Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

La spéculation comme prospective hasardeuse

Posted by Ysengrimus le 15 août 2009

Il y a deux sortes de spéculation. La spéculation sur production et la spéculation sur mouvements financiers. Il est important de ne pas les confondre car leur caractère hasardeux n’est pas tributaire des mêmes avatars.

Spéculation sur production: Une usine de machines à coudre de Shanghai voit sa production augmenter de huit cent unités par mois. Éventuellement, elle ne fournit plus à la demande. Il vient donc un moment où, devant cette croissance sensible de la consommation, bien attestée, elle doit s’ajuster. Elle doit amplifier ses infrastructures, augmenter ses acquisitions de matières premières, embaucher plus de travailleurs. Une banque accepte de la financer sur la foi prospective de cette augmentation stable de huit cent unités par mois. L’industriel, et la banque qui le finance, misent ensemble que cette augmentation va se poursuivre avec constance sur un laps de temps suffisamment long (fantasmatiquement, infini en fait) pour que l’investissement et l’amplification de la production s’avèrent fructueux. Ce type de spéculation industrielle, inévitable dans la situation d’investissement productif la plus ordinaire, est à l’origine de la majorité des crises de surproduction. On connaît bien, depuis 1929, la grandeur et les misères de la spéculation directe sur production… or justement, les pays émergents n’étaient pas dans le tableau du capitalisme industriel en 1929. Pour eux, ce sont encore les années folles…. Ouille, ouille, pour la suite… On doit mentionner ici, aussi, la spéculation foncière, qui est une spéculation indirecte sur production. Un investisseur achète un terrain en calculant qu’il le vendra plus cher plus tard. Si c’est le cas, c’est parce que ledit terrain deviendra agricolement exploitable, ou qu’on y trouvera des mines, ou qu’on y fera passer un chemin de fer ou qu’on y construira des maisons, parce qu’une usine ou des bureaux administratifs s’installent dans le coin. Dans tous ces cas, la spéculation foncière mise indirectement sur le fait que la production et son développement rendront la terre plus chère. Comme la spéculation sur production industrielle, la spéculation foncière reste raccordée aux portions primaires et secondaires (éventuellement tertiaires aussi) de l’économie réelle.

Spéculation sur mouvements financiers: Un investisseur matois se voit promettre un retour de 15% sur son placement. Il flaire qu’il s’apprête à faire un investissement dans un schème de Ponzi. Ce dernier semble en phase d’amorce et la police de la bourse n’a rien vu encore. Notre investisseur joue l’argent (des autres) qu’il gère et le place dans ce mécanisme pour trois ans. Trois ans plus tard, pari gagné, le schème n’est pas encore éventé, cet investisseur là retire son placement et sa mise. Il est indemne, et le château de cartes s’écroulera un peu plus tard, sans risque désormais pour lui. Fiiiooouuu… Par parenthèse, ceux qui se demandent où est passé l’argent, lors du démantèlement d’un schème de Ponzi. Il est principalement là, chez les investisseurs qui ont su s’envoler avant que la vague ne retombe. Ponzi se fait pincer mais l’investisseur matois à qui il a servi de paravent court toujours. Un autre exemple de spéculation sur mouvements financiers, c’est l’achat massif de devises. Le Yuan est bas, vous en achetez pour des millions en Euros, en assumant qu’il va remonter. Quand le Yuan remonte effectivement, vous revendez vos Yuans pour plus d’Euros que la somme initialement engagée. Ta-daaaam, vous venez de faire un coup d’argent facile en faisant jouer la fluctuation des changes à votre strict petit avantage privé.

Le principal avatar de la spéculation sur production est la surproduction. Prenez les ordis personnels. En 1983, il n’y en a presque pas. En 1990, ils sont partout. En moins d’une décennie, la production de cette invention nouvelle s’est intégralement mise en place. Non sans myopie, on projette alors spéculativement la croissance de leur consommation sur la base de la production résultant de leur apparition intégrale. On fantasme qu’il faudra continuer d’en sortir autant qu’à l’époque où ils apparaissaient intégralement et pour la toute première fois dans le monde. Le vieux serpent de mer increvable de la surproduction des biens de consommation semi-durables, bagnoles, ordis, cahutes (et les machines à coudre de mon industriel de Shanghai) se remet alors à hanter l’industrie. J’ai acheté quatre PC et deux portables pour moi et ma famille dans la dernière décennie. Je ne vais pas en acheter autant dans la décennie prochaine, vu que je les ai… Leur usure ne sera pas un facteur aussi massivement déterminant que leur littérale apparition dans l’existence. Parfois on dirait que, même en Occident, on n’a rien appris de 1929 et qu’on continue de projeter l’exponentiel rose fluo jusqu’à ce que cela se mette à nous refouler dans la gueule.

