Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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La culture intime des femmes nuit-elle aux femmes?

Publié par ysengrimus sur juillet 23, 2008

Commençons avec un chiffre qui, sans procéder directement des questions de sexage, dit tout: dans nos civilisations, 70% de la totalité des investissements qui sont placés, casés, transigés, boursicotés ou circulent sont en fait… les dépenses de consommation ordinaire. Le capitalisme mise encore massivement sur la pure et simple consommation de tous les jours et, si vous vous demandez pourquoi les démarcheurs sont toujours sur votre dos comme des frelons pour vous faire les poches, repensez simplement à ce chiffre crucial. Le capitalisme ne vit pas de la Bourse. Il vit de vous et moi. Ceci, pour dire simplement que la pression à la consommation, ce n’est pas une petite affaire. C’est un poids immense, constant, tangible sur nous tous.

Ensuite, pensons à l’intelligence de la petite fille. Plus avancée plus tôt que le petit garçon (ils se rejoignent éventuellement plus tard), la petite fille fascine par son pif précoce pour le jeu social et son aptitude fulgurante à décoder les règles explicites ou implicites émanant d’un modèle comportemental, individuel ou collectif. Ajoutons à cela un sens du devoir qui s’articule très tôt, une ouverture naturelle aux questions sociales, aux enfants, aux animaux, à l’habitat, aux opprimés du monde, pour conclure qu’on a affaire, avec la petite fille et la jeune femme, à une personne configurée mentalement avec un sens aiguë du devoir-faire et du devoir-être.

Posons ensuite l’axiome féministe sur lequel repose tout le raisonnement proposé ici. Toute régression vers des valeurs patriarcales qui replaceraient la femme en position de subordination socio-économique et ethnologique devant l’homme, comme celles longtemps imposées dans la société rurale ancienne, est non recevable. La libération et la valorisation de la culture intime des femmes sont là pour rester et leur caractère irréversible s’impose dans les faits effectifs autant que dans la totalité de nos représentations éthiques. Le problème n’est pas que la femme soit libre (devant un ordre révolu). Le problème est qu’elle est “libre” dans une civilisation contemporaine qui, elle, ne l’est pas…

Car il faut constater froidement un fait catastrophique que le féminisme classique n’avait pas prévu. La rencontre d’un vif sens féminin du devoir-être et du capitalisme consumériste effréné de notre temps produit un mutant mental et comportemental, un monstre socio-culturel particulièrement pugnace: l’auto-dénigrement morbide face à un modèle de féminité irréaliste car conçu exclusivement pour amplifier des réflexes de consommation qui, pour perdurer, se doivent de ne jamais se voir assouvis. La moindre pube de teinture pour cheveux contient le tout du drame en un micro-théâtre regrettablement tragi-comique. Femme Lambda dit à Femme Epsilon : «Tu te crois bien coiffée, Cocotte? Grave erreur! Regarde plus attentivement la racine de tes cheveux dans ce miroir. Oh horreur, tu n’es plus conforme au canon, tu débordes poisseusement du moule comportemental, tu trahis la morale élémentaire du Souverain Beau, tu es moche et méprisable… Pourquoi? Tout simplement parce que regarde: la couleur naturelle de tes cheveux revient te hanter à leurs racines. Imite–moi, moi femme éclatante, abstraite, théorique, illusoire, dont tu revendiques le prestige. Jalouse moi d’abord. Imite moi ensuite. Consomme régulièrement la teinture Zinzin. Tes cheveux seront alors un modèle pour celui des autres femmes qui te surveillent et te jugent…» Libre de tous ses choix, la femme est aussi libre… de vendre de la saloperie à d’autres femmes en les terrorisant, selon la configuration (et les tics, et les perversions) d’une intelligence qu’elle connaît parfaitement puisqu’elle en procède librement. Libérée du patriarcat antique, la femme n’en est pas pour autant libérée du capitalisme. Et, sous le capitalisme, la femme est une louve pour la femme… égale de plus en plus effective de l’homme (qui est un loup pour l’homme, sous le même régime social).

La configuration de leur intelligence étant ce qu’elle est, les femmes feront des leaders socialistes extraordinaires. Quand la société civile se concentrera sur les devoir qu’elle doit assumer envers elle-même, sur ses enfants, sur la paix et la nutrition dans le monde, sur un environnement et un habitat sains, sur le respect mutel et la résorption du grossier, du brutal, du violent, la configuration mentale des femmes les amènera à mettre en forme une culture intime, puis une culture de la cité, qui nous poussera tous vers plus de sens des responsabilités, plus de justice, plus de décence, plus de grandeur. On y arrive. Un jour viendra… Mais sous le capitalisme consumériste, le sens du devoir des femmes se gauchit, se déforme, se transmute en une fixation morbide sur les modèles hypertrophiés (martelés pour vendre) et sur un stéréotypage conformiste des rôles, dont l’effet est particulièrement cruel, insensible, normatif et toxique. La déontologie féminine est fondamentalement incompatible avec le cynisme marchand (et menteur) du capitalisme. La première est l’avenir et l’espoir du monde contemporain. Le second est le carcan rétrograde qui empoisonne l’existence contemporaine de la totalité de la société civile.

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Mâle Alpha. Foutaise Omega. Contre le social-darwinisme de ce temps

