Sur le féminisme de droite
Posté par ysengrimus le 15 octobre 2009
La question ressurgit de temps en temps chez nos folliculaires. Les organismes féminins gauchisants contemporains sont-ils des représentants légitimes de l’intégralité de la masse des femmes. Les femmes de droite répondent habituellement ouvertement par la négative à cette question épineuse. Elles sont bien en rogne qu’on prétende les représenter en mobilisant des portes-paroles qu’elles qualifient rageusement (et, en fait, pas très honnêtement) de «granolas lesbianisantes aux idées extrêmes». Sans vouloir jouer les esprits paradoxaux, j’ai quand même, spontanément, envie de poser la question suivante, un peu perfide: les femmes de droite, numériquement minoritaires, ouvertement élitaires, n’ont elles pas pourtant tout plein d’organismes (masculins ou mixtes) pour parler pour elles? Conseil du Patronat, Chambres de Commerces, comités et regroupements corporatifs de toutes farines, grands syndicats des médias, conseils ministériels, etc… Ma question ici postule, naturellement, que la femme de droite n’est pas trop distincte de l’homme de droite (ce postulat est respectueusement ouvert à discussion) et surtout, mon interrogation pose conséquemment la question toute simple et directe de savoir s’il y a un féminisme de droite…
D’abord, il n’y pas à se conter de menteries. Il y a des noirs de droite, des gais et des lesbiennes de droite, des aborigènes canadiens de droite (et même antisémites), des handicapés de droite et indubitablement des femmes de droite. Les groupes sociaux à bases biologique ou ethnologique ne sont pas des classes sociales et l’appartenance à ces derniers n’est en rien le garant d’une position de classe conséquente. Mazette, il y a même des ouvriers, des chômeurs et des assistés sociaux de droite, alors je vous demande un peu… Il faut aussi assumer que la réflexion, spontanée ou articulée, sur la condition féminine n’est certainement plus un monopole à gauche. On dégage alors inexorablement deux types de femmes de droite. Il y a d’abord les femmes de droite qui sont ignorantes du féminisme ou le combattent. Elles vivent dans l’ombre de leur homme, jugent que tout va bien dans l’ordre machique et phallocrate des choses et que les valeurs traditionnelles priment. Dire qu’il y a des femmes de droite qui sont non féministes, c’est un truisme. Ces figures d’arrière-garde existent bien toujours mais, par contre aussi, il est légitime de suggérer que leur impact social est voué, dans la dynamique contemporaine, à demeurer faiblard. Que voulez-vous, c’est inévitable. Faire compulsivement la promotion de la soumission ne rend ni insoumise, ni puissante, ni même particulièrement active socialement. Sorte de caricature du passé, la femme soumise rétrograde, dont la cause est indubitablement foutue, servira, en fait, de repoussoir extrême, fort utile au féminisme de droite. Il est en effet toujours utile d’être (ou de paraître) en avance sur une autre instance et de s’en glorifier.
Il y a ensuite les femmes de droite qui font une promotion active (et parfaitement légitime, dans la logique, réformiste mais non révolutionnaire, qui est celle de tous les segments de la droite «novatrice») de la femme, de l’efficacité des femmes, du pouvoir des femmes, de l’éthique professionnelle des femmes, de la légitimité des particularités de la culture intime des femmes, de l’esprit de corps des femmes. Les femmes de droite, actives dans l’entreprise, le commerce, les médias et la politique observent vite la persistance rampante, un peu poisseuse, d’une mentalité masculine vieillotte, surannée, ou, plus insidieusement, d’une propension semi-consciente des hommes bien installés à imposer leur culture intime comme si c’était un implicite absolu et incontestable. Les chicanes sans fin sur la climatisation des bureaux, l’intendance des chiottes, les activités sociales d’entreprise, l’éthique entrepreneuriale et la tenue des cuisinettes attenantes aux salles de réunion est un symptôme tout à fait parlant du phénomène beaucoup plus vaste du choc des sexages parachevant le positionnement entrepreneurial des femmes. Inutile d’ajouter que les questions sérieuses où les femmes d’affaire sont solidement actives et en position de pouvoir sont, en fait, sans sexe et neutres en sexage. Ces femmes les traitent, y agissent, y jouent leur rôle et tout est dit.
