Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Athée, rationaliste et… solidaire de ma compatriote au hidjab

Posted by Ysengrimus le 24 mai 2008

types de voiles

La lancinante question du hidjab (et de tous les autres types de voiles, incluant la burqa ainsi que le ci-devant « burkini » et tous les hidjab sportifs) est une question simple, traitée, par nos cultures, en jésuite inepte, dans la mauvaise foi ethnocentriste la plus alarmante. Il me semble qu’il y a une différence profonde entre déshériter une femme des biens de son patrimoine parce qu’un code religieux l’exigerait (profondément inacceptable) et susurrer (non sans une certaine condescendance) à des jeunes filles en quête de repères: libère toi, tombe le hidjab… (beaucoup plus délicat). Dans le premier cas il ne faut pas hésiter à répondre avec toute la fermeté requise: haro sur les codes de la famille moyenâgeux. L’égalité des femmes prime. Embrassez nos valeurs ou faites face aux conséquences de la loi. Exemple: un homme veut répudier la femme qu’il vient d’épouser en prétendant qu’elle n’était pas vierge au moment du mariage et que la virginité est, de jure, une exigence matrimoniale «essentielle». Si la virginité est ainsi essentialisée, au mépris de nos juridictions et de notre jurisprudence, le droit de cette femme est ouvertement brimé. Ce n’est pas acceptable. Si ce monsieur n’est pas content, qu’il divorce comme tout le monde et en assume le fardeau de la démonstration sans invoquer des principes n’ayant pas court en république… ou en les invoquant, mais à ses risques juridiques et périls argumentatifs. Ici je considère qu’une femme est directement privée de son patrimoine et de ses droits. Donc, c’est non.

Mais, dans le cas du hidjab, tout à fait distinct, je dis et redis prudence… il faut savoir laisser la chimie du contact interculturel jouer plus doucement… et savoir miser sur la déréliction, comme prise de conscience graduelle, naturelle, non imposée… et savoir éviter de fabriquer inutilement des martyr(e)s à petit tarif. La rationalité ne se dicte pas depuis la chaire. Elle émerge suite à une vie d’expériences critiques ordinaires. Si, sur la rue où se retrouvent tous les temples en quelque grande cité multiculturelle, je dois signaler mon respect pour le fétiche divin en retirant mon chapeau dans une église mais en le gardant sur la tête dans une synagogue, et si on me laisse vivre ces expériences, à la fois distinctes et semblables, à ma guise et sans encombre, dans une église, puis dans une synagogue, puis, un peu plus bas sur la même rue, cette fois-ci avec mes godasses, dans une mosquée etc… il en résultera inévitablement une relativisation des pratiques coutumières (vestimentaires et autres) entourant le rapport au fétiche divin, et, en dernière instance, la relativisation cruciale de ce dernier de surcroît. Il faut savoir patienter face à ce genre de questions. La patience méthodique, une valeur bien peu en rythme avec la trépidation culturelle contemporaine, s’impose pourtant ici… Le fait fondamental demeure en effet que dicter aux gens comment ils doivent s’habiller n’a jamais été une option très compatible avec un plein respect des droits de la personne. Je n’ai pas besoin de me vautrer bien longtemps dans les chemises brunes et les cols maos pour vendre cette idée criante… Or cela ne se transige tout simplement pas, et cela s’applique clairement à ceux qui imposent le port du hidjab mais aussi à ceux qui prétendent le retirer d’autorité. Combattre le feu par le feu, c’est bon dans la tactique de la terre brûlée, mais autrement… Les objets vestimentaires, c’est de l’ethnologie profonde, complexe, séculaire, délicate à manœuvrer. Que celui ou celle dont les talons aiguilles et les cravates rigides ne lui donnent pas des maux de dos ou de cou trop criants jette la première pierre… Il s’agit ici d’un choix privé, procédant de la culture intime, et réduire cela à une simple question de laïcité publique, de signes religieux ostensibles, ou, encore pire, de soumission tremblante et mystérieuse à quelque père crypto-tyrannique, ma foi (boutade), cela procède d’un jacobinisme grossier et inique. Tranchons le nœud et cessons de toujours s’en prendre aux mêmes boucs émissaires. Cette jeune femme, ma compatriote au hidjab, l’enlèvera elle-même de son plein grée, ou ne l’enlèvera pas, sinon ce sera sa fille, sinon sa petite-fille, sinon, eh bien, mes vieux yeux finiront simplement par s’habituer à cette nouvelle impression visuelle monde…

Cette question toute simple devient compliquée uniquement quand on commence à essayer de déguiser nos préjugés ethnocentristes en droits fondamentaux. Comme on l’a souvent signalé aussi: commençons donc par donner aux femmes occidentales une équité salariale réelle et une représentativité politique et professionnelle effective (notre iniquité profonde – tout aussi inacceptable, mais plus banalisée dans notre culture ordinaire, que les codes familiaux arriérés venus d’ailleurs) et fichons une bonne fois la paix aux gens sur comment ils s’habillent, se chaussent, ou se coiffent. Sinon, de fil en aiguille, en jouant ainsi les antipapes de la fripe, on finirait purement et simplement, dans notre bonne foi hautaine et outrecuidante, comme une converse occidentale de l’Iran (cf les observations savoureuses de Marjane Satrapi dans PERSEPOLIS sur le harcèlement vestimentaire quotidien par les constables de Téhéran) ou, plus proche de nous, comme le régime des colonels grecs de 1974, quand les soldats arrêtaient les garçons dans le vent sur la voie publique et leurs coupaient les cheveux de force

En rajustant un salaire ou un code d’héritage injuste, en bons démocrates, on protège directement le droit de quelqu’un. En dictant aux gens comment se coiffer, en mauvais démagogues, on instille nos préjugés dans l’affaire et on ne protège le droit de personne. Ce sont là des problèmes parfaitement distincts et, encore une fois, finalement assez simple… quand on les dépouille de la compulsion xéno inavouée qui les émulsionne et les brouille à l’excès.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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56 Réponses to “Athée, rationaliste et… solidaire de ma compatriote au hidjab”

  1. Dupontneuf Jean said

    J’approuve l’interdiction, par la Justice, du voile dans les universités turques… Vive la la cité !

  2. ysengrimus said

    Pour les turcs, ce n’est pas un problème de multiculturalisme. Ils sont entre eux. C’est LEUR république face à LEUR théocratie. Cette décision, qu’ils ont prise au coeur de leur propre cheminement historique, ne fait face à aucun risque de replis communautariste, au sens strict du terme. Ils ne procèdent pas à une intégration sur une terre d’accueil. La problématique du voile est profondement distincte pour eux. Ils ne sont pas occidentaux. Leurs femmes voilées ne sont pas immigrantes. Leur beau risque est un beau risque cohérent assumé dans une dynamique turque spécifique.

  3. Francine said

    Bonjour,

    Tout à fait d’accord. Un article des plus inspirants… Bravo!

  4. j.michel said

    Votre argumentation a effectivement sa logique, cependant quand vous dites: «commençons donc par donner aux femmes occidentales une équité salariale réelle et une représentativité politique et professionnelle effective», cela ne concerne-t-il que les femmes d’origine occidentale ou englobez-vous toutes les femmes vivant en occident, y compris les femmes voilées ou en hidjab?

    Si on se place dans le second cas (ce que je pense), ne pensez-vous pas que les différences vestimentaires liées aux différences culturelles vont retarder la réalisation de cet objectif?

    • ysengrimus said

      Ce risque existe, oui, hélàs, naturellement. Tous les prétextes sont bons au patronat, pour gratouiller sur un salaire. Mais cela me paraitrait aussi incongru que regrettable. Ce serait la même chose que de s’en prendre -comme critère à l’embauche- à la musique qu’elles écoutent ou à la gastronomie à laquelle elles s’adonnent…

  5. Je vous ai fait une réponse, ici:

    http://wanagramme.blog.lemonde.fr/2009/06/21/pas-niqab-beaubourg/#comment-448

    Très cordialement,

    Wana

  6. Alan Genestine said

    Merci cher ami du lien émis vers le blog « Lumières et Liberté », je m’en étais pas aperçu, sinon il y a peu, soit environ 3′. Bien librement et n’hésitez pas à consulter cette aide à la décision. Pas mal d’articles sont souvent réactualisés, afin d’éviter trop de posts.

