Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Sur l’ÉCLECTIQUE PLASTIQUE… (quand une baignoire antique s’immerge en un aquarium)

Posted by Ysengrimus le 15 août 2012

Prenez donc partout où vous voudrez, mais ayez un principe pour prendre; ayez une impulsion, un point initial et un but correspondant à ce point; en d’autres termes, ayez une inspiration qui regarde le passé et l’avenir; dites-nous d’où vous partez et où vous allez; soyez effet et cause.

Pierre Leroux, Réfutation de l’éclectisme, 1839, Librairie de Charles Gosselin, p. 10.

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Une baignoire antique
Blanche, lente, poussive
Avec quatre pattes torves
Se baigne dans un aquarium
Avec pompe, avec décorum.

La baignoire antique,
Incurvée, pansue, morose,
Penche et quelque chose
Qui perle du fond de l’aquarium
Lui flatte un bedon, bonhomme.

C’est un jet de bulles
Qui remonte, qui circule
Le long du ventre enflé
Blême, concret, incurvé,
De la baignoire antique immergée.

Version aquatique
Des Vacances de Hegel,
Le tableau de Magritte
Ce verre d’eau déposé sur le sommet d’un pépin
Ouvert, déployé, tout sec et tout taquin.

Ici, similaire, vive dialectique,
Une baignoire antique
S’immerge en un aquarium
Du fond duquel, cette affaire,
Il coule, il monte, il papillonne de l’air.

(Tiré de mon recueil L’Hélicoïdal inversé (poésie concrète), 2013, ce texte, intitulé Objet surréaliste 2010,é composé d’après le ready-made Silence and Slow Time (1994) de Catherine Widgery).


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Une éclectique plastique n’est pas la même chose qu’un ready-made brut (ou, n’ayons pas peur des mots: ready-made provoque). Les deux types de dispositif jouent de chocs logiques, voire d’apories. Sauf que le jeu d’apories suscité par le ready-made brut concerne strictement le choc (encore) si choquant entre le caractère ordinaire, trivial ou vulgaire, de l’objet et sa tonitruante reconnaissance artistique institutionnelle. Le ready-made FONTAINE de Marcel Duchamp (1917) est un peu le modèle du genre.

Le ready-made brut (ou ready-made provoque) par excellence: FONTAINE de Marcel Duchamp (1917)

Oh, how shocking! On pogne un urinoir, on colle une signature dessus (avec date, pour bien faire chic – ici Duchamp pousse l’affaire au point de signer d’un pseudo. Il n’accrédite pas l’oeuvre de son nom, il la griffe simplement, et pseudonymement, si possible). On force ça dans un musée. Si (et seulement si…) on a le poids institutionnel (de facade ou de coulisses) requis, ça passe. Et l’aporie jaillit alors entre l’objet trivial sans art et les gogos qui le consacrent art par docilité institutionnellement malléable. L’empereur est nu et les seules cogitations qui percolent alors concernent l’illogisme et la servilité veule du marché de l’art bourgeois institutionnalisé. Le seul choc éclectique ici, c’est celui entre l’objet industriel banal et la signature griffue de l’artiste qui le consacre ou le sacralise. Fin fugace de l’effet de pensée. Durabilité tenace de la petite provoque facile…

