Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

Archive pour la catégorie ‘Environnement’

La trilogie romanesque COSMICOMEDIA d’Allan Erwan Berger

Publié par Paul Laurendeau le 15 décembre 2011

La connaître, cette nuit qui embrase le monde, c’est déjà commencer à lui dire que non, nous ne sommes pas si moches, ni si prévisibles qu’on puisse tous nous mener par le bout du groin d’un bout à l’autre de notre existence…

Allan Erwan Berger

.

.

.

Ysengrimus (Paul Laurendeau): Allan Erwan Berger, votre trilogie romanesque Cosmicomedia qui vient de paraître chez ÉLP est, il faut le dire, exaltante. Le grand universel y est pris à bras le corps, avec souffle et faconde, et on ne tergiverse pas avec la Grande Crise Existentielle Mondiale (notion que vous nous imposez, sans retour, contre l’idée triviale, rebattue et raplapla de, bof, fin du monde). J’ai d’abord pour vous, si vous le voulez bien, une question par tome. On va commencer comme ça et ensuite on verra où ça nous mène. Inutile de dire que je vais me prier et vous prier ici de parler en voyant à ne pas gâcher le futur plaisir de lecture. Sans rien trahir, donc, on peut dire que, dans le tome 1 de Cosmicomedia, sous-titré Montrez-Nous que vous n’êtes pas des buses (avec un N majuscule à Nous), des événements cosmologiques et des événements historiques, sont, par un jeu adroit d’alternances, mis en corrélation et/ou compagnonnage. L’explication sur les mouvements cosmologiques catastrophiques qui s’enclenchent dans votre monde devient, sous votre plume incisive toujours acidulée d’ironie, si palpitante qu’on a le sentiment que les entités cosmiques classiques, notamment la galaxie et notre soleil, deviennent presque des personnages névrosés se tapant un sérieux mal de bide cataclysmique. Avez-vous fait le choix (narratif strictement) d’anthropologiser le cosmos (ce qui n’est en rien le diviniser – ne basculons pas sur cette tangente), pour mieux amplifier le fracas de la tempête décrite?

Allan Erwan Berger: Le cosmos est surhumain. D’ailleurs il est sur-tout : surcanin, surfélin, et aucune mouche ne lui arrive à la cheville. Pour parler d’un pareil objet, quand on n’est pas, comme votre compatriote Hubert Reeves, plongé dedans du soir au matin, il convient de prendre quelques décisions tactiques, afin de bien faire appréhender certaines petites choses. L’anthropologisation vient donc tout naturellement au bout des doigts. Du reste, quand elle est bien menée, elle égaye le lecteur… Voyez ceci : « La demeure était sensible aux humeurs de sa propriétaire. Elle secoua sa mélancolie ancestrale avec circonspection, sur la pointe des pieds, étira ses membres, fit craquer ses jointures ankylosées, puis ayant compris qu’Ora l’autorisait de temps en temps à un laisser-aller primesautier, une négligence salutaire, elle s’abandonna à un débraillé confortable au point que, sous un certain éclairage, elle avait l’air presque heureuse. » Ce passage est dans le dernier livre de David Grossman, Une femme fuyant l’annonce. La maison y fait son gros chat, et d’autres choses encore. C’est amusant, ne trouvez-vous pas ? Ceci permet, grâce au jeu toujours facile d’accès de l’identification par le biais de l’analogie, de mieux faire comprendre ce que l’on veut dire, ou d’offrir au lecteur la possibilité d’un regard qui, tout en étant décalé, et suscitant par là de l’émotion, se trouve étonnament fécond. Je rassure toutefois le public : mon cosmos n’a ni bras ni jambes, ni chevilles malgré la mouche ci-dessus convoquée, ni cœur aimant : les étoiles ne filent aucun parfait amour et ne clignent pas de l’œil. Cependant, il leur arrive d’éternuer.

Ysengrimus (Paul Laurendeau): Voilà et nous sommes au nombre des postillons qui décollent dans le mouvement. Excellent. Maintenant, dans le tome 2, sous-titré fort pertinemment Qui a une histoire à produire est le bienvenu, la crise s’amplifie en même temps que sa compréhension s’approfondit et, alors que ça vole de tous bords, votre poignée de sympathiques protagonistes terrestres (sans leur chat, ce qui inquiète intensément), qui sont un véritable petit exercice sociologique en eux-mêmes, se regroupe, dans le foutoir intégral, autour d’un certain Baron, et avancent, chacun à son tour, une histoire. Ils se narrent les uns aux autres un récit, un conte, gorgé de sagesse et d’exotisme, comme les protagonistes des Derniers Contes de Canterbury de Jean Ray le firent, dans une auberge, au coin du feu (mais ici, c’est hors-monde et dans une ambiance générale bien moins décontracte). À la pétarade astro-physico-socio-historique du monde objectif, se surajoute alors implacablement l’éclaboussement polychrome de la demi-douzaine de bombes picturales subjectives des contes et récits de nos acteurs. L’éclatement narratif est-il ici le compagnon thématique amplificateur de l’explosion cosmologique/fracture sociale qui nous submergent déjà? Sommes-nous invités à vivre l’intégralité infinitésimale du débordement des sens? Je m’explique: le cosmos explose, le monde social se fissure, et voici qu’au centre de la trilogie on se retrouve face à un jaillissement de références diverses, orientales, sapientiales, folkloriques, oniriques. Je me suis dit alors: il y a un exercice de brouillage (polychromatisme, multiplication des éclatements). C’est un peut comme si on nous disait: vous êtes tourmentés et éparpillés dans mon histoire, ici, les petits? Tenez-vous bien, je vous en rajoute cinq ou six autres, en déferlante. Je me suis alors senti au cœur d’une peinture de Jackson Pollock. Un submergement de mes sens par surabondance des messages, des aventures narratives. Comme disent les commentatrices de mode: OK, there is a lot happening here. Je l’ai vécu comme une expérience de dérèglement face au débordement des sens. Ce texte n’est pas juste une histoire, c’est aussi un grand tableau.

Allan Erwan Berger: Je vois deux raisons à cette explosion. L’une tient au mode de fonctionnement de mes humains; l’autre provient de la mythologie. Les deux accouplées, et conduites par mon tempérament, tirent le premier chariot d’un sacré carnaval. Vous trouvez une analogie dans le domaine pictural; pour les mélomanes, trouvons-en d’autres en compagnie de Stravinsky, Shostakovich, dans leurs moments volcaniques. Et aussi, pour les périodes sombres et souterrainement violentes, Scriabine. Et surtout un certain quatuor de Beethoven qui reste tout à fait unique dans sa production: le onzième de l’opus 95, glacé, menaçant, extrêmement moderne. Première raison: quand tous les enjeux se sont effondrés, les masques volent. Nul n’a plus aucun intérêt à feindre; on va à l’essentiel de soi. C’est le moment de s’interroger, et d’être ce que l’on est depuis peut-être la petite enfance. Car si tu ne déploies pas ton drapeau maintenant, mais mon pauvre camarade tu ne le feras plus jamais, et tu termineras ta partie dans le mensonge, ce qui est la pire des inélégances. Voyez Cambronne; quand tout est cuit, on ne va pas non plus s’incliner… Donc, face à la lente catastrophe qui déboule sur les petites consciences de mes visiteurs, ceux-ci réagissent par un fort naturel sursaut d’introspection et de franchise. « Quand le péril croît, croît ce qui sauve » (Hölderlin). C’est presque automatique chez les gens à l’écoute. Ainsi, pas de souci. Cependant, tout est à inventer. Les métaphores font donc leur apparition. Seconde raison: à ma bande de touristes partis in extremis au-delà de l’air, mais sans le chat (dites adieu au minou), quelqu’un leur demande qui ils sont. Ça tombe bien: en pleine opération de dépouillement des apparences, ils sont en train de se trouver. Et pourquoi leur demande-t-on qui ils sont? Parce qu’au seuil de l’Hadès, chacun doit verser son obole. Or, Cosmicomedia s’appuie très lourdement sur les plus fondamentaux des mythes de l’humanité. Et Charon, ou Saint-Pierre, ou l’Ankoù, tous avatars du psychopompe et du gardien (le deux parfois se confondent), font partie de ces personnages essentiels que l’on retrouve presque partout sur notre planète. En outre, donner à voir de soi pour ne pas rester sur le rivage des âmes sèches, c’est, ici, déclarer très exactement sa flamme. Ce qui sera fort nécessaire pour la suite. « Ainsi, parce que tu es tiède, et que tu n’es ni bouillant ni froid, je te vomirai de ma bouche » (L’Amen, à l’Ange de l’Église de Laodicée. Apocalypse 3:16). Personne n’a envie d’être vomi de la terrible bouche dont s’approche ce tome numéro 2, à côté de laquelle l’Amen n’est qu’un effet de style. Finalement, « l’éclatement narratif » introduit par ces inattendues prises de parole et conciliabules… offre aussi, d’une certaine manière, une pause bienvenue avant la suite, avant toutes ces scènes que l’on va contempler à travers les vitres du train, comme des badauds dans un cirque étrange où, de tente en tente, l’on assisterait à des mystères. Donc au préalable à tout ça on se lâche; on déverse tous les éléments constitutifs d’une métamorphose qui reste, à ce moment du récit, largement hypothétique et floue, et dont la finalité n’apparaîtra que très lentement. D’où la nette impression d’être au milieu d’un carnaval féerique. Et puis j’avais envie de me faire un petit plaisir avec des histoires emboîtées dans des histoires, à la manière du Manuscrit trouvé à Saragosse, et bien sûr des Mille-et-une nuits.

Ysengrimus (Paul Laurendeau): Sans oublier Jacques le fataliste et son maître. C’est alors qu’on entre dans le sublime. Le tome 3 s’intitule, Éduqués et bagués, Nous les avons relâchés. Dites nous un secret (sans nous le dire), Allan. Qui sont donc finalement les Reines écarlates? Sont-elles symboliques/métaphoriques, ou empiriques/oniriques, ou les deux? Et, si vraiment vous ne voulez pas en dire trop, je me rectifierai pour: qui sont-elles pour vous?