    Faisons ensemble la liberté, la Liberté fera le reste.

    Alain VP d’AL

  7. Morsli said

    Une chose m’ennuie dans cette histoire de voile, c’est qu’il y a 25 ans à peine, personne ne le portait en France. Maintenant je vois des petites provocatrices, maquillées à outrance (c’est leur droit), habillées de façon sexy (c’est leur droit) se pavaner sans se douter que les médias sont à l’affût pour stigmatiser tout une population en criant à l’intégrisme. En outre, beaucoup parmi elles, enlèvent cet attribut dès qu’elles arrivent dans leur pays d’origine, en vacances.Tout ceci m’énerve car ça fait le lit de la xénophobie et de l’extrêmisme, vu que les gens sont sensibles aux raccourcis les plus stupides.

    • ysengrimus said

      Truc pour truc, justement, il semble que, ces temps-ci, les porteurs et porteuses de hidjab veulent maintenant se servir de moi pour en jouer une contre les porteurs et porteuses de burka… Eh bien, je ne joue pas. Quand le voile est encore en place, j’attends. Quand le voile est tombé de lui-même, je défends celle qui ne le porte plus. Je suis fermement solidaire de ma compatriote ayant retiré son voile en vertu de son propre libre arbitre… mais je ne formule pas ce choix pour elle.

      Car dicter de l’enlever, c’est aussi brutal que dicter de le mettre… Je ne la joue pas sur ce ton là… je ne m’enchâsse pas sur ce rail là…
      P.L.

  8. leluap said

    Je n’ai pas votre sagesse, cousin Ysengrin. En plus, pas envie que mon pays devienne un ensemble de communautés avec chacune ses propres règles. Mon pays fut, pendant longtemps, le pays de l’intégration. Je sais, aujourd’hui, que c’est de plus en plus difficile, à cause de ce respect des particularismes culturels de chacun. Pas certain que ce soit le bon moyen. Aux USA et, peut-être, au Canada, les personnes d’origine étrangère se sentent d’abord américaines ou canadiennes avant d’être de leur pays d’origine. En France, depuis quelques années, c’est l’inverse. Et ça, je n’aime pas. Pas du patriotisme exacerbé, pas de l’orgueil déplacé, si loin de moi ces valeurs, juste le constat d’un système qui a fonctionné avec les Italiens, les Espagnols, les Portugais, les Polonais, les Algériens, les Marocains dont beaucoup sont mes amis car ils sont restés eux-mêmes tout en acceptant d’être comme les Français. Les voilées ou burkinées et ceux qui sont derrière elles, ils refusent. OK, mais il faut aller au bout de la démarche. Pas ta patience d’attendre.

  9. galand said

    Tout à fait OK avec vous, Leluap. Pourquoi nos ami(e)s de Tunisie, d’Algérie, du Maroc, polonais, italiens (comme mon époux), espagnol, potugais etc.. (dont certains sont devenus des français en optant pour notre nationalité), pourquoi eux, se sont ils pliés à toutes nos règles?

    Et les voilées (et tout ce qu’il y a derrière): non? La France n’est pas un pays séculier? Je ne veux pas de ghetto, même au nom de c’est ma liberté! Nous savons ce que les ghettos ont donné!

    • ysengrimus said

      Il faut regarder ce que vous mentionnez avec l’attention requise. On ne peut pas dire, comme ça, à la onzième heure, quand tout est aplani, que tous les groupes ethnoculturels que vous mentionnez ici se sont intégrés en trois coups de cuillère à pot, sans heurts. Ce n’est certainement pas ce que l’Histoire de l’Europe nous enseigne… Ces immigrants du siècle dernier ont connu des phases d’intégration, parfois fort violentes et virulentes, puis les choses se sont apaisées au fil des générations. Nous sommes ici, avec ces nouveaux groupes, dans un autre type de phase virulentes d’intégrations. Les barrières – y compris les murs de tissu- vont éventuellement tomber. Le leçon historique que vous évoquez le prouve. Les choses vont s’ajuster. Tout ce que je dis ici c’est: PATIENCE. Pourquoi aller façonner, de nos propres mains, de nouveaux martyrs de la cause, quand un peut de patience verra les ajustements autocritiques émerger par eux-mêmes au sein de ces groupes? Le ghetto, c’est le groupe majoritaire qui le construit, d’avoir mal manœuvré l’intégration. Prudence et patience.

      • Alan Genestine said

        Excellente analyse.

      • Permettez-moi d’appuyer la réaction d’Alan Genestine et de faire mienne votre dernière phrase, sur le ghetto. Et soulignons, au passage, qu’il faut se garder de réagir sans réfléchir aux provocations de toutes sortes: je pense aussi à ceux qui agitent des chiffons rouges, pour détourner notre regard de l’épée qui nous menace. Cdt.

  10. Patrick B. said

    Cher ysengrimus,
    Vous préchez la patiente et la tolérance concernant le Hijab. Certe… Ce dernier laisse voir le visage, qui est l’élément essentiel dans la reconnaissance et la communication visuelle entre êtres humains. L’individualité de la porteuse d’un Hijab est encore très visible.

    Passons maintenant au voile intégral. Ce dernier, comme son nom l’indique, recouvre intégralement l’ensemble du corps de la femme. Au mieux, il laisse entrevoir les yeux… Cet « habit » isole totalement sa (son?) porteuse (porteur?) de la société extérieure au cercle familial. Elle est la certitude que la femme, sortie très provisoirement de celui ci, ne tissera pas de lien avec un ou une intrus.

    Pensez vous que l’on puisse tolérer des accoutrements qui fasse complétement disparaitre de la sphère publique l’individualité de ses porteuses?

    • ysengrimus said

      Je pense que dicter aux gens comment s’habiller est une brutale atteinte aux libertés individuelles les plus intimes. Ceux qui le font ne sont pas de mon camp. Ils allument de bien petits feux et, pour ma part, je ne combat pas le feu par le feu…

  11. leluap said

    Cher cousin, j’ai pris le temps de réfléchir à vos propos. Manifestement, malgré mon âge avancé, je n’ai pas votre sagesse. La patience? Pas ma tasse de thé. En plus, je me souviens d’une histoire assez proche de celle qui justifie cette polémique, celle du voile. Comme vous le savez, il y a quelques années, des jeunes filles de religion musulmane ont voulu, de leur propre initiative ou pas, là n’est pas la question du jour, assister aux cours dispensés par l’école de la république française. Après une période de flottement, la décision a été prise au plus haut niveau du pouvoir d’interdire cette pratique. Résultat. En très peu de temps, le problème a été résolu. Plus de voile islamique à l’école de la république française. Pourquoi ne pourrait-il pas en être pareil pour la burqa? Ne croyez-vous pas qu’il appartient au pouvoir de prendre parfois des mesures qui peuvent paraître extrêmes pour protéger les citoyens? Il me semble que c’est la même démarche que celle qui constitue à interdire des pratiques sectaires, type Scientologie, témoins de Jehova ou autres ou la légalisation des drogues. Je sais, ça n’empêche pas radicalement mais, au moins, ça ralentit un peu la propagation. Pas si mal déjà, non?

    • ysengrimus said

      Sais pas moi. Je viens de revenir sur Montréal après vingt ans d’exil au Canada anglais. L’Afrique du Nord est vraiment venue nous rehausser, depuis ma prime jeunesse. Par moment on se croirait littéralement dans la Marseille du Nord. Un grand nombre de femmes en hidjab déambulent sur ma rue… tenant par la main des petites filles têtes nues et vêtues à l’occidentale. Je n’ai pas le sentiment que je vais devoir patienter bien longtemps avant que ces gamines ne soient de jeunes adultes toniques et modernes… polyglottes en plus… J’ai entendu de l’arabe marocain pour la première fois de ma vie dans le métro de Montréal, il y a peu. Les deux jeunes femmes étaient vêtues comme vous et moi et je vous passe un papier que leur coiffeur leur en doit une bonne, car elles étaient fort savamment teintes et ébouriffées à la moderne…

      Alors, bon, UN PEU de patience…

    • philippe said

      Ne croyez-vous pas qu’il appartient au pouvoir de prendre parfois des mesures qui peuvent paraître extrêmes pour protéger les citoyens?

      Protéger les citoyens de quoi?