On suggérera donc qu’un féminisme de droite considère simplement que la femme est l’égale de l’homme et mérite le même salaire, les mêmes tâches et la même considération MAIS, ce… dans un espace concurrentiel capitaliste que, d’autre part, le féminisme de droite promeut, postule et ne remet aucunement en cause. Ce féminisme, égalitaire mais non révolutionnaire, développe aussi un corporatisme féminin, c’est-à-dire une promotion ferme, solide, de toutes les particularités de la culture intime des femmes comme facette de la réalité sociale (capitaliste) postulée et axiomatisée. Il est d’ailleurs parfaitement usuel, pour l’esprit de corps féminin de droite, de nier purement et simplement être un féminisme. Le féminisme de droite en est pourtant bel et bien un. Le nier, c’est occulter son importante facette progressiste, bien sûr circonscrite, souvent bafouée (y compris en son sein même) mais bien réelle. Et le féminisme de droite est, de plus, extrêmement important pour la gauche parce qu’il contribue à démonter une des grandes illusions de ladite gauche, celle voulant (encore) que cause des femmes et lutte des classes soient intimement confondues et comme inextricablement fusionnées. Cette fausseté théorique est mise en relief par l’impact social croissant du féminisme de droite contemporain. Le féminisme de droite revendique une meilleure place pour les femmes d’affaire dans un monde des affaires qu’il n’a aucunement l’intention de questionner. Le féminisme de droite entend que les femmes de droite prennent leur place au côté des hommes de droite dans un système social toujours fondamentalement affairiste, ploutocrate, oppresseur et bourgeois. Progressiste en son espace strict, novateur dans le cadre restreint du dispositif qu’il postule, le féminisme de droite relègue inexorablement dans la fosse fétide de l’extrême droite ruinée la cause androhystérique de la soumission de la femme à l’homme et toute les facettes de l’anti-féminisme féminin (ou masculin) passéiste. Cette cause là est entendue autant pour le féminisme de droite que pour le féminisme de gauche. L’ensemble des femmes de droites se subdivise donc finalement en trois sous-ensemble: 1- les femmes effectivement non-féministes (ne les cherchez pas dans le milieu du travail. En bonne cohérence objective, elles sont devant leurs poêles); 2- les féministes de droites non assumées (elles refusent fermement de se dire féministes parce que cette notion pue la gauche à leurs narines. Ce sont souvent les «anti-féministes» les plus virulentes, du moins subjectivement, verbalement. Il faut observer leurs actions effectives, pas les illusions qu’elles entretiennent sur elles mêmes); 3- les féministes de droite assumées (les championnes explicites de l’esprit de corps féminin, implicitement affairiste et bourgeois).
L’existence du féminisme de droite (et le fait qu’il a de plus en plus pignon sur rue, notamment dans la politique et les médias) pose des problèmes très délicats à l’action militante. Le fait est qu’il faut combattre le féminisme de droite (surtout lorsqu’il est assumé, car alors il se légitimise sciemment comme progressiste) non pas parce qu’il est un féminisme mais bien parce qu’il est de droite. Il est donc indispensable de le dissoudre, méthodiquement et sans minimiser sa spécificité innovante, dans le reste de l’idéologie de droite qui, elle, est désormais de plus en plus sans sexe ni genre et sans doctrine spécifique du sexage. Et l’exemple cardinal ici, c’est nul autre que celui de notre bon gros Tony Soprano. Suivez-moi bien. Tony Soprano est un malfrat teigneux, un criminel notoire. Quand le FBI le serre de près, il pose un geste rhétorique tout particulier. Il se met à se lamenter parce qu’en s’en prenant à lui, on s’en prend(rait) à la communauté italo-américaine toute entière, qu’on empêche(rait) de s’épanouir. Certains aborigènes, ou pseudo-aborigènes (masqués), trafiquants de cigarettes, d’armes ou de cannabis, jouent la même carte. Quand la brigade des crimes économiques ou des stupéfiants les serre de trop près, ces criminels de droit commun, bien planqués dans le maquis de la légitimité de la cause aborigène, se mettent à dégoiser sur l’oppression de leur peuple par l’homme blanc… Il faut alors prudemment se dégluer de cette dangereuse chausse-trappe sociologique, en expliquant calmement à Tony Soprano que ce sont ses activités criminelles, et non son profil ethnique, qui lui méritent ses ennuis actuels. Vive la communauté italo-américaine. Vive les aborigènes. Haro sur la criminalité. Même message ici: vive l’augmentation du pouvoir des femmes tous azimuts et inconditionnel, haro sur le capitalisme et sur les femmes et les hommes qui en profitent. Car il est, lui aussi, rien de moins qu’un crime.
