Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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La Petite Fleur du Fascisme Ordinaire

Posté par ysengrimus le 15 novembre 2009

Les deux premières semaines de novembre sont les deux semaines d’éclosion de la fameuse Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. D’un seul coup d’un seul, tous nos suppôts tranquilles et confortables du militarisme onctueux, moelleux, et mielleux s’affichent ouvertement et sans honte, en arborant à la boutonnière un pseudo coquelicot de plastique en référence à un poème, non pas pacifiste mais cessez-le-feu-iste (c’est crucialement différent), écrit par quelque troupier anglo-canadien des années de la Grande Guerre (son nom est John McCrae et le titre du poème en question est In Flanders Fields, pour ceux que ce genre de zinzin fascine). Nés et élevés à Toronto (Canada), mes deux fils se sont particulièrement fait bassiner dans tous les sens, annuellement, notamment à l’école, par les promoteurs gentillets et suaves de cette exécrable Petite Fleur du Fascisme Ordinaire et de tout l’endoctrinement militariste insidieux qui vient avec. Je me souviens avoir du moi-même, un certain nombre de fois, payer de ma modeste personne en demandant, à la porte de quelque supermarché, à de jeunes cadets ahuris fringués en troupiers de guignol bleus poudre, qui cherchaient à me la fourguer, de bien daigner s’épingler dans le cul ce faux symbole floral de paix. Disons la chose avec toute la candeur requise. Le champs de coquelicots flamands du soldoque brunâtre qui nous barba avec le barda de sa poésie larmoyante de bidasse d’autrefois, je chie dedans copieusement et, qui plus est, maintenant que nous voici installés à Montréal, je suis bien curieux de voir si la prégnance ethnoculturelle de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire est aussi gluante et toxique ici que dans la portion anglo-rouge-blanc-blême de notre beau Canada bicéphale. Je décide donc de tenir ce bref petit journal, consignant, une fois pour toutes, mes observations et mes réflexions concernant l’haïssable coquelicot conformiste. Le petit bêtisier éphéméride ici présent s’intitule: Elle est revenue. Elle est parmi nous. La Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

La petite fleur du fascisme ordinaire

Elle est revenue. Elle est parmi nous. La Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

1 novembre: Je ne pense pas du tout à la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. Je ramasse des feuilles mortes avec mes voisins. Il fait doux, c’est l’automne, on est bien. On jacasse politique politicienne locale. Pas de Petite Fleur du Fascisme Ordinaire en vue, au milieu de l’harmonie polychrome des feuilles mortes de ce tout petit début de novembre.

2 novembre: Toujours sans avoir la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire à l’esprit, je me rend chez un fleuriste du quartier et y fait l’acquisition joyeuse d’une belle rose blanche à la tige longiligne. Il n’y a rien de plus joli dans une maison à l’automne qu’une rose blanche fichée dans une vieille bouteille à vin. La chose est un pur et simple petit plaisir concret, exempt du moindre symbolisme. Et surtout, la coïncidence florale est ici parfaitement fortuite.

3 novembre: Mon amie Lindsay Abigaïl Griffith me téléphone depuis un parc du centre-ville de Toronto. Observant les toutous (qu’elle aime) et les humains les tenant en laisse (qu’elle aime bien moins déjà) déambuler, elle constate tristement qu’elle est revenue et qu’elle est parmi «eux», la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. Lindsay me le signale alors et j’ai un sursaut. Je n’y avais même pas pensé, à cette vilaine insupportable petite fleur, mais c’est bien que trop vrai. Je décide ipso facto d’ouvrir l’œil et le bon, et de procéder à la rédaction de ce court journal.

4 novembre: Je me rends chez un boulanger un peu éloigné, pour me procurer du bon pain boulangé du jour. Une solide demi-heure de bus dans un quartier populaire, vu qu’il faut ce qu’il faut. Nombre de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans le transport en commun et dans les rues de cette section de l’urb montréalaise: zéro. Lindsay Abigaïl a eu la gentillesse de faire un pointage analogue dans le métro et les rues de Toronto, pour cette même journée. Son décompte des Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire: trente-quatre (incluant sur le col du tailleur d’une de ses collègues – c’est pourtant beaucoup moins, me dit-elle, que ce qu’elle voyait sur Toronto dans son enfance). Lindsay Abigaïl note aussi que, dans un dispositif urbain pourtant hautement multiculturel comme celui de Toronto, tous les arborateurs de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire sont de race blanche.

5 novembre: Promenade dans le Quartier Latin montréalais. Pas de Petite Fleur du Fascisme Ordinaire à l’horizon entre le Carré Saint Louis et la rue De Montigny. Déjeuner dans une petite gargote rue Saint-Denis avec un copain de la maison d’édition. Néant floral. Mais, mais, mais… dans un supermarché un peu plus loin, j’ai vu, sur un comptoir d’accueil du public, un petit présentoir de carton isolé rempli à ras bord de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire et personne qui ne s’en occupait. Il y avait aussi une boite de conserve fendue, pour faire tinter sa petite obole militariste. J’ai discrètement soupesé la boite de conserve, elle était pleine de piécettes aux trois quarts. Oh, oh, oh… le fascisme ordinaire est donc à nos portes… J’ai justement mandaté, depuis le trois novembre, mon amour de fils adoré (qui n’y pensait absolument pas, lui non plus) de surveiller les manifestations de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, dans l’espace scolaire et parascolaire de son école secondaire montréalaise. Absolument rien à signaler. Pas de fleur. Pas de ronron sur «nos» troupes. Pas de rhétorique du ruban jaune-caca-trouille. Pas de mention de quoi que ce soit de factieux ou de militaire. Rien. C’est la cas de la dire: la saudite paix… J’ai pu confirmer de visu l’observation de mon fils lors de la rencontre parents-enseignants, tenue le soir même. L’école était bondée et absolument personne, ni parents, ni enseignants, ni administrateurs de l’école n’arborait la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

6 novembre: Intrigué par mon acrimonieuse animosité sur la question, mon fils se croise les bras, s’adosse au mur de la cuisine et me demande ce qu’il y a de si mal, finalement, avec la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire? Elle commémore une victoire légitime de la Première Guerre Mondiale, non? Ma réponse: j’imagine (sans en être complètement certain, côté légitimité des victoires militaires du vieil Empire Britannique). Sauf que, depuis deux générations, on nous raconte et nous re-raconte qu’on s’en va sauver l’Europe… en Corée, au Vietnam, en Irak et dans toutes les guerres impérialistes de théâtres auxquelles on s’associe, on sauve et re-sauve la redondante vieille Europe de la ritournelle des guerres mondiales…  puis on sauve le Vietnam du «communisme»… puis on sauve les femmes Afghanes, puis etc… On sauve toujours, les armes à la main, le coutelas entre les dents, quelqu’un ou un autre ou une autre et son père, et le carnage se poursuit, imperturbable. Le Canada étant un pays fondamentalement mollasson, confortable, fallacieux et hypocrite, il se donne une propagande militariste fondamentalement mollassonne, confortable, fallacieuse et hypocrite. C’est pour cela qu’au lieu de promouvoir nos guerres de théâtres avec des baïonnettes en sucre d’orge et des maquettes de chars d’assaut scintillantes, on nous endoctrine doucereusement via des commémorations de toc, mobilisant notamment la sempiternelle Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

7 novembre: Je me rends à Deux Montagne par le train de banlieue. Ma toute première petite fleur effectivement arborée l’est par une jeune guichetière des chemins de fer. J’ai un sursaut déçu et lui annonce, faussement mièvre: Vous êtes mon premier coquelicot… Elle me regarde comme si j’étais Jack L’Éventreur, dit, sans aménité, en touchant légèrement sa boutonnière: Ah oui, le coquelicot… et me file mon billet en me faisant la tronche. Je vais apercevoir une douzaine d’autres Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans l’immense Gare Centrale de Montréal, qui est bondée. Elle est revenue… elle est parmi nous… Un autre employé des chemins de fer d’age mûr, quelques vieux caucasiens bien blanc cassis (dont un dans le train, portant béret), deux élégantes hautaines, des cadors en trench-coat, un baba-cool de notre temps en barbe et cheveux et un jeune homme bien mis, de race noire. Deux Montagne est une ancienne station balnéaire anciennement anglophone, il y fait un froid vif. La seule anglophone que j’arrive à y rencontrer est une conseillère municipale aux longs cheveux noirs, aux yeux brumeux et sans petite fleur. Sinon, pas d’anglophone et bien peu de coquelicots dociles aux abords du Lac des Deux Montagnes (deux dames d’âge mûr, aux cheveux gris, courts et au manteau épais forment le tout de mon bilan floral Deux-Montagnard). De retour, je constate que ça y est, par contre. Nos folliculaires électroniques se mettent graduellement à se gargariser avec les effets visuels et intellectuels (si tant est) de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. Journaleux minables, suppôts convulsionnaires de l’ordre établi et du conformisme peuse-petit, copieusement, je vous conchie.

8 novembre: L’enseignante d’histoire de mon fils leur a fait un laïus fort négatif sur la guerre au vingt-et-unième siècle et sur ceux qui la commanditent. Les soldoques ne défendent pas leur pays, mais les intérêts financiers de la bourgeoisie de leur pays. Les soldoques d’un empire meurent pour que leur bourgeoisie s’approprie les richesses de la bourgeoisie d’un autre empire. Il n’y a absolument aucun honneur, aucune valeur et aucune décence à cela. Merci ma bomme dame. Les femmes et le militarisme n’ont jamais fait très bon ménage. La civilisation, la vraie, nous viendra bien des femmes, allez… Toujours pas trop trop de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans les rues de Montréal, à ce jour. Elles sont en minorité, c’est indubitable. J’en ai vu, aujourd’hui, une seule, à la boutonnière d’un jeune dandy avec barbichette navy cut et chapeau canaille, dans un disquaire chic de la rue Sainte-Catherine. Lindsay Abigaïl, qui continue de scruter la chose avec attention sur Toronto, me signale aujourd’hui que, believe it or not, dans le bureau de son patron, un haut fonctionnaire provincial de L’Ontario, elle a aperçu, pieusement encadré, un article écrit par ledit haut fonctionnaire, dans un canard national anglophone, le mettant lui-même en vedette, oeuvrant scrupuleusement à «conscientiser» son fils sur les vertus mémorialistes de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire.

9 novembre: Vive le Québec Pacifiste. Il est de plus en plus observable que la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire n’a pas d’existence significative dans la culture québécoise. Lindsay Abigaïl est en déplacement sur Ottawa (capitale du Canada) et me téléphone de là-bas. Son décompte quotidien de Petites Fleurs du Fascisme Ordinaire dans ce recoin canadien hautement cocardier: quarante-trois. Bande de crypto-militaristes, vous fourmillez en notre capitale en transportant vos pétales rouges sang de fleurs dénaturées et mortes. Je suis vraiment suprêmement écoeuré qu’on confonde la paix avec la fin de la guerre. La paix n’est pas la fin de la guerre mais l’absence de guerre, c’est radicalement différent. La fin de la guerre c’est un armistice et un armistice c’est rien de plus qu’une trêve. On occulte cyniquement cette vérité toute simple. On en vient insidieusement à agir comme si la troupe contrôle la paix, vu qu’elle contrôle l’armistice, vu qu’en fait, elle contrôle la guerre. Et pourtant l’armistice est indissolublement lié au conflit qu’il coiffe, momifie et anoblit. Fondamentalement, rendre hommage à un armistice ce n’est pas rendre hommage à la paix mais à la guerre. Ce n’est pas pour rien que la majorité des arborateurs de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire sont des soldoques parcheminés, avec bérets factieux malodorants et xylo de médailles.

10 novembre: Vive Henri Barbusse, Abel Gance et Charles Yale Harrison. Ne les injurions surtout pas en leur collant un prix Nobel sur le dos, brimborion tout aussi fallacieux et inepte que la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire. D’ailleurs, puisqu’on en parle, moi les caciques toxiques du Nobel, ils se sont irrémédiablement coulés à mes yeux quand il l’ont donné au gros antisémite Lech Walesa en 1983, vile moustache droitière totalement décotée, que certains commentateurs français appellent fort judicieusement: l’ancien gonflé devenu gonflant. Cela, après le Nobel de littérature à l’autre gros antisémite Soljenitsyne en 1970, a parachevé pour jamais le naufrage Nobel… En fait, pour tout dire, il faudrait créer un Prix Nobel à Enquiquiner-les-Régimes-qui-indisposent-l’Occident. Beaucoup des prix “de la Paix” passés et présents devraient ensuite y être reclassés en absolue priorité… Tout comme la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, le Prix Nobel de la Paix est un symbole complètement faux, fallacieux, faussé, saboté et distordu.

