux pas de «ma» nation, cela ne veut pas dire que je veux que «ta» nation me bouffe tout cru. Il ne faut pas confondre rédition d’une nation et rejet, collectif, radical et global, de la problématique des nations. Une femme voulant nourrir son enfant, un malade voulant guérir, un homme aspirant à l’abolition de la course aux armements n’ont pas de nation. Tous ceux et toutes celles tributaires de ces objectifs se rejoignent en ce monde, par delà les nations. Il ne faut pas perdre ou gagner la bataille des nations, il faut la dissoudre et la faire tomber en obsolescence.

Classiquement, l’internationalisme, c’est simplement le fait que le citoyen qui aspire à ce qu’on cesse de lui polluer son eau et d’envoyer ses enfants à la guerre est tributaire d’un objectif commun, universel, qu’il soit de Tokyo, de Pékin, de Wichita ou de Saint-Tite-des-Caps… L’internationalisme est une lente et patiente transition vers la disparition des pays… et, ben là, on n’y oeuvrera certainement pas en érigeant un pays de plus… Il y a là un problème de principe théorique dont la crise politique québécoise actuelle est un des nombreux symptômes pratiques. Je ne m’oppose pas aux nationaleux de ci ou aux fédérastes de là. Je m’oppose en bloc au tout du débat national. Je m’oppose au débat monopolisant, gaspillant et usant à la corde l’action politique citoyenne: fédérastes versus nationaleux. Le débat national me parait aussi fondamentalement stérile que le débat constitutionnel. Je suis aussi suprêmement écoeuré de me faire dire, en me faisant enfermer dans la plus malhonnête des logiques binaires (justement la logique que je cherche ici à briser): «Tu n’es pas avec moi, c’est que tu es avec l’autre. Tu n’es pas nationaleux, cela fait implicitement de toi un sale fédéraste – ou vice-versa». L’axe fédéraste/nationaleux, ça devient pas mal vieux. Pour s’en extirper, tout en ratissant large, certains politiciens droitiers actuels au Québec voudraient être les deux. Moi, je suis aucun des deux. Moi, je suis planétaire. Les débats de pays sont des débats de bourgeois. Un jour, les pays seront aussi folkloriques que les lieux dits, les villages, les rivières, les monuments, les clochers, et les remparts de Carcassonne (gardant et protégeant le souvenir falot d’une frontière espagnole rapprochée, disparue, obsolète)… Pensez-y, dans cet angle nouveau. Affranchissez-vous du cadre national. Ce qui fait l’ouverture et le modernisme des Québécois, ce n’est pas leur illusoire pays futur, c’est leur absence de pays, actuelle et bien effective. Celle-ci fait d’eux des internationalistes de facto, moins étroits, plus sereins, ouverts, sans cocarde, sans monarque, forcés au futurisme sociopolitique par l’accident historique de leur conquête révolue et par la puissance utopique objective du non-national…

Et le parti de centre-gauche Québec Solidaire, me direz-vous. N’est-il pas à la fois de gauche et nationaliste? Nouveau narcotique soporifique que ce type de nationalisme fraternisant rantanplan que Québec Solidaire cherche certainement à articuler au sein de sa doctrine sociale. On a là une forme élégante et réformiste de recyclage du type de taponnage politico-social dont le Parti Québécois a fait son sel pour une génération, avant de cramper dans l’affairisme anti-syndical et la crypto-xénophobie et finir par se lézarder en différentes tendances de droite. Il faudrait pourtant avoir un peu appris de cette errance. Pensez-y froidement. L’idée de nation est aussi surfaite et non-opératoire dans un projet collectif effectivement progressiste que l’idée de religion. Communauté nationale, communauté religieuse, même salade fétide, mêmes germes de déviations ethnocentristes, mêmes sempiternelles ornières. La question qui compte ici est: le nationalisme est-il un élément de programme social progressiste ou régressant, au jour d’aujourd’hui, dans le monde multilatéral d’aujourd’hui. Poser la question, ma foi, c’est y répondre… Sans compter le temps que tout ce tataouinage de gouvernance-fiction fait perdre dans le bac à sable politicien… surtout au Québec… et surtout par les temps qui courrent…

Comprendre que fédéralisme et nationalisme s’articulent autour du faux problème du consensus bourgeois dans ce qu’il a de plus profondément et viscéralement mensonger, cela ré-introduira un internationalisme dont le Québec a bien besoin, dans sa culture politique. Un jour viendra… Les alter-mondialismes et indignés de toutes farines nous exemplifient un bringuebalant cheminement dans cette direction. Ils flageolent beaucoup, taponnent en masse, déconnent par bouttes, mais ils montrent partiellement le voie. Un peu (mais, oh, oh… pas complètement) comme eux, je ne suis ni fédéraliste ni nationaliste. Je suis internationaliste. Mon étendard, mon oriflamme, eh bien, c’est nul autre que celui-ci:


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Laïcité ouverte ou laïcité définie? Eh bien… laïcité ouverte ET laïcité définie…

Publié par Paul Laurendeau le 1 juin 2011

Hier, j’ai vu passer, comme une ombre qu’on plaint,
En un grand parc obscur, une femme voilée:
Funèbre et singulière, elle s’en est allée,
Recélant sa fierté sous son masque opalin.

Émile Nelligan, «La Passante», dans Motifs poétiques (Poésies complètes, BQ, p. 44) 

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Alors, pas besoin de vous faire un dessin, ça a commencé avec le voile, tous les types de voiles. Hantise sans assise, la question du voile musulman est partout dans le monde francophone, en ce moment. Au fil de la dernière décennie, au Québec, les médias vont d’abord couvrir (boutade…) cette question au jour le jour, ronron, gentil, sans se douter de l’explosion spécifique qu’elle va finalement connaître, au Québec toujours, dans les premiers mois de l’année 2010. On parle par exemple, dans nos canards, pour échantillonner un brin ce que ronron, gentil veut dire ici, du film documentaire de Nathalie Ivisic et de Yannick Létourneau Je porte le voile, présentant des rencontres avec des femmes musulmanes qui portent le voile. Décrivant les pour et les contre, cet intéressant documentaire s’efforce de combattre les stéréotypes de notre bonne vieille condescendance ethnocentriste. Ce film est captivant car il représente la douce, idyllique et lointaine (2009) époque où le Québec, blanc, virginal, mondialiste, approchait encore ces questions avec l’impartialité requise d’autrefois. Ce documentaire est, et reste, l’exemple cardinal de la réflexion québécoise dans le cadre serein de la ci-devant laïcité ouverte. Il a aussi l’avantage majeur de donner la parole aux premières intéressées.

Mais, entre temps, la décennie 2000-2010 se termine, et l’orage approche. Dans un ordre d’idée plus fondamental, le contexte ex post du débat, souvent acrimonieux et excessivement tataouineux, des «accomodements raisonnables» continue sinueusement de se mettre en place. Le tout se teinte d’un léger venin, en 2010 et au Québec toujours, quand le sociologue percheminé Yves Rocher se prononce, tout comme le Parti Québécois, en faveur d’une laïcité définie (plus rigide envers les signes religieux) par opposition, justement, à la laïcité ouverte, prônée notamment par le parti de centre-gauche Québec Solidaire. La blogosphère s’emballe un brin. On part, encore une fois dans toutes les directions ethnocentristes imaginables et l’ambiance internationale tendue sur cette question sociétale, pourtant, en fait, bien anodine, est aussi solidement représentée par le rejet par les parlementaires français du port du voile intégral dans les services publics. Et pourtant, et pourtant… Sur Montréal, l’Afrique du Nord est vraiment venue nous rehausser, depuis ma prime jeunesse. Par moments on se croirait littéralement dans la Marseille du Nord. Un grand nombre de femmes en hidjab déambulent sur les rues… tenant par la main des petites filles têtes nues et vêtues à l’occidentale. Je n’ai pas le sentiment que je vais devoir patienter bien longtemps avant que ces gamines ne soient de jeunes adultes toniques et modernes… polyglottes en plus… J’ai entendu de l’arabe marocain pour la première fois de ma vie dans le métro de Montréal, il y a peu. Les deux jeunes femmes étaient vêtues comme vous et moi et je vous passe un papier que leur coiffeur leur en doit une bonne, car elles étaient fort savamment teintes et ébouriffées à la moderne… L’intégration se fait en fait sans heurts et pourtant, dans l’horizon local, il semble que des pressions soient sciemment exercées sur le Canada pour qu’il imite la France dans son intransigeance ethnoculturelle, sur cette fichue question fichu-chiffon.

C’est dans cette ambiance délicate qu’éclate alors, début mars 2010, la crise du niqab au cégep Saint Laurent, à Montréal. Naema (nom fictif retenu par les médias), une étudiante du programme de francisation d’origine égyptienne est expulsée de son cours, par nul autre que le ministère de l’éducation du Québec, suite à une série de mésententes avec son enseignante sur comment accommoder la présentation de ses exposés oraux en classe. On lâche alors la bonde. La Fédération des Femmes du Québec appuie le ministère de l’éducation, en signalant que le hidjab (voile ne couvrant que les cheveux) est acceptable tandis que le niqab et la burqa (voiles couvrant l’intégralité du visage, sauf les yeux) sont nuisibles à la bonne communication. Les syndicats d’enseignants québécois abondent aussi dans ce sens. L’étudiante expulsée dépose alors une plainte auprès de la commission des droits de la personne. Le président du congrès musulman canadien et son épouse expliquent alors, en 2010 toujours, que le niqab est incompatible avec l’Islam, que le Coran ne requiert pas qu’on se couvre le visage, seulement qu’on s’habille avec modestie. Tiens, tiens… C’est bel et bon. C’est effectivement très utile à savoir. Ceci dit, monsieur, madame, sauf votre respect, moi, j’ouvre le Coran de bonne foi et, effectivement, je n’y vois pas grand-chose sur le voile. Par contre, je tombe quand même sur ceci:

«Les femmes ont des droits équivalents à leurs obligations,
et conformément à l’usage.
Les hommes ont cependant une prééminence sur elles.
Dieu est puissant et juste.»
Le Coran (traduction D. Masson), Sourate 2 (La vache), fin du verset 228.

Force est donc de conclure que la coutume et l’us peuvent imposer, sous la houlette de l’homme, des tenues que le Coran n’impose pas explicitement, se contentant, lui, de dicter, sans ambages, la prééminence masculine… C’est pas acceptable, ça, par contre, et c’est non négociable. C’est ça, voyez-vous, au fond, qui fait qu’on lâche la bonde à propos du voile, dans une société comme le Québec. Sur ce genre de prémisse là, y a pas de consensus possible, non, non, non. Déjà qu’il faut que je pile sur la morale de mon athéisme et endure toute cette poutine cultuelle au nom du multiculturalisme mais là, je m’arrête net. Ce genre de régression sociale: over my f***ing dead body. Sorry… Alors les «exigences de l’Islam», un peu pas trop non plus, dans le présent débat, hmm… Bon… bon… bon… Magnanime, multiculturel en diable, je vais, histoire de rester ouvert, me contenter de considérer la question du voile comme strictement ethnoculturelle, au sens le plus large du terme. Son irritante dimension religieuse est hors champs pour moi, vu qu’elle se termine infailliblement dans l’ornière phallocrate.

Madame Yolande James, Ministre de l’immigration et des communautés culturelles du Québec (2007-2010)

Mais poursuivons. Lors d’une seconde expulsion de cette même mystérieuse étudiante Naema (nom fictif toujours retenu par les médias) d’un autre cours de francisation, la ministre de l’immigration du Québec du temps, madame Yolande James (notre photo), explique que le gouvernement québécois ne cédera pas et que si Naema veut suivre le cours de francisation, il faudra qu’elle retire son niqab. Fin mars 2010, le ministère de la justice du Québec dépose, à la vapeur, le ferme et explicite Projet de Loi 94 À visage découvert, interdisant le voile intégral dans les bureaux gouvernementaux du Québec tant pour les citoyens que pour les employés. Dans le reste du monde francophone, tandis que la France s’interroge sur la légalité de l’interdiction du voile intégral, la Belgique le rend illégal sur la voie publique. La France prohibe finalement  le voile intégral, en 2011. Et vogue la galère…

Notre candeur virginale multiculturelle n’est plus. À ma grande contrition, c’est là une question qui a déchaîné les passions xénophobes des québécois et des canadiens mais que la plupart de nos médias sont arrivés, pour le moment encore (croisons les doigts), à traiter avec passablement de sobriété et de retenue. Le point de vue de cette plaignante spécifique reste, par contre, bien mal documenté, je trouve, personnellement. Il aurait été utile aussi de donner plus d’informations complémentaires sur la présence du voile intégral dans la culture spécifique de certains pays musulmans. La burqa est exclusivement afghane. Le tchador est typiquement iranien. On attendrait d’une égyptienne qu’elle ne porte qu’un hidjab (voile ne couvrant que les cheveux). La voici avec un voile intégral. Pourquoi? On ne nous l’explique pas. Attendu que le Coran ne requiert pas qu’on se couvre le visage, seulement qu’on s’habille avec modestie, il est patent que la dimension religieuse du problème est, bien insidieusement, hypertrophiée. On ne nous explique pas, par contre, sur quel point de dogme ou sur quel penseur musulman tardif s’appuient alors les gens qui tiennent mordicus à porter le niqab, si tant est. Combien de femmes portent le voile intégral au Québec? On ne nous le dit pas non plus (il y en aurait un millier en France, pays de 65 millions d’habitants comptant une population d’environ 6 millions de musulmans). Beaucoup d’informations qui aideraient à faire comprendre qu’on voit ce problème plus gros qu’il n’est manquent, dans cette chère couverture de presse de notre temps. Nos médias ont su faire preuve de retenue, certes, mais, une fois de plus, ils ont passablement manqué le bateau pour ce qui est de vraiment informer sur ce qui tranche ou, surtout, dé-sensationnalise les questions.

Perso, on ne va pas me dessouder mes convictions avec une législation. Un voile, c’est de l’habillement, c’est une question qui reste personnelle, sensuelle, intime. Les indiennes non musulmanes, par exemple, portent des saris, qui incorporent aussi un voile. Les hommes africains portent des boubous, et c’est là un trait strictement culturel. Tous ces beaux atours, c’est seyant et, l’un dans l’autre, c’est pas vraiment un problème. Je continue donc de juger que c’est pas mon affaire de dire aux gens comment s’habiller. Et alors, en plus, si ces tenues perpétuent une ci-devant soumission, moi, le boutefeu occidental, je répondrais à cette soumission par l’appel à une autre soumission? Au feu par le feu? Non, non, non, c’est exactement le rail haineux sur lequel certains de nos mauvais martyrs veulent me tirer, le panneau suspect dans lequel ils veulent me faire basculer, la logique intégriste qu’ils veulent me faire embrasser (et embraser). Il faut répondre au feu par l’extinction. Moi je dis à la femme voilée: tu as ici le choix entre la civilisation qui dicte et la civilisation qui respecte ta liberté. Choisis… et prend tout ton temps. Tu gardes ton voile, je t’appuie. Tu retires ton voile, je t’appuie. Je ne promeus ni le voile ni l’absence de voile. Je promeus le libre arbitre.

