Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

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Le Nouveau monde a produit une civilisation spécifique. L’anti-américanisme tangible de notre temps fait parfois oublier ce fait, en démonisant sans nuance la civilisation du Nouveau Monde sous prétexte de canarder l’impérialisme americain, qui, d’autre part, le mérite bien. Les particularités vernaculaires de la civilisation du baseball, du cirque, de l’ardeur des hardis pionniers et de la musique improvisée.

Qu’est-ce que le Bellicisme?

Publié par ysengrimus sur juin 30, 2008

Le Bellicisme est fondamentalement une doctrine commerciale. On vous vend une guerre. Plus précisément on vous vent du guerroyage, une guéguerre. Le principal consommateur du Bellicisme est une administration publique préférablement riche, qui ressent le besoin d’engourdir sa population et de la droitiser en lui insufflant une potion de cheval patriotarde qui la gonflera de l’extase irrationnel des croisades, en assurant de substantiels gains électoraux et un dédouanement implicite des gouvernants face aux besoins matériels effectifs de la société civile… En échange des centaines de milliards engloutis dans le complexe militaro-industriel, dans le pur style du film Wag de Dog mais en immensément plus coûteux, les entrepreneurs bellicistes vous fournissent les apparences d’un conflit, victorieux mais difficile quand même, avec pertes de vies sanglantes et tout le folklore, et où, bien sûr, plus que jamais, tout ce qui clochera sera la faute de l’autre. Il ne faut surtout pas confondre Bellicisme et Militarisme. Le Militarisme promeut le «programme politique» d’une structuration de l’administration civile sur le modèle du commandement autoritaire et intolérant de l’armée. Le Militarisme achevé étant naturellement le gouvernement étatique tenu par une junte avec à sa tête un général. Le Bellicisme ne se soucie pas de ce type de totalitarisme socio-politique menant habituellement au fiasco administratif. Le Militarisme est ostentatoire et public. Le Bellicisme est feutré et discret. Comme un vendeur d’assurance, il se contente de caser son produit et d’empocher, sans tambour ni trompette. De nos jours, le Bellicisme met surtout en marché des fragments artificiels de la bonne vieille tension sociale globale perdue avec la fin de la Guerre Froide au sein d’une civilisation qui, justement, ne marcherait pas si facilement au pas.

Comme toute pratique commerciale contemporaine, le Bellicisme est de plus en plus une arnaque, y compris pour ses propres clients, les administrations publiques elles-mêmes. C’est-à-dire ici que, comme les maisons et les bagnoles, les guéguerres mises en marché par le Bellicisme coûtent de plus en plus cher et sont de moins en moins bonne qualité… La Grande Ratonnade Irakienne de 1991, soi-disant contre la troisième armée du monde, lança le bal des conflits à coûts astronomiques et à résultats de théâtre infimes. On peut aussi mentionner, comme typique mauvaise foi commerciale du Bellicisme, les étirements de conflits, qui, comme les imprévus semi-escrocs reliés, disons, à la construction d’une maison, ou comme les frais d’entretien semi-sabotagiers jalonnant les aléas de la «vie» d’une bagnole, vous allongent les coûts de votre conflit de théâtre de toc pour leur faire atteindre des sommets pharaoniques, d’ailleurs jamais clairement divulgués sur la place publique. Inutile de dire qu’enlisée, coincée, piégée, vietnamisée, pour rapatrier les troupes, l’administration publique devra, encore et encore, casquer. Ces frais seront, eux par contre, claironnés sur la place publique en conformité avec la ferme vision c’est la faute de l’autre du Bellicisme. Ce sera alors: l’administration publique a tant voulu se retirer du conflit que nous tenions si bien (!), voyez maintenant ce qu’il vous en coûte… Finalement, comme le Bellicisme nuit aux autres types de commerces (tourisme sur le théâtre lui-même et négoce international de denrées non-belliqueuses partout ailleurs), il rencontre de temps en temps les résistances du reste de la bourgeoisie internationale, résistances que l’administration publique consommatrice de Bellicisme s’empresse de discréditer en les qualifiant de Pacifisme.

Il y a un Bellicisme américain, c’est clair. Bellicisme politique et Bellicisme d’affaire. L’armée est loin d’être innocente dans cela d’ailleurs, naturellement. Sauf que: visez bien l’entourloupe actuelle. Soudainement, Vlan! L’Iran, c’est trop pour eux et ils le savent. Qu’est-ce à dire? Eh bien, ils font déjà leur piastre amplement avec les ratonnades actuelles dans les déserts et les montagnes, pourquoi s’encombrer d’une vraie guerre? Le Bellicisme-Spectacle, guerre de toc de notre temps, est beaucoup plus payant et moins coûteux, en compétences qu’ils n’ont pas et en pur et simple argent. Ils veulent d’une guerre qui fait dépenser l’administration publique, pas d’une guerre qu’il faudrait avoir le génie de gagner… C’est pour cela que l’état major américain en ce moment est soudainement contre la guerre contre l’Iran. Ils sont parfaitement réfractaires à voir leur lucratif Bellicisme dégénérer en un vrai conflit qu’il faudrait assumer d’une manière douloureusement classique, avec vraies lourdes pertes (dans tous les sens cyniques du terme). Les Bellicistes deviennent alors eux-même pacifistes pour les même raisons que les autres bourgeois pacifistes: protéger leur propre petit négoce international du (vrai) danger guerrier! Non seulement ils vous vendent à gros tarif leurs boucheries sanglantes, mais en plus, c’est de la camelote, même dans le cadre restreint et inique de leur logique guerrière. Le Bellicisme vous fourgue la Guerre-Citron. Tout le monde arnaque tout le monde dans l’import-export du désespoir et de la mort et cela ne va socio-politiquement nulle part.

