Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

Mâle Alpha. Foutaise Omega. Contre le social-darwinisme de ce temps

Posté par ysengrimus le 3 juillet 2008

Le cirque débute avec une sorte de zoologiste farfelu du nom de Desmond Morris. Ses ouvrages, populaires et vendus massivement dans les supermarchés des années 1970 (le Singe nu, le Zoo humain), nous racontaient avec un simplisme désarmant –par exemple- que les seins et les lèvres de la femme humaine sont une transposition des fesses et de la vulve de la guenon, transposition apparue lors du passage de notre ancêtre à la station verticale pour perpétuer les attraits primaires de la séduction simienne originelle. Dans cette continuité, un certain journalisme de folliculaires nous raconte que si les femmes trouvent plus facilement que les hommes les fruits et les légumes dans un supermarché, ce n’est pas le résultat d’un conditionnement social, non, non, non, c’est parce que chez notre ancêtre arboricole, la femelle, vouée à détecter les fruits pour ses petits, captait et sélectionnait plus facilement les couleurs vives que le mâle. Explication similaire pour la préférence des petites filles pour le rose et les jouets passif, la préférence des petits garçons pour le noir et les jouets agressifs (si tant est que cela se vérifie!). Cela est censé relever de la division des rôles de cueillette et de combat dans la horde lointaine et atavique des contemporains de Lucy… La chose se sophistique parfois en doctrine sociale de toc. On nous annonce alors que les hommes riches sélectionnent de jolies femmes sur les bases du principe darwinien de la survivance du plus apte et que le tout est un cas de figure inexorable de la sélection naturelle la plus ancienne et la plus fatale qui soit. Pour tout dire, il est de vogue en ce moment de tout expliquer de nos comportements sociaux sur la bases d’analyses semi-élucubrantes renvoyant à certaines caractéristiques biologiques (habituellement sélectionnées de façon superficielle et éclectique) censées provenir de notre fond primate archaïque. Dans la même dynamique, au lieu de parler, comme autrefois, d’un homme séduisant, on parle désormais d’un Mâle Alpha, en référence, un peu snobinarde, à la hiérarchie que certains primatologues font des communautés de gorilles.

Le social-darwinisme (ou “darwinisme social”) est une théorie sociale réactionnaire (Spencer, Malthus, etc) qui se donne comme procédure de s’approprier intempestivement les catégories descriptives de la biologie darwinienne et de les appliquer mécaniquement à la description de la vie sociale humaine. Le social-darwinisme saute donc par-dessus l’Histoire (et par-dessus un certain Karl Marx) pour plonger directement ses explications totalisantes et totalitaires dans la toute inévitable biologie. Le fait que l’être humain se soit historicisé et, ce faisant, qu’il ait altéré sinon inversé nombre de ses déterminismes biologiques ne compte pas pour le social-darwinisme. Le social-darwinisme ne reconnaît pas les classes sociales, la lutte des classes, les révolutions, les modes de production et le développement historique. Tout pour lui procède des castes biologiques de la zoologie la plus simplette et est donc fondamentalement immuable. Les hommes riches sont voués à s’acheter des jolies femmes (qui restent pour toujours à vendre) de toute éternité. Ces dernières, pour employer la formulation explicite de certaines pages féminines à la mode, sont “biologiquement compétitives”, puisque les détails les plus compulsifs, les plus perfides et les plus mesquins de la société bourgeoise contemporaine sont tous, sans exception, censés procéder de la lointaine fatalité du gorille et de la guenon… Le social-darwinisme est une déviation naturaliste qui légitime et perpétue l’ordre social en cours par un pur baratin de pseudo-science. Il est assez difficile de s’y objecter au premier degré d’ailleurs car, ce faisant, on semble rejeter le darwinisme (donc la science!), ce qui classe d’emblée, aux yeux des myopes, les objecteurs du social-darwinisme au nombre des créationnistes obtus et autres théogoneux ineptes qui ne veulent pas entendre parler de l’homme qui descend du singe…

