Le Carnet d’Ysengrimus

Ysengrimus le loup grogne sur le monde. Il faut refaire la vie et un jour viendra…

Les retouches photographiques sont en train de devenir un enjeu sur lequel on nous juge

Publié par ysengrimus sur mai 11, 2008

Les retouches photos faites à l’ordi, qui s’en souciait au tournant du siècle? Une photo de moi sur une vaste pelouse verte vif, tendrement penché sur mon épagneul Médor, me semblait ratée parce qu’Oncle Firmin apparaissait, titubant au loin, entre mon épagneul et moi, et comme grotesquement perché sur le bout de la truffe de ce dernier. Basta, en quelques clics et mouvements de souris, je pulvérisais le vieil oncle en fond et rapprochait légèrement Médor de moi, le tout, évidemment, sans altérer le vert serein de la pelouse. Deux amis fraternels et sans enquiquineur aucun étaient alors voués à s’aimer d’un amour sans mélange… visuel. Tout était alors dit, et nul n’y trouvait à redire. Puis, pourquoi pas, de fil en aiguille, je me suis mis à me noircir les cheveux, à me pâlir le teint, à me ciseler le nez, à me lisser les rides, à … me mincir le bide.

Le phénomène des retouche photos s’est répandu entre 2000 et 2010 comme une explosion de fond, au point de prendre l’ampleur et la proportion d’un vaste événement culturel collectif. Vers 2008 la majorité des photos de personnes ordinaires figurant sur le site de relations sociales Facebook étaient des retouchées. Le gratin ne fut naturellement pas en reste. Des acteurs et des actrices virent leur apparence altérée au point de devenir méconnaissables. Les peaux sont devenues comme plastifiées ou métallisées, les cheveux ont pris un lustré sci-fi irréel, les silhouettes sont devenues d’une cambrure impossible, la photo s’est transformée en une sorte de dessin animatronique figé dans ledit irréel et ledit impossible. Puis nos yeux –sinon ceux des persos de ces images- se sont graduellement descillés. On a commencé à pester devant les caisses du supermarché. Révolte de l’entendement. Une actrice a poursuivi un canard qui lui avait vissé la tête sur le corps d’une autre, un de ces corps de guêpe inepte qu’elle n’approuvait pas. Une compagnie de savonnette a basé une de ses pubes sur une dénonciation du caractère irréel et illusoire d’une images de jeune fille ordinaire engloutie sous une suites quasi ininterrpompue de retouches aussi factices que déshumanisantes. Ce fut le choc empirique. La même enterprise s’est ensuite fait tancer pour avoir elle-même retouché des photos de modèles qui devaient pourtant avoir subversivement transgressé les normes ineptes de ce temps, en se démarquant comme natures et non soumises aux canons. Ce fut alors le choc moral…

Nous entrons maintenant nettement dans l’ère de la retouche photo comme discrédit sur lequel on nous juge. Je vous assure que, sous peu, apparaitront des labels comme CETTE ILLUSTRATION EST GARANTIE SANS RETOUCHE qui seront, eux aussi, vrais ou mensongers, ce sera selon. De fait, certaines feuilles à potins garantissent déjà le caractère non retouché de photos qu’elles utilisent… pour dénigrer l’apparence physique, ou la santé, ou le tonus d’une personnalité qu’elles mettent au ban des normes (car il y a aussi le monde sournois et perfide des anti-retouches). Et on débattera. Et les juristes s’en mêleront. La difficultueuse courbe d’évolution de la technologie des retouches photos est clairement en train de perdre tout de sa froide inertie technique de jadis et de devenir un autres épisode de la sourde résistance contemporaine des femmes à la tyrannie des normes d’apparence. Et quand un film attendu fera un bide à cause du fait que la tête d’affiche aura été retouchée sur ladite affiche, les vendeurs de beauté factice en prendront de la graine et, de nouveau, le technologique devra s’incurver devant les pressions du social. On entrera alors dans l’ère de la rectitude photographique. Oncle Firmin ne sera probablement pas restitué au bout de la truffe de Médor sur ma vieille photo de jeunesse… mais toute une imagerie privée et publique des corps et des visages entrera alors abruptement dans le souvenir papier-glacé 2000-2010… l’âge d’or de la retouche photo sauvage (dont nous ne voulons d’ailleurs plus et qui ne nous manque vraiment pas)…