Avec une éclectique plastique, il se passe quand même autre chose. Le tableau bien connu Les vacances de Hegel de René Magritte (1958) n’est pas spécialement un exploit de technique picturale et pourtant le patatra mental qu’il nous porte est fulgurant. C’est un choc logique. C’est aussi une composition, au sens le plus fort du terme, une composition composite, pour tout dire. L’installation d’objets plastiques (reproduite picturalement dans ce cas-ci, mais c’est secondaire) est éclectique, en ce sens qu’il s’y déclenche un rapprochement concret inattendu qui bouscule notre conception, utilitaire ou plus purement formelle (mais toujours convenue, banalisée), de la cohérence entre objets. Qui dit éclectique plastique dit contact abrupt entre deux surfaces, deux espaces. Ici un verre d’eau est posé sur le dos d’un parapluie ouvert. Des questions fusent. Pourquoi le parapluie est-il ouvert si l’eau est déjà contenue dans le verre? Pourquoi un verre d’eau, objet résultant d’une décision soiffarde somme toute consentie, quand le parapluie s’ouvre pour protéger de la pluie, cette masse aqueuse tombant, elle, librement du ciel, sans notre consentement? Il y a contradiction. Soit le verre est en trop (privant le parapluie de sa fonction protectrice) soit la pluie manque (obligeant la présence du verre pour que l’eau, toujours un peu menaçante quand même, figure dans le tableau). C’est notre rationalité courante qui est questionnée dans une éclectique plastique. La seule source d’angoisse effectivement picturale dans le tableau de Magritte tient à cette mystérieuse disparition de la pointe du parapluie à laquelle le verre d’eau semble se substituer. C’est angoissant, déstabilisant, surtout dans un tableau ready-made aussi crûment figuratif. Magritte, qui avait un sens vif du titre, fait rebondir l’impact d’aporie avec le texte du titre Les vacances de Hegel. Il y a d’abord un premier effet d’aporie dans ce petit texte même. Hegel (1770-1831), le penseur le plus prolifique et le plus encyclopédique de la philosophie moderne, qui a écrit sa monumentale Phénoménologie de l’esprit (1807) en étant pion dans un gymnasium, ne prenait probablement jamais de vacances… Les vacances de Hegel, c’est criardement éclectique comme simple assertion. Rien ne s’arrange dans le rapport entre le titre et le tableau ready-made même. Pauvre Hegel qui doit ouvrir un parapluie en vacance. Est-ce la profondeur de sa compréhension philosophique du monde qui trouve moyen de cerner la pluie dans un verre? En tout cas une éclectique plastique est un objet dialectique, en ce sens qu’il nous force à cogiter, jusque dans ce petit extrême concret que le peintre ou le sculpteur nous impose, la contradiction objective fondamentale de l’existence. Ceci n’est pas peu dire quand on se rappelle que c’est justement Hegel qui réintroduit la dialectique (appréhension de la contradiction comme essence des choses existantes) dans la philosophie moderne. Mais Hegel ici est en vacances, d’où certainement l’absence de flux dialectique, de torrent héraclitéen, le liquide étant temporairement immobilisé dans ce verre en équilibre et le mouvement (toujours un peu inévitablement intempestif) d’ouverture et/ou de fermeture du parapluie marquant une pause «vacancière». L’essence est la manifestation calme des phénomènes (Hegel).

Silence and Slow Time de Catherine Widgery (1994) est aussi une écletique plastique. J’ai eu la joie de voir cette installation tridimensionnelle au Musée d’Art Contemporain de Montréal en 2010. C’est de la vraie eau et une vraie baignoire… Ma première exclamation fut: «Un bain qui prend son bain!» En effet, ici, dialectiquement, c’est la baignoire qui est immergée. Et de par le fait qu’elle est intégralement plongée dans un vaste aquarium, lui-même raccordé à un tout vrai, tout plat et tout prosaïque ready-made bien effectif de fils bourdonnants qui en éclaire l’intérieur et fait courir cette traînée verticale de bulles contre son ventre, on semble lui imputer une sorte de (bien) fausse vie marine… et toute une autre série de collisions logiques se mettent à percoler en nous. L’air pétille en arrivant du bas, par petites émulsions aquariumesques, au lieu de stagner massivement en haut, dans le vaste creux de la baignoire vide (car veuillez le noter, une baignoire immergée et courbée n’est pas vraiment pleine. C’est en fait elle qui contribue à un remplissement). Ladite baignoire est antique, l’aquarium est moderne. Choc, choc, choc… Bon, je n’épilogue pas. Je vous renvoie à mon petit poème, mon Manifeste pour l’éclectique plastique en vers. Tout y est. Et, transgression pour transgression, je préfère personnellement encore celle là à celle du ready-made provoque, un peu courte, finalement, et un peu inversée, à terme. Il en est ainsi en ce sens que le quidam (Marcel Duchamp, par exemple, comme artiste frondeur sur le retour) croyait initialement se foutre de la gueule de l’art mais finalement, ben, ça s’inverse, hein, et, disons la chose comme elle est, c’est bel et bien l’art bourgeois qui, récupérateur autant qu’auto-promoteur, se paie finalement la poire du quidam (nous, par exemple), en se perpétuant cyniquement, sans que l’urinoir griffé dans le musée n’y transmute finalement grand choses… Un ready-made brut fait rager hors de l’art, en le raillant lui. Une éclectique plastique fait cogiter dans l’art, en se déroutant soi. Chacun son trip…

Des éclectiques plastiques

Moi, j’aime les éclectiques plastiques.
Elles me décrassent les neurones de la logique
Simplette et raplapla du quotidien.
Elles me font le plus grand bien.

