Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

La fin historique du racisme

Posted by Ysengrimus le 1 mai 2008

Little Rock, Arkensas, 1957. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égale.

Little Rock, Arkensas, 1957. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égale.

Si le racisme se perpétue longtemps après l’effondrement des conditions objectives de son engendrement, cela s’explique d’une façon claire quoique souvent mécomprise: le racisme sert le capitalisme. Clarifions d’abord une chose: il n’y a pas de racisme dans la société esclavagiste. Vous avez bien lu. Il y a plutôt un phénomène bien pire, dont nous avons tout oublié: la division raciale du travail. L’esclavagisme requiert pour fonctionner efficacement qu’un signe distinctif imparable et inaltérable fasse la différence entre maîtres et esclaves. Certains signes afférents furent utilisés: le fait de marcher à pied plutôt que d’aller à cheval, certains attributs vestimentaires ou capillaires, la marque au fer rouge. Mais un esclave matois peut toujours voler un cheval et altérer son apparence. Tant et tant que le signe distinctif imparable se trouva vite sélectionné: la couleur de la peau. Comme l’or et l’argent supplantèrent vite le sel comme monnaie, la couleur de la peau, signe patent, intégral, inaliénable, inaltérable, imparable, inusable supplanta vite toute autres caractéristiques pour désigner l’esclave. Le culminement de ce phénomène, sa réalisation cardinale, c’est, naturellement, la Confédération Sudiste Américaine qui y accède. Dans une rue d’Atlanta de 1855 on pouvait, d’un seul coup d’oeil, distinguer les maîtres des esclaves. Cela se faisait dans la brutalité la plus absolue et la plus tranquille et de ce fait, sans animosité particulière. Le système social tenait, on n’avait pas à pester contre les races. La ségrégation inhérente à cette division raciale du travail était objective plutôt que subjective, si je puis dire. L’économie agricole reposait sur elle, en vivait. On donnait des ordres aux hommes et aux femmes noirs et on prenait les ordres des hommes et des femmes blancs. Il y avait deux castes distinctes d’êtres humains. Fin du drame. Le dispositif était rodé. Les maîtres étaient condescendants ou brutaux, placides ou cruels, matois ou bêtes, mais ils n’étaient pas spécialement racistes, au sens moderne du terme. Le servage d’occupation des anciennes colonies africaines fonctionnait selon un modus similaire -mais pas identique- de violence tranquille et de puissance foncière bonhomme. Pour des raisons de balance démographique et de fragilité inhérente à toutes les invasions coloniales, nos bons coloniaux rencontraient cependant toutes les contraintes objectives des occupants minoritaires.

Le capitalisme détruit inexorablement le système agricole basé sur l’esclavage et c’est alors, alors seulement, que le racisme apparaît. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égale. Le racisme est le regret subconscient de la division raciale du travail perdue. Il est une représentation idéologique illusoire et régressante, nostalgique de l’époque où le Noir et l’Arabe n’étaient pas un égal. Le racisme jaillit donc dans une société basée sur la mise en marché nivelante de la force de travail où toutes les races sont désormais intégralement égales face à l’exploitation capitaliste objectivement aveugle aux races. La contradiction est donc que le capitalisme, pour qui ne comptent plus que l’argent et le travail, engendre le racisme, moins en référence aux conditions qu’il met en place qu’aux conditions antérieures de paix sociale ségrégante qu’il détruit. Le Ku Klux Klan dans les Amériques est l’incarnation suprême de ce phénomène de nostalgie du temps où on ne forçait pas le noir et le blanc à s’asseoir à la même table. On regrette l’époque "idyllique" où le noir cueillait le coton et ou le blanc le surveillait sereinement les armes à la main. Désormais, capitalisme dixit, les cueilleurs et les surveillants sont de n’importe quelle couleur. Il faut imparablement que l’égalité entre les races et la disparition de la pertinence économique des races soient objectivement instaurées pour que son rejet subjectif régressant, le racisme, se manifeste.