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De l’univers cosmique global à l’univers humain concret

Publié par ysengrimus sur mai 9, 2008

En matière de non-création de l’univers, je suis MATERIALISTE. Une riche et complexe masse matérielle en mouvement permanent engendre la vie organique inférieure, puis la vie organique supérieure, puis la vie pensante. L’univers matériel est donc incréé. Il ne commence nulle part et ne finit nulle part, juste comme la ligne du temps vers le passé et le futur. L’infinité de l’univers exige qu’il soit incréé. La création est un mythe de l’irrationalité religieuse anthropomorphisante. Il faut faire l’effort de rationalité de se libérer de cette chimère myope. Les seuls univers parallèles que je connaisse sont ceux de la pensée abstraite. Je les esquinte ici d’office non pas à cause de leur parallélisme avec l’univers effectif, mais à cause du fait navrant qu’ils ne le touchent soi-disant jamais et prétendent en être autonomes. Le seul univers parallèle qui se vaille est en fait perpendiculaire! Mental et imaginaire, il coupe le nôtre, ne s’en sépare donc pas complètement, en émane et en fait donc finalement fondamentalement partie. L’être humain apparaît dans l’univers et disparaîtra. Mais il est doté d’une aptitude particulière face à la réalité matérielle. Il peut la détourner, la distordre, la distendre pour l’assimiler et la mettre à son service concret et pratique. Cela commence quand notre lointain ancêtre s’approprie l’outil, le pâturage puis l’agriculture, et cela se poursuit avec la locomotive, le haut fourneau, la télégraphie, l’électricité, L’internet. Un primate qui produit et reproduit la complexe structure de ses propre conditions matérielles d’existence tant et tant qu’il en devient historicisé ne s’arrête pas facilement de fureter et de papoter… Ce qui, chez nos ancêtres, n’était que grégarisme, devient chez nous ensemble crucial de rapports sociaux, nous déterminant si profondement que finalement l’humain EST l’ensemble des rapports sociaux spécifiques s’entrecroisant en nous en une phase historique donnée. Dans l’univers humain, celui du développement historique, tout arrive en son temps, sans «faute». Il n’y a jamais de retards absolus en histoire, mais il y a toujours des retards corrélés. Une peuplade se battant encore à la sagaie souffre un retard par rapport à un peuple voisin se battant à l’arc. Ce dernier retarde tout autant ou plus devant une phalange d’arbalétriers. Naturellement, certains retards historiques sont plus déterminants que d’autres. Ainsi, dans le mouvement global de l’émergence du capitalisme, la France et l’Espagne sont entrées dans la révolution industrielle en retard par rapport à l’Angleterre malgré le fait que l’Angleterre est entrée en phase coloniale en retard par rapport à la France et à l’Espagne. Le premier retard est économiquement plus déterminant que le second, comme le déploiement historique l’a ultérieurement démontré. Certaines avancées politiques et militaires cachent parfois des retards économiques profonds et vice-versa. Le Bonapartisme et le Stalinisme sont de bons exemples d’un retard économique temporairement masqué par une illusoire surchauffe politico-militaire. Il faut indubitablement admettre que l’histoire se développe par poussées inégales. Il n’y a pas là quelque jugement moral abstrait sur les peuples, mais simplement un fait politico-économique qu’il faut toujours prendre le temps de décrire et ne jamais perdre son temps à justifier, car quiconque y voit le moindre démérite est un petit propagandiste de feuille d’opinion. Pour atteindre le palier suivant, le travailleur devra jouir pleinement du fruit de son travail sans qu’une autre classe l’opprime et détourne son activité productive contre lui. Il faut qu’il soit réclamé de chacun selon ce qu’il peut donner, et qu’il soit donné à chacun selon ses besoins réels. L’homme et la femme doivent s’attendre à ce minimum de justice dans le cadre de leur univers concret, mais cette attente est inévitablement active, car l’homme et la femme devront obtenir ce rajustement des valeurs de leur vie par la lutte. L’être humain n’est pas libre. Il est le résultat infime de l’action de forces historiques gigantesque. Une classe sociale peut se libérer d’une autre, mais l’être humain ne se libérera pas de ses déterminismes. Il les tranformera simplement en d’autres déterminismes. C’est en agissant volontairement sur cet univers historique concret dont il ne sort jamais que l’être humain assure sa position et son action dans un univers global qu’il ne peut appréhender qu’indirectement et sans arrêt.