11 novembre: Je n’ai absolument aucun respect pour la soldatesque, passée ou future. Conscrits de Panurge autrefois, mercenaires insensibles aujourd’hui, les soldoques sont des tueurs en tous temps. Le fond militariste de ce Jour Apologue de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire me répugne profondément. Mon père, ancien combattant, ne le commémore jamais et il a bien raison. Né en 1923 (encore vivant, toujours aussi charmant), mon père avait donc dix-neuf ans en 1942. C’est l’année où il se portait volontaire sur les navires de marine marchande canadiens chargés de livrer des armes en Angleterre et en Russie. Il y a goûté. Navire torpillé, séjours dans Londres rationnée et bombardée, bref, le folklore WWII en cinémascope et quadraphonie, le vieux, il connaît. Et, pour coiffer l’affaire, le gouvernement canadien, seul gouvernement allié à ne pas avoir indemnisé ses anciens combattants volontaires (sous prétexte qu’ils étaient «volontaires»… partez moi pas là-dessus, comme on dit ici), niaisa ensuite cinquante ans avant de pensionner cette catégorie d’anciens combattants… Un jour, Je demande à mon père pourquoi donc il s’était porté volontaire, comme ça. Il me répond alors, avec cette simplicité désarmante des gens naturellement modestes: «Bien, pour aller combattre le nazisme. Il fallait y aller. Ça ne pouvait pas continuer comme ça…».  Voilà. Distordre l’action modeste, directe et circonscrite de ces gens ordinaires pour la transmuter en ce type de militarisme hypocrite indissolublement associé, par notre petite société de planqués, à la symbolique fétide de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, c’est une cynique promotion belliciste qui ne dit tout simplement pas son nom.

12 novembre: Je suis pour un moratoire militaire universel, immédiat et inconditionnel. Abolissons toutes les armées. L’armée est NOTRE ennemie. Non à cette sarabande faisandée de célébrations absurdes pour boutefeux nombrilistes de l’arrière, ayant eu lieu hier. Les troupes m’horripilent profondément, surtout les «nôtres». Leur «protection» me fait vomir. La Petite Fleur du Fascisme ordinaire et la Fleur au Fusil sont EXACTEMENT la même fleur. Le coquelicot haïssable et haineux, des Flandres ou d’ailleurs, ne promeut pas la paix, il entérine vénalement les guerres passées et actuelles.

13 novembre: J’écoute Jacques Brel. Dans la sublime chanson Jaurès, il transforme l’expression pompeuse et inepte mourir au champ d’honneur. Sous sa plume, elle devient : s’ouvrir au champ d’horreur. Bien dit. Noter qu’on nous bassine constamment avec nos cent trente-trois petits gars qui s’ouvrirent au champ d’horreur de la résistance afghane mais on ne nous informe nullement sur les hommes, les femmes et les enfants que nos petits gars massacrent en silence et en toute impunité, dans ce coin du monde. C’est tout simplement inique.

14 novembre: Je conclus ce hargneux petit exercice d’observations et de réflexions sur les guerres absurdes de notre temps en me fredonnant intérieurement ce couplet crucial de L’Internationale. Tous en choeur:
Les rois nous saoulaient de fumée.
Paix entre nous, guerre au tyran.
Appliquons la grève aux armées.
Crosse en l’air et rompons les rangs.
S’ils persistent, ces cannibales
À faire de nous des héros,
Ils sauront bientôt que nos balles
Sont pour nos propres généraux…

15 novembre: Je publie le présent billet au petit matin, dès potron-minet. Ma belle grande rose blanche n’est pas du tout flétrie. Elle dure bien. Déjà, par contre, plus personne ne porte en boutonnière la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, même (surtout) au Canada anglais. Émanation bien rodée d’un gestus traditionnel, suiveux, conformiste, la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire est tombée, abruptement, comme tombèrent les masques d’Halloween deux semaines plus tôt et tomberont les décorations de Noël après (ou avant) les Rois… On se reverra dans un an, pour une nouvelle montée circonscrite de rougeole belliciste. Il y a deux jour, Lindsay Abigaïl a vu, sur le quai de la gare du train de banlieue la menant au boulot depuis Mississauga (Ontario), une Petite Fleur du Fascisme Ordinaire, face contre terre, salie, aplatie et abandonnée, son aiguillette pointant dérisoirement vers le plafond de la gare, lui tenant lieu de ciel blafard des Flandres contemporaines. La portion de saison de la Petite Fleur du Fascisme Ordinaire est bel et bien de nouveau révolue. Conclueurs, concluez sur la prégnance en nos systèmes de valeur si mécaniquement chronométriques de cet objet ethnoculturel crypto-militariste, intégralement répréhensible et sidéralement non avenu.

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La spéculation comme prospective hasardeuse

Posté par ysengrimus le 15 août 2009

Il y a deux sortes de spéculation. La spéculation sur production et la spéculation sur mouvements financiers. Il est important de ne pas les confondre car leur caractère hasardeux n’est pas tributaire des mêmes avatars.

Spéculation sur production: Une usine de machines à coudre de Shanghai voit sa production augmenter de huit cent unités par mois. Éventuellement, elle ne fournit plus à la demande. Il vient donc un moment où, devant cette croissance sensible de la consommation, bien attestée, elle doit s’ajuster. Elle doit amplifier ses infrastructures, augmenter ses acquisitions de matières premières, embaucher plus de travailleurs. Une banque accepte de la financer sur la foi prospective de cette augmentation stable de huit cent unités par mois. L’industriel, et la banque qui le finance, misent ensemble que cette augmentation va se poursuivre avec constance sur un laps de temps suffisamment long (fantasmatiquement, infini en fait) pour que l’investissement et l’amplification de la production s’avèrent fructueux. Ce type de spéculation industrielle, inévitable dans la situation d’investissement productif la plus ordinaire, est à l’origine de la majorité des crises de surproduction. On connaît bien, depuis 1929, la grandeur et les misères de la spéculation directe sur production… or justement, les pays émergents n’étaient pas dans le tableau du capitalisme industriel en 1929. Pour eux, ce sont encore les années folles…. Ouille, ouille, pour la suite… On doit mentionner ici, aussi, la spéculation foncière, qui est une spéculation indirecte sur production. Un investisseur achète un terrain en calculant qu’il le vendra plus cher plus tard. Si c’est le cas, c’est parce que ledit terrain deviendra agricolement exploitable, ou qu’on y trouvera des mines, ou qu’on y fera passer un chemin de fer ou qu’on y construira des maisons, parce qu’une usine ou des bureaux administratifs s’installent dans le coin. Dans tous ces cas, la spéculation foncière mise indirectement sur le fait que la production et son développement rendront la terre plus chère. Comme la spéculation sur production industrielle, la spéculation foncière reste raccordée aux portions primaires et secondaires (éventuellement tertiaires aussi) de l’économie réelle.

Spéculation sur mouvements financiers: Un investisseur matois se voit promettre un retour de 15% sur son placement. Il flaire qu’il s’apprête à faire un investissement dans un schème de Ponzi. Ce dernier semble en phase d’amorce et la police de la bourse n’a rien vu encore. Notre investisseur joue l’argent (des autres) qu’il gère et le place dans ce mécanisme pour trois ans. Trois ans plus tard, pari gagné, le schème n’est pas encore éventé, cet investisseur là retire son placement et sa mise. Il est indemne, et le château de cartes s’écroulera un peu plus tard, sans risque désormais pour lui. Fiiiooouuu… Par parenthèse, ceux qui se demandent où est passé l’argent, lors du démantèlement d’un schème de Ponzi. Il est principalement là, chez les investisseurs qui ont su s’envoler avant que la vague ne retombe. Ponzi se fait pincer mais l’investisseur matois à qui il a servi de paravent court toujours. Un autre exemple de spéculation sur mouvements financiers, c’est l’achat massif de devises. Le Yuan est bas, vous en achetez pour des millions en Euros, en assumant qu’il va remonter. Quand le Yuan remonte effectivement, vous revendez vos Yuans pour plus d’Euros que la somme initialement engagée. Ta-daaaam, vous venez de faire un coup d’argent facile en faisant jouer la fluctuation des changes à votre strict petit avantage privé.

Le principal avatar de la spéculation sur production est la surproduction. Prenez les ordis personnels. En 1983, il n’y en a presque pas. En 1990, ils sont partout. En moins d’une décennie, la production de cette invention nouvelle s’est intégralement mise en place. Non sans myopie, on projette alors spéculativement la croissance de leur consommation sur la base de la production résultant de leur apparition intégrale. On fantasme qu’il faudra continuer d’en sortir autant qu’à l’époque où ils apparaissaient intégralement et pour la toute première fois dans le monde. Le vieux serpent de mer increvable de la surproduction des biens de consommation semi-durables, bagnoles, ordis, cahutes (et les machines à coudre de mon industriel de Shanghai) se remet alors à hanter l’industrie. J’ai acheté quatre PC et deux portables pour moi et ma famille dans la dernière décennie. Je ne vais pas en acheter autant dans la décennie prochaine, vu que je les ai… Leur usure ne sera pas un facteur aussi massivement déterminant que leur littérale apparition dans l’existence. Parfois on dirait que, même en Occident, on n’a rien appris de 1929 et qu’on continue de projeter l’exponentiel rose fluo jusqu’à ce que cela se mette à nous refouler dans la gueule.

Le principal avatar de la spéculation sur mouvements financiers est l’improductivité. Fricoter dans les bouts de papier, flagosser dans le mouvement des changes, spéculer main dans la main avec Ponzi, Madoff et consort change la richesse de place mais n’en produit pas de nouvelle. En Occident, la poussée productive liée aux inventions des nouvelles technologies a produit les grands parcs informatiques contemporains. Ce n’est pas rien. Pour trouver un équivalent économique de ce phénomène vraiment peu fréquent, il faut remonter à l’invention de l’automobile, ou à celle du téléviseur. Cette productivité innovante des années 1990 a été suivie d’un crise croissante de surproduction (trop de téléphones portables, trop d’ordis, trop de logiciels, trop de «versions» de tout, et leur dévaluation en pagaille) et d’un glissement vers l’illusoire valeur refuge de la spéculation sur mouvements financier. Remplacer une spéculation d’investissements, engorgée par la surproduction, par une spéculation de placements, improductive et mordorée de rouerie et d’astuces, ne sert que des intérêts circonscrits, temporaires et est hautement nuisible socialement. Pas étonnant que les financiers contemporains basculent dans le plus grossier des banditismes, trait de plus en plus ordinaire de la guerre interne du capitalisme.

Au jour d’aujourd’hui, la spéculation sur production est surtout chinoise. Leur culture économique (comme celle de tous les pays émergents) n’a pas encore vécu un vrai équivalent de 1929 et n’a pas encore rencontré un vrai équivalent de Roosevelt. Excès de confiance, jubilation, jovialisme et tous les autres traits comportementaux du capitalisme sauvage sont en place. Le réveil sera difficile quand la crise de surproduction frappera (surtout avec, en complément de leur marché intérieur insuffisant, la baisse inexorable de la capacité de consommation de l’Occident). La spéculation sur mouvements financiers est surtout américaine. C’est la fameuse Bubble & Burst Economy que dénonce Obama. Tertiarisée, improductive, de plus en plus enracinée dans la boue gluante du baratin, de l’ésotérisme abscons de nos boursicotards, de l’arnaque et du court terme, cette autre spéculation est un signe patent du déclin du capitalisme occidental. Les leviers financiers effectifs vont de plus en plus suivre la production effective, du nord vers le sud. À la crise de l’économie mirage de 2009, succédera une crise de l’économie réelle, industrielle, non balisée, non-rooseveltisée des pays émergents. Un 1929 à la puissance mille.

Ce que ces deux types de spéculation ont en commun c’est d’être une prospective optimiste et mécaniste sur l’augmentation de gains futurs. Spéculer c’est miser. Inutile de dire aussi qu’investir c’est fondamentalement spéculer sur un gain. Investir à perte, ce n’est plus investir, c’est renflouer. On connaît alors la rengaine instaurée par 2009: privatisation des profits, collectivisation des pertes. La spéculation est un trait essentiel, fondamental du capitalisme. Elle est à la fois sa force et sa faiblesse. Mais il faut garder à l’esprit qu’il y a spéculation et spéculation. Une spéculation durillonne de capitalisme jeune, triomphaliste et inconscient et une spéculation mollassonne de capitalisme vieilli, avachi et cynique, Et surtout, il semble bien qu’il ne sera pas possible de se débarrasser ni de la spéculation, cette fichue de prospective hasardeuse, cette gageure privée aux effets colossaux, ni de ses terribles dommages, sans se débarrasser du capitalisme même.