Voyons par exemple les travailleurs et les travailleuses français, toutes origines ethniques confondues. Le capitalisme cultive envers eux, comme envers quiconque, un ensemble de procédures brouillantes et divisantes visant à perpétuer la compétition au sein du prolétariat pour retarder au maximum la mise en place d’une solidarité de classe. L’ensemble grouillant et nauséabond des représentations régressantes et nostalgiques est le vivier parfait où puiser. Si le racisme est instillé, préservé, maintenu, alors qu’on importe massivement du prolétariat frais, compétent et peu exigeant des anciennes colonies, la «race ennemie» tangible devient le prétexte idéal faisant écran de fumée parfait à l’ennemi réel intangible: l’exploitation capitaliste. Le racisme du charbonnier du travailleur français repose donc sur deux altérations idéologiques de son éducation prolétarienne perdue: nostalgie régressante de la supériorité coloniale et manifestation du fait que l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante. Dans ce second cas, le travailleur intègre la logique mentale du capitaliste au point de penser son camarade de classe comme un compétiteur étranger! La couleur de la peau, qui servait jadis au maître à cheval à distinguer ses esclaves sur le chantier agricole, sert maintenant à l’exploité non solidaire à sélectionner ses boucs émissaires sur le chantier industriel. On voit bien ici que la notion d’aristocratie ouvrière n’est pas un vain mot. Le rentier social tertiarisé qu’est devenu le travailleur occidental appréhende la perte de ses privilèges petit bourgeois que le prolétariat «racial» ne provoque pas objectivement mais incarne idéologiquement. Ayant perdu de longue date toute éducation communiste, le travailleur français s’attaque au symptôme superficiel de sa déchéance objective plutôt qu’à la cause profonde de son exploitation et de celle de l’exploité immigrant mondialiste, toutes races confondues. Et, au plan bassement politique, un concert bruyant d’échos est donné à cette malodorante gangrène d’idées. Par exemple, pour revenir sur notre continent, par le propos odieux qui marqua la mort de sa campagne d’investiture en 2008, Hillary Clinton instrumentalisa le racisme exactement comme notre culture ordinaire le fait enore. Elle alla dire: “Barack Obama est noir, cela ne marchera pas avec les travailleurs blancs”. Postulant un racisme imaginaire chez les masses, elle le perpétuait sans le confirmer et s’en servait comme instrument de division électoraliste, sur des questions qui n’avaient absolument rien de raciales. Aussi, sa défaite fut-elle une étape de plus… dans la défaite du racisme lui-même. Dans la campagne de 2012, la race d’Obama n’est plus un vecteur porteur pour quiconque, ni lui ni les autres. Elle disparait socialement, ce qui banalise la victoire sur elle et, de fait, la confirme. On en parlera un jour comme d’une belle victoire du passé, comme l’éradication de la tuberculose ou l’électrification des campagnes. Enjeux cruciaux de jadis. Banalité d’aujourd’hui. À l’échelle colossale de l’Histoire, le racisme touche à sa fin. Le fait est qu’implacablement, la réalité complexe et ouverte de la mondialisation portera ce préjugé ethnocentriste sans fondement objectif, cette compétiton discriminatoire aux assises imaginaires, cette ségrénation-gadget… au fin fond de sa déchéance ultime.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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20 Réponses to “La fin historique du racisme”

  1. martial said

    Merci pour cette réflexion.

    C’est de la couillonisse.
    Le racisme c’est le rejet de l’autre.
    Pas de couleur.

  2. ysengrimus said

    Dans un monde d’exploitation, ce rejet se transpose, se transmute et se maginifie en précarisation et sous-paiement. Tout, tout, tout est prétexte fallacieux pour extorquer la plus-value du travailleur compétent et actif.

  3. Mat J. said

    Bravo !

    Exactement ce que je pense du phénomène. C’est éclairant aussi de le mettre dans son contexte historique

  4. Walt said

    Non, je ne suis pas d’accord. Le racisme n’est absolument pas une question d’égalité ou d’inégalité. Le Ku klux Klan n’a pas été fondé pour renvoyer les Noirs à l’état de serf, mais pour résister à la compétition que leur livraient les anciens esclaves qui travaillaient pour moins cher que les ouvriers agricoles blancs ainsi que les petits fermiers.