Allan Erwan Berger: Les Reines écarlates, c’est le nom que se donnent, d’entre nos quatre paires d’amis partis visiter deux tomes, ceux qui en reviennent pour nous raconter quoi faire après la fin du trois. Ces personnages sont si cruciaux que le titre de travail de tout Cosmicomedia fut longtemps, tout simplement, Les Reines écarlates. Le groupe s’est ainsi nommé en référence à un événement de son histoire qui fut à l’origine de sa constitution en tant qu’entité agissante: dans le camp d’internement où ils débarquent, le Baron fait son apparition et donne aux filles des robes de reines, blanches éclaboussées d’un motif de sang. Cette image, je l’ai retrouvée complètement estomaqué, jaloux à en grincer des dents, et définitivement convaincu de sa pertinence, dans le final d’un film de Guillermo del Toro, le magistral Labyrinthe de Pan, où la petite Ofelia porte avec dignité une semblable robe. Le nom du groupe, tiré en droite ligne de ce costume, en possède les vertus symboliques. Il apparaît à un instant de l’histoire où l’on côtoie de l’humanité violée, si belle et si déchue, si fragile, si puissante dans ses douceurs maternantes. Éventrée, désolée, debout. De cette image on pouvait faire un drapeau, comme on fit d’une croix un signe; j’en ai fait un nom destiné à retourner le monde. La fin du troisième tome annonce le début de ce retournement.

Ysengrimus (Paul Laurendeau): On le sent bien monter, cet effet de recommencement sur d’autres bases. Ceci me porte glissendi vers ma question suivante, Allan. Vous prenez sciemment position sur le développement historique actuel dans cet imposant et flamboyant opus. Pourriez-vous nous en dire un mot, tout factuellement?

Allan Erwan Berger: Il fut un temps où l’on inventait des dieux pour exprimer ce que l’on sentait, pour annoncer par exemple l’aurore, encore invisible aux masses, d’un phénomène qui déjà les dominait. Toute démarche prophétique reposant sur une intuition, il était alors dans les usages reçus d’en concrétiser la présence par cette création d’un dieu. Cependant, l’on préférera aujourd’hui créer des histoires. Voici une de mes phrases fétiches, tirée d’un texte d’Ernst Jünger: « L’œuvre d’art, écrit-il, possède un puissant pouvoir d’orientation »… Ce qui, en passant, nous explique qu’étant alors en parfaite concurrence avec la religion, l’Art soit toujours décrié par les clercs lorsqu’ils ne peuvent s’en rendre les maîtres. Aujourd’hui je sens poindre un nouvel astre, une nouvelle domination. La souveraineté va basculer, et investir des assemblées autrement plus importantes que tout ce que l’Histoire a pu jamais connaître. Et je ne suis pas le seul à détecter cette émergence: les puissants l’ont sentie évidemment, qui l’attaquent et veulent mutiler le World Wide Web, brider Internet avant même qu’il n’ait fini d’éclore. C’est normal. Et donc vous me demandez du factuel. D’accord. Que l’on songe aux répercussions de cette décision de Wikileaks, encore incomprise, de balancer bruts de décoffrage tous les câbles de la diplomatie US en leur possession – entre nous, une explication pourrait être: puisqu’après la Fuite, qui a commencé en août 2010, tous ceux qui surtout ne devaient pas savoir ont su, autant tout montrer aux autres afin que chacun sache, et que les gens mis en danger sachent, en particulier, qu’ils sont en danger. Et voilà ce que je trouve intéressant dans cet épisode – tel que je l’interprète: si, jusqu’à la fin du vingtième siècle, pour sauvegarder quelque chose il fallait la dérober à la vue, maintenant il faut au contraire la reproduire, et en disséminer des images partout. Appliquons à ce nouveau paradigme le problème de la souveraineté: il devient clair qu’elle va fuir, s’écouler des palais où elle était enfermée, pour investir de très vastes agoras. Voyez les cahots actuels, colériques, peut-être incohérents, inexplicables par les médias traditionnels, comme de puissantes contractions: bientôt, le monde va accoucher d’un nouveau modèle. Resterez-vous spectateurs, bovins d’abattoir bien fatalistes et désabusés, ou retrousserez-vous vos manches? Défendrez-vous votre liberté future? Prendrez-vous la parole pour inventer les assemblées de vos enfants, leurs règles, leurs ateliers, les pouvoirs de leurs modérateurs? Ou continuerez-vous à regarder cette putain de télévision, et à considérer qu’Internet, comme on vous le suggère, « est une poubelle de la démocratie »? Ceci a des répercussions jusque dans la culture. Albert Jacquard, avec d’autres collègues du monde entier réunis pour déterminer les possibilités d’émergence d’une éthique universelle, ont découvert, bien malheureux de cette trouvaille, qu’une telle éthique ne pouvait éclore sans un accord général sur le sens à accorder aux mots. Pas d’éthique sans culture; c’est presque une lapalissade. Inventez le moyen de concevoir une culture planétaire, n’importe laquelle, respectueuse ou irrespectueuse du passé c’est vous qui voyez, et vous aurez les fondements de votre éthique. Or, il n’y aura pas de politique moderne sans elle. Voyez, à ce sujet, la cartographie établie par André Comte-Sponville dans l’ouvrage intitulé Le capitalisme est-il moral? Mon roman expose ces enjeux, du mieux que j’ai pu.

.

.

.

Cosmicomedia en trois tomes

Tome 1 :   Montrez-Nous que vous n’êtes pas des buses, paru le 15 septembre 2011.

Tome 2 :   Qui a une histoire à produire est le bienvenu, paru le 13 octobre 2011.

Tome 3 :   Éduqués et bagués, Nous les avons relâchés, paru le 10 novembre 2011.

.

.

.

Publié dans Culture vernaculaire, Entretien, Environnement, Fiction, France, Lutte des classes, Monde, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 1 commentaire »

J’irai cracher sur vos ponts

Publié par Paul Laurendeau le 15 octobre 2011

Pont Honoré Mercier (Montréal)

.
.
.

Accablé de lassitude,
Perclus de vicissitudes
Arrogant, modeste, prude,
Concupiscent, pudibond,
Retors, ni mauvais, ni bon,
J’irai cracher sur vos ponts.

Ma courte compréhension
De l’hirsute conception
Des voies de circulation
Du Montréal… résumons:
C’est un franc foutoir, donc… bon…
J’irai cracher sur vos ponts.

Morver sur le Pont Mercier,
C’est finir de l’oxyder
Et amplement défouler
L’urbaine population
Par sa pulvérisation.
J’irai cracher sur vos ponts.

Pont Jacques Cartier, Pont Champlain,
Craignez le buccal venin
D’un courroucé citadin.
Le bec en forme de tromblon,
Je dicte un changement de ton:
Je vais cracher sur vos ponts.

Baver le Pont Victoria,
Ce vieux fief qui ne bouge pas,
Qui mal y pense, honni soit,
Cela m’est jubilation.
Cambronne, joue-moi du clairon,
J’irai cracher sur leurs ponts.

Échangeur Turcot caduc
Bretelles, raccords, viaducs,
Les plumes du panache d’un duc
Sont une configuration
Plus solide que vos crampons.
J’irai cracher sur vos ponts.

Et, si ces ouvrages s’effondrent,
On ira couler et fondre
Des rasoirs pour aller tondre
Du populo, la toison
D’or et de facturation.
J’irai cracher sur vos ponts.

Bof, notre mairie allègre,
Aux abris fiscaux intègres
Bien taraudés par la pègre,
Fera jouer mille connexions,
Obtiendra des injonctions
Contre le cracheur des ponts !

Ils me mettront sous tutelle
Pour ces glaviaux en pivelles.
Mais moi, du fond d’un tunnel,
Terroriste urbain fripon,
J’entonnerai la chanson:
J’IRAI CRACHER SUR VOS PONTS.

Dans ce corridor écho
Bien embourbé sous les eaux
Ma cantate pétera si haut
Que la longue construction
Tout en pétales de béton,
Oh scandale, Oh collusion…

Se déchirera comme l’aile
D’un papillon. Ce tunnel
Croulera, ministériel.
Et, ne pouvant faire trois bonds
Ni rentrer à la maison,
J’irai coucher sous les ponts.

.
.
.

Viaduc de la Concorde (Laval)

Échangeur Turcot (Montréal)

.
.
.

Paru simultanément sur Écouter, Lire, Penser.

.
.
.

Publié dans Civilisation du Nouveau Monde, Culture vernaculaire, Environnement, Fiction, Québec, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | 5 Commentaires »

Meredith et Jasmine sur les «droits des animaux»

Publié par Paul Laurendeau le 1 avril 2010

Pour aimer le genre humain, il faut en attendre peu…

Claude Adrien Helvétius (1715-1771)

.

.

.

Le petit citoyen réactionnaire ordinaire peut parfois bien vous venir sur les nerfs. Meredith (nom fictif), de Vancouver (Canada) me signale souvent acrimonieusement son dépit navré sur le genre humain (bourgeois) contemporain. Il culmine ici, dans le compte-rendu qu’elle fait d’une soirée entre copines passée à déployer sa formidable empathie de femme de gauche pour le bénéfice exclusif de sa douce et pulpeuse grande amie Jasmine (nom fictif aussi). Le «droit des animaux» semble avoir été le thème récurrent de la soirée, lors de cet échange à bâtons rompus [la traduction suit]:

So, my dear Ysengrim, last night Jasmine really made me put to the test this maxim of yours that to love humankind one cannot expect too much. You are just going to LOVE this: Jasmine now thinks that she is an incarnate angel. Yes. You see, this is why she feels apart from the rest of humanity, why she is so sensitive and emotional. Even her body shape apparently confirms this hypothesis because incarnate angels are plump and cherubic.  And you will be so delighted to learn that I too am an incarnate angel, based not so much on my size but rather on these other features I share with Jasmine.  That must explain my stellar sexuality…

I have told you before how zoophiliac she is but now she has taken that ultimate step and become vegetarian, and a preachy, self-righteous vegetarian at that. I ordered some beautiful chicken tikka last night and was made to feel like a cannibalistic Waffen SS because of it. Oh, and my leather, bag, boots and gloves were not exactly welcome. For what is a cow good if not to make my beautiful new boots?