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Bill Gates, avancée technique, peut-être. Régression socio-économique, certainement

Publié par ysengrimus sur juin 27, 2008

Le jugement sévère de l’Histoire est donc amorcé sur Bill Gates. Il a ouvertement volé les innovations des autres à son profit exclusif et re-banalisé le monopole avec privilège. Cet ultime nabab mythologique incarnera donc pour l’Histoire l’art peu subtil de mettre l’explosion technologique au service de l’engraissement du parasite obstructeur. Microsoft est un gros coucou destructeur posé pesamment sur le nid clignotant et souffreteux du NASDAQ. Il n’y a vraiment pas de quoi pavoiser… Les thuriféraires pâmés de Gates invoquent sa ci-devant générosité (gros salaires, musées gratis, etc) pour les employés de sa firme de gras durs sur Seattle. Il faut donc à ce jour avoir la carte du Parti M$ pour aller au musée… Générosité??? Élitisme et esprit de corps, oui. Opportunités pour la gagang de petits copains. Miettes éparses pour les dociles et les groupies qui suivent dans le sillage. Rien pour la société civile, dans cette manne aussi titanesque que sélective, gérée selon la doctrine régressante du plus insensible et du plus condescendant des ploutocratismes. Toute la doctrine sociale du capitalisme d’avant le New Deal est là, sur un mouchoir de poche… D’autres suppôts de Gates roucoulent à propos de son virage philanthropique. Holà, holà, ho! Avec entre 20 et 50 milliards de menue monnaie voletant dans mes poches, je vous en donne moi aussi de la philanthropie, pour me dédouaner de 30 ans d’extorsion et de strangulation totalitaire… Qu’il s’attaque donc à la rougeole comme il prétend le faire… le symbole est parlant. Je ne sais pas s’il va éradiquer la rougeole, mais il oeuvre certainement à éradiquer le rouge…

Bill Gates, c’est le capitalisme qui trahi sa propre doctrine de libre concurrence et remythologise le monopole. Si son entreprise, son «oeuvre», a peut-être fait avancer la technologie (?), elle a certainement fait régresser le capitalisme vers des doctrines (pseudo mirifiques) pré-1929. Ce potentat et ses lieutenants peuvent amplement se payer ces petits frais de cours ridicules imposés de droite et de gauche au bout du bras par quelques micro-nations vétillardes, pour leurs pratiques monopolistiques éléphantesque étalées sur une génération… On aurait prédit cet ITT à la puissance mille à FDR au moment du New Deal, il en serait tombé en bas de sa chaise roulante. Même dans leur logique de capi, c’est un totalitarisme monopolistique fou furieux. Ils ont exploité le besoin technique criant d’unifier le parc d’ordi mondial pour se graisser au présent et protéger leurs profits futurs. C’est exactement comme s’enrichir sur la faim… Et Bill Gates peut bien, après cela, se transformer en mascotte inepte et jouer les Colonel Sanders de la technologie. Le mal est fait. Un mal profond et durable. Un cancer lent. Car si l’individu Gates s’en va, on a encore MicroCrosse dans les jambes pour un bon moment… Magouilles… Dictature… Extortion… Médiocratie technique… Ce n’est vraiment pas fini, l’œuvre de Bill Gates.

Urgent. Il faut saisir la fortune de Bill Gates et construire des écoles et des cliniques avec. Laisser des avoir financiers colossaux du genre de la fortune de ce type entre les mains de propriétaires privés est un crime majeur contre l’humanité. Cela mène au bout du compte à des farfeluteries misanthropes genre milliards en legs à des Fondations pour Chiens… Tout cet argent est un avoir collectif extorqué. Je le redis: il doit être saisi sans délai ni compensation et alloué d’urgence à l’éducation et à la santé.

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Le chêne et le roseau. Pourquoi l’épanouissement identitaire serait-il un communautarisme? Pourquoi le repli identitaire serait il un multiculturalisme?

Publié par ysengrimus sur juin 16, 2008

L’un dans l’autre, la question de l’intégration multiculturelle rencontre deux traitements, celui du chêne et celui du roseau.

Le chêne : la France. La République se réclame d’un certains nombre de valeurs de base qui fonctionnent comme des principes axiomatiques. Tous les citoyens étant égaux devant la loi française (dont l’extraterritorialité est fondée et légitimée dans la ci-devant universalité -voulue ou réelle- des fameux droits humains – valeurs de 1789, que les ricains implémentèrent… en 1776, mais bon) et il faut se conformer. On ne touche pas plus à la laïcité qu’on ne touche aux congés payés. L’immigrant et ses descendants sont une sorte d’accident de parcours, un apport toléré s’il s’intègre, un candidat, serein ou rebelle, à l’assimilation. Politique identitaire est un terme péjoratif en France. Le concept central pour eux, c’est le communautarisme, synonyme de replis identitaire, de résistance indue face aux exigences élémentaire de la vie publique, de crispation passéiste.

Le roseau : le Canada. Terre d’immigration dotée de deux peuples fondateurs égaux en droits et en valeurs… sinon dans les faits. Décontraction très Nouveau Monde, ouverture (non exempte cependant d’un type tout particulier de condescendance onctueuse et bienveillante parfois presque fétide, oh que oui…). Toutes les religions, tous les restos, tous les langages. Port des couvre-chefs religieux autorisé partout, sans problème particulier. Tolérance est le maître mot, le calcul étant qu’une intégration saine et effective ne se fait pas sous la contrainte des lois mais par le serein exemple. Le Canada se réclame de la notion cardinale de multiculturalisme et l’épanouissement identitaire est une valeur endossée et promue. Huit personnes sur dix rencontrées sur la rue ignorent purement et simplement la signification glauque du mot communautarisme.