    Je suis aussi convaincu que le racisme ne va pas disparaître, mais simplement changer de formes ; dans le sens que les humains vont moins se rassembler autour de la couleur de peau, que de statuts sociaux ou d’idéologies religieuses, politiques, écoliques… etc.

    Bref, seules des lois dures et justes peuvent prémunir les sociétés contre les relents de racismes sourdant dans les tréfonds de l’Humain.

    P.S. Il faudrait aussi cesser d’attribuer, idiotement, ce Démon injuste à l’Homme blanc…

  5. ysengrimus said

    Les lois ne font rien sur ces questions. Votre analyse est confusionniste et ce sont l’esclavage et le colonialisme, et surtout l’expansion ou la régression de ces derniers sous le capitalisme, qui engendrent le racisme. L’acteur et bénéficiaire principal sinon exclusif de l’esclavage et du colonialisme est l’européen et l’euro-américain. Ce n’est pas moi qui décide cela…

  6. Rieux said

    Les américains sont plus racistes que jamais, un noir vient de se voir confier le pire boulot en Amérique.
    Et dire que l’on parle d’égalité des races… quand vient le temps de ramasser la merde, qui est-ce qu’on appelle?

    Je dois aller prendre mes pilules.

  7. ysengrimus said

    Vous lisez trop The Onion… C’est une feuille satirique, je vous rappelle…

  8. vanish said

    Quant à la "notion d’aristocratie ouvrière", le rapport avec le racisme est flou, tout d’abord cette aristocratie auto-générée, qui ne dépend pas obligatoirement d’une hiérarchie officielle, se retrouvera à tout les niveaux de notre société, et autant dans le cercle privé que professionnel.

    Le "signe distinctif imparable" joue son rôle et permet une désignation facile, en cela je suis d’accord avec vous, mais si dans un groupe il n’y a pas de signe distinctif aussi évident que la couleur de peau, on en trouvera d’autres promptement.

    Ce n’est même pas le propre de l’homme d’après l’observation attentive de mes hamsters ;-)

    Ce texte me semble donc mélangé de façon inexacte les notions de racisme et de rapport de domination, bien qu’elles soient bien souvent étroitement liées.

    • ysengrimus said

      Et je répond: Les rapports de domination varient avec les phases historiques. Pas de racisme avant le capitalisme. Division raciale du travail sous l’exclavagisme. Discrimination religieuse (antisémite notamment) et bellicisme xénophobe, sous la féodalité.

      Le racisme est une invention de la modernité.

      • Vanish said

        Ce n’est pas de moi mais puisque vous faite d’une réponse plusieurs coups, j’utilise la réponse qu’un Internaute a fait à cette même remarque sur rue89 ;)

        Il faut quand même le faire pour venir prétendre que la division raciale du travail sous l’esclavagisme ou que le bellicisme xénophobe ne sont pas l’expression d’une forme de racisme. À la limite, d’un point de vue formel, la discrimination religieuse n’en est effectivement pas une au sens strict, mais sur le fond, dans tous les cas que vous énoncez, il s’agit bien d’un rejet quasi animal, d’une intolérance fondamentale vis-à-vis de l’autre, de celui qui est perçu comme différent par l’ensemble culturel auquel on appartient. Qu’il ait fallu attendre la révolution industrielle pour donner une justification théorique à ce qui apparaissait comme un état de fait jusque là ne change pas grand-chose à la question. Je signale en passant qu’il n’aura pas fallu attendre que Gobineau s’exprime pour le contrer, le siècle des Lumières avait déjà mis l’esclavage sur la sellette, et même une très catholique reine d’Espagne avait posé le problème (cf la Controverse De Valladolid, deux siècles avant Adam Smith) en termes théologiques, la question étant de savoir si l’on pouvait chrétiennement exploiter les Indiens comme des animaux.

