De l’univers cosmique global à l’univers humain concret
Posté par ysengrimus le 9 mai 2008
En matière de non-création de l’univers, je suis MATERIALISTE. Une riche et complexe masse matérielle en mouvement permanent engendre la vie organique inférieure, puis la vie organique supérieure, puis la vie pensante. L’univers matériel est donc incréé. Il ne commence nulle part et ne finit nulle part, juste comme la ligne du temps vers le passé et le futur. L’infinité de l’univers exige qu’il soit incréé. La création est un mythe de l’irrationalité religieuse anthropomorphisante. Il faut faire l’effort de rationalité de se libérer de cette chimère myope. Les seuls univers parallèles que je connaisse sont ceux de la pensée abstraite. Je les esquinte ici d’office non pas à cause de leur parallélisme avec l’univers effectif, mais à cause du fait navrant qu’ils ne le touchent soi-disant jamais et prétendent en être autonomes. Le seul univers parallèle qui se vaille est en fait perpendiculaire! Mental et imaginaire, il coupe le nôtre, ne s’en sépare donc pas complètement, en émane et en fait donc, finalement, fondamentalement partie. L’être humain apparaît dans l’univers et disparaîtra. Mais il est doté d’une aptitude particulière face à la réalité matérielle. Il peut la détourner, la distordre, la distendre pour l’assimiler et la mettre à son service concret et pratique. Cela commence quand notre lointain ancêtre s’approprie l’outil, le pâturage puis l’agriculture, et cela se poursuit avec la locomotive, le haut fourneau, la télégraphie, l’électricité, L’internet. Un primate qui produit et reproduit la complexe structure de ses propre conditions matérielles d’existence tant et tant qu’il en devient historicisé ne s’arrête pas facilement de fureter et de papoter… Ce qui, chez nos ancêtres, n’était que grégarisme, devient, chez nous ensemble, crucial de rapports sociaux, nous déterminant si profondement que finalement l’humain EST l’ensemble des rapports sociaux spécifiques s’entrecroisant en nous en une phase historique donnée. Dans l’univers humain, celui du développement historique, tout arrive en son temps, sans «faute». Il n’y a jamais de retards absolus en histoire, mais il y a toujours des retards corrélés. Une peuplade se battant encore à la sagaie souffre un retard par rapport à un peuple voisin se battant à l’arc. Ce dernier retarde tout autant ou plus devant une phalange d’arbalétriers. Naturellement, certains retards historiques sont plus déterminants que d’autres. Ainsi, dans le mouvement global de l’émergence du capitalisme, la France et l’Espagne sont entrées dans la révolution industrielle en retard par rapport à l’Angleterre malgré le fait que l’Angleterre est entrée en phase coloniale en retard par rapport à la France et à l’Espagne. Le premier retard est économiquement plus déterminant que le second, comme le déploiement historique l’a ultérieurement démontré. Certaines avancées politiques et militaires cachent parfois des retards économiques profonds et vice-versa. Le Bonapartisme et le Stalinisme sont de bons exemples d’un retard économique temporairement masqué par une illusoire surchauffe politico-militaire. Il faut indubitablement admettre que l’histoire se développe par poussées inégales. Il n’y a pas là quelque jugement moral abstrait sur les peuples, mais simplement un fait politico-économique qu’il faut toujours prendre le temps de décrire et ne jamais perdre son temps à justifier, car quiconque y voit le moindre démérite est un petit propagandiste de feuille d’opinion. Pour atteindre le palier suivant, le travailleur devra jouir pleinement du fruit de son travail sans qu’une autre classe l’opprime et détourne son activité productive contre lui. Il faut qu’il soit réclamé de chacun selon ce qu’il peut donner, et qu’il soit donné à chacun selon ses besoins réels. L’homme et la femme doivent s’attendre à ce minimum de justice dans le cadre de leur univers concret, mais cette attente est inévitablement active, car l’homme et la femme devront obtenir ce rajustement des valeurs de leur vie par la lutte. L’être humain n’est pas libre. Il est le résultat infime de l’action de forces historiques gigantesque. Une classe sociale peut se libérer d’une autre, mais l’être humain ne se libérera pas de ses déterminismes. Il les tranformera simplement en d’autres déterminismes. C’est en agissant volontairement sur cet univers historique concret dont il ne sort jamais que l’être humain assure sa position et son action dans un univers global qu’il ne peut appréhender qu’indirectement et sans arrêt.