J’y faisais allusion en ouverture, le féminisme de droite combat ouvertement et farouchement le féminisme de gauche, non pas parce qu’il est un féminisme, mais bien parce qu’il est de gauche. C’est la base de l’accord sur la cause collectivement endossée et légitime (la cause féministe, dont la validité est incontestable) qui sert de vivier pour la lutte la plus fondamentale, la plus implacable, la plus cruciale: la lutte des classes. Si le féminisme de gauche a tort de croire qu’il parle pour l’intégralité des femmes (le capitalisme ayant su se réformer un petit peu en faveur des femmes de droites), le féminisme de droite a bien plus profondément tort de s’imaginer que l’arène exclusive de la lutte des femmes (comme êtres humains, en solidarité avec tous les êtres humains) est exclusivement cette société capitaliste inique dont les petites cheffes et les soldates n’ont pas plus de décence sociale que ses petits chefs et ses soldats.

JE NE SUIS PAS UNE FÉMINISTE MAIS… L'ambivalent slogan d'une frange significative du féminisme de droite...
Abd Salam a dit
L’auteur fait une énorme erreur lorsqu’il inclut des restes de l’idéologie DIFFERENTIALISTE dans la définition du mot “féminisme”
“Ce féminisme, égalitaire mais non révolutionnaire, développe aussi un solide corporatisme féminin, c’est-à-dire une promotion ferme, solide, de toutes les particularités de la culture intime des femmes”
Promouvoir “un corporatisme” féminin est hors féminisme, c’est même comme je l’ai déjà écrit un relent de la vision machiste du monde… LE FEMINISME, C’EST VOULOIR VIVRE avec LES HOMMES en ayant LES MEMES DROITS; tout le contraire d’un éventuel “esprit de corps”…
Cela dit, il existe effectivement des femmes ET des hommes qui mélangent les conceptions féministes et les conceptions traditionnelles, qui se mélangent les pinceaux quoi. Il y a bien évidemment des hommes ET des femmmes féministes de droite et des féministes de gauche, mais si ils et elles se combattent, ce n’est pas sur la question du féminisme -droit des femmes-, mais sur les conceptions sociales tradi qui opposent la droite et la gauche.
Pour parler de maniére prosaïque, une féministe de droite ne veut pas qu’on lui interdise d’être patron parce qu’elle est femme (par ex), ET elle sera contre les mesures d’aides sociales, et sera pour ôter un maximum de pouvoir à l’Etat (pas de réglementation, laisser le marché faire). Dans le même temps, une féministe de droite sera totalement d’accord avec une féministe de gauche sur les principes féministes (quand lesdits principes sont bien compris).
valerie a dit
Très malheureusement on n’en est pas encore là (quand tu écris “Promouvoir “un corporatisme” féminin est hors féminisme, c’est même comme je l’ai déjà écrit un relent de la vision machiste du monde…”). Une très grande partie des féministes promeuvent des spécificités féminines, un essentialisme de bon aloi qui conduit donc, forcément, à du corporatisme. Même si je viens de le faire pour le “féminisme de droite”, il me parait dangereux de définir qui est féministe et qui ne l’est pas. On retombe dans un dogme dangereux, où nos oppositions empêchent littéralement toute avancée (et au vu de l’état actuel du militantisme féministe, ca n’est peut-être pas le moment).