Attention important! Notez qu’il ne s’agit pas ici de reprendre le jugement de valeur porté par la fable de Lafontaine. Notre bon fabuliste n’est pas nécessairment un auteur réaliste! Si le chêne de la fable se déracine tandis que le roseau plie et reste indemne, la moindre promenade auprès d’un de nos beaux lacs canadiens vous montrera des roseaux ayant cassé net d’avoir été trop flexibles et des chênes ayant parfaitement résisté à l’orage…

Ceci dit, ces deux modèles gagneraient chacun à s’inspirer un peu de l’autre. L’exemple historique du Québec est ici particulièrement parlant. Au moment de la conquête anglaise de 1760, une population française de 60 000 âmes, implantée depuis plus de 150 ans, se retrouve subitement encadrée par un occupant n’alignant pas 20 000 gogos. Le cas est savoureux, piquant et fort utile à la réflexion car ici, c’est l’immigrant minoritaire qui tient le pouvoir économique et politique… Spontanément communautaristes, du communautarisme du charbonnier en quelque sorte, les canadiens français du temps voyaient à leurs affaires, leur religion de chapelle, leur cadastre rural, le mariage de leurs fils et de leur filles, leurs corvées villageoises, leur pot-au-feu, selon leurs lois, us, pratiques et coutumes traditionnels. Le conquérant, un peu ébahi par la cohérence bourrue de cette autonomie vernaculaire, a vite vu qu’il ne pouvait pas réformer et angliciser tout ça. Il a donc justement fait la part du feu. Les crimes, impliquant notamment mort d’homme, les arnaques majeures, les insurrections, seraient traités selon les lois de l’occupant. Pour le bazar de litiges, de cadastre, de récoltes, de constructions de chapelles et de mariages, arrangez-vous entre vous avec vos lois françaises. Le Québec a, encore aujourd’hui, un code civil français et un code criminel de common law britannique. Il tient aux deux, comme il tient fermement à son parlement de type britannique, où il traite ses affaires en français… En 1774, deux ans avant la révolution américaine, craignant que les français de la vallée du Saint Laurent ne veuillent s’associer à la république américaine naissante, les occupants britanniques du Dominion du Canada, toujours numériquement minoritaires, produisent la première loi multiculturelle en terre nord-américaine, L’Acte de Québec. En un mot: OK les copains, vous pouvez rester catholiques, vous pouvez conserver la langue française, vous ne devez plus prêter explicitement serment au roi d’Angleterre. Les autres ont répondu Vive le Roi George! (en français) et les bataillons canadiens français eurent un rôle important à jouer pour empêcher la révolution américaine de s’exporter dans nos arpents de neige… Notons au passage qu’il y a donc, ici aussi, une république jouant un rôle de dynamo… extérieure, mais quand même…

Peut-on donner tort aux Québécois d’avoir continué de faire cuire leur couscous et de porter leurs voiles, si vous me passez l’analogie? Peut-on les accuser de replis identitaire pour avoir perpétué ainsi leur existence nationale, produisant une des cultures francophones les plus originale au monde hors de France, et imposant de facto à toute l’entité canadienne la notion profonde et définitoire de multiculturalisme, dont celle-ci, sans le dire trop fort, se serait bien passé autrement? Conseil d’ami: n’allez pas dire aux Québécois qu’ils auraient aussi bien pu s’assimiler, cela les crisperait fort. La notion d’assimilation est hautement péjorative pour eux. C’est purement et simplement la suprême exécration. La culture arabe de France ne pourrait-elle pas, modulo les ajustements requis, produire un résultat lumineux similaire? Par la force des faits, les britanniques paniqués des premières décennies de la Conquête de la Nouvelle France nous donnent la leçons du roseau.

Mais 250 ans plus tard, cette société québécoise, aujourd’hui laïque et moderniste, se rend compte soudain que cette souplesse anglo-saxonne qui fonda son existence commence à sérieusement gripper. Les québécois et les québécoises sont profondément féministes, le droit de la femme est pour eux un enjeu cardinal. Peuvent-ils reprocher à nos jacobins de Français, dans leur raideur et leur grandeur, de vouloir dire ça suffit! quand des pratiques juridiques inégalitaires grugent et compromettent de partout leur égalité républicaine qui est aussi un peu la nôtre? Sur le droit des femmes, si durement acquis, si fragile encore, si incomplet, la fermeté française en matière de replis identitaire (de ghetto ethnoculturel, de combines maritales louches, de magouilles d’immigration, d’oppression occulte de l’immigrante par l’immigrant - et, oui, comme la version française nous le suggère fortement, appellons un chat un chat) nous donne indubitablement la leçon du chêne.

Pourquoi l’épanouissement identitaire serait-il un communautarisme? Pensez au Québec, de plus en plus ouvert sur le monde et épanoui. Ce n’est pas un communautarisme. Pourquoi le repli identitaire serait il un multiculturalisme? Pensez aux femmes immigrantes ne bénéficiant pas effectivement des lois nationales et vivant incarcérées dans leur propre communauté, coupées du monde. Il n’y a pas grand chose de multiculturel là-dedans. Complexe.

Pensez, pensez… Pensez syncrétisme du chêne et du roseau…

Il faut doser ces deux apports, au cas par cas. Voile, bouffe, mariage, musique, héritage, patrimoine, tout doit y passer. Il faut patiemment tamiser. Chêne ici, roseau, là, Chêne pour ceci, roseau, pour cela, Il y en a pour une bonne génération. D’autres syncrétismes de grande valeur, ethnoculturels ceux-là, en émergeront, si c’est fait proprement… Je suis optimiste.

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Barack Obama: émerger à gauche, présider au centre

Publié par ysengrimus sur juin 5, 2008

Bon, mettons nous une seconde dans la peau d’un grand bourgeois américain de ce temps. Le personnage est aussi puissant que discret. Totalement non-médiatique, inconnu du grand public, c’est un décideur rompu aux affaires locales et internationales, ses entreprises ont des filiales partout au monde. Il incarne le vrai pouvoir financier et industriel. L’argent rentre sans tambours et est réinvesti sans trompettes. Mais, depuis quelques années, les choses tournent moins rondement. Un antiaméricanisme poisseux, palpable, profond, tenace, pugnace se manifeste aux quatre coins de son empire feutré. Il perd des contrats, ses employés et cadres se font bousculer de-ci de là, ses clients internationaux sont crispés, cassants, on lui préfère des concurrents d’autres portions du monde, les hommes politique de ses contrées d’accueil lui font des tracasseries. Toute la structure de sa vaste entreprise ramifiée semble avoir perdu le fun des choses. Ces histoires de onze septembre, de guerre en Irak, de terrorisme et de Haliburton dépriment le moral, ternissent l’image américaine, exacerbent tous les recoins de la planète, brouillent les cartes, et nuisent au bon négoce. L’administration Bush apparaît dogmatique, ethnocentriste, arrogante, déconnecté, ahurie, usée. Elle n’écoute plus vraiment personne. Pas même la grande bourgeoisie… De fait, si tu n’es pas dans le pétrole ou dans le canon, elle te sert bien imparfaitement, cette administration rétrograde… pour ne pas dire pas du tout. Or notre grand bourgeois ici est ni dans le pétrole ni dans le canon (tout le monde ne peut pas y être!). Le gouvernement n’est pas son client exclusif, il s’en faut de beaucoup… Notre grand bourgeois ici n’est pas, au sens strict du terme, un lobbyiste. Car un “lobbyiste” on l’aura bien compris, ce n’est jamais que le représentant des entreprises dont l’administration du jour est la créature. Cela, en ce moment, procède d’un segment bien étroit et bien traditionnel de la production industrielle (pétrole, canon) et, moderne en l’occurence lui, notre grand bourgeois n’en est pas… Un autre jour viendra pour un autre lobbyiste sans doute, car, tous les savent, les lobbyistes ce sont toujours “ces lobbyistes là“. Les luttes internes de la grande bourgeoisie, cela existe et cela ne démord pas. Bref, un autre jour viendra…