And once again the conversation – a misnomer as monologue describes more precisely what took place – was entirely focused on her: her husband (to whom I believe she is enormously unfair), her vegetarianism, her problems at work, her incapacity to understand the cruelty of other people, her critiques of various SanLource women’s hair, clothes, weight, attitude.  Not only was it a one-sided conversation, I barely said a word the whole night and when it was over she expressed how much she loves spending time with me and how she will miss me and how she wished she could stay in Vancouver a little longer. On what precisely she based that escapes me as she could have had the same evening with a log.

Actually, I did make one contribution:  I discussed with her the sweet gentleman who sits outside of our building and how I want to give him food (and a winter coat too) and how lovely he is with his smile and his good morning greetings. She understood nothing of that. She who posits herself as a fucking angel understood nothing. Her face crinkled up in disgust when I brought up the subject, she expressed how she ignores the homeless (to whom she refers as “bums”) because they are all mentally ill. I agreed that, yes, most of them are indeed on the street because they are mentally ill and instead of caring for these people, instead of offering a legitimate alternative to them, we let them die on the streets. Didn’t listen to that.  Went on to describe with repugnance a woman she used to see when she lived in Vancouver who would yell and scream and curse. Well, fuck, I would fucking scream and curse too were I forced to live as she did. Damn, I scream and curse NOW! Jasmine told me to not give food to “these people” because they are like pigeons and will keep coming back for more… some angel, eh!  There was so much upper middle-class hatred and ignorance in her face when she said that that she repulsed me.

Oh, and you will just be so enthused by her babbling on China.  She is enraged because, in her opinion, CEOs of the west sold their “manufacturing know-how” to the east in a sort of backhanded transaction. As though Asians are incapable of developing their own “manufacturing know-how”…  She equates this transmission of manufacturing “secrets” to a cold war act of treason.  “Selling our knowledge to communist China!”  So now, of course, China has all of the jobs and they put lead in everything and all of their goods are toxic and made by virtue of slave labour. Oh! And they make “leather” coats out of dogs and cats… Always with the dogs and cats when people speak of China… That brings us back to our poor animals…

Jasmine had even saved an article for me to read about a woman in Stratford, Ontario who rescues chickens from the slaughter.  She, of course, is an incarnate angel too. Jasmine told me that she believes health dollars are wasted on “horrible human beings” and some of that money should be devoted to animals.  Oh yes, of course, the tax dollars that allowed my mother to live, that are funding advancements in the treatment of AIDS, cancer, diabetes, addictions, mental illness, would be so much better directed to treating a goat’s allergies…

My theory on these matters is, as I have shared with you previously, fuck the chickens (figuratively speaking, of course), save the people.  My aunt from Saskatchewan left for Nairobi yesterday.  She is part of a woman’s group that raises money to support development projects in Africa.  She gave me the Department of Foreign Affairs and International Trade travel advisory document for Kenya and I was appalled by the suffering of these people, by the extreme levels of violence they are faced with on a daily basis and have been faced with for many, many years, and appalled also that we are not reading about this in the news.  This is criminal.  It is criminal that we are focused on e-health scandals and celebrity couple quarrels and Michael Ignatieff’s lack of charisma and Bo the presidential puppy when there exists this degree of human suffering.  In that light, it is, to me, criminal to devote one’s energies to saving poultry while men, women and children in Kenya and indeed many other parts of the world suffer through a level of violence, volatility and sickness that we could not possibly imagine.

[Alors, mon cher Ysengrim, hier soir, Jasmine m’a vraiment donné l’opportunité de prendre la mesure de ta maxime voulant que pour aimer le genre humain il ne faut pas trop en attendre. Tu vas tout simplement ADORER ceci: Jasmine considère maintenant qu’elle est un ange incarné. Oui, oui… Tu vois, c’est pour cela qu’elle se sent si distincte du reste de l’humanité, c’est pour cela qu’elle est si sensible et émotive. Il semble que même ses formes corporelles tendent à confirmer cette hypothèse, vu que les anges sont grassouillets et chérubinesques. Tu seras aussi ravi d’apprendre que je suis, moi aussi, un ange incarné, pas à cause de mon gabarit physique mais en vertu d’autres traits que j’ai en commun avec Jasmine. Cela explique probablement le caractère éthéré de ma vie sexuelle…

Je t’avais déjà mentionné ses propensions zoophiliaques, mais désormais la phase ultime est atteinte car elle est devenue végétarienne et, qui plus est, une végétarienne prosélyte et rigoriste. J’avais commandé de superbes tikkas au poulet hier soir et on me fit me sentir comme une sorte de Waffen SS cannibale de l’avoir fait. Oh, et mes objets de cuir, mon sac à main, mes bottes, mes gants, n’étaient pas spécialement les bienvenus. Et pourtant, à quoi peut bien servir une vache sinon à confectionner ma jolie paire de bottes neuves?

Et, encore une fois, oh, la conversation – bien mal nommée car le terme de monologue décrirait bien mieux ce qui advint -  fut centrée exclusivement sur elle: son mari (envers lequel je considère qu’elle est immensément injuste), son végétarisme, ses problèmes au boulot, son incapacité à comprendre la cruauté des autres, sa critique des diverses coiffures des femmes de SanLource, et de leurs vêtements, et de leur ligne, et de leurs comportements. Non seulement la conversation fut unilatérale – je n’en ai quasiment pas placé une de la soirée – mais, en plus, à la fin elle s’épancha sur combien elle aime passer du temps en ma compagnie et combien je vais lui manquer et qu’elle aimerait tant rester un peu plus longtemps à Vancouver. Sur quoi ce développement se basait-il exactement? Cela m’échappe, vu qu’elle aurait parfaitement pu passer le même genre de soirée en compagnie d’une souche.

J’ai, en fait, un peu contribué à la discussion. Je lui ai parlé du gentil monsieur qui s’assoit à la sortie de notre immeuble et de combien j’ai envie de lui donner à manger (et aussi un manteau pour l’hiver) et de combien il est adorable avec son sourire et ses bons souhaits matinaux. Elle n’a rien pigé. Elle, qui s’autoproclame un putain d’ange, n’a rien pigé. Sa tronche s’est renfrognée de dégoût quand j’ai abordé le sujet et elle m’a expliqué qu’elle ignore les sans-abri (qu’elle appelle les «voyous») parce qu’ils sont tous malades mentalement. J’ai admis que, oui, la majorité d’entre eux sont à la rue parce qu’ils sont malades mentalement et que plutôt que de prendre soin de ces gens, plutôt que de leur proposer des choix de vie décente, on les laisse crever dans les rues. N’a pas porté attention à cela. S’est mise à en rajouter à propos d’une femme qu’elle croisait parfois quand elle vivait à Vancouver, qui criait, hurlait et jurait. Ben merde, je hurlerais et jurerais moi aussi, putain, si j’étais contrainte de vivre comme elle vivait. Je hurle et je jure DANS MES CONDITIONS PRÉSENTES, bordel de merde. Jasmine m’a recommandé de ne pas donner de bouffe à «ces gens» car ils sont comme les pigeons et vont venir en redemander… Tout un ange, hein. Il y avait tant de cette haine et de cette ignorance de classe sur son visage quand elle disait cela que ça m’a révulsé.

Oh, et son baratin à propos de la Chine va te combler d’enthousiasme. Elle est furax parce que, selon elle, les PDG occidentaux ont vendu leur «savoir-faire industriel» à l’Orient en une sorte de marché de dupes suspect. Comme si les asiatiques étaient incapables de développer leur propre «savoir-faire industriel»… Elle assimile la transmission de ces «secrets» industriels à un acte de trahison, genre guerre froide. «Vendre nos connaissances à la Chine communiste». Et maintenant, naturellement, la Chine a tous les emplois et ils foutent du plomb dans tout et toutes leurs marchandises sont toxiques et produites par du travail d’esclaves. Oh, et ils fabriquent des manteaux de «cuir» à partir des peaux de chiens et de chats. Toujours ces histoires de chiens et de chats, quand les gens parlent de la Chine… Cela nous ramène aux pauvres animaux.

Jasmine avait même mis de côté pour moi un article à propos d’une femme de Stratford (Ontario) qui sauve des poulets de l’abattage. Cette femme est, bien sûr, elle aussi, un ange incarné. Jasmine m’a de plus affirmé que l’argent pour la santé est dilapidé sur «ces horribles êtres humains»  et qu’une portion de ce financement devrait être alloué au bien-être animal. Oh oui, certainement, l’argent qui permet à ma mère de survivre, qui finance les progrès de la recherche sur le SIDA, le cancer, le diabète, les dépendances, les déficiences mentales serait bien mieux utilisé pour traiter les allergies de quelque biquette.

Ma théorie sur ces questions, comme je te l’ai déjà signalé, se formule comme suit: Les poulets, je les encules (au sens figuré, bien sûr), ce sont les gens qu’il faut sauver. Ma tante de Saskatchewan est partie pour Nairobi hier. Elle fait partie d’un groupe de femmes qui procède à des levées de fonds pour financer des projets de développement en Afrique. Elle m’a mis dans les mains le document décrivant les directives du Département des Affaires Étrangères et du Commerce international pour le Kenya. J’ai été sidérée par la profondeur de la souffrance de ces gens, par le degré de violence quotidienne qu’ils subissent depuis des années et par le fait qu’on n’en entend jamais parler aux infos. C’est tout simplement criminel. Il est criminel de disperser notre attention sur des scandales de cyber-santé et sur les chicanes de couple des vedettes et sur le manque de charisme de Michael Ignatieff et sur Bo, le toutou présidentiel, quand il existe un tel degré de souffrance humaine. Conséquemment, je juge criminel d’investir son énergie dans le sauvetage de volailles quand les hommes, les femmes et les enfants du Kenya et d’autres portions du monde vivent sous le faix de la violence, de l’instabilité et des maladies, d’une façon qui confine à l’inimaginable.]

