Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

Archive de la catégorie «Drogues récréatives»

Le discours sur les drogues récréatives ne doit être ni lénifiant, ni dénigrant. Il doit être descriptif. Lénifiant, il cultive un jovialisme inconscient et inane, dénigrant, il perd toute crédibilité et se déverse aux profits et pertes de la propagande oiseuse et non crédible. Cette section recherche des textes portant sur des expériences vécues et leur simple description. Tous les textes y figurant sont intégralement fictifs.

Le cannabis est encombrant, salissant, irritant et surtout… incroyablement narcotique

Posté par ysengrimus le 15 novembre 2008

Ceci est un texte de FICTION anonyme que j’ai traduit de l’anglais.

Mon nom est Jessica Darby, je suis la sœur cadette West Coast d’Ulysse Darby, que les lecteurs et les lectrices du Carnet d’Ysengrimus connaissent peut-être. Je suis un personnage fictif. Je n’existe pas. Ce que je vous raconte ici n’existe pas non plus. Je voudrais partager avec vous mes aventures et mésaventures avec le cannabis. Mes emmerdements sont bien distincts de ceux qu’on croit découvrir dans l’Herbe bleue (au demeurant un témoignage odieusement truqué), vous allez vite vous en aviser.

Je suis une femme mariée de la région de Vancouver (Canada), dans la quarantaine, qui a un amant, marié aussi. Notre compréhension mutuelle de la nature dosée et méthodique du plaisir charnel et émotionnel est suavement mutuelle. Je l’adore. Nous nous voyons discrètement de temps en temps et nous faisons l’amour passionnément, après avoir consommé modérément des substances sensées s’imposer à nous pour leurs qualités aphrodisiaques. Peu enthousiastes de l’alcool à cause de ses effets sur l’estomac, la caboche et son impact tristement soporifique, très improductif attendu nos objectifs circonscrits, nous avons expérimenté, un long moment, le cannabis.

Et… il y eut indubitablement quelques revers. Avant notre phase cannabis, nous adorions nous rencontrer dans un des petits hôtels balnéaires de notre superbe façade Pacifique, le Sunset Inn. C’est un lieu intime, charmant, vieillot et romantique à souhait, avec de jolies draperies rouge vif et or éteint, et un panorama océanique imprenable. Impossible, trois fois impossible, de fumer du cannabis dans cet endroit délicieux et tranquille où le personnel nous connaît trop bien. Cela empesterait les si jolies draperies et, outre que cela alerterait à terme ledit personnel, l’idée d’un espace intime sentant la fumée froide ne me suscite pas un bien grand enthousiasme érotique. Il faut donc, lorsque le cannabis est impliqué, se rencontrer en un lieu bien plus austère et bien moins marrant: ma résidence familiale, vu que c’est la seule dotée d’un garage. Eh oui, pour fumer du cannabis au logis, que voulez-vous, vos adolescents vous le diront, il faut disposer d’un bon garage. Autrement la maison embaume pendant des heures une odeur aussi suave que lourdement reconnaissable et on se fait automatiquement repérer par la flicaille morose le soir venu. Fumer dans un garage (vide, en plus – vous ne voudriez pas que les banquettes de la bagnole se mettent à fleurer le foin cramé) est emmerdant et refroidissant au possible mais, l’un dans l’autre, très efficace. Vous ouvrez la porte du garage après coup et l’odeur se perd complètement dans la nature… si les murs sont en béton, naturellement. Admettez avec moi qu’on a là un corps de contraintes parfaitement encombrant.

L’encombrement ne diminue pas du tout quand il s’agit de la manipulation méticuleuse de la chose elle-même. J’ai vite renoncé aux joints. Ils se déroulent, se défont, brûlent tout de travers, vous crament les doigts, tombent en capilotade. On perd des brins incandescents, en calcine d’autres inutilement. Il faut balayer les cendres et les bouts de papier sur le sol poussiéreux après… quand ils ne vous sont pas simplement tombés dans la robe. Salmigondis peu commode de complications. J’ai donc un temps utilisé la fameuse petite pipe à cannabis en verre. En vente partout sur la Côte Ouest, sous différentes fausses identités, elle est passablement plus commode, en ce sens qu’elle réduit sensiblement les pertes et permet de retenir les cendres refroidies proprement, dans un mouchoir jetable. Par contre, cette petite pipe de pyrex se garnit vite d’une sorte de goudron jaunâtre vraiment fort peu ragoûtant à terme. Admettez avec moi qu’on a là un corps de contraintes parfaitement salissant.