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Paru aussi dans CentPapiers

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Saint Pierre et Miquelon, piège à con

Posté par ysengrimus le 1 juillet 2009

Alors chevaliers des causes perdues, à vos palefrois…
Et couvrez-vous bien car, en plus, il fait froid

Mes cousins, mes cousines de France hexagonale, écoutez–moi. Donnez moi dix minutes de votre précieux temps. Vos dirigeants vont encore se payer votre poire sur une histoire de choux gras néo-coloniaux en forme de cul de sac compact. Je vous en supplie, je vous en conjure, deux mots. D’abord que je vous dise qui je suis et d’où je vous parle. Avant, je m’appelais la Nouvelle-France. Ensuite, oh, bien avant 1867, j’étais le Bas-Canada. Aujourd’hui, je suis le Canada, le Québec, l’Acadie, la francophonie ontaroise ou fransaskoise, tout ce qu’on voudra. Moi personnellement, je suis implanté dans le coin depuis 1608… Je n’ai aucun pouvoir, aucune velléité, aucune aspiration. Je vous parle debout sur une boîte à savon peinte en rouge. Vous pouvez être assurés que j’ai mangé mon lot de misère sous la houlette d’un occupant dont je n’intègre pas les valeurs, mais dont je sais qu’elles restent celles du plus fort. Mon occupant n’est pas resté que quatre ans, moi. Il est solidement installé depuis 1760, avec ses grands airs… Et ici, loin, si loin, au coeur de la mise en place du plus durable et profond désastre écologique de l’histoire des Amériques (la catastrophique extraction des sables bitumineux de l’Alberta – on en reparlera), je ne le chauvinise pas, mon petit Canada. Je ne crois tout simplement pas au Canada contemporain. Je ne suis donc absolument pas le porte-parole du Canada rouge, blanc, blême, j’insiste fermement là-dessus. Je suis un internationaliste. Je laisse le chauvinisme étroit aux sectaires (incluant les hexagonaux sectaires)… Corollairement, je ne suis pas non plus le gardien du capitalisme occidental (hexagonal inclus) ni de la bourgeoisie flibustière nord-américaine. Non plus, non plus, non plus… Mais je vais devoir vous parler de l’impérialisme américain ici, un petit peu, quand même, à mon corps défendant, croyez m’en. Ledit impérialisme américain, je le subis. Vous aussi. Mon mot ici est simple: faites ce que bon vous semblera dans ce coin-ci du monde et vivez avec les conséquences… Je ne suis en rien le gardien des combines économiques canadiennes… Je ne suis qu’un epsilon des neiges qui vous joue un petit air de corne de brume. Faites-en ce que vous en voudrez.

Il s’agit donc de la lancinante question de Saint-Pierre, Miquelon et (surtout) du vaste bassin marin des environs. Vous croyez sincèrement, mes doux cousins, mes douces cousines, que cette titanesque portion océanique ne concerne que le Canada et la France? Vous vous trompez lourdement, mes beaux et mes belles…Euh… pour le coup… regardez donc d’abord la carte un petit peu, quand même là…

La carte

LA CARTE, LA TRÈS PARLANTE CARTE

Le territoire marin que vous revendiquez, autour du caillou encerclé que vous détenez, gruge carrément la berge de la province canadienne de Terre-Neuve (Newfoundland, sur la carte ici. Population: un demi-million de personnes dont deux mille francophones)… Une douce et lente balade en traversier entre Fortune (Terre-Neuve) et Saint-Pierre dure une heure. Je ne sais pas là d’abord, mais l’extraterritorialité coloniale une, indivise et charriée, il faut la mousser un petit peu mais pas trop non plus… hmmm… Le fait qu’on ne vous la montre pas bien souvent, ladite carte, est, de plus, parfaitement indicatif de l’ampleur gargantuesquement irréaliste du fantasme hexagono-extraterritorial du coin… Pourtant le géographique est tout à fait parlant, ici. L’entente de 1992 sur les eaux entourant Saint Pierre et Miquelon vous donne accès, prenez ma parole, à une sorte de corridor marin de bonne proportion et vos chalutiers usines (comme ceux d’un peu tout le monde en Europe et ailleurs) y ont amplement pompé, sans même apercevoir la côte. C’est déjà un acquis fort honorable, quoiqu’il me reste aussi en mémoire un vaste triangle longeant la berge sud de Terre-Neuve que vous auriez aussi soigneusement siphonné. Bref, peu importe, tout cela pour dire que ceux et celles qui s’imaginent que les négos actuelles vont vous donnez plus que ce qu’alloue déjà la susdite entente de 1992 rêvent debout… C’est pourtant bien reparti, ce fantasme hallucinatoire. Les fallacieux hexagono-centristes sur cette question disent leurs lignes. Le néo-colonialisme franchouillard a grondé ce qu’il avait à gronder. Oubliés la guerre d’Algérie, Dien Bien Phu, l’espace CFA, les diamants de Bokassa, le génocide rwandais, le soulèvement guadeloupéen et les apparts et bagnoles de Bongo. On remet ça, sans sourciller, dans le colonialisme étroit, confidentiel et vieillot qui, encore une fois, finira mal. Ici, plus discrètement, on la joue maritime, on cause pétrole et poissons, mais on continue de cultiver les mêmes crispations cocardières… Matamores nostalgiques, rocamboles irréalistes, boutefeux cyniques, lisez, mais lisez donc. Lisez et notez un autre fait que nos chauvins DOM-TOMesques escamotent pudiquement, tout comme la carte. Population (française) de Saint-Pierre-et-Miquelon: 6,200 individus. Pas si difficile à consulter, ça, pourtant. C’est la masse démographique d’un hameau de proportion passable. Or montrez-moi un référendum des 6,200 Saint-pierrais pour dire qu’ils veulent mordicus, et à leurs risques exclusifs, devenir les têtes de ponts bâillonnées et serviles de la mégalomanie oléo-poissonnière métropolitaine se jouant au dessus de leur tête et on en reparlera, mesdames et messieurs les touristes à voile. Si la métropole s’occupait effectivement des Saint-pierrais au lieu de s’occuper en exclusivité des poissons et du pétrole qui les entourent, la chose de la charge sociale serait de fait simple et fort peu coûteuse à résoudre (ils sont 6,200. Une paille. Je vous le redis, 6,200. Méditez ce nombre).  Mais la crise récente de la Guadeloupe nous montre bien ce que la France a de fait à foutre des confettis de l’empire. Colbertisme d’abord, responsabilités sociales après.

Alors?… alors maintenant deux mots sur le clou du spectacle: nos bons ricains dans ce joli tableau sur un bateau. La loi du plus lourd, la loi du plus gros… Elle fonde le long silence de Sarkozy, cette proximité discrète et puissante des américains. C’est que Sarkozy a lu les petits papiers de ses bons maîtres… La DOCTRINE MONROE de 1823 stipule que l’Europe ne peut plus installer ou amplifier des colonies nulle part dans les trois Amérique… Et les ricains vont bien voir à la faire appliquer, cette dite doctrine. Sarko n’a donc pas eu trop tort de regarder ailleurs, pendant les belles années de la lune de miel d’Obama. Votre président n’était pas guidé uniquement par les compulsions de ses amitiés internationales serviles mais aussi, plus prosaïquement, par le vieux fond réaliste des petits arrivés de son baril… Mais allons-y, allons-y, fantasmons en quadraphonie… Les ricains vont laisser le Grand Banc de Terre-Neuve, le plus riche au monde, quitter allègrement sa zone d’influence géopolitique traditionnelle, celle du plus grand et du plus ancien port poissonnier de la facade Atlantique continentale: Boston (Massachusetts – un peu au nord de Cape Cod, lui-même étant la longue virgule de terre couchée, le doigt crochu qui dit “par ici”, juste au bas de la carte, à gauche). Il vont laisser ce butin mirifique aller à la France en échange de quoi, un tour de chant de Madame Bruni? Revenons tout de suite sur terre (et sur mer). Les ricains se chamaillent cube de glace par cube de glace avec le Canada pour le tout émergeant Passage Maritime du Nord-Ouest et ne feront rien ici? Vous vous illusionnez en panavision, si vous croyez cela une seule seconde. Non, mes hexagonaux, mes hexagonales, réveillez-vous. Douce France, ne fait pas une ignare déchue de toi une fois de plus, en croyant illusoirement miser sur la déchéance impériale de l’autre. C’est justement le déclin de son impérialisme planétaire qui va rendre le ricain bien plus regardant qu’en 1992 sur ce qu’il lui restera dans cet espace là, qui est son fond de cours exclusif. Angleterre en déclin, Irlande du Nord. Analogie… Oui? On se suit? Mes amis hexagonaux, mes amies hexagonales, en relançant les négos sur Saint-Pierre et Miquelon, vous jouez un quitte ou double hasardeux, malencontreux et politiquement stérile. C’est votre droit le plus strict. Vos considérations (illusoirement) morales n’ont cependant aucun poids face au poids des faits imposés par la carte. La révolution ne va pas débuter à Miquelon… On est ici en zone verrouillée. Il ne s’agit pas de prétendre que la Doctrine Monroe, premier grand diktat de l’extraterritorialité du pouvoir ricain, est légitime. Il s’agit, plus simplement, de la jouer prudemment avec le gros voisin. Allez-vous faire les finasseurs légalistes jusqu’à ce que les ricains occupent votre archipel indéfendable et vous disent de prendre le fric et de vous casser, comme en Louisiane (vous) et en Floride (les espagnols)?

Je suppose, personnellement, que ce roc douloureux devrait tout simplement être rattachées à Terre-Neuve, mais c’est une opinion strictement privée. Autrement, en fait, je préfère le statu quo prudent de 1992 à toute cette hexago-mégalomanie actuelle qui va vraiment finir par réveiller l’aigle et vous faire perdre toute la cagnotte… Gardez votre archipel, mes bons gars, mes bonnes filles. Gardez votre dispositif de 1992. Ne les utilisez pas cyniquement comme tremplin sans assise pour exiger toute cette surface océanique infinie, bleue, impalpable, intangible, parce que vous allez alors vite vous rendre compte de l’éphémère de toute géopolitique… tout en finissant aussi par bien comprendre les fondements effectifs de l’indifférence initiale de vos politicards métropolitains sur la question de Saint-Pierre et Miquelon…Et aussi, si vous faites les cons, ce jour là, le Canada ne pourra plus rien pour vous… Le Canada, Quasimodo impénitent, impotent cardinal, bossu obséquieux, vous parle gentiment en ce moment par ma bouche. C’est tout ce qu’il parviendra à faire dans cette affaire. Le Canada vous dit, par ses propos et par son exemple: il faut savoir se contenter. Surtout dans le jardinet de Goliath… et «outre-mer» c’est aussi la terre… des autres. Méditez sagement, mes cousins, mes cousines. Retenez la leçon bizarre et biscornue de la Guerre des Malouines, en vous disant bien qu’elle fonctionne à l’inverse ici. Calculez toujours avec cette proximité des USA, et demandez-vous froidement pourquoi les choses se tambouillent à New York sur cette question (ce n’est vraiment pas parce que l’ONU est à New York, comme le croient béatement certains hexa-gogos mal avisés)…

Mes chers cousins, mes chères cousines, merci de votre précieuse attention. Merci surtout de ne pas envoyer vos chalutiers sous escorte de votre marine militaire nationale bringuebalante comme vous le fîtes bien stérilement au siècle dernier. Merci de voir clair. Maintenant, mon coeur saigne en vous disant ceci, mais il faut dire ce qu’il faut dire: si vous vous rebiffez face au bon sens que vous dicte ma petite corne de brume des neiges ici, c’est simplement que votre eurocentrisme obtus et suffisant vous aveugle. RIEN ne se décide dans la géopolitique des trois Amériques sans que les USA ne soient au coeur de l’affaire, habituellement avec le statut, tranquille et faussement bonhomme, de juge et de parti. Rien. Relancez votre fameuse ronde de négos de 2009 sur Saint-Pierre et Miquelon et on verra bien ce qui se tramera. Pourquoi c’est si difficile, au fait? Certainement pas de par la super-puissance d’Ottawa (de quoi?)…

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Le canular de la conquête de la lune

