Le Carnet d'Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

  • Paul Laurendeau

  • Intendance

Consommer du symbolique, c’est aussi de la consommation

Publié par Ysengrimus le 29 avril 2008

Il faut continuer de regarder attentivement ce que le consommateur consomme: de l’utilitaire ou du symbolique? Voiture: on peut soit la percevoir comme un objet utilitaire. On la veut alors solide, fiable, un peu carrée même, 2-chevauxesque, c’est en masse. On peut la percevoir comme un objet symbolique. On cherchera alors la meilleure affaire pour pouvoir tenir le char de l’année, parce qu’il y a les contraintes de la mode et des tendances. Vêtements: on peut les percevoir comme utilitaires. On les voudra chauds, solides, facilement réparables, commodes, même si un peu paysans. On peut les percevoir comme objets symboliques. Et ce sera alors la soumission aux déjeuners de soleil (les français désignent ainsi un beau vêtement qui ne dure pas) encore une fois de la mode. Consommer du symbolique, c’est aussi de la consommation, simplement elle joue socialement plutôt qu’individuellement. Et cette alternance utilitaire/symbolique variera non seulement avec les cultures mais avec les classes au sein d’une même culture. L’opposition québécois/français joue, encore une fois, à plein ici. Il faut en fait l’amplifier. Passons donc doucement de “québécois” à “nord-américain” dans notre analyse. C’est beaucoup plus juste, ethnologiquement, sur cette question, où nous sommes en fait plus continentaux que sur bien d’autres. Ce sera pour dire que je crois sincèrement que les observations sur l’euro-durable et l’américano-éphémère que l’on entend deci et delà s’appliquent en fait plus à la durabilité de l’échangeur Turcot et du transport en commun (les infrastructures lourdes, donc, où les Euros investissent beaucoup plus sérieusement que les Américanos sur le long terme) qu’aux produits de consommation légers et éphémères. IKEA est après tout une entreprise européenne… et se faire arnaquer avec un cossin joli et subtil mais qui casse ou déchire plus tôt que prévu sans garantie, c’est aussi une aventure typiquement européenne… Ce n’est pas qu’ils aiment le fragile et nous le costaud ou le contraire. C’est, plus simplement, que nous ne consommons pas les mêmes symboles…

Captivante, dans cette réflexion est aussi la relation que nos cultures établissent à l’objet gratuit. L’objet gratuit surprend, déroute. On cherche le truc, chacun dans son angle. La culture nord-américaine chaparde l’objet gratuit, car elle croit effectivement en sa valeur et fonce ouvertement vers le profit du moment. La culture européenne se méfie de l’objet gratuit, car elle est frileuse de son rapport à l’éphémère et appréhende plus profondément le jugement stigmatisant des pairs. L’artiste britannique qui a installé récemment des balancines dans des abribus londoniens s’en est avisé fort cocassement. Il croyait investiguer notre rapport à l’enfance, il analysait en fait notre rapport à la consommation de l’objet gratuit et à la charge symbolique s’en dégageant pour nous, face aux observateurs citadins qui nous jugent toujours comme consommateurs…

.

.

.

About these ads

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

 
Suivre

Recevez les nouvelles publications par mail.

Joignez-vous à 147 followers