Publié par ysengrimus sur juillet 3, 2008

Le cirque débute avec une sorte de zoologiste farfelu du nom de Desmond Morris. Ses ouvrages, populaires et vendus massivement dans les supermarchés des années 1970 (le Singe nu, le Zoo humain), nous racontaient avec un simplisme désarmant –par exemple- que les seins et les lèvres de la femme humaine sont une transposition des fesses et de la vulve de la guenon, transposition apparue lors du passage de notre ancêtre à la station verticale pour perpétuer les attraits primaires de la séduction simienne originelle. Dans cette continuité, un certain journalisme de folliculaires nous raconte que si les femmes trouvent plus facilement que les hommes les fruits et les légumes dans un supermarché, ce n’est pas le résultat d’un conditionnement social, non, non, non, c’est parce que chez notre ancêtre arboricole, la femelle, vouée à détecter les fruits pour ses petits, captait et sélectionnait plus facilement les couleurs vives que le mâle. Explication similaire pour la préférence des petites filles pour le rose et les jouets passif, la préférence des petits garçons pour le noir et les jouets agressifs (si tant est que cela se vérifie!). Cela est censé relever de la division des rôles de cueillette et de combat dans la horde lointaine et atavique des contemporains de Lucy… La chose se sophistique parfois en doctrine sociale de toc. On nous annonce alors que les hommes riches sélectionnent de jolies femmes sur les bases du principe darwinien de la survivance du plus apte et que le tout est un cas de figure inexorable de la sélection naturelle la plus ancienne et la plus fatale qui soit. Pour tout dire, il est de vogue en ce moment de tout expliquer de nos comportements sociaux sur la bases d’analyses semi-élucubrantes renvoyant à certaines caractéristiques biologiques (habituellement sélectionnées de façon superficielle et éclectique) censées provenir de notre fond primate archaïque. Dans la même dynamique, au lieu de parler, comme autrefois, d’un homme séduisant on parle désormais d’un Mâle Alpha, en référence, un peu snobinarde, à la hiérarchie que certains primatologues font des communautés de gorilles.

Le social-darwinisme est une théorie sociale réactionnaire (Spencer, Malthus, etc) qui se donne comme procédure de s’approprier les catégories descriptives de la biologie darwinienne et de les appliquer mécaniquement à la description de la vie sociale humaine. Le social-darwinisme saute donc par-dessus l’Histoire (et par-dessus un certain Karl Marx) pour plonger directement ses explications totalisantes et totalitaires dans la la toute inévitable biologie. Le fait que l’être humain se soit historicisé et, ce faisant, qu’il ait altéré sinon inversé nombre de ses déterminismes biologiques ne compte pas pour le social-darwinisme. Le social-darwinisme ne reconnaît pas les classes sociales, la lutte des classes, les révolutions et le développement historique. Tout pour lui procède de castes biologiques et est donc fondamentalement immuable. Les hommes riches sont voués à s’acheter des jolies femmes (qui restent pour toujours à vendre) de toute éternité, puisque les détails les plus perfides et les plus mesquins de la société bourgeoise contemporaine sont tous sans exception censés procéder de la lointaine fatalité du gorille… Le social-darwinisme est une déviation naturaliste qui légitime et perpétue l’ordre social en cours par un pur baratin de pseudo-science. Il est assez difficile de s’y objecter au premier degré d’ailleurs car, ce faisant, on semble rejeter le darwinisme (donc la science!), ce qui classe d’emblée, aux yeux des myopes, les objecteurs du social-darwinisme au nombre des créationnistes obtus et autres théogoneux ineptes qui ne veulent pas entendre parler de l’homme qui descend du singe…

Alors attention. La théorie de Darwin s’applique sans problème au fait que de mille glands tombés de cinquante chênes, il ne poussera que dix-huit arbres, les dix-huit plus forts, et le reste passera en humus. Gaspillage spermatosoïdesque dans la nature, survivance du plus résistant par pure inertie biologique. Si des petits écureuils se mettent à enterrer certains glands un peu partout, altérant la croissance initiale des chênes et l’augmentant, c’est encore un effet naturel qui verra les meilleures forêts de chênes se peupler d’écureuils qui, encore une fois, gaspillent en se donnant vingt caches de glands et en n’en retrouvant que cinq, le reste devenant des arbres. Mais si d’un coup sec, toute la forêt est rasée avec de la machinerie lourde, appartenant à une multinationale à visées lucratives, pour bâtir des habitations au Canada ou des navires en Norvège, là, l’évolution naturelle vient de se faire radicalemnt bousculer par le développement historique. C’est que l’animal dénaturé (l’humain, selon le mot de Vercors) vient d’intervenir et les explications darwiniennes ne tiennent plus. C’est ici que Darwin débarque et que Marx embarque…

Je ne suis pas un primate tout court… Je suis un primate radicalement altéré par le développement historique. Il m’est donc possible de changer radicalement ma nature grâce à mes acquis historiques. Je peux voler en avion, je peux nager sous la mer en scaphandre, je peux cesser de traiter ma femelle en inférieure, elle peut ne pas se laisser engrosser par moi si elle me trouve trop sot, et je peux changer le tout ma vie et elle aussi. Il n’y a donc rien de «fatal», rien de «naturel» rien de «biologique», rien de «génétique» dans mes pratiques sociales, et le social-darwinisme, la théorie implicite des hommes riches qui achètent des jolies femmes et souhaitent ardemment qu’il en soit toujours ainsi en misant compulsivement sur le patriarcat musculeux des gorilles, est une pure et simple fausseté.

Comme l’esclavage, la monarchie, l’apartheid et le polythéisme, bien des comportements que nos petits fatalistes auto-promotionnels contemporains croient éternels seront rejetés par le développement historique, et ce, dans pas si longtemps que cela d’ailleurs. Le social-darwinisme et ses divers implicites machos et élitistes sont certainement de ceux-là. Je n’aurai donc qu’un mot: Mâle Alpha. Foutaise Omega.

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Bill Gates, avancée technique, peut-être. Régression socio-économique, certainement

Publié par ysengrimus sur juin 27, 2008

Le jugement sévère de l’Histoire est donc amorcé sur Bill Gates. Il a ouvertement volé les innovations des autres à son profit exclusif et re-banalisé le monopole avec privilège. Cet ultime nabab mythologique incarnera donc pour l’Histoire l’art peu subtil de mettre l’explosion technologique au service de l’engraissement du parasite obstructeur. Microsoft est un gros coucou destructeur posé pesamment sur le nid clignotant et souffreteux du NASDAQ. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser… Les thuriféraires pâmés de Gates invoquent sa ci-devant générosité (gros salaires, musées gratis, etc) pour les employés de sa firme de gras durs sur Seattle. Il faut donc à ce jour avoir la carte du Parti M$ pour aller au musée… Générosité??? Élitisme et esprit de corps, oui. Opportunités pour la gagang de petits copains. Miettes éparses pour les dociles et les groupies qui suivent dans le sillage. Rien pour la société civile, dans cette manne aussi titanesque que sélective, gérée selon la doctrine régressante du plus insensible et du plus condescendant des ploutocratismes. Toute la doctrine sociale du capitalisme d’avant le New Deal est là, sur un mouchoir de poche… D’autres suppôts de Gates roucoulent à propos de son virage philanthropique. Holà, holà, ho! Avec entre 20 et 50 milliards de menue monnaie voletant dans mes poches, je vous en donne moi aussi de la philanthropie, pour me dédouaner de 30 ans d’extorsion et de strangulation totalitaire… Qu’il s’attaque donc à la rougeole comme il prétend le faire… le symbole est parlant. Je ne sais pas s’il va éradiquer la rougeole, mais il oeuvre certainement à éradiquer le rouge…