Ça a commencé avec le voile, ça va ensuite se poursuivre avec les lieux de culte. Un lieu de culte, déjà, c’est autre chose. Un lieu de culte vise, entre autres, à promouvoir ouvertement ledit culte auprès de ceux qui n’y adhèrent pas ou pas encore. Sans être ouvertement une provocation, au sens provoque-provoque, un lieu de culte garde un aspect crucialement provocateur, celui du prozélitisme. Si on installe ou maintient (ceci NB) un lieu de culte quelque part, c’est un acte ouvert et explicite de communication. Un discours est porté, une conception de la vie sociale est avancée. Ce n’est pas comme si on se proposait d’ouvrir ou de perpétuer un entrepôt de deux par quatre ou de barils de verre concassé… Le Québec ne nous a pas encore mitonné sa mosquée du World Trade Center ou son minaret suisse. Mais cela ne saurait tarder. Encore virginal et multiculturel, dans ce cas ci, on peut toujours se réciter le beau petit poème de René Pibroch : Le Minaret de toutes les Pétoches.

LE MINARET DE TOUTES LES PÉTOCHES
Le myope prohibe le minaret…
Le protestataire en construit un tout de même…
Le sectaire boycotte le pays qui prohibe le minaret…
Le facho capitalise sur la peur du minaret…
Le visionnaire se dit alors que la déréliction n’y est pas encore…
(René Pibroch)

Et, bon, ici aussi, l’orage gronde. Les lieux de cultes (mosquées, synagogues, temples de tous tonneaux et, naturellement, les plus gluants, les moins remis en question dans le coin: les églises chrétiennes) visent, minimalement, à propager la parole explicite, le propos, la doctrine. Les athées, militants ou non militants, n’ont pas de lieu de réunion et, corollaire éloquent, ils ne prennent pas les propos des livres religieux pour du bon argent, non plus. Ils y voient plutôt une jurisprudence “morale” autolégitimante et hautement suspecte. On retire un tas de formulations des textes de loi effectifs dans la société civile et, pourtant, on les garde pieusement dans les textes «sacrés» des cultes dont on entérine la continuité, dans des niches bien physiques et bien architecturales. Là, oui indubitablement là, il y a un vivier sociétal qui représente un danger endémique, pour la laïcité… Il démarre, ou se perpétue, dans le lieu de culte, comme vecteur de la promotion dudit culte. Je suis fier d’être athée, sans nationalité, marxiste, et amateur de jazz (sans pourtant pour autant promouvoir le culte de Dixie ou joindre la secte du Be-bop). Je suis aussi hautement fier d’avoir sorti les curés théocrates de la vie civile, au Québec. Hmm… hmm… ce n’est pas pour qu’ils reviennent sous une autre forme. Il faut donc avoir le lieu de culte, et tous ses appentis institutionnels, bien à l’oeil. Que voulez-vous, on n’a toujours pas le droit d’être homosexuel(le) ou divorcé(e) si on entend étudier ou travailler dans une école catholique au Canada, eh non… Une copine juive ayant fait un contrat de suppléance dans une école catho de Toronto, s’est fait dire, à la fin dudit contrat, qu’elle ne serait tout simplement pas payée, n’étant pas catholique. Et elle ne fut effectivement pas payée pour un travail pourtant fait et bien fait… Je ne veux pas de ce genre de combine rétrograde et inique au sein de la société civile québécoise. Or, qu’en est-il vraiment, dans les racoins, les sous-sols et les corridors des lieux de culte? C’est bien plus grave que le voile de nos biques émissaires, ça. Et on n’en cacasse pas autant, pourtant… du moins pour l’instant. C’est que les remises en question que cela entraine sont d’une toute autre profondeur. Il y a encore bien des gens d’horizons divers qui ne souffrent pas qu’on mesure le minaret et le clocher avec un compas identique, unique et froid…

Il faut traiter l’affaire au niveau essentiel, principiel. Quand une société maintient la religion (laïcité non obligatoire, en dehors de l’administration publique) sans imposer une secte spécifiquement, elle promeut, en fait, le syncrétisme. C’est l’option implicite de la république américaine, par exemple, et on peut, si on veut, l’opposer à l’athéisme explicite et officiel qui avait été celui des soviétiques. Fondamentalement non-jacobine, la solution continentale est de fait la suivante: dialogue, cosmopolite et égalitaire, des cultes et déréliction insidieuse, sans athéisme officiel ou explicite. Or syncrétisme n’est pas laïcité. Les abus du culte sont inévitablement mal cisconscrits dans cette option. Le calice déborde toujours un peu, pas mal même, vu que, de fait, le liquide n’est ni bu, ni jeté… Patient, déférent, je tolère cette option du pluralisme religieux cosmopolite, non par promotion du syncrétisme religieux (et encore moins de la «croyance», comme le fit une certaine présidence francaise hyper-américanophile) mais plutôt parce que je continue de faire le pari que la formule syncrétique à l’américaine est la seule voie efficace (et, entre autres, non-violente) pour une progression non entravée de la déréliction qui, elle-même, sans poussée doctrinale en saillie, mènera, par déclin, par défoliation, par extinction, par indifférence envers les cultes, vers l’athéisme effectif. J’assume la longue phase du pluralisme religieux cosmopolite comme une forme maïeutique, polie, patiente, pudique, muette, de promotion de l’athéisme. Ce dernier, d’ailleurs (les médias ne vous le diront pas), prend déjà solidement corps dans la culture mondiale (c’est pourquoi il est bien inutile, voire fallacieux, de militer ouvertement en faveur de l’athéisme). Exemple (anodin) du voile et exemple (plus grave) des lieux de culte à l’appui, donc, finalement, voici mon option: laïcité ouverte ET laïcité définie (les deux ne sont absolument pas incompatibles). Il s’agit simplement de bien circonscrire le champ d’application de chacune.

Laïcité ouverte pour toutes particularités ethnoculturelles sans conséquences juridiques effectives: vêtements, façades de temples, arbres de Noël, Menora, citrouilles d’Halloween, Ramadan, croix dans le cou, grigris, papillotes, fétiches, totems et statues, moulins à prières, turbans, voiles, hidjab, tchador, niqab, burqa, sari, brimborions et colifichets, minarets et clochers (avec cloches et crieurs inclus, sauf la nuit), yoga, occultisme, horoscope, pèlerinages, baptême collectif en piscine olympique, les chrysanthèmes du culte, en un mot.

Laïcité définie et fermement imposée as the law of the land dans le strict espace de portée juridique citoyenne: droits des femmes, droits des enfants, instruction publique, soins hospitaliers, banques, héritage, justice, vie politique et/ou politicienne, sécularisation intégrale de tous les corps administratifs, interdiction de la théocratie, prohibition du port d’armes (y compris les armes blanches…), crime organisé, code civil, code criminel, taxation, chartre des droits, les choses sérieuses du tout de la vie civile, en un mot.

On ne dicte pas aux gens comment s’habiller, se relaxer, méditer, fantasmer, élucubrer, spéculer, cuisiner, décorer leur cahute, ou ce qu’ils prient intérieurement dans les lieux de cultes circonscrits au cercle strict de leurs co-religionnaires. Mais… euh… la soumission de la femme à l’homme, les écoles confessionnelles (protégées par la vieille constitution faisandée de 1867 ou pas) et la théocratie politique, alors là, je le dis sans rougir et tout en restant fermement rouge: pas de ça chez nous… Laïcité, c’est pas juste un mot-clef commode qu’on emprunte aux Francais pour les singer, en train d’écoeurer les femmes voilées. Laïcité, c’est le receptacle intellectuel que mobilise toute une société civile, implicitement ou explicitement athée, pour encadrer le lent et serein déclin de tous les héritages religieux institutionnels, et ce indistinctement… le «nôtre» comme le «leur» donc. Aussi, en conclusion, intoxidentale oblige, je ne sais toujours pas si Naema (nom fictif retenu par les médias) devait tant que ça retirer son voile pour rendre la performance de ses articulations phonétiques visible et perceptible à son enseignante de français… Je sais, par contre, qu’il est urgent de retirer le gros crucifix brunâtre du Salon Bleu de l’Assemblée Nationale du Québec (la vie politique procédant, sans concession, dans mon analyse, de la laïcité définie) et de le pendouiller pieusement dans un musée, à l’éclairage tamisé, de préférence…

Le crucifix du Salon Bleu de l’Assemblé Nationale du Québec est une infraction claire et nette à la notion de laïcité définie retenue ici. Il faut le retirer et le remplacer par rien. Pas de signe religieux ostensibles dans l’espace non privé du débat parlementaire. Que celui dont l’ardoise est propre…

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Portrait de blogueurs 027 – Paul Laurendeau (Ysengrimus), au Carré Saint Louis…

Publié par Paul Laurendeau le 1 janvier 2011

Le carnetiste, vidéaste et évangéliste (au sens tech et non religieux du terme) montréalais Frédéric Harper (c’est lui que vous voyez sur la photo de cet hyperlien) m’a fait l’insigne honneur de me permettre de tourner, au Carré Saint Louis (Montréal) une de ses déjà fameuses vidéocapsules Portrait de blogueurs. Je suis le vingt-septième de ses invités et la capsule a été relayée par la carnettiste techno Josianne Massé anciennement du site journalistique montréalais BRANCHEZ-VOUS, ainsi que par Daniel Ducharme et par le site de slam et de poésie TRAIN DE NUIT. Voici donc (notamment pour ceux et celles qui en sont encore en mode introductoire avec l’accent kèvèkois) le texte intégral de mon intervention, en ce monde de sagace cybervidéastie.

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De quoi votre bloque parle-t-il?

Le blogue s’intitule Le Carnet d’Ysengrimus. Ysengrimus, c’est un loup dans le poème médiéval La Chanson de Renart. C’est le vieux loup qui se fait un peu surprendre par toutes les choses modernes qui se passent, toute la… la nouveauté du changement social, vers la fin du Moyen Age, et il est souvent confronté à Renart. Et ce loup donc, dans mon carnet, grogne sur le monde. Il observe les différentes réalités sociales. C’est un… si vous voulez, un blogue de commentaire social et ethnologique sur la réalité de la vie contemporaine. Différents sujets sont abordés: rapports entre hommes et femmes, drogues récréatives, capitalisme, etc… L’approche est généralement marxiste, gauchisante, etc… et je traite toutes sortes de sujets aussi qui sont des sujets de société mais des sujets de société profonds, pas de l’actualité immédiate, trop rapide, trop papillonnante, mais par exemple: la relation entre religion et athéisme, les grands mouvements de la crise économique, des choses comme ça. Et, souvent, les sujets sont construits de telle façon à inviter le débat, de façon à ce que les lecteurs interviennent et que, au fil du fonctionnement de la totalité du blogue, avec les interventions, on voie se déployer les deux, ou trois, ou dix facettes du débat.

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Pourquoi bloguez-vous?

Oh, à cause de la nature du médium. C’est un médium qui est extrêmement intéressant de quatre points de vue que je résume ici très brièvement. D’abord, pas d’éditeur, pas de directeur, pas de rédacteur en chef. T’écris directement ton propos. Tu peux formuler ce que tu veux dire, tel que t’as envie de la dire. Tu pèses sur le bouton. Ça y est. C’est rendu dans l’espace public. Deuxièmement, c’est un dispositif interactif. Et ça, c’est extrêmement intéressant parce que les gens viennent, ils attrapent le ballon, relancent le ballon. Et là y a une discussion et y a certains de mes billets, ma foi, en les relisant, je trouve la discussion plus intéressante que le billet. Troisièmement, le blogue développe un style bien à lui qui permet d’allier la force d’un texte académique avec le caractère à la fois intime et puis passionnel d’un texte personnel, qui serait, par exemple, un texte de fiction. Les deux s’unissent très bien. Y a un genre blogue, un genre carnet qui est en train de se développer et qui est extrêmement intéressant à explorer. Finalement, je préfère le carnet ou le blogue par exemple à TWITTER, tout simplement parce que j’ai tendance à être un petit peu verbeux et cent quarante deux [sic] caractères, pour moi, c’est pas assez. Ça me prend au moins une page, deux, trois… minimum une demi-page.

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Que faites-vous dans la vie?

Je suis un ancien professeur d’université. J’ai été professeur d’université à Toronto entre 1988 et 2008. Maintenant je suis petit éditeur à Montréal. Je suis aussi romancier, nouvelier et poète.

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Le mot de la fin

Les chances sont assez bonnes, parce qu’il est très référencié, que vous tombiez sue le Carnet d’Ysengrimus en appelant en fait par un mot clef qui est un sujet qui vous intéresse. Mais si vous venez rendre visite au Carnet d’Ysengrimus par vous-même, choisissez des sujets qui vous passionnent et, ce qui me ferait vraiment plaisir, intervenez. Hésitez pas à intervenir. Même si vous faites des fautes d’orthographe, on les corrige. Et c’est toujours un plaisir de vous lire et d’interagir avec vous, dans la fermeté du débat mais aussi dans le respect amical que peut apporter l’accès à ces nouvelles technologies remarquables.

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Paul Laurendeau (Ysengrimus), sans godasse, ni chapeau, ni malice (photo: Reinardus-le-goupil, 2005)

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La partie de baseball du film TWILIGHT (glose et description détaillée, pour les «nuls»)

Publié par Paul Laurendeau le 15 juillet 2010

La fameuse partie de baseball dans le film Twilight (2008) est un moment extrêmement sympathique, attachant et magique de ce grand long-métrage-culte contemporain. Il s’agit vraiment, sans ironie aucune, d’un terrain de jeu indubitable pour l’interprétation culturelle. Cette courte séquence cinéma porte de très riches implicites de la culture vernaculaire américaine, tant et tant que beaucoup de nos amis (notamment francophones) hors-Amérique n’y voient goutte, et c’est vraiment dommage. Alors pas de tataouinage aujourd’hui, hein, on va vous décrire et vous expliciter tout ça hic et nunc, par le menu, dans la joie et la gaieté, pour que vous en dégustiez tout le substantifique suc. Je vais, entre autre, vous traduire le dialogue, en traduction-glose, rien de moins, avec formulations détaillées des implicites (Attention, je ne traduis pas pour la fidélité au texte ici, mais bien pour l’explicitation du contenu complet d’échanges verbaux parfois fort furtifs). Il ne serait pas inutile de revoir la vidéo YouTube de la sublime séquence, avant lecture, en v.o. préférablement (Les v.f., surtout hexagonales, ont été mitonnées par des zèbres qui n’ont tout simplement pas pigé le topo. La v.f. que je recommande, c’est toutefois celle-ci).