Le principal avatar de la spéculation sur mouvements financiers est l’improductivité. Fricoter dans les bouts de papier, flagosser dans le mouvement des changes, spéculer main dans la main avec Ponzi, Madoff et consort change la richesse de place mais n’en produit pas de nouvelle. En Occident, la poussée productive liée aux inventions des nouvelles technologies a produit les grands parcs informatiques contemporains. Ce n’est pas rien. Pour trouver un équivalent économique de ce phénomène vraiment peu fréquent, il faut remonter à l’invention de l’automobile, ou à celle du téléviseur. Cette productivité innovante des années 1990 a été suivie d’un crise croissante de surproduction (trop de téléphones portables, trop d’ordis, trop de logiciels, trop de «versions» de tout, et leur dévaluation en pagaille) et d’un glissement vers l’illusoire valeur refuge de la spéculation sur mouvements financier. Remplacer une spéculation d’investissements, engorgée par la surproduction, par une spéculation de placements, improductive et mordorée de rouerie et d’astuces, ne sert que des intérêts circonscrits, temporaires et est hautement nuisibles socialement. Pas étonnant que les financiers contemporains basculent dans le plus grossier des banditismes, trait de plus en plus ordinaire de la guerre interne du capitalisme.

Au jour d’aujourd’hui, la spéculation sur production est surtout chinoise. Leur culture économique (comme celle de tous les pays émergents) n’a pas encore vécu un vrai équivalent de 1929 et n’a pas encore rencontré un vrai équivalent de Roosevelt. Excès de confiance, jubilation, jovialisme et tous les autres traits comportementaux du capitalisme sauvage sont en place. Le réveil sera difficile quand la crise de surproduction frappera (surtout avec, en complément de leur marché intérieur insuffisant, la baisse inexorable de la capacité de consommation de l’Occident). La spéculation sur mouvements financiers est surtout américaine. C’est la fameuse Bubble & Burst Economy que dénonce Obama. Tertiarisée, improductive, de plus en plus enracinée dans la boue gluante du baratin, de l’ésotérisme abscons de nos boursicotards, de l’arnaque et du court terme, cette autre spéculation est un signe patent du déclin du capitalisme occidental. Les leviers financiers effectifs vont de plus en plus suivre la production effective, du nord vers le sud. À la crise de l’économie mirage de 2009, succédera une crise de l’économie réelle, industrielle, non balisée, non-rooseveltisée des pays émergents. Un 1929 à la puissance mille.

Ce que ces deux types de spéculation ont en commun c’est d’être une prospective optimiste et mécaniste sur l’augmentation de gains futurs. Spéculer c’est miser. Inutile de dire aussi qu’investir c’est fondamentalement spéculer sur un gain. Investir à perte, ce n’est plus investir, c’est renflouer. On connaît alors la rengaine instaurée par 2009: privatisation des profits, collectivisation des pertes. La spéculation est un trait essentiel, fondamental du capitalisme. Elle est à la fois sa force et sa faiblesse. Mais il faut garder à l’esprit qu’il y a spéculation et spéculation. Une spéculation durillonne de capitalisme jeune, triomphaliste et inconscient et une spéculation mollassonne de capitalisme vieilli, avachi et cynique, Et surtout, il semble bien qu’il ne sera pas possible de se débarrasser ni de la spéculation, cette fichue de prospective hasardeuse, cette gageure privée aux effets colossaux, ni de ses terribles dommages, sans se débarrasser du capitalisme même.

On notera finalement que les deux grands types de spéculation peuvent parfaitement  s’enchevêtrer et cumuler leur impact nocif. La Bulle Facebook en est l’exemple actuel le plus criant. On a d’abord une présomption de profits publicitaires mal étayée qui met en valeur ce grand objet tertiaire en le corrélant à un éventuel soubresaut de la production effective visant à fournir les marchandises rendue visibles à ces millions de consommateurs (potentiels, pour ne pas dire éventuels) par des bannières d’annonces n’ayant pas vraiment fait leurs preuves (le cas échéant, comme on anticipe ou fantasme une demande à venir, on a une bel et bien une spéculation sur production, molle mais indubitable). Entrent en action ensuite (surtout!), dans une phase intriquée mais distincte, une nuée virulente de spéculateurs puissants et spécialisés qui, selon une procédure finalement assez analogue à celle des scalpeurs de billets de concerts populaires ou de parties de hockey, achètent et revendent des parts en masses colossales et vite, (spéculation très dure sur mouvement financier) gonflant artificiellement une valeurs déjà en soi hautement instable. L’art de démultiplier l’ampleur d’un krach en ne produisant strictement rien de profitable pour la société civile ou même, pour les entrepreneurs eux-mêmes, dont même la logique arriviste étroite est spoliée par la classe parasitaire des financiers spéculateurs, cancer économique de ces temps de capitalisme troublé.