Bill Gates, c’est le capitalisme qui trahi sa propre doctrine de libre concurrence et remythologise le monopole. Si son entreprise, son «oeuvre», a peut-être fait avancer la technologie (?), elle a certainement fait régresser le capitalisme vers des doctrines (pseudo mirifiques) pré-1929. Ce potentat et ses lieutenants peuvent amplement se payer ces petits frais de cours ridicules imposés de droite et de gauche au bout du bras par quelques micro-nations vétillardes, pour leurs pratiques monopolistiques éléphantesque étalées sur une génération… On aurait prédit cet ITT à la puissance mille à FDR au moment du New Deal, il en serait tombé en bas de sa chaise roulante. Même dans leur logique de capi, c’est un totalitarisme monopolistique fou furieux. Ils ont exploité le besoin technique criant d’unifier le parc d’ordi mondial pour se graisser au présent et protéger leurs profits futurs. C’est exactement comme s’enrichir sur la faim… Et Bill Gates peut bien, après cela, se transformer en mascotte inepte et jouer les Colonel Sanders de la technologie. Le mal est fait. Un mal profond et durable. Un cancer lent. Car si l’individu Gates s’en va, on a encore MicroCrosse dans les jambes pour un bon moment… Magouilles… Dictature… Extortion… Médiocratie technique… Ce n’est vraiment pas fini, l’œuvre de Bill Gates.

Urgent. Il faut saisir la fortune de Bill Gates et construire des écoles et des cliniques avec. Laisser des avoir financiers colossaux du genre de la fortune de ce type entre les mains de propriétaires privés est un crime majeur contre l’humanité. Cela mène au bout du compte à des farfeluteries misanthropes genre milliards en legs à des Fondations pour Chiens… Tout cet argent est un avoir collectif extorqué. Je le redis: il doit être saisi sans délai ni compensation et alloué d’urgence à l’éducation et à la santé.

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Mai 68 - Mai 88 - Mai 08 – Quarante graffitis de l’ère intermédiaire

Publié par ysengrimus sur mai 28, 2008

C’était en mai 88, vingt ans après Mai, vingt ans avant ce jour, et il y avait partout dans Paris, des graffitis. Il ne se passait rien de percutant, rien d’historique, rien de bien précis, mais ces traces graphiques fugitives de la constance de la résistance humaine, sociale et politique ne sauraient mentir… Nostalgie d’un temps intermédiaire entre nous et Mai (et… je suis un ancien de Denis Diderot alias Jussieu, vous l’aurez deviné).

1- VIVE LE MYTHE ERRANT (Jussieu)

2- VOTONS MITTERAND, HÉLAS (Jussieu)

3- INTELLECTUELS RÉVOLUTIONNAIRES OU PANTINS SERVILES (ET CORROMPUS DANS LEUR DÉMISSION) (Jussieu)

4- TROTSKOS SSALIGOTS (sic - Jussieu)

5- VIVE L’IMAM KHOMEINY, LE GUIDE (ici un second graffitiste a biffé et remplacé par FUHRER) DES OPPRIMÉS DU MONDE (Jussieu)

6- À BAS TOUT. VIVE LA MORT (Jussieu)

7- QUOI DE PLUS PUANT QU’UN TROTSKO (Jussieu)

8- ANARCHIE VAINCRA (Jussieu)

9- MURS PROPRES, PEUPLE MUET (Jussieu)

10- BEGIN, HITLER : KIF, KIF (Jussieu)

11- SHARON = CHAROGNE (Jussieu)

12- VIVE LA LUTTE DES JUÏFS ANTISIONISTES (Jussieu)

13- P.C.I., PIÈGE À CON (Jussieu)

14- LA TÉLÉ REND CON (non loin du parc de Montsouris)

15- MATÉRIALISME HYSTÉRIQUE (banderole d’une manif féministe sur une photo au Centre Simone de Beauvoir)

16- LA BOURGOGNE AUX ESCARGOTS (rue Notre-Dame-des-Champs)

17- LES PUTES AU POUVOIR, LEURS FILS Y SONT DÉJÀ (Place d’Italie)

18- CHIR(arn)AC (Place d’Italie)

19- RAS LE VIOL, MACHOS DEHORS (dans le métro, un huit mars)

20- VOTONS ROUGE SANG (dans le métro – celui là est de moi)

21- HITLER EST DE RETOUR SOUS LE MASQUE TRANQUILLE DU RACISME ORDINAIRE (dans le métro)

22- SÉNAT = MAFIA DE DROITE (sortie de la station de métro Nationale)

23- TINTIN (sous un bronze de Thomas Paine, sur le boulevard Jourdan)

24- I.R.A. PUNK (dans le métro)

25- TOUS À LA MANIFESTATION CONTRE LA CHASSE À COURRE , À MONTMARTRE (station de métro Cité Universitaire)

26- USA = SS (station de métro Concorde)

27- DÉPENSEZ MOINS. VOLEZ PLUS (station de métro Luxembourg)

28- MANGEURS DE VIANDE = AFFAMEURS DES PAYS PAUVRES (station de métro Denfert-Rochereau)

29- QUAND NOUS, LES PUNKS, SERONT AU POUVOIR, L’ANARCHIE ET LE CHAOS RÈGNERONT (station de métro Porte d’Orléans)

30- USA, HORS DE GRENADE - URSS, HORS D’AFGHANISTAN - CHINE, HORS DU TIBET (station de métro Luxembourg)

31- 1984 : 2 + 2 = 5 (station de métro Saint Michel)