  12. Shaomi said

    Oui, sur le fond je crois qu’on va dans le même sens ^^

    Je n’ai pas souhaité aborder l’angle de la « liberté » dans mon article car ce n’était pas son propos, et je ne voulais pas noyer le poisson, mais en effet j’ai du mal avec l’idée qu’en France, il puisse être interdit de s’habiller d’une manière ou d’une autre…

  13. Roger64000 said

    Pour ceux qui ont de la sympathie pour le voile et l’islam ….

    http://www.flurl.com/video/5501441_comments.htm

    vous avez aimé?
    Cette religion de paix et d’amour ….

    • ysengrimus said

      L’Islam est une religion et je n’approuve aucune religion. De là à basculer dans une guerre sainte de plus en combattant ouvertement les religions, non. Elles sont au soir de leur existence. Laissons les mourir, se disloquer et pourrir d’elles-mêmes au rythme de leur propre logique interne. C’est moins brutal et plus fatal.

    • Roger 64000,

      Il est particulièrement inélégant (comme dit Jospin) de ramener le débat sur le voile, à cette image d’une atrocité insoutenable. Je ne nie pas que cela existe encore. (Il faudrait vérifier si certains français n’ont pas pratiqué ce genre de méthode il y a moins de 50 ans en Algérie… avec une publicité moindre, sans doute, que pour le Métro Charonne).
      La réponse d’Ysengrimus se suffit à elle même et elle est assez tempérante pour démontrer que quiconque a le droit de s’interroger, sans pour autant se voir accusé d’encourager le radicalisme religieux.

      Le débat n’est pas là. Et, pour en revenir à la question du voile…
      – Dites-nous donc ce qui vous effraie en voyant des femmes voilées en France.
      – Dites-nous quelle est la « peur » que cela vous inspire.
      – Expliquez-nous comment vous parvenez, sans une abominable mystification des esprits simples (méthode qu’on croyait réservée à l’usage des politiciens malhonnêtes), à passer directement du problème de 500 ou 600 burqas visibles en France (évaluations concordantes de deux organismes de police), à l’idée que demain on égorgera ses ennemis dans une bassine, dans ce pays.
      – Et, finalement, dites-nous QUI EST votre directeur de conscience, assez jobard pour vous avoir conseillé de vous engager dans de pareils raccourcis mentaux: je crains d’y deviner le profil d’un minus monté sur talonnettes qui se prend pour un penseur du XXIème siècle (savez-vous que, pour peu, il aurait favorisé l’élection de Levi-Strauss à l’Institut, à ce qu’on m’a dit), ou celui d’un blondinet auvergnat qui ne parvient pas à cacher que son premier livre de chevet était Mein Kampf.

    • philippe said

      Bel amalgame, à la hauteur de votre réflexion.

  14. mat said

    Réflexion intéressante, mais j’aimerai votre avis sur certains points:

    Vous dites : « Les objets vestimentaires, c’est de l’ethnologie profonde, complexe, séculaire, délicate à manœuvrer. » À voir. Il me semble qu’en Turquie, le hijab est en recrudescence forte. C’est-à-dire que ce n’est pas là un mécanisme lié à la tradition qui fait porter ce voile aux jeunes filles, mais plutôt une certaine idéologie qui leur demande de se voiler à nouveau.

    [C’est un acte indubitablement régressant, réactionnaire. Il n’y a rien de progressiste là dedans. La pulsion de soumission mobilisée ici n’a rien de novatrice. Elle est intégralement vieillotte. Ne confondons pas « nouveau » et « récent » . – Ysengrimus]

    Deuxièmement, dans un commentaire, vous dites : « Je pense que dicter aux gens comment s’habiller est une brutale atteinte aux libertés individuelles les plus intimes. Ceux qui le font ne sont pas de mon camp. Ils allument de bien petits feux et, pour ma part, je ne combat pas le feu par le feu… » Les libertés individuelles, on peut les nommer libertés quand on est en mesure de les exercer. Lorsqu’on est enchainé depuis l’enfance à un dogme, à une tradition patriarcale, qu’on est mal éduqué, « mal éveillé » intellectuellement, que tout savoir qui viendrait contredire le Livre saint est rejeté, est-on libre? La caverne de Platon, en somme… Sans doute des femmes portant le hidjab déclarent le faire librement… Mais si on parle du voile intégral, je ne croirais jamais à un acte véritablement libre.

    [Et je répondrais à cette soumission par l’appel à une autre soumission? au feu par le feu? Non, non, non, c’est exactement le rail haineux sur lequel ils veulent te tirer, le panneau suspect dans lequel ils veulent te faire basculer, la logique intégriste qu’ils veulent te faire embrasser (et embraser). Il faut répondre au feu par l’extinction. Moi je dis à la femme voilée: tu as ici le choix entre la civilisation qui dicte et la civilisation qui respecte ta liberté. Choisis… et prend tout ton temps. Tu gardes ton voile, je t’appuie. Tu retires ton voile, je t’appuie. Je ne promeus ni le voile ni l’absence de voile. Je promeus le libre arbitre. – Ysengrimus]

    Ensuite, on ne peut pas se réfugier tout le temps derrière la liberté individuelle. Notre liberté individuelle à tous est limitée, de fait, par un ensemble de règles explicites ou tacites, qui nous permettent de vivre en société. Règles de loi, de tradition, etc. Par exemple, on a interdit « les signes ostensibles » à l’école (les signes musulmans ET les autres). C’est une règle que la société française s’est donnée, et qui limite la liberté individuelle. C’est là que se trouve le sujet aujourd’hui. Quelle règle de « vivre-ensemble » se donne-t-on (ou ne se donne-t-on pas) sur ce sujet.

    [Les règles que la république des licteurs français se donne sur la question du voile, ce n’est pas mon affaire. Ils se gourent en faisant cela comme ils le font. Ils fabriquent des martyrs et, ce faisant, ils fabriquent des dupes. Ce sont justement ces règles que je conteste ici. – Ysengrimus]

    Dernier commentaire: je rejette le voile parce qu’il est sexiste; je rejette le voile intégral parce qu’il est une atteinte totale à l’individu, il neutralise toute l’altérité, tout ce qui fait qu’une femme est un individu à part entière, différente d’une autre.

    [Je rejette le rejet… et il n’y a rien de plus profondement sexiste que de dire à une femme comment s’habiller. Je ne le ferai jamais. Et le fait que son père et son mari le fasse est, pour moi, ENCORE MOINS une raison de me mettre à le faire. Elle choisira mon camp quand elle comprendra que mon camp est radicalement distinct, ou jamais. Il y a une place pour son voile dans mon camp, si son voile est son choix. Si j’y met la patience requise, elle me comprendra parfaitement. – Ysengrimus]

  15. alan de Bx said

    Voici un rappel du blog censuré WP de « Lumières & Liberté » sur le post « ne nous voilons pas la face » que vous pourriez remettre en lien à votre convenance:

    http://www.lumieres-et-liberte.org/article-ne-nous-voilons-pas-la-face–38963209.html

    Bien librement,

    AL’ain

  16. mcjeezaza said

    Réflexion sensée.

    J’ajouterais également que le fait même de bannir le voile peut, dans certains cas, restreindre d’autres droits chez les femmes concernées. Par exemple, l’interdiction de porter le voile dans certains milieux de travail peut confronter des femmes dans leur convictions religieuses et leur enlever certaines opportunités – moins de choix d’emplois si elles décident de garder leur voile. Certaines nouvelles immigrantes peuvent littéralement être confinées à leur rôle (choisi ou non) traditionnel à la maison, si elles n’ont pas l’impression d’être les bienvenues sur la sphère publique de par leur manifestation vestimentaire de leur religion. Je suis bien loin d’approuver le voile, mais je crois qu’il est sain d’enlever nos lunettes occidentales et de nous demander si nos soit-disant politiques d’intégration tiennent vraiment compte des réalités des nouveaux arrivants, ou si elles ne sont qu’un prétexte pour dissimuler un chauvinisme hypocrite.