Donc voici ce qu’étaient les opérations de l’entrée en matière de ma rencontre romantique du temps non regretté de la pipe à cannabis. Avant l’arrivée de mon amant, je me devais de dissimuler la tenue émoustillante que je lui réservais sous une robe de chambre bien chaude, éventant de ce fait toute surprise effective. Que voulez-vous, nous étions en février et un garage n’est évidemment pas chauffé (et l’été, on y étouffe). L’amant arrive, nous désempilons deux chaises que nous installons dans le garage. Nous bourrons la pipe, fumons au mieux en alternance, toussons, gloussons, chassons la boucane de la main, rallumons constamment, nous demandons à tous bouts de champ si ça va les lèvre, les doigts, la gorge? Nous n’arrivons l’un dans l’autre à ne causer que de cette fichue pipe et de cette satanée boucane, en un évident gâchis de temps conversationnel. Nous escamotons ensuite les cendres dans un mouchoir jetable. Ne pas oublier aussi de rempiler les chaises, d’ouvrir la porte glissière du garage pour aération (après avoir tout escamoté. Inutile d’ameuter le quartier). Je me dois ensuite de laver la pipe à l’eau savonneuse. Je dois gratter avec les ongles ce goudron, maintenant brunâtre, dans la tête de la pipe. Il me colle poisseusement autour de l’index mais glisse futilement sur tous tissus. Ouf, vraiment dégueu. Je pose finalement la pipe de verre coloré dans le lave-vaisselle et actionne ce dernier pour compléter le nettoyage de l’instrument de verre. Il faudra ne pas oublier de le tirer de là après le départ de l’amant et le remettre dans sa cachette. Noyer le mouchoir jetable contenant les cendres dans le chiotte et tirer la chaîne, ranger les allumettes. Le tout en raclant de la gorge, en crachotant et en toussant (je ne vous apprend pas que la boucane de cannabis est parfaitement irritante et, oui, oui, nocive pour les poumons). Ouf, mon amour, je suis enfin à vous… disons, en fait, dans une trentaine de minutes, quand l’effet de tout ce labeur se fera sentir au mieux sur nos cerveaux et dans nos âmes.

Inutile de vous dire que nous nous sommes vite lassés de cette série d’opérations fastidieuses, encombrantes, salissantes, laissant dans la gorge un goût amer tant à cause du caractère irritant du produit que de par la lourde hypothèque qu’il faisait subir au halo romantique devant envelopper deux amoureux passionnés et moderne, n’ayant que fort peu de temps à perdre en fariboles préparatoires. Nous allions laisser tomber définitivement le cannabis, quand je me suis soudain souvenue du Chevalier Gluck…

C’est un personnage des Contes d’Hoffmann, un vague aristocrate berlinois, compositeur d’opéras, ou quelque chose comme ça. Le Chevalier Gluck fait un certain nombre de choses incongrues, quoique toutes parfaitement cohérentes et, entre autres, devinez quoi, il trempe les prises de sa tabatière dans le vin. Inspirée par cette idée curieuse, je me suis documentée pour finalement découvrir un fait bien connu des cuiseurs de pâtisseries au cannabis: les cannabinoïdes actifs sont solubles dans une petite quantité d’alcool, sans perte d’effet. Les babas-aux-cannabis et autres gâteaux confectionnés à base de marijuana incorporent en fait souvent en leur recette une concoction de cannabis dissoute dans une liqueur. Il n’était évidemment pas question de compliquer des opérations d’ouverture, aux charmes déjà passablement grevées, par des mésaventures culinaires qui, dans mon modeste cas, se seraient avérées hautement hasardeuses. J’ai donc décidé de tenter un coup plus simple, plus minimal, plus dégueu, mais aussi plus vif et opératoire. Cela a fonctionné parfaitement. Je vous le recommande chaleureusement… si vous avez un peu de temps…