L’univers concret est Histoire. L’univers global est Nature. Leur point de contact est Environnement.

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Les révolutions du futur ne seront pas marxistes

Publié par ysengrimus sur mai 9, 2008

Révolution, oui, encore et toujours. La première erreur à ne pas commettre à son sujet c’est de penser que la faillite de l’activité révolutionnaire est une exclusivité millénariste. La génération du philosophe et économiste Karl Marx (1818-1883) a vécu dans sa chair et son âme le reflux de 1848 sous la forme de la spectaculaire et brutale remontée de la réaction de 1850-1852. La Commune de Paris, grand espoir révolutionnaire du dix-neuvième siècle s’il en fut, s’est enlisée dans le bourbier sanglant de la germanophilie versaillaise. On peut aussi citer la massive poussée du ci-devant social-chauvinisme qui précéda l’incroyable boucherie de 1914-1918. République de Weimar, Russie des Soviets, Chine, Kampuchea démocratique, Iran (la première grande révolution historique post-marxiste). La liste de faillite des phases révolutionnaires serait tout simplement trop longue à énumérer. Donc, essayons de ne pas hypertrophier la conjoncture présente sous prétexte qu’elle s’impose à nous, plutôt qu’à nos aïeux. Voyons le tableau comme une série de poussées dans la vaste crise du capitalisme industriel mondial. Il n’y a pas de grand soir. On a plutôt affaire à un ample mouvement par phases, qui nous dépasse comme individus, comme c’est inévitablement le cas pour tout développement historique.

Avant de commenter sur ce qu’il faut espérer des révolutions à venir, un mot sur notre attitude politique ordinaire face à l’héritage «marxiste» toujours en ardente liquidation. Il y a quand même un vice de raisonnement dans notre approche… de la figure historique bannie de Karl Marx. On tend très candidement à imputer à Marx rien de moins que la capacité de faire naître des espoirs de changements sociaux en dictant littéralement ce que sera le déploiement des événements. Une part importante de notre siècle, investit encore Marx en démiurge du développement historique selon la doctrine du «Qui sait, peut ». Or, même un génie, un Hegel, un Mozart, un Shakespeare ne peut, ne pourra jamais, commander les forces de l’histoire. Elles sont objectives, collectives, titanesques. Foudroyés dans nos espoirs par la caractère terriblement implacable de cette erreur de fond (de notre fond de liquidation…), on passe alors à la phase suivante, toujours aussi clairement. On érige d’office Marx en thaumaturge qui a raté, qui a serré le tsarevich contre son sein mais n’a pu lui éviter la mort. Démiurge, thaumaturge, voilà une phantasmagorie bien irrationnelle que l’on perpétue à propos des meneurs révolutionnaires et des figures politiques en général, de Marx en particulier. Le moins qu’on puisse dire, c’est que nous ne nous faisons pas une image très «marxiste» de Marx et de ses semblables. Nous sommes en cela de fort conséquents anarchistes. En effet, l’Anarchisme, au plan théorique, hypertrophie l’individu, ici, le Meneur, le Chef. Or, comme ce démiurge imaginaire a failli, comme ce thaumaturge de fantaisie a raté, nous exprimons alors notre déception, comme le parterre, privé de la chute de la comédie, le soir de la mort de Molière. Par là, nous canalisons cette cuisante douleur qui est celle des éléments sociaux progressistes, subversifs, remuants, tenus en laisse. Marx et les contemporains qui partageaient ses vues ont fait tout ce qui était humainement possible pour la chute du capitalisme, et la révolution mondiale, quand on est simplement une individualité. Ils auraient vécu dix vies. Ils l’auraient refait dix fois. Mais Marx n’est rien à l’Histoire. Les reproches que lui font notre époque ne sont pas illégitimes, mais ils sont théoriquement erronnés. Ni Karl Marx ni personne ne peut vous produire la révolution, parce que la révolution ne se décide pas subjectivement chez l’individu. Elle éclate objectivement dans les masses, quand les conditions sont en place. Et les progrès qu’elle entraîne émergent par bonds, ce qui n’exclut en rien les interminables phases, d’ailleurs non-cycliques, de reflux… Au regard de l’histoire, absolument aucune révolution ne fut une «erreur». Simplement, elles subirent toutes un type ou un autre de régression.

