Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Le socialisme n’est pas un programme politique mais une tendance sociale

Posted by Ysengrimus le 6 mai 2008

socialisme

Une propension inéluctable du capitalisme à passer à son contraire: de la propriété privée à la propriété publique, de la soumission prolétarienne au pouvoir prolétarien

.

On traite constamment ce bon vieux « socialisme » selon un modus operandi fort représentatif de la vision qu’a notre siècle des questions sociétales. On se représente le socialisme comme un programme politique sinon politicien, un engagement matois pris par une poignée de rocamboles qui arrivent à convaincre les masses de les suivre et qui les largue tout net après s’être laissée corrompre par les élites. On reste vraiment bien englués dans cette analyse, très proche en fait du vieux socialisme utopique, doctrinaire et volontariste, avec ses phalanstères et autres cabétades à la continuité raboteuse et déprimante. Le socialisme politicien est une galerie de portraits de vieilles figures (Jaurès, Mitterrand, Rocard, Gros Quinquin, Jack Layton… j’en oublie? Ça compte vraiment?). Or les figures politiques ont longtemps incarné nos aspirations, notre vision, notre projet social dans son amplitude et son ardeur. Elles continuent d’exercer leurs fonctions de cette nature mais… en incarnant désormais nos acrimonies, nos amertumes, nos frustrations, nos recroquevillements, nos désespoirs. Les figures politiques sont devenues des têtes de turcs et des poids plumes exclusivement parce que notre perspective sociale s’amoindrit et perd sa visée, de par ce que l’époque en fait. Le politicien-miroir n’a pas disparu. C’est ce qu’il reflète qui racotille et s’esquinte. Alors, bon, le fait qu’ils se chamaillent entre eux et renient le socialisme blabla-labial pour la dix-millième fois par-dessus ça, c’est un peu du micro-détail. Il semble qu’il y ait des choses qu’il faille redire et redire. Posons donc le pattern, un bonne fois. Voici que monte une nouvelle figure politicienne « socialiste ». appelons la FROMTON. Fromton émerge à gauche. La gauche est un espace de conviction, un lieu où on ne transige pas avec la doctrine sociale. Pour la gauche IL FAUT (ramener les troupes, cesser la gabegie, financer les besoins sociaux criants, etc). Sauf que Fromton doit gagner sa joute électorale. Politicien professionnel disposant d’une équipe méthodique, il se recentre donc en deux phases: l’électorat de ses adversaires de « primaires » d’abord, la frange centre des partis adverses ensuite. Il peut parfaitement le faire, mais pour ce faire il doit composer. Il avait prévu ce recentrage depuis le début. Écoutez ses discours, tout est là… Sauf que la gauche civique et citoyenne y voit –et c’est normal– une atteinte à son sens de l’intégrité et de l’intégralité. Son choix inexorable prend forme devant elle, hideux derechef: un Fromton recentré ou… la vieille pétate congelée de droite. La gauche civique et citoyenne ne pourra donc que dire: Votons Fromton, hélas… Tout un battage pharaonique s’est déployé et il ne s’est rien déroulé de societal dans tout cela. Rien, rien, rien. Parce que le socialisme est ailleurs…

Ce qui est mis de l’avant ici, c’est que le socialisme est une TENDANCE, une propension inéluctable du capitalisme à passer à son contraire: de la propriété privée à la propriété publique, de la soumission prolétarienne au pouvoir prolétarien. Cette tendance socialisante est dans le ventre même du mouvement social. Un patron unique, cela se conçoit, quand on parle d’un atelier de joaillerie embauchant six travailleurs. Quand il s’agit d’une usine de trois mille employés, on envisage plus facilement un groupe de gestionnaires. Si on a affaire à un conglomérat mobilisant quatre millions de personnes dans soixante secteurs distincts, il devient envisageable de prendre conscience d’un passage vers une direction et une propriété à la fois de plus en plus collectives et impliquant de plus en plus étroitement ceux qui font effectivement le travail productif, et pas seulement ceux qui possèdent les immeubles, l’outillage, ou le fond de terre où sont plantés les ateliers. Étalez cette tendance sur trois siècles, et vous marchez droit au socialisme! On se doutera bien que des instances sociales cherchent de toutes leurs forces non négligeables à freiner cette tendance, et le font effectivement. Sauf que le principe de fond demeure. Quand la totalité des forces productives sont mises au service des producteurs plutôt que des accapareurs, on a le socialisme. Il faut noter aussi que le socalisme SE DOSE, en ce sens qu’un régime social donné peut être plus ou moins socialiste fonction de la répartition sociale des revenus de la production. D’où la possibilité d’un socialisme radical bourgeois assez compatible avec le capitalisme, mais malheureusement, établissant avec ce dernier à peu près le rapport du croupion avec la poule… Personne n’a vraiment la charge de mettre des ordres sociaux en place. Ils se mettent en place malgré nous et malgré ceux qui clament les avoir mis en place. L’Histoire est une force objective. Rien ne s’y dégrade, mais rien n’y est stable non plus. Le socialisme avance par bonds, à travers les crises du capitalisme (dont « nos » soubresauts financiers ne sont que des symptômes, des ersatz). Une portion non-négligeable de ce que le socialisme est fondamentalement fait déjà partie de ce qu’on postule collectivement.

Et la tendance de se déployer…

.
.
.

Paru aussi dans Les 7 du Québec

.
.
.

About these ads

3 Réponses to “Le socialisme n’est pas un programme politique mais une tendance sociale”

  1. lutopium said

    Salut. Je suis atteri ici suite à ton commentaire déposé chez la Belette. J’aime bien le lien que tu fais entre socialisme et tendance. Ça fait moins « coincé » que d’associer le mot à un programme politique.

  2. Nemo said

    La question reste et demeure: les ennemis du libéralisme accepteront-ils à nouveau de s’associer avec les socio-démocrates au sein du PS? Cette alliance qui a fait exploser plus d’un parti socialiste à travers le monde est-elle naturelle?

  3. Serge Morin said

    Cette idée de dosage du socialisme est simple mais pourtant peu mentionnée aussi explicitement. Ses conséquences sont nombreuses.

    [En effet et, même sans formulation explicite. Elle est au cœur de maintes querelles doctrinales, notamment entre «socialistes» et «communistes». – Ysengrimus]

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Rejoignez 161 autres abonnés