Arrivent les élections de 2008. Un candidat génial, sang-mêlé, généreux, charismatique et populaire, une sorte de surdoué oratoire, émerge depuis la gauche. Oh, depuis une gauche bien douce, une gauche bien tricolore, une cocarde bien de chez nous. Il ne dit rien de spécialement faux. Il dit en fait ce que tout le monde pense depuis un bon moment. Il le dénonce justement, ce lobby des corporations traditionnelles et ce complexe militaro-industriel -bon, ça c’est de bonne guerre- mais surtout, il analyse finement l’effet strangulatoire de l’action dudit lobby sur l’administration publique. Et de là, bifurquant dans le bon sens, se posant sur le bon espace, il s’en prend aux chamailleries politiciennes oiseuses de Washington, à la paralysie gouvernementale, aux stérilités sclérosées du bipartisme hargneux. Il tient donc très bien sa place. Une place politique, solidement ancrée dans sa formation de constitutionnaliste. Il respire la réforme sans évoquer la subversion. On l’aime. On fait consensus autour de sa personne. Et lui, il veut justement bâtir un consensus politique. En un mot, et il le dit en toute candeur, il émerge à gauche mais entend présider (et peut-être même gouverner) au centre. Bon, notre grand bourgeois, qui ne fait pas spécialement de politique, se serait intéressé modérément à la chose, mais un fait a capté son attention.

C’est que ce candidat présidentiel éclatant, unique, spectaculaire, lumineux, Barack Obama, veut redonner le rêve américain à ses concitoyens et au monde. Au monde, hum hum… Il en fait tout un raffût d’ailleurs, et, ma foi, pube la chose fort efficacement. Lui, né à Hawaï d’une mère du Kansas et d’un père du Kenya, ayant réellement vécu dans ledit monde, notamment en Indonésie, pays de sa petite enfance, veut établir entre l’Amérique et ledit monde une manière de New Deal. Moins impérialiste, plus empathique, moins belliqueux, plus diplomatique… ou quoi que ce soit dans le genre (peu importe le détail, en fait, du moment qu’on coupe un peu dans tout cet arrogant gaspillage guerrier ayant court), cette nouvelle donne devrait surtout contribuer mieux que quoi que ce soit d’autre à décrisper l’atmosphère internationale qui en a, il faut bien le dire, grand besoin, dans le contexte actuel de dilapidation, de pillage des ressources alimentaires et de gabegie militariste. Ah non, le pire ennemi de ce captivant candidat historique ne sera pas la grande bourgeoisie de centre-droite… Notre grand bourgeois, cyniquement familier avec la solide machine à recyclage administratif et symbolique que sont les institutions politiques de son pays, ne s’y trompe pas. Il se le redis: le pire ennemi de ce candidat historique ne sera pas la grande bourgeoisie américaine ou mondiale. Le pire ennemi de ce candidat historique seront la guerre (et le segment étroit des entreprises bellicistes qui en vivent), l’antiaméricanisme, l’ethnocentrisme et l’intolérance sectaire de toute nature. Ce candidat saura possiblement déraciner ces tendances, chez ses compatriotes comme chez les autres, les approcher dans leur complexité, les circonscrire, les cerner et ce, avec le doigté et le sens des affaires mondiales requis. L’un dans l’autre notre grand bourgeois moderne de ce nouveau siècle juge que ce candidat présidentiel, nouveau aussi, et lui-même ont en fait en de tels ennemis des ennemis communs… Aussi, que pensez-vous donc que ce grand bourgeois ajustable, qui en a fameusement marre de la crispation des peuples et des tensions mondiales, fera, quand l’organisation électorale de cette merveilleuse tornade politique viendra le solliciter pour du financement (vu qu’il n’est pas, au sens strict du terme, un lobbyiste, enfin, disons, pour le moment, “un de ces lobbyistes là“)?

Eh bien il le financera, cet astucieux recycleur d’américanité … discrètement, comme d’habitude. C’est que… si l’impérialisme américain décline, autant se mettre tous ensembles pour le faire se poser en douceur… et voir venir les nouvelles opportunités d’affaire pendant la descente… Et Barack Obama, ce n’est jamais qu’un homme politique ordinaire de plus. Non, non, non, il n’est absolument pas faux de suivre la logique de notre grand bourgeois et de voir en Obama un politicien ordinaire. Pas ordinaire comme John Kerry ou Jimmy Carter, cependant. Il faudrait en fait dire: ordinaire comme FDR ou JFK. C’est toujours ordinaire et c’est toujours adapter le système pour le perpétuer (il faut bien s’en aviser). Mais oh oui, BHO sera un grand politicien ordinaire. La haute bourgeoisie commence donc à sérieusement s’en aviser. Elle sait dors et déjà qu’elle bénéficiera grandement de la formule des deux grands présidents centristes du siècle dernier, dont Obama avance déjà une reprise innovante dans sa rhétorique:

Reculer le camion embourbé, faire la synthèse de la situation de crise et proposer puis implanter une nouvelle donne - FDR

Fouetter les ardeurs, soulever la nation, exiger et obtenir que chacun donne le meilleur de soi-même dans la même direction - JFK

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Le paradoxe nord-américain du port d’arme: une histoire d’ours…