32- UNE FRANCE, UN ROI. VIVE ALPHONSE II, ROI DE FRANCE (dans le métro)

33- L’ŒIL ÉTAIT DANS L’ANUS ET CONTEMPLAIT COCTEAU (rue Racine, en lettres noires de 1 mètre de haut)

34- CARNAVAL - CARNAGE (sur la vitre d’une cabine téléphonique, boulevard Saint Michel)

35- JE NE SAIS PAS COMMENT SE FERA LA TROISIÈME GUERRE MONDIALE, MAIS LA QUATRIÈME SE FERA SÛREMENT À COUP DE BÂTONS ET DE PIERRES - FRED (wagon de RER, en direction de la station Charles de Gaulle-Étoile)

36- NI TRUSTS, NI SOVIETS (Gare du Nord)

37- VIVE LA HAINE (station de RER, Cité Universitaire)

38- LIBÉREZ, SAKHAROV, LÉNINE VOUS ÉCRIRA (rue du père Corentin)

39- MAIS… 68 (Cité Universitaire)

40- JE NE SAIS PLUS QUOI ÉCRIRE (Cité Universitaire)

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D’un souper avec des chinois

Publié par ysengrimus sur mai 13, 2008

La mode politico-journalistique est de s’en prendre à la Chine par les temps qui courent. Chine par ci, Chine par là. Jouets mal peints: la Chine. Foutoir en Afrique: la Chine. Dalai Lama qui déconne: la Chine. Capitalisme sauvage et pollution effrénée: la Chine. Fluctuation des cours et prix du litre: encore la Chine! C’est plus la faute de l’Autre de nos jours, c’est la faute de la Chine… Alors pour na pas être en reste avec la population majoritaire de ma douce planète, j’ai soupé l’autre soir avec des chinois de Chine continentale. De vrais chinois de Shanghai, bien empiriques comme vous et moi, et qui parlaient d’ailleurs un français excellent. Cinq hommes et une femme. Nous avons mangé des raviolis (qui, contre toute croyance, sont un met chinois) qu’ils avaient patiemment cuisinés, avec des baguettes comme de raison, et avons eu l’occasion de torpiller ensemble quelques lieux communs culturels. La principale langue de Chine, chinois pékinois ou chinois standard, ne s’appelle pas le Mandarin. Les sports les plus pratiqués en Chine sont le volley ball et le ping pong. Le basket est de plus en plus populaire et, oui, ils font du kung fu. Ils font aussi de la course à pied. La pensée Maozedong est extrêmement connue et respectée par ces gens. Le souvenir de Zao Ziang est aussi encore présent à leur mémoire. Ils jugent que c’était un dirigeant digne de confiance. Ils ne savent rien du bouddhisme. Le confucianisme n’est pas une religion mais une batterie de règles morales pouvant être utilisées (on non) aux fins d’une éthique personnelle. Ils voient l’histoire contemporaine dans un tout autre angle que nous. Ainsi par exemples, ils jugent que l’invasion de l’Afghanistan par les Soviétiques en 1979 était à analyser principalement dans une optique d’encerclement à l’époque de la Chine par des pays prosoviétiques: Vietnam, Corée du Nord, Mongolie Extérieure, Afghanistan, Inde. La Chine a vu depuis à dissoudre les qualités et les dangers d’un tel encerclement. Inutile d’ajouter que, de tout temps, les Britanniques et les Américains ne se mêlent carrément pas de ce qui les regardent à Hong Kong (problème maintenant résolu), à Taiwan (problème en cours de résolution) et au Tibet (faux problème).

Lorsqu’ils ont su que j’étais canadien, la première question qu’ils mont posé a été: «Connaissez-vous Norman Bethune?» Devant ma réponse aussi affirmative qu’enthousiaste, ils se sont intéressés à un subtil point d’histoire canadienne en me demandant la nature et le poids du rôle de Trudeau dans la montée et le déclin de la question de l’indépendance du Québec. Devant ma surprise face à leur connaissance de l’histoire canadienne, l’un d’entre eux a dit: «Oh, ce que nous savons là, ce ne sont pas tous les chinois qui le savent. Les paysans de chez nous ne le savent pas». Sur ces mots, la jeune dame a regardé son compatriote d’un œil tendrement sévère et lui a dit: «Il ne faut pas se moquer des paysans. Si nous sommes si savants c’est grâce à leur travail». Le premier a rétorqué qu’il ne se moquait pas et a dit à la jeune dame qu’elle avait raison. Tous les autres ont approuvé.

Un des moments forts du repas a été lorsque Kan s’est tourné vers moi et m’a demandé, d’un ton mi-moqueur, mi-sérieux: «Et Mao, qu’est-ce que vous en pensez? Vous devez croire que c’est un fou, comme Khomeiny?». Je me suis empressé de répondre que non, que j’avais lu et médité avec beaucoup d’intérêt les textes fondamentaux de Mao Zedong comme De la pratique et De la contradiction et que, par delà le phénomène des modes passagères qu’avait connu la pensée de Mao Zedong à une certaine époque en Occident, cela restait une action et une vision à ranger parmi les plus déterminantes du précédent siècle. Ils ne disaient plus un mot et m’observaient avec une profonde attention. Même le plus vieux d’entre eux, qui avait un peu l’air d’un sage, avait arrêté de mâcher son ravioli. Alors je me suis mis à énumérer en français les titres des textes de Mao Zedong que j’avais lu: Causerie sur la Littérature et l’Art. Le visage de la jeune dame s’éclaira. Ses yeux brillaient, elle traduisit le titre en chinois, qu’elle avait reconnu. Contre le Culte du Livre, ce fut Kan qui traduisit le titre en chinois. Les visages se déridèrent et le vieux sage se remit à mâcher son ravioli. Nous en arrivâmes ensuite à la soupe (que les chinois boivent dans un verre ou dans une tasse après le repas) et ils m’expliquèrent qu’ils apprenaient à l’école la totalité des écrits de Mao Zedong, qu’ils considéraient que ses meilleurs travaux dataient d’avant 1959 et qu’après, il avait fait des erreurs. Dans la mouvance du quarantième anniversaire de Mai 68, ils se moquèrent très copieusement des occidentaux qui se chamarrent péremptoirement du qualificatif de maoïste (terme qui semblait leur apparaître d’un ridicule consommé), et me dirent qu’en fait, la pensée Maozedong n’était pas vraiment connue en Occident. Je les approuvai en disant que je voyais à cela deux raisons: le fait que Mao Zedong était lu traduit et non dans le texte et le fait qu’il était importé dans des sociétés ignorantes du contexte historique chinois. C’est alors qu’il se passa la chose la plus curieuse de tout le repas… Je continuais: « Par contre, ce que j’aime beaucoup dans les textes de Mao Zedong c’est que son exposé est toujours extrêmement pédagogique et clair. Si bien qu’on finit malgré tout, même lorsque l’on est occidental, par s’y retrouver dans ses débats contre la ligne erronée de Li Li San et dans… » Au mot de Li Li San, ils éclatèrent tous les cinq de même rire interloqué et se mirent à me regarder comme si je venais de tomber de la planète Mars. Le plus jeune d’entre eux s’exclama: «Vous connaissez Li Li San?». Je répondis, un peu penaud: «Bien non, pas vraiment, mais, en lisant Mao Zedong on prend forcément connaissance des débats au sein du parti entre les différentes tendances. Or, à un moment donné, dans les années trente, je crois, il dénonce la ligne erronée de Li Li San». Nouvel éclat de rire surpris et incrédule. Ils n’en revenaient tout simplement pas que je connaisse le nom d’un des anciens chefs du P.C.C. Je me sentis donc obligé de faire une petite mise au point: «N’allez surtout pas conclure que les masses canadiennes connaissent intimement la pensée Maozedong. Ce que je vous dis là, les paysans de chez nous… ne le savent pas!»