Il y a bien des choses qui se passent pendant ces deux minutes trente secondes et, pour bien les saisir, cela requiert une compréhension minimale du fameux passe temps des américains, pour reprendre l’expression consacrée (formule équivalente du noble art pour la boxe) qu’Edward sert d’ailleurs à Bella, juste avant la partie de baseball, pour lui «expliquer» que les vampires sont de ladite partie aussi. L’ironie de la situation générale ici débute de par cette clairière forestière retirée, avec massif de sapinages et cascade majestueuse, où il faut se rendre en véhicule tout terrain. Le baseball se joue habituellement sur une pelouse urbaine aménagée, au coin de la rue, dans le quartier, pas dans la lointaine cambrousse. Nos vampires se planquent bel et bien pour mettre la balle au jeu, c’est clair.

La formidable puissance desdits vampires baseballeurs se manifeste de plusieurs façons. D’abord, ils ont besoin de jouer pendant un orage pour que le bruit du tonnerre couvre le raffut qu’ils font quand ils frappent la balle (c’est là un autre effet d’ironie. En réalité, quand il pleut, la partie est dite annulée à cause de la pluie. Le baseball ne se joue en fait impérativement que par beau temps, ou dans un stade couvert). Cette balle au demeurant, nos vampires la frappent toujours, sans faute, infailliblement (les meilleurs joueurs des ligues majeures la frappent, eux, environ quatre fois sur dix). Nos inhumains surhumains ne s’arrêtent jamais sur les buts des coins du losange mais, ultrarapides et déterminés, ils courent imparablement jusqu’au marbre. Ils attrapent le terrible projectile à mains nues, sans gants de baseball. Ils ne portent pas de casques de sécurité et la receveuse ne porte ni masque grillagé ni plastron de protection. Non, non, n’essayez pas cela à la maison…  Ajoutons, et ce n’est pas rien, qu’ils jouent sans arrêt-balle.

Ce grand grillage derrière le marbre, c’est l’arrêt-balle. Indispensable quand votre lanceur lance haut ou quand votre receveur a la main molle. Nos vampires se foutent totalement de cet objet...

Chez nos formidables et surnaturels vampire, en plus, l’homme de champ poursuit la balle, la dépasse et la capture. Impossibilité physique, sauf pour une être courant plus vite qu’une balle frappée. Sauts fantastiques, super-grimpettes aux arbres, courses fulgurantes dans les champs intérieur et extérieur et sur le circuit, lancers tonitruants. Le reste de ces effets d’omnipotence n’échappe pas à l’observateur ordinaire. Ces charmants baseballeurs sont parfaitement mythologiques, amples, gigantesques et, pourtant, un certain nombre de nuances sensibles et précises de leurs interactions profondes vont se manifester, lors de ce trop court engagement.

Voyons un peu les deux équipes. Jouent en défensive (et sont donc en équipe les uns avec les autres) : Alice (lanceuse), Esme (receveuse), Emmett (arrêt court) et Edward (homme de champ). Jouent en offensive (et sont donc en équipe les uns avec les autres), les gens qui se succèdent au bâton : Rosalie, Carlisle, Jasper. L’arbitre de la rencontre sera Bella.

L’équipe offensive: Rosalie (première au bâton), Jasper (troisième au bâton), Carlisle (deuxième au bâton). Jasper et Carlisle sont «en file» hors du terrain. Ici, seule Rosalie est au jeu

Il faut donc commencer par bien les distinguer visuellement, ces deux équipes, si possible. Pas facile. Observez les casquettes d’Alice et d’Esme. Elles portent toutes les deux un C, pour Cullen (le nom patronymique de notre famille de vampires). La casquette de Rosalie porte, elle, un G (ce serait une erreur d’accessoire selon IMDB. C’est gros, ça, hmmm. Moi, j’ai mes doutes). J’ignore ce que ce G signifie mais il distingue imparablement Rosalie, (offensive) d’Alice et d’Esme (co-équipières en défensive). Ces deux casquettes en C de la lanceuse et de sa receveuse, par contre, ne font pas trop uniformes… Elles ne sont pas de la même teinte et ne sont pas rayées de la même façon (celle d’Alice, de fait, n’est même pas rayée du tout). L’uniforme distinct des deux équipes adversaires se réduit à cela, car autrement, les vampires sont vêtus avec des tenues superbes mais dépareillés, ce qui donne ce résultat de bric et de broc rehaussant tant le charme éclatant de ces vives personnalités. Notons aussi que, si le G de la casquette de Rosalie était un C loupé suite à une ci-devant erreur d’accessoire, on ferait face à la savoureuse et drolatique ironie de deux équipes adverses portant le même nom, symbolisé par la même lettre sur les casquettes des unes et des autres. Ceci n’est pas du tout exclu, au demeurant… Les casquettes de l’arbitre et des autres joueurs, quant à elles, sont banalisées, quand ils en portent une. Pour résumer l’affaire, on dira donc que les membres de l’équipe défensive casqués portent tous la casquette au label des Cullen, tandis que personne, dans l’équipe offensive, ne la porte.

Rosalie (en offensive – au bâton, casquette avec G)

Esme (en défensive – receveuse, casquette avec C) et Bella (arbitre, casquette banalisée)

Jasper (en offensive – au bâton, casquette banalisée)

Alice (en défensive – lanceuse, casquette avec C)

Si on regarde maintenant l’engagement lui-même. Esme, figure maternelle, puit de sagesse et de détachement, est receveuse. La receveuse, c’est le cerveau de l’équipe, en défensive. Elle conceptualise l’intégralité du dispositif et voit tout. Souvenons nous du mot du grand receveur Yogi Berra: On arrive à observer énormément simplement en regardant. La toute contemplative Esme est la personne parfaite pour ce rôle. Normalement, la receveuse a un rapport très profond et subtil avec sa lanceuse. Ils forment un tout intime, organique. Ce ne sera pourtant pas le cas ici, vu la présence inattendue et distrayante de Bella sur le terrain. L’attention d’Esme va négliger Alice (sa lanceuse) et se tourner vers Bella. Symbolisme? Il s’agit en tout cas de faire sentir à Bella qu’elle est la bienvenue et très importante pour tout le monde ici, même si elle n’a pas la puissance magique des vampires baseballeurs. C’est donc Esme qui va s’en charger, en lui assignant un autre type de puissance:

Esme: Glad you’re here. We need an umpire. [Je suis bien contente que tu sois là. Il nous faut un arbitre]

Emmett: She thinks we cheat… [Esme s’imagine que nous trichons]

Esme: I know you cheat. [Je SAIS PARFAITEMENT que vous trichez]

Notons l’impartialité transcendante d’Esme, qui n’hésite pas à traiter de tricheur un de ses co-équipiers, son propre arrêt court, Emmett, reconnaissable à la casquette blanche aux fines stries rouges qu’il porte de guingois, la visière au dessus de l’oreille. La casquette d’Emmett est faussement banalisée, elle porte en fait, elle aussi, le C rouge des Cullen…

Emmett (en défensive - arrêt court, la visière sur l’oreille et la langue bien pendue). Sa casquette porte aussi un C rouge. Elle ne semble banalisée que parce qu’il ne la porte pas de face

Tout le monde triche dans le coin, en fait. On nous le prouve d’ailleurs de visu. Car pendant qu’au second plan, Esme désigne Bella arbitre de la rencontre, on assiste au premier plan à la fugitive séance du jeu de mains sur le bâton de baseball. Cette procédure du jeu de mains, fort ancienne, est disparue depuis un bon moment des ligues majeures mais demeure bien en place, dans la culture du baseball des gens ordinaires. Quand on joue entre copains, il faut décider quelle équipe sera en premier au bâton. On tient donc le bâton perpendiculaire au sol, poignée en l’air, et on l’empoigne vivement d’une main, puis de l’autre, puis de l’autre, chacun son tour, en alternance, en remontant le long du manche. Celui ou celle qui touche le renflement terminal de la poignée du bâton représente l’équipe qui sera initialement en offensive. Cette procédure est aussi utilisée (c’est justement le cas ici) pour décider de l’ordre des frappeurs, au sein d’une équipe offensive déjà désignée. Maintenant, observez attentivement Rosalie, s’adonnant hâtivement à ce gestus. Elle va se faire tricher ouvertement par Carlisle, juste là, sous nos yeux, au premier plan. Elle gagne indubitablement à l’alternance des empoignes contre Carlisle (c’est elle qui touche le renflement terminal de la poignée du bâton. On le voit clairement). Carlisle feint pourtant une touche de plus sur le dessus du manche (vieux truc de tricheur), en couvrant la main de Rosalie de la sienne, grosse patte enveloppante. Ricanante et agacé, Rosalie s’empare du bâton et repousse vivement Carlisle, d’un air de dire: «La barbe, dégage tricheur, je suis au bâton». Ce fort douteux jeu de mains sur le bâton de baseball prouve imparablement ici que tout ce beau monde triche en grande… comme le «sait» si bien Esme. Aussi, Esme tient vraiment à ce que Bella soit une arbitre impartiale. Elle lui dit donc:

Esme: Call them as you see them, Bella. [Ne te laisse pas intimider, Bella. Juge et décris les jeux tels que tu les vois]

Bella: Okay [Compris]

N’importe quel américain moyen sait faire ce qui est demandé ici à Bella par Esme. C’est un trait massif de culture vernaculaire. C’est un peu comme demander à un français de cuire une omelette, de faire une vinaigrette ou… d’arbitrer un match de foot entre amis. Le baseball est un sport jugé, car les nuances se jouent si vite et sur des surfaces si infimes qu’il faut un observateur proche pour incontestablement les départager. Sans arbitre, votre partie risque vite de se transformer en une suite de disputes incessantes et lassantes sur l’interprétation des jeux. Tout classiquement, Esme, receveuse, s’accroupit derrière son adversaire Rosalie, au bâton, pour recevoir les lancers d’Alice (co-équipière d’Esme, au centre du losange) et Bella, arbitre, se tient debout, un peu courbée, derrière Esme, pour juger le passage de la balle au dessus du marbre. Je vous rappelle de ne pas essayer cela à la maison, sans masques et plastrons protecteurs. Le bâton est bien proche, la balle aussi.

Vue depuis le monticule (dans les yeux du lanceur), la structure que Rosalie, Esme et Bella reproduisent. Le frappeur (offensive), le receveur (accroupi avec le gant ouvert, co-équipier du lanceur en défensive), l’arbitre (en noir). Notez les équipements de protection de ces deux derniers

Bella n’hésite aucunement à se coller la face ainsi dans la trajectoire des balles d’Alice, confirmation de l’omnipotence protectrice d’Esme, qui peut les capter toutes et ne laissera certainement pas «son» arbitre se faire blesser. L’arbitre se doit de surveiller les frappes de balles et les arrivées des coureurs au marbre. Pour les frappes, l’arbitrage entre en ligne de compte surtout si le frappeur ne touche pas la balle. Il faut alors, selon un protocole dont je vous coupe le détail fin, démarquer, à chaque fois, les torts du lanceur des torts du frappeur. Je vous épargne justement cette portion du subtil règlement parce que, comme nos vampires surdoués frappent de toute façon toujours la balle, l’arbitrage de Bella ne sera pas utilisé pour juger des balles non frappées, imparablement inexistantes. Son arbitrage se mettra donc en place activement uniquement pour les arrivées des coureurs au marbre. Et pour cela, il nous faut un frappeur.

Or Rosalie est justement au bâton.

Rosalie porte une tenue complète de baseballeuse du dix-neuvième siècle. Si, dans la vaste configuration des choses, quelqu’un en vient un jour à se demander pourquoi deux équipes des ligues majeures intègrent le mot socks (chaussettes au pluriel, calligraphié Sox) dans leur dénomination (Les White Sox de Chigago et les Red Sox de Boston), c’est en réminiscence des longues chaussettes genouillères des uniformes de baseball de jadis, dont Rosalie nous montre ici un fort joli échantillon.

Ce dont l’uniforme de Rosalie est la réminiscence. Notez les stries du couvre-chef qui, chez Rosalie, apparaissent sur les chaussettes genouillères

Tout est donc en place. Alice, la lanceuse (il est savoureux de placer comme lanceuse la seule vampire de la tribu ayant un don de prémonition), adversaire cardinale de Rosalie, et qui porte elle aussi des chaussettes de baseball à l’ancienne, mais striées, elles, dans l’autre sens, se met alors à l’action. L’orage approche. Un coup de tonnerre se fait entendre, puis:

Alice: It’s time [c’est le moment de commencer la partie]

Alice lance la balle de la main droite en levant la jambe gauche très haut, presque comme une ballerine. Ce mouvement, si fluide, de la jambe opposée au bras qui lance, est parfaitement authentique. Il permet au lanceur ou à la lanceuse de renforcer l’impulsion imprimée à la balle en créant un contrepoids mobile avec la jambe.

Ce mouvement, si fluide, de la jambe opposée au bras qui lance, est parfaitement authentique

La balle lancée par Alice vole vers le marbre. La balle de baseball est exactement du format d’une balle de tennis mais elle est en cuir et est beaucoup plus lourde, dure et dense.

Rosalie cogne solidement la balle, dans un fracas de tempête qui, justement, sonne exactment comme le tonnerre. Bella est secouée par ce moment crucial.

Bella: okay, now I see why you need the thunder [Bon, maintenant je comprend pourquoi vous avez besoin de la couverture sonore du tonnerre]

La balle fonce droit vers le massif forestier, autre bizarrerie ici, car le baseball se joue normalement strictement sur pelouse intégralement découverte. Rosalie doit maintenant courir sur le losange (les sentiers, comme on dit dans le jargon, ne sont pas clairement dessinés dans ce pré. Nos vampires les identifient surtout par les coussins se trouvant sur les coins du losange, les buts) et elle doit s’arrêter soit à un des trois buts, soit au marbre (le «quatrième» but, celui qui complète le circuit, celui sur lequel l’attendent la receveuse et l’arbitre). Voici ce que nous voyons dans notre esprit, pendant que Rosalie court:

Le LOSANGE DE BASEBALL. Au premier plan: LE MARBRE (derrière lequel s’accroupissent le receveur et l’arbitre). En sable: LES SENTIERS (sur lesquels court le frappeur-coureur). Sur les coins: LES BUTS. Circulaire au centre: LE MONTICULE (sur lequel se tient le lanceur)

Nos vampires ne niaisent pas sur les sentiers, du reste. Ils comptent bien courir tout le circuit, jusqu’au marbre (il faut que le frappeur, devenu coureur, fasse le circuit complet du losange et revienne au marbre, pour arriver à marquer son point). Le marbre (le but de départ et d’arrivée, celui sur lequel on se tient pour frapper et vers lequel ont doit revenir pour marquer le point) est un petit pentagone en forme de maison. Les anglophones l’appellent donc home (la maison).

En français LE MARBRE, en anglais HOME (la maison), point de départ et d’arrivé du circuit, sur le losange

Métaphoriquement, c’est aussi la maison, le refuge, le bercail où il faut rentrer pour demeurer sain et sauf. Quand le circuit est complété à la course et qu’ainsi le point est marqué suite à une envolée unique de la balle frappée, les anglophones parlent d’un home run (une course –run- unique et complète sur les sentiers, vous ramenant directement à la maison –home-). Nous, en français, on parle plutôt d’un coup de circuit, c’est-à-dire un coup du bâton frappant la balle assez puissamment pour que le frappeur puisse courir la totalité du circuit et marquer un point en revenant au marbre. Pendant que Rosalie court, l’arbitre et la receveuse, observatrices privilégiées de l’intégralité du jeu, y vont de leur petite prospective, ainsi:

Bella: That’s gonna be home run, right? [Bon ici on se dirige vers un coup de circuit de Rosalie, non?]