Cet ange incarné ami des bêtes juge, en conscience, que l’argent pour la santé est dilapidé sur «ces horribles êtres humains»

Ouf… Pour aimer le genre humain, il faut en attendre peu (Helvétius a dit ça). Mais quand lui-même se met à préférer les bêtes aux gens, il faut en attendre le pire (moi, Ysengrimus, j’ai dit ça). Grand merci Meredith, pour votre sagesse et votre patience…

.

.

.

Publié dans Citation commentée, Culture vernaculaire, Environnement, Traduction, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , | 4 Commentaires »

La nouvelle cocaïne du capitalisme: l’écologisme

Publié par Paul Laurendeau le 15 décembre 2009

Réflexion, toute écolo quand même, sur Daniel Cohn-Bendit comme indicateur sociologique et historique…

Caricature de Fañch Ar Ruz représentant Daniel Cohn-Bendit, rouage flottant au centre-gauche

En 1920, Lénine écrit un ouvrage intitulé La maladie infantile du communisme: le gauchisme. Il y analyse l’antiparlementarisme de la gauche européenne de l’entre-deux-guerres en expliquant que les parti communistes pro-bolchevistes doivent fermement se positionner entre une ligne doctrinaire trop rigide et un «gauchisme» révolté, trublion et, finalement, trop mou, friable et inutile. Lénine fait comprendre à son lecteur attentif que c’est la rébellion «populaire» et «syndicaliste» qui, de fait, maintient la mouvement des forces sociales progressistes solidement enfermé à la gauche de l’hémicycle parlementaire bourgeois, ce qui perpétue la charpente mentale de ce dernier et paralyse toute possibilité de révolution effective. Être «à la gauche» d’un dispositif politique, c’est se maintenir en son cadre et cela ne le révolutionne pas. Ironisant sur ce titre de Lénine, Daniel Cohn-Bendit écrit, en 1968, un ouvrage intitulé Le gauchisme: remède à la maladie sénile du communisme. Le jeune tribun populaire de Mai 68 cultive alors une analyse inverse de celle de Lénine. Devenus les doctrinaires rigides et hippopotamesques que Lénine avait jadis dénoncés sur sa droite, les «séniles» eurocommunistes, plus précisément ceux du Parti Communiste Français, dirigés, à partir de 1972, par l’insupportable George Marchais (1920-1997), paralysent tous les mouvements trublions, révoltés et réformistes de la gauche libertaire et/ou anarchisante de 1968-1973. La réplique que servit alors Cohn-Bendit à l’eurocommunisme se résume en une phrase remède, un cri primal panacée, jamais écrit, mais souvent prononcé par lui lors des tonitruants débats de Mai: Ta gueule, crétin de stal! Daniel Cohn-Bendit, et la sensibilité libertaire qu’il représente encore, darde, sans complexe et avec la vivace fermeté du cabot assumé, tout communisme institutionnel (incluant naturellement le soviétique, celui des autres pays de l’est du temps, et de la Chine, et du Vietnam, et du PCF, et du PCI et etc…) en le condamnant et le stigmatisant d’une impitoyable monosyllabe: stal (pour stalinien). Incarnant et valorisant haut et fort ce gauchisme tant décrié par Lénine, Daniel Cohn-Bendit combat ouvertement et farouchement le communisme depuis sa toute prime jeunesse politique. (Et, si tu es contre nous, tu es contre la jeunesse, un vieux stal). On analyse classiquement (et un peu superficiellement) Dany le Rouge (en référence exclusive à la couleur… de ses cheveux), cette importante figure historique française, comme un vireur de veste opportuniste, suiviste et un peu incohérent (Dany le Rouge devenu Dany le rose pâle ou l’orange ou le Vert ou même le kaki, lors de son appui à la guerre en Bosnie, etc). Depuis son autre ouvrage symptomatique Nous l’avons tant aimée, la révolution (1992), il aurait changé son fusil d’épaule, retourné sa veste et, tel Jerry Rubin et tant d’autres de la génération des babyboomers, il renierait ses idéaux d’autrefois et se redéfinirait sur le tas et sur le tard. Cette analyse est inexacte en ce sens que ce n’est pas du tout à un changement d’opinion subjectif mais bien à un mouvement sociologique objectif qu’on assiste ici, en Dany et de par Dany. En toute systématicité, Daniel Cohn-Bendit a TOUJOURS combattu le communisme avec acharnement et a cru, dès l’époque de Mai, sans malice ni calcul alors, à la possibilité effective d’une mise en place d’un gauchisme non-communiste. La tourte s’est peut être faisandée dans l’assiette, mais elle ne s’est pas retournée… Cohn-Bendit a cheminé sur son rail en conformité avec ses axiomes de départ. Ce faisant, sa trajectoire politique s’est déployée, avec une implacable cohérence, comme la confirmation de l’analyse, faite jadis par Lénine, du sort socio-historique (et parlementaire) du gauchisme. Cohn-Bendit n’est, en fait, jamais sorti de l’hémicycle… Il y est resté cerné, s’y est hyperspécialisé, et y a circulé, rouage flottant vif et matois, comme un gros rat dans quelque vaste et labyrinthique cage. Mais, systématique toujours, dans son rejet des dispositif nationaleux frileux traditionnels, son hémicycle s’élève, lévite, flotte, se sanctifie. Ce n’est pas un parlement étroitement national mais le parlement européen, qu’il habite et hante comme le plus crédible des bi-patrides. Cohn-Bendit est donc, tout naturellement, toujours installé dans l’espace supérieur, avancé, progressiste, éclairé, qui est celui d’une saine cause à défendre, à vendre: l’Europe (Et, si tu es contre nous, tu es contre l’Europe, un euro-sceptique). Il est important, capital même, de ne surtout pas analyser Daniel Cohn-Bendit comme un renégat, un tourneur de veste, un vire capot, comme on dit au Québec. Ce serait lui imputer un éclectisme de vision qu’il n’a pas, occulter une sourde sincérité qu’il a, et minimiser son importance comme indicateur sociologique. Bille de Ouija historique, c’est en toute systématicité intellectuelle et sociale que Cohn-Bendit suit sa courbe évolutive, son arabesque déterminative, et roule tout doucement vers l’autre bord de l’hémicycle. Il vit, incarne et maximalise la logique d’évolution naturelle des gauchismes. À ce moment-ci de son parcours, Dany est désormais le centre-droite vendable. Sa trajectoire “libertaire” et anti-communiste se poursuit logiquement, comme mécaniquement. Les slogans, la faconde, la bonhomie de Mai continuent de se mettre en scène en lui, toujours sans risque révolutionnaire réel. Ses ardeurs de jadis l’animent toujours, pour la galerie mais aussi pour le coeur, et il continue de donner à ses toutes cryptiques questionculae de président de groupe euro-parlementaire, l’ampleur tonitruante des grandes causes. La différence d’avec l’époque de Mai, c’est que maintenant, il devient graduellement le BHL de l’euro-parlementarisme et, ce faisant, il se crispe plus souvent, s’énerve, panique, calcule, compose. Quand les régimes de l’est, déjà bien putréfiés en dedans, jetèrent bas leurs ultimes obligations socialistes et basculèrent bel et bien, eux, fleur au fusil, dans l’explicite des vireurs de vestes virulents, décryptocapitalisés, les chutes du mur, “révolution” de velours, «révolution» orange et autres fleurirent et Cohn-Bendit fit modestement sa part, devant le gros comédon «stal» de cette société dans la société que fut si longtemps le mouvement communiste français institutionnel… Maintenant, évidemment, le Dany actuel doit vivre avec cela et c’est moins facile et jubilatoire à porter qu’en un certain novembre 1989 (chute du mur de Berlin)…

Pendant ce temps, justement, se mettent graduellement en place les changements “générationnels” que Cohn-Bendit rend perceptibles et ce, à travers et par delà le brouillard des modes politiciennes et des scandales de salissages mesquins à l’américaine. Cohn-Bendit percole lumineusement, comme le durable phare sociologique qu’il est, fut et reste, depuis quarante ans. Le mouvement vert miroite et se reflète en lui. Les ententes écolo-capitalistes s’esquissent déjà solidement… Tant et tant qu’on pourrait en écrire un nouveau, de pamphlet lénino-cohn-benditien. Il s’intitulerait: La maladie dépressive de l’écologisme: le capitalisme. L’écologisme, c’est de plus en plus patent, n’est plus un monopole à gauche. Alors là, il s’en faut de beaucoup. Dany n’en est pas le champion pour rien… C’est désormais un mouvement adaptatif, à cause circonscrite. Il est solidement installé dans le tiraillement bien tempéré de la hautement compétitive dynamique de promotion cyclique, qui n’est rien d’autre que celle d’un type spécifique de publicité culpabilisatrice. L’écologisme, aujourd’hui mainstream jusqu’au trognon, fonde le fameux paradoxe des éoliennes qui veut que, désormais, le projet de société fondamental, crucial, cardinal consiste à aspirer à remplacer les fournaises au mazout surannées et salissantes de nos grosses cabanes de petits bourgeois par des fournaises alimentées par des éoliennes propres mais panoramiquement laides et susceptible de causer des malaises électrostatiques encore mal élucidés. La pulsion politique écolo est déjà bien fragilisée, fragmentée et poussive (s’il reste des “verts” anticapitalistes, pas de problème. Dany les déboulonnera en douce. Ta gueule, crétin d’anticapitaliste. Si tu es contre nous, tu es un démobilisateur, diviseur, ou mieux, encore plus simple, un minable…). Le mouvement écologiste est atteint d’une maladie dépressive qui le ronge et le dégauchise inexorablement: le capitalisme aux abois, en mal de pérennité et de recyclage (de soi). Qu’on soit fourgueur de la crasse des sables bitumineux ou de l’inquiétante houille blanche d’Éole, il va sans dire qu’on vend son jus en faisant son beurre et qu’on enrichit des groupes privés en baratinant les masses sur les vertus quasi-mystiques et bien auto-sanctifiantes d’une alternative énergétique ou d’une autre. L’axiome marchand ne bouge pas d’un pouce, sous la chambranlante charpente du derrick écolo. L’écologisme n’est pas un anticapitalisme. Ce n’est même pas un programme social effectif, malgré le lot clinquant de ses généralités autoproclamées et les divers grigris de ses affectations doctrinales sur le sociétal, l’immigration, l’impôt, etc… La dépression capitaliste pend donc inexorablement au cou du mouvement écologiste comme une meule fatale tirant ce dernier directement au fond du cloaque fétide. Puis, pour le coup, l’antifataliste et anticonformiste Dany ne se laissant pas bastonner comme ça sans réagir, et l’encrier des Danaïdes ne se vidant jamais vraiment, on pourrait y aller encore d’une quatrième brochure, promotionnelle et crypto-électorale celle là. Converse logique de la précédente, elle s’intitulerait: La nouvelle cocaïne du capitalisme: l’écologisme. C’est bel et bien que le capitalisme en faillite, qui ne cessera vraiment jamais de vouloir nous vendre ce que nous avons envie d’acheter et absolument rien d’autre, gagnera (peut-être…) momentanément une seconde vigueur artificielle, boostée, tétanisé, stimulée par l’écologisme. La nouvelle cocaïne du capitalisme: l’écologisme. C’est une brochure que la grande bourgeoisie industrielle lirait d’ailleurs avec attention. Elle la lit déjà fort scrupuleusement, en fait. Il faut bien dire qu’Obama et Cohn-Bendit ont en commun de savoir en quelles officines s’insinuer pour émerger et se nicher solidement au centre…