Et d’ailleurs, en fait, que savons-nous tant que cela sur… la Chine, la Chine, la Chine, la Chine?

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L’anarchie est-elle possible?

Publié par ysengrimus sur mai 12, 2008

Il y a sur le terme anarchie, dans la culture vernaculaire actuelle, ce que l’on pourrait appeler une équivoque. Vite, bien trop vite, le terme est devenu le synonyme trivial de chaos politique, de mise à feu et a sang, de foutoir remuant et indescriptible, de bordel sans horizon, etc. Ce sens vulgaire d’anarchie est exploité couramment et sert même de principal argument contre ceux se réclamant de l’Anarchie ou de l’Anarchisme comme doctrine politique. Par exemple, en 1920, lors de son procès, Nicolas Sacco a tenté d’expliquer à son jury les principes et les fondements de ce qu’il entendait par anarchie. Simultanément, le procureur faisait circuler parmi les jurés des photos de voitures incendiées, de coups de mains divers dus à des anarchistes. Exploitation de l’équivoque… Sacco et Vanzetti furent condamnés sans avoir été vraiment compris. Et pourtant, un graffiti en noir charbon sur le pont Le Gardeur de Repentigny disait autrefois, en renouant avec l’idée que cherchait à faire passer Sacco: L’Anarchie n’est pas le chaos mais la responsabilité. L’absence d’instances directrices (le sens premier d’anarchie c’est simplement cela: «absence d’instances directrices») impliquerait effectivement une très grande prise de responsabilités individuelles et collectives, si…

Risquons un exemple: celui de la cafétéria ordinaire d’une entreprise quelconque. Si on isole la cafétéria de notre boîte de l’ensemble de la société civile dont elle fait partie, si on en fait –fictivement, il va sans dire – un système clos, il y a là anarchie. Bien sûr tout est en ordre, des gens mangent, d’autres servent les plats, d’autres nettoient les plateaux. On vaque. Chacun est à sa tâche. Mais il n’y a PAS d’instance directrice (surveillant, policier, etc). Chacun voit à son affaire. Or, la semaine dernière, une bagarre a éclaté dans la cafétéria méconnue d’une grande ville anonyme entre un petit moustachu nerveux et un grand escogriffe les cheveux coiffés en crête de coq. Comment a réagit l’anarchie face à cet événement chaotique? L’absence d’instances autoritaires ou de leurs représentants a fait que nos deux gogos ont pu se tapocher bien à leur aise pendant une bonne cinquantaine de secondes. Toute la salle les regardait faire, l’un dans l’autre assez sereinement. Les nettoyeurs de plateaux ont même interrompu leur travail et se sont adossés au fond de la salle, bras croisés, pour contempler le percutant tableau. Mais rapidement, les gens assis non loin des deux ardents pugilistes ont senti leur stabilité existentielle pour le moins compromise. Les tables tremblaient. Les carafes risquaient de se renverser. On approchait le désagrément plus généralisé. Tant et tant que trois ou quatre individus se sont levés spontanément, calmement, sans raideur. Un solide gaillard du cru a immobilisé l’escogriffe à la crête de coq sans violence. Les autres ont éloigné le petit moustachu, l’ont fait s’asseoir plus loin, ne l’ont pas bousculé, ni sermonné. Ça s’est calmé, sous une nouvelle surveillance implicite, collective, décontracte et temporaire… Scène banale, fréquente. Moment ordinaire parlant. L’Anarchie n’est pas le chaos mais la responsabilité.

Pour sûr, vouloir instaurer l’absence d’instances directrices d’un seul coup d’un seul, ce serait comme couper le courant la nuit à New York (en 1977, sinon en 2003…). Mais pourquoi, sinon parce que la société civile est comme un chien rageur attaché à une lourde chaîne. Il y a longtemps pourtant qu’existe le remède contre la rage… il faudrait peut-être un peu inspecter, suspecter et questionner… la chaîne.

