Le Carnet d'Ysengrimus

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  • Paul Laurendeau

  • Intendance

La théocratie implicite américaine

Posted by Ysengrimus le 29 avril 2008

Les américains tendent à fusionner théocratisme et patriotisme. Ils ont Dieu de leur bord, comme le disais autrefois Bob Dylan.

Un beau jour, les américains cesseront de se comporter comme s’ils vivaient sous une théocratie implicite leur allouant tacitement et comme magiquement ce monopole moral parfaitement usurpé dont ils se croient tant les dépositaires exclusifs face au reste du monde. Seulement alors comprendront-ils vraiment la politique et corrolairement l’impact terrible et tangible de leur pays sur les multiples vallées de larmes bien réelles de ce susdit vaste monde mystifié. Sauf que, pour le moment, la politique étrangère américaine est un angélisme meurtrier et un manichéisme infantile. Dans leur ignorance complète du terrain, ils font l’erreur impardonnable de croire à leur propre propagande de pasteurs pour alcooliques en sursis. Donner les commandes du monde à des ignares ethnocentristes de ce baril, c’est lui, le grand danger géopolitique de l’heure. Mais cela commence à flancher sérieusement. Toute la crise de la droite religieuse américaine est synthétisée sur le théâtre des pays que les USA occupent. C’est que même le petit peuple de droite bon teint est fortement indisposé par le flafla des folliculaires propagandistes des oligarches US. La morale cucul de droite n’est somme toute pas très impressionnée par le mensonge, le tripotage et les combines. Or là en plus c’est meurtrier, sordide et les théolâtres mentent en pleine face de leurs petits commettants. Tous les mensonges, toutes les magouilles de l’administration américaine palpitent dans la blessure belliciste comme une migraine longue et lancinante. Tout le paradoxe moral de ces gogos qui veulent contrôler les chambres à coucher s’étale sous le nez des petits saints besogneux qui leur faisaient jadis tant confiance. Ça ne marche plus, ne vend plus, ne colle plus. Il y a une saturation. Le monopole de la sainteté est fissuré comme une vieille outre gangrenée.

Qui plus est, on n’en peut plus que les américains tendent à fusionner théocratisme et patriotisme. Ils ont Dieu de leur bord, comme le disais autrefois Bob Dylan. La question devrait donct être: les américains sont-ils prêts pour un nouveau regard critique face au patriotisme? Les américains sont-ils prêt pour (et conséquemment méritent-ils enfin) un président qui remplace la docilité cocardière vidée de son idéal par une vision lucide de la place de l’Amérique dans le monde? Les américains sont-ils capables d’accéder à la distinction entre patriotisme et impérialisme que cherche à insuffler la reflexion politique actuelle dans leur conscience? La caricature patriotarde et la hideur de ses marionnettistes accède-t-elle enfin à la conscience des américains de par le nouvel ordre du monde? Sont-ils mûrs pour ce rendez-vous autocritique auquel les aurait par exemple convié un Barack Obama (similaire mutadis mutandis à celui auquel Gorbachev avait convoqué les soviétiques circa 1985-1990)? Le New Deal patriotique d’Obama est-il en selle? Obama est-il assez convainquant pour réformer le patriotisme américain et leur faire piger qu’aimer son pays c’est voir au bien être de ses citoyens, pas à la promotion de ses détrousseurs meurtriers enveloppés dans le fanion et enrobés dans la tartuffade patriote de droit divin? Tous les indicateurs le montrent. L’Amérique est un empire en déclin. Et, personnellement, Je suis 100% pour ce "déclin". Londres est une ville bien plus agréable depuis qu’elle n’est plus la capitale d’un empire. Le déclin de l’empire ce n’est pas le déclin de l’Amérique, seulement d’une meute d’oligarches qui se sert de la société civile comme d’un paravent en dilapidant les ressources dans des guerres pharaoniques et ineptes. Quand l’empire est devenu nuisible pour tous, incluant les impériaux, c’est qu’il est plus que temps que tout cela vire de bord.

La théocratie implicite américaine, ça suffit. Ça va faire. Ça ira. Basta. Y en a marre. Écoeurement. Saturation. Surdose. Dans une république laïque, les décisions politiques des dirigeants sont indépendantes et séparées de leurs représentations religieuses privées. Quand Léonid Brejnev consultait des astrologues, tout le monde se payait sa poire et à raison. J’en pense autant de nos dirigeants qui niaisent à la messe, à la mosquée, à la synagogue, au temple, quel qu’il soit. Je n’ai absolument aucun respect pour quoi que ce soit qui sorte de ce tonneau là et le fait que qui que ce soit, personnage public ou personne privée, doive déclarer sa religion comme on présente patte blanche me parait aussi fallacieux et hors sujet que s’il devait déclarer la marque de sauce tomate qu’il met sur ses nouilles les soirs pluvieux.

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Paru aussi (en version remaniée) dans Les 7 du Québec

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Une Réponse to “La théocratie implicite américaine”

  1. ysengrimus said

    Sur l’étroitesse intellectuelle américaine, il nous reste toujours, de l’époque Bush, cette boutade:

    1955. Einstein se présente aux portes du paradis. «Laissez-moi entrer. J’ai révolutionné notre compréhension de l’univers physique. Je suis un bienfaiteur de l’humanité.»
    Saint Pierre: «Il va falloir vous prouver…»
    Un tableau noir apparaît à côté d’Einstein. Celui-ci saisit la craie et démontre sa théorie de la relativité, comme en se jouant. Convaincu, Saint Pierre dit:
    «C’est bon. Vous êtes Einstein. Entrez.»

    1973. Picasso se présente aux portes du paradis. «Laissez-moi entrer. J’ai révolutionné notre compréhension de l’univers esthétique. Je suis un bienfaiteur de l’humanité.»
    Saint Pierre; « Il va falloir vous prouver, comme Einstein… »
    Le tableau noir se transforme alors en une toile. Picasso saisit les couleurs et gouache, comme en se jouant aussi, un compendium pictural original du Cubisme. Convaincu, Saint Pierre dit:
    «C’est bon. Vous êtes Picasso. Entrez.»

    20xx. George W. Bush se présente aux portes du paradis. «Laissez-moi entrer. J’ai révolutionné notre compréhension de l’univers politique, tant et tant qu’un afro-américain du parti adverse m’a succédé au pouvoir, comme en se jouant. Je suis un bienfaiteur de l’humanité»
    Saint Pierre: «Il va falloir vous prouver, comme Einstein et Picasso…»
    W: «C’est qui ça, Einstein et Picasso?»
    « C’est bon. Vous êtes George W. Bush. Entrez. »

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