Posté par ysengrimus le 15 juin 2009

Attention… attention… pas de panique. Ne nous énervons pas, ne sautillons pas dans tous les sens, ne crions pas tout de suite au conspirationnisme hirsute. Comme disait Plume Latraverse: J’essaye quelque chose, juste pour le fun. Imaginons simplement, frontalement, ouvertement, une seconde, que nous ne sommes jamais allés sur la lune, il y a quarante ans. Que ces six courts voyages sans encombre (et sans lendemain) sur notre satellite naturel, entre 1969 et 1972, c’était du pipeau champêtre en mondovision. De la propagande à la sauce hollywoodienne. Cultivons l’hypothèse que tout ça, un peu comme dans le film Capricorn One (1978), c’était un canular de la Guerre Froide déclenché par les délais irréalistes de Kennedy, monté avec des acteurs (pas les vrais astronautes…) dans un studio opaque, des éclairages giclant de partout, des figurants casqués soutenus dans la pénombre sans étoiles par des câbles, un drapeau flexible ou rigide (quelle différence?), un module lunaire en tôle sur du sable doux et, surtout, beaucoup de dessins animés sur nos petits écrans du temps. J’avais onze ans à l’époque et je me souviens parfaitement que ce qu’on voyait surtout sur nos postes, c’était une capsule spatiale en cartoon sur fond blafard en alternance avec Nixon en gabardine, la mâchoire crispée, contemplant le ciel…

Ensuite, encore une fois sans s’énerver, réécrivons l’histoire de la «conquête» américaine de l’espace, SANS la lune et SANS la moindre sortie de l’orbite terrestre. Faisons des «missions lunaires» de simples missions orbitales (les références à la lune qui perdurent ici son en italiques). Ce ne sera donc que l’histoire du progrès graduel de nos mises en orbite successives. Le fait est que, pour ou contre la thèse du canular, on fixe bien trop sur Apollo 11, et pas assez sur ce qui précède et ce qui suit cette iconique Prise de la Bastille sélénite. On est, en fait, bien plus isolationnistes que conspirationnistes quand on touille toute cette affaire dans notre mémoire collective et, franchement, c’est un tort. Alors voici comment la petite progression de la mise en contexte du mystérieux soubresaut lunatique de l’Histoire se déroulerait (je m’en tiens strictement au bazar américain). Suivez attentivement le mouvement. Sincèrement, ça parle de soi-même et c’est très profondément cohérent… sans la lune:

MISSIONS MERCURY (1959-1963) : d’abord 21 lancements inhabités suivis de 6 lancements habités (9 initialement prévus mais les trois derniers furent annulés). Toutes les missions Mercury sont à un seul astronaute. L’ogive, gracile et étroite, ne pouvait vraiment pas en contenir plus.
Mercury-Redstone 3: second humain et premier américain dans l’espace (pas d’orbite complète), Alan Shepard.
Mercury-Redstone 4: l’ogive se fracasse et sa trappe d’ouverture vole en éclat en retombant à la mer. Fameux pétard mais le type saute à l’eau juste à temps et ne se tue pas. L’ogive, par contre, boit la tasse et est perdue.
Mercury-Atlas 6: second humain et premier américain en orbite (trois orbites), John Glenn. Ils ont eu bien peur qu’il se rompe les os ou se calcine les ergots lors du retour.
Mercury-Atlas 7: trois orbite. L’ogive rate sa cible de 400 kilomètres au retour.
Mercury-Atlas 8: six orbites et des tests spatiaux.
Mercury-Atlas 9: premier vol orbital de plus d’une journée. Dernier américain en orbite en solo. Vingt-deux orbites.

MISSIONS GEMINI (1965-1966): d’abord 2 lancements inhabités suivis de 10 lancements habités. Toutes les missions Gemini sont à deux astronautes. Leur grande innovation sera la mise en place et la stabilisation des sorties d’astronautes dans l’espace.
Gemini 1: mission inhabitée pour tester le lanceur.
Gemini 2: mission inhabitée pour tester le lanceur.
Gemini 3: une journée. Trois orbites
Gemini 4: quatre jours. Première sortie dans l’espace.
Gemini 5: une semaine. Cent vingt orbites.
Gemini 6: annulée pour incapacité à rencontrer les échéances.
Gemini 7: quatorze jours en orbite.
Gemini 6a: assume un rendez-vous avec Gemini 7. Les deux capsules se seraient rapprochées jusqu’à 30 centimètres de distance l’une de l’autre.
Gemini 8: Premier contact avec un véhicule inhabité. Premier vol sérieux de Neil Armstrong. Une tuyère merde, la capsule gire dans tous les sens et ils effectuent la première rentrée d’urgence de l’histoire spatiale. Passent à un cheveu de se tuer.
Gemini 9: quarante-quatre orbites. Rate son rendez-vous avec un véhicule inhabité à cause de merdes diverses.
Gemini 10: quarante-trois orbites et un rendez-vous réussi avec un véhicule inhabité. Sortie dans l’espace.
Gemini 11: quarante quatre orbites et une altitude record de 1,190 kilomètres. Un rendez-vous réussi avec un véhicule inhabité. Sortie dans l’espace.
Gemini 12 : Un rendez-vous réussi avec un véhicule inhabité. Sortie dans l’espace d’une durée record de cinq heures trente minutes pour l’increvable Buzz Aldrin.

MISSIONS APOLLO (1966-1972) : d’abord une merde tragique qui cafouille tout, puis 5 lancements inhabités suivis de 11 lancements habités (14 initialement prévus mais les trois derniers furent annulés). Toutes les missions Apollo sont à trois astronautes. Rappelons qu’ici les «missions lunaires» sont converties en de simples missions orbitales de type Gemini amélioré  (les mentions de la lune sont en italiques).
Apollo 1: pète au sol pendant un test de lancement. Les trois astronautes sont carbonisés.
Apollo 2 (dite AS 203): mission inhabitée pour tester le lanceur.
Apollo 3 (dite AS 202): mission inhabitée pour tester le lanceur.
Apollo 4: mission inhabitée pour tester le lanceur.
Apollo 5: mission inhabitée pour tester le lanceur (avec, soit disant, le module lunaire).
Apollo 6: mission inhabitée pour tester le lanceur.
Apollo 7: mission orbitale autour de la terre de onze jours, genre Gemini 7 en un peu plus bref.
Apollo 8: mission orbitale de six jours, du 21 au 27 décembre 1968. (censée soudain s’être rendue jusqu’à la lune en trois jours et avoir tourné 10 fois autour).
Apollo 9: mission orbitale de dix jours, du 3 au 13 mars 1969. (censée avoir testé tout le bric-à-brac de la capsule et du module lunaire, mais uniquement dans l’orbite terrestre).
Apollo 10: mission orbitale de huit jours, du 18 au 26 mai 1969. (censée, en une sorte de fusion de 8 et de 9, s’être rendue jusqu’à la lune, avoir tourné autour, en avoir fait s’approcher le module lunaire jusqu’à une distance de 15 kilomètres, l’avoir récupéré et être rentrée. Le tout en une semaine).
Apollo 11: mission orbitale de huit jours, du 16 au 24 juillet 1969 (Solides vétérans des missions du programme Gemini, ultimes soldats de la Guerre Froide, Neil Armstrong et Buzz Aldrin étaient donc le choix parfait pour cette mission double d’exploration orbitale et de propagande mondiale. Ces deux figures paradoxales ont surtout prouvé, dans le dernier demi-siècle, leur capacité d’acier à bien la boucler. Mais, au soir de leur vie, la pression augmente… Comme à ce combattant japonais de 1944 retrouvé dans la jungle insulaire en 1974, il va falloir que leur commandant en chef ou un de ses porte-parole leur signale un jour, respectueusement, que la Guerre Froide est finie, qu’ils ont fait leur «devoir» selon la conception de leur temps et que l’Histoire attend maintenant le dénouement serein de la mascarade).
Apollo 12: mission orbitale de dix jours, du 14 au 24 novembre 1969.
Apollo 13: mission orbitale de six jours, du 11 au 17 avril 1970. Phrase historique: Houston, we got a problem… L’explosion d’une citerne à oxygène aurait forcé un retour d’urgence. Notons, un peu perfidement, qu’on pourrait avoir simplement eu affaire à une mission orbitale plus courte que les autres… une journée plus longue que celle de Gemini 5, en fait. (Fallait-il réintroduire l’impression de danger qui s’était perdue avec les quatre sorties lunaires mythologiques et parfaites antérieures? Fallait-il donner au programme Apollo son Gemini 8? Cette mission fut-elle versée aux profits et pertes de l’effet de réalisme? Je me souviens d’avoir eu très peur pour le retour de ces trois astronautes et que cela avait fortement réactivé mon attention déjà déclinante. Quoi qu’il en soit du détail de l’intendance du spectacle, l’Histoire dira que 13 a raté la lune).
Apollo 14: mission orbitale de neuf jours, du 31 janvier au 9 février 1971.
Apollo 15: mission orbitale de douze jours, du 26 juillet au 7 août 1971.
Apollo 16: mission orbitale de onze jours, du 16 au 27 avril 1972.
Apollo 17: mission orbitale de dix jours, du 7 au 19 décembre 1972.

MISSIONS SKYLAB (1973-1979): Le but réel des missions Apollo n’était donc pas la lune mais la mise en place d’une routine solide de rotation sur orbite terrestre, dans la pure et simple continuité de ce qui avait déjà été amorcé lors du programme Gemini (et partiellement raté après la quasi catastrophe de Gemini 8). Il est important de comprendre que ce n’était pas exclusivement un exercice de propagande, cette affaire. L’idée est qu’ils ont fait semblant d’aller hyperboliquement sur la lune tout en poursuivant linéairement le travail effectif lancé avec les programmes Mercury et Gemini. La suite logique alors de ces missions orbitales temporaires n’est pas Mars ou Vénus mais, plus modestement, une tentative de mise en orbite permanente. Ici non plus ce ne sera pas facile. Gravitant dans l’orbite terrestre pendant six ans (et visitée trois fois par des équipages), la station orbitale Skylab (distance de la Terre: 442 kilomètres en apogée) est en fait abandonnée dès 1974. Elle fait l’objet d’un silence opaque pendant quatre ans, puis se casse la gueule au large de l’Australie en juillet 1979 (il fallut bien alors en reparler). La NASA ne s’embarquera plus jamais seule dans la construction de stations orbitales. Il est clair et net que ce machin ne devait pas se planter si vite, s’il devait en tout et pour tout se planter. On peut parler sans exagérer de ratage intégral. Si on avait dit initialement au grand public que ce gros moulin à vent coûteux n’aurait qu’un an de vie utile (1973-1974), ça n’aurait pas passé la rampe. Pour citer Plume Latraverse une fois de plus, on peut dire que tout ce projet fut conçu par un génie dans une bouteille de Coke.

NAVETTES SPATIALES (1981-2009): Toujours dans une stricte logique non pas interplanétaire mais, plus modestement, orbitale, arrive ensuite le véhicule qui se met en orbite avec un lanceur et peut revenir autrement qu’en catastrophe. Les navettes, on l’a dit et redit, décollent comme des fusées et reviennent en atterrissant comme des avions. Elles sont aussi réutilisables. Leur univers, une fois de plus en toute cohérence, se restreint lui aussi à l’orbite terrestre dite inférieure. Et les difficultés sont toujours au rendez-vous. Columbia, (qui pète à l’atterrissage en 2003), Challenger (qui pète au décollage en 1986), Discovery, Atlantis et Endeavor ne peuvent pas s’éloigner de plus de 2,010 kilomètres de la Terre (820 kilomètres plus haut que Gemini 11 donc – rappelons pour mémoire que Paris et Montréal sont à une distance approximative de 7,000 kilomètres). Tant et tant que, pour placer un satellite en orbite géostationnaire (36,000 kilomètres), il faut recourir à un lanceur à étages comme la fusée européenne Ariane qui, notons-le au passage, positionne son satellite, largue ses caissons à carburant, comme le faisait jadis Saturn 5 (le lanceur des capsules Apollo), mais… a la décence réaliste de ne jamais revenir. Rappelons, toujours pour mémoire, que la lune est à environ 400,000 kilomètres (un peu moins ou un peu plus, fonction des variations entre son apogée et son périgée) de la Terre et que, mouvement des astres oblige, on ne s’y rendrait pas sur une trajectoire en ligne droite…

Voilà donc l’avancée graduelle, la progression chancelante, la suite d’étapes chèrement acquises de la version américaine de notre mise sur orbite terrestre. La suggestion que je vous fais maintenant est tout simplement la suivante. L’histoire ici se lit beaucoup plus facilement et selon un dégradé beaucoup plus constant, normal, plausible et équilibré si les mission Apollos 8 à 17 ne sont justement que de simples rotations dans l’orbite terrestre (tout simplement comme Apollo 7 juste avant elles), de durées variables, quelque chose oscillant doucement entre Gemini 5 (sept jours) et Gemini 7 (quatorze jours). Dans le tableau plus large du mouvement progressif global Mercury – Gemini – Apollo – Skylab – navettes, ponctué de pépins, d’écrasements, d’explosions mortelles et d’imprévus biscornus, emmerdants, douloureux et tragiques, les six sauts, sans encombre aucun, sur cette si petite période de 36 mois, vers la si lointaine lune, apparaissent comme une tache de science-fiction idéale, magique, éthérée, illogique, ad hoc, improbable et irréelle sur la surface rouillée et trépidante de la réalité raboteuse de la difficultueuse et héroïque conquête… de notre bien plus modeste jardin orbital.