Entre Gavroche et Vaclav Havel, Daniel Cohn-Bendit, est un anti-communiste non-primaire, un pro-américain non-atlantiste, un crypto-libéral non-passéiste, que la droite s’amuse de plus en plus à taper sur les cuisse, comme on le ferait avec un solide copain un peu foufou du bon vieux temps, dans le bac à sable de toutes nos collusions. Il est, de facto, un compagnon de route fondamentalement néo-réac, doucement monté en graine et de moins en moins discret. Roublard, charmant, direct, novateur dans les formes communicatives sinon dans le fond programmatique, Dany et ceux qu’il fait toujours un peu rêver perpétuent, chantent et re-jouent la chute du mur de Berlin et les différentes “révolutions” oranges et de velours de notre temps. Sa tonitruante virulence anti-chinoise n’est rien d’autre que la version de son Ta gueule, crétin de stal! (Si tu es contre nous, c’est que tu lorgnes vers les immense Marchés chinois en négligeant l’Homme chinois) pour un siècle nouveau, en toute cohérence et systématicité, dans la tradition pure et directe du si superficiel, si auto-sanctifiant et si chaleureux gauchisme non-révolutionnaire de Mai.


.
.
.

Publié dans Environnement, France, Lutte des classes, Monde, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , | 13 Commentaires »

Promotion cyclique des produits, des choix, des options et des comportements «écologiques»

Publié par Paul Laurendeau le 1 septembre 2009

J’appelle promotion cyclique le phénomène propagandiste qui consiste à mettre de l’avant un produit ou un comportement donné en affectant de le fonder dans une vérité incontestable puis, quelques décennies ou quelques années plus tard, mettre de l’avant le produit ou le comportement contraire en affectant de le fonder dans une vérité tout aussi incontestable (mais désormais, elle aussi, contraire) et ce, avec exactement la même ardeur et le même sens exacerbé de la certitude. C’est en matière écolo-environnementale que l’on rencontre les fleurons les plus mirobolants du phénomène vu que la promotion cyclique, contrairement à la publicité ordinaire, est censée nous éclairer sur la définition fondamentale de ce qui est crucial à la vie. Et ça, bien, c’est écolo-environnemental… du moins par les temps qui courent.

Un premier exemple, l’eau. Il n’y a pas si longtemps, on ne jurait que par l’eau en bouteilles. L’eau du robinet était suspecte de ne plus bénéficier de l’assainissement qui avait été celui de nos vertes années. Elle goûtait bizarre, était d’une couleur étrange. Il ne fallait plus s’en servir que pour laver la vaisselle. Soudain, vlan, revirement aqueux généralisé. L’eau en bouteilles est possiblement empoisonnée par la surface plastique desdites bouteille qui, en plus s’accumulent dans l’environnement, et l’eau du robinet est le nectar scintillant de la nouvelle source vive. En glissant le long de la transition des biberons, plastifiés et subitement nocifs eux aussi, on pourrait en venir à parler du lait. Lait maternel, lait de vache, simili-lait pour bébé, la faveur fluctue et les passions s’enflamment. À l’autre extrémité de bébé apparaissent ensuite les couches. Jetables ou lavables, une tension s’instaure. Les jetables polluent par accumulation mécanique alors que les lavables polluent par déversement chimique. La liste pourrait vite s’allonger, sur le chemin torve de l’accession aux ultimes vérités fortes et saines de l’écologie de notre temps. On pleure aujourd’hui d’avoir bazardé le tramway de Montréal et de l’avoir remplacé par des autobus, car le carburant fossile vient de percuter le fond de la promotion cyclique. Vive Toronto et son tram à l’ancienne. Mais demain le vieux réseau de filage électrique aérien s’avérera-t-il nuisible pour la santé torontoise tandis que les autobus montréalais vireront au vert limpide en ne fonctionnant plus au pétrole? Allez savoir. Le toutim à l’avenant…

Autorisez-moi ici un petit détour comparatif des plus singulier. Un espace privilégié pour la promotion cyclique –ce n’est pas une primeur- est indubitablement l’espace sociopolitique. L’ouvrage Lettre ouverte à ceux qui sont passés du col Mao au Rotary. (1986) de Guy Hocquenghem exemplifie magistralement la promotion cyclique dans l’espace sociopolitique des «générations». Cultivons brièvement un exemple bien plus mesquin, malodorant et minable: les Conservateurs canadiens. Il n’y a pas si longtemps ils ne valaient pas une guigne aux yeux de quiconque. Aujourd’hui, nos Conservateurs boivent du petit lait tranquillement, avec un centre-gauche bien divisé, comme découpé. Leurs hantises de l’ère progressiste – allianciste – conservatrice – réformiste –réacs–épars–et-dispersés est bel et bien révolue. Souvenons-nous, mais souvenons-nous une petite minute, quand nos vieux bleus cherchaient le nouveau nom de leur serpent de mer de parti uni mais mal collé… Conservative Reformist Alliance Party(CRAP) avait même été susurré moqueusement par ceux qui les croyaient sans espoir à l’époque. C’est bien fini, tout ça. C’est pour les autres maintenant, cette «toute nouvelle» déroute. Parlant de nom, leur mérite aura été d’éliminer de notre tradition politique l’oxymoron grotesque Progressiste-Conservateur, qui faisait à la fois stagnation pendulaire et promotion cyclique emballée, faisait rire maint européens et… révélait un centrisme tortillon bien canadien… Enfin, bref, les Conservateurs (les vrais, les purs, les réacs bleu ciel) font désormais bel et bien partie du paysage politique canadien «de nouveau», c’est ça le plus triste… Ils n’ont plus, en ce jour, qu’à étaler doucement leur recentrage de Tartuffes et se préparer d’autres petites marées bleues bien tranquilles… Ce sont leurs adversaires que l’on donne désormais comme indubitablement foutus… pour le moment, toujours. Effarant… mais, soudain (et c’est ce que je vous annonçait plus haut comme hautement singulier), c’est absolument banal aussi, quelconque, plus du tout surprenant (dans le giron restreint de la politique politicienne). Ils étaient des minus sans intérêts ils sont maintenant le moyen terme acceptable. Cela me rappelle Ronald Reagan dans les années 1970, un bouffon grotesque, un ancien cabotin de cinéma, un pantin creux et godiche, dont personne ne voulait… lui qui allait devenir le «grand président historique» de la décennie suivante. Ce qui est si singulier, c’est que ces exemples criants de promotion cyclique ne surprennent plus du tout, dans l’espace précis de la politique politicienne. La politique politicienne est usée. La promotion cyclique y roule à vide et plus personne ne la remarque, dans le susdit champ politicien.

Promotion cyclique. Cherchez le vrai, dans tout ça. Bon, la mode est possiblement un type spécifique de promotion cyclique, mais il ne faut pas pour autant ramener les questions de promotion cyclique (surtout dans des cas aussi vitaux que celles procédant de l’écologique) à de simples questions de mode. Ce serait alors les atténuer et, en quelque sorte, les innocenter. La mode a au moins la décence intellectuelle, toute involontaire d’ailleurs, de ne pas renier systématiquement la tendance antérieure. La mode est une dérive orchestrée du goût, qui se boucle parfois. La promotion cyclique est un reniement des vérités, qui se contredit toujours. Cela se distingue dans le justificatif que se donne la promotion cyclique et que ne se donne pas la mode. Quand le discours de la mode vous annonce que l’automne sera dans les teintes de rouge et qu’on verra revenir le tricot en force, que l’été se vivra en souliers plats ou que le mauve lilas et le gris cendré sont à l’honneur, aucun justificatif n’est formulé. On ne vous dégoise pas sans fin que les talons aiguilles heurtent la colonne vertébrale, que la laine respire mieux que le feutre ou que le noir attire indûment les rayons du soleil… La mode ne s’ontologise pas dans une doctrine du Vrai Souverain. C’est la mode, on n’a qu’à assumer, et advienne que pourra… qui m’aime me suive, quoi… En bref, sur les questions de mode on affecte d’assouvir vos désirs mais on n’affecte pas de mobiliser un savoir.

Dans le cas de la promotion cyclique, qu’il faut donc, en fait, crucialement distinguer de la mode, du changement frivole pour le changement frivole, une tension, un souque à la corde des justificatifs se met en place. On nous annonce subitement, il n’y a pas si longtemps, que les rayons UV, surtout chopés en salon de bronzage par des jeunôts, sont «désormais» cotés causes directes de cancer, au même titre que le tabac. Les salons de bronzage aboient, et vont rejoindre les compagnies de couches jetables, de simili-lait et de bouteilles et biberons en plastiques sous la lune variable à laquelle on hurle sa bonne foi. C’est que, derrière la promotion cyclique se profilent toujours des groupes de pressions, habituellement industriels, craignant, qui de perdre des parts de marché, qui de faire face à des poursuites, qui les deux à la fois. Ouf… Quelqu’un ment quelque part. Ce qui est (pourtant!) hurlant d’évidence dans les alternances du spectacle de notre chère petite politique politicienne devrait l’être autant sur tout ce qui fait l’objet d’une promotion «étayée» en cycles. C’est bien loin d’être le cas. On continue de tendre à croire que l’ultime vérité (sur la ligne du temps) est (enfin) la bonne (alors qu’on ne croit plus spécialement au parti politique du moment… pour le moment).