Esme: Edward’s very fast… [Ce n’est pas certain. Edward est très rapide]

De fait, Rosalie court le plus vite qu’elle peut sur le losange. Mais de quoi se sauve-t-elle donc? Réponse: de la balle. Pendant que la frappeuse, en offensive, court son circuit sur ses sentiers pour aller marquer son point, l’homme de champ, en défensive, va œuvrer à remonter la balle (que Rosalie avait chassé le plus loin possible, en la frappant) vers le marbre, vers sa co-équipière, la receveuse Esme. C’est la course de la personne contre le projectile. Esme, le pied sur le marbre, attend la balle. Edward porte un uniforme très semblable à celui des mythiques Yankees de New York (les stries du col sont un peu plus foncées, s’il faut vraiment tout dire) et, cool jusque à la racine des cheveux, il est sans casquette.

Edward (en défensive - homme de champ, costumé comme les mythiques Yankees de New York et sans casquette)

Quand Esme dit à Bella que son co-équipier Edward est très rapide, elle fait référence à l’aptitude surhumaine de l’homme de champ à courir la balle dans le paysage lointain (ici, en l’occurrence, une forêt de conifères) et à la remonter vers le losange, plus précisément vers le marbre. En voyant bien à toucher du pied chacun des coussins des coins du losange, Rosalie court. Ne vous laissez pas distraire par Jasper, co-équipier de Rosalie, qui contemple le tout d’un air atterré, en faisant des mouvements acrobatiques avec un bâton. Il n’est pas encore au jeu, lui. C’est tout simplement un des prochains frappeurs en train de se réchauffer en préparation de son futur passage au marbre. Rosalie termine son circuit. On voit dans le fond Carlisle, son autre co-équipier, qui encourage Rosalie du geste. En une pose toute classique, Rosalie plonge latéralement sur le sentier et glisse vers le marbre, pour le toucher du bout du pied, sans se faire toucher par la balle. Mais Esme, et là, même un œil inexpérimenté peut le voir, a capté la balle, puis souri calmement, plusieurs secondes avant que la frappeuse-coureuse n’atteigne le marbre. Rosalie est donc indubitablement retirée. Malgré le caractère évident du jeu, Esme, qui s’est accroupie pour toucher Rosalie avec la balle, se tourne respectueusement vers l’arbitre et attend son verdict (tout, dans l’attitude d’Esme vise à montrer ostensiblement une haute déférence à l’égard de Bella):

Bella: You’re out [Tu es retirée, Rosalie]

Emmett: Out! Whoo! Babe, come on… It’s just a game… [Retirée! Ohh! allons, allons, mon chou, ne le prend pas sur ce ton là, c’est jamais qu’un jeu]

Au moment d’annoncer le retrait de Rosalie, Bella secoue le poing droit, en une sorte de petit bras d’honneur discret. Aucune arrogance n’est voulue, c’est rien de moins qu’une version esquissée du geste officiel (et fort ancien) des arbitres des ligues majeures et des ligues mineures pour signaler aux gradins le retrait d’un frappeur-coureur.

Ce geste de l’arbitre (le poing brandi) signale aux gradins que le frappeur-coureur est retiré

Emmett, par contre, en recevant la nouvelle, pousse son Out! Whooh! en faisant le geste d’un arbitre signalant aux gradins que le coureur-frappeur est sauf (n’est PAS retiré).

Le geste d’un arbitre annonçant aux gradin que le coureur-frappeur n’est pas retiré, qu’il est sauf. Emmett pose ce geste incongru et inane après le retrait de Rosalie, pour une raison qui reste parfaitement obscure

Ce geste délirant d’Emmett (le contenu en est faux et, en plus, seule l’arbitre est autorisée à diffuser ce type de message) est-il sa façon à lui de dire qu’il se sent lui-même «sauf», face à la neutralisation du terrible potentiel de puissance de Rosalie qu’il connaît bien, car elle est son épouse? Pas clair. Quoi qu’il en soit, oh, oh, ladite Rosalie n’est pas contente du tout. Sa bonne foi est fort questionnable, du reste, car le jugement de l’arbitre est ici aussi limpide que le jeu est raté. Rosalie se relève du sol juste après Esme. C’est l’occasion imprenable d’observer qu’Esme porte elle aussi des chaussettes de baseball à l’ancienne, partiellement striées comme celles de Rosalie et moins longues.

Et ici, c’est l’inversion des omnipotences. Rosalie, vampire herculéenne et anthropophage, pourrait simplement dévorer Bella toute crue, pour cette haïssable décision où, en plus, comble de l’agacement, Bella donne raison à Edward, son petit amoureux surdoué gnan-gnan-gnan du fond du champ. Ou encore, Rosalie pourrait crier à la collusion, au conflit d’intérêts, à la magouille généralisée. Boudeuse, elle toise Bella lourdement. Celle-ci baisse la tête modestement.

Mais il reste que, sur un losange de baseball, l’arbitre est une autre sorte de figure omnipotente. Si vous l’enquiquinez, il peut vous chasser du jeu, disqualifier votre équipe, vous suspendre pour le reste de la saison, vous bannir de la ligue. Sa décision ne sera jamais contestée. C’est une pure question de cohésion fondamentale, Rosalie doit se ressaisir. Elle doit reprendre son calme devant cet insecte humain, consacrée figure d’autorité suprême par la loi du jeu. Rosalie se calme, et Carlisle l’en remercie furtivement. Symbolisme annonciateur de l’évolution future de la relation entre Bella et Rosalie? En tout cas, pour le moment, c’est Carlisle que cela soulage:

Carlisle: Nice kid [Bonne attitude, Rosalie, tu as su rester calme devant la décision de l’arbitre qui pourtant te désavantageait]

Carlisle entre en scène ainsi. Il est maintenant au bâton. Tout de go, Edward se rapproche du champ intérieur, ce qui laisse déjà soupçonner que Carlisle est un cogneur moins puissant que Rosalie. Aussi, il frappe droitier, contrairement à ses deux autres co-équipiers. Les vampires sont-ils plus souvent gauchers que les humains? Quoi qu’il en soit, dans un geste de défi tout BabeRuthesque, Carlisle pointe le bâton vers un point indéterminé du champ centre. Annonce t’il la trajectoire future de son projectile? Je le crois… c’est que c’est là une allusion historique archi-connue qui connote tellement l’omnipotence mythique, au baseball…

Le geste de Carlisle est très certainement une allusion à la légende tenace voulant que, lors de la Série Mondiale de 1932, le mythique Babe Ruth aurait prophétiquement signalé aux gradins la trajectoire de sa prochaine balle frappée

Alice, l’air un petit peu découragé quand même face à ce futur qu’elle devine, lance. Carlisle cogne la balle. Elle semble bel et bien se diriger dans la direction qu’il a annoncée, un peu sur la droite du champ centre. Pour s’en aviser, il n’est qu’à suivre la trajectoire de la balle en traitant Alice comme le point de repère fournissant l’exact centre du terrain. La balle vole très légèrement sur la droite de notre lanceuse, par dessus elle naturellement. Ceci dit, contrairement à la balle de Rosalie, qui fonçait, rapide et droite comme une cartouche, (magiquement) parallèle au sol, on a ici ce qu‘on appelle dans le jargon un ballon ou une chandelle. Ce genre de balle qui fait une grande arabesque incurvée et ostensible, genre volant de badminton, se gaspille en hauteur, perd de la distance, flotte mollement, et, normalement, devrait être hautement facile à cueillir par les défenseurs. Or, quelque part dans le champ intérieur, Emmett et Edward sautent très haut vers la balle et se télescopent brutalement l’un l’autre. Il ne faut jamais courir la balle à deux, dans le champ. Il faut disposer d’une coordination et d’un découpage implicite des zones qui fait qu’on sait toujours qui la prendra, et où. Pas de cela ici, Emmett et Edward se font avoir comme deux enfants qui ont perdu le contrôle. Et voici pourquoi.

En brun-jaune, le champ intérieur (zone d’Emmett, surtout sur la gauche, le statut du champ intérieur droit restant flou). Les trois points rouges, le champ extérieur (zone d’Edward, surtout sur la droite, mais il foncera bien à gauche s’il le faut, allez). Naturellement, capter la balle est une priorité qui prime sur le respect de ces frontières flottantes

Le baseball se joue habituellement dans un stade. Si la balle est frappée au-delà de la palissade dudit stade, elle ne pourra plus revenir au jeu et c’est, pour le frappeur-coureur, le coup de circuit (et le point) automatique. Mais ici, il n’y a pas de stade, pas de palissade, pas de limite. On court la balle dans le champ intérieur, puis le champ extérieur, puis la forêt, puis la montagne, à l’infini semble-t-il. Cela crée une ouverture, à l’infini aussi, du rayon d’action de l’homme de champ (Edward). Il tend donc à prendre du champ justement, tant vers l’horizon, que vers le losange (dans ce second cas, surtout sur la droite). Pas de stade pour le forclore, soudain, c’est comme si la terre entière lui appartenait. Cela l’amène immanquablement à, éventuellement, en faire trop et à empiéter sur le territoire de son co-équipier l’arrêt court (Emmett) qui, comme son titre l’indique, est chargé, lui, de capter la balle frappée sur les trajectoires courtes, plus proches du losange donc, dans le champ intérieur (surtout à gauche) ou même sur les sentiers. Les âmes subtiles vont me demander comment je sais qu’Emmett est arrêt court et pas, par exemple, second homme de champ (en effet, il en faudrait au moins un de chaque côté du champ, qui est fort vaste. Rappelons que nos vampires font la part du feu vu qu’ils jouent à personnel réduit). En quoi Emmett est-il arrêt court? Simple. Observez-le attentivement, le Emmett. Toutes ses interactions, ses éructations, ses objections, ses observations (y compris ses mouvements inanes de boxe en l’air et ses faux messages d’arbitrage) sont orientées vers le losange et les protagonistes du marbre. Il est patent qu’Emmett est tourné vers le terrain, tandis qu’Edward est tourné vers l’horizon. C’est la courte vue de la casquette torve, contre la vaste visée perspective sans casquette. Aussi, pour ne pas trop nuire à l’image positive d’Edward, on semble laisser supposer que ledit Edward était spacialement plus proche de la balle qu’Emmett, sur ce jeu spécifique, vu que ce dernier a du courir un peu plus pour s’en approcher. Comme la balle frappée par Carlisle est partie vers le champ centre, un peu sur la droite, on peut aisément supposer qu’Emmett se met à courir depuis quelque part entre le troisième but (3B) et le deuxième but (2B). Or, c’est là l’indubitable position de l’arrêt court.

SS (pour short stop, ARRÊT COURT, la position d’Emmett) RF (pour right field, CHAMP DROIT, la position d’Edward, mais, dans son cas, avec un rayon d’action plus vaste que la normale)

Souvenons-nous aussi qu’Edward s’est rapproché à la fois du champ centre (CF, center field, sur notre shéma) et de l’intérieur, en prévision du frapper de Carlisle, rendant de ce fait la frontière encore plus floue entre sa zone défensive et celle d’Emmett. Sauf que, cela ne change absolument rien au conflit des rôles représenté ici. Emmett juge que les concessions tactiques ne doivent pas prendre le dessus sur le rôle fondamental, tandis qu’Edward fait primer l’improvisation tacticienne, quitte à prendre ses distances face à son rôle effectif. Comparaison symbolique des deux personnages? Aux twilightologues de se prononcer…

En tout cas, au moment de ce saut collisif stérile, involontairement conflictuel, d’Edward et d’Emmett, la balle tombe derrière les deux co-équipiers défensifs et n’est pas reprise par eux. Ils chutent lamentablement au sol avec la balle qui tombe juste derrière eux. Couac des omnipotences. Abrupte aporie des puissances. Dans la terminologie technique dépouillée et détachée du baseball, on appelle cela une erreur. On dit alors aussi que la balle est en lieu sûr – un endroit du terrain où, aussi temporairement que décisivement, les hommes de champ, les arrêts courts, les hommes de buts, les lanceurs, perdront de précieuses secondes pour la remonter. Il semble bien qu’ici, Edward et Emmett y renoncent, en fait. Coureur ultrarapide, Carlisle glisse vers un but, présumément, et fort certainement, le marbre. Tandis que, dans le champ intérieur:

Edward: What are you doing? [Mais qu’est-ce que tu fous, Emmett?]

Emmett : Come on [Bon, laisse tomber et continuons, tu veux bien]

Cet échange scelle, dans le désaccord le plus aigre, cette faillite défensive intégrale. Edward est un peu de mauvaise foi ici, du reste, car celui qui n’est pas à sa place et qui empiète sur la zone de l’autre, techniquement, en fait, c’est lui. Pas facile de s’autocritiquer, monsieur le vampire-étoile… On notera aussi qu’il est bien difficile de décider s’il n’y a pas eu là une sorte de sabotage involontaire mutuel de la part des deux figures filiales pour discrètement s’éviter d’empêcher la figure paternelle de marquer son point. Quoi qu’il en soit, Carlisle marque ledit point, en faufilant sa balle, entre deux fils, dans les environs approximés du champ centre.

Jasper est maintenant au bâton. Il sera d’évidence suivi de Rosalie, qui se réchauffe déjà avec un bâton, en prévision de son prochain passage au marbre. Inutile de dire que tous ces réchauffements acrobatiques vampiriques, impliquant des manipulations de ce lourd bâton de bois franc comme si c’était une baguette de majorette, ne se font pas de cette façon là, dans les ligues majeures…

Jasper frappe solidement la balle. Elle décolle indubitablement vers la gauche, ce qui en fait une pâture assurée pour un arrêt court mobile, s’il se donne la peine de reculer et de déborder un peu vers le champ gauche. Emmett abrège originalement ce processus en grimpant à un arbre isolé du champ intérieur gauche (artefact incongru qu’on ne rencontrerait évidemment jamais sur un terrain de baseball réel). Costaud, tonique, il capte alors la balle frappée par Jasper et ce, directement au vol, avant qu’elle n’ait touché le sol, ou un autre joueur, ou un obstacle. Cet attrapé spécifique (habituellement potentiellement douloureux, même avec un gant) signifie le retrait automatique du frappeur. Jasper n’a même pas besoin de continuer de courir sur les sentiers. Emmett pour sa part, n’a même pas besoin de remonter la balle aussi vite qu’il le fait. Mais il le fait quand même, en signe de passion, d’intensité et de hargne. Cela accroche l’œil de Rosalie.