Sur la lune avec cela?

Maintenant que vous disposez des splendeurs et des misères du tableau élargi, repensez-y froidement, juste une minute ou deux. C’était l’époque où un ordinateur était plus gros qu’une remise de jardin et carburait aux cartes perforées et aux bobines en girations sporadiques. On nous parle donc, en fait, d’une ogive teuf teuf genre Gemini (voir image supra: l’ogive d’Apollo 11) avec sur le bout du nez une espèce d’araignée improbable aux pattes griffues. Le zinzin bringuebalant est censé se rendre jusqu’à la lune en trois jours, tourner autour, décrocher le module sans ailes, le faire descendre et alunir sur ses pattes sans écrasement, ni fausse manœuvre, ni pépin d’aucune sorte. Puis ledit module est censé remonter (la tête seulement, hein, les pattes restant sur la lune), se ré-emboutir pif-poil sur le bout du nez de l’ogive chambranlante genre Gemini. On se doit ensuite de transférer les bonshommes d’un véhicule à l’autre, de larguer le module dans l’espace, de s’arracher de l’orbite lunaire et de rentrer au bercail un demi-million de kilomètres plus loin, sans carburant supplémentaire. Le tout six fois de suite, à de très courts intervalles, avec de la nouvelle quincaillerie à chaque fois (les navettes, elles, ont au moins la décence réaliste de voler à plusieurs reprise) et, surtout, sans la moindre merde notable à signaler. Mentionnons aussi, pour la bonne bouche, le silence opaque contemporain sur Apollo 9 (censée avoir décroché et raccroché le module lunaire sans quitter l’orbite terrestre inférieure. Il a volé où, dans l’intervalle, l’arachnide sans ailes aux pattes griffues?) et Apollo 10 (censée avoir produit une répétition générale intégrale, l’alunissage en moins, le module remontant in extremis sans toucher la surface lunaire. Je vous demande un peu à quoi ça rime). Allons… allons… C’est du Jules Vernes, du Cyrano de Bergerac.

Module lunaire en alu...

Sur la lune, en plus, pour compléter le tableau, on est censé tirer de cette minuscule araignée improbable (elle est bien plus petite, en volume utile, que l’ogive, voir image supra), un jeep portatif, des outils divers, un drapeau rigide, des caméras comme s’il en pleuvait (dont une doit rester sur son trépied sur la lune pour filmer le décollage de la tête du module), deux bonshommes en scaphandre et des bâtons de golf. Non, non, plus le temps passe, plus la distance historique s’installe, moins ça marche, cette histoire…  Et ensuite, en point d’orgue, on nous raconte sans rire que, les contraintes technologiques et économiques étant ce qu’elles sont, on devrait peut-être éventuellement arriver à «retourner» sur la lune vers 2020… Bon… Alors?… Bon alors qu’on ne me prive pas du précieux droit fondamental de douter quand même un tout petit peu… l’un dans l’autre… tout de même…

NOTE POST-SCRIPTUM. Grand merci aux si nombreux lecteurs et lectrices venus, sur ce billet spécifique, débattre la question vraiment fumante du canular lunaire. Le débat qui suit est ferme, vif, mouvementé, documenté (avec des hyperliens comme s’il en pleuvait), “tit for tat”, parfois mutin et ironique, mais les deux points de vue sont exposés de manière hautement circonstanciée et surtout, fait crucial et fort rare dans la blogosphère contemporaine, personne ne se comporte comme un cyber-provocateur (“troll”) ou comme un malotru, et c’est hautement apprécié. Je suis particulièrement reconnaissant à un de mes vigoureux adversaires de débat (autodésigné d’un pseudonyme qu’il m’interdit fermement de mentionner ici). Il a gentiment attiré mon attention sur un site assez ancien (vieux d’au moins quatre ans) intitulé APOLLO DATA qui défend, lui aussi, la thèse exclusivement orbitale des missions Apollo (en se concentrant exclusivement sur celles-ci), et qui le fait, ma foi, bien plus précisement et finement que moi.

Bienvenue à tous et à toutes et merci, encore une fois, à tous les intervenant(e)s…

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Poésie d’outre-ville

Posté par ysengrimus le 15 mai 2009

Mon recueil de poésie, intitulé Poésie d’outre-ville vient de paraître aux éditions ELP (2009). Par outre-ville j’entend à la fois ce qui précède la ville et y succède, ce qui est au pourtour de l’urbain et ce qui en émerge. Certains des textes figurant dans ce recueil concernent directement l’esprit grognard et critique du Carnet d’Ysengrimus. En voici un exemple. Bonne lecture.

De notre temps (stance à singer Chaussier)
J’invoque l’âpreté des circonstances
Qui me portent sans heurt à finasser
En me ruant tout roide en cette stance,
Cul par dessus bobine, à la Chaussier
Que cocasse je mise de singer.
A finasser, que dire, à m’alanguir,
À braire, hululer, coasser et glapir.
C’est que voilà un monde en décadence
Dont l’ordre inique est à se fissurer.
Ceux qui s’affligent et ceux qui s’en balancent
Vont en découdre, vont en concasser.
Dans l’empoigne de classes, enchevêtrées
Ensembles au caniveau de cet empire.
Les gueux contre les grands, les vrais contre les sbires.
Mais je finasse, obtus, sans élégance.
Contrefaire des vers, singer Chaussier,
Quand la rude rue à l’assaut s’élance,
C’est chercher à franchir, en échassier,
Le cloaque social émulsionné.
Or je chie dense et trouble, sans défaillir
Sur quiconque y trouverait parole à redire.
C’est que par tous les trous, le cri se lance.
Ce mur d’argent, il faut le fracturer.
On le dit, on le scande. Révolte, transe.
Alors, on ne va pas me chipoter
Si je me pique de le versifier.
Il s’agit de cracher et de vomir,
De constater le coup de poing, et de le dire.
Tout est bonne musique à cette danse.
Pour le coup je ne vais pas me gêner,
Entretenir quelque flasque défense,
Pérenniser pusillanimités.
Il s’agit de portraire et d’éructer.
Le Phénix a cramé, il doit vagir.
Les hôtels vont bientôt fermer. Il faut partir.
Il s’agit de clamer des évidences.
Il s’agit de portraire à la Chaussier.
Leur rompre le versoir. Leur casser l’anse,
À ces baratineurs, ces épiciers,
À ces Accappareur & Associés.
Le chapon égorgé, il faut le cuire.
Le plongeoir est déjà plié. Il faut bondir.
Voici donc le marchand. Viens là, avance.
Accuse l’univers de tes ratés.
Il cherche à nous fourguer ses denrées rances.
Il aspire à nous faire spéculer
Sur l’ambiguë éventualité
De son aptitude à tanner le cuir
Du sort boursicotier, du Moloch, du délire.
Voici le gouvernant. Il tire et lance
Des câbles d’amarrage. Il veut lier
Les plateaux d’or de milliers de balances
En un joli mobile équilibré,
Une harmonie sociale, tempérée.
Un contrat lacéré, pour amortir
La tempête, gonflée de tellement venir.
Voici le militant, la militante
Qui s’amplifie, qui sue, qui est monté(e)
Face à l’indifférent, l’indifférente
Qu’il faudra désormais conscientiser.
Sur fond lacrymogène et policier,
La conscience nouvelle va surgir.
Qui sait, peut-être sans conflit, sans coup férir.
De notre temps, je romps le lourd silence.
Pour dire que c’est fait, c’est arrivé.
Et pour annoncer l’ère des violences.
Contrefaire des vers, singer Chaussier,
Me semble le moins laid des procédés
Car, s’il faut s’empoigner et s’estourbir,
Autant avoir le chic du mot, du dit, du dire…

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Renflouer l’«économie» ou simplement… maintenir l’accapareur privé en selle?

Posté par ysengrimus le 15 avril 2009

Crise de 2009. L’idée de remettre en question la propriété privée des banques n’était pas souvent venue à l’esprit de quiconque aussi crûment qu’à ce jour, du moins dans le giron du cadre capitaliste. Mais… surdité idéologique, quand tu nous tiens. Malgré l’évidence criante de la dérive ruineuse due à la propriété privée, ça continue de bien coincer. On est aussi réfractaire à nationaliser une banque qu’on pourrait être réfractaire à privatiser un hôpital. Un hôpital fournit un service nécessaire à la vie, et l’idée d’enrichir des accapareurs privés au moyen d’un tel service répondant à un tel besoin répugne foncièrement, au sein de la société civile. Elle y résiste des quatre fers. Notons, pour la bonne bouche, que manger aussi est un besoin fondamental, ce qui n’empêche pas les supermarchés d’être encore entre les mains d’accapareurs affameurs privés qui s’enrichissent sur la faim. La distinction entre ce qui est «légitimement» privé (si tant est…) et ce qui ne l’est pas ne se fait pas si rationnellement que ça, en fait, dans notre triste petit monde. Enfin…

Bref, revenons aux banques et, plus globalement, à l’immense secteur des services financiers. Soudain, vlan, brutalement, en un temps incroyablement bref, on s’aperçoit qu’ils sont justement cela: des services. Dans la tourmente, il se démystifient et se démythologisent d’un coup sec. On redécouvre abruptement qu’ils sont des instruments pratiques bien avant d’être des pourvoyeurs de «produits financiers» garnissant allez savoir quel «portefolio» fumeux pour petits investisseurs que l’on arnaque en douce avec une constance d’horloge. Les services financiers sont avant tout, pour la masse immensément majoritaire de ceux qui les utilisent, des outils plombiers permettant tout prosaïquement, par l’accès au crédit, d’acheter un bien semi-durable (voiture, maison), de payer les salariés d’une petite entreprise, de faire démarrer un projet de n’importe quelle nature. L’empereur des placements est nu. Le gâchis financier mondial apparaît donc dans un tout autre angle, l’angle pratique. Voici donc que l’accapareur privé a boursicoté maladroitement en mondovision avec les avoirs (des autres…) devant assurer le crédit bancaire, ce très usuel service (y compris, sans vergogne, avec les avoirs financier reliés directement à la survie élémentaire, comme les fonds de pension). Le boursicoteur bancaire, outrecuidant et/ou malchanceux, qui mène son affaire comme il assure l’intendance de sa maison, c’est à dire privément, se met donc unilatéralement à restreindre l’accès audit crédit, pour se protéger lui-même, comme un épicier fermerait boutique en temps de rationnement, affamant de facto le quartier. On se retrouve alors devant un cas typique d’accapareur privé se souciant fort peu de ses responsabilités sociales, ne les discernant pas clairement, en fait, dans sa grosse bonne foi bourgeoise. C’est un peu comme si l’administration d’un hôpital mettait les patients à la rue pour quelque mois, histoire de renflouer sa caisse et d’éponger ses déficits. C’est inacceptable. L’état intervient donc, subitement, abruptement, cul par-dessus tête, à la vapeur, dans l’urgence. Il renfloue les banques avec de l’argent public (en grande partie emprunté) pour restaurer ce service plombier indispensable qu’est l’accès au crédit. C’est, bon an mal an, l’équivalent de l’état renflouant le déficit d’un hôpital ou d’une entreprise de transport national pour que le service se maintienne. La seule différence, et elle est de taille, c’est que les hôpitaux ou la SNCF ne sont pas la propriétés d’accapareurs privés. Ils n’appartiennent à personne et n’enrichissent personne, du moins pas ouvertement de par leur principe de fonctionnement (ils sont gangrenés par la privatisation rampante, mais ça c’est une autre histoire). Ils effectuent le service, paient leurs employés, coûtent ce qu’ils coûtent et, dans notre culture de propagande inique et torve, se feraient bien moins dénigrer s’ils enrichissaient des accapareurs.

