Le Carnet d’Ysengrimus

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Le paradoxe nord-américain du port d’arme: une histoire d’ours…

Posté par ysengrimus le 2 juin 2008

L’histoire en question débute au 18ième siècle, à l’époque de la ci-devant culture de la frontière, quand ce qui bruissait dans le bois sur le bord de la route était soit ami, soit ennemi, soit ours. Le port d’arme dans ce temps était un strict atout nobiliaire et inutile de dire qu’un ours n’a pas conscience de ces distinguos de classe quand il charge. Aussi les révolutionnaires américains firent tôt du droit de se défendre dans le bois et sur leurs fermes une de leurs priorités fondamentales. On surestime d’ailleurs le caractère américain de cette exigence. Elle est en fait plus républicaine qu’américaine. En effet, si on lit attentivement les très copieux cahiers de doléances de la période prérévolutionnaire française, on s’aperçoit que la réclamation du port d’arme populaire y figure en bonne position dans de très nombreuses communes. Ceci dit, rien à faire. Il y a bel et bien dans les représentations modernes une profonde américanité de l’arme à feu. Inventeurs et concepteurs de plusieurs types d’armes de poing, de la carabine à répétition, du fusil mitrailleur (utilisé pour le première fois lors de la guerre de Sécession), j’en passe et des meilleurs, l’industrie, la culture, le folklore et la symbolique américains sont profondément et solidement marqué par le flingue et l’individu à flingue.

Révolution américaine, le port d’arme est légalisé. Révolution américaine, le Canada, comme à son habitude, ne suit pas… Depuis 1760, les britanniques au Canada opérant très ouvertement et très sereinement comme des occupants, seuls les officiers et les militaires ont le droit, strictement restreint par leurs fonctions, de porter les armes. La population française occupée ne s’attend d’ailleurs pas à autres choses. L’occupation a sa logique, et cette dernière exclut les flingues de la propriété du petit peuple. Révolution américaine, l’Amérique du Nord Britannique se recroqueville au Nord et les administrateurs coloniaux, surtout après 1776 et 1789, craignent suffisamment les courants d’idées républicains pour bien voir à ne jamais mettre des flingues entre les pattes ni de cette population française frondeuse, ni, en bonne cohérence légaliste, de la population anglaise en croissance (dont une portion significative débarque d’ailleurs justement du sud tricolore). Pas de ça chez nous. Du moins légalement car… et je me dois ici de faire revenir l’ours. Les folklores québécois et acadien sont solidement garnis d’un type très particulier de court conte populaire, les histoires d’ours. C’est toujours le même patron. Un homme a tué un ours dans le bois sans témoin, vient en vendre la fourrure au village et s’empêtre sans fins dans des explications tarabustées et filandreuses sur comment il est parvenu à réaliser un tel exploit puisqu’il n’est pas autorisé à se promener dans le bois ni nulle part ailleurs avec un flingue… Le protagoniste raconte à un auditoire goguenard et semi-complice qu’il est grimpé à un arbre dont la branche a cassé et qu’il est tombé sur le point faible du dos de l’ours, qu’il l’a chatouillé jusqu’à ce qu’il meurt de rire, qu’il l’a empoisonné avec la tambouille du chantier de coupe de bois, qu’il lui a redit le dernier sermon dominical le tuant d’ennui, qu’il a attendu l’hiver pour qu’il meurt de froid. Les variations sont infinies. Ces traits de folklore indiquent clairement que les acadiens et les québécois portèrent des armes illégalement dans leur propre dynamique de la frontière et narguèrent discrètement l’occupant avec des pétards déjà importés de chez nos voisins du sud… Un certains nombres de ces armes illégales, dont même des canons, firent d’ailleurs opinément leur apparition lors des révoltes anti-coloniales de 1837-1838 dans les portions tant française qu’anglaise du Dominion du Canada.

18ième siècle, l’administration américaine apparaît donc comme magnanime, libertaire, valeureuse, confiante et respectueuse du droit à se défendre. L’administration canadienne apparaît comme rétrograde, coloniale, vétillarde, aristo, renfrognée et peu soucieuse du bien-être de ses fermiers et de ses trappeurs. 21ième siècle, la perspective s’est inversée. Les américains passent pour des psychopathes qui font des cartons dans les restos famille avec des AK47 parfaitement légaux mais qui pourraient pulvériser l’ours sans qu’il ne reste plus rien d’utile de sa fourrure. Les canadiens passent pour de courageux modernistes qui tiennent tête au vaste fléau continental du flingue, l’œil vif et alerte aux frontières. Le développement historique a de ces revirements paradoxaux et les Dominions et les Républiques voient parfois s’inverser la légitimité de leurs systèmes de valeurs de façon toute inattendue.