Rosalie: My monkey man… [mon petit homme-singe]

Ce commentaire de Rosalie est formulé avec un mélange de dépit, car ce beau jeu défensif improbable est au désavantage de l’équipe qui est au bâton, et d’admiration amoureuse de la susdite Rosalie, pour son tonique époux, Emmett. À ses côtés, Esme, imperturbable, n’attrape pas la balle lancée si vivement par Emmett. La balle est donc retournée directement au monticule, c’est-à-dire à Alice, la lanceuse, ce qui confirme, si nécessaire, qu’il n’y a personne d’autre à retirer, que les sentiers sont donc bel et bien vides et que Carlisle s’était bel et bien rendu au marbre.

Rosalie est de nouveau au bâton. Comme son équipe a peu de frappeurs, le cycle des frappeurs, qui s’avance selon un ordre fixe, reprend déjà à son début. Alice lance. Rosalie frappe de nouveau la balle et se rue sur les sentiers. Mais Alice, depuis le centre du losange, voit quelque chose venir au loin.

Alice: Stop! [Arrêtez la partie]

Les trois vampires intrus font alors leur apparition, dans une brume, ce qui interrompt la partie de baseball avant la fin de la première moitié de la première manche (une partie normale compte neuf manches et dure habituellement entre trois et quatre heures). Un seul point (compté par Carlisle), deux frappeurs retirés (Rosalie au marbre, sur décision de l’arbitre et Jasper par saisie au vol de la balle en arrêt court), une erreur (résultant de la collision d’Edward et d’Emmett) et une joueuse (Rosalie) laissée sur les sentiers. La marque est de un à zéro, après moins d’une demi-manche de jeu. Un deuxième point allait possiblement être compté par Rosalie vu que, les intrus rapportant la balle d’assez loin, cette dernière aurait possiblement échappé à l’attention de l’homme de champ Edward, déjà fort affairé à paniquer pour la sécurité de sa copine humaine. Il y a aussi les cheveux d’Esme accroupie, qui lui volent dans le visage au moment où Rosalie frappe la balle. Esme fut-elle subitement dépassée par ce nouveau coup de butoir offensif de son enfant? On ne le saura jamais…

Car le mystérieux monde des vampires, derechef dangereux et cruel après cette courte parenthèse récréative, vient de reprendre pleinement ses droits…

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Mes idoles

Publié par Paul Laurendeau le 1 mai 2010

Ça fait donc deux ans et deux jours, au jour d’aujourd’hui, qu’Ysengrimus le loup grogne sur le monde. On lui fait ostentatoirement observer qu’il n’aime rien, ne respecte rien, n’épargne rien, esquinte tout. PanoPanoramique m’écrit: Respecte-tu quelque chose, Ysengrimus, sacralise-tu une petite portion du monde, comme le font tant d’autres. As-tu des objets d’admiration, des modèles dans la vie, des… des idoles? Réponse: pour sûr. Voici donc MES IDOLES… (le nom totémique de l’idole figure sous l’illustration, son nom à la ville est en tête du commentaire). Inutile de souligner que le terme idole est utilisé ici plus au sens pop-culturel qu’au sens archaïquement idolâtre du terme… ou, l’est-il?

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MON ARISTOTE

Karl Marx (1818-1883) est le penseur le plus crucial de l’ère moderne. On lui doit une profonde et durable révolution philosophique, la compréhension du principe des déterminations matérielles de l’histoire, et la description la plus théoriquement approfondie de la crise structurelle du capitalisme. Qu’est-ce que la société, quelle que soit sa forme? Le produit de l’action réciproque des hommes. Les hommes sont-ils libres de choisir telle ou telle forme sociale? Pas du tout. Posez un certain état de développement des facultés productives des hommes et vous aurez une telle forme de commerce et de consommation. Posez certains degrés de développement de la production, du commerce, de la consommation, et vous aurez telle forme de constitution sociale, telle organisation de la famille, des ordres ou des classes, en un mot telle société civile. Posez telle société civile et vous aurez tel état politique qui n’est que l’expression officielle de la société civile. [1846]

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MON LUCIFER

Baruch de Spinoza (1632-1677) est le grand introducteur de la rationalité du penseur ordinaire. L’acuité de son jugement critique, la justesse de sa pensée déductive, la prudence scolastique de son exposé, masquant pudiquement, dans un horizon socio-historique encore largement obscurantiste, une systématicité et une radicalité de doctrine sans faille, font de lui rien de moins que le “porteur de lumière” (lux – ferre) de la pensée moderne. Une loi dépend d’une nécessité de nature quand elle suit nécessairement de la nature même ou de la définition d’un objet; elle dépend d’un décret des hommes, et alors elle s’appelle plus justement une règle de droit quand, pour rendre la vie plus sûre et plus commode, ou pour d’autre causes, des hommes se la prescrivent et la prescrivent aux autres. [1670]

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MON MARX

Rosa Luxemburg (1870-1919) est la plus importante théoricienne marxiste du 20ième siècle. Son ACCUMULATION DU CAPITAL, écrit en 1913, complète et corrige LE CAPITAL en décrivant le développement du capitalisme de la phase impérialiste, et en mettant en relief l’importance de phénomènes comme la concurrente inter-étatique, le colonialisme économique, le développement des monopoles, le militarisme. Elle nous donne ce que nous aurait donné Karl Marx s’il avait assisté à ces développements. Ce qu’il nous aurait donné, ou mieux. Ses analyses de la réalité sociopolitique contemporaine sont aussi d’une grande importance. On considère la masse comme un enfant à éduquer auquel il n’est pas nécessaire de tout dire, auquel dans son propre intérêt on a même le droit de dissimuler la vérité, tandis que les “chefs”, hommes d’État consommés, pétrissent cette molle argile pour ériger le temple de l’avenir selon leurs propres grands projets. Tout cela constitue l’éthique des partis bourgeois aussi bien que du socialisme réformiste, si différentes que puissent être les intentions des uns et des autres. [1911]

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MON MOZART

Charlie Parker (1920-1955) dit Bird (l’Oiseau) a reconfiguré le Jazz moderne. Il est l’artisan principal de la ci-devant Révolution des Boppers. C’est Mozart, de tous points de vues. Pour la première fois dans l’aventure jazziste, Parker parait suspendre des parcelles de mélodie dans le vide. En réalité, par des liens ténus, au premier regard invisibles, les éléments communiquent entre eux et entretiennent des relations étroites. Pour apercevoir cette logique dissimulée, il faut liquider bien des préjugés et convertir bien des attitudes anciennes: à ce prix seulement le puzzle se reconstruit pour nous, le récit dilacéré, déchiqueté, reprend forme, ce qui était divisé, séparé, se replace en l’unité retrouvée d’un ensemble. Parker affectionne du reste le mystère. C’est un maître du sous-entendu, comme on le sent bien aussi lorsqu’il suggère des notes qu’il eût pu exprimer réellement. Le musicien nous laisse l’exquis plaisir de deviner. Qu’on ne voie pas en cela quelque alibi que se donnerait une insuffisance technique. A vrai dire, on ne connaît guère de virtuose plus sûr de lui-même que Charlie Parker. L’un de ses plaisirs consiste très précisément à faire succéder aux périodes d’austérité mélodique des périodes de prodigalité où la phrase déferle comme un flot agité, se gonfle et se brise en une fastueuse gerbe de notes. Au cours de ces moments de faconde étourdissante, certaines notes accentuées hors du temps ajoutent encore à la confusion d’un auditeur habitué aux conceptions rythmiques du “middle jazz”. Il n’est pas jusqu’à la sonorité qui ne surprenne, sonorité unie, impitoyable, forte comme l’airain, et qui ne vibre largement que dans les temps calmes. [Lucien Malson, HISTOIRE DU JAZZ ET DE LA MUSIQUE AFRO-AMÉRICAINE]

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MON RODIN

Art Tatum (1909-1956) fut un Rodin musical. Le Rodin du PENSEUR, un peu. Le Rodin du BALZAC, beaucoup. Le sculpteur fin du stéréotype de rengaine, un peu. Le sculpteur massif de la distorsion de l’image musicale reçue, beaucoup. Ce fils d’ouvrier d’usine de l’Ohio, aveugle d’un oeil, ne lisant pas la musique, écoutait les mélodies de Broadway et de Tin Pan Alley à la radio, et triturait ensuite cette pâte mélodique, la faisant macérer dans la masse ondoyante de cet idiome pianistique archaïsant, solidement typé, dénommé crûment stride piano. Le tonitruant combat de l’académisme et de l’idiosyncrasie. Rodin. C’était un musicien de Jazz aux mains tout simplement omnipotentes. Who do you think had stopped by after his job and seated himself at the piano. Nobody but my man Tatum. He was in his usual rare form, and doing all of the most impossible high and harmonic changes. Strays was with us, and our friends from San Francisco, Mr. and Mrs. Archibald Holmes. After meeting Art and conversing with him, she hit on the subject of Bach, because she had been studying his music. Something in Tatum’s playing moved her to utter the next thing to a challenge. “Well, Mr. Tatum, do you know any Bach?” – “A little,” Mr. Tatum answered, and then proceeded to execute a parade of Bachisms for the next hour. After getting her breath, the lovely lady said, “Thank. I guess I’ll keep my big mouth closed now!” [Duke Ellington dans MUSIC IS MY MISTRESS]

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MON VOLTAIRE

Salman Rushdie (né en 1947) est un des plus puissants témoins de ce siècle planétaire. Oriental, occidental, total. Voltaire nous donna Paris sous costumes et turbans de turcs, il nous donne Bombay en maillot et pantalons roulés Star Trek. Un polymorphe (shape-shifter) culturel incisif, visionnaire, génial. Et aussi, tout comme les auteurs-penseurs des Lumières, un artiste bastonné, censuré, harcelé. Le lot de tout ceux qui ont saisi le vrai de leur temps, à vif, dans son évanescence comme dans sa pérennité. What did they want? Nothing new. An independent homeland, religious freedom, release of political detainees, justice, ransom money, a safe-conduct to a country of their choice. Many of the passengers came to sympathize with them, even thought they were under constant threat of execution. If you live in the twentieth century you do not find it hard to see yourself in those, more desperate than yourself, who seek to shape it to their will. [1988, dans THE SATANIC VERSES]

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MON PROMÉTHÉE

Éva (Carmen, dans la version originale allemande), personnage principal du film LA FEMME FLAMBÉE (DIE FLAMBIERTE FRAU) de Robert Van Ackeren (1984), monte à l’assaut du monde. Froidement, et avec la grâce et la force des déterminations implacables. Facteur objectif, sinon volontaire, de la profonde crise de redéfinition de la masculinité moderne, Éva prend feu, parce qu’elle vole le feu aux suppôts d’une “sagesse” phallocentriste intégralement déliquescente et faisandée. Une quête incontournable, qui nous concerne tous. Ce qui compte pour moi, c’est de faire ce que je veux. [Éva - 1984]

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MON MANNEKEN-PIS

Le Petit Glenn trime courageusement devant la façade de la principale gendarmerie provinciale de Toronto. Il tire à jamais une sorte de voiturette de pierre sur laquelle se trouve planté un curieux obélisque, impitoyablement cyclopéen, dans lequel est gravé la devise ostensible et ronflante des flics ontariens: TO SERVE AND PROTECT. Certes, l’effort et le rictus du Petit Glenn sont arqués et façonnés dans le bronze, mais bon, ça frappe quand-même. L’aristocrate Manneken-Pis incarne la puérilité folâtre du peuple brabançon. Le prolétarien Petit Glenn, avec brio et intensité, nous pérennise, nous les canadiens, au conformisme lourdingue et difficultueux, roulant stoïquement notre héritage surfait et policé derrière nous. À chacun ses totems, à chacun ses idoles.

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L’inukshuk de Courseulles-sur-mer. Des gens sont venus ici…

Publié par Paul Laurendeau le 1 janvier 2010

Bon la religiosité, c’est pas mon truc. Je suis athée, anti-calotin et moral, de la moralité méthodique du libre penseur. Mais, pour ceux que cela intéresse, il m’arrive de vivre, les larmes aux yeux, mes sortes de manières d’émotions primitives à moi. Comme tout canadien, mon fond ethnologique ancien, l’équivalent de mon Moyen Age féerique et mystérieux, ce sont les acquis culturels que l’on doit aux aborigènes qui me le fournissent. Les aborigènes canadiens (amérindiens, Métis et Inuits), ce sont, en fait, nos aristocrates à nous. Ils sont les dépositaires de notre relation à la nature, de nos irrationalités, de nos terreurs, de nos sérénités, de nos puretés enfantines, de notre droiture perdue, de nos culpabilités profondes aussi. Ils sont à la fois les Gaulois qui ne sont pas exactement nos ancêtres directs et ce Louis XVI antique et encore passablement mystérieux dont nous avons tous un peu abruptement coupé la tête… Les aborigènes sont notre grand nord, blanc et virginal, nos ciels infinis, nos eaux pures, nos animaux sauvages, nos fardoches enneigées, notre banquise cyclopéenne qui n’appartient à personne. En un mot, ils sont notre primitivisme lancinant. Ils remuent, tout au fond de nous, implacables torrents, aussi tumultueux que secrets. Ils nous ont donné énormément et, entre autres, ils nous ont donné l’inukshuk.

L’inukshuk (ou inuksuk) est un cairn de roche très approximativement anthropomorphe que les Inuits dressent depuis des temps immémoriaux sur leurs parcours de transhumance, en empilant sans mortier les lourdes et friables pierres de la toundra. Certaines de ces oeuvres ont mille ans d’âge. L’inukshuk surveille un point sacralisé, ou un lieu dangereux. Il appelle un relais, marque un passage, signale une étape ou s’investit, comme le ferait une personne, dans le rabattage des caribous. Nain ou géant, il s’interpose entre la nature et nous. Inuk (la même racine qu’Inuit) c’est l’être humain et S(h)uk c’est un substitut, un remplacement, un succédané, un représentant. Inukshuk c’est «celui qui peut assumer la fonction ou la posture d’un être humain». Il est une statue, une effigie, une lourde silhouette, un pantin tutélaire (pas un totem, par contre, car l’inukshuk est l’effigie d’un être seul et crucialement, mais grossièrement, anthropomorphe, tandis que le totem est l’empilade d’un multitude de fines figures zoomorphes). Un court métrage canadien célèbre, de la série A Part of our Heritage, montre un officier de la Gendarmerie Royale du Canada de 1931 blessé à un pied et convoyé dans l’immensité de la Terre de Baffin par un groupe d’Inuits. Ce matin là, notre petit gars à la fameuse casquette brune au liséré jaune est à se les geler sur le sol et personne ne s’occupe de lui. Tout le petit groupe de ses guides est affairé collectivement à construire un de ces mystérieux cairns de grosses roches qu’on voit ici et là, dans ce pays immense et désolé. Notre occidental ébaubi s’enquiert de la signification d’un tel geste, important au point d’avoir mené ses guides, pourtant méthodiques, organisés, doux et attentionnés, à le négliger, lui, pour un temps. Une femme lui explique alors, par le biais d’un jeune interprète: «C’est l’inukshuk. De par lui les gens sauront que nous sommes venus ici». On peut visionner ce curieux petit moment d’une minute et une secondes, ici (en anglais).