J’ai d’abord laissé séché mon sachet de cannabis pendant environ un an. Quand il fut bien sec et parfaitement exempt de cette légère humeur un peu gluante qui apparaît parfois sur les boutons de cannabis frais, j’ai pulvérisé les boutons, feuilles et tiges, patiemment, avec les doigts, pour en faire une poussière de cannabis quasi impalpable que j’ai laissé continuer de doucement sécher. Deux semaines avant la venue de mon bel amant, je place dans le fond d’une jolie petite fiole ayant environ le format d’une bouteille d’aspirine, cette poussière de cannabis séché, à l’aide d’un bel entonnoir en porcelaine. J’en mets pour l’équivalent du tiers du volume total de la fiole. Je noie ensuite la poussière de cannabis reposant au fond de la fiole avec un doigt de rhum qui remplis ladite fiole jusqu’au goulot. Je bouche soigneusement et laisse ensuite macérer le tout quinze jours dans cette petite fiole. Au jour J, j’ai donc deux de ces fioles fines prêtes, une pour moi, une pour mon amant. S’y trouve réparti l’équivalent du cannabis que nous fumions en une fois, gorgé d’une quantité parfaitement insignifiante d’alcool. Nous les buvons, ce qui n’entraîne qu’une unique petite complication de rien. Le rhum gorgé de cannabinoïde passe parfaitement. Son goût est rendu suprêmement répugnant mais, bon, ça s’avale bien et, surtout, vite. Souvenons-nous, le cœur attendri, de l’huile de foie de morue de notre enfance. La poussière de cannabis, devenue une sorte de pâte vert foncé, colle partiellement au fond des fioles. Il faut y faire couler l’eau du robinet quatre ou cinq fois, secouer et boire, re-remplir, re-secouer, reboire (l’eau tiède sert aussi à faire passer le goût du rhum dégueulassé). Les grumeaux de cannabis finissent alors par débloquer et vous tomber dans la bouche par étapes, par secousses. Il faut ne pas trop mâcher (cette saloperie tend à se coincer entre les dents – ceci n’est pas une expérience culinaire… médicinale en fait, plutôt) et il faut avaler lestement. Le tout (incluant le rinçage final et le rangement des fioles) se joue en cinq ou six petites minutes là où la vaste opération garage – fumage –cure-pipe bouffait une bonne heure.

L’effet de ce breuvage furtif dure huit bonnes heures, un peu comme dans le cas des pâtisseries au cannabis. Par contre, ledit effet commence à se faire sentir bien plus lentement que lorsqu’on fume. Il faut compter un bon deux heures d’attente, avec lente montée de l’effet dans la seconde de ces deux heures (l’alcool, ici, est inopérant, sa quantité étant nettement insuffisante pour laisser le moindre souvenir). Nous pouvons donc prendre amoureusement le tram côtier vers notre petit hôtel balnéaire, de nouveau accessible à nos ébats futurs (ne pas conduire votre voiture dans cette condition hautement hasardeuse). À l’hôtel, nous prenons la suite avec la vue sur la mer et le piano, pour huit heures. Cela s’amorce donc tout doucement, sur deux heures à ne rien faire, à me languir, à graduellement sentir monter la torpeur en compagnie de mon bel amant. C’est parfait. Nous nous asseyons. Mon amant, de plus en plus entreprenant, complimente langoureusement ma parure savante, il me dit des mots doux, ses grands yeux brumeux et sombres dans les miens. Il m’embrasse les mains gentiment. Oh, Jessica… Oh, Jessica… Oh, ma passion… Oh, oh, Il ne faut pas trop se presser, mon bel ami, nous attendons l’effet, souvenez-vous. Ah, je dois l’admettre, il n’y a pas meilleur prélude que le prélude contraint par un objectif transcendant bien circonscrit et chronométrable. Je m’esquive. Je minaude. Je joue du piano pour lui, jusqu’à ce que les blanches et les noires deviennent graduellement, lentement, insidieusement toutes mélangées sous mon regard et de plus en plus écho dans la caisse de résonance soudain si caverneuse de mon être. Quand mon amant, éternel, insondable, me rejoint sur le banc du piano, son premier baiser a une densité et une charge singulièrement onctueuse et charnue. Puis là… là ma mémoire devient confuse (parce que cette saloperie de concoction vous brouille passablement le souvenir en plus) mais je peux corroborer que les moments les plus passionnels s’accompagnent indubitablement de petites hallucinations visuelles fort plaisantes et souvent amusantes. Enfin, bon, je vous laisse imaginer la suite…