Car, fondamentalement, c’est la véracité de la promotion cyclique qui soulève les relents les plus purulents. Ne cherchez surtout pas, c’est toujours la dernière version retenue qui est la «vraie». Si nous l’endossons sans question, c’est que la promotion cyclique vient de nous épingler comme un papillon. Et nous mordons. Et nous chantons. Haro sur tout ce qui se disait avant. La version actuelle est la seule qui vaille. On la sabordera dans quelques années mais qu’à cela ne tienne, c’est la «vraie». Jouant en plus à fond sur la propension du public à se culpabiliser en panavision, la promotion cyclique finit par planter dans la conscience des masses ce que l’on pourrait nommer l’angoisse des éoliennes. On promeut, dans l’abstrait, les éoliennes. Elles sont une solide alternative aux carburants plus polluants. Mais, dans le concret, on rejette les éoliennes. Elles donnent des maux de tête électrostatiques à ceux qui vivent dans leur voisinage, grincent avec fracas et gâchent la cruciale dimension visuelle du paysage naturel où on les implante. Éoliennes, Oui? Non? La promotion cyclique se met une fois de plus à tournoyer dans tous le sens et c’est l’angoissant tournis manichéen qui nous écoeure, à nouveau, à nouveau, à nouveau.

Écoeuré, ça, je le suis. Je suis suprêmement écoeuré de tous ces pseudo-spécialistes qui recyclent leurs mensonges à géométrie variable, fonction de la puissance du groupe de pression du moment. Je n’ai jamais été trop chaud pour l’hyper-relativisation des vérités (qui est celle, par exemple, dans laquelle est désormais bien enlisée la politique politicienne… les bleus, les rouges, les verts, les orangés… faites tourner). Quand, pour l’eau, le lait, le vent, les rayons UV, le transport urbain et les pépettes de nos bébés on se met à faire le girouette, justement comme pour la politique politicienne, j’ai le net sentiment qu’on se paie ma poire, soit pour me faire les poches, soit pour me donner le tournis sociopolitique sur les questions écolo-environnementales, soit les deux. La promotion cyclique, c’est, de fait, le grand confusionnisme crypto-réactionnaire de notre temps, sur les questions environnementales. On noie le poisson écolo et on détourne le cours de la rivière scintillante de l’opinion pour faire de l’argent. On manipule de nouveau, à la fois nos émotions profondes et notre sens du devoir. On sème la confusion et on nous fait nous garrocher dans tous les sens. Cela tataouine et gaspille en grande, et le seul cycle de croissance que cela enclenche en fin de compte, c’est celui de ma vive et cuisante contrariété.

Retourner vers ceci pour le bien du monde et pour son bien à lui? Non? Oui?

Retourner vers ceci pour le bien du monde et pour son bien à lui? Non? Oui?

.
.
.

Publié dans Culture vernaculaire, Environnement, Monde, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | 14 Commentaires »

Amir Khadir, l’espoir de mon enfant…

Publié par Paul Laurendeau le 14 décembre 2008

Amir Khadir

Soirée des élections québécoises. Je suis devant le téléviseur en compagnie de mon fils de quinze ans, le bien nommé Reinardus-le-goupil. À cet âge, dans une conjoncture brutale comme la nôtre, la conscience sociale émerge déjà solidement mais… une soirée électorale se regarde quand même encore avant tout comme une joute de quilles ou de billard ou… une sorte de jeu vidéo, avec des comptes chiffrés, des gains, des pertes, une victoire à graduellement obtenir. La description de ces blêmes belligérants quasi-interchangeables ne fait pas sauter mon fils d’enthousiasme.

ADQ, parti démagogue, rétrograde, bien à droite, girouette, incohérent, flagorneur, arriviste, xénophobe, sorte d’équivalent québécois populiste et mollement francophiliaque des Conservateurs. PLQ, parti de droite-droite-droite, ronron, journalier, gestionnaire des affaires de conciergerie courantes, suppôt du libéralisme (comme son nom l’indique), bien engoncé dans la magouille politicienne et les combines des traditions électorales québécoises les plus fétides, intendant bonhomme et pro-capi du pouvoir (il gagnera une courte majorité parlementaire, dans cette élection). PQ, parti nationaleux (au nationalisme de plus en plus dépité, larmoyant et opportunistement épisodique), centre-droite, à la fois planificateur et affairiste, promoteur convulsionnaire de Québec Inc, insidieusement et semi-inconsciemment crypto-xéno, et dont la consolation minimale serait de faire élire la première femme Première Ministre du Québec (il formera l’opposition officielle, dans cette élection). Ajoutons toujours les Verts, parti blême, olivâtre, sans base ni assise, à cause circonscrite, négligeant tout programme global et qui, comme partout où les Verts verdissent, finissent en serviteurs bien intentionnés des suppôts les plus socialement et écologiquement toxiques du spectre politique.

Notant au passage que le Québec assure, ouvertement et sans façon, l’intendance de sa soirée électorale comme un véritable pays à part entière, mon fils trouve le tout de la chose passablement plus chiant et moins marrant que l’élection d’Obama, quelques semaines plus tôt, où on avait tous bu du petit lait en famille, comme des millions de gens à travers le monde. Torontois, nous ne votons pas dans cette élection provinciale (nous habitons une autre province canadienne que le Québec) et nous risquons de devoir combattre, les paupières lourdes, un ennui ferme mais… mais… c’est alors que le peu de sel de la soirée s’est manifesté:

Logo_Québec_solidaire

Mon fils: C’est quoi le parti du rond orange avec un bonhomme penché les bras ouverts dans le bas?
Moi: C’est Québec Solidaire. Un conglomérat de différents partis et mouvements de gauche et populaires initialement réunis sous deux parapluies, l’Union des Forces Progressistes et le mouvement Option Citoyenne, et qui se sont ensuite fusionnés en un parti politique unique. C’est, en ce moment, un parti qui se donne comme écologiste, féministe, altermondialiste et, quoique plus mollement, anti-capitaliste. Tu peux considérer que ce sont plus ou moins des socialistes. Ce parti a une particularité inédite, d’ailleurs. Il a deux chefs, un homme et une femme.
Mon fils: Cool. C’est la gauche donc.
Moi: En quelque sorte.
Mon fils: Tu n’as pas l’air complètement certain…
Moi: C’est qu’au moment de l’union des deux principaux mouvements le constituant, un des mouvements faisait la promotion de la souveraineté nationale du Québec, l’autre ne se prononçait pas sur la question. En s’unissant et en fusionnant leurs programmes, ils ont dû trancher cette question et ont décidé qu’ils étaient un parti souverainiste, comme le PQ, donc. Je trouverais personnellement plus cohérent, dans une perspective se voulant socialiste et altermondialiste, donc quand même fondamentalement internationaliste, de fermement renvoyer les fédérastes et les nationaleux dos à dos et d’éviter de s’enliser dans leurs débats stériles. Ce nouveau parti ne le fait pas complètement et j’y vois une faiblesse, une déviation bourgeoise, comme on disait dans le temps.
Mon fils: Nationalisme + Socialisme, risquant de virer à national-socialisme, c’est ça?…
Moi: Tu formules l’affaire en termes trop crus et caricaturaux, mais c’est en partie l’idée, oui. Le nationalisme, fondamentalement, n’est pas une valeur de gauche. Cette faiblesse de leur programme, à visée électoraliste, en fait (ils veulent ratisser la frange gauche du PQ) va leur nuire, éventuellement.
Mon fils: Bon, bon. Mais, pour le moment, c’est ce qu’on a de plus à gauche, ici.
Moi: Indubitablement, oui.
Mon fils: Très bien. Et tu as vu? Ils ont deux candidats en avance.
Moi: Oui, c’est probablement Madame David et Monsieur Khadir, les chefs des deux formations initiales.
Mon fils: Et ils se présentent où, ces deux socialistes?
Moi: Oh certainement dans deux de ces circonscriptions progressistes et gauchisantes du centre-ville de Montréal. Tu sais, si Québec Solidaire envoyait des députés à l’Assemblée Nationale, ce serait un petit événement historique.
Mon fils: Pourquoi? Ils ne seraient que deux…
Moi: Quand même… ils se lèveraient à la période de question et gueuleraient au gros Patapouf que ses politiques néolibérales de gestionnaire ruiné ne valent plus rien. Ils le brasseraient pas pour rire.
Mon fils: Cool…

C’est scellé. Reinardus-le-goupil vient de choisir son espoir de la soirée: Québec Solidaire. Il va compter pour eux ou prendre pour eux, comme on dit dans le jargon des joutes sportives. Il faut qu’ils fassent rentrer des députés, même si c’est en petit nombre. On connaît la suite de l’histoire. Madame David est malheureusement défaite par je ne sais qui et Monsieur Khadir l’emporte dans son comté de Mercier. Au moment de son petit discours, impromptu, vibrant et poignant, il cite des paroles de chanson à contenu social du chanteur Claude Dubois. Quelque chose comme ceci:

Mais autour d’eux il y aura plus petit et plus grand
Des hommes [Amir Khadir dit ici: et j’ajouterais, des femmes] semblables en dedans
Comme un million de gens
Qui pourraient se rassembler
Pour être beaucoup moins exploités
Et beaucoup plus communiquer…

Suave. Unique. Touchant. Enfin des références au corpus des artistes socialisants du Québec, qui est vaste, inspiré, et trop enterré sous la fadaise creuse depuis des années. Sorte d’Obama microscopique, Monsieur Khadir régurgite alors, en rythme, son credo social, sous les viva! de ses partisans en larmes. Quand ceux-ci l’applaudissent, il les applaudit aussi, en retour. Il dit aussi que la souveraineté, c’est quelque chose de global et d’intérieur, ou quelque chose dans le genre, je cite de mémoire (enfin cela se ramène à: noyons un peu le petit poisson des chenaux nationaliste, il en sortira toujours quelque chose à gauche). En contemplant cet homme nouveau, doux, raffiné, humain, charmant, planétaire, cette Chandelle de Mercier, je me suis inévitablement souvenu de quand j’avais les quinze ans de mon fils, mon enfant, mon amour, mon avenir. C’était en 1973. Une poignée flamboyante de péquistes en bois franc pétaradaient alors dans le poêle, à l’Assemblée Nationale, contre le libéral putride Bourassa. C’était trois ans avant que le PQ de René Lévesque ne prenne le pouvoir… et seulement quelques années avant qu’il ne se fasse botter hors de l’Internationale Socialiste pour dérive droitière…

Essayez de ne pas vous faire récupérer trop vite par la petite politique politicienne de merde, Monsieur Amir Khadir, député provincial solidariste du comté de Mercier (et ex-candidat, au fédéral, pour le Bloc Québécois, parti centriste nationaliste – pas un bon point pour vous, ça…). Si je vous en parle comme ça, entre nous, c’est que, à vous tout seul, bon an mal an… vous êtes l’espoir de mon enfant…

.
.
.