Publié par ysengrimus sur juin 2, 2008

L’histoire en question débute au 18ième siècle, à l’époque de la ci-devant culture de la frontière, quand ce qui bruissait dans le bois sur le bord de la route était soit ami, soit ennemi, soit ours. Le port d’arme dans ce temps était un strict atout nobiliaire et inutile de dire qu’un ours n’a pas conscience de ces distinguos de classe quand il charge. Aussi les révolutionnaires américains firent tôt du droit de se défendre dans le bois et sur leurs fermes une de leurs priorités fondamentales. On surestime d’ailleurs le caractère américain de cette exigence. Elle est en fait plus républicaine qu’américaine. En effet, si on lit attentivement les très copieux cahiers de doléances de la période prérévolutionnaire française, on s’aperçoit que la réclamation du port d’arme populaire y figure en bonne position dans de très nombreuses communes. Ceci dit, rien à faire. Il y a bel et bien dans les représentations modernes une profonde américanité de l’arme à feu. Inventeurs et concepteurs de plusieurs types d’armes de poing, de la carabine à répétition, du fusil mitrailleur (utilisé pour le première fois lors de la guerre de Sécession), j’en passe et des meilleurs, l’industrie, la culture, le folklore et la symbolique américains sont profondément et solidement marqué par le flingue et l’individu à flingue.

Révolution américaine, le port d’arme est légalisé. Révolution américaine, le Canada, comme à son habitude, ne suit pas… Depuis 1760, les britanniques au Canada opérant très ouvertement et très sereinement comme des occupants, seuls les officiers et les militaires ont le droit, strictement restreint par leurs fonctions, de porter les armes. La population française occupée ne s’attend d’ailleurs pas à autres choses. L’occupation a sa logique, et cette dernière exclut les flingues de la propriété du petit peuple. Révolution américaine, l’Amérique du Nord Britannique se recroqueville au Nord et les administrateurs coloniaux, surtout après 1776 et 1789, craignent suffisamment les courants d’idées républicains pour bien voir à ne jamais mettre des flingues entre les pattes ni de cette population française frondeuse, ni, en bonne cohérence légaliste, de la population anglaise en croissance (dont une portion significative débarque d’ailleurs justement du sud tricolore). Pas de ça chez nous. Du moins légalement car… et je me dois ici de faire revenir l’ours. Les folklores québécois et acadien sont solidement garnis d’un type très particulier de court conte populaire, les histoires d’ours. C’est toujours le même patron. Un homme a tué un ours dans le bois sans témoin, vient en vendre la fourrure au village et s’empêtre sans fins dans des explications tarabustées et filandreuses sur comment il est parvenu à réaliser un tel exploit puisqu’il n’est pas autorisé à se promener dans le bois ni nulle part ailleurs avec un flingue… Le protagoniste raconte à un auditoire goguenard et semi-complice qu’il est grimpé à un arbre dont la branche a cassé et qu’il est tombé sur le point faible du dos de l’ours, qu’il l’a chatouillé jusqu’à ce qu’il meurt de rire, qu’il l’a empoisonné avec la tambouille du chantier de coupe de bois, qu’il lui a redit le dernier sermon dominical le tuant d’ennui, qu’il a attendu l’hiver pour qu’il meurt de froid. Les variations sont infinies. Ces traits de folklore indiquent clairement que les acadiens et les québécois portèrent des armes illégalement dans leur propre dynamique de la frontière et narguèrent discrètement l’occupant avec des pétards déjà importés de chez nos voisins du sud… Un certains nombres de ces armes illégales, dont même des canons, firent d’ailleurs opinément leur apparition lors des révoltes anti-coloniales de 1837-1838 dans les portions tant française qu’anglaise du Dominion du Canada.

18ième siècle, l’administration américaine apparaît donc comme magnanime, libertaire, valeureuse, confiante et respectueuse du droit à se défendre. L’administration canadienne apparaît comme rétrograde, coloniale, vétillarde, aristo, renfrognée et peu soucieuse du bien-être de ses fermiers et de ses trappeurs. 21ième siècle, la perspective s’est inversée. Les américains passent pour des psychopathes qui font des cartons dans les restos famille avec des AK47 parfaitement légaux mais qui pourraient pulvériser l’ours sans qu’il ne reste plus rien d’utile de sa fourrure. Les canadiens passent pour de courageux modernistes qui tiennent tête au vaste fléau continental du flingue, l’œil vif et alerte aux frontières. Le développement historique a de ces revirements paradoxaux et les Dominions et les Républiques voient parfois s’inverser la légitimité de leurs systèmes de valeurs de façon toute inattendue.

Le Canada ne s’est pas départi de sa bêtise pour autant. Oh, là là! Voyez plutôt. Toronto, 2001-2010, trois millions d’habitants, métropole du Canada, voit le nombre de ses meurtres par flingues, y compris en plein jour sur rues passantes avec balles perdues et tout le tremblement, augmenter sans arrêt. Quoi, quoi, quoi? Mais les armes de poings ne sont-elles pas illégales dans ce fichu patelin? Réponse des autorités canadiennes: oui tous les crimes commis avec armes à feu sur Toronto dans la guerre des gangs, trafic de drogues et autres mitraillages pour raisons fumeuses dans les cafés branchés du centre-ville sont accomplis avec des armes bel et bien illégales. Ah bon! Tiens donc, mais d’où sort donc toute cette quincaillerie interdite? C’est un véritable arsenal, c’est… c’est comme les plans de cannabis en Colombie Britannique! Les ricains, eux, achètent ça à l’armurerie du coin. On n’en veut pas plus, mais au moins on sait d’où ça sort. Mais nous? Réponse des autorités canadiennes: oh vous savez, des pétoires qu’on chaparde au cas par cas lors de cambriolages chez des collectionneurs, des carabines et des pistolets de tir sur mire que des tireurs sportifs détenteurs de permis récréatifs se font voler un par un dans leurs coffres de bagnoles, des répliques réalistes d’armes à feu rachetées à des studios de cinéma par des braqueurs imaginatifs, le fusils à chevrotines de chasse de grand-papa qu’on tronçonne. Les gens sont débrouillards, vous savez…