Donc, pour tout dire, dans la formule pipe à cannabis, je perds mon temps en présence de mon amant en opérations difficultueuses et maladroites. Dans la formule breuvage rhum/cannabis, je consacre du temps de préparation à la chose en l’absence de mon amant, les opérations sont bien moins incommodes, l’ingestion est fulgurante et ne laisse aucune trace (je n’ai jamais ressenti la moindre difficulté pour la digestion de ma petite formule). Nette victoire donc sur l’encombrement, le salissage, l’irritation de la gorge. C’est pour alors tomber la gueule sur le principal défaut du cannabis. Le fait tout simple et tout bête que c’est un narcotique soporifique puissant et irrépressible. Après nos deux heures de préludes et moins de deux heures d’ébats, nous tombons lourdement endormis et nous flambons les quatre autres précieuses heures qu’il nous restait ensemble à pioncer côte a côte. comme de lourdes bûches doucement sciées par la langoureuse égoïne de notre inexorable engourdissement artificiel. On dort superbement d’ailleurs, profondément, sereinement, il n’y a pas à dire et là n’est pas la question. La question est bien que, pour tout dire, eu égard à l’objectif initial, c’est fondamentalement nul. Oh là là. L’affreux aphrodisiaque mais le joli somnifère.

C’est donc ainsi que, sur mes vieux jours, j’ai finalement renoncé au cannabis comme compagnon aphrodisiaque de l’amour. Comprenant enfin pourquoi cette substance est utilisée en thérapie anti-douleur, je ne me sers plus mon petit cordial rhum/poussière de cannabis que fort rarement, lorsque je suis fin seule et n’arrive pas à trouver le sommeil réparateur, en fait. Je dors alors comme une reine, rêve de mon bel amant qui reviendra toujours un jour, et me porte superbement, le lendemain (pas la moindre gueule de bois). Mon sommeil se trouve en fait amélioré pour les deux ou trois jours qui suivent et… la dimension récréative de cette camelote langoureusement calmante et lourdement somnifère peut bien aller se faire pendre à tous les diables.

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CRYSTAL METH: le témoignage fictif qui nuance toutes les propagandes

Posté par ysengrimus le 6 mai 2008

Ceci est un texte de FICTION anonyme que j’ai traduit de l’anglais.

Mon nom est Ulysse Darby. Je suis un personnage fictif. Je n’existe pas. Ce que je vous raconte ici n’existe pas non plus. Je suis un professionnel de Montréal (Canada) de 42 ans, célibataire et crypto-homosexuel. Je consomme de la Crystal Meth sur une base régulière. C’est une expérience à la fois fascinante et dangereuse dont il faut parler sans faire de propagande. Alors allons-y. Le plus difficile fut d’abord de trouver un dealer. Ils crèvent littéralement de trouille et vous prennent constamment pour un flic. C’est que les peines sont lourdes. À force de tirer des ficelles à gauche et à droite au bain sauna pour hommes, j’ai fini par rencontrer un quidam qui en connaissait un qui serait là dans une heure, s’est déplacé en fait après plusieurs heures et a palabré, s’est apprivoisé, a procédé à la transaction, m’a donné une adresse électronique à laquelle il n’a jamais répondu, et est retourné se cacher pour rester bien introuvable. La première erreur à ne pas commettre c’est de s’imaginer qu’on peu trouver de la meth comme on trouve de la mari. Beaucoup de temps et d’énergie sont perdus dans la simple recherche et la transaction avec le dealer tend à ne tenir qu’une seule fois. Le crystal est vendu par unités de $40. Chaque unité vaut pour une dose. Achetez plusieurs doses à la fois, sinon vous allez vous polluer l’existence en recherche infinie de dealers. Mais c’est une recommendation expresse de s’en tenir à une seule dose par experience…