Paru aussi dans CentPapiers

.
.
.

Publié dans Civilisation du Nouveau Monde, Environnement, Lutte des classes, Québec, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 44 Commentaires »

L’héritage social (sinon socialiste) que nous lègue l’acteur Paul Newman

Publié par Paul Laurendeau le 30 septembre 2008

Regardons l’affaire prosaïquement. Paul Newman (1925-2008…) n’est pas un philanthrope autopromotionnel à la Bill Gates. Gates, on en a déjà parlé, se sert de la part congrue d’avoirs financiers pharaoniques extorqués dans un secteur industriel hautement porteur pour perpétuer son image de marque et faire mousser son égo enflé. Gates prétend éradiquer la rougeole en Afrique tandis que l’entreprise qu’il a implantée dans la culture mondiale est une «maladie» passablement plus grave. C’est un parasite dictatorial qui étrangle tout un secteur industriel et en entrave le progrès. Gates est un Tartuffe milliardaire qui se dédouane cyniquement et restons-en là à son sujet.

Newman, pour sa part, a associé son nom à une entreprise ordinaire qui vent des vinaigrettes, du maïs soufflé, des jus de fruits et autres produits alimentaires sans originalité dans le genre. Malgré le tournant organique qu’elle adopte parce que c’est dans l’air du temps, il ne s’agit pas d’une entreprise spécialement spectaculaire et aucune conjoncture historique particulière ne la favorise. Newman’s Own (c’est le nom peu connu de cette entreprise) opère dans les conditions ordinaires de concurrence d’un secteur traditionnel. Elle gère un bilan, paie ses employés, tient le cap. Elle n’a pas spécialement détruit la concurrence dans le secteur alimentaire (il s’en fait de beaucoup!) ni fui le fisc. Elle dit ses lignes et fait son boulot, comme n’importe quelle autre affaire industrielle et commerciale ordinaire.

Et pourtant, en plus des obligations de chiffre d’affaire qui s’imposent pour qu’elle perpétue son roulement sans heurt, l’entreprise dont Paul Newman est le héraut et l’estafette dégage dix millions de dollars par année depuis vingt-cinq ans, qui vont directement à des œuvres. Un quart de milliards en un quart de siècle libéré des accapareurs, actionnaires, PDGs et autres parasites et reversé directement au bénéfice de la société civile.

La démonstration Newman c’est donc cela. Une entreprise ordinaire peut fonctionner de façon durable et assumer pleinement ses responsabilités sociales en re-versant des dividendes substantiels au bénéfice de la vie collective et ce, sans la moindre anicroche. Contrairement à ce que laisse pesamment entendre l’intox médiatique, ce n’est pas de la philanthropie au sens réactionnaire du terme, ça. Il faut voir ce qui se passe effectivement et cesser une bonne fois de tout récupérer au service de la sujétion primaire et sans nuance. Ici, les dividendes allant aux œuvres émanent de la production même. La fortune «personnelle» de Newman n’est pas engagée dans l’affaire. Tout ce que Newman fait dans la dynamique, quiconque ayant fait ses courses dans un supermarché nord-américain vous le dira sans hésiter et avec un petit sourire ami. Il rend simplement (et fort efficacement) les produits reconnaissables en ayant sa binette dessinée chafouinement sur les bouteilles de vinaigrette (et autres emballages…). Chaque produit nous montre Newman dans un déguisement différent. Il tient sa place et continue de jouer son rôle de saltimbanque. Il tient sa place, comme tout le reste de cette délicate structure entrepreneuriale. Mais c’est un saltimbanque éclairé.

newman.own

Les gens qui ont réalisé ce petit exploit pratique et théorique dans les conditions contraires et hostiles que l’on connaît et/ou que l’on devine ont fait bien plus qu’inventer ce nouveau brimborion commercial pour gogo bien intentionné mais à la conscience trouble qu’est le soi-disant «capitalisme éthique». Ils ont œuvré, en toute simplicité, à une démonstration bien plus profonde. L’union «sacrée» entre commerce, industrie, et appropriation privée n’est pas une fatalité universelle et encore moins une contrainte inévitable du fonctionnement efficace qui reposerait sur quelque appât «atavique» pour le gain égoïste que dicterait incontournablement la «nature humaine». L’entreprise aux profits maintenus privés, c’est une particularité conjoncturelle, transitoire, explicable historiquement, ayant eu un début, un développement et une fin. La fin de la propriété privé des moyens de production (qui fait que des «philanthropes» ineptes dans le genre de Gates se retrouvent avec cinquante milliards de menue monnaie dans leur poche et décident parcimonieusement de ce que seront leurs responsabilités sociales comme on assure l’intendance d’une campagne de promotion de soi) ne sera en rien la fin du commerce, de l’industrie, voire de la finance. Les profits du commerce et de l’industrie peuvent aller glissendi au service direct de la société civile sans que le fonctionnement de ces secteurs ne s’en trouvent le moindrement compromis. CQFD…

Quoi qu’il advienne de cette entreprise et de cet exercice dans le futur trouble qui est devant nous, il reste que, lors du passage au socialisme, on se souviendra indubitablement de la leçon simple et imparable de Newman’s Own

.

.

.

Publié dans Civilisation du Nouveau Monde, Environnement, Lutte des classes, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , | 24 Commentaires »

Mâle Alpha. Foutaise Omega. Contre le social-darwinisme de ce temps

Publié par Paul Laurendeau le 3 juillet 2008

Le cirque débute avec une sorte de zoologiste farfelu du nom de Desmond Morris. Ses ouvrages, populaires et vendus massivement dans les supermarchés des années 1970 (le Singe nu, le Zoo humain), nous racontaient avec un simplisme désarmant –par exemple- que les seins et les lèvres de la femme humaine sont une transposition des fesses et de la vulve de la guenon, transposition apparue lors du passage de notre ancêtre à la station verticale pour perpétuer les attraits primaires de la séduction simienne originelle. Dans cette continuité, un certain journalisme de folliculaires nous raconte que si les femmes trouvent plus facilement que les hommes les fruits et les légumes dans un supermarché, ce n’est pas le résultat d’un conditionnement social, non, non, non, c’est parce que chez notre ancêtre arboricole, la femelle, vouée à détecter les fruits pour ses petits, captait et sélectionnait plus facilement les couleurs vives que le mâle. Explication similaire pour la préférence des petites filles pour le rose et les jouets passif, la préférence des petits garçons pour le noir et les jouets agressifs (si tant est que cela se vérifie!). Cela est censé relever de la division des rôles de cueillette et de combat dans la horde lointaine et atavique des contemporains de Lucy… La chose se sophistique parfois en doctrine sociale de toc. On nous annonce alors que les hommes riches sélectionnent de jolies femmes sur les bases du principe darwinien de la survivance du plus apte et que le tout est un cas de figure inexorable de la sélection naturelle la plus ancienne et la plus fatale qui soit. Pour tout dire, il est de vogue en ce moment de tout expliquer de nos comportements sociaux sur la bases d’analyses semi-élucubrantes renvoyant à certaines caractéristiques biologiques (habituellement sélectionnées de façon superficielle et éclectique) censées provenir de notre fond primate archaïque. Dans la même dynamique, au lieu de parler, comme autrefois, d’un homme séduisant, on parle désormais d’un Mâle Alpha, en référence, un peu snobinarde, à la hiérarchie que certains primatologues font des communautés de gorilles.

Le social-darwinisme (ou “darwinisme social”) est une théorie sociale réactionnaire (Spencer, Malthus, etc) qui se donne comme procédure de s’approprier intempestivement les catégories descriptives de la biologie darwinienne et de les appliquer mécaniquement à la description de la vie sociale humaine. Le social-darwinisme saute donc par-dessus l’Histoire (et par-dessus un certain Karl Marx) pour plonger directement ses explications totalisantes et totalitaires dans la toute inévitable biologie. Le fait que l’être humain se soit historicisé et, ce faisant, qu’il ait altéré sinon inversé nombre de ses déterminismes biologiques ne compte pas pour le social-darwinisme. Le social-darwinisme ne reconnaît pas les classes sociales, la lutte des classes, les révolutions, les modes de production et le développement historique. Tout pour lui procède des castes biologiques de la zoologie la plus simplette et est donc fondamentalement immuable. Les hommes riches sont voués à s’acheter des jolies femmes (qui restent pour toujours à vendre) de toute éternité. Ces dernières, pour employer la formulation explicite de certaines pages féminines à la mode, sont “biologiquement compétitives”, puisque les détails les plus compulsifs, les plus perfides et les plus mesquins de la société bourgeoise contemporaine sont tous, sans exception, censés procéder de la lointaine fatalité du gorille et de la guenon… Le social-darwinisme est une déviation naturaliste qui légitime et perpétue l’ordre social en cours par un pur baratin de pseudo-science. Il est assez difficile de s’y objecter au premier degré d’ailleurs car, ce faisant, on semble rejeter le darwinisme (donc la science!), ce qui classe d’emblée, aux yeux des myopes, les objecteurs du social-darwinisme au nombre des créationnistes obtus et autres théogoneux ineptes qui ne veulent pas entendre parler de l’homme qui descend du singe…