Pardon, excusez-moi, pardon! C’est un autre type d’histoire d’ours ça…

Les autorités canadiennes se voilent la face sur leur incompétence à maintenir un interdit gagnant de plus en plus en importance sociale de la même façon que les américains se voilent la face sur leur incapacité à enrayer les crimes que leur constitution désuète facilite. C’est l’Amérique partout, que voulez-vous. Les faits sont les suivants, implacables: la quasi-totalité des armes à feu utilisées au Canada dans les circuits de grande comme de petite criminalité sont des armes modernes, pratiques, design, efficaces, non folkloriques, importées directement en contrebande des États-Unis. Les autorités canadiennes se voilent tellement la face et collent tellement à leur histoire de clubs de tirs sur mire artisanalement cambriolés par on ne sait qui que le maire de Toronto a décidé en 2008 de porter un coup sec. Il a rendu la totalité des clubs de tir sur mire illégaux sur tout le territoire de sa municipalité, les versant de ce fait aux profits et pertes d’une lutte contre la banalisation des armes de poings dans la vie urbaine qui passe ici par une lutte contre le mensonge et la tartufferie insidieusement complice sur l’origine glauque de tous ces pétards.

Après une telle mesure, si elle tiens, on va bien voir si le nombre de flingues diminue tant que cela dans la Ville-Reine, ou si plutôt, comme les constables villageois du vieux Dominion ont dû fort souvent le constater, l’ours n’a pas un trou béant et évident entre les deux yeux.

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Lettre ouverte à la Gouverneure Générale du Canada

Publié par ysengrimus sur mai 26, 2008

Madame la très honorable Michaëlle Jean, C.C., C.M.M., C.O.M., C.D. Gouverneure Générale du Canada

Excellence,

J’aimerais vous dire haut et fort que j’ai été très profondément heurté, indigné et commotionné par les propos injurieux et inacceptables tenus à votre endroit par Monsieur Victor Lévy Beaulieu en mai 2008, et j’aimerais partager avec vous et les lecteurs et lectrices de mon carnet la réplique que je leur donne. Elle vous est respectueusement adressée.

Voici qu’on veut faire allusion au colonialisme et à l’esclavage? Très bien. À la fin du film SPARTACUS de Stanley Kubrick (1960), quand le plus grand soulèvement d’esclaves de tout l’Empire Romain vient d’être brutalement écrasé, un centurion crie dans la vallée ou agonisent des milliers de gladiateurs révoltés en demandant autoritairement: LEQUEL D’ENTRE VOUS EST SPARTACUS? Tous les esclaves encore valides se lèvent l’un après l’autre, lentement, dignement, sereinement et répondent à pleins poumons, un par un, comme en un écho infini: JE SUIS SPARTACUS!

Voici qu’on veut conjecturer sur les origines étrangères et nationalités multiples des uns et des autres? Tout bon. Pendant les événements de Mai 68, dont nous évoquons ces temps-ci le quarantième anniversaire, un notable français du temps alla dire, pour légitimer l’extradition vétillarde, abrupte et arbitraire de Daniel Cohn-Bendit, l’énormité suivante (citation libre): «Les troubles étudiants sont le fait de petits groupes dont un des meneurs est le juif allemand Cohn-Bendit». Les protestataires étudiants se levèrent alors tous d’un bloc à Paris et produisirent collectivement un des plus puissants de tous les slogans de Mai: NOUS SOMMES TOUS DES JUIFS ALLEMANDS!

Dans cette double ligne d’inspiration et avec la plus ferme et la plus profonde des solidarités humaines envers vous, comme figure institutionnelle, comme compatriote et, par dessus tout, comme personne, voici donc ma réponse. Je la formule au nom de tous les canadiens et de toutes les canadiennes qui pensent comme moi. Le plus grand nombre possible j’espère.

MADAME JEAN, JE SUIS UN NÈGRE, NOUS SOMMES TOUS DES NÈGRES, ET VOUS ÊTES NOTRE REINE.

Paul Laurendeau

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La fin historique du racisme

Publié par ysengrimus sur mai 1, 2008

Si le racisme se perpétue longtemps après l’effondrement des conditions objectives de son engendrement, cela s’explique d’une façon claire quoique souvent mécomprise: le racisme sert le capitalisme. Clarifions d’abord une chose: il n’y a pas de racisme dans la société esclavagiste. Vous avez bien lu. Il y a plutôt un phénomène bien pire, dont nous avons tout oublié: la division raciale du travail. L’esclavagisme requiert pour fonctionner efficacement qu’un signe distinctif imparable et inaltérable fasse la différence entre maîtres et esclaves. Certains signes afférents furent utilisés: le fait de marcher à pied plutôt que d’aller à cheval, certains attributs vestimentaires ou capillaires, la marque au fer rouge. Mais un esclave matois peut toujours voler un cheval et altérer son apparence. Tant et tant que le signe distinctif imparable se trouva vite sélectionné: la couleur de la peau. Comme l’or et l’argent supplanta vite le sel comme monnaie, la couleur de la peau, signe patent, intégral, inaliénable, inaltérable, imparable, inusable supplanta vite toute autres caractéristiques pour désigner l’esclave. Le culminement de ce phénomène, sa réalisation cardinale, c’est, naturellement, la Confédération Sudiste Américaine qui y accède. Dans une rue d’Atlanta de 1855 on pouvait, d’un seul coup d’oeil, distinguer les maîtres des esclaves. Cela se faisait dans la brutalité la plus absolue et la plus tranquille et de ce fait, sans animosité particulière. Le système social tenait, on n’avait pas à pester contre les races. La ségrégation inhérente à cette division raciale du travail était objective plutôt que subjective, si je puis dire. L’économie agricole reposait sur elle, en vivait. On donnait des ordres aux hommes et aux femmes noirs et on prenait les ordres des hommes et des femmes blancs. Il y avait deux classes distinctes d’êtres humains. Fin du drame. Le dispositif était rodé. Les maîtres étaient condescendants ou brutaux, placides ou cruels, matois ou bêtes, mais ils n’étaient pas spécialement racistes, au sens moderne du terme. Le servage d’occupation des anciennes colonies africaines fonctionnait selon un modus similaire -mais pas identique- de violence tranquille et de puissance foncière bonhomme. Pour des raisons de balance démographique et de fragilité inhérente à toutes les invasions coloniales, nos bons coloniaux rencontraient cependant toutes les contraintes objectives des occupants minoritaires.