    Je suis toujours fascinée par les réactions virulentes visant «l’auto-protection» de la société québécoise. Protéger la langue et la culture est une démarche primordiale, mais je crois qu’elle serait plus efficace si nous mettions un accent positif sur notre culture (plus de programmes et de subventions, meilleure connaissance du français écrit, démocratisation du milieu artistique, etc.) au lieu de démoniser les autres. En fait, ce qui est ironique, c’est que nous avons à la fois le syndrôme du colonisé («Maudits Français!» «Maudite Angleterre!»), le syndrôme du colonisateur (mépris des autochtones, pourtant ici bien avant nous) ainsi qu’une charmante xénophobie qui rappelle parfois l’ethnocentrisme de ces mêmes pays colonisateurs dont nous nous plaisons à souligner la pédanterie.

    Pour revenir au voile, je crois qu’il est particulièrement maladroit, pour ne pas dire malsain, de procéder à la victimisation des femmes qui décident de le porter. Le fier colonisateur en nous revient au galop sur son cheval Bigot, et ce, au nom du féminisme? Étant moi-même une jeune féministe militante, je n’en peux plus de constater à quel point ce mouvement a été conçu par et pour les femmes blanches, occidentales, éduquées, provenant de la classe moyenne. Évidemment, à l’époque, ces femmes étaient sans doute les plus aptes à détenir les outils nécessaires à une telle émancipation, la bourgeoisie permettant beaucoup de temps libre et d’acquisition de connaissances que le cheap labor! Simone de Beauvoir, à qui je dois le plus grand des respects, a écrit Le Deuxième Sexe à la troisième personne du singulier. La femme. Hors, «La» femme n’existe pas. Ce qui était pertinent à l’époque l’est beaucoup moins aujourd’hui, avec la mondialisation et l’accessibilité à l’information. Il y a autant de réalités différentes que de femmes sur terre. D’ailleurs, on a pu remarquer l’émergence de nouvelles formes de féminismes: le féminisme musulman, le womanism (féminisme noir), le féminisme asiatique, etc. Je crois que le phénomène est assez criant pour nous faire comprendre qu’il y a moyen de faire respecter les droits fondamentaux des êtres humains tout en évitant l’exclusion menée au nom d’une homogénéisation superflue.

    Si le féminisme a su déconstruire le patriarcat, je crois que nous devons désormais déconstruire le féminisme et le remodeler en s’assurant de le rendre plus accessible à toutes et à tous. Je peux aussi mentionner les difficultés vécues par les prostituées – également savamment stigmatisées – qui militent pour leurs droits et qui ne se reconnaissent pas dans l’interprétation de certaines féministes de l’idée du contrôle de son propre corps. À ce sujet, voir les vidéos de Mirha-Soleil Ross, prostituée transsexuelle célèbre dans le milieu militant québécois, qui a offert entre autres une délicieuse parodie d’un féminisme rentre-dedans qui ne laisse pas de place à la liberté de choix. Dénoncer le patriarcat pour ensuite user de paternalisme sur les femmes? C’est le comble de l’ironie qui réside dans ce procédé plutôt boiteux.

    Bref, je peux conclure ce (trop?) long commentaire en précisant que je suis absolument et profondément athée et féministe, mais que je ne crois pas en la déresponsabilisation des gens. Offrir des outils pour développer l’esprit critique, l’estime de soi et le libre arbitre est selon moi le meilleur moyen de promouvoir l’émancipation et l’intégration des groupes et des individus brimés, tout en comprenant que la définition de «brimer» n’est pas la même pour tous.

    Enfin, j’abonde aussi dans votre sens, Ysengrimus, lorsque vous mentionnez l’hypocrisie du Québec/Canada à réclamer une «égalité» là ou nous ne sommes même pas parvenus à la concrétiser dans les sphères économiques, politiques, sociales et domestiques. Je crois que cette hypocrisie se retrouve également dans la plus grande tolérance face aux symboles judéo-chrétiens. On me dira que le catholicisme fait partie de notre patrimoine et de notre histoire, ce à quoi je peux répondre: a) la culture amérindienne fait également partie de notre histoire et voyez ce qu’on en fait et b) dans ce cas, soyez cohérents et ne parlez pas de laïcité publique. La laïcité peut être positive dans un contexte d’apprentissage, mais elle doit être appliquée pour tous et ne doit pas devenir le véhicule d’une sournoise bigoterie.

    Merci de me lire.

    Je vous laisse avec une variation sur le même thème, la stigmatisation des femmes, joliment chantée par le grand sage:

    • « …nos soit-disant politiques d’intégration (…) un prétexte pour dissimuler un chauvinisme hypocrite. » Je ne sais pas, pour le Québec, mais pour la France je dirais plutôt xénophobie! Et quand vous écrivez « homogénéisation superflue », je lis « mise en coupe réglée ».

      Un beau texte a été écrit par un lecteur du « monde.fr » dont je donne l’adresse ci-après.

      http://www.lemonde.fr/opinions/chronique/2009/11/27/aux-imbeciles-heureux-qui-sont-nes-quelque-part_1272769_3232.html

      Si cette adresse ne fonctionne pas, me contacter via mon blog: j’enverrai une copie en txt par messagerie.

      L’équipe dirigeante de ce pays a décidé de mettre le rejet des étrangers au centre de sa campagne électorale (élections régionales en 2010): il s’agit de rallier les voix qui vont d’habitude aux partis xénophobes d’extrême droite (manœuvre qui a réussi lors de l’élection de Sarkozy en 2007).

      Nous assistons à un renversement des valeurs et un sujet comme le port de la burqa (5 à 600 femmes en France), déchaîne des passions exacerbées. C’est présenté comme une menace léthale… (voir aussi ci-dessus le commentaire de Roger64000 (14 novembre 2009 à 2:02)

      J’en avais tiré ce conte surréaliste:
      ———————————————————
      Pas niqab Beaubourg
      Dehors, il fait presque nuit ; les visiteurs sont partis. Les grandes salles du musée sont désertes.

      Une silhouette vêtue d’une robe noire, qui la couvre de la tête aux pieds, s’avance dans la pénombre. Le gardien scrute de loin, inquiet et s’apprête à décrocher son terminal radio pour appeler de l’aide…

      Alors que la forme glisse vers lui sans bruit, presque sans mouvement, il se rend compte que, sous la robe, aucun pied, aucune chaussure ne touche le sol. Alors, il se ravise, se redresse, range sa radio et part dans un éclat de rire:

      – Oh ! Excusez-moi Belphégor ! Je vous avais pris pour une salafiste !
      ———————————————————
      Wana – 21 juin 2009

  17. Sylvie R. Tremblay said

    Au Québec on n’en veut pas des religions, aucun dans la spère publique.

    Une grande coallition est en train de se former pour faire pression sur nos gouvernements pour interdire l’immigration des juifs orthodoxes, des sionistes, des dianétiques, musulmanes et des catholiques.

    On ne veut pas non plus du crisse du voile, encore moins de la burqa. On veut la crisse de paix chez-nous! on veut vivre à notre manière, les guerres de religions on en veut pas chez-nous!

    Ceux qui aiment la guerre n’ont qu’à immigrer en Israel et/ou Palestine ainsi ils pourront se battre au nom de leur religion. Ils vont arrêtter de venir nous écoeurer chez-nous!

    On va ressortir la guillotine s’il le faut. Si l’Arabie Saoudite a le droit de donner 40 coups de fouet à une femme qui porte le pantalon, alors nous on a le droit de donner 40 coups de fouet aux hommes dont la femme ou la fille porte un hijab!

    La justice c’est pour tous le monde, si moi je n’ai pas le droit de porter un pantalon dans les pays arabes je ne vois pas pourquoi je leur donnerais le droit de porter le hijab chez-nous?

    La justice, la vraie, c’est que si on donne un droit à un pays on doit le donner à tous les pays!

    Vous aurez été avisé.

    Jeanne du Lys

    • ysengrimus said

      Triste…

      • Ces deux commentaires sont affligeants!

        Dis-moi, Ysengrimus… On savait déjà (par un visiteur anglais débarquant à Calais) que « toutes les françaises sont rousses »… Alors, si tous les musulmans sont des « intégristes »…
        Est-ce que toutes les québécoises sont connes? :)

        Putain! Arriver à 60 piges pour lire ça!

      • ysengrimus said

        Mon pauvre Wanatoctoumi, que vous dire? Si vous vous engagez sur le rail poisseux de la logique ethnocentriste de ce type d’adversaire, vous risquez de finir en plein au fond de la fosse haineuse et fétide où ils veulent vous attirer.