Parlez-moi d’une montre molle.
L’idée est grandiose, et pas bête, et pas folle.
La mesureuse du temps ressemble alors au temps.
Cela me rend content.

Donnez-m’en des verres d’eau claire
Posés en équilibres sur des pébroques ouverts.
Ma weltanschauung en sort de sa petite case.
Cela me remplis d’extase.

Donnez-moi un centaure et une centauresse.
Qu’ils soient sans mesquinerie et s’aiment sans paresse.
Entre le cheval et l’humain, ils sont la médiation.
Et cela me semble bon.

Maisons de pain d’épice et sabres de beurre mou,
Avignonnaises cubiques et guitares sans trous,
Cheval ailé, Horla, chimères maléfiques.
Longue vie aux éclectiques plastiques.

Tiré de mon recueil L’Hélicoïdal inversé (poésie concrète), 2013

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10 Réponses to “Sur l’ÉCLECTIQUE PLASTIQUE… (quand une baignoire antique s’immerge en un aquarium)”

  1. Caravelle said

    "Rien ne s’arrange dans le rapport entre le titre et le tableau ready-made même. Pauvre Hegel qui doit ouvrir un parapluie en vacance."

    Ysen, pourquoi tu dis que le tableau de Magritte est un ready-made? Je croyais que les ready-mades étaient des objets ordinaire du monde concret.

    Carava

    [C'est bel et bien un raccourci de dire que ce tableau est un ready-made mais l'impact intellectuel qu'il a est identique à celui d'un ready-made et ce, de par sa dimension cruement figurative. On pourrait prendre un vrai pépin, Caravelle, poser un verre d'eau en équilibre dessus et, une fois pris en compte le problème pratique de la pointe (en penchant un peu le pépin, ça marcherait, ça tiendrait), en tirer une photo et vlan, on aurait une oeuvre fabriquée, en toute ironie logique, avec des objets pré-usinés (principe du ready-made). La dimension picturale de ce tableau de Magritte là est de fait ancillaire ici. C'est en tant que ready-made transposé ou représenté qu'il nous fait gamberger. Oui? - Ysengrimus]

    • Caravelle said

      Oui, oui. Alors, mon cher, si je te suis bien, un exemple d’exploration picturale sur le tableau ready-made original ce serait donc ceci?

      Carava

      [Exactement, Caravelle. En plein dans le mille. Ce tableau là que tu nous montres, lui, nous saisit dans une dimension PEINTE plus brute, plus sciemment croûtesque (plus picturalement autonome, pour causer formel), tout en travaillant/explorant à partir de celui de Magritte qui, lui, nous avait saisit dans sa dimension "photographique". Ce tableau là (celui que tu nous montres) n'est PAS ready-made... - Ysengrimus]

  2. Catoito said

    J’aime bien ta distinction entre provoque institutionnelle (courte, stérile) et provoque "logico-plastique" (féconde, artistique). Tu m’aides à voir plus clair dans les sentiments violemment contradictoires que me produisent ces oeuvres d’art moderne, bizarres, baclées, brouillonnes et simplettes. Admiration et agacement s’y côtoient toujours. Tu nous en explique la raison.

  3. Eléonore said

    Moi aussi, j’ai eu le plaisir d’assister à l’exposition En verre, sous verre… et sans verre dont faisait partie l’oeuvre bouleversante et mystérieuse de Widgery. J’apprécie beaucoup la distinction-astuce que vous faites ici.

  4. mamido007 said

    Reblogged this on beinthevent.

  5. Tourelou said

    Ce mouvement subversif, développé par le dadaïsme, se base sur la déconstruction de l’art traditionnel. J’apprécie également cette pure humilité de ces artistes provocants, surréalistes qui nous composent et offrent une oeuvre comme une dose illicite de ces produits qui nous évitent à se conformer… Il faut explorer notre inconscient. Merci de votre contribution.

  6. Jimidi said

    Très intéressant, ce rapprochement d’œuvres et ce que tu en dis aussi, bien sûr, mais ça me renforce dans cette conviction que les œuvres d’art échappent en partie à leur commentaire, mais aussi – je vais y revenir – aux intentions de leur créateur. Je précise tout de suite que pour moi, cette transcendance est une qualité.