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Paru aussi dans CentPapiers ainsi que dans Les 7 du Québec

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8 Réponses to “La spéculation comme prospective hasardeuse”

  1. Darwin said

    «Fricoter dans les bouts de papier, flagosser dans le mouvement des changes, spéculer main dans la main avec Ponzi, Madoff et consort change la richesse de place mais n’en produit pas de nouvelle. »

    Vous mettez ici le doigt sur un des principaux problèmes de l’évaluation économique: qu’est-ce vraiment que la richesse? Malheureusement, la richesse est presque toujours évaluée en fonction du produit intérieur brut (PIB) qui varie essentiellement en fonction de la «valeur» monétaire de la production, sans regard sur son utilité réelle ou sur son coût sur l’environnement, par exemple. Un dollar dépensé pour la guerre vaut un dollar consacré aux soins de santé.

    La «poussée productive» que vous mentionnez un peu plus loin dans ce même paragraphe peut aussi illustrer la confusion apportée par la façon de calculer le PIB et la productivité. Dans le sens courant, être plus productif, c’est être plus efficace, travailler plus vite ou profiter des avantages des nouvelles technologies. Il y a de cela, mais pas uniquement. En fait, «la productivité du travail correspond au produit intérieur brut (PIB) par heure travaillée» (Statistique Canada). Pour être plus productif, il ne s’agit donc pas nécessairement de travailler plus fort et plus vite, mais de produire des biens et services qui ont une valeur monétaire plus élevée. Sur ce sujet, Paul Krugman a publié dans son blogue en avril dernier un billet qui m’a fait franchement rigoler.

    Dans ce billet (Reconsidering a miracle), il mentionne une étude qui conclut que la moitié de la différence de la productivité entre l’Europe et les États-Unis est due au secteur financier et au services aux entreprises (business services). Comme il le fait remarquer: «are we even sure that the expansion of the financial system was doing anything productive at all?» (sommes-nous certains que la croissance du système financier ait donné quoi que ce soit de productif?).

    Bref, telle que la richesse est actuellement calculée, les arnaques produisent de la richesse, tandis qu’en fait, elles n’en produisent pas, mais en détruisent.

  2. spritzer said

    “À la crise de l’économie mirage de 2009, succédera une crise de l’économie réelle, industrielle, non balisée, non-rooseveltisée des pays émergents. Un 1929 à la puissance mille.”

    Vous exagérez un brin avec votre puissance mille. L’économie de la Chine ne croîtra pas de 10% par année et ils devront adopter des mesures sociales plus larges éventuellement, mais de là à reproduire la crise de 1929… Les États-Unis avec leur système financier chambranlant et la baisse de la consommation qu’ils connaissent jouent un rôle plutôt important dans l’état de l’économie mondiale, mais s’ils posent un genou à terre, est-ce que cela veut dire que le reste est foutu?

  3. Tourelou said

    La spéculation, lorsque la situation est inéquitable, c’est souvent qu’elle a été magouillée par un pervers… Ces situations de pile/face, un perdant/un gagnant, sont trop souvent ingrates et criminelles. Pourquoi ne pas continuer à exploiter l’intuition ou la probabilité mathématique? Serait-ce trop capitaliste? Je pense être dans le camp du capitalisme vieilli, avachi et cynique avec des gros cas sur la conscience.

  4. Il me semble que vous oubliez de dénoncer le pire qui nous attend : la LBO, qui est pire que la spéculation sur mouvements financiers, il s’agit de l’endettement sur le dos des entreprises, donc de la production. Comme le dit un article de Libé avec ses titres particulièrement caustiques : "vous avez aimé les subprimes, vous adorerez les LBO". Très sincèrement, cela fait froid dans le dos et je pense donc que le pire est à venir.

  5. a said

    Superbe :)

    Les produits dérivés sont effectivement fondamentalement spéculatifs. Ils rapportent si tu entres ET SORS au bon moment de la courbe abstraite en mouvement. Ils postulent donc un éventuel effondrement et en vivent. C’est justement ce qu’Obama nomme Bubble & Burst. Simple changement de la richesse de place, sans en produire de nouvelle.