Notre Gouverneure Générale du temps (une autre touchante figure de notre conscience archaïque, plus controversée, mais tout aussi méritoire) a inauguré en 2005, à Courseulles-sur-mer (France), sur les plages de Normandie, l’ultime monument d’un musée dédié à la mémoire des soldats canadiens ayant participé au Débarquement de 1944, le Centre Juno Beach (du nom de code de la plage du débarquement qui avait été assignée aux canadiens lors de l’Opération Overlord du jour le plus long). Des 2,048 conscrits canadiens enterrés au cimetière local, 33 sont aborigènes. En 2005, donc, pour commémorer leur mémoire, un inukshuk a été assemblé et dressé non loin du musée, par le sculpteur inuit Peter Irniq. Cet inukshuk est presque entièrement constitué de pierres d’une carrière de Normandie mais sa pierre de sommet, approximativement pyramidale et légèrement plus rosée, vient des Territoires du Nord-Ouest canadiens. Forte impulsion de l’extraterritorialité émue d’une culture au destin aussi riche que fragile. Nous contemplons les vacillements de cette flamme dansottante. Jeu de miroirs. L’inukshuk de Courseulles-sur-mer se reflète dans les fenêtres de l’immeuble moderne du Centre Juno Beach, comme notre si douloureux héritage aborigène se reflète dans la vitre roide et froide de notre conscience.

L’inukshuk de Courseulles-sur-mer (France) se reflète dans les fenêtres de l’immeuble du Centre Juno Beach.

L’inukshuk de Courseulles-sur-mer est d’un type tout particulier. Plus abstrait et emblématique, c’est un cairn-fenêtre. Ladite fenêtre regarde vers l’ouest, vers l’Océan Atlantique. Lors du cérémonial auquel participa la Gouverneure Générale et des aînés amérindiens, métis et inuits, il fut expliqué que la fenêtre de l’inukshuk ouvrait un espace d’envol pour le souffle spirituel des guerriers aborigènes, tombés sur la plage Juno et partout ailleurs dans le Vieux Monde (Il y avait un total de 4,000 conscrits aborigènes dans l’armée canadienne en 1944). Par cet espace d’envol que la fenêtre de l’inukshuk ouvre, l’esprit de nos morts aborigènes peut remonter en douceur vers la mer, vers le Nord-Ouest et s’en retourner silencieusement reposer en terre canadienne.

Je suis particulièrement ému par cette symbolique. Quand j’ai discuté la chose avec mon fils aîné, Tibert-le-chat, aussi athée et rationaliste que son père, il m’a demandé pourquoi cette histoire là me touchait plus que, disons, n’importe quelle autre fable du lourd héritage religieux occidental? J’ai répondu que je n’étais certainement pas en train de vivre une attaque de paganisme folklorisant ou régressant ou de militarisme onctueux et pâmé. La nostalgie des religiosités et de la gué-guerre, ce n’est pas mon genre et, en fait, elle ne me semble guère de mise ici. On observe, en effet, que l’inukshuk, au début de ce siècle, perd graduellement et comme inexorablement sa dimension mystique pour entrer dans la culture de masse avec le strict statut d’œuvre d’art. C’est la rançon insidieuse d’une gloire montante. Sauf que déplorer l’effritement de cette magie perdue (en grande partie distordue, du reste, car ouvertement fantasmée par nous, les occidentaux) en l’inukshuk, ce serait se coincer dans le type d’élitisme crispé dans lequel basculait Herbert Marcuse quand il déplorait Picasso en affiches punaisables ou Homère en livres de poche. Je ne fais pas cela. Plus simplement, je suis ému par la symbolique de l’inukshuk de Courseulles-sur-mer parce que… eh bien parce que personne n’a jamais cherché à me faire croire à son histoire. C’est tout simplement arrivé, comme ça, suite à un riche entrecroisement ancien et moderne des cultures, que la vice-reine d’un pays nordique du nouveau monde, elle-même descendante d’esclaves africains caraïbes et réfugiée politique, inaugure un poignant cénotaphe pour des amérindiens, Métis et Inuits tombés sur le sol d’une région de France portant le nom de ses anciens envahisseurs Vikings. C’est tout simplement arrivé et cela canalise en moi des émotions profondes, sans solliciter chez moi le moindre endossement religieux ou politique. C’est comme le chant grégorien, ni plus ni moins, qui reste magnifique et poignant même quand on n’embrasse plus les croyances qu’il promeut, ne comprend plus la langue qui l’encode et n’articule plus les concepts qui le fondent. Les croyances des aborigènes peuvent rester entièrement leurs croyances. Toute mystique a une fin. Cela ne minimise nullement l’aptitude de la culture de nos compatriotes aborigènes, vive, subtile et puissante à la fois, à saisir et à émouvoir pour fortement influencer, et ce, bien au delà du cercle strict du religieux ou du politique. L’inukshuk se voit de loin, en quelque sorte, et par tous.

L’inukshuk bénéficie pleinement, en fait, de sa fonction concrète ancienne. C’est un objet dont la stature émane de la combinaison de force et de fragilité de sa si simple et pourtant si improbable structure. Menhir, dolmen, tonnelle, portail, voûte, borne, pagode, il ne dicte pas ce qu’il faut croire. Il nous rappelle simplement que des gens sont venus en un endroit autrefois, et qu’ils ont fait, ensemble, en toute simplicité, ce qu’il fallait faire, sans plus…

Un inukshuk à Courseulles-sur-mer. Des gens sont venus ici autrefois, et ils ont fait, en toute simplicité, ce qu’il fallait faire…

Source photographique: Flickr (un photographe français talentueux et sensible, qui signe Marcello14).

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Le mariage homosexuel au Canada: vers l’inévitable choc de la primauté des droits

Publié par Paul Laurendeau le 15 mars 2009

Au Canada, les homosexuels se marient. Notre carte nationale est intégralement arc-en-ciel et ce, depuis le début du siècle. Nous sommes le quatrième pays au monde ayant pris ce tournant décisif (coiffé au fil d’arrivée uniquement par les Pays-Bas, par la Belgique et, de l’épaisseur d’un cheveu, par l’Espagne). Nous sommes le premier pays des Amériques à respecter et à protéger juridiquement l’intégralité de l’amour. Même nos politiciens conservateurs, pense-petits, vétillards, démagogues et rétrogrades, n’osent plus soulever la question de la définition du mariage et les diverses tartufferies afférentes. S’ils osaient, ils se mettraient à dos et le Canada juridique, roide et sourcilleux, qui interprète notre ci-devant charte des droits, et le Canada libertaire, débridé et séditieux, qui prendrait sans hésiter la rue sur cette cause, surtout dans nos trois pétales de villes: Montréal, Toronto, Vancouver.

L’affaire du mariage homosexuel est close au Canada… juridiquement, s’entend

L’affaire du mariage homosexuel est close au Canada… juridiquement, s’entend.

L’affaire du mariage homosexuel est donc close au Canada… juridiquement, s’entend. Ethno-culturellement, c’est une toute autre histoire. Le multiculturalisme canadien paie, particulièrement sur cette question importante, le prix de sa non prise en compte de la tangible possibilité des dérives communautaristes. Certains de nos compatriotes planétaires viennent de régions du monde encore profondément patriarcales et où l’homophobie est purement et simplement une norme d’acier, implicite, évidente, sereinement dogmatique. Un enseignant de souche africaine d’une école secondaire du grand Toronto faisait récemment la promotion de la diversité des orientations sexuelles, en stricte conformité avec le programme académique de la province canadienne de l’Ontario. Un de ses élèves, de souche africaine aussi, lui annonça intempestivement que, s’il parlait comme ça de l’homosexualité en la valorisant, c’est qu’il n’était pas un vrai africain… Il y a aussi le cas de ce jeune homme, libanais de seconde génération, musulman, que sa mère a surpris au lit avec un autre homme… et qui, depuis le sermon unilatéral, rigide, sectaire et parfaitement illégal (couperosé notamment de menaces de mort) qu’elle lui a servi, craint que ses droits canadiens ne le mènent directement en «enfer»… Notons, et c’est absolument capital, que la dérive communautariste ne se restreint aucunement aux néo-canadiens. Nos bons compatriotes du cru, alors là, comprenons-nous bien, ne sont pas en reste. On peut ainsi mentionner ce jeune catholique de souche que son école catholique de souche a voulu empêcher d’aller au Bal de Graduation avec son amoureux, tout aussi catholique de souche. Ces deux là, certainement moins impressionnables que ne l’auraient été certains de nos compatriotes immigrants, sont allés dare-dare devant les tribunaux et ont eu gain de cause… juste à temps pour le bal. La charte canadienne des droits et libertés prime, en terre canadienne, sur les diktats des cultes et des sectes que notre multiculturalisme, tout aussi canadien et, il faut bien le dire, passablement élastique, autorise pourtant, malgré tout… et fort paradoxalement.

Il est clair, il est criant, il est patent qu’un jour ou l’autre, le choc de la primauté des droits va vraiment claquer sec sur cette question incontournable. Nos réactionnaires canadiens de souche, catholiques irlandais, italiens, canadien-français, et protestants anglais, écossais, loyalistes (dont les deux cultes sont, trois fois hélas, protégés par la vieille constitution canadienne de 1867) vont, à un moment ou à un autre, établir leur jonction «solidaire» (de la solidarité calculatrice des causes circonscrites) avec nos réactionnaires néo-canadiens patriarcaux, issus de tous les coins du monde, musulmans, hindous, juifs, sikhs, pour chercher de nouveau à coller l’homosexualité masculine et féminine (ainsi, corollairement, que l’égalité essentielle des hommes et des femmes) au mur. En visite, il y a quelques années, dans un grand pays dont je tairai ici le nom (il ne s’agit pas de cibler un groupe ethnique ou un autre mais bien de cerner un problème de principe), le premier ministre du Canada de l’époque de la mise en place du mariage homosexuel s’est fait niaiser et ridiculiser par des officiels bien couillus et bien railleurs qui se payaient sa poire en se tenant les côtes parce qu’il venait d’un pays où les gens de même sexe se marient. Notre premier ministre, modeste et discret comme tout premier ministre canadien terne et blême qui se respecte, n’était pas chez lui. Il a donc écrasé le coup sans faire de vague… fournissant ainsi, en fait, sans malice, l’exemple à suivre, en ces temps de transition de la grande plaque tectonique des mentalités. Simple. À Rome, il a fait comme les Romains…

Il va, un jour, falloir promouvoir cet exemple sous notre beau drapeau unifolié nunuche et mollasson, et choisir son camp. On va un jour, c’est triste mais c’est comme ça, devoir dire à certaines personnes: à Rome, eh bien… vous faites comme les Romains. Si vous aspirez à vire en ce pays, à bénéficier de son mode de vie et de ses libertés si durement acquises, il va falloir respecter… son mode de vie et ses libertés si durement acquises. Il va falloir, un jour ou l’autre, le dire. C’est d’autant plus douloureux, emmerdant, contrariant, que le multiculturalisme est aussi une valeur canadienne et que de devoir l’écorner ainsi ne se fera pas sans arguties, jonglages et dilemmes divers. Mais bon, la liberté d’expression pleine et entière aussi est une valeur canadienne, et cela n’en rend pas la propagande haineuse, le racisme, l’antisémitisme plus légitimes ou légaux. Il faut ajuster, accommoder et surtout, trancher sans faillir ce nœud gordien du paradoxe du choc des droits… Racisme: non. Sexisme: non. Homophobie: non. Fin du drame. J’avale alors la pilule et me console comme suit. Si nos compatriotes néo-canadiens passionnels provenaient de quelque république communiste rouge vif, ils se feraient dire, vite fait bien fait, d’écraser le coup avec leur doctrine prolétarienne libertaire et de respecter le bon capitalisme canadien ronron, en la ravalant, en vitesse, leur petite conception trublionne de la lutte des classes… Le souci multiculturel de nos sophistes juridiques unifoliés prendrait le bord de la sortie sans complexe, face à des cocos utopiques aux idées sociales élargies. Et, alors, alors seulement, le choc de la primauté des droits ne soulèverait pas le dixième des arguties que nous imposent notre complaisance, aussi excessive que suspecte, devant le tataouinage abscons des cultes, le byzantinisme veule des sectes, la tyrannie rigide des croyances irrationnelles et le flafla bringuebalent des temples portatifs. Conclueurs, concluez.

Voici donc ma prise de parti. Limpide. L’égalité essentielle des hommes et des femmes et l’intégralité des droits, matrimoniaux, parentaux et comportementaux, des personnes de toute orientation sexuelle prime, au Canada, sur toute autre croyance ou diktat. L’égalité des hommes et des femmes et la diversité des orientations sexuelles sont des droits fondamentaux, axiomatiques, inaltérables, inaliénables. Ce sont des droits de la personne, au sens le plus crucial du terme. Quiconque veut vivre au Canada doit respecter ces droits en toutes circonstances, comme nous nous devons tous de respecter l’égalité des races, l’égalité des chances et le droit à la libre expression. Il n’est pas possible de s’adapter convenablement en terre canadienne sans intérioriser la complète symétrie des droits hétérosexuels et homosexuels et l’intégrale égalité des hommes et des femmes. Ces droits priment sur toutes autres croyances, convictions ou valeurs.

Et… le monde entier, un jour, comprendra cela. Je demeure, l’un dans l’autre, optimiste.

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Ce que Michelle Obama symbolise

Publié par Paul Laurendeau le 1 mars 2009

Dans la mise en place de la symbolique présidentielle en cours aux USA, Madame Michelle Obama joue un jeu fin, subtil, délicat, audacieux, et elle le joue sciemment. Elle travaille à la démonstration du fait qu’il est possible d’être à la fois “maman” et socialement affirmée et qu’une pleine appropriation non-sexiste des rôles traditionnels de la femme est viable. Il y a, de fait, des femmes qui s’identifieront profondément à cette dynamique dualiste et ce n’est pas, il faut l’admettre en toute impartialité, plus aventureux que ce que font certaines de nos dirigeantes d’entreprise… Il faudra voir ce qui en découlera et si une perspective progressiste effective sera mise sur rail par une telle option. C’est bel et bien là une autre des gageures “improbables” de l’aventure ultra-centriste des Obama… Fondamentalement il ne s’agit pas ici d’une question privée ou personnelle mais bel et bien d’un problème d’image publique. La posture de Première Dame case sa dépositaire dans une coche ET publique ET traditionnelle, donc, inévitablement, fondamentalement paradoxale, pour toute femme de sensibilité moderne et moderniste. C’est un problème, c’est même potentiellement assez ennuyeux. Il faut surveiller attentivement ce que Madame Obama fera de cette stature ambivalente et ce qui en adviendra à l’usure du temps. Mais le moins qu’on puisse en dire pour l’instant sur son compte est que sa compréhension de la situation est maximale et que le tout de la joute symbolique se joue, de fait, autour du fameux enjeu de la conciliation travail/famille, si sensible en notre temps.