L’univers concret est Histoire. L’univers global est Nature. Leur point de contact est Environnement.
gabriel bisson a dit
Quelles affirmations! Les matérialistes les plus intelligents sont probablement ceux qui exposent leurs non-certitudes plutôt que de “créer” de telles équations.
Ah bon, la création est un mythe.
Il me semble que depuis le début des temps (vraiment le début), l’homme n’a fait que découvrir à quel point l’univers est complexe. Plus il a avancé par ses innovations et découvertes et plus il a raffiné son idée du monde de ses concepts, sans jamais pourtant prétendre à la compréhension ultime de celui-ci.
Votre attitude cadre bien dans un matérialisme un peu précaire qui ne voudrait prétendre qu’à la surface des choses, à leur côté physique. Le simplisme est la forme actuelle d’un matérialisme moderne et peu élégant et ce, malgré un vocabulaire élaboré, trompeur par surcroît.
Vous avez réduit les avancées et les retards humains à leurs aspects économiques ou industriels. Une compréhension honnête et approfondie de l’être humain exige que l’on perce la carapace de son vouloir, de son désir et de ses besoins pour découvrir la chaire que consiste son être même. L’homme ne fait pas que désirer, il est.
Ses aspirations matérielles ne seraient, en fait, qu’une forme d’expression de son existence sensible, de son caractère universel d’être physique, donc animal. Pourtant, une infinité de preuves non scientifiques mais profondément humaines ponctuent régulièrement l’histoire de l’humanité de son aspect “mystique” dans le sens du mystère de la transcendence de l’âme et de la conscience humaine sur le physique. Une pulsion semble pousser l’être humain à se libérer, à s’extirper de la gluance de ses attaches sensibles comme le ferait un oisillon de sa coquille limitatrice. Une sorte de supériorité sur la matière, quoi. Une myopie de l’esprit serait d’affirmer que cette supériorité n’est que scientifique, créative, économique, physique, etc. Nier que l’homme exige davantage ne serait que fantaisie.
Il en résulte donc une chasse, entretenue à l’infinie, de l’être sur son être, de l’homme sur son état, de l’humanité envers son essence. Cette course historique, par sa nature même, expose de manière indéniable la nature inquisitrice de nos pulsions, du moteur humain. Or, est-il possible de cibler l’abstraction en elle-même, ou encore d’aspirer à une réalité complètement inexistante? Je vous invite à vous poser sérieusement la question. Car bloquer l’homme, l’empêcher à l’action dans sa recherche métaphysique ne serait qu’une futile contestation de ses réalités ultimes, pire, une nouvelle (ancienne) forme d’aliénation intellectuelle d’une élite organisée envers les composantes indociles de nos sociétés. Les nombreux exemples historiques ne manquent pas d’éloquence à ce sujet en réaffirmant toujours mieux que l’homme se définit lui-même par sa liberté, par son indépendance et son inaliénabilité profonde. La répétition des échecs sociaux envers le désaveux de cette constante n’aura fait qu’attester la présence d’une nature interne à l’homme, une indépendance concrète par opposition à une vision limitée de celui-ci, simplifiée par l’idée d’un “déterminisme” que vous exposez vous-même.
L’être humain a cessé d’être un primate lorsqu’il s’est posé la question “être ou ne pas être”.
Je suis désolé de dire cela mais votre texte débute par une prémisse malheureusement fausse. L’univers n’est pas infini.
ysengrimus a dit
Ne méli-mélons pas tout sur l’univers pour esbrouffer le naïf. Même s’il était fini, il resterait incréé. Ces deux questions sont distinctes. Ne récupérez pas l’une au service de l’autre, ça fait jésuite.. La Création est une projection anthropomorphisante et le Big Bang est une idée incomplète, pillée aux sciences descriptives par des théogoneux aux abois dans votre genre, qui font flèche de tous bois pour continuer au mieux à flotter sur le cloaque inexorable de leur déclin.