Le capitalisme détruit inexorablement le système agricole basé sur l’esclavage et c’est alors, alors seulement, que le racisme apparaît. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égal. Le racisme est le regret subconscient de la division raciale du travail perdue. Il est une représentation idéologique illusoire et régressante, nostalgique de l’époque où le Noir et l’Arabe n’étaient pas un égal. Le racisme jaillit donc dans une société basée sur la mise en marché nivelante de la force de travail où toutes les races sont désormais intégralement égales face à l’exploitation capitaliste objectivement aveugle aux races. La contradiction est donc que le capitalisme, pour qui ne comptent plus que l’argent et le travail, engendre le racisme, moins en référence aux conditions qu’il met en place qu’aux conditions antérieures de paix sociale ségrégante qu’il détruit. Le Ku Klux Klan dans les Amériques est l’incarnation suprême de ce phénomène de nostalgie du temps où on ne forçait pas le noir et le blanc à s’asseoir à la même table. On regrette l’époque “idyllique” où le noir cueillait le coton et ou le blanc le surveillait sereinement les armes à la main. Désormais, capitalisme dixit, les cueilleurs et les surveillants sont de n’importe quelle couleur. Il faut imparablement que l’égalité entre les races et la disparition de la pertinence économique des races soient objectivement instaurées pour que son rejet subjectif régressant, le racisme, se manifeste.

Voyons par exemple les travailleurs et les travailleuses français, toutes origines ethniques confondues. Le capitalisme cultive envers eux, comme envers quiconque, un ensemble de procédures brouillantes et divisantes visant à perpétuer la compétition au sein du prolétariat pour retarder au maximum la mise en place d’une solidarité de classe. L’ensemble grouillant et nauséabond des représentations régressantes et nostalgiques est le vivier parfait où puiser. Si le racisme est instillé, préservé, maintenu, alors qu’on importe massivement du prolétariat frais, compétent et peu exigeant des anciennes colonies, la «race ennemie» tangible devient le prétexte idéal faisant écran de fumée parfait à l’ennemi réel intangible: l’exploitation capitaliste. Le racisme du charbonnier du travailleur français repose donc sur deux altérations idéologiques de son éducation prolétarienne perdue: nostalgie régressante de la supériorité coloniale et manifestation du fait que l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante. Dans ce second cas, le travailleur intègre la logique mentale du capitaliste au point de penser son camarade de classe comme un compétiteur étranger! La couleur de la peau, qui servait jadis au maître à cheval à distinguer ses esclaves sur le chantier agricole, sert maintenant à l’exploité non solidaire à sélectionner ses boucs émissaires sur le chantier industriel. On voit bien ici que la notion d’aristocratie ouvrière n’est pas un vain mot. Le rentier social tertiarisé qu’est devenu le travailleur occidental appréhende la perte de ses privilèges petit bourgeois que le prolétariat «racial» ne provoque pas objectivement mais incarne idéologiquement. Ayant perdu de longue date toute éducation communiste, le travailleur français s’attaque au symptôme superficiel de sa déchéance objective plutôt qu’à la cause profonde de son exploitation et de celle de l’exploité immigrant mondialiste, toutes races confondues. Et, au plan bassement politique, un concert bruyant d’échos est donné à cette malodorante gangrène d’idées. Par exemple, pour revenir sur notre continent, par le propos odieux qui marqua la mort de sa campagne d’investiture en 2008, Hillary Clinton instrumentalisa le racisme exactement comme notre culture ordinaire le fait enore. Elle alla dire: “Barack Obama est noir, cela ne marchera pas avec les travailleurs blancs”. Postulant un racisme imaginaire chez les masses, elle le perpétuait sans le confirmer et s’en servait comme instrument de division électoraliste, sur des questions qui n’avaient absolument rien de raciales. Aussi, sa défaite fut-elle une étape de plus… dans la défaite du racisme lui-même. Le fait est qu’implacablement, la réalité complexe et ouverte de la mondialisation portera ce racisme sans fondement objectif, cette compétiton discriminatoire aux assises imaginaires, cette ségrénation-gadget au fin fond de sa déchéance ultime.

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La déréliction ce n’est pas un changement de religion

Publié par ysengrimus sur avril 30, 2008

Bon, bon, partons de l’opposition Bible/Coran. Fondamentalement le problème se résume comme suit. Si on dit à un Jesus-freak de n’importe quel tonneau que la Bible est en fait un ensemble éclectique de 73 livres noués ensemble sur une période de deux mille ans, et que –par exemple- aux quatre évangiles reconnus s’en ajoutent plusieurs autres apocryphes que l’on édite et étudie pour trouver les éléments tardifs des évangiles reconnus, cela ne pose pas de problème particulier de foi. Jésus continue de mourir sur la croix, de tendre l’autre joue, de multiplier les pains et les poissons et de ressusciter trois jours trop tard, même si les rapports écrits sur son sujet sont brouillés par le flot bringuebalant de l’Histoire.

Par contre, si on dit à un musulman: gars, c’est prouvé par l’analyse philologique effectuée par des gens fiables, la rédaction du Coran s’étale sur plusieurs siècles. On y dégage des textes anciens et des textes tardifs. Ces différents segments ne peuvent pas procéder d’un auteur unique. Oh ça, ça pose un gros problème de foi. C’est que, contrairement à la foi chrétienne, la foi musulmane PRENDS POSITION SUR LA FAÇON DONT LE TEXTE SACRÉ A PRIS CORPS. Dicté par Dieu dans la langue divine via un ange sur une période brève et consigné par un messager unique. Point barre. Le fricfrac philologique dans le Coran fait chier les musulmans autant que font chier les chrétiens, ces creuseux qui trouvent la tombe d’un Christ bel et bien mort et enterré, marié à une Marie de Magdala qui repose avec lui et leurs enfants. C’est pour ça que bien des savants arabes pompent comme ça sur ces histoires de textes. La philologie coranique agresse leur foi de facto, implacablement. Et cela fait de la philologie coranique une démarche difficile, délicate, emmerdante et mal acceptée dans le monde musulman.

