Un narcissisme masochiste, ou plutôt un… un hédonisme contraint
Posté par ysengrimus le 31 août 2008
Nous vivons des temps narcissiques. Les femmes ont beaucoup à y voir et les hommes emboîtent ouvertement le pas. Jadis elle se faisait belle pour lui. Maintenant elle construit le tonus, le costume, le décors de beauté qui lui plait à elle, et lui, eh bien, il en fait partie du mieux qu’il peut… ou pas. Nous sommes entré à l’époque où la femme s’occupe d’elle-même et il n’y aura pas de retour en arrière. Les nostalgiques de la femme soumise resteront inexorablement sur le bord de la route vers l’Urb. Cela se joue désormais entre la femme et son miroir. Même si elle croit encore qu’elle se façonne ainsi pour le bénéfice et la joie de l’homme comme autrefois, elle se leurre. Il faut la décrire sans partager l’illusion qu’elle entretient sur elle-même. La corde phallocrate est cassée. La frustration des instances masculines à l’ancienne est de plus en plus tangible, face à cette nouvelle culture ordinaire en émergence. La meilleure preuve imaginable du fait que l’homme ne dicte plus le ton des choix des femmes, c’est justement qu’il emboîte le pas, un peu à la traîne. L’homme commence à s’installer devant le miroir aussi, hanté par cette batterie de nouvelles priorités. Les angoisses de l’apparence commencent à sérieusement le gagner aussi. La culture intime des femmes remporte un certain nombre de joutes. L’une d’entre elles est celle de la généralisation et du partage de ses angoisses. Et pourquoi pas? Pourquoi les femmes seraient-elles les seules à se polluer l’existence avec ces questions d’apparence? Il faut partager le fardeau, en quelque sorte, le répartir également (en attendant de le jeter par terre). C’est de bonne tenue. Qui plus est, la morale archaïque qui jugeait négativement le narcissisme est totalement hors jeu. Ce type vieillot de culpabilisation, personne n’en veut plus et à raison. Pensons-y froidement: qu’y a-t-il de mal à s’aimer soi-même. Qu’y a-t-il d’inadéquat à voir l’estime de soi comme un fondement de l’estime des autres? Notre temps répond: rien, et il a en partie raison, devant la logique ancienne. L’estime de soi n’a pas toujours été une valeur fondamentale. C’en est une maintenant. L’estime de soit fut longtemps subordonné à la soumission à la famille, à l’employeur, au pays. Ce n’est plus le cas. Le narcissisme pourrait être la grande pulsion libératrice de ce temps… s’il se contentait de jubiler et de jouir.
Or le narcissisme contemporain est hautement masochiste. Que voit la femme obnubilée dans son miroir? Une autre femme, qui n’est pas là parce qu’elle se pavane, faussement nonchalante mais en fait hautement manufacturée, sur les couvertures de revues et dans le déroulement des bandes d’actualité. Une autre femme que notre contrite au miroir juge, unilatéralement et sans vérification bien précise, mieux faite, mieux construite, mieux proportionnée, plus apte à faire émaner la beauté, à transmettre la jouissance. Les hommes suivent toujours. Ils suivent de plus en plus cette culture intime exacerbée et cruelle de la compétition et de la terreur de la perte de l’image propre, adéquate, conforme. Ils ne la dominent plus mais la confirment toujours, y compris de par leurs sottes éructations. Narcisse avait au moins la décence d’aimer inconditionnellement le personnage qu’il voyait se refléter dans le lagon, qu’il prenait pour une femme d’ailleurs. Ici Narcisse se hait. Il ou elle se trouve trop ceci ou trop cela. On ne se contemple pas pour jouir de soi, on se contemple pour se subir, pour souffrir, pour chercher à se modifier. Où est-il passé le temps où Fonzi, le petit macho sans complexe de Happy Days, se plantait devant son miroir peigne en main pour se coiffer et… renonçait ostensiblement à le faire, jugeant sa crête de coq inaltérablement parfaite. C’était lui le narcissisme jubilant, apanage masculin suranné. Il accompagnait le phallocratisme dans sa période dorée. C’est terminé. Aujourd’hui, c’est la compétition exacerbée des corps, des normes, des mesures, des modèles. Les femmes se déchirent entre elles. Elles dénoncent ledit modèle comme on attaque le plus virulent des adversaires et, en