La dynamique financière abruptement rectificatrice du moment, surtout aux USA, marche infailliblement à un résultat social incroyablement bancal. En gros, quand le secteur financier va bien, on laisse les accapareurs privés qui le noyautent s’enrichir tranquillement, mais quand il se met à aller mal, on devient subitement socialistes sans l’admettre, on le renfloue en pagaille avec l’argent du contribuable et de l’emprunt chinois. On est subitement (et c’est là le trait vraiment original de la ci-devant crise de 2009) prêts à remettre en question la sacro-sainte rigueur budgétaire des caisses de l’état AVANT de remettre en question la propriété privée des services financiers. Les dirigeants politiques américains actuels sont conscients que leur pays perd nettement prise sur l’économie réelle (qui passe graduellement aux mains des pays émergents, avec tous les problèmes spécifiques que cela pose) et ils savent que l’économie américaine s’enlise de plus en plus dans la boursicote stérile qui change de la valeur de place sans en produire de nouvelle. Le président Obama affirme donc, sur tous les forums, qu’il faut sortir de l’Économie de la Bulle qui Gonfle puis Éclate (Bubble and Burst Economy). Sauf que, pour ce faire, il se lance dans l’Économie qui Renfloue et Réforme sans Révolutionner… Les dirigeants politiques américains actuels vont même jusqu’à envisager d’improviser sur le tas la mise en place de services financiers publics, non-bancaires, pour rétablir un accès au crédit que les banques et les structures financières, gavées d’argent public mais toujours grippées par le titanesque marasme boursicotier mondial, n’arrivent plus à fournir. Dépêchons nous de bâtir des faubourgs de planches chambranlants aux pieds du temple d’or, aux portes verrouillées par les voleurs, avec notre trésor piégé dedans. Effarant.

Il est patent qu’on dissimule quelque chose à quelqu’un, ici. Soit on assiste à une batterie sans précédent de crypto-nationalisations. On cacherait alors à une classe capitaliste ultra-libérale, en déclin mais encore menaçante, une reprise en main historique des services financiers par des structures d’encadrement étatiques renouvelées. Soit on assiste à une colossale mobilisation de la richesse collective visant au strict maintient de l’accapareur privé en selle, sous couvert d’une renflouement de la ci-devant «économie», aux frais du petit peuple et des financiers semi-étatiques chinois (face auxquels ce n’est pas: faites payer les riches mais: faites payer les concurrents). Que ce soit un cas où l’autres qui se mette en place, il est clair que le danseur s’avance masqué. Tristement, je crois que c’est bel et bien l’accapareur privé qu’on s’efforce de maintenir le cul cousu de l’or des autres sur sa selle, rien d’autre. J’en veux pour preuve le fait que le renflouement en cours ne se restreint pas au secteur des services financiers. On renfloue aussi des entreprises industrielles, notamment dans le secteur automobile. Celles-ci ne sont pourtant pas indispensables. Elles diffusent un produit obsolète, déjà très élégamment outrepassé par celui de la concurrence étrangère. Le geste anti-libéral posé ici est moins socialiste que protectionniste… De fait, ces entreprises industrielles ruinées vérifient magistralement la thèse marxiste classique de la baisse tendancielle du taux de profit. Récemment, un administrateur supérieur de GM admettait que seulement 7% de ses dépenses allaient à la force de travail et que le reste allait à des produits (machinerie, placements spéculatifs, etc.) achetés aux prix forts, par son entreprise, sur le marché polymorphe contemporain. Le capital constant bouffe le capital variable, la plus-value, venue exclusivement du travailleur se ratatine, et l’entreprise fait faillite. Tout le capitalisme industriel actuel est un gros GM généralisé, même dans les économies émergentes. Baise tendancielle du taux de profit. La terre n’a pas fini de trembler.

Le symptôme automobile ne ment pas ici. Il fait tomber le masque du danseur. Renflouer le secteur industriel traditionnel est un acte réactionnaire, protectionniste, même dans le cadre restreint d’une logique capitaliste étroite. Renflouer, encadrer et nationaliser le secteur financier serait un acte progressiste si seulement, une fois l’activité économique reprise et les lunettes roses raccrochées sur les rouflaquettes des sourds en costards, on ne se remettait pas à laisser les accapareurs privés repartir en goguette, sans les tenir en laisse ou, encore mieux, les dézinguer. Mais il est patent que les cultures nationales, des deux côtés de l’Atlantique, font jouer les vieux réflexes de leurs traditions politiques respectives face à la situation financière en cours. L’Europe penche vers plus de réglementations vieillottes, l’Amérique penche vers plus de libéralisme à l’ancienne, et rien ne change vraiment: l’accapareur privé reste en selle partout, prêt à tout faire repartir selon la logique délirante des ses intérêts propres, de plus en plus contraires à ceux de la collectivité mondiale.

Tant qu’on restera aveugles au fait que c’est la propriété privée des moyens collectifs de production et d’encadrement des avoirs de la société civile qui est le problème fondamental, on ne sortira pas du cycle constitutif des crises. Combien de catastrophe et de vies brisées partout dans le monde faudra-t-il encore avant qu’on allume ses lumières sur cette question absolument cruciale?

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Paru aussi dans CentPapiers

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INTOXIDENTALE (intox occidentale)

Posté par ysengrimus le 15 février 2009

Mon fils me montre l’entrefilet suivant, tiré d’un canard torontois qui collige des dépêches de presse internationales, et me demande de chercher la bizarrerie (je traduis le texte):

Attaqué par un panda -   Un panda du jardin zoologique de Pékin a mordu son troisième touriste en deux ans et, cette fois-ci, il a fallu lui desserrer les mâchoires de force pour libérer sa victime, un homme qui avait sauté dans la fosse de ce panda pour y récupérer un jouet de son fils.  –    Gu Gu, un panda de 240 livres a saisi dans sa gueule les jambes de l’homme et a refusée de démordre jusqu’à ce que ses gardiens le forcent à ouvrir les mâchoires à l’aide d’outils, a indiqué une porte-parole du jardin zoologique, portant le nom de Gong. La porte parole n’a pas fourni son nom complet, selon une habitude qu’ont les officiels chinois.   -   Gu Gu avait déjà défrayé la chronique en 2007 quand il avait mordu un touriste en état d’ébriété qui avait sauté dans sa fosse pour tenter de le câliner. Le touriste avait alors répliqué en mordant l’animal à son tour.

Mon sursaut est instantané. Je dis: Pourquoi ont-ils besoin de signaler que la porte-parole du zoo ne fournit pas son nom entier? Ils auraient simplement pu dire Madame Gong, ou ne pas mentionner son nom. Mon fils répond: Exactement. C’est de la propagande. Voici, au milieu d’un fait divers qui n’a rien à voir avec rien, qu’on nous claironne que les officiels chinois manifestent une étrange discrétion sur leur identité individuelle. Ah, il faut bien qu’il y ait quelque chose qui cloche, hein, puisque cela se passe à Pékin (où, en plus, évidemment, même les pandas sont méchants – je vous épargne un retour sur la couverture occidentale de la Chine en 2008, avec les Jeux Olympiques etc. Ce fut une insulte hurlante à l’intelligence la plus élémentaire). On pourrait citer des dizaines de milliers de petits exemples ordinaires de ce type, à propos de la couverture occidentale de la quasi-intégralité des événements du monde…

J’appelle INTOXIDENTALE toutes les manifestations de biais occidentaux dans la couverture journalistique, ayant pour effet de transformer, ouvertement ou insidieusement, l’info en intox. Cette intox occidentale est un mélange fin et subtil de propagande et d’ethnocentrisme. Pour la décrire plus précisément encore, il faut dire en fait qu’il s’agit d’une communication faussement neutre (et en fait toujours orientée) misant sur l’ethnocentrisme du lecteur occidental et mettant la surprise condescendante de ce dernier au service d’un biais propagandiste. Ici, on ne dit rien d’ouvertement faux au sujet de Madame Gong, sauf que l’incongruité (dans un regard spontanément ethnocentriste) de ses pratiques patronymiques se trouve gauchie insidieusement dans un angle qui fait que cela a l’air bien louche. Ce genre de discrétion «excessive» sur son identité, ça la fout mal, comme on dit.

Il est important de bien voir que l’intoxidentale n’est pas un ethnocentrisme pur, innocent et niais. Le journalisme contemporain, mondial depuis un bon siècle désormais, est de fait à peu près exempt de cet ethnocentrisme simplet de jadis, qui reposait sans malice sur l’ignorance étonnée de celui qui n’est jamais sorti de ses pénates culturelles. Les journalistes contemporains savent parfaitement se surprendre correctement et se laisser dépayser décemment par la diversité et la complexité de notre vaste monde. Il ne faut pas les prendre pour des idiots. Ils prennent souvent leurs lecteurs pour des idiots, eux, par contre, et confirment sciemment les préjugés les plus myopes du petit peuple tertiaire de nos bonnes villes si, et seulement si, cela sert la propagande, de plus en plus ferme et unilatérale, qu’ils mettent de l’avant.

Mon premier contact personnel, direct et indubitable avec l’intoxidentale eut lieu au début des années 1980, lors de la ci-devant Guerre des Malouines, un conflit de théâtre paradoxal (selon la logique rigide du temps de la Guerre Froide) qui avait opposé brièvement la Grande-Bretagne à l’Argentine pour la main mise sur un petit archipel au large de cette dernière. Les radios et télés francophones canadiennes parlaient alors d’Îles Malouines, sans complexe… jusqu’au déclenchement du conflit. Ils se mirant alors, d’un seul bloc et du jour au lendemain, à parler d’Îles Falkland, simplement parce que le nom espagnol donné aux dites îles autrefois et utilisé ouvertement par les argentins (Islas Malvinas) dérive du nom français, et qu’il fallait éviter de connoter ce toponyme hispanisant le moindrement… le tout, naturellement, en affectant d’autre part de ne jamais prendre parti dans le conflit comme tel. C’était d’un grossier qui m’édifia durablement. Vers la même époque, pour tout dire, un camion-suicide avait fait sauter un bâtiment bourré de soldats français au Liban. Cri d’horreur dans les journaux hexagonaux à l’époque. Ils titrèrent tous: Les soldats de la paix (Même l’Humanité du temps, qui avait conclu que la France devait se retirer de ce conflit… le chauvinisme n’a pas de couleur dans les moments de panique). Les soldats de la paix (qui sont, bien sûr, toujours les nôtres), vous imaginez… L’intoxidentale ne craint certainement pas les oxymorons…

Je vous cite ici, un peu au petit bonheur de mes souvenirs, des exemples datés, à dessein. Leur grossièreté hirsute semble frapper bien plus les imaginaires contemporains… mais c’est un pur et simple effet du temps qui passe, sans plus. L’avenir jugera l’intoxidentale de notre temps avec la même sévérité agacée. D’ailleurs l’intoxidentale n’a pas toujours la subtilité, comme dans l’exemple du panda Gu Gu et de Madame Gong, d’être insidieuse. C’est parfois un pur et simple mensonge plat, frontal, ouvert et direct. Lors de la guerre Iran-Irak, qui succéda de peu à la révolution iranienne de 1979, on nous simplifiait, dans les médias, les axes du conflit (escamotant de ce fait la manipulation américaine téléguidant l’Irak) en racontant que l’Iran était shiite et que l’Irak était sunnite. Maintenant que Saddam Hussein est un oligarche minoritaire (sunnite) déchu qu’il a fallu dézinguer pour servir le Souverain Bien Pétrolifère, on nous avoue finalement que l’Irak est aussi… à majorité chiite… Durablement édifiant… On se serait cru revenus aux temps blêmes et factices du baratinage interminable de la guerre du Vietnam… Le très beau film Good Morning, Vietnam de Barry Levinson (1987) justement, est une superbe dénonciation en règle de l’intoxidentale. Il n’a pas pris une ride. Il faut absolument le revoir et le méditer. Et, en attendant, plus de cent militaires canadiens sont morts en Afghanistan, «pas» dans des zones de combats intensifs sur un théâtre dont ils perdent graduellement le contrôle, non, non, non… en roulant malencontreusement et presque par hasard… sur de ci-devant bombes artisanales… Communication faussement neutre (et en fait toujours orientée) misant sur l’ethnocentrisme du lecteur occidental et mettant la surprise condescendante de ce dernier au service d’un biais propagandiste. Les résistants artisanalement organisés d’un vague pays montagneux du tiers monde, planter des soldats canadiens dans des épisodes de combat? Pas possible!!! Dites-nous que ce n’est pas vrai.