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De l’univers cosmique global à l’univers humain concret

Publié par ysengrimus sur mai 9, 2008

En matière de non-création de l’univers, je suis MATERIALISTE. Une riche et complexe masse matérielle en mouvement permanent engendre la vie organique inférieure, puis la vie organique supérieure, puis la vie pensante. L’univers matériel est donc incréé. Il ne commence nulle part et ne finit nulle part, juste comme la ligne du temps vers le passé et le futur. L’infinité de l’univers exige qu’il soit incréé. La création est un mythe de l’irrationalité religieuse anthropomorphisante. Il faut faire l’effort de rationalité de se libérer de cette chimère myope. Les seuls univers parallèles que je connaisse sont ceux de la pensée abstraite. Je les esquinte ici d’office non pas à cause de leur parallélisme avec l’univers effectif, mais à cause du fait navrant qu’ils ne le touchent soi-disant jamais et prétendent en être autonomes. Le seul univers parallèle qui se vaille est en fait perpendiculaire! Mental et imaginaire, il coupe le nôtre, ne s’en sépare donc pas complètement, en émane et en fait donc finalement fondamentalement partie. L’être humain apparaît dans l’univers et disparaîtra. Mais il est doté d’une aptitude particulière face à la réalité matérielle. Il peut la détourner, la distordre, la distendre pour l’assimiler et la mettre à son service concret et pratique. Cela commence quand notre lointain ancêtre s’approprie l’outil, le pâturage puis l’agriculture, et cela se poursuit avec la locomotive, le haut fourneau, la télégraphie, l’électricité, L’internet. Un primate qui produit et reproduit la complexe structure de ses propre conditions matérielles d’existence tant et tant qu’il en devient historicisé ne s’arrête pas facilement de fureter et de papoter… Ce qui, chez nos ancêtres, n’était que grégarisme, devient chez nous ensemble crucial de rapports sociaux, nous déterminant si profondement que finalement l’humain EST l’ensemble des rapports sociaux spécifiques s’entrecroisant en nous en une phase historique donnée. Dans l’univers humain, celui du développement historique, tout arrive en son temps, sans «faute». Il n’y a jamais de retards absolus en histoire, mais il y a toujours des retards corrélés. Une peuplade se battant encore à la sagaie souffre un retard par rapport à un peuple voisin se battant à l’arc. Ce dernier retarde tout autant ou plus devant une phalange d’arbalétriers. Naturellement, certains retards historiques sont plus déterminants que d’autres. Ainsi, dans le mouvement global de l’émergence du capitalisme, la France et l’Espagne sont entrées dans la révolution industrielle en retard par rapport à l’Angleterre malgré le fait que l’Angleterre est entrée en phase coloniale en retard par rapport à la France et à l’Espagne. Le premier retard est économiquement plus déterminant que le second, comme le déploiement historique l’a ultérieurement démontré. Certaines avancées politiques et militaires cachent parfois des retards économiques profonds et vice-versa. Le Bonapartisme et le Stalinisme sont de bons exemples d’un retard économique temporairement masqué par une illusoire surchauffe politico-militaire. Il faut indubitablement admettre que l’histoire se développe par poussées inégales. Il n’y a pas là quelque jugement moral abstrait sur les peuples, mais simplement un fait politico-économique qu’il faut toujours prendre le temps de décrire et ne jamais perdre son temps à justifier, car quiconque y voit le moindre démérite est un petit propagandiste de feuille d’opinion. Pour atteindre le palier suivant, le travailleur devra jouir pleinement du fruit de son travail sans qu’une autre classe l’opprime et détourne son activité productive contre lui. Il faut qu’il soit réclamé de chacun selon ce qu’il peut donner, et qu’il soit donné à chacun selon ses besoins réels. L’homme et la femme doivent s’attendre à ce minimum de justice dans le cadre de leur univers concret, mais cette attente est inévitablement active, car l’homme et la femme devront obtenir ce rajustement des valeurs de leur vie par la lutte. L’être humain n’est pas libre. Il est le résultat infime de l’action de forces historiques gigantesque. Une classe sociale peut se libérer d’une autre, mais l’être humain ne se libérera pas de ses déterminismes. Il les tranformera simplement en d’autres déterminismes. C’est en agissant volontairement sur cet univers historique concret dont il ne sort jamais que l’être humain assure sa position et son action dans un univers global qu’il ne peut appréhender qu’indirectement et sans arrêt.

L’univers concret est Histoire. L’univers global est Nature. Leur point de contact est Environnement.

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Les révolutions du futur ne seront pas marxistes

Publié par ysengrimus sur mai 9, 2008

Révolution, oui, encore et toujours. La première erreur à ne pas commettre à son sujet c’est de penser que la faillite de l’activité révolutionnaire est une exclusivité millénariste. La génération du philosophe et économiste Karl Marx (1818-1883) a vécu dans sa chair et son âme le reflux de la grande euro-révolution de 1848 sous la forme de la spectaculaire et brutale remontée de la réaction de 1850-1852. La Commune de Paris (1870-1871), grand espoir révolutionnaire du dix-neuvième siècle s’il en fut, s’est enlisée dans le bourbier sanglant de la germanophilie versaillaise. On peut aussi citer la massive poussée du ci-devant social-chauvinisme qui précéda l’incroyable boucherie de 1914-1918. République de Weimar, Russie des Soviets, Chine, Kampuchea démocratique, Iran (la première grande révolution historique post-marxiste). La “liste de faillite” des phases révolutionnaires serait tout simplement trop longue à énumérer. Donc, essayons de ne pas hypertrophier la conjoncture présente sous prétexte qu’elle s’impose à nous, plutôt qu’à nos aïeux. Voyons le tableau comme une série de poussées dans la vaste crise du capitalisme industriel mondial. Il n’y a pas de grand soir. On a plutôt affaire à un ample mouvement par phases, qui nous dépasse comme individus, comme c’est inévitablement le cas pour tout développement historique.