même temps, elles aspirent à rencontrer des normes axiomatisées, abstraites, tyranniques, émanant du même adversaire. Elles se dénigrent entre elles, se démentent, se dénoncent, se contredisent, se tirent dans les pattes. Elles veulent et ne veulent pas se modiffier pour rencontrer l’axiome. Le double message se hurle dans la douleur des chairs. Si je ne me reconfigure pas (chirurgicalement ou autrement), on ne va pas m’aimer. Si je me reconfigure (chirurgicalement ou autrement), ce ne sera plus vraiment moi qu’on aimera. Paradoxe insoluble pour une sortie abrupte de ja joie de vivre, sinon de la vie. Mais lancinant paradoxe d’une époque aussi. Maximale haine de soi répercutée en l’autre. Combien de nos Narcisses contemporains se sont retrouvé(e)s à hurler de frustration devant leur miroir, allant jusqu’à griffer ou à frapper à coups de poings rageurs la partie corporelle qui ne leur plait pas. L’individualisme contemporain aurait pu créer un vivier favorable et plaisant pour l’amour de soi. La compétition commerciale et l’obsession des modes et des conformités convertissent le tout en la plus cuisante des souffrances normatives. L’enfer de l’égocentrisme, c’est bel et bien toujours les autres…

D’ailleurs parler de masochisme est partiellement fautif. Le masochisme a au moins la décence –si je puis dire- de tirer du plaisir de contacts physiques cuisants. C’est, l’un dans l’autre, une forme de sensualité, abrupte, brutale et surprenante, pas à la portée de tous les épidermes certes. Mais il reste que le masochisme est joyeux et assouvissant chez ceux et celles qui l’assument ouvertement. Ce que je décris ici est triste, rageur, frustré, dépité, morbide, malheureux comme les pierres. Je crois finalement qu’on a affaire à un hédonisme contraint. C’est la jouissance truquée par excellence de notre modernité de toc. Désormais, il faut faire dans le sexy, dans le (pseudo) sensuel, dans le séduisant, dans le pulpeux et l’onduleux, dans l’enviable, dans le prostitutionnel, quitte à se faire gonffleter les lèvres, les pectoraux ou la poitrine pour y parvenir. Les hommes absorbent toute sortes de substances suspectes pour se faire monter une soufflette d’Adonis manqué (ces pratiques, désormais, ne sont pas restreintes aux gyms et salles de musculation, il s’en faut de beaucoup). Les femmes, on n’en parle pas… la cruauté chirurgicale envers leur corps culmine, en nos temps comme jamais. Hédonisme de poseurs et de poseuses, sensualité de théâtre de carton pâte. Faux plaisir, jouissance absente. Frustrer et faire des jaloux et des jalouses est plus important que de ressentir un plaisir effectif. Ce n’est pas une orgie, c’est un défilé de mode, contrit et souffreteux. N’avez-vous donc jamais constaté que, dans un défilé de mode, absolument personne ne s’amuse?
Narcissisme sans amour de soi. Masochisme qui souffre non pas pour jouir mais pour paraître et se refaire à l’image imagée de l’image imaginaire impossible. Hédonisme contraint (ce qui est une rude contradiction dans les termes). La libération sexuelle est une faillite. Elle nous a libéré de notre soumission de bouvillons et de génisses face au hobereau cultivateur et obtus de jadis, pour nous livrer, nu(e)s et désemparé(e)s, à la compétition urbaine, cynique, envieuse, insensible et exacerbée du capitalisme commercial et au vedettariat truqué de l’égocentrisme néo-inquiet… Pour le coup, la jouissance, le plaisir, la beauté toute simple, la vraie séduction du coeur, ce sera pour un autre jour…
reinedespommes a dit
Je dois faire partie d’une race « à part ». J’ai toujours jugé les décolletés trop aguichants, les mini jupes trop mini …
Cependant, on en revient à un sujet précédemment évoqué: pourquoi les femmes font-elles tout ça? Parce qu’on leur colle des images sous le nez de femmes prétendument « modèles ». L’amour de soi en prend un sacré coup, vous ne croyez pas?
Savoir qu’un homme va plutôt se retourner sur un décolleté que sur une femme « standard » est déplorable et fait de nombreuses femmes ce que vous décrivez, en effet.
Personnellement, je préfère plaire pour d’autres qualités qu’uniquement les physiques (si tant est qu’on puisse appeler ces nouvelles normes des qualités).