Alors attention. La théorie de Darwin s’applique sans problème au fait que de mille glands tombés de cinquante chênes, il ne poussera que dix-huit arbres, les dix-huit plus forts, et le reste passera en humus. Gaspillage spermatosoïdesque dans la nature, survivance du plus résistant par pure inertie biologique. Si des petits écureuils se mettent à enterrer certains glands un peu partout, altérant la croissance initiale des chênes et l’augmentant, c’est encore un effet naturel qui verra les meilleures forêts de chênes se peupler d’écureuils qui, encore une fois, gaspillent en se donnant vingt caches de glands et en n’en retrouvant que cinq, le reste devenant des arbres. Mais si d’un coup sec, toute la forêt est rasée avec de la machinerie lourde, appartenant à une multinationale à visées lucratives, pour bâtir des habitations au Canada ou des navires en Norvège, là, l’évolution naturelle vient de se faire radicalemnt bousculer par le développement historique. C’est que l’animal dénaturé (l’humain, selon le mot de Vercors) vient d’intervenir et les explications darwiniennes ne tiennent plus. C’est ici que Darwin débarque et que Marx embarque…

Je ne suis pas un primate tout court… Je suis un primate radicalement altéré par le développement historique. Il m’est donc possible de changer radicalement ma nature grâce à mes acquis historiques. Je peux voler en avion, je peux nager sous la mer en scaphandre, je peux cesser de traiter ma femelle en inférieure, elle peut ne pas se laisser engrosser par moi si elle me trouve trop sot, et je peux changer le tout de ma vie et elle aussi. Il n’y a donc rien de «fatal», rien de «naturel» rien de «biologique», rien de «génétique» dans mes pratiques sociales, et le social-darwinisme, la théorie implicite des hommes riches qui achètent des jolies femmes compétitives et souhaitent ardemment qu’il en soit toujours ainsi en misant compulsivement sur le patriarcat musculeux des gorilles, est une pure et simple fausseté.

Comme l’esclavage, la monarchie, l’apartheid et le polythéisme, bien des comportements que nos petits fatalistes auto-promotionnels contemporains croient éternels seront rejetés par le développement historique, et ce, dans pas si longtemps que cela d’ailleurs. Le social-darwinisme et ses divers implicites machos et élitistes sont certainement de ceux-là. Je n’aurai donc qu’un mot: Mâle Alpha. Foutaise Omega.

La notion de "Mâle Alpha", c'est strictement pour lui. La notion de "Foutaise Omega", NOUS en detenons le monopole...

La notion de "Mâle Alpha", c'est strictement pour lui. La notion de "Foutaise Omega", NOUS en détenons le monopole...

22 réponses vers “Mâle Alpha. Foutaise Omega. Contre le social-darwinisme de ce temps”

  1. Tourlou a dit

    Et si la femme a fait la paix avec ses dons d’instincts d’un savoir immémorial, j’ai tendance à croire que les hommes cherchent toujours à faire la paix avec leur anima, semble-t-il… Après le chaos et la désolation les hommes auront toujours l’instinct, de vie ou de survie, de tout reconstruire.

  2. ysengrimus a dit

    Il ne reconstruiront rien sans les outils dont ils héritent…

  3. clusiau a dit

    Il ne reconstruiront rien sans les outils dont ils héritent

    Les hommes créent continuellement de nouveaux outils oubliant souvent à quoi servaient les anciens. Et même la disparition de tous les outils, ce qui est impossible, n’empêcherait pas des constructions nouvelles. Construire, détruire, ça va ensemble, c’est un cycle, un éternel recommencement.

  4. ysengrimus a dit

    Le culte abstrait et pendulaire du Cycle et du Recommencement ne doit pas faire oublier l’Irréversible, qui est au coeur de l’Histoire humaine.

  5. clusiau a dit

    L’irréversible ? Désolé je ne comprends pas.