Le Canada ne s’est pas départi de sa bêtise pour autant. Oh, là là! Voyez plutôt. Toronto, 2001-2010, trois millions d’habitants, métropole du Canada, voit le nombre de ses meurtres par flingues, y compris en plein jour sur rues passantes avec balles perdues et tout le tremblement, augmenter sans arrêt. Quoi, quoi, quoi? Mais les armes de poings ne sont-elles pas illégales dans ce fichu patelin? Réponse des autorités canadiennes: oui tous les crimes commis avec armes à feu sur Toronto dans la guerre des gangs, trafic de drogues et autres mitraillages pour raisons fumeuses dans les cafés branchés du centre-ville sont accomplis avec des armes bel et bien illégales. Ah bon! Tiens donc, mais d’où sort donc toute cette quincaillerie interdite? C’est un véritable arsenal, c’est… c’est comme les plans de cannabis en Colombie Britannique! Les ricains, eux, achètent ça à l’armurerie du coin. On n’en veut pas plus, mais au moins on sait d’où ça sort. Mais nous? Réponse des autorités canadiennes: oh vous savez, des pétoires qu’on chaparde au cas par cas lors de cambriolages chez des collectionneurs, des carabines et des pistolets de tir sur mire que des tireurs sportifs détenteurs de permis récréatifs se font voler un par un dans leurs coffres de bagnoles, des répliques réalistes d’armes à feu rachetées à des studios de cinéma par des braqueurs imaginatifs, le fusils à chevrotines de chasse de grand-papa qu’on tronçonne. Les gens sont débrouillards, vous savez…

Pardon, excusez-moi, pardon! C’est un autre type d’histoire d’ours ça…

C’est un autre type d’histoire d’ours ça…  Les autorités canadiennes se voilent la face.

C’est un autre type d’histoire d’ours ça… Les autorités canadiennes se voilent la face.

Les autorités canadiennes se voilent la face sur leur incompétence à maintenir un interdit gagnant de plus en plus en importance sociale de la même façon que les américains se voilent la face sur leur incapacité à enrayer les crimes que leur constitution désuète facilite. C’est l’Amérique partout, que voulez-vous. Les faits sont les suivants, implacables: la quasi-totalité des armes à feu utilisées au Canada dans les circuits de grande comme de petite criminalité sont des armes modernes, pratiques, design, efficaces, non folkloriques, importées directement en contrebande des États-Unis. Les autorités canadiennes se voilent tellement la face et collent tellement à leur histoire de clubs de tirs sur mire artisanalement cambriolés par on ne sait qui que le maire de Toronto a décidé en 2008 de porter un coup sec. Il a rendu la totalité des clubs de tir sur mire illégaux sur tout le territoire de sa municipalité, les versant de ce fait aux profits et pertes d’une lutte contre la banalisation des armes de poings dans la vie urbaine qui passe ici par une lutte contre le mensonge et la tartufferie insidieusement complice sur l’origine glauque de tous ces pétards.

Après une telle mesure, si elle tiens, on va bien voir si le nombre de flingues diminue tant que cela dans la Ville-Reine, ou si plutôt, comme les constables villageois du vieux Dominion ont dû fort souvent le constater, l’ours n’a pas un trou béant et évident entre les deux yeux.


6 réponses vers “Le paradoxe nord-américain du port d’arme: une histoire d’ours…”

  1. Gwendal a dit

    Salutations distinguées de la vieille France.

    Puis-je me permettre un petit commentaire ? C’est gentil, merci. Comme vous en faites parfaitement la description le port ou la détention d’armes à feu est surtout une question culturelle et historique. Une survivance devrais-je dire car les conditions culturelles et historiques ont quelque peu évoluées depuis le XVIIIème siècle… Mais bon, les américains sont attachés à leur sacro-sainte liberté de trucider leur prochain si jamais celui-ci fait mine de vouloir franchir la jolie petite barrière blanche de leur jardin. Au même titre que moi je suis attaché à pouvoir fumer ma clope en buvant mon petit noir au comptoir de mon bistrot préféré. (Zut! C’est vrai que j’ai plus le droit de faire ça!)