        Ce que je trouve dangereux dans votre posture, c’est qu’elle consiste à dissimuler un problème quasi universel derrière le déguisement de rapports de production, comme si, une fois ces derniers inversés, l’intolérance et le rejet de l’autre allaient disparaître comme par enchantement. C’est d’autant plus dangereux que ça permet d’ignorer ou d’excuser ces derniers quand ils émanent de classes socialement défavorisées, la référence au fourre-tout idéologique que sont le capital, le libéralisme ou la mondialisation permettant d’éluder toute question un peu gênante. Pour ne pas rester dans l’abstraction: les appétits pétroliers du duo Bush/Cheney auraient eu peu d’effets s’ils n’avaient pas mis en résonance le désir de vengeance du peuple américain suite au 11/9 en lui offrant ce qu’il désirait le plus, à savoir faire couler du sang arabe. Ou bien dans le même ordre d’idée : modernité ou pas, si la haine des Juifs que l’on trouve trop souvent dans le monde arabe ou musulman est liée à l’état d’Israel, c’est bien plus parce que ce dernier agit comme un miroir de leur décrépitude que pour un prétendu rapport de production.

      • ysengrimus said

        Ce que je trouve dangereux dans votre posture, c’est qu’elle consiste à dissimuler le problème quasi universel des rapports de production, comme si, une fois ces derniers inversés, l’intolérance et le rejet de l’autre allaient se perpétuer éternellement comme par enchantement. Inutile d’ajouter que les classes socialement défavorisées sont encore plus aliénées par les rets idéologiques d’un mode de production que leurs ci-devant élites…

  9. Coco Rico said

    Vous dites n’importe quoi, le racisme n’est pas une question de couleur. De plus vous confondez la lutte des classes avec la lutte des races…

  10. buffalo_soldier667 said

    Heureusement, on a un beau black qui parle bien pour nettoyer la merde en Afghanistan. Quand je pense qu’on le compare à MLK [Martin Luther King], c’est une honte. Jamais MLK n’aurait soutenu cette guerre qui ne dit pas son nom.

    Vivement que la Chine nous la mette bien profond…

  11. Yann said

    Je constate surtout que cet article suggère -pour rester sur un plan purement phénotypique- que ce sont les blancs qui ont le monopole du racisme. Je n’ai pas besoin de rappeler qu’il s’agit là d’une position totalement fantaisiste. Tout le monde peut être raciste. La haine de l’autre est observable en égale proportion chez tous les peuples de la planète. Diverses raisons peuvent être évoquées pour l’expliquer, l’éducation ou l’histoire notamment. Faire de la perte du privilège d’esclavagisme la seule explication au racisme est une aberration. Même avant que ne soit institutionnalisé l’esclavage, quand les premiers explorateurs arrivèrent en Afrique ou en Amérique, certains autochtones se sont refusés à accueillir les étrangers, et des conflits s’en sont suivi. La faiblesse de cette analyse est qu’elle ne se concentre non seulement que sur des réalités économiques, mais qu’en plus elle se limite strictement aux relations qu’on put avoir l’Occident esclavagiste avec les africains déportés et réduits en esclavage. Mais prenez par exemple le cas des Aïnous au Japon, qui sont une minorité ethnique aborigène qui subit les pires exactions depuis des siècles. Il n’y a rien d’économique là dedans, juste la haine de ce qui est différent.

    Si fin du racisme il doit y avoir, ce sera parce que la société mondialisée du 21e de plus en plus habituée au brassages ethniques et culturels apprend progressivement le vivre-ensemble. Les préjugés s’évanouissent au fur et à mesure qu’on comprend que l’autre n’est finalement pas si différent de nous.

    [J'ai des doutes sérieux sur le "racisme non occidental". Refuser d'héberger un envahisseur potentiel de ci de là ne se comparera en rien à la longue et méthodique subordination des peuples du monde par l'occident colonialiste et esclavagiste. Le "vivre ensemble" que vous évoquez, c'est justement le déclin de la puissance unilatérale de l'occident qui en assure la lente mise en place. L'Histoire n'est pas un petit jeu logique symétrique. Elle a ses ornières et ses sillons plus profonds que d'autres - Ysengrimus]

    • Yann said

      Puisque vous parlez d’entreprise coloniale et esclavagiste, permettez moi de rappeler qu’il ne s’agit pas là non plus d’un monopole de l’Occident (je vous renvoie encore au cas des Aïnous au Japon). Mais du fait de sa proximité historique et de son ampleur, c’est de loin l’opération de soumission d’autres peuples qui a été la plus médiatisée.