  6. maxhno a dit

    Je pense que ça veut dire, que si le cycle n’était qu’un éternel recommencement, tu serais en train d’essayer de faire du feu plutôt que taper sur un clavier. Certes il y a des cycles historiques, mais ils ne se reproduisent pas à l’identique. L’irréversible, c’est ce qui est irréversible dans ces cycles, si je comprend bien…

    Et, au fait, merci, je commençais à désespérer de faire comprendre l’absurdité du lien Darwinisme – Darwinisme social… Je me suis permis de créer un hyperlien de ce texte sur un autre blog…

  7. ysengrimus a dit

    C’est moi qui vous remercie, Maxhno.

  8. chaussette a dit

    Bonjour, quelle explication trouvez-vous donc au maquillage des femmes ? une simple supériorité esthétique de la gente féminine ? une soumission à la libido masculine qui doit disparaître ? personnellement je constate que ce phénomène colle assez bien à l’hypothèse de Morris.

    chaussette, mâle qui fait la vaisselle

  9. ysengrimus a dit

    Le maquillage est un objet éminement culturel. Il n’y a rien de simien là dedans, c’est une longue tradition historique qui se manifeste ici. Elle n’est pas exclusive aux femmes d’ailleurs…

    Pour pasticher un mot qui a fait un certain bruit en 2008: mettez du maquillage sur une guenon, cela reste une guenon… Frenchement, il faudrait que Morris nous explique la “bestialité” de cet oeil

  10. chaussette a dit

    “Franchement, il faudrait que Morris nous explique la “bestialité” de cet oeil…”

    Une petite montée de testostérone. Je ne suis pas un ectoplasme délivré de mon corps.

    Je pense que la culture est un prolongement de l’évolution humaine, et pas une espèce de don divin dont le marxisme (qui s’inspire de la dialectique de Hegel)semble encore marqué, avec sa morale ma fois toute chrétienne…

  11. ysengrimus a dit

    Dénigrer le bond qualitatif du développment historique au nom d’un rejet (hautement légitime) du christianisme est sidéralement simpliste. La praxis humaine a fait jaillir, en dehors de toute mystique, l’imprévu dénaturé…

  12. chaussette a dit

    “La praxis humaine a fait jaillir, en dehors de toute mystique, l’imprévu dénaturé…”
    Tout à fait d’accord.

    “Dénigrer le bond qualitatif u développment historique au nom d’un rejet (hautement légitime) du christianisme est sidéralement simpliste.”

    Un “bond”, une révélation, oui je le nie, j’essaie d’imaginer des milliards de vies depuis des dizaines de milliers d’année, avec la transmission du savoir et son évolution -parfois-exponentielle, corrélée à l’évolution de l’espèce.D’accord pour accuser l’immobilisme politique du “darwinisme social”, mais pas pour faire un abîme entre l’homme et l’animal.

  13. ysengrimus a dit

    C’est vous qui dichotomisez homme et animal. Vous perpétuez ainsi le spectre que vous prétendez critiquer. Je ne fais que jouxter mon observation du développement historique sur un animal qui l’a produite par lui même, sans jamais s’en séparer et qui y a même uni d’autres animaux: le chien et le cheval par exemple.

  14. marc a dit

    Merci pour toutes ces explications. Mon meilleur ami ainsi que mon amoureuse sont hier tombés d’accord sur un point: je suis un “mâle super dominant” dit l’un, un “mâle alpha” répond l’autre. Eu secours! C’est grave?

  15. ysengrimus a dit

    C’est surtout illusoire et factice…

  16. Joël a dit

    Bon article sur les aberrations du darwinisme social. Chez le loup, on parle de couple alpha, le seul qui dans la meute est autorisé à se reproduire.

    http://www.franceloups.fr/meute.htm

    L’homme est un loup pour l’homme disait Hobbes qui pensait qu’il fallait que l’on passe de l’état de nature à l’état civil et à un contrat social.