        Prudence et patience, mon petit vieux. Je sais que c’est pas marrant…

    • Roger Gravel said

      Bonjour Jeanne,

      Au Québec y a encore tout plein de monde qui veulent des religions. Avez-vous entendu parler du cours Éthique et Cultures Religieuse? Avez-vous jamais lu l’argumentaire de Georges Leroux en faveur de ce cours? Il est éclairant.

      Roger

  18. Sylvie R. Tremblay said

    C’est la vie, ils l’ont cherché…

    Soit dit en passant, les Arabes qui parlent Français et accepteront de vivre dans une société laique, de prier le ou les dieux qu’ils désirent dans l’intimité de leur foyer en famille et entres amis et non dans la spère publique seront les bienvenus.

    Jeanne du Lys
    P.-S.- Je trouve encore plus triste que l’on donne 40 coup de fouets à une veille dame de 75 ans ou encore que l’on asperge d’essence à Paris une femme algérienne parce qu’elle a décidé de ne pas porter le hidjab! Vous ça ne vous dérange pas?

    • ysengrimus said

      Ce qui me dérange le plus c’est votre extrémisme ethnocentriste, hélas bien trop répandu et qui contribue significativement à ces crimes crapuleux, réels ou imaginaires, mais certainement bien montés en épingle par la toute virulente intoxidentale.

  19. Michel said

    Vous êtes d`une naïveté incroyable!

    • ysengrimus said

      Ah, ce cher voile… Si on mettait autant d’énergie sociale et d’acharnement ethnoculturel à s’en prendre aux armes à feu dans la vie urbaine, quelle oeuvre utile cela ferait… Les boucs émissaires de l’ethnocentrisme sont bien toujours les mêmes, allez…

      • On vient de « fêter » le deuxième anniversaire de votre billet ci-dessus et le sujet n’a pas avancé d’un pouce (tout au moins, ici, en France). Je prédis que d’ici dix ans, si je suis encore de ce monde, on en reparlera! Vous n’ignorez pas, Ysengrimus, que la géniale équipe qui gouverne (trois ans, déjà!) cette « République des Lumières », la « Patrie des Libertés » (« Qu’un sang impur… », etc.), envisage désormais de recourir au référendum, pour faire adopter par le Peuple souverain, une loi d’interdiction de se couvrir le visage (étendue à tout le domaine public), construite sur la plus basse et la moins raisonnée des xénophobies, car il y a eu une mise en garde sévère du Conseil d’État (la plus haute juridiction administrative de l’État) sur le risque de non constitutionnalité d’un tel texte s’il n’est pas limité aux « lieux publics« . Ce référendum permettrait de modifier la Constitution pour y faire figurer des articles de ce niveau, à côté de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789.
        Bientôt, peut-être, un article nouveau concernant la forme de la barbe que j’arbore en public, qui ne doit pas être confondue avec celle d’un taliban… peut-être…
        Puisque nous touchons déjà le fond du ridicule…

  20. miki said

    Ouf. Votre article présente une réflexion un peu apaisée, enfin. Cela fait du bien.

  21. Droitalaparesse said

    Toute croyance est une insulte à l intelligence!

    [Je vous crois… – Ysengrimus]

  22. Patrick McMullen said

    Bravo. Bel article.

  23. BV said

    ZEMMOUR NOTRE TALIBAN NATIONAL…

    J’en profite pour signaler que ce pitre identitaire de Zemmour ne cesse, aux grandes heures d’écoute, de tenir des propos intégristes, sans s’attirer une quelconque critique de nos hystériques antivoile. Normal.

    Dans ses interventions, Zemmour attribue systématiquement à des causes SOCIALES les agressions et la violence des hommes (blancs) contre les femmes, tandis qu’il attribue, bien entendu et de façon systématique la délinquance dans les banlieues aux origines africaines et musulmanes des jeunes délinquants, sans parler de ses allusions constantes à la « barbarie » des populations vivant dans les banlieues françaises (Zemmour joue sur le double sens et l’insinuation, selon son style habituel fort proche de celui des pétainistes). Donc, dans le cas de la violence masculine, la cause culturelle (civilisationnelle) est exclue: « C’est social, vous-dis, c’est social ». Dans le cas des jeunes ghettoisés: c’est l’inverse.

    Zemmour s’oppose à la loi sur la violence psychologique – ce qui me paraît – à première vue justifié… quoique je n’y ai pas réfléchi en profondeur, surtout dans sa relation avec d’autres lois sur le harcèlement au travail déjà votées par exemple. Mais pour justifier son opposition, il fait appel à des arguments qui donnent envie d’en réclamer la promulgation et l’application immédiates, puisqu’il insiste, avec le courant des chrétiens intégristes et autres fachos, sur la cause exclusivement sociale de la violence conjugale et masculine. Discours à relier à ses déclarations selon lesquelles ce ne serait pas à la femme de décider d’avorter ou non. Pour promouvoir le choc des civilisations, le petit monsieur a visiblement besoin d’ouvrir grand la porte à nos talibans chrétiens.

    Bien qu’il le pense, Zemmour ne dit pas clairement que c’est aux hommes de décider à la place des femmes. Il use d’une autre astuce: l’argument natio gros sabots. Prétendant parler en laïc, il ne peut pas non plus se permettre de dire que c’est à Dieu de décider. Il affirme donc que le corps des femmes APPARTIENT à la Nation: argument parfaitement couillonnant. La Nation, chez Zemmour, joue le même rôle qu’Allah ou Dieu dans le monde des intégristes, musulmans ou chrétiens – Dieu (la Nation) a toujours très bon dos.

    En fait, Zemmour prend plaisir à rappeler que l’Homme peut retirer du jour au lendemain à ces femelles certains des éléments d’autonomie que la plupart d’entre elles pensent avoir obtenus.

    Si cinquante burqas vous inquiètent, Zemmour, qui est vendu sur toutes les chaÎnes, devrait vous inquiéter davantage.

  24. JBM said

    Cher Ysengrimus,
    Selon vous nous ne devrions pas interdire le port du voile: la patience, la déréliction et l’interculturalisme viendront à bout des réticences plus assurément que toute loi qui impose.

    D’abord, la patience fonctionne bien lorsqu’il y a du temps. Qui porte le voile? Les filles qui vont au secondaire? C’est une minorité… En fait c’est surtout les femmes immigrantes qui y sont attachés. Elles sont déjà mûres; pour la majorité, elles ont déjà accepté un mode de vie d’un autre pays.

    La déréliction? T’a déjà essayé de parler de voile à quelqu’un de musulman? T’a déjà juste «regardé de travers» quelqu’un qui porte une burqa? Désolé, mais à cause de la radicalisation des parties (en bonne partie causé par le 11 septembre), il n’y a pas de place pour la rigolade et l’autocritique des mœurs religieuses, c’est pas très musulman… (Ah que j’aimerais qu’Averroès soit ici!)

    L’interculturalisme? Eh bien parlons-en. En tant qu’immigrant l’on vient au Canada ou au Québec pour changer certaines choses, ou en fuir d’autres. Mais au final, l’on reste très attaché à son mode de vie précédent. C’est normal, c’est humain et beaucoup de remarques québécoises font pitié en ce sens. Comme s’il suffisait de changer de pays pour changer de manière de vivre! T’as toujours porté le voile, soit par pudeur, soit par obligation patriarcale ou finalement par croyances religieuses. Pourquoi ce serait différent au Canada? En quoi la vue de filles canadiennes trop dénudés va t’elle donner le goût à une immigrante d’enlever son voile? Celles qui vont l’enlever c’est celles qui ne l’acceptaient pas entièrement, qui ne vivent pas sous le joug oppressant de leur mari et qui ne sont pas trop croyantes…

    Tu va plus loin et tu soutiens que le contact des autres cultures mène à la relativisation. Je crois que tu te trompes, qu’en fait ça mène les musulmans à affirmer d’autant leur identité, pour éviter de se noyer dans la masse. C’est pas ce que font les québécois justement? C’est bien beau de lancer le mot relativisation, mais encore faut-il que tu aies raison ou que tu te documentes. Et puisque je connais pas vraiment la réalité à cet égard, je reste prudent, je crois mais ne sais pas…

    C’est pourquoi, je ne peux adhérer à ton idée de simplement laisser faire et tout arrivera à point à qui sait attendre… C’est bien beau en théorie, mais en pratique, est-ce vrai?

