La déréliction ce n’est pas un changement de religion
Posté par ysengrimus le 30 avril 2008
Bon, bon, partons de l’opposition Bible/Coran. Fondamentalement, le problème se résume comme suit. Si on dit à un Jesus-freak de n’importe quel tonneau que la Bible est en fait un ensemble éclectique de 73 livres noués ensemble sur une période de deux mille ans, et que –par exemple- aux quatre évangiles reconnus s’en ajoutent plusieurs autres apocryphes que l’on édite et étudie pour trouver les éléments tardifs des évangiles reconnus, cela ne pose pas de problème particulier de foi. Jésus continue de mourir sur la croix, de tendre l’autre joue, de multiplier les pains et les poissons et de ressusciter trois jours trop tard, même si les rapports écrits sur son sujet sont brouillés par le flot bringuebalant de l’Histoire.
Par contre, si on dit à un musulman: gars, c’est prouvé par l’analyse philologique effectuée par des gens fiables, la rédaction du Coran s’étale sur plusieurs siècles. On y dégage des textes anciens et des textes tardifs. Ces différents segments ne peuvent pas procéder d’un auteur unique. Oh ça, ça pose un gros problème de foi. C’est que, contrairement à la foi chrétienne, la foi musulmane PRENDS POSITION SUR LA FAÇON DONT LE TEXTE SACRÉ A PRIS CORPS. Dicté par Dieu dans la langue divine via un ange sur une période brève et consigné par un messager unique. Point barre. Le fricfrac philologique dans le Coran fait chier les musulmans autant que font chier les chrétiens, ces creuseux médiatisés qui trouvent la tombe d’un Christ bel et bien mort et enterré, marié à une Marie de Magdala qui repose avec lui et leurs enfants. C’est pour ça que bien des savants arabes pompent comme ça sur ces histoires de textes. La philologie coranique agresse leur foi de facto, implacablement, autant qu’une remise en question de la résurrection agresse la foi chrétienne. Et cela fait de la philologie coranique une démarche difficile, délicate, emmerdante et mal acceptée dans le monde musulman.
Maintenant, sur cette base, observons que changer de religion et abandonner toute pratique religieuse, ce sont là deux dynamiques parfaitement distinctes, et les amalgamer intempestivement, ma foi (farce), c’est de la pure malhonnêteté intellectuelle. Il y a déréliction dans le monde occidental (et même dans le monde en général) depuis un bon siècle et cette déréliction se poursuit, inexorable. Traiter la déréliction comme un “changement de religion” c’est perpétuer la brume religieuse et occulter le vrai phénomène, celui de la montée de l’athéisme, allant de concert avec l’augmentation des connaissance objectives, le recul des valeurs traditionnelles, le désintérêt pour le conformisme, le discrédit des autorités abstraites, le foutoir des doctrines, l’individualisme immanent, l’hédonisme, le déclin irréversible des vieilles peurs archaïques, et le retour des légendes à leurs dimensions de légendes. La religion n’est pas abattue comme un arbre vif, elle tombe doucement et se change en humus le temps venu, comme les feuilles mortes… Aussi, quand mon ex-chrétien se mettra à l’archéologie des tombeaux araméens (entre autres parce que l’Islam lui aura fait comprendre que la croyance en une résurrection et en une paternité divine est nettement un relent superstitieux dépassé) et quand mon ex-musulman se mettra à la philologie de la langue arabe (entre autres parce que le Christianisme lui aura fait piger que le culte du livre, c’est bel et bien un peu fétichiste quand même dans les coins), il y aura là une dynamique qui n’aura absolument plus rien de religieux, de mystique ou de mystifiant. Ces gens assureront alors l’intendance pacifique et savante d’un patrimoine ethno-culturel riche, intéressant, marrant et parfaitement inoffensif. Or aucun de mes deux gogos ici ne se sera converti à la religion de l’autre. Il y aura eu de fait déréliction par influence culturelle mutuelle, mais sans changement de religion.
Et ce jour “béni” viendra… Il viendra, je le crois…
JimDeQuébec a dit
Bien que l’athéisme gagne tranquilement du terrain, une réponse radicaliste semble remonter ailleurs. Il ne faut certainement pas crier victoire. La paresse intellectuelle existera toujours de même que le manque de connaissances générales.
Faites simplement un petit sondage dans la rue et demandez aux gens de vous nommer le nom du premier ministre du Canada.
ysengrimus a dit
Euh… Babar? Mary Shelley? Cégismond Lajoie? Clairette? Rabatteur? Ray Lomas? Ro Laren? Paul Bunyan? Heidi? Saint John Perse? Pompidou DesSous? Bruni Surin?
Salah Oudin a dit
Mort de rire! Vous avez de l’espoir… Et il en faut! Mais votre monde serait un enfer.
De la part d’un agnostique de 20 ans.
ysengrimus a dit
Ah bon… Parce que le vôtre est un paradis sur terre?