  17. Duncan a dit

    Votre texte est d’une médiocrité consternante. Je n’ai pas lu les auteurs du social-darwinisme mais manifestement vous non plus puisque leurs théories constituent à bien des égards des trahisons de l’oeuvre darwinienne et que vous semblez l’ignorer. Dans le meilleur des cas simples vulgates dans d’autres dérives malthusiennes voir fascisantes via l’importance donnée au concept (sans fondement) de race. Vous auriez pu donc dénoncer ces mauvaises interprétations mais vous vous fourvoyez dans une critique du darwinisme sous couvert de vous en prendre à ce malheureux folklore. Cela n’a pas l’air de vous plaire vu les nombreuses caricatures (“les hommes riches sont voués à s’acheter de jolies femmes”, “comme l’esclavage, la monarchie, l’apartheid…”, “traiter ma femelle en inférieure”…) que vous en faites mais c’est pourtant vrai: la biologie s’impose à l’Homme autant qu’au singe, il est juste plus complexe. Les femmes et les hommes s’accouplent selon une équivalence de valeur reproductive. Vous attaquez ce constat absurdement “Il n’y a donc rien de «fatal», rien de «naturel» rien de «biologique», rien de «génétique» dans mes pratiques sociales.” Voyons, outre que votre accumulation de synonymes trahit votre manque d’argumentation, soyez juste sérieux deux minutes.

    Le darwinisme est une théorie expliquant l’évolution des espèces selon la sélection naturelle, elle même régie par la sélection sexuelle. Comment se déroule t-elle chez les humains? Je ne vais pas dépeindre un tableau exhaustif mais les femme sont attirées par des hommes sécurisants capables d’assurer leur subsistance et les hommes par des femmes fidèles ayant certaines caractéristiques physiques (seins ronds et volumineux, hanches larges, chevelure abondante) les informant sur leur bonne disposition physiologique à donner naissance à la progéniture et à ce que ce soit bien la leur. Ces préférences ne sont en rien sociales, elles étaient déjà les mêmes au berceau de l’humanité. Seulement, et c’est là ou vous commentez une autre erreur, la sélection sexuelle tient tout à fait compte de l’histoire, au temps des cavernes l’homme sécurisant et riche était le chef violent et sanguinaire, aujourd’hui il est médecin, avocat, ou écrivain à succès. Nous ne sommes donc pas de simple singes, nous évoluons au gré de notre culture. Cependant ne nous y trompons pas, si la rolex a remplacé les dents en ivoire d’animaux sauvages elle a exactement la même fonction, être un signe distinctif de haute valeur reproductive, donc sexuelle, et donc favorisant la séduction. Nous restons soumis à notre nature. Les csp passent, l’importance de l’alpha male demeure. Le maquillage des femmes est un autre exemple. Sa fonction est bien sûr, comme les couleurs des ailes des papillons, de renseigner les possibles partenaires sur leurs qualités physiques. Un visage coloré (et accessoirement masquant les boutons, signe de carence et de mauvais fonctionnement physiologique) est un indice de santé et augmente donc la valeur sexuelle de celle qui l’arbore. Si vous en doutez je vous propose des travaux pratiques. Essayez d’avoir une érection en compagnie de vieilles femmes unijambistes. Y arriverez-vous? Sans doute non, car à partir d’un certain âge les deux sexes perdent tout pouvoir d’attraction sexuelle envers leur congénères plus jeunes (surtout si ils ne sont pas bien portant) car ils ne sont plus capables d’assurer la reproduction. C’est grâce à cela que l’humanité assure (entre autre) sa subsistance.

    Vous pouvez quand même me remercier. Vous avez de la chance (donnée très importante de la théorie darwinienne) de lire ce texte. Il a pour but de vous remettre dans le droit chemin. La compétition sexuelle, produit de la “lutte des gênes” est un fait, et en avoir conscience ne change pas significativement son organisation. Comme le philosophe que Montaigne a juché dans une cage, nous sommes soumis à notre nature animale. Mais vous l’aurez remarqué, cela ne nous empêche pas de peindre, de construire des dispensaires pour aider les pauvres (la solidarité est essentielle aux sociétés animales évoluées) et d’aimer autre chose que des blondes aux gros seins ou des hommes d’affaires bedonnants.