[Note corollaire: je ne "promeut" pas le corporatisme féminin, je le constate, notamment à droite. C'est très différent. - Ysengrimus]
Abd Salam a dit
Non, justement, le féminisme ne promeut pas de “valeurs féminines”… C’est le discours traditionnel, dit “patriarcal” qui attribue aux hommes et aux femmes des “valeurs” qui leurs seraient propres… Justement, les féministes et les militantes féministes ne donnent JAMAIS dans “l’essentialisme”… Merci à nos détracteurs de nous coller cette “étiquette” (ou d’arrêter, c’est selon).
Ne pas confondre “définition claire” et “dogme”… par pitié, tréve de relativisme absolu. Il y a une définition pour presque chaque chose… l’affirmer, et respecter les définitions n’est pas du dogmatisme.
[Dire qu'elles ne font JAMAIS quelque chose, n'est-ce pas réintroduire subrepticement l'essentialisme incriminé? - Ysengrimus]
Nico93 a dit
Oui les féministes de droite existent et il faut avoir une pensée pour elles. Elles subissent une double peine: deux fois plus de quolibets, de blagues lourdingues et de discriminations. J’ai aussi connu un chasseur végétarien qui avait beaucoup de mal à se faire accepter par ses pairs.
valerie a dit
Pour moi il est clair que le féminisme de droite n’est qu’un oxymoron. Ce féminisme, comme tu le dis, ne remet pas en cause le capitalisme. Tu dis ensuite “voulant (encore) que cause des femmes et lutte des classes soient intimement confondues et comme inextricablement fusionnées.” Confondues et fusionnées, non car on sait trop, que pour beaucoup de “gauchos”, le féminisme devient une sorte de sous-combat, quelque chose qu’on règlera plus tard. On se souviendra d’ailleurs des articles de Delphy sur le post-marxisme et sa démonstration, montrant (dans les 70’s, où dans les milieux de gauche, la critique du marxisme n’était pas très bien vue) que dans tout couple, même ouvrier, il y a rapport de domination.
Pour autant, on sait que les personnes les plus pauvres, les plus précaires, celles qui subissent le plus le capitalisme – et ceux dans tous les pays – sont bien les femmes. Donc le combat féministe qui ne passerait pas par la lutte contre le capitalisme mènerait à l’échec. sauf à considérer – comme on continue à le faire en France, moins aux USA tiens – qu’il y a un groupe femmes homogène, aux aspirations communes et aux discriminations communes.
ysengrimus a dit
Ce combat féministe qui ne passe pas par la lutte contre le capitalisme et qui mènerait à l’échec existe bel et bien. C’est le féminisme de droite qui l’assume. Il est bien inutile d’en parler au conditionnel. Il est là, ce combat féministe qui ne passe pas par la lutte contre le capitalisme. Il se déroule. Et il mène effectivement à l’échec… à l’échec d’une refonte radicale de la société, en crochissant les luttes des femmes dans le sens de l’esprit de corps des femmes d’affaires de droite érigées en Femmes Universelles.
La remise sur rail d’un véritable féminisme de gauche passe par la froide et lucide constatation des réformettes que le capitalisme caouchouteux sait concéder aux bourgeoises, pour se perpétuer… Certaines de ces réformettes, que je n’ai aucune difficulté à qualifier de progressistes, aventagent les femmes de droite (et pourquoi pas?). Ce n’est pas une raison pour les nier et se voiler la face, en se cantonnant dans le cercle utopique de ce qui serait…
Raymonde a dit
Cher Paul Laurendeau,
Permettez-moi d’intervenir dans cette discussion sans doute extrêmement utile à la bonne compréhension de la chose contemporaine mais à laquelle, à vrai dire, pardonnez ma rudesse, je n’entends rien, tant les termes y sont complexes (capitalisme caoutchouteux, etc), tant elle s’étend sans parvenir à me faire comprendre la raison même de son existence.