    Tu as écrit: « embrassez nos valeurs ou faîtes face aux conséquences de la loi ». Je ne puis plus m’objecter! Si je vais au Rwanda, je ne commencerai pas à penser que le génocide c’est moralement acceptable!! Ça s’appelle la liberté de penser! Les musulmans et tous les pratiquants d’une quelconque croyance ont tout à fait le droit de s’objecter à la Loi 94! Je rejette la pensée unique. Les juifs archi-ultra-orthodoxes d’Outremont ont le droit de penser que toute leur vie tient à un fil: l’érouv, (j’ironise…) mais ce n’est pas parce qu’ils pensent ainsi que les autres doivent être d’accord ou encourager la ghettoïsation! Ton erreur est sémantique: une valeur c’est quelque chose auquel individuellement tu tiens, que tu es prêt à défendre. Ils ne vont quand même pas défendre la laïcisation! Dans tout les cas, ils peuvent s’objecter tant qu’ils voudront, ils devront se conformer, point.

    «Il y a une différence entre déshériter les biens des femmes et le cas du hidjab.» Lequel? Dans le premier cas, c’est une atteinte aux biens, dans le second une atteinte à la liberté. Est-ce que je me trompe? Tu dis que dicter de l’enlever c’est pareil à dicter de le mettre. En conséquence, tu suggères de laisser faire. Vivre et laisser vivre, exact? Je loue ta tolérance, ton discours est assurément pacifiste. Pourtant, le voile est probablement le plus grand symbole d’inégalité que ce soit. D’accord il n’est pas aussi crucial que l’excision, mais sous la simplicité de «l’obligation religieuse» (qui n’en est pas une) de porter ce morceau de tissu, se cache une vérité toute simple: les femmes se cachent. Ça me rappelle l’annonce d’automobiles et M bon-sens: il dit simplement ce que sont les choses sans détour, sans chichis, sans politique. Essayons. Qu’est-ce que le voile? Un tissu pour cacher une femme. Les hommes en portent-ils? Non. Quelle est l’une des valeurs québécoises les plus fortes? L’égalité homme-femme. Est-ce que le gouvernement devrait promulguer des lois qui encouragent cette égalité? Oui et elle le fait: par la l’équité salariale, la représentativité politique et professionnelle. Certes, il ne suffit pas de voter une loi pour que tout se règle et d’enchâsser un principe comme l’égalité Hommes-Femmes dans la charte pour que tous y adhèrent. De là les lois, et on tend à faire le mieux qu’on peut…

    Est-ce qu’on doit pour autant interdire le voile? Pas facile: certains diront qu’on doit s’attaquer à d’autres problèmes avant. Moi le premier d’ailleurs. On doit s’assurer que les immigrants connaissent le français et que le Canada n’est pas une terre musulmane i.e. NOUS N’APPROUVONS PAS LE VOILE! C’est bien beau de faire une loi pour ceux et celles qui sont ici, mais il faudrait penser à endiguer le flot de ces gens qui se trompent sur le mode de vie à adopter au Canada!

    Je ne soutiens pas non plus qu’il y ait abus des droits fondamentaux: au Canada les femmes peuvent enlever leur voile. Si elles le portent c’est inévitablement par choix (sauf cas de contrainte maritale ou religieuse). Cas semblable: pourquoi interdire la drogue? Parce que c’est selon le parlement un mauvais choix. Un choix avec des conséquences négatives. (Oui, c’est discutable bien sûr et ce surtout selon la sorte de drogue…). De la même façon devrait-on encadrer par une loi l’abus de dénudement présent partout dans les publicités? D’après moi oui! Le cas d’American Apparel publiés à toutes les semaines derrière le journal VOIR en est un bon exemple: les pubs frisent carrément la pédophilie!

    Il y en a qui vont me rappeler que j’ai affirmé que c’est une «atteinte à la liberté» et donc que je me contredis avec «c’est pas un abus des droits fondamentaux». Peut-être. Allons-y par analogie: c’est comme le cas des gras trans. On a le droit d’éviter d’en consommer en ne mangeant pas de chips, de fast-food, etc. Pourtant ces produits sont là, à l’heure actuelle légaux, même si on SAIT qu’ils sont poisons. Selon moi, on devrait les interdire sur la base que c’est une «atteinte à la santé», même si y’en a qui seraient frustrés que leurs chips coûtent plus chers après…

    Mcjeezaza, parle d’homogénéisation superflue et prône la responsabilisation des gens. Pour le premier, certes, je ne veux pas de monde homogène. Mais, pourquoi à chaque fois que je vois quelqu’un avec un voile j’ai comme un malaise? Parce que j’ai des lunettes ethnocentriques? Je n’y crois pas! Ça ressemble à de l’intellectualisation abusive d’un simple fait: on ne peut pas appeler ça de l’égalité des sexes quand quelqu’un se promène avec une Burqa! C’est de l’enfermement, point. Il me vient un malaise de penser que cette personne est peut-être contrainte ou brainwashée.

    (En passant, j’aimerais bien qu’on m’explique comment je dois faire pour me débarrasser d’une vision ethnocentrique. Je suis capable de troquer ma vision contre une autre: maladroitement m’imaginer musulman intégriste. Mais je ne peux pas m’imaginer hors de toute culture, me défaire complètement de mes opinions. C’est la base même de ma pensée et je ne suis pas un dieu…)

    Pour ce qui est de la responsabilisation des gens, je crois qu’il y en a qui se leurrent profondément! Ben voyons donc! Pourquoi alors a-t-on voté des mesures visant à contrer le harcèlement au travail et l’équité salariale? La raison même d’être du gouvernement c’est que les gens sont égoïstes et irresponsables et si on leur laissait la liberté de faire ce qu’ils veulent ne partageraient jamais leur richesse…

    Si, et je dis bien si, collectivement la population choisit d’accorder plus d’importance au principe d’égalité des sexes qu’au principe de tolérance religieuse, alors une Loi 94 est en effet souhaitable. Elle ne plaira pas à tous, les anarchistes les premier, les musulmans les seconds. Un cas similaire d’ailleurs me rappelle que la démocratie n’est pas toujours la meilleure voie: pendant longtemps les gens ont vu l’homosexualité comme mal. Les perceptions ayant changé on a vu à autoriser le mariage homosexuel. Dans le cas de l’homosexualité cependant, il ne s’agit pas d’un choix ou une imposition de l’autre. C’est une orientation et c’est tout, on ne peut contraindre à l’hétérosexualité. Différence majeure donc.

    La seule raison qui me pousse encore à un petit peu de prudence sur le sujet, c’est que je crois aussi au principe de vivre et laisser vivre. Et que je crains encore un peu Big Brother. Un monde contrôlé et régi entièrement. Peut-être est-ce qu’une Loi 94 sur quelque chose censé trivial comme la tenue vestimentaire ça ouvre une porte vers un gouvernement qui dicte l’habillement? Dit comme ça, ça semble en effet farfelu.

    Je laisse le débat avec cette dernière pensée: pourquoi a-t-on évacué la notion de «niveau d’enfermement» de ces voiles. Le Hidjab n’est-il pas moins ‘menaçant’ que la Burqa? En ce qui me concerne, la Loi 94 aurait dû interdire (éradiquer?) complètement ce dernier et tout voile qui cache le visage et aurait dû nuancer la portée de la loi pour le voile plus ‘simple’. Je base cette affirmation sur le principe que je ne tiens aucunement à exclure le port de signes religieux en public, juste les signes qui ont une portée peu éthique.

    En passant, ce propos se veut québécois. Je reconnais qu’en France la situation est autrement plus difficile, les partis plus aux antipodes, l’enjeu plus important.

    [Loi 94: une loi québécoise récente prohibant le port d’un voile intégral dans toute interaction avec l’état québécois, en tant qu’employé ou en tant qu’usager de ses services – Ysengrimus]

  25. Roger Gravel said

    Partant du fait que l’État, un employeur, peut obliger une tenue vestimentaire à ses employés.

    Non?

    [Pas exclusivement. Le public doit aussi se présenter à tous les guichets de l’état québécois « à visage découvert », selon leur mot – Ysengrimus]

    La Loi 94 est correcte pour moi. J’aimerais qu’on cesse de généraliser.