    • ysengrimus a dit

      Je vous remercie en effet… d’exemplifier pour nous le social-darwinisme dans toute sa splendeur machique, sa propension à se déguiser en Darwinisme (je n’ai aucunement contesté ce dernier), à marginaliser le caractère irréversible du développement historique et à faire remonter la rolex (et tout l’ordre bourgeois avec elle) jusqu’aux temps immémoriaux des cavernes. La non prise en compte de la progression sociale des femmes dans les deux derniers siècles exemplifie significativement que l’utilisation réactionnaire, passéiste, patriarcale et anti-historique du Darwinisme EST le social-darwinisme.

  18. Pik a dit

    Je crois comme Duncan que vous balayez bien trop rapidement le social-darwinisme, en en donnant une définition austère et primitive.

    L’objection répétée selon laquelle tout exemple donné en faveur d’une telle théorie est une illustration d’un conservatisme borné tient évidemment sur le fait que la sélection naturelle, qui fait l’objet du darwinisme, ne laisse pas a priori de place à l’altruisme, à la générosité, à l’intelligence bien employée, à une éthique du comportement. Le darwinisme, c’est la loi du plus fort, n’est ce pas? Malheureusement c’est dans un premier temps un tort de penser que c’est exclusivement cela et en version simplifiée, c’est un second tort de rejeter la partie biologique de l’homme.

    Pour la première objection, le darwinisme a beaucoup évolué (merci à l’article sur rue89), et s’est introduit dans la sociologie non pas seulement par certains aspects purement biologiques (effets hormonaux, stimuli visuels et leurs influences sur le comportement humains, qui sont biologiquement prouvés, et j’insiste sur ce point). mais par des aspects stratégiques très intéressants: la répartition des populations, mais également les formations de tribus, les structures hiérarchiques spécifiques à l’entreprise, les négociations économiques. Tous ces domaines, traités notamment par les neurosciences ou la théorie des jeux, fait appel à des principes de bases, des critères de survivances, que nous devons à Darwin. On s’éloigne de l’analyse du dragueur soralien, mais on reste dans une interprétation darwinienne d’interactions sociales. ça a évidemment plus de gueule que le marxisme, qui n’est PAS scientifique, et qui n’est pas moins une profession de foi que de croire qu’une moto ou un tatouage ont un effet séduisant sur la gente féminine (à ceci près que j’ai empiriquement testé le second, et je suis au regret de vous dire que…)

    Mon second argument, et je reviens sur l’aspect biologique de l’humain, est qu’on ne peut ôter cette partie cruciale dans la mécanique des relations sociales parce que nous ne sommes pas des êtres de pensée pure. Nous avons faim parfois et nous salivons, moi je bande quand une attirante jeune fille tente de me séduire. Ce qu’elle ne fait pas en me démontrant des théorèmes de topologie algébrique. De même si je prends un plaisir à résoudre des problèmes théoriques comme l’épistémologie du hasard ou les équations différentielles (je n’ai jamais séduit personne grâce à cela), j’aime boire, manger et baiser. On peut être viandard sans être un salaud. On peut être influencé par des stimuli biologiques sans que cela soit mauvais, même si c’est toujours un peu primaire. Les derniers développements sérieux dans la compréhension des intéractions humaines et de l’intelligence viennent des neurosciences,et même si elles restent phénoménologiques, elles n’oublient jamais de modéliser ou de mettre en valeur des buts élémentaires, comme le plaisir, interprété comme signe de bien être et de survivance. Le cerveau fait partie du corps, même si c’est plus compliqué que le reste. La théorie des jeux également fait d’énormes progrès sur la compréhension des comportement humains, mais cette fois en partant d’un critère pris a priori: maximiser son intérêt, sa survie. Et c’est là que le darwinisme est le bienvenu. En bref, nier la nature de plein de choses, vous raterez de belles explications sur le sentiment amoureux, la jalousie, le stress, l’autorité et sa soumission, et plein d’autres choses que Marx et Freud prétendaient expliquer (on peut tout de même les remercier).