    Les investissements servaient jadis le capitalisme (ah, le bon vieux temps où on investissait dans les bouteilles de lait, les moteurs de char et quand de nouveau marchés ou de nouvelles technologies de production pour le lait et les chars faisaient monter nos actions). Les investissements aujourd’hui NUISENT au capitalisme…

    Un casino ne fait pas partie du secteur de production…

  6. Justine Blanchard said

    Une excellent analyse de la crise des "sub-prime".

  7. Elyan said

    Les journalistes sont tombés dans le panneau du constat pour Facebook en mentionnant que cette fois les investisseurs semblaient moins frénétiques comme si cela signifiait qu’ils soient plus prudents. Malheureusement, la fulgurance de l’arnaque a été plus frénétique que les investisseurs qu’elle a mis KO au départ. Les charognards de la piastre n’ont plus de temps à perdre. Ils savaient qu’en un blitz record dont la faisabilité était rendue possible grâce à l’engouement psychologique pare-réalité de monsieur-je-suis-sur-facebook-tous-les-jours ils pouvaient aller chercher autant d’argent qu’en laissant le marché se rectifier seul sur plusieurs mois. Et op on passe à la caisse mes beaux facebookeux. Une petite vite qui aurait rapporté autour de 5 ou 6 milliards en 24 heures. Ça aide à payer ses traites bancaires, ses Rolex et ses paradis.

    Notre gouvernement s’est intéressé de près à la volatilité des marchés boursiers… en tripotant des lois qui permettront de foutre un bordel encore plus grand dans ce système de piratage économique. Le plus beau de la chose c’est que nous n’aurons pas besoin de jouer à la bourse pour y perdre encore plus d’argent. Du grand art… avec les compliments de la maison. Que dire de nos terres qui sont maintenant pesées comme l’or à la bourse et n’ont même plus besoin de produire pour être rentables: c’est la honte suprême, la réponse claire d’un système financier qui n’a nul besoin de laisser la vie à une large part de l’humanité. Dès le début 2012, autour de 90% des pertes subies en 2008 étaient résorbées pour une large part des investisseurs plus ou moins passifs. Ils sont donc devenus susceptibles d’être hautement convoités à nouveau. On pourrait avoir droit à un autre round.

    Indubitablement, la terre devient un enjeu de pouvoir, une forme d’immigration sans immigrants, une façon de tirer profit de sa valeur financière et non de sa production. Tout ceci n’est que la pointe de l’iceberg car nous pouvons présumer sans exagérer que lorsque de larges parts de nos terres n’appartiendront plus au secteur agricole du Québec, nous serons confrontés à la réalité d’un Québec dont le territoire n’a aucune signification puisque des intérêts étrangers en posséderont physiquement une part de plus en plus grande. Nous devrons entretenir les routes qui bordent ces terres, voir au poids économique de leur présence sans qu’elles rapportent ou profitent aux québécois.

    Quant à nos terres, celles que plusieurs agriculteurs ont déjà voué à la culture de l’opium financier (biocarburants), elles risquent de n’être d’aucun secours pour nous nourrir. Dans un cas comme dans l’autre une vaste partie du territoire aboutit à la bourse. Plusieurs terres pourront être cultivées pour de tiers intérêts sinon totalement abandonnées, l’espace qu’elles occupent et la valeur marchande qu’elles représentent suffisant à nourrir l’indice Dow Jones. L’oligarchie à multiples visages qui nous gouverne n’a absolument aucune envie de s’interposer, bien au contraire. Selling Quebec by the pound.

  8. Yvonne la Pénible said

    Le capitalisme financier ne crée pas. Il ne ‘finance’ pas, proprement dit. Complètement déconnectées de leur fonction originale, aujourd’hui les banques commerciales font des prêts pas afin d’accroitre la production, mais afin de faire gonfler les prix des actifs. Selon l’économiste américain Michael Hudson, 70% des prêts bancaires américains sont des prêts hypothécaires, l’autre 30% constituant principalement les prises de contrôle et les fusions. Le système de capitalisme financier fonctionne comme un rentier, se nourrissant d’une façon vampirique de l’endettement des individus et des pays. Comme Marx nous l’a montré, les rentes ne sont pas productives, mais extractives de nature. L’économie globale est en état de crise permanente et ne peut pas s’en sortir sans l’effacement de ces dettes. Pourtant, les gouvernements occidentaux font l’inverse: ils maintiennent ces dettes au détriment de l’économie réelle. L’inflation du prix des actifs force les individus de s’endetter davantage afin d’accéder au logement, à l’éducation et aux services de soins de santé. Il faut rappeler que la marché libre de Smith et de Ricardo est une marché libérée en premier lieu des rentes et de l’usure.

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