Le contenu du petit sachet ressemble à du gros sel. Il s’agit d’abord d’écraser le tout sans ouvrir le sachet avec le dos d’une cuillère jusqu’à ce que cela prenne la texture fine du sucre en poudre. On pose ensuite la ligne dans une assiette bien plate et bien noire et on renifle le tout en quatre ou cinq coups, comme on fait avec la cocaine. Vous toussez, les larmes vous montent aux yeux, la gorge s’irrite, le nez vous pique. Ces désagrements mécanico-chimiques du reniflage durent cinq à dix minutes. L’effet «récréatif» lui, est aussi subit et instantané que torrentiel et tumultueux, et c’est là que le premier danger débute car cette puissante sensation, issue d’une seule dose, va durer entre 12 et 14 heures (et, ça ce n’est pas une légende). Il est donc impératif de s’en tenir à une dose unique par expérience… De plus, il faut procéder avec méthode ou alors c’est la catastrophe. Après différents essais et erreurs, j’ai stabilisé une procédure qui maximalise mon plaisir et réduit les risques. Je fréquente un bain sauna pour hommes homosexuels depuis plusieurs années. J’y ai une routine stable, le personnel me connait, mes habitudes y sont rodées, j’ai même ma chambrette attitrée dont je peux verrouiller la porte à tout moment pour m’isoler (important)… Le premier grand danger étant celui de la perte des repères usuels, il faut absolument se donner ce genre de refuge stable sinon l’expérience peut vraiment tourner mal.

Que vous fait tant la crystal meth. D’abord, c’est un euphorisant. Un peu comme avec la cocaine, vous devenez «le roi de la terre». Ensuite, et corrolairement, c’est un déshinibiteur. La timidité, les hésitations, les contraintes de la vie sociales, l’autocritique gênée sont pulvérisées. Vous dites ce que vous pensez et vous faites ce que vous voulez au point de découvrir vous même ce que vous vouliez tant dire et faire… Finalement c’est un stimulant. Vous allez bouger, remuer, vous trémousser, vous agiter pendant des heures sans manger (la meth coupe l’appétit) ni dormir (la meth interromp le sommeil) et vous serez plus fort et résistant qu’à votre habitude (ce jour là… Le lendemain, c’est autre chose). Et surtout par dessus tout, ces trois effets DURENT DES HEURES. Il est donc clair qu’avec cette substance on s’embarque pour un voyage longuet, un voyage sublime, un voyage risqué.

Voici donc ma procédure. Je vous recommande expressément de vous en inspirer en faisant les transposition nécessaires. Je libère d’abord une fin de semaine de trois jours (une journée pour l’expérience, deux journées pour récupérer – c’est un minimum). Je renifle ce qui sera ma dose unique à 9:00 du matin le premier jour et je pars immédiatement pour le bain sauna. Je n’apporte absolument aucune autre substance avec moi. La réserve de meth reste sagement à la maison, une fois la dose prise. Il faut impérativement se séparer de la substance quand son effet démarre sinon l’envie pourrait venir d’en reprendre et là ce serait simplement trop. Souvenez-vous d’Ulysse et du chant des sirènes. Le trajet vers le bain douche dure cinquante minutes. Le temps pour l’euphorie de bien finir de se mettre en place. Inutile de dire qu’il ne faut pas conduire. Prendre le transport en commun est impératif, ce qui pose un autre problème. Il faut réprimer une envie irrésistible de parler aux gens, de les enquiquiner, de les narguer, de les draguer, de les enguirlander.  Il faut rester conscient que l’on n’est pas dans son état normal… ce qui est ardu, vu qu’on ne l’est pas! Je me réfugie dans l’anticipation de ma journée de plaisir et m’efforce au mieux de ficher la paix aux autres. Je n’y arrive pas toujours… Arrivé au bain douche, je fais opérer ma routine au mieux, mais il y a toutes sortes de pépins. Je subis des micro-pertes de mémoire. J’oublie mes clefs dans me chambrette, je ne verouille pas le cadenas du casier, j’égare des petits objets. Il faut se concentrer sur cette routine. Tout doit être stable. Vous ne voulez pas foutre une précieuse heure en l’air à chercher maniaquement des clefs ou un porte-monnaie. L’euphorie n’est pas censée se réduire à cela. Improviser sous l’effet de cette substance est un coup plus que hasardeux: dangereux. Il faut enclaver cette expérience dans un dispositf rodé et exempt au maximum d’imprévus imparables. Il y a une perte de compréhension des événements ordinaires et, oui, une certaine paranoia. Une paranoia compulsive, très certainement de nature chimique, un peu comme les petites souris qui ont peur de tout. Nous y reviendront.

