Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

Mon petit macho androhystérique

Publié par ysengrimus sur avril 29, 2008

Mon petit macho androhystérique se lève subitement, tape du pied nerveusement, et montre les bon(ne)s et les méchant(e)s en matière de sexage. Il est encouragé lourdement par tous ses copains toniques et sportifs, qui l’accompagnent souvent d’ailleurs car, seul dans le giron de l’agora, il tend à avoir la tremblote. Il juge qu’un homme doit penser et agir comme un homme, d’un bloc, sans nuance aucune, que ce sont les féministes qui le discriminent, lui, et lui font violence à lui (surtout pas le contraire) et que quand il jappe goguenardement contre la “rectitude politique” de l’option des autres, tout est dit. À lire mon petit macho androhystérique, depuis 20 000 ans, la femme domine l’homme et lui fait subir le poids de ses stéréotypes, de son oppression ouverte, de ses préjugés sexistes et de sa violence brutale. On croirait lire un certain segment de la population anglophone canadienne qui lutte héroïquement contre l’assimilation de l’Amérique du Nord à la tyrannie inexorable… de la langue française. Inutile d’ajouter qu’aux yeux du même petit macho androhystérique, féminisme (oui, encore lui, encore ce mot, encore cette chose) est synonyme de crime immonde…

Mais gars, on ne te dit pas que les femmes sont des angelotes. On te dit que leur culture intime gagne en importance -problèmes inclus- et que les combats réactionnaires d’arrières gardes ne sont pas de mise pour faire face aux faits. Pour affronter l’insécurité et la frustration des femmes, nous allons devoir accroître notre capacité à penser comme des femmes. Si leur insécurité et leur frustration deviennent les nôtres, alors, nous pourrons faire notre part. Il faut féminiser nos espaces mentaux. Pas de quartier. On le fait déjà bien plus que nos grands-pères de toute façon. Et les couilles ne vont pas nous en tomber pour autant… Entre dans la vraie vie, mon gars. Le féminisme n’est pas un crime immonde. C’est tout juste le contraire. Le crime immonde c’est celui décrit par tant de faits divers terribles d’agressions de femmes et le seul être vivant disposant de la configuration d’esprit héritée historiquement pour le commettre s’appelle un homme. Pire qu’un homme, un homme aux abois, qui se cache, se planque, parce que la société civile est désormais consciente que son patriarcat appliqué est de fait illégitime, foutu, secret, mafieux, ruiné et susceptible de n’engendrer que des adeptes de mauvaise foi dans le genre de certains de nos andro-ergoteurs locaux. Oh, mes gars, réveillez-vous. Vous vivez dans une civilisation tertiarisée. Et un gars assis dans un cubicule devant un ordi ressemble plus que jamais à sa sœur assise dans le cubicule à côté devant le même ordi (donnons-lui donc le même salaire, au fait…). Les sexes se rapprochent, c’est un fait inéluctable et les atermoiements n’y feront rien. Un bûcheron jadis, c’était un gros gars balèze avec une hache. Aujourd’hui c’est une personne –homme ou femme- dont le physique importe peu, au volant d’un tracteur-tronçonneur. Votre force brute ne sert plus à rien, mes gars. Il y a de la machinerie désormais pour tout ça. Alors une bonne fois, assumez ce que vous êtes: des hommes nouveaux, bon an mal an… Et bon, comme d’habitude, les idéologies retardent.

C’est ainsi que si mon petit macho androhystérique de tous les jours s’imagine que je vais endosser l’ordre brutal foutu que mon sexe est censé incarner simplement parce qu’un ti-klin queutard inverse malhonnêtement la notion de sexisme, il rêve debout. Mon sexe n’incarne plus cet ordre, j’en suis la preuve vivante et je ne suis pas le seul. Les allemands ont le droit de continuer d’être allemands malgré le fardeau du passé nazi, séquelle historique qu’ils porteront pourtant encore longtemps. Il y a des séparations internes, des lézardes de fond, des crises historiques qui sont inexorables. Je suis un homme de plain pied, séquelles inclues, et, read my lips, je n’ai aucune solidarité phallolâtre. Quiconque entend me casser les pieds parce que je ne marche pas avec la troupe machique de ma taverne d’origine fera face à la férocité du loup Ysengrimus. On verra bien alors qui finira flagellé, bastonné, brassé, planté, niqué.

7 Réponses vers “Mon petit macho androhystérique”

  1. Denis Green a dit:

    Mais soyez rassuré, grogneur patenté! Le machin de la condition de la femme est sur le point de vous dire comment vous devriez orienter vos érections. Ça rassure ça. Non?

    Savent réajuster le tire, ces bonnes âmes féministes. J’ose pas imaginer sans elles la course folle débridée des spermatozoïdes maudits. Ca-tas-tro-phe.

  2. ysengrimus a dit:

    Merci Denis Green pour cet exemple, appliqué et concret, de l’androhystérie justement décrite et dénoncée ici…

  3. Belz a dit:

    Vous vivez dans le passé, M. Ysengrimus. Vous êtes dépassé par les événements. Les hommes d’aujourd’hui n’adhèrent plus à ce discours défaitiste et vieillot.

  4. ysengrimus a dit:

    Vous seriez le dernier québécois? S’il le faut, je serai le dernier homme féministe (il n’y a RIEN de défaitiste là-dedans). Si l’air du temps est faux, il est inacceptable de s’aligner pour autant et de meugler avec les bouvillons du troupeau…. Nous nous entendons au moins là dessus…

    Mais… mes fils partagent mon opinion au fait. Ils sont nés en 1990 et 1993…

  5. jeffqc a dit:

    je ne banderais jamais sur une grosse pas belle désolé. tout les feminazi du monde ne réussirons pas à me convaincre qu’un femme qui ressemble à un homme c’est cute..

  6. Boris Nikto a dit:

    Tout le monde connaît le terme d’acharnement thérapeutique, eh bien il semblerait qu’il existe aussi de l’acharnement macho-masculiniste. Pas contents de sévir sur les blogues de cyberpresse, les vrais «mâles» poursuivent leur dénigrement même ici. Je ne crois pas que «nous vivions dans le passé», bien au contraire, nous sommes ancrés dans le présent. Ceux qui vous accusent par contre sont directement issus du néenderthal et ils n’attendent que le moment propice pour assommer une belle et la traîner de force dans leur caverne.

    Quant à Jeffqc qui ne «banderait» pas sur «une grosse pas belle», pourrais-je lui conseiller de se regarder dans le miroir? Qu’y voit-il? Brad Pitt? Tom Cruise? Adonis en personne? S’il est difficile de résister au plaisir d’admirer une jolie femme, il faudrait peut-être comprendre qu’au terme «jolie» ne s’associe pas automatiquement le nom «Angelina» : la sensualité d’une femme ne se mesure pas au canon du moment. Enfin, passons aux choses plus sérieuses.

    Ce petit détour par votre blogue, cher Ysengrimus, a pour seul but de vous encourager et de vous féliciter. Je vous trouve un courage du tonnerre pour affronter autant de bêtises et mièvreries. Puis, un coup de chapeau à la qualité de vos textes et à l’intelligence, de tête et de cœur, qui s’en dégage. C’est un rare alliage chez un homme.

    Enfin, soyez assuré de mon appui indéfectible et, de grâce, continuez de vous faire entendre.

  7. ysengrimus a dit:

    Grand merci, Boris. Je suis très touché par vos encouragements.

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