Vous avez laissé ce matin sur ma page un commentaire étonnant: “Nier cette sorte de «consécration» sociale du féminisme, c’est quand même un peu se mentir…”. Arrivée en France et sur ce monde il y a peu, mes notes se fondent essentiellement sur l’observation, la rencontre. Cette pensée binaire, si souvent molle parce que n’acceptant jamais le mouvement des choses, me fascine chez vous, les humains.
Pour vous répondre, je ne vois pas bien où j’ai pu nier quoique ce soit dans mes observations et dans mes doutes, qui par définition n’affirment et n’infirment rien. Je vois juste ici et là des femmes qui n’ont aucune ligne, vexées quand un homme les précède à l’entrée d’une boutique, quand on les appelle “Madame” alors qu’elles sont “demoiselles”, et ravies quand on demande leur main à leur père, entre autres exemples. Ces mêmes femmes jamais ne diront qu’elles se fichent du droit des femmes,au contraire, s’indigneront de la différence des salaires, etc, qu’elles soient de droite ou de gauche. C’est dans ce contexte, où les anciennes coutumes deviennent banalités contemporaines, dans ces tuyauteries pourries devenues invisibles qui empêchent les choses d’avancer, que j’observe les penseurs comme vous, qui, aussi doctes soient-ils, ne font que disserter, beaucoup et intelligemment, par le prisme d’une grille de lecture partisane du monde qui ne fait pas sens, ne m’éclaire ni ne m’explique rien.
bien à vous,
Raymonde
http://laraymonde.blogspot.com/
[Merci pour ce lien vers votre superbe travail - Ysengrimus]
Téméraire a dit
Le féminisme de droite avance
… attendons que le clonage devienne parfait et les Amazones hériterons de la mère Terre … les Hommes, notre fonction se limitera à un “Procureur de Plaisir”
[Je dénonce le féminisme de droite non pas parce qu'il est un féminisme mais bien parce qu'il est de droite. La lutte des femmes pour leur égalité sociale intégrale, dont vous dressez la caricature ici, ne tombe PAS sous le coup de ma critique - Ysengrimus]
Abd Salam a dit
@ Téméraire,
Toujours la même blague, croire ou faire/laisser croire que le féminisme, c’est du “machisme au féminin”…
Téméraire a dit
@Abd Salam:
?
Quelle assurance que ce n’est pas le cas
ysengrimus a dit
L’assurance des faits…
La manif pour les droits des femmes | La rénovitude a dit
Il est difficile de déterminer s’il existe réellement des féministes de droite et nous laissons le débat se poursuivre sur d’autres blogs. Mais celles et ceux que nous avons rencontrés samedi à Paris, entre Bastille et Opéra, étaient clairement de gauche!
olympe a dit
Le féminisme n’a pas intérêt à se laisser diviser en droite/gauche ou essentialisme/universalisme. De tout temps, JAMAIS une révolution n’a donné une place égale aux femmes. C’est donc une erreur (voire une malhonnêteté) de demander au féminisme de commencer par changer la société. Commençons par prendre la place qui nous revient (dans ta logique je devrais donc être de droite? Et les femmes de La Barbe aussi?) et on verra ce que ça change. Personnellement, je pense que ça changera beaucoup de choses.
Quand à la phrase “je ne suis pas féministe…”, je l’entends si souvent, je n’ai pas le sentiment qu’elle soit plus de droite que de gauche (sauf pour celles qui ne le sont vraiment pas). Elle interroge plutôt sur la représentation que les gens se font du féminisme qui a été bien démolie par ceux qui y avaient intérêt (suivez mon regard) au cours des deux siècles passés.