On peut dors et déjà observer que Madame Sarah Palin, en 2008, tenta aussi, dans le corps de sa stratégie de communication électorale, de miser à fond sur ladite question de la conciliation travail/famille, mais, dans son cas, ce fut une déception intégrale, pour des raisons bien plus systémiques qu’on ne le pense. Madame Palin se posait en figure politique au sens classique du terme, pas en Première Dame. Or, le fait est que les femmes seront beaucoup plus douées comme leaders socialistes. Les politiciennes de droite, comme Sarah Palin, vivent une contradiction insoluble entre les valeurs progressistes que les femmes font émerger de par leur impact de masse dans la société civile et les intérêts réactionnaires qu’elles servent «littéralement» comme politiciennes de droite. La culture intime des femmes n’est pas très compatible avec le capitalisme, l’arrivisme et l’égoïsme. La femme politique, encore rare aujourd’hui, procède en fait de la politique de demain… et demain viendra, pour sûr. Sauf que, pour le moment, Sarah Palin, en super-maman avec bébé dans un bras et ordinateur portable dans l’autre, véhiculait les valeurs d’un chapitre déjà écrit par les femmes de ce temps. La position latérale de Michelle Obama, dans notre espace symbolique de représentation du pouvoir visible, fait qu’elle contourne l’écueil que Sarah Palin frappa de plein fouet, celui des fameux deux quarts de travail de la femme, professionnelle et mère de famille…

Le précédent siècle a produit, surtout dans le Tiers-monde d’ailleurs, son lot de figures politiques féminines majeures, Margaret Thatcher, Golda Meir, Indira Ghandi, Benazir Bhutto, Corazon Aquino, Isabel Perón … Il ne s’agit pas ici de dire qu’il n’y a pas eu de femmes politiques au siècle dernier. Sauf que ces pionnières ont en fait établi leur position pour avoir su endosser les valeurs des hommes mieux que les hommes. Leur talent est une émanation directe de la discrimination qui bloqua leurs semblables. C’est comme pour Barack Obama lui-même. Le premier président noir sera un génie politique, qui se sera rendu au sommet malgré l’épais filtre discriminatoire qu’il aura justement su crever de par son talent… Ceci dit, on ne fait pas une féminisation des représentations politiques globales de toute une civilisation avec les success story ad hoc de Mesdames Thatcher, Meir, Ghandi et alii. La Femme Politique au sens fort de ce terme, avec un impact ethnologique effectif du fait féminin et une montée réelle de ce dernier dans les sphères de pouvoir, ça, ce sera pour ce siècle-ci. Car la femme politique de demain reflétera l’impact de masse croissant des femmes dans la joute politique. Sarah Palin tâtonna dans cette direction, mais son action procédait plus de la manipulation démagogique du pouvoir de masse féminin, par des combattants d’arrière garde, que de la mise en place effective des valeurs sociopolitiques des femmes. Hillary Clinton, pour sa part, défaite d’investiture oblige, prend simplement la place ordinaire qui lui revient dans les sphères supérieures, comme Mesdames Albright et Rice avant elle, sans moins, sans plus. Une femme politique majeure, dotée d’un impact symbolique profond, ce sera donc pour la prochaine fois, mais cela s’en vient… Et, pour l’instant, on peut, en fait, se demander si Michelle Obama ne marque pas, dans cette direction, une avancée plus fondamentale que les politiciennes effectives du siècle dernier ou même de ce siècle-ci… Car, indubitablement, Michelle Obama les positionne, elle, ces valeurs féminines de fond, à l’épicentre de l’espace symbolique du pouvoir politique…

Pour commencer à voir un peu comment ça se passe, un autre petit fait intangible doit être signalé, dans la dynamique symbolique se mettant en place ici. La fille de JFK, Caroline Kennedy, a ouvertement renoncé à devenir sénatrice de l’état de New York, l’ancienne position de Madame Clinton. Le symbole du renoncement d’une figure de l’ampleur de Caroline Kennedy est à la fois fort et subtil. Désormais, ce ne sont pas vos liens de famille (comme dans le cas des Bush) si prestigieux fussent-ils qui vous positionnent politiquement, mais vos compétences effectives. Il est fini, du moins pour l’instant, le temps glauque de la figure politique fantoche en pilotage automatique par ses sbires et conseillers. La remythologisation du politique (qui en a bien besoin) est à ce coût… Et, encore une fois, dans cet espace de représentation, Michelle Obama joue son instrument en solo et le joue juste. Elle n’est que Première Dame, l’assume et est là pour voir au maintient de la cohésion familiale et matrimoniale sous le poids écrasant des tâches. L’implication de Madame Marian Robinson, sa mère, dans l’aventure, donne un écho stéréophonique indubitable à la doctrine et aucune ambivalence n’est possible. Ces deux femmes tiendront leur place ancienne avec une solidité de femmes modernes. Il n’y aura pas de passe-droit politicien sur la base d’un quelconque copinage familial pour Michelle Obama.

Ainsi, quand on interroge Michelle Obama sur les positions politiques de son mari, elle répond, sans tergiverser: je ne suis pas sa conseillère politique. Une trajectoire en dérapage calculé, sur deux tableaux, à la Hillary Clinton, est donc fermement et sereinement exclue. Mais, par contre, quand Barack Obama déclara, pendant la campagne présidentielle de 2008, qu’il ne ferait pas de petite politique au rabais avec les ennuis familiaux de Sarah Palin, parce que les enfants et tout ce qui les concerne sont extérieurs à ce qui se joue dans l’arène politique, Michelle Obama eut ouvertement ce mot: C’est ce genre de position qui fait que je suis fière de mon mari, que je l’aime et que je sens que quelque chose de nouveau sera introduit par lui dans notre vie publique. On retrouve donc une femme qui endosse un homme pour l’harmonie profonde qu’elle ressent pour l’intelligence de son action et pour la stature et la cohérence de sa vision des questions sociales et familiales. Femme de ce temps, s’il en est… Il faut absolument aussi mentionner le rapport à la mode vestimentaire. Michelle Obama contourne encore une fois, toujours aussi adroitement, un autre écueil, un redoutable, celui-là. Elle ne deviendra pas la carte de mode abstraite, mondaine, élitaire et distante que fut Jacqueline Kennedy. Madame Obama alterne tenues modestes et sens original et frondeur du décorum. On la qualifie déjà de non-icône de mode et on investit haut et fort cette désignation nouvelle comme non péjorative. De la tenue, aux interventions publique et jusqu’à la sémiologie visuelle du geste et de la posture, Michelle Obama sait exactement ce qu’elle fait. Elle marche en avant, ses enfants bien groupés sous ses ailes. Et vingt pieds plus loin, Barack Obama marche seul, contemplant, devant lui, le petit groupe de ses amours sublimes tout en cogitant les affaires de l’état. L’image est saisissante d’originalité, de force, de relief novateur et incongru.

Toute une tradition solide, à la fois tutélaire et discrète, de maternité afro-américaine définit symboliquement Michelle Obama. Le président Obama lui-même, d’ailleurs, procède discrètement de cette dynamique. C’est, de ce point de vue, un homme très moderne, profondément et sereinement marqué par les figures maternelles. Sa mère (monoparentale) d’abord, puis sa grand-mère, puis la mère de Michelle Obama, puis Michelle Obama elle-même, comme mère, de surcroît, de deux jeunes filles. Le service symbolique, si je puis dire, est de fait mutuel. Michelle Obama incarne, majestueusement et solidement, la volonté politique ferme et inconditionnelle de son mari de recentrer l’Amérique sur ses affaires domestiques, santé, éducation, travail, famille. Tous ces éléments combinés font que la stature de Michelle Obama est unique et solidement connectée à l’âme populaire américaine, dans ce qu’elle a de progressiste autant que dans ce qu’elle a de traditionnel. Toutes les femmes américaines s’identifient déjà profondément à cette figure, se tenant tout juste à la bonne distance de son homme, qui, lui, comprend et admire son importance et sa force. Michelle Obama, c’est une Évita Perón (plutôt qu’une Isabel Perón, pour ceux qui saisiront la nuance), à la puissance mille, et à la mode sociale de ce temps. Et la synthèse symbolique du message est nette. Je m’occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Je vois à ce qu’elles fassent leur lit, même à la Maison Blanche. Et, croyez-moi, j’en ai plein les bras. Cela ne me diminue en rien. On a affaire ici à un travail d’équipe et encadrer la vie civile des enfants, dans l’existence sociale contemporaine, est une tâche cardinale, cruciale et hautement méritoire. Je ne tourne pas le dos à la vie professionnelle. Je ne suis pas une femme rétrograde mais je ne suis pas une femme complexée non plus, et ma définition du professionnel et du familial n’est pas restrictive. Si je tourne le dos à quelque chose, en fait, c’est à la définition traditionnelle (et masculine) de l’étanchéité rigide entre enjeux professionnels et enjeux familiaux. C’est un jeu vraiment très délicat qui se joue ainsi et Michelle Obama le joue sciemment, ouvertement, frontalement. Elle a l’intelligence, le charisme et la subtilité intellectuelle de comprendre parfaitement ce qu’elle fait et d’assurer, solidement et sans déviation décadente ou autres, l’intendance de ce qu’elle représente. La réflexion enclenchée par ce que Michelle Obama symbolise pourrait imposer à nos conceptions, y compris à nos conceptions féministes, les plus importantes, les plus cruciales de toutes sur cette question, un redéploiement intellectuellement riche, mentalement stimulant et socialement utile. Les autres Premières Dames américaines introduisaient passivement un corps de valeurs implicites. Michelle Obama ouvre activement un espace explicite de débat. Son impact symbolique est hautement inusité et, de ce point de vue, indubitablement sans égal.

Je m’occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Et, croyez-moi, j’en ai plein les bras.

Je m’occupe de nos enfants. Je sers de modèle de bonne tenue et de conscience sociale à nos filles. Et, croyez-moi, j’en ai plein les bras...

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INTOXIDENTALE (intox occidentale)

Publié par Paul Laurendeau le 15 février 2009

Mon fils Tibert-le-chat me montre l’entrefilet suivant, tiré d’un canard torontois qui collige des dépêches de presse internationales, et me demande de chercher la bizarrerie (je traduis le texte):

Attaqué par un panda -   Un panda du jardin zoologique de Pékin a mordu son troisième touriste en deux ans et, cette fois-ci, il a fallu lui desserrer les mâchoires de force pour libérer sa victime, un homme qui avait sauté dans la fosse de ce panda pour y récupérer un jouet de son fils.  –    Gu Gu, un panda de 240 livres a saisi dans sa gueule les jambes de l’homme et a refusée de démordre jusqu’à ce que ses gardiens le forcent à ouvrir les mâchoires à l’aide d’outils, a indiqué une porte-parole du jardin zoologique, portant le nom de Gong. La porte parole n’a pas fourni son nom complet, selon une habitude qu’ont les officiels chinois.   -   Gu Gu avait déjà défrayé la chronique en 2007 quand il avait mordu un touriste en état d’ébriété qui avait sauté dans sa fosse pour tenter de le câliner. Le touriste avait alors répliqué en mordant l’animal à son tour.

Mon sursaut est instantané. Je dis: Pourquoi ont-ils besoin de signaler que la porte-parole du zoo ne fournit pas son nom entier? Ils auraient simplement pu dire Madame Gong, ou ne pas mentionner son nom. Mon fils Tibert-le-chat répond: Exactement. C’est de la propagande. Voici, au milieu d’un fait divers qui n’a rien à voir avec rien, qu’on nous claironne que les officiels chinois manifestent une étrange discrétion sur leur identité individuelle. Ah, il faut bien qu’il y ait quelque chose qui cloche, hein, puisque cela se passe à Pékin (où, en plus, évidemment, même les pandas sont méchants – je vous épargne un retour sur la couverture occidentale de la Chine en 2008, avec les Jeux Olympiques etc. Ce fut une insulte hurlante à l’intelligence la plus élémentaire). On pourrait citer des dizaines de milliers de petits exemples ordinaires de ce type, à propos de la couverture occidentale de la quasi-intégralité des événements du monde…

J’appelle INTOXIDENTALE toutes les manifestations de biais occidentaux dans la couverture journalistique, ayant pour effet de transformer, ouvertement ou insidieusement, l’info en intox. Cette intox occidentale est un mélange fin et subtil de propagande et d’ethnocentrisme. Pour la décrire plus précisément encore, il faut dire en fait qu’il s’agit d’une communication faussement neutre (et en fait toujours orientée) misant sur l’ethnocentrisme du lecteur occidental et mettant la surprise condescendante de ce dernier au service d’un biais propagandiste. Ici, on ne dit rien d’ouvertement faux au sujet de Madame Gong, sauf que l’incongruité (dans un regard spontanément ethnocentriste) de ses pratiques patronymiques se trouve gauchie insidieusement dans un angle qui fait que cela a l’air bien louche. Ce genre de discrétion «excessive» sur son identité, ça la fout mal, comme on dit.

Il est important de bien voir que l’intoxidentale n’est pas un ethnocentrisme pur, innocent et niais. Le journalisme contemporain, mondial depuis un bon siècle désormais, est de fait à peu près exempt de cet ethnocentrisme simplet de jadis, qui reposait sans malice sur l’ignorance étonnée de celui qui n’est jamais sorti de ses pénates culturelles. Les journalistes contemporains savent parfaitement se surprendre correctement et se laisser dépayser décemment par la diversité et la complexité de notre vaste monde. Il ne faut pas les prendre pour des idiots. Ils prennent souvent leurs lecteurs pour des idiots, eux, par contre, et confirment sciemment les préjugés les plus myopes du petit peuple tertiaire de nos bonnes villes si, et seulement si, cela sert la propagande, de plus en plus ferme et unilatérale, qu’ils mettent de l’avant.