L’intoxidentale se charge justement de nous «dire» exactement cela, tant pour nous conforter que pour faire passer sa ligne doctrinale… et ce, désormais, à la guerre, comme au jardin zoologique, comme dans la totalité de la vie… car l’intoxidentale est de plus en plus… totalitaire, justement.

René Magritte (1898-1967).Titre (passablement méconnu) du tableau: LA TRAHISON DES IMAGES, 1929

René Magritte (1898-1967). Titre (passablement méconnu) du tableau: LA TRAHISON DES IMAGES, 1929

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États-Unis: rédemption, piège à con

Posté par ysengrimus le 1 février 2009

Je trouve finalement l’un dans l’autre que notre bon vieil impérialisme américain l’a pas mal facile au bout du compte en remplaçant ainsi, sous les viva! planétaires, un président mannequin (terme limpide) par un président acteur (terme volontairement ambivalent) et en se tapant la formidable rédemption que cela entraîne…

C’est un spectacle cyclique, en fait. Un manège circulaire des symboles. Une scintillante poudre aux yeux tricolore. Regardons de plus près cette «nouvelle donne» du fameux retour du président qui agit par lui-même (par opposition, croit-on, au président qui se laisse ballotter par les groupes d’intérêts). Dans les derniers soixante ans, le Parti Démocrate a produit les grands présidents acteurs. Tu ne peux pas aligner FDR, JFK. WJC et BHO sans que les astres ne bougent un peu… Chez le Parti Républicain, marionnettiste invétéré ayant piloté beaucoup plus de présidents, deux autonomies ressortent: celle de Richard Nixon et celle de George Bush Senior. Ces deux figures fétides ont d’ailleurs en commun d’être deux vice-présidents devenus ensuite présidents en un tout nouveau mandat (donc pas comme Harry Truman, Lyndon Johnson ou Gerald Ford qui finirent le mandat du président précédent, mort ou démissionnaire, ce qui, sauf dans le cas de Ford, les fit rebondir aux commandes). Signe criant de comment ces gars de droite marchent, le marionnettiste des débuts finit, avec eux, pas attraper le manche et devenir (un peu) acteur… Ces Républicains sont des manipulateurs de grands pantins sans complexe et leur peuple le sait parfaitement. Le dernier grand président mannequin avant George W. Bush fut incidemment Ronald Reagan (un ancien acteur… de cinéma, je veux dire). Cet ample président vide, qui fut surnommé le président de 9 à 5 (avec sieste l’après-midi) reposait lourdement sur l’équipe et surtout sur son VP et futur successeur, Bush Senior… Il est certes piquant de constater que de placer le fils de l’éminence grise de jadis sur le trône du vieux mannequin d’autrefois s’avéra la suprême combinaison ratée de la dernière décennie. Ils ne la referont pas de sitôt, la passe de la marionnette aux commandes, on peut dire cela sans risque… Et subitement, aujourd’hui, patatras, les USA ridiculisent haut et fort ce George W. Bush Junior, poupée à la tête creuse… mais, ce faisant, ils n’effacent en rien son action catastrophique. Cette dernière ne s’inversera pas pour autant. Salvador Allende ne revint pas en vie après la démission de Richard Nixon

Nos bons ricains se tapent tout simplement une petite table rase émotionnelle en mondovision, une petite rédemption à grand déploiement centrée sur ce retour «nouveau» du président acteur. Ils diffusent quelques rubans YouTube bouffons du bouc émissaire politique du jour et continuent de rouler, droits dans leurs bottes. Oh, oh… Méfiez-vous de ce genre de défoulement rédempteur inane. George W. Bush, agneau pascal, moi, je ne mords pas. Son départ laisse le vivier washingtonien (sans parler de celui de Wall Street) parfaitement inaltéré… C’est d’ailleurs pour cela qu’Obama compose tant… C’est un vieux truc de politicien de centre-droite que de faire ridiculiser le prince droitier déchu par les nouveaux thuriféraires. Une figure publique très modérément progressiste attise les réactionnaires extrêmes sur cette cause spécifique en leur jetant des morceaux de viande ironiques bien poivrée pour les faire aboyer dans leur clos, chiens hurleurs qu’ils sont. Les idiots mordent, gueulent et réitèrent leur cause foutue que le prince droitier déchu ne peut plus porter et notre personnalité publique de centre droite parait soudain fort avancée en se projetant devant ce choeur d’arrière-garde, manufacturé et entretenu par elle. L’art discret de ne pas avoir à trop innover, en inculpant en sous-main le prédécesseur.

Saint Obama

Obama, figure rédemptrice, joue à fond le jeu de la pureté éthique et de la candeur intellectuelle.

Obama, figure rédemptrice, joue à fond le jeu de la pureté éthique et de la candeur intellectuelle. Toujours aussi générique sur les affaires non-domestiques, il incarne sereinement l’ignorance abyssale que l’Amérique a du monde. Son atout majeur, pour le moment, est que, comme Socrate, il sait qu’il ne sait rien et il l’admet… et il dit à ses émissaires diplomatiques de commencer par écouter. Il veut laisser les idées préconçues bien entassées dans le placard du passé tragique. Nouveauté fondamentale d’un impérialisme en amorce de rétrécissement? Oui? Non? Cela fait nouveau, nouveau, nouveau, certes, mais il reste qu’Obama est fondamentalement un centriste, donc, en fait, un chef cuisinier matois qui apprête les reste en les amalgamant en un subtil mélange réchauffé, qui fait nouveau… Il ménage la viande et les patates, la chèvre et le chou, la gauche et la droite, le Likoud et le Hamas, les tartuffes et les athées, le capitalisme et le socialisme. C’est une balançoire, un pendule qui oscille au dessus des questions. Ce n’est pas qu’il brette ou hésite, c’est qu’il englobe, qu’il embrasse. Or, qui trop embrasse, mal étreint… Obama admire tout le monde (du moins en parole), n’a pas d’ennemi (du moins en apparence). Tout les monde est beau, gentil et un génie. De par cette dynamique, très Nouveau Monde primesautier dans le style, très Amérique joyeuse dans le ton, Obama est bien plus américain et bien moins impérialiste que plusieurs de ses prédécesseurs, du moins, encore une fois, en apparence. Et que fait Obama de fondamental dans la dynamique qu’il tente de mettre en place ainsi? Il manifeste, publiquement et politiquement, de l’HUMILITÉ. La même humilité qu’il avait justement annoncée dans son discours inaugural. De là, deux choix s’offrent à l’analyse. Soit il s’agit d’une humilité de Tartuffe et qu’on a affaire, comme du temps de Jimmy Carter, à l’insertion de la vieille main de fer de l’impérialisme américain dans un nouveau gant de velours. Soit il s’agit d’une humilité effective, symptôme sociopolitique réel et profond du fait que l’impérialisme américain du siècle dernier s’approche le plus en douceur possible de la piste d’atterrissage de ce siècle-ci. Deux choix possibles. Le charme d’Obama nous masque subtilement l’option effective… alors gardons l’œil ouvert.

Car, dans les faits, si le vaste dispositif militaire US cessait simplement de tuer des gens un peu partout au monde, de ci de là, de gauche et de droite pour des raisons qui, on l’a souvent dit,  ne correspondent même pas à la volonté effective du peuple américain, ce serait déjà un développement bien plus effectif que tout le flafla rédempteur auquel on assiste en ce moment. Ils peuvent même garder leur collets cravates si ça les amuse, mais simplement qu’ils cessent de reporter la paix au calendes, en changeant les soldoques de place, en rebrassant le paquet de cartes et en maintenant le bellicisme de service bien actif sans vraiment s’informer d’avantage… De fait, à ceux qui voudraient nier l’ignorance que les américains ont de la complexité du monde qu’ils oppriment, je dirai simplement ceci. Les élites «savantes» de ce pays l’ont mis dans le fossé et l’ont enfoncé dans le discrédit international le plus profond de son histoire moderne. Obama, lui, c’est clair, s’inscrit en faux devant ces «savants» que le tout venant admire tant. Il se rapproche de son peuple, lui ressemble, le sert, l’incarne même, en disant: «Je n’y voit goutte, je ne crois pas savoir, je ne sais pas. Il y a là une complexité qui m’échappe, il me manque des éléments. Informons nous d’abord car notre savoir antérieur est probablement un faux savoir». Obama tombe la veste (y compris au Bureau Ovale) et joue de mimétisme populaire. Je ne sais pas s’il agit, mais il montre qu’il agit. Cela, d’ailleurs, avec la stricte rigueur de sa doctrine centriste, n’est pas sans rappeler Juan Domingo Perón (1895-1974). Perón (un peu d’ailleurs comme René Lévesque) fut d’abord un homme d’état oeuvrant au beau risque de mélanger gauche et droite, un peu comme on mélange soufre et salpêtre dans la poudre à canon. Dans le cas de Perón, cela a fini par péter de travers, d’ailleurs, populisme, militarisme, dictature, etc. Ici, l’affaire est inévitablement à la fois plus compliquée et plus grandiose, mais il reste que le jeu d’Obama (aussi au sens de son jeu d’acteur…) engage un risque politique qui n’a pas grand-chose à voir avec de la nouveauté neuve, neuve, neuve… Il veut camper une Unité Nationale, comme le voulait le Perón des débuts (c’est habituellement un indice du poids de l’adversité extérieure…). Souffre – Salpêtre. Il faudra voir où ça ira, mais c’est ça.

Sauf que, Rédemption Globalisante d’Extrême Centre ou pas, le monde ne s’arrête pas de tourner pour autant. Les Talibans résistent de mieux en mieux et il va falloir dix mille fois leurs ressources pour espérer les planter. Pourquoi? Est-ce comme au Vietnam? Et pourquoi avoir oublié le Vietnam? Et pourquoi tous les esprits savants, expérimentés et subtils des états-majors n’ont-il pas vu celle-là venir non plus? Mais que sait-on du monde, finalement, bon sang? Approfondir ce conflit, comme Obama prétend le faire, est-il une nouvelle erreur, à la fois impérialiste et moraliste, résultant directement de l’ignorance qu’il a eu la candeur de nous avouer? Quelle est la profondeur de sa mécompréhension du genre de racaille locale sur laquelle, en tant qu’occupant, il s’appuie pour gouverner indirectement un pays qu’il tient sous sa botte. La rédemption obamesque ne peut tout simplement pas demander à son segment compradore afghan de se dé-corrompre quand son propre dispositif d’occupation repose crucialement sur le segment corrompu de la société. Prier les collabos de se dé-corrompre c’est les prier de s’autodétruire, vu que le fond de leur corruption repose sur le service à l’occupant… et que c’est parce qu’ils sont corrompus à la base qu’ils collaborent! Les USA tournent leur marionnette en bouc émissaire de leur propre impérialisme, en faisant cela… S’en rendent-ils compte seulement? L‘action d’Obama masque t’elle l’inaction implicite de la force d’inertie de l’immense machinerie qu’il chevauche? Silence planant de ses critiques et de ses suppôts. Et ce silence planant est un solide indicateur de tendance. Soudain, sous la rédemption d’Obama, l’Amérique lave plus blanc. Il ne faut plus la critiquer, elle est purifiée. Holà, holà… Non merci. La rédemption US est le plus formidable des pièges à con imaginable de ce début de siècle… et veut veut pas, Obama construit gentil sur les acquis salauds de ses prédécesseurs…

Le 20ième siècle s’est terminé en septembre 2001 sur une brutale légitimation. Le 21ième siècle s’est amorcé en novembre 2008 sur une doucereuse rédemption. À chacun son piège à con et les réveils seront douloureux mais, au moins, lucides.

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L’athéisme doit-il militer?

Posté par ysengrimus le 29 octobre 2008

Disons la chose sans mettre de gants: Dieu, être spirituel engendrant et assurant la cohésion du monde matériel, n’existe pas. C’est une catégorie philosophique erronée, une légende populaire montée en graine, une vue hyperbolique de l’esprit bonifiant et magnifiant un ensemble de caractéristiques abstraites fondamentalement incompatibles et incohérentes. La persistance faussement universelle de ce mythe vieillot s’explique assez simplement par le fait qu’il est une projection intellectuelle de l’être humain ou du monde (et l’être humain et le monde sont partout dans le monde humain), un peu comme le serait, par exemple, un fantôme ectoplasmique ou un mirage visuel au bout d’une longue route par temps sec. Toute culture où il y a des hommes et des femmes de tailles différentes, des enfants et des adultes, des malingres et des balèzes, produira inévitablement des légendes de géants et de nains sans se consulter entre elles, de par un jeu de projections logiques constantes et similaires du plus petit et du plus grand. L’universalité de ces propensions mythifiantes ne garantit en rien l’existence objective des titans, des lutins et de leurs semblables de tous barils ethnoculturels.