ysengrimus a dit
Je ne vais pas me mettre à étiqueter, Olympe, votre premier paragraphe. On y lit: les révolutions ne servent à rien pour les femmes. Ne changeons pas radicalement la société. Prenons notre place dans la société existante. Aux conclueurs et conclueuses de conclure sur les représentations idéologiques sous-tendant un tel programme. Suivez mon regard…
Second paragraphe. Je n’ai JAMAIS vu une femme de gauche dire “Je ne suis pas féministe mais…” Il faudrait vraiment m’en montrer au moins une. Toutes les femmes de gauche que je connais sont automatiquement féministes et le disent. Jusqu’à démonstration du contraire, “Je ne suis pas féministe mais…” apparait sous la plume ou dans le discours de femmes de droite ouvertement assumées comme telles. Inutile d’ajouter que la formule “Je ne suis pas [quelque chose] mais…” est tout simplement une admission honteuse du fait d’être effectivement cette chose. Je ne vois pas une femme de gauche s’afficher comme honteusement féministe ou crypto-féministe. Cela me semble une pure incohérence intellectuelle que de vouloir réformer radicalement la société, abattre le capitalisme mais… (dire vouloir) perpétuer un patriarcat et un phallocratisme remontant aux temps féodaux. Non, il faudrait me pointer la femme de gauche, théoricienne affichée ou penseuse vernaculaire, qui adopterait un tel programme…
Beatrice a dit
I find your response to Olympe to be quite accurate. I have something to add that may be of interest to you. There is a certain element to whom I shall refer as the pseudo-left/pseudo-feminist who look at women like me – i.e., women who wear makeup, high heels and short skirts, women who colour their hair and like to suck cock – and judge that we are “sell outs”, phoney feminists, not feminist enough, an insult to feminism, etc. This element who are so quick to judge based on tired, old cliches of appearance are, in fact, as narrow minded – and as misogynistic – as the men who take all feminists to be angry, ugly, obese “dykes”. The greatest threat to feminism is not outside of it but rather these exclusivist elements within it. It is no wonder to me that so many young women distance themselves from a movement that rejects integral parts of them. These young women value the ideals of feminism but feel alienated by this element who self-righteously claim to be the “real” feminists. It is as though any woman who has ever given any consideration to her appearance is automatically a slave to the patriarchy! All the same, blow jobs and all, I shall always exclaim firmly that I am full and integral feminist.
[Je trouve votre réponse à Olympe tout à fait valable. J’aurais quelque chose à ajouter qui pourrait vous intéresser. Il y a certains éléments que je qualifierait de pseudo-féministes de la pseudo-gauche qui regardent des femmes comme moi – une femme qui se maquille, porte des talons aiguilles et des minijupes, une femme qui se teint les cheveux et aime faire des pipes – et jugent que moi et mes semblables sommes toutes des vendues, des féministes bidon, pas assez féministes, une insulte au féminisme, etc. Ces éléments si promptes à juger sur la base du vieux stéréotype suranné de l’apparence sont, en fait, aussi étroites d’esprit – et aussi misogynes – que ces mecs qui donnent toutes les féministes comme des "gouines" rageuses, obèses et laides. La plus grande menace pour le féminisme n’est pas ce qui lui est extérieur mais tient bien à ces éléments exclusivistes qui sont à l’intérieur du féminisme. Il n’est pas surprenant, à mon sens, que tant de jeunes femmes prennent leurs distances face à un mouvement qui rejette des aspects procédant de l’intégralité de leur être. Ces jeunes femmes adhèrent aux idéaux féministes mais se sentent aliénées par ces éléments qui s’autolégitiment en se proclamant les «vraies» féministes. Tout se joue comme si n’importe quelle femme soignant son apparence était une esclave de l’ordre patriarcal! Telle que je suis, faiseuse de pipe et tout et tout, je me qualifierai toujours de féministe complète et intégrale.]
ysengrimus a dit
La façon dont une femme s’occupe de son apparence et les détails techniques de sa vie sexuelle sont extérieurs à la définition du programme féministe. Est féministe une personne qui considère que les hommes et les femmes sont sociologiquement égaux malgré les différences naturelles et ethno-culturelles qui, ÉVENTUELLEMENT, les distinguent et à l’encontre ferme d’un héritage historique fondé sur une division sexuelle du travail non-égalitaire. Sociologiquement égaux signifie, entre autres, égaux en droits, et cela n’est pas acquis. Il faut donc réaliser cette égalité… dans le strict cadre capitaliste (féminisme de droite)… ou en instaurant un ordre social nouveau, non-capitaliste, qui comptera l’égalité entre les hommes et les femmes au nombre de ses axiomes (féminisme de gauche).