Le dispositif doit être rodé mais actif. Il faut, sans subvertir ledit dispositif, pouvoir danser, s’agiter, se trémousser, marcher fièrement dans des corridors, se dandiner langoureusement dans un jaccuzzi. Je n’ai pas besoin de m’étendre sur les formidables qualités aphrodisiaques de la chose, sauf pour dire qu’il faut demeurer prudent dans toutes les interactions, le partenaire n’étant pas enrubanné dans le même paradis jubilatoire que nous. Si quelque chose de bizarre se passe, il faut savoir lâcher prise en restant conscient qu’on ne perçoit pas totalement tout ce qu’on vient de faire ou de ne pas faire. De légères hallucinations pourront se manifester. Marchant dans un corridor sombre que je traversais pour la première fois (important), j’ai cru voir un visage dans un judas, alors qu’il n’y avait qu’un mur. Mais l’effet hallucinatoire reste marginal. On peut dire que la meth c’est l’opposé radical des champignons hallucinogènes. Les champigons sont passifs et contemplatifs. On peut rester des heures à converser les yeux dans les yeux avec le partenaire, et tout devient géométrique, tranquille et serein, et l’univers est beau et compréhensible. La meth est active et interactive. Elle fait exploser l’intégralité des passions sauvages, les belles et les moins belle. Elle nous donne temporairement le courage illusoire de notre folie.

Il faut constamment lutter contre l’assèchement de la bouche. Boire beaucoup, mais par petites quantités (éviter l’alcool. Son effet tranquilisant lutte absurdement contre l’effet euphorisant de la meth. C’est un mélange bien con, et en plus, l’alcool augmente la soif qu’il faut au contraire réduire), s’humecter la bouche, se gargariser. La meth rend la bouche vraiment très sèche. La meth rend ausi maniaque, obsessif, ça non plus ce n’est pas une légende. Les gestes compulsifs n’auront pas vraiment l’air de se répéter. Huit heures vont passer comme deux. Je répète: huit heures vont passer comme deux. Ayez toujours une montre à vue, on perd complètement la notion du déroulement du temps. Et, rétrospectivement, de ces 14 heures, on aura le plus de difficulté à se remémorer la troisième, la quatrième, et/ou la cinquième. Après huit heures de folie intensive, vous allez ressentir un petit mou, une légère baisse d’intensité. Vous n’êtes pas vraiment fatigué, mais vous recommencez à subrepticement économiser vos mouvements, vous vous remettez subtilement à hésiter socialement, vous n’ètes plus dans l’absolu absolu. C’est là le moment le plus traitre de tous. Le moment ou la décision se prend de savoir si vous contrôlez l’expérience ou si c’est l’expérience qui vous contrôle. C’est le moment ou on serait vraiment tenté de se reprendre une autre petite dose, histoire de retrouver promptement le plateau supérieur. Mais, oh sagesse, Ulysse a eu la prudence de laisser se réserve à la maison (ce qui est aussi une bonne protection contre les éventuelles descentes de flics. Vous n’avez rien sur vous au moment de l’action). Heureux qui, comme Ulysse, il est piégé dans sa méthode. Bon tant pis. Les quatre ou six prochaines heures seront très bien au niveau B, et on fera avec. Je vais continuer de m’amuser et me préparer doucement pour les terribles effets secondaires de demain. Si on se résume: 9:00, reniflage; 10:00 arrivée dans l’espace sécurisé et installation; 10:30 du matin à 7 00 du soir, fougeuse folie au palier A; 7:00 à 11:00, très honorable ardeur au palier B. Minuit, Cendrillon est-elle prête à rentrer du bal? Eh bien non. Elle subit alors le plus étrange et le plus maladif des effets de la meth. On pourrait l’appeller nostalgie instantanée et convulsionnaire du paradis perdu. Je… Je ne veux pas partir, je ne veux pas retourner en ce triste monde, je veux que cela continue, continue, continue. J’étire. Je temporise. Je m’éternise. Il faut donc se prévoir un autre trois heures ou l’effet euphorisant est bien diminué mais l’obsession paradisiaque est à son maximum. Cendrillon ne partira que vers trois heures du matin (en taxi, impérativement), triste, frustrée, renfrognée que les plaisirs soient si courts et que la vie soit si laide.