Je préfère l’être au paraitre, je préfère le naturel au stéréotype.
ysengrimus a dit
Quel homme, Reinedespommes? Lequel? Il n’est pas tous les hommes, il n’est qu’un certain segment du lot global. Inexorablement. Pourquoi vous acharnez-vous sur ce segment là justement, sinon parce qu’il est instrumental dans la confirmation de ces pulsions et préférences de la culture intime des femmes, formulées AVANT que l’homme ne grimpe difficultueusement sur la piste? Ne sous-estimez pas votre autonomie et celle de vos semblables, dans tout cela. Elle est en croissance historique exponentielle. La femme ne cherche plus un compagnon, elle cherche un regard. Elle veut se donner un gros miroir collectif qui crépite, hullule et aboie.
reinedespommes a dit
Ysengrimus, si je ne dois pas généraliser pour les hommes, il ne faut pas non plus le faire pour les femmes alors ! Non ?
ysengrimus a dit
Naturellement. On ne fait pas ici des proclamations sur des états absolus… seulement des suggestions descriptives sur des tendances principales… Le contre courant est bien là. Vous l’incarnez… et vous n’êtes pas la seule.
reinedespommes a dit
Vous me rassurez !
LaVacheEnragee a dit
I agree blindly with every word you say because you have a doctorate.
ysengrimus a dit
Now, I doubt that…
LaVacheEnragee a dit
Oh no, don’t doubt that. You are superior to me. I don’t have a doctorate and therefore am not worthy of expressing my ridiculous opinion. I am just a woman, a young and stupid woman. What do I know about what it is to be a woman? I need to be told by men like you. You are that superior kind of man who never looks at women on the street, is never drawn to crossed legs and tight jeans.
ysengrimus a dit
VacheEnragée, if you are trying to demonstrate some lack of intelligence with that type of development, you fail. The question is valid: can a man describe accurately what women think and do? Only women can answer to that.
I am ready to face that answer, whatever it is.
tourelou a dit
Est-ce le retour des machos?
Lu ce matin, les femmes demandent aux hommes de se maîtriser, d’être forts, rassurants et de vanter leur féminité.
Je dirai que les hommes ont aussi demandé aux femmes les mêmes choses, je parle pour les babyboomers, et c’est particulièrement vrai dans le ‘merveilleux’ monde des affaires. Le jello vert pour tous le monde, non merci. Nous ne devons pas croire que les uns sont mieux que les autres. Vivement la différence et j’ose croire que chacun trouvera sa potion pour trouver la rencontre d’exception. Parfois la distance ou le temps nous vole notre homme ou femme miracle, alors profitons des attraits modernes de notre temps pour ne rien manquer car rien n’est programmé, sans toutefois trop dénaturer et surtout être bien dans sa peau. Il faut bien enlever quelques épines aux roses parfois.
BOC a dit
Texte proprement écrit mais franchement nul: le rôle joué par les hommes et leur regard dans ce narcissisme est totalement nié. En plus, incitation ouverte au masochisme féminin et donc, incitation insidieuse au sadisme masculin.
Pas de maso sans sado et vice versa.
ysengrimus a dit
Ah, je persiste et je signe. Les hommes surestiment leur importance dans la crise de redéfinition de la femme contemporaine et, avec cette culpabilisation morbide qui accompagne les affranchissements majeurs, les femmes voient l’homme plus enflé qu’il n’est en réalité dans cette dynamique. Votre critique perpétue ouvertement la mythologie phallocrate. Je dis que le phallocrate est désormais un tigre de papier. Et je constate aussi, en fait, que la femme actuelle, en cherchant l’attention de l’homme, se comporte de plus en plus comme si elle cherchait l’attention d’un enfant sans pouvoir, mais capricieux et folâtre. Cette auto-infantilisation de l’apparence féminine est vouée à l’échec. Même l’homme n’en veut plus vraiment.
Aussi, il n’y a pas ici incitation à quelque masochisme abstrait qui remettrait l’homme sur sa selle sado-mythique mais ferme dénonciation d’un masochisme effectif, autonome, frustré, inutile et stérile, dont « le » sadique que vous réclamez tant est nulle autre que l’autre femme, et qui gâte complètement la jubilation hédoniste à laquelle la femme est en droit d’accéder sans que ne la fasse chier ni l’homme, ni justement les autres femmes.