Pour le reste, Béatrice, qu’on y marche en talons aiguilles ou en sandales de croqueuses de graines de tournesol, qu’importe, si on y marche…
Jean GABARD a dit
Le féminisme qu’il soit de droite ou de gauche connait de nombreuses dérives. Et la première dérive est de confondre l’égalité en droits avec le droit à l’égalité. Dans ce sens c’est une utopie et comme beaucoup d’utopies elle risque de mener au totalitarisme.
http://www.jeangabard.com
ysengrimus a dit
Je dénonce le féminisme de droite non pas parce qu’il est un féminisme mais bien parce qu’il est de droite. La lutte des femmes pour leur égalité sociale intégrale, que vous entortillez ici dans vos distinguo casuistes, ne tombe PAS sous le coup de ma critique. Aucun totalitarisme ne viendra de la libération des femmes.
Jean GABARD a dit
“Au travail, la femme tyrannise la femme. Alors, bon… haro sur le féminisme? Non: haro sur le capitalisme…”
et alors pourquoi quand au travail l’homme tyrannise l’homme et la femme, c’est haro sur la domination masculine?
ysengrimus a dit
Parce que c’est la domination masculine qui, en sa qualité d’héritage féodal, perdure sempiternellement dans les masses. La symétrie fallacieuse que vous cherchez à instiller ici n’a pas de réalité historique effective.
Jean GABARD a dit
Aujourd’hui ce n’est plus l’imagination qui est au pouvoir, c’est un féminisme militant qui se fige dans des luttes dépassées (en France) avec une idéologie qui reste confortablement dans la réaction.
Et si on sortait des histoires passées pour réfléchir sur les problèmes d’aujourd’hui afin d’inventer le futur?
ysengrimus a dit
Je ne m’associe pas à ce genre de ritournelle pseudo-moderniste…
Léa a dit
Je vous conseille très vivement la lecture du dernier numéro du magazine Causette qui ne me semble pas franchement de droite…
http://www.brindecausette.fr
ysengrimus a dit
Grand merci pour ce lien.
Jean GABARD a dit
Il n’y a bien sûr que le féminisme qui puisse être moderne et ceux qui le critique ne peuvent qu’être que des ennemis du progrès.
Staline ne disait-il pas la même chose du communisme?
ysengrimus a dit
Quiconque critique le féminisme dans l’angle onctueusement néo-réac qui est le vôtre est effectivement un ennemi du progrès, c’est indubitable. Pas besoin de nous jouer un petit air d’orgue de Staline pour chercher à vous disculper. Votre cause est entendue ici. Il suffit de vous lire. Votre tataouinage pseudo-novateur n’y fera pas grand-chose…
Jean GABARD a dit
Le problème avec vous est que toute personne qui critique le féminisme est réac ou néo-réac, alors que c’est vous qui êtes toujours dans la réaction contre la société patriarcale traditionnelle et refusez de voir qu’il y a aujourd’hui d’autres problèmes (que vous préférez ne pas prendre en compte pour ne pas avoir à sortir de vos certitudes confortables) et malheureusement vous utilisez les mêmes méthodes que ceux que vous critiquez. Mais c’est le lot de toute vision du monde qui devient une idéologie et qui est défendue par des militants passionnés! C’est comme à la guerre l’autre qui ne pense pas selon le dogme devient un ennemi qu’il faut abattre. Bonjour la fin des violences!