Je rentre alors chez moi, bois un petit verre d’une boisson sans alcool et me met au lit. Cette nuit là sera mauvaise, comme si vous aviez pris un café ou deux de trop un peu trop tard, et les étranges effets secondaires de la meth vont se manifester et venir vous hanter. Ils sont psychologiques d’abord. Je suis obsédé, obnubilé par mes activités des douze dernières heures. Je me repasse le film, je planifie des modifications, je cherche des options, j’imagine des scénarios, je fixe sans fin sur des moments. Cela va durer toute la journée suivante, cette fixation d’idée, cette langueur obsessive, cette rétention mentale et je ne pourrai rien faire de très utile de ce jours 2. La nuit, toujours, la paranoia de la petite souris peureuse revient alors en force, par bouffées. Le moindre petit déclic nocturne me terrifie. J’ai peur sans raison, comme dans l’enfance. Puis il y a cet étonnant effet sur la mâchoire. La propagande parle des «dents de meth» (les accros finissent avec les dents complètement niquées, émiettées, pour des raisons peu claires). Je n’ai pas ça pour l’instant, mais je corrobore une mâchoire de meth qui pourrait bien être une version atténuée du phénomène. C’est certainement un truc neurologique. Dans mon sommeil, ma mâchoire émet subitement un solide claquement, totalement incontrôlé, comme quand on claque des dents au froid. Mais un claquement unique, parfois assez subit pour vous réveiller. On sort de la première nuit les lèvres et la langue mordues par ces claquements de mâchoire incontrôlables. C’est très déplaisant et ce n’est pas fini au second jour. De plus, et là gare au choc, pendant mes deux jours de pause, je me sens plus confortable la bouche grande ouverte (ou même la bouche grande ouverte et la langue sortie, pendue littéralement – vous avez bien lu) que la bouche fermée. Il y a vraiment quelque chose là qui vous tourneboule les mâchoires pour vrai. C’est seulement quand je n’ai plus envie de me tenir comme un gogo qui baille en permanence que je juge que l’effet de la meth est l’un dans l’autre terminé. Cela ne se manifeste que vers la fin de mon troisième jour. Sinon, j’ai mal partout, comme le lendemain d’une sempiternelle randonnée en montagne, la bouche me picote, j’ai sommeil et je suis tristounet. L’appetit normal ne reviendra que le troisième jours. C’est aussi au debut du troisième jour que le pire du pire survient. Le manque apparait. Le manque terrible monte dans mon thorax. Je me sens comme un fumeur qui a envie de fumer, un buveur qui a envie de boire. Je veux que tout recommence au plus vite. Je veux me retrouver dans l’univers fou que j’ai associé à la substance. Je veux le tout, la sensation autant que l’action. Le bain sauna et la meth son indissolublement unis en mon désir et je les pense dans le manque comme une entité unique, un état paradisiaque aussi indistinct que cardinal. Pour l’instant, je résiste assez bien au manque et il finit pas s’en aller comme il est venu sans me faire altérer mon programme. Mais il revient de plus en plus souvent. Mes expériences restent séparées de trois bonnes semaines les unes des autres et mes doses n’augmentent pas. Mais comme tous les bourlingueurs qui frôlent ce genre de récif, moi, Ulysse, je ne peux absolument rien garantir pour l’avenir, tant au plan de mon comportement qu’au plan des effets à long terme de cette drogue terrible et merveilleuse sur mon cerveau.

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