    Pour finir je trouve étrange, mais là c’est très personnel, qu’un supposé marxiste (donc athée? donc en ces temps austères de la philosophie analytique de l’esprit, peut être déterministe matérialiste? assurément un peu déterministe puisque marxiste…) rejette si fortement la “fatalité” de stimulis qui ont des origines non naturelles (la montre en or, pour la citer).

    Amicalement,

    • ysengrimus a dit

      Les arguments exclusivistes du matérialisme naturaliste, scientiste, triomphaliste et obtus sont fort bien exemplifiés ici. Si on rejette les déterminations biologiques EXCLUSIVES, on se fait accuser d’angélisme, d’intellectualisme excessif et de vouloir séparer le cerveau du corps. Or, l’accusation de myopie sociale faite par le marxisme au social-darwinisme (et PAS an darwinisme biologique, le SEUL qui soit effectivement scientifique), c’est justement l’accusation de séparer simplistement. Séparer le “viandard” frétillant qui bande de ses déterminations HISTORIQUES et conséquemment ériger le paillard cuistre et petit bourgeois de nos bonnes villes tertiarisées en Grand Animal Universel. Bien loin d’être un angélisme, le marxisme AJOUTE un matérialisme historique DOMINANT au matérialisme biologique DÉTERMINANT des darwiniens, circonscrivant l’humain, le blé, le cheval et le chien (entre autres) dans le mouvement du développment des modes de production sans lesquels ils ne seraient tout simplement pas ce qu’ils sont aujourd’hui…

      • Pik a dit

        Je n’ai pas très bien compris tout le sens de votre réponse, mais dites vous bien ici que le darwinisme (biologique) a encore sa place pour expliquer des phénomènes sociaux, mais de manière partielle et minoritaire, alors qu’il occupe une place majeure, voire exhaustive, dans la nature?

        Si c’est le cas, je suis d’accord avec vous : je dirai que la biologie (de l’évolution, pour préciser ce dont on parle) joue dans les intéractions sociales, mais pas seulement. Il ne faut donc pas mettre au fond du placard l’”alpha male”, mais simplement considérer cette dimension comme désormais un facteur parmi d’autres des phénomènes.

        Quant au social-darwinisme, je persiste à croire qu’aux vues des recherches récentes, et prometteuses, des théories de la compétition (même si je le concède, il y a des obstacles épistémologiques, conceptuels, techniques, à franchir, et certains infranchissables) en sociologie, il serait dommage de lâcher aussi tôt des concepts encore productifs. Bien sûr vous pourriez arguer qu’on a élevé à un palier supérieur la résolution des problèmes, et ainsi le social-darwinisme lui même n’est plus à prendre. Peut être. Mais Aujourd’hui Darwin commence à être reconnu comme un des pères de l’économie. Associé à d’autres idées (l’utilité, les graphes, la percolation), le darwinisme “de base” pose un fondement de beaucoup de modèles sociologiques récents. Je prends pour exemple les jeux à champs moyen de Lasry Lions, ou la percolation d’information. On dévie certes du principe de base, mais on ne le rejette pas. Évidemment, les études sur les rôles clichés des petites filles et des petits garçons semblent dépassés maintenant, mais l’idée de base d’utiliser l’évolution, l’adaptation et la règle de survie du plus adapté sont encore très bonnes pour expliquer bien des phénomènes (macro et micro).

        salutations,

      • ysengrimus a dit

        Il y a un seul phénomène socio-historique que le darwinisme biologique aide à comprendre, c’est la pratique coutumière qui, par mouvement inverse, a justement aidé Darwin à lui-même comprendre la nature, et c’est l’élevage des animaux et des plantes, dans le cadre fermier (avec croisements, sélection concertée, constitutions artificielles d’espèces, hybridations, boutures, etc). Le reste de votre développement ici, c’est du blablabla tape-à-l’oeil de sociologie scientiste, positiviste, conformiste et confirmationniste pour ordre établi en mal de perpétuation, d’auto-légitimation et de sempiternalité…

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