Avant de commenter sur ce qu’il faut espérer des révolutions à venir, un mot sur notre attitude politique ordinaire face à l’héritage «marxiste» toujours en ardente liquidation. Il y a quand même un vice de raisonnement dans notre approche… de la figure historique bannie de Karl Marx. On tend très candidement à imputer à Marx rien de moins que la capacité de faire naître des espoirs de changements sociaux en dictant littéralement ce que sera le déploiement des événements. Une part importante de notre siècle, investit encore Marx en démiurge du développement historique selon la doctrine du «Qui sait, peut». Or, même un génie, un Hegel, un Mozart, un Shakespeare ne peut, ne pourra jamais, commander les forces de l’Histoire. Elles sont objectives, collectives, titanesques. Foudroyés dans nos espoirs par la caractère terriblement implacable de cette erreur de fond (de notre fond de liquidation…), on passe alors à la phase suivante, toujours aussi clairement. On érige d’office Marx en thaumaturge qui a raté, qui a serré le tsarevich contre son sein mais n’a pu lui éviter la mort. Démiurge, thaumaturge, voilà une phantasmagorie bien irrationnelle que l’on perpétue à propos des meneurs révolutionnaires et des figures politiques en général, de Marx en particulier. Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous ne nous faisons pas une image très «marxiste» de Marx et de ses semblables. Nous sommes en cela de fort conséquents anarchistes. En effet, l’Anarchisme, au plan théorique, hypertrophie l’individu, ici, le Sujet, le Meneur, le Chef. Or, comme ce démiurge imaginaire a failli, comme ce thaumaturge de fantaisie a raté, nous exprimons alors notre déception, comme le parterre, privé de la chute de la comédie, le soir de la mort de Molière. Par là, nous canalisons cette cuisante douleur qui est celle des éléments sociaux progressistes, subversifs, remuants, tenus en laisse. Marx et les contemporains qui partageaient ses vues ont fait tout ce qui était humainement possible pour la chute du capitalisme, et la révolution mondiale, quand on est simplement une individualité. Ils auraient vécu dix vies. Ils l’auraient refait dix fois. Mais Marx n’est rien à l’Histoire. Les reproches que lui font notre époque ne sont pas illégitimes, mais ils sont théoriquement erronés. Ni Karl Marx ni personne ne peut vous produire la révolution, parce que la révolution ne se décide pas subjectivement chez l’individu. Elle éclate objectivement dans les masses, quand les conditions sont en place. Et les progrès qu’elle entraîne émergent par bonds, ce qui n’exclut en rien les interminables phases, d’ailleurs non-cycliques, de reflux… Au regard de l’Histoire, absolument aucune révolution ne fut une «erreur». Simplement, elles subirent toutes un type ou un autre de régression.

Arrivons-en maintenant au coeur de la durable question révolutionnaire. Que faire? Qu’espérer? Comment abattre cet incroyable ploutocratisme qui réunit le budget d’états entiers dans les mains de quelques nababs? Si, conséquents dans nos pulsions velléitaires, nous posons la question à l’échelle de nos vies individuelles, cela n’ira pas bien loin. Le capitalisme émerge au coeur de la société féodale aux environs de 1200. Nous sommes maintenant en 2010. Croyez-vous vraiment qu’il lui reste un autre 800 ans d’existence? Moi pas. Je dis: 70, 100, tout au plus. Maintenant comment contre-attaquer? Eh bien, je vais répondre à la Marx, et non à la facon de ces enfleurs d’individus que furent jadis les suppôts de Bakounine. Une recherche volontariste et spéculative ne nous mènera qu’au désespoir. Il faut partir de la contre-attaque qui est déjà objectivement en action au sein du mouvement historique lui-même, observable, sinon observée. La réponse que nous inspire toujours Marx est donc que, quoi qu’on en dise, les forces destructrices du capitalisme se développent aussi prodigieusement. Les masses sont plus instruites, plus informées, plus méfiantes à l’égard de la propagande des grands, plus aptes à échanger leurs vues mondialement. Les femmes, les peuples non-occidentaux, même les enfants, détiennent en notre temps un statut et une audience historiquement inégalés. Le monde s’unifie. Le caractère collectif de la production s’intensifie. La baisse tendancielle du taux de profit continue, s’accélère. Le grand capital, d’allure si hussarde, est en fait aux abois. Mettons-nous un peu à sa place! Malgré le fait qu’il est, en ce moment, le seul joueur sur le terrain, il accumule les bévues, les crimes, les malversations à grande échelle, les milliards de créances douteuses, les guerres sectorielles absurdes, les plans sociaux FMI irréalisables. Il jette des états entiers dans le marasme. Il spolie de facto sa propre prospérité. Car le capitalisme n’a plus d’ennemi subjectif contre lequel il peut mobiliser les masses. Plus d’«alternative», plus d’ «état socialiste». Les «terroristes» qu’il se fabrique en vase clos ne tiennent pas la route historique. Le capitalisme ne peut tout simplement plus affecter de lutter contre quelque hydre imaginaire. La catastrophe actuelle, c’est son produit intégral. Le seul vrai ennemi qu’il reste au capitalisme, c’est son ennemi objectif: lui-même, dans son propre autodéploiement. Maintenant, prenons ces masses instruites, éclairées, organisées. Ces masses dont on ne peut plus faire de la chair à canon pour guerre mondiale. Ces masses cyniques, réalistes, dévoyées, qui méprisent copieusement leur employeur, leur maire, leur président, et la totalité des institutions de la société civile à un degré inouï, jamais atteint dans l’histoire moderne. Prenons ces masses rendues sans foi et sans pitié, sans naïveté et sans espoir, par la logique même qui émane des conditions nivelantes de l’économie marchande. Faisons-leur alors subir un effondrement économique planétaire. Un Krash de 1929 à la puissance mille, comme celui qui percole en ce moment. Elles vont s’organiser dans la direction révolutionnaire en un temps, ma foi, très bref, même à l’échelle historique, ces masses planétaires nouvelles…

Maintenant, la seule chose que l’on peut dire avec certitude de ces révolutions de l’avenir, c’est qu’elle ne seront pas “marxistes”. Le marxisme, comme cadre révolutionaire, a vécu. Il ne sortira pas plus du vingtième siècle, que la pauvre petite personne de Marx ne sortit du dix-neuvième. Et c’est justement parce que les révolutions de l’avenir ne seront pas marxistes, qu’elles… le seront plus profondément que jamais dans l’Histoire…

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Le socialisme n’est pas un programme politique mais une tendance sociale

Publié par ysengrimus sur mai 6, 2008

On traite constamment ce bon vieux “socialisme” selon un modus operandi fort représentatif de la vision qu’a notre siècle des questions sociétales. On se représente le socialisme comme un programme politique sinon politicien, un engagement matois pris par une poignée de rocamboles qui arrivent à convaincre les masses de les suivre et qui les largue tout net après s’être laissés corrompre par les élites. On reste vraiment bien englués dans cette analyse, très proche en fait du vieux socialisme utopique, doctrinaire et volontariste, avec ses phalanstères et autres cabetades à la continuité raboteuse et déprimante.