Mon premier contact personnel, direct et indubitable avec l’intoxidentale eut lieu au début des années 1980, lors de la ci-devant Guerre des Malouines, un conflit de théâtre paradoxal (selon la logique rigide du temps de la Guerre Froide) qui avait opposé brièvement la Grande-Bretagne à l’Argentine pour la main mise sur un petit archipel au large de cette dernière. Les radios et télés francophones canadiennes parlaient alors d’Îles Malouines, sans complexe… jusqu’au déclenchement du conflit. Ils se mirant alors, d’un seul bloc et du jour au lendemain, à parler d’Îles Falkland, simplement parce que le nom espagnol donné aux dites îles autrefois et utilisé ouvertement par les argentins (Islas Malvinas) dérive du nom français, et qu’il fallait éviter de connoter ce toponyme hispanisant le moindrement… le tout, naturellement, en affectant d’autre part de ne jamais prendre parti dans le conflit comme tel. C’était d’un grossier qui m’édifia durablement. Vers la même époque, pour tout dire, un camion-suicide avait fait sauter un bâtiment bourré de soldats français au Liban. Cri d’horreur dans les journaux hexagonaux à l’époque. Ils titrèrent tous: Les soldats de la paix (Même l’Humanité du temps, qui avait conclu que la France devait se retirer de ce conflit… le chauvinisme n’a pas de couleur dans les moments de panique). Les soldats de la paix (qui sont, bien sûr, toujours les nôtres), vous imaginez… L’intoxidentale ne craint certainement pas les oxymorons…

Je vous cite ici, un peu au petit bonheur de mes souvenirs, des exemples datés, à dessein. Leur grossièreté hirsute semble frapper bien plus les imaginaires contemporains… mais c’est un pur et simple effet du temps qui passe, sans plus. L’avenir jugera l’intoxidentale de notre temps avec la même sévérité agacée. D’ailleurs l’intoxidentale n’a pas toujours la subtilité, comme dans l’exemple du panda Gu Gu et de Madame Gong, d’être insidieuse. C’est parfois un pur et simple mensonge plat, frontal, ouvert et direct. Lors de la guerre Iran-Irak, qui succéda de peu à la révolution iranienne de 1979, on nous simplifiait, dans les médias, les axes du conflit (escamotant de ce fait la manipulation américaine téléguidant l’Irak) en racontant que l’Iran était shiite et que l’Irak était sunnite. Maintenant que Saddam Hussein est un oligarche minoritaire (sunnite) déchu qu’il a fallu dézinguer pour servir le Souverain Bien Pétrolifère, on nous avoue finalement que l’Irak est aussi… à majorité chiite… Durablement édifiant… On se serait cru revenus aux temps blêmes et factices du baratinage interminable de la guerre du Vietnam… Le très beau film Good Morning, Vietnam de Barry Levinson (1987) justement, est une superbe dénonciation en règle de l’intoxidentale. Il n’a pas pris une ride. Il faut absolument le revoir et le méditer. Et, en attendant, plus de cent militaires canadiens sont morts en Afghanistan, «pas» dans des zones de combats intensifs sur un théâtre dont ils perdent graduellement le contrôle, non, non, non… en roulant malencontreusement et presque par hasard… sur de ci-devant bombes artisanales… Communication faussement neutre (et en fait toujours orientée) misant sur l’ethnocentrisme du lecteur occidental et mettant la surprise condescendante de ce dernier au service d’un biais propagandiste. Les résistants artisanalement organisés d’un vague pays montagneux du tiers monde, planter des soldats canadiens dans des épisodes de combat? Pas possible!!! Dites-nous que ce n’est pas vrai.

L’intoxidentale se charge justement de nous «dire» exactement cela, tant pour nous conforter que pour faire passer sa ligne doctrinale… et ce, désormais, à la guerre, comme au jardin zoologique, comme dans la totalité de la vie… car l’intoxidentale est de plus en plus… totalitaire, justement.

René Magritte (1898-1967).Titre (passablement méconnu) du tableau: LA TRAHISON DES IMAGES, 1929

René Magritte (1898-1967). Titre (passablement méconnu) du tableau: LA TRAHISON DES IMAGES, 1929

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Un cri du cœur: l’immoralité religieuse agresse profondément ma morale athée!

Publié par Paul Laurendeau le 16 janvier 2009

Résumons nous, d’abord. L’athéisme ne répond pas à la fausse question théologique, il la déracine. Athée cohérent, je ne milite PAS en faveur de la cause athée, car ceux qui disent que le problème sur ce genre de questions n’est pas dieu mais les humains ont parfaitement raison. Je suis en faveur du lent et inexorable mouvement de déréliction qui détermine en douceur nos sociétés. Il ne faut rien forcer. Il s’agit simplement, pour le moment, d’exprimer haut et fort le fait que Spinoza, Helvétius, d’Holbach, Picasso, Einstein et Marx (tous athées et tous hautement moraux) ont des héritiers indéfectibles. Ceci ici n’est pas un manifeste mais un pur et simple cri du cœur. Le fait est, quand même, que l’athée contemporain en a plus que marre. Il joue de plus en plus dur. Je suis athée et je ne finasse pas. Je ne me cache pas. Je suis ferme, clair, explicite, droit, entier. Je nommerai mon adversaire un théogoneux. En effet, la tentative de coller ensemble des doctrines disparates portant sur un ou plusieurs dieux sans que cela ne dégouline éclectiquement de partout s’appelle une THÉOGONIE. Celui qui s’y adonne est donc un THÉOGONEUX. C’est plus précis que “croyant” vu que, moi aussi, comme tous les athées de bonne tenue, je crois en une Australie dont je n’ai qu’une connaissance indirecte… et que le théogoneux n’a pas le monopole de la confiance ou de la croyance… et que croire en un être suprême imaginaire N’EST PAS croire tout court. Je dis donc au théogoneux: c’est toi qui a la fardeau de la preuve de l’existence de ton zinzin divin. Il n’y a rien d’autre que le monde terrestre et je n’ai rien vu en plus. Ta conviction divine, toute mentale, est improuvable, mon théogoneux. Moi, j’ai le monde naturel et social devant moi, en moi. Je ne le prouve pas. Je le constate, j’en vis. Je dis aussi au théogoneux, voici comment ton genre de débat crucial se résume: Le pain lève-t-il en cuisant par l’action d’un lutin ou par l’action d’un farfadet? Un premier croyant répond: un lutin. Un second rétorque: non impie, c’est un farfadet (et ils se battront sur la question). Un syncrétiste, astucieux et las de la guerre sainte, dira: pourquoi pas les deux, faisons une entente accommodante et élargissons notre panthéon… L’agnostique y ira ensuite de son je ne sais pas usuel (lui, il ne sait jamais). Seul l’athée aura la force intellectuelle de dire: je rejette le tout de la QUESTION POSÉE comme non valide. Je sors complètement de cette logique qui est intégralement inerte pour moi. Il n’y a PAS d’intervention surnaturelle dans la levée du pain qui cuit. Aussi, et corollairement, je te le redemande, mon théogoneux, cesse donc de confondre, d’identifier malhonnêtement l’athée avec un type de croyant (au sens strict de croyant-en-dieu). C’est là une insulte majeure à l’entendement, qui minimise la révolution logique et intellectuelle introduite dans notre mentalité collective par l’athéisme. En fait, pour tout te dire, profite donc de l’opportunité qui t’es donnée par la présente pour aller te coucher sagement dans les poubelles de l’Histoire. Ton temps est pas mal révolu.

Coincé, le théogoneux, luisant, huileux, ondoyant, casuiste, glisse alors graduellement sur une pente argumentative moralisante. Il commence par pousser des Oh! et des Ah! et se met à me réclamer une adaptabilité de pensée, un sens du relatif qu’il n’a lui-même jamais retenu dans le corps dur de son endoctrinement. Il se met à subitement exiger de la souplesse, de la tolérance et de la nuance. Athée, mais toujours subtil, je lui offre toutes les nuances qu’il voudra, du moment que la catégorie divine (catégorie mentale, fictive, légendaire) ne se voit pas (ré)assigner d’existence objective, dans le mouvement… L’athéisme nie dieu, point barre. Le théogoneux me projette alors son obscurantisme au visage, mais en trompe l’œil, comme à rebours ou en creux. Soudain, il se lamente amèrement contre le savoir. Il affirme qu’aucune connaissance n’est certaine à 100% et que, donc, je ne peux pas être certain à 100% que son dieu n’est pas dans le tableau cosmologique. Je lui rétorque que, dans le même ordre d’idée, il n’est donc lui-même pas certain à 100% que la terre n’est pas plate, s’il se concède ainsi ce genre de poussière probabiliste d’incertitude archaïsante, en niant ainsi entièrement (et paradoxalement!) la possibilité de justement nier entièrement… Indubitablement ici, mon théogoneux devrait prendre un avion et partir très loin de chez lui. Il se retrouverait… chez lui… car la terre n’est absolument pas plate, tout juste comme son dieu n’est absolument pas. Toujours biaiseur et vénal, après s’en être pris au dogme (dont il accuse les autres), voici que notre théogoneux poursuit sur sa lancée et s’en prend aux absolus… On rencontre ainsi, de fil en aiguille, le bon vieux dogmatisme du relativisme non relativisé. Selon ce dernier, on ne peux absolument pas dire que quoi que ce soit existe ou n’existe pas (dieu inclus, évidemment). Il est absolument impossible d’être absolument certain, pour notre bonimenteur frétillant. Le relativisme est apparemment un absolu pour ce nouveau roseau raisonneur aux abois. Il ne faut pas s’illusionner de toute cette subite souplesse doctrinale, en fait. Le gros matou hypocrite du fond théogoneux rigide et sectaire continue simplement de guetter les petites souris mollassonnes contemporaines. Parce que lui, l’ascenseur relativiste qu’il me réclame, du haut de son clocher ou de son minaret, il ne me le renverra pas, au bout du compte. Il est sereinement dogmatique, lui, le soir, une fois son finassage social avec la société civile terminé. Cela fait partie de sa définition profonde… Les crises existentielles ce n’est pas pour lui. Il l’a encore bien en main, son petit monopole du droit à la fermeté. Alors que nous, les respectueux petits athées tolérants, magnanimes, modernistes, pluralistes, accommodants, déférents, politiquement corrects, on nous demande sans fin de fourbir nos instrument logiques dans le mou et de bêler gentiment dans le probabiliste, sans faire de vagues: 2 + 2 = (presque certainement) 4. Un triangle a quasi-assurément trois côtés… Il faut rester relativiste par déférence et souplesse mentale élémentaire, alors que le théogoneux ne décroche pas vraiment de son dogme de fond, sauf, évidemment, à fin d’esbroufe. Il protège la «vérité» à n’importe quel prix, que voulez-vous. Dieu est de son bord…

Alors? Alors, moi, je suis profondément écoeuré de cela et je ne joue absolument pas ce jeu là. Ferme, je (re)dis au théogoneux: montre moi simplement ta Marmite d’Or divine au pied de l’arc-en-ciel empirique. Tant que tu ne la montres pas, elle n’existe pas. Elle est une simple projection mythologique de ton esprit souhaitant. L’ultime argument de curée de village m’est finalement asséné par le théogoneux. Il (re)dit: l’athéisme est une croyance comme une autre. Non, non, vilain fallacieux lourdement redondant. L’athéisme est une incroyance et le remplacement graduel et douloureux de la croyance par le savoir. Le cadre de référence théogoneux est alors fissuré. Ne pouvant plus défendre l’essentiel (son être suprême fictif), le théogoneux complète sa glissade moralisante en se ruant alors ouvertement sur l’argument périphérique. Et l’argument périphérique cardinal c’est évidement, justement, LA MORALE. On nous l’assène habituellement en deux phases. On nous sert d’abord le coup du dieu thérapie, qui permet de tenir le coup dans la vie, de se contenir en cette vallée de larmes. Merci, on a compris. C’est en fait une morphine (version moderne du fameux opium de Marx) qui attaque, illusoirement et très nocivement, la douleur, pas le mal lui-même. Je me porte très bien, radieux, étincelant, pimpant, sans dieu, merci. On nous sert ensuite le coup des valeureux missionnaires. La religion devrait être respectée en vertu des bonnes actions que poseraient tous ses prozélytes, bien nichés dans les services publics nationaux et internationaux de toutes farines, les camps de vacances, les refuges pour sans-abri, les institutions pour handicapés, les soupes populaires, les camps de réfugiés, bref tous ces espaces de misère noire que la société civile, trop affairée à subventionner le capitalisme parasitaire, abandonne à la racaille cléricale, en abdiquant ses responsabilités sociales les plus élémentaires. Comme si ces bons samaritains, si tant est qu’ils existent, n’agissaient pas sur le terrain malgré la religion dont ils sont les propagandistes plutôt que grâce à elle.

Il y a donc une immoralité religieuse fondamentale qui se déploie en trois dimensions majeures:

-Tricheur, le religieux réclame qu’on le respecte par non-dogmatisme. Il profite à fond du relativisme, tolérant, moderniste et pluraliste, des autres… sans s’y mettre lui-même, son tour venu.

-Biaisé, le religieux prétend légitimer son erreur philosophique fondamentale en l’excusant au nom des (faux) effets bénéfiques ou thérapeutiques de sa doctrine et des (pseudo) vertus missionnaires de ses francs tireurs.

-Intolérant, le religieux prétend ouvertement avoir le monopole de la moralité. Il traite l’athée comme un immoral, un amoral et le méprise sirupeusement et sereinement avec une profondeur et une intensité rétrogrades qui confinent à l’indicible.

Parlons ouvertement de cette troisième dimension. Je ne suis pas respecté par le théogoneux. Il me rejette et me méprise frontalement, surtout s’il est pratiquant. Soyez athée et vous verrez la haine ouverte et compacte qu’on vous vouera à la ville. J’ai des amis torontois qui n’osent pas dire qu’ils sont athées sur leur lieu de travail, par peur de se faire dénoncer aux Ressources Humaines et saquer (la charte des droits, on repassera). Les théogoneux, par contre, sur le même lieu de travail, blablablabla, pignon sur rue. Droit inviolable. Prozélytisme tranquille. Mon athée torontois se fait même demander par ces mouchards s’il va à l’église. Il s’agit ici de gens qui travaillent dans un entrepôt pharmaceutique, for christ’s sake… Dans quel siècle vivons nous? L’engeance religieuse est partout, fout le trouble partout, et n’apporte rien d’utile. Il n’y a pas de pays véritablement athée. Les républiques, pas seulement la soviétique au fait, la française aussi, qui guillotinait les prêtres réfractaires (à prêter serment à la république), ont œuvré à la destruction des ruines du pouvoir féodal. Il fallait donc sortir les clercs des instances, pour le pouvoir matériel qu’ils détenaient. Ce n’était pas une question de conviction. C’était une guerre de classe, pure et simple. Il a d’ailleurs fallu finir par faire la paix avec l’engeance indécrottable, mais non sans avoir profondément altéré son rôle social, et réduit la théocratie à une parade verbale de Tartuffes politiques. C’est depuis la perte, hautement légitime, de cette impunité théocratique d’antan que le théogoneux a pris le maquis social et a appris à tricher, à faire ramper ses haines, à louvoyer juridiquement, à faire flèche de tout bois, à s’incruster. C’est un déclassé moyenâgeux aux abois, intellectuellement nuisible et moralement toxique.

De cœur, en ce cri du cœur, je me prononce pour l’illégalité immédiate de toutes les institutions, philanthropiques, bancaires, scolaires et hospitalières confessionnelles de tous tonneaux, sans distinction ni discrimination. Je me prononce pour une ferme et solide circonscription du religieux à la stricte sphère privée. Irrationnelle, affabulatrice, la religion est immorale, fallacieuse et révoltante. Ma morale athée est profondément outrée, mon intelligence est insultée en permanence par cet archaïsme factieux qui agresse mes enfants et nuit insidieusement à la bonne cohésion sociale. La religion, toujours en harmonie tonitruante avec tout ce qui est de droite, rétrograde, autoritaire, brun, rigide, phallocrate, ethnocentriste, véhicule un très mauvais exemple intellectuel et comportemental. J’ai la sereine certitude que la religion, cette aporie spéculative dangereuse et belliqueuse, sera un jour intégralement illégale.


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Publié dans Culture vernaculaire, Multiculturalisme contemporain, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , | 32 Commentaires »

 
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