Le dieu (vaguement masculin et débonnaire ou intégralement inerte, neutre et inactif) n’existe pas. Aussi, privée de cette catégorie fondamentale irrecevable, la légitimité tant descriptive que morale des religions s’effondre comme un château de cartes. Ne disposant pas réellement des fondements effectifs autoproclamés qu’elles se sont attribuées au fil de l’Histoire sans débat ni critique, les religions et leur perpétuation n’en reposent pas moins sur d’autres fondements qui, eux, n’ont absolument rien de divin. J’en dénombre quatre:

Peur: la panique, l’épouvante face à la maladie, la mort, le danger de perdre un enfant, l’instabilité politique, les cataclysmes naturels, l’incertitude face à l’avenir d’une vie douloureuse sont des carburants puissants de la religiosité. Il est connu qu’une personne en situation terrorisante, dans un accident ou dans des circonstances climatiques compromettant la survie, régresse mentalement et appelle son dieu comme un enfant appelant un adulte à l’aide. Loin de garantir quelque caractère fondamental ou universel à ce dernier, ce fait démontre plutôt à quel point croyance religieuse et déséquilibre ou délabrement mental sont proches l’un de l’autre.

Ignorance: un lourd et archaïque relent de cosmologie simpliste et d’anthropologie délirante gorge les religions, tant dans leur élévation dogmatique que dans leurs recommandations pratiques. Ignorant les causes du tonnerre, des éclairs, de la guerre et de la maladie, l’enfant humain imagine des colères, des illuminations, des déterminations politiques issues d’un cosmos anthropomorphisé. Le recul de l’ignorance et une meilleure connaissance du fonctionnement effectif du monde et des sociétés éloignent la religiosité comme représentation descriptive et explicative du monde. Tout progrès social entraîne de facto une révolution des savoirs qui fait reculer l’esprit religieux.

Conformisme: la résorption des peurs irrationnelles et de l’ignorance face au monde ne suffit pas pour terrasser les religions institutionnalisées. Celles-ci s’appuient sur un autre ressort particulièrement insidieux et puissant: le conformisme social et familial. Combien de gens perpétuent chez leurs enfants des croyances qu’ils n’endossent plus, simplement pour ne pas contrarier leurs parents ou leurs ancêtres? Ce genre de soumission de masse, reposant sur des critères émotionnels et tirant nettement profit de la langueur onctueuse d’un engagement sentimental, peut perpétuer des pratiques dévidées des ferveurs censées les fonder et ce, pendant des générations. La tradition est une force d’inertie mécanique dont il ne faut pas négliger la pesante portée réactionnaire.

Pouvoir social d’un clergé: si, en plus de ce lot de plaies, une des castes de votre société se spécialise dans l’intendance de la chose religieuse, là vous avez un puissant facteur de perpétuation sur les bras. Les clergés oeuvrent exclusivement à leur propre survie et, pour ce faire, ils se doivent de voir au maintien en circulation de la camelote qu’ils fourguent. Ils analysent donc très finement la peur, l’ignorance et le conformisme qui mettent le beurre sur leur pain et déploient de formidables énergies à les perpétuer, les maintenir, les solidifier. Ils noyautent la naissance, l’union sexuelle, la mort, l’éducation intellectuelle et s’y marquent au fer. Tous les clergés dans tous les cultes sont des agents de freinage des progrès sociaux et mentaux. Les cléricaux sont des ennemis pugnaces et acharnés de la connaissance objective et informée du monde et de la vie sociale.

La religion est une nuisance intellectuelle et morale. C’est une force sociale rétrograde misant sur des pulsions individuelles régressantes. Tout progrès social significatif se complète d’une rétraction et d’une rétractation des religions. Ce long mouvement historique ne se terminera qu’avec la décomposition définitive de toute religion institutionnalisée ou spontanée. Ce jour viendra.

Voilà.

Le voilà notre bon et beau manifeste athée. Il est clair, net, balèze, béton, superbe. Je l’endosse avec la plus intense des passions et la plus sereine des certitudes. J’éduque mes enfants en m’appuyant solidement sur ses fondements. Je vis par son esprit et dans la constance de sa rationalité supérieure. Banco. Bravo. On fait quoi maintenant? On l’imprime en rouge sang sur des feuillets grisâtres et on le distribue au tout venant? On en fait un beau paquet de tracts incendiaires que l’on met en circulation dans tous nos réseaux de solidarité? On fait pression sur un parti de gauche ou un autre pour qu’il en fasse une composante intégrante de son programme politique? Mieux, on crée la Ligue Athée du [épinglez le nom de votre contrée favorite ici]. Ce ne serait pas la première formation politique à plate-forme étroite et hyper-pointue. Il y a bien des Partis Verts et des Parti Marijuana pourquoi pas des Partis Athées? Bon sang que c’est tentant, surtout dans la conjoncture lancinante et interminable de pollution d’intégrisme religieux actuelle. Je vois d’ici notre premier slogan:

LA RELIGION N’EST PLUS L’OPIUM DU PEUPLE,

ELLE EST LA COCAÏNE DES EXTRÉMISMES

Ce serait vraiment pétant. Sauf que…

La Commune de Paris et le Bolchevisme léninien n’ont pas cédé à cette tentation miroitante de l’athéisme militant. Lucides, ces projets politiques se sont contentés de fermement restreindre la pratique des religions à la sphère privée et de forclore toute propension théocratique dans l’administration publique de leur république. C’est certainement une chose à faire et bien faire. Sauf que pourquoi donc, mais pourquoi donc en rester là?

Tout simplement parce que le déclin de la religion, la déréliction, ne se décrète pas, elle émerge. On ne proclame pas plus la fin de la religion qu’on ne proclame la fin de l’enfance. Il faut éradiquer la peur, l’ignorance, le conformisme et bien circonscrire la vermine cléricale dans ses tanières (qui deviennent lentement ses musées). La religion tombera alors, inerte et inutile, comme une feuille d’automne. L’athéisme ne doit pas militer, il doit laisser l’effet des progrès sociaux échancrer la religiosité comme une vieille étoffe devenue inutile. Militons directement et sans transition pour les progrès sociaux à la ville et l’athéisme militera bien pour lui-même dans les chaumières. L’athéisme est la non-religion. Le faire militer serait inévitablement le camper sur le terrain gluant et malsain du préchi-précha, qui est celui des religions. Il ne s’agit pas d’embrasser la logique de l’engeance en la combattant sur ses terres brumeuses mais de désamorcer la compulsion spirituelle en la niquant dans ses causes materielles.

Frapper la religion au tronc plutôt qu’à la racine c’est la faire bénéficier d’une intensité d’attention tapageuse qu’elle ne mérite plus. Cela l’alimente en jetant de l’huile dans le feu de son bûcher. Fabriquer des combattants de dieu en creux c’est alimenter le fanatisme et l’intégrisme des martyrs en plein. Laissons aux cagoules leurs procédés de cagoules et limitons le débat théologique à la ferme intendance de la tolérance multiculturelle et à la circonscription du rigorisme doctrinal à la sphère privée. Les enfants des croyants se débarrasseront à leur rythme et selon leur logique et leur modus operandi des croyances éculées qui leur nuisent. Ils les convertiront en ce qu’ils voudront. Nous ne sommes pas ici pour éradiquer la religion mais pour empêcher son héritage mourant hautement toxique de continuer de nuire à la société civile. À chaque culte de construire le mausolée, le sarcophage ou le cénotaphe de sa doctrine, à sa manière.

Souvenons-nous et méditons sereinement la profonde sagesse de L’Encyclopédiste Inconnu qui disait: la vérité n’engendre jamais le fanatisme.

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Résistance n’est pas Terrorisme

Posté par ysengrimus le 29 juillet 2008

Bon, assez c’est assez. Je trouve particulièrement inacceptable et foncièrement malhonnête qu’on traite de terroristes –la fichue insulte bateau de ce temps- les petites gens qui combattent l’occupation des armées occidentales dans leur propre pays. Ces résistants se battent dans leur univers de vie pour la préservation de leur existence humaine la plus profonde. Mao disait: “respectez l’hinterland”. Ce n’est pas ce qui se passe en Irak et en Afghanistan, l’hinterland y est foulé au pieds, avec un mépris et une brutalité inégalés. Conséquemment, la guerre y perdure et il est vraiment temps que nos soldoques et leurs suppôts se rendent compte qu’ils ne sont pas les hérauts/héros du Souverain Bien dans ces portions du monde, loin s’en faut… Les combattant(e)s qui résistent, avec les moyens du désespoir, aux occupations occidentales dans nos conflits de théâtres sont à terme les plus puissants guerriers de ce temps. C’est parce qu’ils ont la puissance du cœur et des entrailles et l’opposent sans transiger à notre quincaillerie bureaucratico-militaire ronronnante, inerte, insensible. Ces résistants sont ceux qui gagneront au bout du compte. Je respecte profondément ces hommes et ces femmes. Ils incarnent la faillite et l’absurdité pharaonique des ultimes guerres impérialistes. Cessons une bonne fois de jouer les Tartuffes sanglants. Mais enfin, on envahit ces gens, on les massacre, les occupe, les spolie, détruit durablement leurs vies, chez eux, dans leur espace social et familial. Ils ne se laissent pas faire, défendent leurs villes, leurs maisons, leurs enfants et nous jouons encore les grands moralistes bêlants par dessus le tas sanglant de leur morts, que nous avons-nous même empilé au bouteur kaki dans leur segment congru de ce monde cruel. Nul. Inepte. Fou. Inacceptable.

Et il se trouvera encore des propagandistes locaux de bas calibre pour dire que ces résistants sont manipulés par la cause ceci et la cause cela. Oh, la sacro-sainte foire aux manipulations. Il est bien vrai que moi, on m’a manipulé à tuer, sans me salir les mains, 90,000 irakiens, dont les intimes de ces hommes et de ces femmes qui «nous» résistent aujourd’hui. Mon crime, le monde entier le sait, fut perpétré pour des raisons strictement et exclusivement militaro-indutrielles, sous des prétextes défensifs ouvertement mensongers. Je trouve cela en effet fort effrayant, révoltant et manipulateur, ce qu’on me fait faire en permanence sans que je bouge de chez moi… Il faut en somme les tuer ou vouer notre mode de vie à la faillite. Tuez-les donc, pour le coup, je vote pour… Je suis un impérialiste ordinaire (qui s’ignore). Je suis compromis à fond dans la mort violente et atroce de ces hommes et de ces femmes, comme tout occidental se baladant ou se faisant livrer des biens dans des véhicules à carburant fossile. Ne pas décrire les fait comme cela, c’est tout simplement les occulter servilement… Il faut bien un jour ou l’autre être lucide sur la totalité de cette tragédie humaine contemporaine. Il n’y a aucun auto-dénigrement là dedans. La guerre d’Irak est une guerre de pétro-pillage, nous n’allons certainement pas nier une évidence aussi massive et frontale. Nous sommes donc tous responsables, en utilisant ce qui y est pillé, en vacances comme au boulot. Cela ne m’amuse pas plus que quiconque d’admettre cela… Notre insensibilité confortable dans notre portion du monde engendre conflits, violences et crimes dans l’autre portion. Le nier c’est mentir froidement. C’est cela aussi, la ci-devant mondialisation.

Sauf qu’un fait historique demeure, clair et net: la lutte de résistance est une des lois de la guerre (toutes les guerres, sans distinctions spécifiques). Si on n’en veut pas, bien, il faut rester chez soi. Dans les conditions iniques de ce temps, je seconde de tout coeur la résistance des peuples opprimés du monde. Leur idéologie, ronflante et limitative, ne m’est rien. Leur action modeste, abnégative, absolue dans l’idéal d’un monde meilleur, m’est tout. Quiconque veut l’interruption de ces résistances doit tout simplement rappeler la troupe, faire cesser les bruits de bottes de la soldatesque et respecter la diversité fondamentale de notre tout petit petit monde. Ceci n’est pas une question de conjoncture mais de principe.

Occupation de Kaboul

On envahit ces gens, on les massacre, les occupe, les spolie, détruit durablement leurs vies, chez eux, dans leur espace social et familial...

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