Maintenant relisez votre lapidaire critique qui brouille et inverse la part des constatations et des incitations de mon billet: votre critique ne manifeste qu’un seul regret cuisant, celui du fait que l’homme ne domine plus le spectacle que la femme se fait désormais à elle-même. Je ne nie pas le rôle de l’homme et la fascination pour l’homme. Je nie la domination de l’homme. Cette négation ne vient de nulle part que de l’observation toute simple du monde contemporain.
Sabotage a dit
Votre texte est un lamento naturaliste et conservateur. C’était mieux avant, quand la femme était « simple », « naturelle », sans artifice. Il y a la « vraie séduction », à l’ancienne, sans colorant ni conservateur ; et la nouvelle, forcément « fausse », « truquée ». Platonisme de bas étage : les apparences trompeuses ne devraient pas prendre le dessus sur l’essence vraie, bonne et primordiale.
C’est clicheteux… Et profondément réac.
Jeanne a dit
Sans endosser votre première phrase … je trouve votre point de vue très intéressant. Car qu’ont de plus choquant, les tatouages, chirurgies plastiques qu’avaient les os dans le nez ou les colliers des femmes girafes. La séduction est une affaire d’époque et de lieu.
Aussi: ceci… les femmes doivent apprendre à désirer au lieu de désirer le désir. Passez d’objet à sujet…
ysengrimus a dit
Pas réac. Descriptif. Je décris modestement la réaction actuelle ambiante.
Kans a dit
Je découvre le blog à la faveur de l’étude sur le temps passé par les femmes à choisir leur tenue.
Il est évident que la femme est victime et/ou acteur de son image/role dans la société et l’homme prend forcément le role opposé. A moins que ce ne soit l’inverse qui se produit. Grand fan du Tour de France, j’observe avec un certain amusement les cérémonies de remises de prix; ces jeunes femmes tout aussi belles les unes que les autres, obligées de se poster comme lors d’un défilé et faire des bises au sportif dégoulinant de sueur (même s’il s’est rapidement passé un jet d’eau et une éponge après l’effort). Et celles qui tiennent le parapluie en bikini avant les départs de courses de moto.Et celles qui parcourent le ring entre deux rounds, le plus dénudé possible. Que reste t-il au mâle sportif plein de testotéronne que je suis? Ai-je un choix autre que d’être macho? voire plus?
Pomme a dit
Kans, il me semble que tu as plus de choix que de te laisser emporter par des émotions purement liées au visuel … non? A moins que le mâle que tu es ne contrôle plus ses émotions et se laisse envahir par une « image »?
Jeanne a dit
Si le miroir était tendresse …
Il y a 10 ans j’ai continué ma vie sur une voie différente. Il y a 10 ans j’ai posé contre le mur de ma chambre un miroir bon marché que j’ai nommé: » Miroir, miroir ». Chaque matin, nue, je passe devant et souvent, je l’avoue, je m’arrête.
Miroir miroir, dis moi comment le temps s’incrit sur ma peau? Et le miroir dans sa gentillesse, m’enchante en me montrant doucement une ride, un pli, et parfois même un bouton comme à l’adolescence. Je bouge devant lui et il sourit de me voir si mutine dès l’aube.
Mais ce miroir n’est pas docile et il refuse de me montrer ce que j’étais hier et encore moins ce que je serai demain.
Chaque matin, il est au présent et c’est pour cela qu’il me plait tant
Souriez …
Maxime Zjelinski a dit
Retour de la « masculinité », de la « virilité »? Sous quelle forme? Et sur quel mode?
Ce qui revient ne revient jamais intact. Le retour est, la plupart du temps, une parodie. La virilité que les femmes réclament est une autre sorte de maquillage. Elles attendent des hommes non pas la masculinité, mais les signes de la masculinité. C’est un scénario, un discours.
Observez nos racailles, qui voient les femmes comme des « tasspé ». Vous les trouvez virils? Malgré leurs grimaces et leur sexisme, ils ne trompent que les bourgeoises: ce sont des fillettes qui veulent renvoyer une certaine image et qui vivent à travers le regard d’autrui.
BOUME a dit
Voir le documentaire Il Corpo delle Donne
Les italiennes en ont marre des femmes chirurgitorturées, bafouées-promues par la télé des mégasociétés (TÉLÉ BERLUSCONI)…