    Une question me taraude cependant. Il doit bien exister des statistiques quelque-part qui seraient capables de me dire quelle est la proportion de vies sauvées ou de délits évités grâce à une arme judicieusement utilisée dans le cadre civil, et les crimes et délits causés par ces mêmes armes. Accidents et suicides compris, bien sur… Je ne connais pas les chiffres mais je gage que le débat en serait éclairé.

    Sinon, j’admire personnellement la « résistance » que le Canada fait, malgré tout, face à son voisin. Nous même, en France avons du mal à lutter contre l’influence souvent néfastes des USA. Je me dis donc que les Canadiens ont bien du mérite! Pour ce qui est des armes utilisées dans le cadre de la délinquance, chez nous elles sont, somme toute, assez rares. Notre président, ex-ministre de l’intérieur (la police), a bien essayé de nous faire croire que les citées en étaient remplies, mais en fait on a jamais rien trouvé de plus contondant que des armes blanches et des manches de pioche. NB: Le manche de pioche est moins classe que la batte de baseball, mais il est plus solide et plus maniable!

  2. [...] Le paradoxe nord-américain du port d’arme : une histoire d’ours… [...]

  3. Séba a dit

    Je ne sais pas si vous allez publier ceci et je sais que je ne vais pas me faire aimer en écrivant ce petit commentaire, mais c’est la réalité!

    Il faut arrêter de désarmer les honnêtes gens… car PARTOUT, PARTOUT, PARTOUT où cela se fait (Australie, Angleterre, villes américaines, etc, etc), tous les crimes avec violence augmentent DRASTIQUEMENT. Dans ces endroits, presque seulement les criminels et ceux qui «pètent les plombs», trouvent le moyen de se procurer des armes à feu…

    Je sais, le discours des “bien-pensants”, des médias de masse, des “experts” et de certains corps policiers, “dit” exactement le contraire. Mais faites vos propres recherches et vous allez constater la réalité…

    Oui les armes à feu peuvent tuer. Mais allez voir dans un des endroits au monde où c’est le plus difficile d’obtenir ce genre d’arme (i.e. l’Angleterre), et vous allez constater que les crimes avec couteaux et armes à feu “illégales”, augmentent à la vitesse grand V… Faut-il interdire/règlementer les couteaux, les criminels et les “fous”?
    ;-)

    Remarquez ceci. À chaque fois qu’un “honnête citoyen” ou un quidam tue quelqu’un avec une arme, les médias, les groupes “(d’op)pression” font des pieds et des mains pour augmenter la règlementation des armes à feu… Mais ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux (influents?) à dire la même chose, qu’ils ne font pas fausse route! Il faut au contraire, permettre à tous ceux qui veulent se défendre, de porter des armes! C’est la meilleure façon de «dissuader» les tueurs en série.

    Ok, Ok, j’entends déjà certaines personnes (de gauche?) me dire: «Mais tu es malade, tu es un redneck des USA et blablabla»… Je réponds: si quelqu’un veut tuer, il pourra -de toute façon TOUJOURS- se procurer une arme à feu sur le marché noir… Ce n’est PAS les armes à feu, les couteaux, les poings, les tasers, etc, qui tuent, mais les «zumains» (i.e. personnes défavorisées, «folles», etc)!

    Exemple: L’état du New Hampshire. Un des états les plus libres concernant cette question… là où les armes à feu sont 100% légales et portées par des milliers de personnes… Et là où le taux de crimes violents est TRÈS BAS !

  4. Steeve a dit

    Au siècle dernier, 170 millions d’innocents massacrés et torturés par leur propre gouvernement parce qu’il n’ont pas pu se défendre. Et certain osent dire que la Constitution Américaine n’a pas ses raisons d’être avec la montée du régime fasciste actuel?

    En ce moment même des centaines de camps de concentration sont construit par FEMA aux États Unis et au Canada. Oui il y a des fous, et justement, il faut pouvoir se défendre contre eux. Quand le Nouvel Ordre Mondial communiste va prendre le pouvoir aux États-Unis, au moins eux ils vont pouvoir se défendre.

    De toute façon l’arme en tant que telle n’est pas méchante. Qu’est-ce que ce concept d’autorité? De quel droit notre gouvernement actuel corrompu peut-il décider comment on décide de se protéger? Si il ose tuer des milliers en Afghanistan il n’hésitera pas à tourner le fusil vers vous lorsque vous demanderez du vrai changement.

  5. Le logique a dit

    Moi j’ai 12 fusils et 12 couteaux à steak vachement dangereux. Pourais-je enregistrer mes couteaux?

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