    Concernant la fontaine de Duchamp, je n’en méconnais pas son côté « foutage de gueule », mais plusieurs choses me fascinent encore dans cette œuvre. Pourquoi, par exemple, alors qu’on trouverait à la même période et depuis, d’autres œuvres affirmant de la même manière que l’art n’est peut-être qu’une question de contexte, celle-là s’impose-t-elle ? Plus fort que d’autres du même artiste ? Est-ce par la fonction première de l’objet, un urinoir : « Certaines oeuvres, c’est de la merde, oui, mais celle-là, c’est aussi de la pisse » ? Est-ce par le côté extrême, ni l’objet, ni la signature n’étant de Duchamp, qui pourtant signe, dispose, expose, impose ? (Ce qui renvoie autant au statut de l’artiste qu’au statut de l’œuvre, deux questions brûlantes de l’art contemporain.)

    Puis il y a ce côté écrasant, dont une simple recherche Google sur « Marcel Duchamp » permet de mesurer l’ampleur : l’urinoir masque tout ce qu’il a fait d’autre. C’est le problème des artistes ayant sorti un « tube », celui de la notoriété écrasante.

    Enfin, et je n’y avais pas vraiment prêté attention avant ton article, mais il se passe la même chose avec, par exemple, son hérisson à bouteille, puis avec la baignoire : l’objet se dégage de son histoire. Je le dis autrement : dans une ou deux générations, sans doute plus personne ne se souviendra que le machin métallique hérissé exposé par Duchamp servait à stocker des bouteilles vides. L’objet pourra alors montrer ses seules qualités matérielles et peut-être alors, apercevra-t-on sa beauté intrinsèque, tout à fait évidente. Le chemin sera sans doute un peu plus long pour l’urinoir, mais quand nos femmes auront réussi à nous faire pisser assis, que l’idée même d’uriner debout aura disparu des esprit, peut-être verrons-nous cet objet de céramique blanche, percé, comme ce qu’il est aussi : une intéressante composition de formes, de courbes, de matière…

    Qui pourrait jurer que parmi des milliers d’objets possibles, ce n’est pas la forme, la matière de ceux-ci qui ont « tapé dans l’oeil » de l’artiste et présidé à leur choix, peut-être même de façon inconsciente, en tout cas indépendamment du propos qu’il entendait défendre ?

    De l’irréductible aux propos, fussent-ils ceux de l’artiste lui-même, on en trouve également dans les deux autres œuvres. Celle de Magritte se présente comme un gag. On pourrait la ranger un peu vite parmi les innombrables images dont le Net regorge, parmi les trucs marrants que la toile colporte. Découvrir ce parapluie portant un verre d’eau fait naître un sourire. On sent également bien qu’il y a là quelque chose de poétique, une intention de surprendre, mais comme tu le dis bien, il provoque une sorte de « patatras » mental de questions, dont on peut poser comme hypothèse que c’était exactement l’intention du peintre, mais il y a plus, qu’on sent confusément, quelque chose avec l’air et l’eau, les éléments naturels sur lequel nos objets assurent une (illusoire) maîtrise et bref, le spectateur pourra dériver à partir du tableau dans des directions et jusqu’à des lointains dont on peut penser qu’ils n’entraient pas dans les intentions de Magritte, et c’est très bien comme ça.

    Reste la baignoire et je vois presque l’artiste, même une fois visualisée son idée, passer du temps à la choisir. Je l’imagine le faire de façon assez sûre : celle-là non, celle-là oui. Mais sur quels critères explicites ? On s’en fout. L’artiste ne procède pas comme ça. « Je ne cherche pas, disait Picasso : je trouve. » A l’arrivée, on trouvera avec lui cette baignoire parfaite, avec son ventre rond et blanc de cétacé, et ses probables pattes de lion – ça se faisait bien à l’époque. Mais comme l’urinoir, comme le parapluie et son verre d’eau, la mise en situation de cet objet là, particulier, choisi, en plus de nous emporter chacun loin, infiniment quand ça marche, nous permet également de le voir comme nous ne l’avons jamais vu. Cette baignoire est belle. Elle l’était indépendamment de cette mise en situation, mais encore fallait-il nous la montrer. La douche ascendante de bulles d’air en remplacement de la douche descendante de gouttes d’eau est juste géniale.

    Merci de tout ça, cher Ysengrimus !

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      Art trouvé démodé

      Ça me fait quand même un peu penser, cette affaire,
      Au phénomène incontrôlé
      De l’art trouvé démodé.
      Suivez-moi bien, si vous n’avez pas mieux à faire.