      Et encore une fois, suggérer que le racisme ne peut être qu’un monopole des blancs est aussi inexact que dangereux. Cela revient tout simplement à dénier totalement aux blancs le statut de victimes potentielles du racisme. Un blanc victime d’un acte de haine lié à sa couleur de peau ne devrait dès lors plus avoir le droit d’invoquer la raison de racisme sous prétexte qu’il est intrinsèquement impossible aux autres peuples d’éprouver le sentiment de haine raciale? D’ailleurs, il est désormais établi que l’Égypte ancienne, du temps où elle était dirigée par les rois nubiens noirs pratiquait une politique raciale discriminatoire d’une extrême virulence envers les autres races, avec en bas de classement (surprise?) les européens, qui étaient réduits en esclavages et objets des plus vils préjugés. La théorie de la suprématie raciale n’appartient à personne de façon exclusive. Un noir peut aussi bien qu’un blanc préjuger du fait qu’il fait partie de la plus noble et la plus supérieure des races. Voyez donc le cas des Black Muslims américains et leurs théories plus que fantaisistes sur l’origine des blancs, prétendument créés par un génial scientifique noir à partir des gènes des noirs, et qui ne seraient donc que des ersatz d’êtres humains, par nature inférieurs aux noirs (encore heureux que le ridicule ne tue pas). Il ne s’agit pas ici de généraliser. Le fait d’envisager le racisme comme procédant nécessairement d’un phénomène de groupe ethnique, et qui doit inévitablement habiter chaque individu dudit groupe n’a pas de sens. Pendant la Collaboration, il y vait des français antisémites qui ont dénoncé des juifs, alors que dans le même temps d’autres les ont aidé sans se poser de questions, les voyant simplement comme des êtres humains semblables à eux-mêmes.

      Clairement, le vivre-ensemble est la conséquence du déclin de la puissance unilatérale de l’Occident. Et c’est la mondialisation prônée par ce même Occident, qui est paradoxalement à l’origine de ce déclin. Les grands mouvements humains de notre époque sont indubitablement consécutifs aux grands mouvements de capitaux générés par la mondialisation de l’économie. Et clairement, les gens s’habituent à vivre ensemble. Il n’y a rien d’étrange à cela.

      [Je ne sais pas où vous avez lu ces développments sur le racisme "intrinsèquement blanc". Pas ici, en tout cas. Toute civilisation ayant opéré une division raciale du travail produira un racisme quand cette division du travail se sera effondrée. Le racisme, c'est pas biologique mais historique, ostik - Ysengrimus]

      • Yann said

        Soit. Qu’en serait-il alors (pour spéculer) d’une société ayant organisé une division raciale du travail sans qu’il n’y ait de rapports de domination entre les différentes ethnies en présence, mais de strictes relations de collaboration?

        [Si des tensions apparaissent, vous produisez à la rigueur une xénophobie, ce qui est distinct... - Ysengrimus]

  12. Sébastien le Goff said

    Bonsoir, et encore merci pour la qualité de vos articles. Pardonnez mon enthousiasme de groupies, mais soyez sans indulgence pour la naïveté de mes interventions.

    Si je vous suis et si je vous ai bien compris, avant le capitalisme, le racisme reposait non pas sur un sentiment de supériorité des uns sur les autres, mais sur un cloisonnement des uns et des autres dans des rôles différenciés et dans une cohabitation indifférente. Le capitalisme met donc en concurrence les uns et les autres, et les uns contre les autres; et s’opère alors ce que l’on appellerai aujourd’hui une forme de communautarisme, par un regroupement des uns contre les autres, en fonction de leur race respective.

    Pourtant, l’esclavage repose sur l’exploitation des uns par et pour les autres, les uns en profitant plus que les autres. La légitimation de ce système repose, il me semble, sur la supériorité revendiquée des uns par rapports aux autres. Ensuite, peut être qu’effectivement cette logique repose sur une façade, puisqu’il y a un intérêt objectif à croire que les noirs sont inférieurs, et que peut être que si l’intérêt avait été autre, les noirs auraient été considérés comme supérieurs.