    • Roger Gravel said

      Ben là, comment voulez-vous que, comme fonctionnaire au guichet de l’état québécois, j’arrive à vous identifier comme citoyen si vous mettez une cagoule; moi je pensais qu’il n’y avait que Zorro et Batman qui se cachaient le visage pour sauver le peuple opprimé. C’est certain que j’ai pu me tromper de bande dessinée.

      [Zorro et Batman en moins, c’est, presque mots pour mots, l’argument de l’état québécois en appui de sa Loi 94 – Ysengrimus]

  26. françois 20 said

    J’ai honte de discuter la façon de s’habiller des autres! C’est vraiment honteux. Les français ont vraiment perdu la raison. Ils ont vraiment perdu l’esprit de la Révolution française. Quelle honte.

    [Je vous seconde de tout coeur. Les québécois et les belges ne valent guère mieux, du reste. C’est un mal francophone, cette fichue patente de voile – Ysengrimus]

  27. lavacheenragee said

    @Sylvie R. Tremblay

    Ouf! Quelle hostilité! Une autre qui cache sa xénophobie virulente sous le voile de la laïcité…

    Forcer une femme à porter le voile ou forcer une femme à l’enlever: les deux sont aussi fachos. La liberté provient du choix.

    • JBM said

      Les punks, squeegies et autres anarchistes qui s’habille en grundge, visuellement parlant dérangent au moins autant qu’une femme voilée, non? Leur choix de s’habiller ainsi n’a aucune connotation religieuse, mais souvent une connotation rebelle. L’un dans l’autre ça s’équivaud non?

      Le cas du voile n’est pas aussi simple. Dans le cas du grundge on SAIT que c’est un choix. Dans le cas du voile, oui il y a une majorité qui choisissent. La minorité elle? Contrainte et désinformation (le voile est souvent dicté à tort comme obligatoire). Ces filles, femmes, mères, grand-mères (et on pourrait continuer longtemps ainsi) n’ont pas toutes la LIBERTÉ du choix.

      D’ailleurs, je reviens à ce que j’ai dit précédemment: tous les voiles ne se valent pas. Sur la rue, j’ai pas de problème à voir quelqu’un avec un Hidjab, qu’est-ce qu’elle cache? Ses cheveux? la belle affaire! Cependant, voir une femme en Burqa, ça c’est autre chose.

      Vous pensez vraiment qu’elle porte ça par choix? Ben voyons donc! Faut vraiment être taré ou endoctriné en tant qu’individu pour croire qu’il faille se cacher en entier jusqu’à avoir un grillage sur les yeux! Les rares femmes qui affirment que porter un grillage sur les yeux c’est affaire de liberté devraient consulter une encyclopédie et relire le chapire sur la liberté et tant qu’à ça les luttes féministes. Je leur recommande également Simone de Beauvoir… C’est pas de la xénophobie ou de l’ethnocentrisme que de viser à mieux. Si vous brandissez toujours ces termes c’est que vous relativisez tout et que selon vous tout habillement en vaut un autre. Et ça c’est fondalementalement faux. Fonctionnellement parlant une burqa ça remplit aucun rôle, c’est même gênant dans les mouvements, pour la chaleur, pour la vision, etc. Et pourquoi adopter ce vêtement? Demande ça aux Talibans… D’ailleurs par votre relativisme vous donnez des armes à ces tordus!

      Un voile simple c’est un choix que je peux respecter, une burqa non. C’est un déni de la liberté de la femme dessous et on ‘voile’ l’enjeu réel avec notre fausse conception de liberté. Fausse, parce que ceux qui parlez ici de honte, de révolution française et insultent les autres NE SONT PAS FORCÉS DE PORTER UNE BURQA. METTEZ-EN UNE UNE JOURNÉE ET ON EN REPARLERA APRÈS!

      • François said

        JBM,

        Ce n’est pas à toi de choisir. Moi non plus j’aime pas voir des femmes en burqa, mais ça ne me donne pas du tout le droit de les forcer de s’habiller à mon choix.

        Le taliban force les femmes à se voiler, la France force les femme à se dévoiler. La France prend ainsi le chemin des taliban en traitant la femme comme un être qui n’a pas le droit de choisir.

        Donc la France = le taliban = male traitance des femmes…

  28. JBM said

    En effet, Wanatoxtoumi, le temps passe. Selon Ysengrimus d’ailleurs c’est la meilleure voie pour sortir ces femmes de leur prison portable. C’est inexact. Ça va peut-être amener à terme l’acceptation et l’adoption des normes occidentales pour certains/certaines, mais ce n’est ni garanti, ni rapide comme procédé. Beaucoup vont continuer à vivre reclus dans leur micro société islamiste et n’avoir d’occidental que la position géographique.

    D’ailleurs, le mariage forcé n’est pas plus accepté et pourtant il y en a toujours qui la pratiquent même au Canada! (Ou on enlève leurs filles pour les marier de force ailleurs)
    Si vous parlez à une femme afghane de 50 ans, vous apprendrez qu’elle n’a pas toujours été couverte ainsi. La burqa est un voile qui date d’il y a 20 à 30 ans! Pas 1600 ans. C’est apparu avec le salafisme djihadiste, un courant que l’on retrouve devinez où? L’Afghanistan et ce dès les années 1980. Ces femmes se sont donc vues IMPOSER ce voile, elles ne se sont pas dit du jour au lendemain: « tiens donc, si je me mettais un grillage devant les yeux! » ou « Aujourd’hui, j’ai le goût de tout voir en carreaux.» La burqa est par définition un voile IMPOSÉ.

    Tiens une blague de mauvais goût et qui n’en est pas une: « Pourquoi y a-t-il si peu de blondes qui portent la burqa? Parce que même les blondes ne veulent pas être afghanes. »

    Les voiles comme n’importe quel vêtement ne se valent pas toutes: un T-Shirt c’est pas pratique pour un esquimau, un voile intégral c’est pas pratique pour quelqu’un vivant sous des températures arides. Un hidjab ça voile les cheveux, une Burqa ça voile tout, ça limite les mouvements, la vision et la liberté. Le port de la burqa là-bas ne relève en rien d’un style, d’un goût, d’une volonté, d’une compréhension, d’une liberté. C’est le contraire, c’est le symbole par excellence du déni de tout ceci.

    J’en ai plus qu’assez de voir comment on ne cesse de ramener le débat à une simple expression de xénophobie. Certes, il faut être tordu pour aimer les talibans et leur invention de la burqa, mais il n’est pas question de ‘peur de l’autre’ quand on dit simplement que ce type de voile ne devrait pas exister en regard du handicap (torture?) qu’il impose à la femme dessous. Après ça on recourt à l’ethnocentrisme pour dire: qui es-tu pour affirmer une telle chose? Je rappelles que je ne suis pas dénué de jugement et que tenter de contrer l’ethnocentrisme ne signifie pas que l’on ne peut plus trancher, mais juste qu’il faut faire la part entre mes croyances et des faits non biaisés pas la société.

    Les femmes au début du 19e portaient un corset bien trop serré? En effet, il l’était, et s’il devait être encore porté ainsi, il devrait être interdit au même titre que le voile. Les japonais bandent les pieds des filles, causant difformités et torture physique? Interdiction. Au contraire, lorsque les jésuites ont changé les mœurs en Afrique en affirmant que les seins nus des femmes c’était indécent, ça c’était de l’ethnocentrisme. Leur argument reposait sur leur vision de ce que devait être une société sans égard à quoi que ce soit d’autre que leur opinion. Alors que dans le cas présent, il ne s’agit pas d’une simple question d’opinion, mais de normes sociales, de liberté et d’handicap.

    Après ça on dit: « c’est pas à toi de choisir! » Tu as raison François, ce n’est pas à moi de choisir pour ces femmes. Ce serait aux femmes elles-mêmes de le faire, mais ironiquement elles ne le peuvent pas ou ne veulent pas, prises dans cet accoutrement et l’ensemble de cette contre-culture qui les emprisonne. C’est leurs maris qui choisissent pour elles. Tu ne va quand même pas me dire que la majorité d’entre elles portent un tel accoutrement par choix et ce sous un tel soleil brûlant?!? J’aimerais bien voir des statistiques sur la chose!