      Marcel Duchamp pogne un vulgaire porte-bouteilles
      Et il l’intronise art trouvé.
      Il l’intitule,
      L’investit, articule
      Le flonflon institutionnel
      Autour d’icelui, du susdit.
      Ce n’est en rien différent de ce qu’il fit, un autre soir,
      Mettons, avec la roue de bicyclette,
      Mazette,
      Ou avec l’urinoir,
      Câliboire.

      Simplement le Porte-bouteilles de Duchamp, l’avez vous regardé ?
      C’est une courte superposition de cercles, formant conique,
      Une sorte de hérisson excentrique.
      Il est parfaitement anachronique
      Et incroyablement
      Déroutant.
      Il «portait» des bouteilles de quoi au fait ? De vin ? D’alcool ?
      (Il nous faudrait le mode d’emploi de ce truc, ma parole).
      Enfin, pour tout dire, les tiges où on fichait lesdites bouteilles
      Vont donc du dedans vers le dehors.
      Cela n’avait certainement par son pareil
      Pour permettre à l’écoulement du liquide
      De se concentrer à la base de l’appareil.
      L’objet ressemble, pour nos mirettes fines,
      À quelque perfide machine
      Issue d’un fond d’ethnographie décrépite
      Produisant,
      Bien involontairement,
      La plus vive de surcharges insolites.

      Il est arrivé à Duchamp un truc qu’il n’avait pas prévu.
      Son porte-bouteilles, vieux de cent ans, de l’us, a disparu.
      Son historicité
      Installée,
      Instaurée,
      A emporté comme fétu sa pauvre petite banalité,
      Désormais impeccablement annulée.
      Le Porte-bouteilles de Duchamp, c’est donc de l’art trouvé démodé.
      Vous suivez ?

      Pour moi, toujours petit enfant,
      Un porte-bouteilles c’est un grand rectangle légèrement incurvé
      Fait d’un solide grillage permettant de compartimenter
      En de petits espaces d’entrée
      Carrés
      Les bouteilles de boissons gazeuses.
      Celles-ci, scintillantes, lumineuses,
      Formidables, réutilisables,
      Ont le col en l’air pour que leur contenu sucré
      Ne vienne pas tout dégueulasser
      Le plancher
      Du casseau du quartier.
      Cet objet, lui aussi, est un peu oublié.
      Je ne sais même pas
      S’il pourrait tant que ça
      Passer, sans détour,
      Pour de l’art trouvé,
      Par les temps qui courent.

      Bref, si nous nous résumons,
      Nous observons,
      Que le temps qui passe couillonne les options,
      En cette biscornue situation.
      Or l’idée
      Au départ, c’était de fermement priver
      L’objet d’art (trouvé)
      Usiné,
      Prêt-à-aimer,
      Ordinaire,
      Terre-à-terre.
      De la moindre étrangeté.
      Mais voici, eh ben, qu’il la retrouve,
      La recouvre,
      Cette étrangeté
      Qu’on voulait tant chasser.
      Elle le reprend au corps,
      Mort de ma mort,
      De par le poids de la roue de la vie
      Historique.

      Porte-bouteilles de Duchamp
      Faut le mater,
      C’est d’un bizarre criant.
      Et pour la banalité, désormais,
      C’est bernique.

      (écrit en juin 2012. Tiré de mon recueil L’Hélicoïdal inversé (poésie concrète), 2013)

      • Jimidi said

        Hi hi ! Je vois que nos observations se rejoignent, au moins en ce qui concerne le hérisson à bouteille. Je me demande quand même si, au moment où Duchamp l’achète au BHV, il est encore si familier que ça. Après tout, ce truc ne peut servir qu’à ceux d’entre nous mettant du vin en bouteille. Je me souviens avoir vu mon père le faire, avec les bouchons barbotant dans de l’eau bouillante et ce petit appareil marrant, qui pinçait le bouchon, qu’on mettait sur le goulot et sur lequel on donnait un bon coup de poing pour enfoncer le bouchon… Mais c’était il y a très longtemps.

        [Duchamp, les ready-made, c'était il y a presque cent ans... - Ysengrimus]

  7. Notre ami Tony s’est fait blaster un fameux de ready-made provoque de Salvador Dali (avec texte à l’appui) en boucle dans la poire. Allez mater ça, c’est du grandiose

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