Maintenant, sur cette base, observons que changer de religion et abandonner toute pratique religieuse, ce sont là deux dynamiques parfaitement distinctes, et les amalgamer intempestivement, ma foi (farce), c’est de la pure malhonnêteté intellectuelle. Il y a déréliction dans le monde occidental (et même dans le monde en général) depuis un bon siècle et cette déréliction se poursuit, inexorable. Traiter la déréliction comme un “changement de religion” c’est perpétuer la brume religieuse et occulter le vrai phénomène, celui de la montée de l’athéisme, allant de concert avec l’augmentation des connaissance objectives, le recul des valeurs traditionnelles, le désintérêt pour le conformisme, le discrédit des autorités abstraites, le foutoir des doctrines, l’individualisme immanent, l’hédonisme, le déclin irréversible des vieilles peurs archaïques, et le retour des légendes à leurs dimensions de légendes. La religion n’est pas abattue comme un arbre vif, elle tombe doucement et se change en humus le temps venu, comme les feuilles mortes… Aussi, quand mon ex-chrétien se mettra à l’archéologie des tombeaux araméens (entre autres parce que l’Islam lui aura fait comprendre que la croyance en une résurrection et en une paternité divine est nettement un relent superstitieux dépassé) et quand mon ex-musulman se mettra à la philologie de la langue arabe (entre autres parce que le Christianisme lui aura fait piger que le culte du livre, c’est bel et bien un peu fétichiste quand même dans les coins), il y aura là une dynamique qui n’aura absolument plus rien de religieux, de mystique ou de mystifiant. Ces gens assureront alors l’intendance pacifique et savante d’un patrimoine ethno-culturel riche, intéressant, marrant et parfaitement inoffensif. Or aucun de mes deux gogos ici ne se sera converti à la religion de l’autre. Il y aura eu de fait déréliction sans changement de religion.

Et ce jour “béni” viendra… Il viendra, je le crois…

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Le Grand Noir de 2003, bof, banal…

Publié par ysengrimus sur avril 29, 2008

Il y a eu deux grandes Noirceurs électriques dans l’histoire de l’est de l’Amérique du Nord. Une en 1977. et une en 2003. Panne de courant intégrale de plusieurs heures dans les deux cas. comportements sociaux à l’avenant. La question intéressante dès lors, c’est celle du contraste 1977/2003 face à l’obscurité opaque et au silence des génératrices. Exemple: New-York. En 1977: la folie pillarde et paillarde. En 2003: le calme morose et pas rose. On pourrait vouloir y voir un indice de l’augmentation de la prospérité new-yorkaise et pourquoi pas. Mais hélas, il y a un autre effet qui entre en ligne de compte, je pense. L’effet de banalisation. Je pense toujours à cet idiot d’André Breton qui disait en son temps que l’acte surréaliste par excellence serait de sortir sur la rue avec un flingue et de tirer au hasard. Nous du vingt-et-unième siècle, à qui c’est arrivé, on ne la sacralise plus comme surréaliste et on ne cite plus Breton sur la question. On la subit et c’est fini. Pour lui c’était surréaliste, pour nous c’est ordinaire. Effet de banalisation. Même phénomène ici, en moins tragique. En 1977, la Noirceur Absolue c’était nouveau, c’était énorme, c’était le party, c’était les enfants face au fruit défendu. En 2003, c’est un pépin de plus dans le gros sac avec le terrorisme, les crimes aléatoire, le vol d’identité, le 11 septembre, les magouilles de l’après-Bhopal, les prises d’otages à répétition, la piraterie maritime, l’esclavage et le trafic d’êtres humains, la perte du portable, le réchauffement global et la feuille d’impôt. La civilisation contemporaine banalise plus la catastrophe qu’il y a une génération. Par la force des choses on a collectivement les nerfs plus solides. D’où indifférence insensibilisée face à la Noirceur new-yorkaise (et torontoise) de 2003.

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Britney Spears, notre symptôme…

Publié par ysengrimus sur avril 29, 2008

Quelqu’un qui a une oreille et un oeil fort fiables pour la musique pop m’a expliqué la combine qui roule dans une des vidéos de Madonna. Madonna se serait emparée du look, du son, du swing et du mec de Britney Spears, pour lui chiper son segment de suiveux, pendant que l’autre s’effondre et sort du circuit en laissant le vide qu’on devine. La fausse grande amie à couteau dans le dos, en somme. Les Spearsologues affirment sans rougir que le tout de la chose de la chanson et du clip FOUR MINUTES est une copie carbone poisseuse de Spears. C’est-tu assez rapace, l’affaire? C’est-tu assez régressant? C’est-tu assez symbolique, surtout? La plus vieille qui outdate la plus jeune, la mère putative qui poignarde la fille adoptive, en avouant implicitement ce trip juvéniliste et cette jalousie latente qui sont les nôtres… Voilà. On pousse nos enfants juste qu’au coton du blé d’Inde. On les hyperactive. On les écoeure à fond parce qu’on voudrait plus que tout au monde être le père ou la mère de Mozart. Qu’ils dansent, qu’ils chantent, qu’ils marchent sur l’allée lumineuse, qu’ils se tortillent. Qu’ils deviennent des Gipsy Rose Lee s’il le faut. Puis, quand on «rate» notre petit prodige, on se retrouve avec un gars ou une fille ordinaire que l’on regarde en chien de faïence jusqu’à la fin de nos jours, notre enfant jouant involontairement son rôle de bouc émissaire de nos propres regrets. Ou, quand on «réussit» notre petit prodige, on se retrouve avec le côté diurne et le côté nocturne de Britney Spears. Et naturellement, quand elle pète son câble, comme l’immense majorité des enfants stars le font, on la regarde de haut et/ou on lui chipe ses billes à la Madonna. Elle est alors devenue le réceptacle sous pression de nos propres envies de gloriole. C’est de sa faute, pas de la nôtre… Et on piste sa déchéance, la bave aux lèvres, dans toutes les feuilles à potins disponibles…

Nous sommes tous malades du Trip de Star, et Britney Spears est notre plus saillant symptôme…

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