Réactionnaire veut dire vouloir revenir en arrière vers une situation qui n’était pas démocratique… Si vous trouvez dans mes écrits, dans mes paroles des propos misogynes et/ou réactionnaires, il faudra me dire lesquels. Je vous signale, même si vous ne l’avez pas lu que la dernière partie de mon essai s’intitule: “changer de direction sans retour en arrière”
Mais je vous rappelle que réactionnaire ne veut pas dire: tout ce qui n’est pas féministe!
[Et moi, je vous rappelle que votre société patriarcale traditionnelle est une ruine nuisible qui ne me suscite pas un iota de nostalgie... pour ce qui est de vous citer vos inepties, les lecteurs de votre ouvrage s'en chargeront certainement. Je n'en suis pas, donc ce n'est pas mon affaire... - Ysengrimus]
Jean GABARD a dit
Vous n’êtes pas de mes lecteurs (OK, vous en avez le droit) mais alors comment pouvez-vous dire que j’écris des inepties sans les avoir lues?
Si vous aviez lu mes écrits vous sauriez que la société patriarcale traditionnelle n’a jamais été “la mienne”. J’ai commencé à la combattre bien avant vous et je continue de le faire. Mais ceci ne m’empêche pas de combattre aussi les dérives de l’idéologie féministe…
[Moi c'est à la dérive pseudo-post-moderne et effectivement néo-réac et tourneuse de 68-veste que je tiens la dragée bien haute. Hmm... "les dérives de l'idéologie féministe", franchement, je ne vois pas. Il faudrait nous résumer cela ici, qu'on mate un peu... - Ysengrimus]
Jean GABARD a dit
La première dérive est déjà d’être incapable de concevoir de pouvoir dériver. C’est le propre des adeptes d’une idéologie!
[Tataouinage jésuite et bysantinisme veule. La "dérive féministe" qui te turlupine tant, c'est quoi exactement? Crache le morceau, mon Jeannot. Tu noies le poisson là. C'est barbant, sans plus... - Ysengrimus]
Jean GABARD a dit
J’ai écrit Le féminisme et ses dérives -Du mâle dominant au père contesté. 160 pages! Cela fait déjà un petit morceau de craché non!
Après la 1ère dérive, puisque tu as la flemme d’aller lire le développement, je vais te donner la 2ème et la 3ème très synthétiquement (Mais ne vas pas te plaindre que je ne suis pas assez crédible).
- Une dérive est de transformer le libéralisme en un libéralisme sauvage qui confond la liberté avec la toute-puissance.
- Une autre dérive est intimement liée. Elle consiste à réclamer le droit à l’égalité quand seule l’égalité en droits est possible et à ainsi dénoncer toute différence comme une injustice. Par refus des limites, la différence des sexes est déniée pour tenter un retour à l’unité, le retour dans le ventre maternel. (qui est justement le retour à la toute-puissante fantasmatique)
Et quand je dis différence des sexes ne viens pas me parler de la seule construction sociale que je reconnais tout à fait (puisque moi aussi je reproche à la société patriarcale d’avoir profité de la différence des sexes pour inférioriser la femme en accentuant les différences et en les jugeant bonnes ou mauvaises) En effet la biologie et la construction sociale n’expliquent pas tout.
La plupart des féministes nie (ou plutôt dénie) la différence de structuration du psychisme qui n’est pas dépendante du biologique, ni de la culture. Le fait de naitre d’une femme (ceci se passe dans toutes les civilisations, il me semble …) entraine une structuration particulière chez le petit garçon (du sexe différent) et chez la petite fille (du même sexe) qui conditionne des goûts et des motivations différentes.
Ce que je dis (avec d’autres) ne peut être prouvé, mais personne, (pas même les féministes) ne peut non plus prouver le contraire! Mais peut-être toi?
[Eh ben voilà. Nous voilà édifié(e)s sur tes vues onctueusement antiféministes. Je ne les partage en rien et ce n'est pas un drame. On est d'accord sur le fait qu'on est pas d'accord. Bravo. Viens pas te lamenter maintenant que les vilains "idéologues" t'ont pas laissé t'exprimer - Ysengrimus]