Alors attention. La théorie de Darwin s’applique sans problème au fait que de mille glands tombés de cinquante chênes, il ne poussera que dix-huit arbres, les dix-huit plus forts, et le reste passera en humus. Gaspillage spermatosoïdesque dans la nature, survivance du plus résistant par pure inertie biologique. Si des petits écureuils se mettent à enterrer certains glands un peu partout, altérant la croissance initiale des chênes et l’augmentant, c’est encore un effet naturel qui verra les meilleures forêts de chênes se peupler d’écureuils qui, encore une fois, gaspillent en se donnant vingt caches de glands et en n’en retrouvant que cinq, le reste devenant des arbres. Mais si d’un coup sec, toute la forêt est rasée avec de la machinerie lourde, appartenant à une multinationale à visées lucratives, pour bâtir des habitations au Canada ou des navires en Norvège, là, l’évolution naturelle vient de se faire radicalemnt bousculer par le développement historique. C’est que l’animal dénaturé (l’humain, selon le mot de Vercors) vient d’intervenir et les explications darwiniennes ne tiennent plus. C’est ici que Darwin débarque et que Marx embarque…

Je ne suis pas un primate tout court… Je suis un primate radicalement altéré par le développement historique. Il m’est donc possible de changer radicalement ma nature grâce à mes acquis historiques. Je peux voler en avion, je peux nager sous la mer en scaphandre, je peux cesser de traiter ma femelle en inférieure, elle peut ne pas se laisser engrosser par moi si elle me trouve trop sot, et je peux changer le tout de ma vie et elle aussi. Il n’y a donc rien de «fatal», rien de «naturel» rien de «biologique», rien de «génétique» dans mes pratiques sociales, et le social-darwinisme, la théorie implicite des hommes riches qui achètent des jolies femmes compétitives et souhaitent ardemment qu’il en soit toujours ainsi en misant compulsivement sur le patriarcat musculeux des gorilles, est une pure et simple fausseté.

Comme l’esclavage, la monarchie, l’apartheid et le polythéisme, bien des comportements que nos petits fatalistes auto-promotionnels contemporains croient éternels seront rejetés par le développement historique, et ce, dans pas si longtemps que cela d’ailleurs. Le social-darwinisme et ses divers implicites machos et élitistes sont certainement de ceux-là. Je n’aurai donc qu’un mot: Mâle Alpha. Foutaise Omega.

La notion de "Mâle Alpha", c'est strictement pour lui. La notion de "Foutaise Omega", NOUS en detenons le monopole...

La notion de "Mâle Alpha", c'est strictement pour lui. La notion de "Foutaise Omega", NOUS en détenons le monopole...

Publié dans Environnement, Lutte des classes, Sexage, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , | 50 Commentaires »

De l’univers cosmique global à l’univers humain concret

Publié par Paul Laurendeau le 9 mai 2008

En matière de non-création de l’univers, je suis MATERIALISTE. Une riche et complexe masse matérielle en mouvement permanent engendre la vie organique inférieure, puis la vie organique supérieure, puis la vie pensante. L’univers matériel est donc incréé. Il ne commence nulle part et ne finit nulle part, juste comme la ligne du temps vers le passé et le futur. L’infinité de l’univers exige qu’il soit incréé. La création est un mythe de l’irrationalité religieuse anthropomorphisante. Il faut faire l’effort de rationalité de se libérer de cette chimère myope. Les seuls univers parallèles que je connaisse sont ceux de la pensée abstraite. Je les esquinte ici d’office non pas à cause de leur parallélisme avec l’univers effectif, mais à cause du fait navrant qu’ils ne le touchent soi-disant jamais et prétendent en être autonomes. Le seul univers parallèle qui se vaille est en fait perpendiculaire! Mental et imaginaire, il coupe le nôtre, ne s’en sépare donc pas complètement, en émane et en fait donc, finalement, fondamentalement partie. L’être humain apparaît dans l’univers et disparaîtra. Mais il est doté d’une aptitude particulière face à la réalité matérielle. Il peut la détourner, la distordre, la distendre pour l’assimiler et la mettre à son service concret et pratique. Cela commence quand notre lointain ancêtre s’approprie l’outil, le pâturage puis l’agriculture, et cela se poursuit avec la locomotive, le haut fourneau, la télégraphie, l’électricité, l’internet. Un primate qui produit et reproduit la complexe structure de ses propre conditions matérielles d’existence, tant et tant qu’il en devient historicisé, ne s’arrête pas facilement de fureter et de papoter… Ce qui, chez nos ancêtres, n’était que grégarisme, devient, chez nous, ensemble crucial de rapports sociaux, nous déterminant si profondément que finalement l’humain EST l’ensemble des rapports sociaux spécifiques s’entrecroisant en nous en une phase historique donnée. Dans l’univers humain, celui du développement historique, tout arrive en son temps, sans «faute». Il n’y a jamais de retards absolus en histoire, mais il y a toujours des retards corrélés. Une peuplade se battant encore à la sagaie souffre un retard par rapport à un peuple voisin se battant à l’arc. Ce dernier retarde tout autant ou plus devant une phalange d’arbalétriers. Naturellement, certains retards historiques sont plus déterminants que d’autres. Ainsi, dans le mouvement global de l’émergence du capitalisme, la France et l’Espagne sont entrées dans la révolution industrielle en retard par rapport à l’Angleterre malgré le fait que l’Angleterre est entrée en phase coloniale en retard par rapport à la France et à l’Espagne. Le premier retard est économiquement plus déterminant que le second, comme le déploiement historique l’a ultérieurement démontré. Certaines avancées politiques et militaires cachent parfois des retards économiques profonds et vice-versa. Le Bonapartisme et le Stalinisme sont de bons exemples d’un retard économique temporairement masqué par une illusoire surchauffe politico-militaire. Il faut indubitablement admettre que l’histoire se développe par poussées inégales. Il n’y a pas là quelque jugement moral abstrait sur les peuples, mais simplement un fait politico-économique qu’il faut toujours prendre le temps de décrire et ne jamais perdre son temps à justifier, car quiconque y voit le moindre démérite est un petit propagandiste de feuille d’opinion. Pour atteindre le palier suivant, le travailleur devra jouir pleinement du fruit de son travail sans qu’une autre classe l’opprime et détourne son activité productive contre lui. Il faut qu’il soit réclamé de chacun selon ce qu’il peut donner, et qu’il soit donné à chacun selon ses besoins réels. L’homme et la femme doivent s’attendre à ce minimum de justice dans le cadre de leur univers concret, mais cette attente est inévitablement active, car l’homme et la femme devront obtenir ce rajustement des valeurs de leur vie, par la lutte. L’être humain n’est pas libre. Il est le résultat infime de l’action de forces historiques gigantesque. Une classe sociale peut se libérer d’une autre, mais l’être humain ne se libérera pas de ses déterminismes. Il les tranformera simplement en d’autres déterminismes. C’est en agissant volontairement sur cet univers historique concret dont il ne sort jamais que l’être humain assure sa position et son action dans un univers global qu’il ne peut appréhender qu’indirectement et sans arrêt.

L’univers concret est Histoire. L’univers global est Nature. Leur point de contact est Environnement.

Un univers global qu’on ne peut appréhender qu’indirectement...

Un univers global qu’on ne peut appréhender qu’indirectement...

Publié dans Culture vernaculaire, Environnement, Lutte des classes | Tagué: , | 3 Commentaires »

La Saga des Vesses de Vaches Polluantes

Publié par Paul Laurendeau le 29 avril 2008

La sempiternelle Saga des Vesses de Vaches Polluantes continue de (chercher difficultueusement et cahin-caha à) hanter nos consciences. Un certain journalisme superficiel nous raconte, en restant de marbre, que les vaches qui vessent polluent autant que les bagnoles qui roulent. J’ai mes doutes mais bon… Il semblerait, selon cette doctrine, que, pour faire notre part environnementale, il faudrait soit renoncer à la sustentation carnée, soit prendre le bus. Notons la simpliste binarité ici: vache émissaire/voiture. Vous devez choisir. La faute à ton steak, la faute à ton char. La faute au citoyen badin dans tous les cas. C’est de fait assez représentatif d’un certain préchi-précha écolo, ça. Le porte à porte citadin. Attaquer le particulier, agresser le quidam, culpabiliser l’Individu Lambda, enquiquiner la personne physique pour mieux épargner la personne (im)morale (l’Entreprise Tony Soprano Détritus & Fausse Représentation en Tous Genres). Il y a une jolie métaphore pour décrire cela: se chamailler à propos de l’alignement des chaise au dernier concert se donnant sur le pont du Titanic. Ne le prenez pas personnel, amis de la micro-écologie agressante. C’est une méthode qui, de fait, vous transcende… Et, comme à chaque fois que la Saga des Vesses de Vaches Polluantes est roucoulée, serinée, invoquée, il y a un tiers exclu: l’usine. Une bonne partie du discours journalistique sur la pollution sert en fait à dédouaner le secteur industriel de ses titanesques responsabilités en utilisant toutes sortes de petites combines propagandistes comme celle-ci. Le suprême pollueur planétaire –l’industrie lourde- est remplacé par la vache émissaire dans la fantasmatique culpabilisatrice qu’on veut nous inculquer sur la pollution. Pour ma part, en attendant le prochain changement de disque de la promotion cyclique, je mange du steak, prends le transport en commun et dénonce l’incurie et l’indifférence hargneuse et profiteuse du secteur industriel en matière de pollution de l’air, des eaux et des cerveaux.

Vache-usine

Chaque fois que la Saga des Vesses de Vaches Polluantes est remise devant nous, il y a un tiers exclu: l’usine

.
.
.

Publié dans Environnement, Lutte des classes, Monde, Vie politique ordinaire | Tagué: , , , , , , , , | Laisser un Commentaire »

 
Suivre

Get every new post delivered to your Inbox.

Joignez-vous à 57 followers