    J’aimerais répondre à Ysengrimus qui dit ceci: «[…] réduire cela à une simple question de laïcité publique, de signes religieux ostensibles, ou, encore pire, de soumission tremblante et mystérieuse à quelque père crypto-tyrannique, ma foi (boutade), cela procède d’un jacobinisme grossier et inique.» Premièrement, il n’est aucunement question de faire ici une dictature de l’habillement selon des idées populistes, ni baser ma conception du bien sur mon voile ethnocentriste. Personne ne peut vraiment soutenir que la burqa est un vêtement comme un autre…, le faire, ça c’est inique! Et non, il ne se compare en rien à une cravate serrée ni aux talons aiguilles qui sont juste une question de mode. Donc, laisse Jacob hors de tout ça. D’autre part c’est de la MALHONNÊTETÉ de ta par Ysengrimus, et grossier d’ailleurs, de rejeter du revers de la main l’existence même du patriarcat salafiste et affirmer que c’est du jacobinisme. Honte à toi! Tant qu’à y être va donc affirmer que la droite se veut plus humaine que la gauche et que c’est juste du jacobinisme que de dire le contraire!

    En fait ceux qui renient ainsi le problème que pose la burqa et disent que ce n’est pas à nous de choisir se doivent d’écouter « Le voyage de Nadia ».

    http://www.onf-nfb.gc.ca/fra/collection/film/?id=53626

    Dans ce documentaire Nadia visite des femmes Algériennes qui ont vécu le mariage forcé. Le problème est similaire: on peut bien se fermer les yeux sur la barbarie du mariage forcé et dire que c’est des mœurs qui appartiennent à une autre culture, mais c’est vraiment trop LACHE, point! Et oui, certaines cultures peuvent se permettre de donner des leçons à d’autres sur certains sujets. Le mariage forcé en est une. Dire autrement relève du relativisme culturel.

    (Ça me rappelle une lecture dans laquelle l’auteure rappelait qu’il n’y a pas que la vision occidentale avec ses droits de l’homme comme paradigme. L’orient est centré sur la collectivité, le Moyen-Orient est centré sur la soumission à une tout autre morale, etc. Se valent-elles toutes? L’auteure rappelle que la souffrance d’un individu est indivisible, personnelle. La collectivité ne souffre pas, les individus oui…)

    Ce n’est pas à moi à choisir, mais je suis de ceux qui élèvent ma voix contre les injustices. Ce n’est pas moi qui changera le destin des afghanes, mais si on s’y met ensemble et on cesse de relativiser continuellement les pratiques culturelles, peut-être arriveront nous à un monde meilleur.

    Le mal l’emporte quand les hommes de bien se croisent les bras!

    D’ailleurs Ysengrimus se contredit complètement (ou alors place l’argent avant toute considération sociale!) : «Dans le premier cas il ne faut pas hésiter à répondre avec toute la fermeté requise: haro sur les codes de la famille moyenâgeux. L’égalité des femmes prime.» (i.e. déposséder une femme versus forcer le port du voile.) Hormis le hidjab, ces voiles SONT moyenâgeuses et one NE PEUT PAS soutenir qu’il y a égalité d’une femme face à son mari alors que la femme porte une burqa et l’homme est tout de blanc vêtu!

    Si vous êtes contre la répudiation alors normalement vous devriez être contre l’inégalité. La burqa c’est un traitement inégal en tout point. Alors quelles valeurs priorisez-vous? Moi j’aime bien l’équité et la responsabilité…

    Ysengrimus : «Le fait fondamental demeure en effet que dicter aux gens comment ils doivent s’habiller n’a jamais été une option très compatible avec un plein respect des droits de la personne.» Remplacez le « comment ils doivent s’habiller » par « ce qu’ils doivent faire de leur journée » et posez-vous la question: est-ce que l’on doit permettre aux enfants de venir à l’école seulement s’ils veulent? (Non, hein?) Est-ce qu’il y a des occupations qui sont plus dignes que d’autres? (Oui, n’est-ce pas?) Chaque fois que quelqu’un est mis en prison pour raisons criminelles, civiles ou pour des bêtises, ne choisit-on pas ce qu’il fera de sa journée? Il y a donc des situations dans lesquelles on juge que le plein et libre exercice de ses droits doit être limité. Les droits de la personne ont une limite, la liberté n’est jamais totale, et elle s’acquiert beaucoup paradoxalement en la limitant dès le départ.

    Et là je le dis à ceux qui voudront me répondre une ânerie du type: « Forcer une femme à l’enlever = forcer à le mettre»: Réfléchissez un peu. Forcer une femme à enlever quelque chose qui lui est défavorable NE PEUT PAS être moralement égal à lui forcer de le mettre.
    Et puisque ces hommes ne comprennent toujours rien à ce que signifie porter une burqa. Qu’est-ce qui est mieux:

    Forcer certains hommes à être nus
    Ou
    Rendre illégal le fait d’être nu?

    Et si c’est vous qu’on forçait à parader nu?

    Dans le premier cas, il y a handicap au même titre que porter une prison portable, c’est aussi humiliant et c’est imposé, parce que même les nudistes s’habillent en hiver!
    Dans le deuxième cas, on brime le droit à certains de ‘s’habiller comme ils veulent’, les pratiquants du nudisme crieront à la discrimination et c’est toujours imposé.

    Imposer pour imposer, je choisis la deuxième option, celle qui limite mes options mais ne me contraint pas au ridicule. On me dira: pourquoi imposer, point? Et il faudrait renvoyer la question aux islamistes. Mais dès lors qu’on sait que la burqa est par définition imposé, y’a pas lieu de réagir? C’est pas mieux d’agir responsablement que de rester les bras croisés et abandonner ces femmes (la déréliction que Ysengrimus souhaite…)?

    Les normes vestimentaires comme le souligne Ysengrimus : «[…] c’est de l’ethnologie profonde, complexe, séculaire, délicate à manœuvrer». Ce qu’il ne dit pas c’est que les normes sociales, ça a aussi une racine qui est fonctionnelle. On ne met pas des bottes en hiver juste par plaisir: ça répond à un besoin. La burqa ne répond qu’au besoin de puissance des mâles.

    Il y a des normes au Canada et dans tout pays. Si je vais en Russie on n’acceptera pas que je me vêtisse n’importe comment, et c’est idem au sein d’une même société: on ne se vêtit pas en bucheron pour aller au théâtre. On ne s’habille pas n’importe comment en entreprise. Vous trouvez ça normal que nos immigrants revendiquent le droit à leurs normes en se servant des chartes des droits, plutôt que d’adopter au moins en partie les façons de faire des gens qui les accueillent? Cette attitude démontre que les gens ne veulent pas de l’occident, ils ne veulent que ce qu’ils veulent, avec le moins d’entraves possibles. Une autre analogie: c’est comme quelqu’un qui va vivre en coopérative d’habitation et qui sitôt rendu ne participe en rien à la vie coopérative. La personne n’y est que pour profiter de la réduction de loyers. L’occident est terre d’asile, terre de liberté, mais il y a des limites, des responsabilités, des normes, etc.

    Désolé, moi lorsque je vois un couple sur la rue, où la femme est en niqab ou en burqa, je plains la femme, maudis l’homme et recommande au gouvernement de jouer le rôle qui lui est confié: assurer l’égalité pour tous. Faire autrement c’est irresponsable et relativiste.

  29. Bernard Henry Botul said

    Bonjour,

    Toute croyance est insulte à l’intelligence!

    Au revoir.

    [Je voudrais bien pouvoir vous croire, mais ce serait par trop paradoxal… – Ysengrimus]

  30. Catoito said

    Dans le mille, Ysengrim. Elles sont si belles nos copines voilées, en plus. Ces yeux… Et quel faux enjeu que de s’en prendre sans cesse à elles

  31. Le Boulé du Village said

    Ça continue de discriminer dans le gros, du coté de nos cousins hexagonaux…

    http://www.rue89.com/2013/08/05/a-eu-bonne-idee-parler-voile-a-fac-plein-ete-244764#comment-3724147

    J’espère qu’on va pas encore se mettre à vouloir les singer.

  32. Sophie Sulphure said

    J’approuve la solidarité entre femmes, y compris envers nos amies voilées…

    http://www.rue89.com/2013/08/20/les-suedoises-saffichent-hijab-apres-lagression-dune-femme-voilee-245063

    [Je seconde. Voilà un sens de l’intégration et de la solidarité civique comme je l’entends. Bravo, les suédoises. – Ysengrimus]

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