Ce qui est mis de l’avant ici, c’est que le socialisme est une TENDANCE, une propension inéluctable du capitalisme à passer à son contraire: de la propriété privée à la propriété publique, de la soumission prolétarienne au pouvoir prolétarien. Cette tendance socialisante est dans le ventre même du mouvement social. Un patron unique, cela se conçoit, quand on parle d’un atelier de joaillerie embauchant six travailleurs. Quand il s’agit d’une usine de trois mille employés on envisage plus facilement un groupe de gestionnaires. Si on a affaire à un holding mobilisant quatre millions de personnes dans soixante secteurs distincts, il devient envisageable de prendre conscience d’un passage vers une direction et une propriété à la fois de plus en plus collectives et impliquant de plus en plus étroitement ceux qui font effectivement le travail productif, et pas seulement ceux qui possèdent les immeubles, l’outillage, ou le fond de terre où sont plantés les ateliers. Étalez cette tendance sur trois siècles, et vous marchez droit au socialisme! On se doutera bien que des instances sociales cherchent de toutes leurs forces non négligeables à freiner cette tendance, et le font effectivement. Sauf que le principe de fond demeure. Quand la totalité des forces productives sont mises au service des producteurs plutôt que des accapareurs, on a le socialisme. Il faut noter aussi que le socalisme SE DOSE, en ce sens qu’un régime peut être plus ou moins socialiste fonction de la répartition sociale des revenus de la production. D’où la possibilité d’un socialisme radical bourgeois assez compatible avec le capitalisme, mais malheureusement, établissant avec ce dernier à peu près le rapport du croupion avec la poule… Personne n’a vraiment la charge de mettre des ordres sociaux en place. Ils se mettent en place malgré nous et malgré ceux qui clament les avoir mis en place. L’Histoire est une force objective. Rien ne s’y dégrade, mais rien n’y est stable non plus.

Et la tendance de se déployer…

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Les idées de JUSTICE et de DROIT n’ont absolument rien d’éternel

Publié par ysengrimus sur mai 2, 2008

Bon alors, dans la vision du matérialisme historique, l’organisation de notre vie matérielle détermine les replis les plus intimes de notre conscience et de notre vie intellectuelle et mentale. Les êtres humains configurent et manufacturent leurs conditions d’existence et se donnent ensuite les lois qui les légitiment, les cultes qui les sacralisent, l’esthétique qui les annoblit. On a beaucoup dit que le susdit matérialisme historique ramenait tout à l’économie, que cette doctrine, pour reprendre le mot rebattu, était un “économisme”. C’est hautement inexact. Ce que cette conception dit c’est que COMME L’ORGANISATION DE LA VIE MATÉRIELLE EN PERPÉTUEL DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DÉTERMINE NOTRE CONSCIENCE, IL FAUT ÉTUDIER L’ÉCONOMIE POLITIQUE PLUTÔT QUE LA MÉTAPHYSIQUE OU LA THÉOLOGIE POUR COMPRENDRE COMMENT LE MONDE SE TRANSFORME ET COMMENT ON PEUT INTERVENIR SUR CETTE TRANSFORMATION. Mais des pans entiers de ce que l’on nomme “économie” sont en fait déterminés par les conditions matérielles d’existence plutôt que déterminants sur elles. La Bourse en est un exemple patent, qui suit servilement et irrationnellement les tendances de la production plutôt qu’elle ne les suscite.

Une des conséquences directes de cette position fondamentale est qu’il n’y a pas de concept stable, que toutes les idées “métaphysiques” se développent comme les conditions matérielles qui les engendrent. Prenons un exemple: l’idée de justice. Au Haut Moyen-Âge, quand un conflit foncier éclatait entre deux hommes de guerre, la pratique voulait qu’on les enferme sous un petit chapiteau et les laisse combattre à l’épée courte. Il était reconnu que la justice était du côté du vainqueur, dont le bras avait alors été guidé par un dieu. La raison du plus fort se justifiait ainsi, en toute simplicité. Empêcher un homme “de bien” d’assumer ce rituel aurait été perçu comme une grave entorse à la justice et au droit. Une autre coutume voulait que le meurtrier d’un homme puisse se dédouaner de toute contrainte sociale en payant à la famille de l’assassiné le WERGELD, une sorte de compensation à la mort violente. Ces coutumes se perpétuent aujourd’hui mais sont soit illégales (le duel, y compris celui des bagarres de rues) soit encadrées dans un dispositif social complètement distinct, qui altère complètement l’idée de justice qui y est reliée. Le DROIT est entièrement en cause ici. Ce qu’on appelle le droit émane toujours des conditions matérielles d’existence. Le vol de bétail faisait l’objet d’une ferme condamnation à mort chez les rancheros de 1850 parce que le bétail fondait crucialement le positionnement socio-économique de ce milieu, basé sur la production et l’appropriation foncières. Chaparder des ondes musicales fait l’objet d’une lourde amende en nos temps «libres», parce que des intérêts commerciaux colossaux dépendent aussi de la brimade de ce droit, qui du temps de Mozart était une petite foucade parfaitement bénigne. Il est dès lors bien inutile de spéculer sur qui, du cowboy de 1850, de Mozart, ou des victimes de notre répression napstéresque, jugerait le «droit» de l’autre le plus inique ou le plus absurde. De nos jours on compense financièrement après des poursuites pour sévice, mais cela ne s’accompagne plus du moindre dédouanement moral. L’idée de justice du capitalisme monopolistique, celle des cowboys et celle des hobereaux moyenageux n’ont tout simplement rien en commun. Le développement des conditions matérielles d’existence les relativise radicalement. On peut encore citer brièvement toute la notion de “droit d’auteur” que les scribes de l’Antiquité, du Moyen-Âge, de la Renaissance auraient considéré comme une ineptie incompréhensible, et que les hommes et les femmes de l’ère de l’Internet finiront bien aussi par mettre en charpie. On peut finalement mentionner les fameux “droits humains” qui s’étirent, s’ajustent, s’adaptent, se rétractent, comme la plus adaptable des plasticines fonction du régime et des répressions qu’il entend mener à bien…

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