    Y a-t-il pour autant une différence, entre les blancs qui se sentent menacés par cette mise soudaines en concurrence des uns et des autres, ne se regroupent-ils pas parce qu’ils y ont également un intérêt objectif, ou du moins parce qu’ils croient en avoir un. Ne glisse-t-on pas plutôt d’un racisme tranquille à un racisme anxieux de gens désormais sur la défensive?

    [Un intérêt objectif, certes: celui de la lutte contre leur exploiteur. Distordu, inversé en fait, par l'idéologie dominante dudit exploiteur, il se déforme en lutte compétitive. La mondialisation se manifestant, il passe ensuire en compétitivité xénophobe. Le saut régressant vers le racisme ouvert n'est plus alors qu'un saut de puce. Les intérêts objectifs des travailleurs sont ici parfaitement détournés, distendus, altérés, niqués, par la pesante puissance de son ennemi réel: le capital - Ysengrimus]

  13. Ewald said

    "Le racisme est le regret subconscient de la division raciale du travail perdue." Ceci est inexact. Je rejoins Vanish quand elle dit "Ce texte me semble donc mélangé de façon inexacte les notions de racisme et de rapport de domination, bien qu’elles soient bien souvent étroitement liées" mais c’est tellement bien écrit que j’adhérerai presqu’au texte…

    [Ne confondons pas inexactitude et décret unilatéral et non étayé d'inexactitude... - Ysengrimus]

  14. La Bostonnienne said

    J’aimerais savoir ce que vous pensez de l’acquittement de George Zimmerman et, plus particulièrement, ce que ce jugement signale au niveau de l’état des relations interraciales aux États-Unis. Quant à moi, l’affaire Trayvon Martin et l’acquittement de Zimmerman témoigne au fait que les États-Unis ne sont pas du tout dans une ère post-raciale.

    Une des maintes chose qui m’a troublé tout au long de cette atroce affaire était la quasi-absence de critique et de remise en question de l’anachronique et paradoxale loi Stand Your Ground («Défendez-vous»). Paradoxale puisque, alors que c’est de par cette loi que Zimmerman a été acquitté pour le meurtre de ce jeune innocent, énormément d’énergie a été dépensé pendant le procès par les avocats de Zimmerman en établissant que Martin s’est défendu contre l’attaque -complètement non-provoquée – de son agresseur qui était armé d’un 9mm. L’auto-défense de Martin a été déployée afin de renforcer sa culpabilité tandis que la violence meurtrière de Zimmerman fut jugé complètement légitime.

    Un autre élément particulièrement répugnant et intensément révélateur du procès était le traitement juridique et médiatique du témoin à charge clé, Rachel Jeantel, une jeune femme noire de dix-neuf ans qui était une ancienne camarade de classe de Martin et, notamment, la dernière personne à avoir parlé avec la victime avant sa mort. Pour nuire à la crédibilité de son témoignage, les avocats de la défense ont opté pour une stratégie d’humiliation et de dégradation de nature intensément néo-colonialiste, ciblant les pratiques langagières et le prétendu analphabétisme de la jeune femme. Comme nous l’a montré Frantz Fanon, il existe toute une constellation de relations entre la langue et le suprémacisme blanc, le problème de la langue étant le symptôme d’un problème plus général de l’aliénation d’un peuple dominé ( «Oui, il faut que je surveille mon élocution, car c’est un peu à travers elle qu’on me jugera… On dira de moi, avec beaucoup de mépris: il ne sait même pas parler français…» F. Fanon, Peau noire, masques blancs, 1962) De plus, le traitement de ce témoin me rappelle d’une manière frappante la justice Jim Crow sous laquelle un noir ne pouvait jamais témoigner contre un blanc et sous laquelle le témoignage d’un noir était toujours suspect. Pendant que cette restriction n’existe plus, la suspicion perdure.

    [Nul ne prétendra que le combat d’arrière-garde du racisme n'est pas criminel et brutal, comme vous le montres très bien. Mon optimisme n'est pas un jovialisme. J'ose simplement espérer que votre pessimisme n'est pas un fatalisme... - Ysengrimus]

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