Arrivons-en maintenant au coeur de la durable question révolutionnaire. Que faire? Qu’espérer? Comment abattre cet incroyable ploutocratisme qui réunit le budget d’états entiers dans les mains de quelques nababs? Si, conséquents dans nos pulsions velléitaires, nous posons la question à l’échelle de nos vies individuelles, cela n’ira pas bien loin. Le capitalisme émerge au coeur de la société féodale aux environs de 1200. Nous sommes maintenant en 2010. Croyez-vous vraiment qu’il lui reste un autre 800 ans d’existence? Moi pas. Je dis: 70, 100, tout au plus. Maintenant comment contre-attaquer? Eh bien, je vais répondre à la Marx, et non à la facon de ces enfleurs d’individus que furent jadis les suppôts de Bakounine. Une recherche volontariste et spéculative ne nous mènera qu’au désespoir. Il faut partir de la contre-attaque qui est déjà objectivement en action au sein du mouvement historique lui-même, observable, sinon observée. La réponse que nous inspire toujours Marx est donc que, quoi qu’on en dise, les forces destructrices du capitalisme se développent aussi prodigieusement. Les masses sont plus instruites, plus informées, plus méfiantes à l’égard de la propagande des grands, plus aptes à échanger leurs vues mondialement. Les femmes, les peuples non-occidentaux, même les enfants, détiennent en notre temps un statut et une audience historiquement inégalés. Le monde s’unifie. Le caractère collectif de la production s’intensifie. La baisse tendancielle du taux de profit continue, s’accélère. Le grand capital, d’allure si hussarde, est en fait aux abois. Mettons-nous un peu à sa place! Malgré le fait qu’il est, en ce moment, le seul joueur sur le terrain, il accumule les bévues, les crimes, les malversations à grande échelle, les milliards de créances douteuses, les guerres sectorielles absurdes, les plans sociaux FMI irréalisables. Il jette des états entiers dans le marasme. Il spolie de facto sa propre prospérité. Car le capitalisme n’a plus d’ennemi subjectif contre lequel il peut mobiliser les masses. Plus d’«alternative», plus d’ «état socialiste». Les «terroristes» qu’il se fabrique en vase clos ne tiennent pas la route historique. Le capitalisme ne peut tout simplement plus affecter de lutter contre quelque hydre imaginaire. La catastrophe actuelle, c’est son produit intégral. Le seul vrai ennemi qu’il reste au capitalisme, c’est son ennemi objectif: lui-même, dans son propre autodéploiement. Maintenant, prenons ces masses instruites, éclairées, organisées. Ces masses dont on ne peut plus faire de la chair à canon pour guerre mondiale. Ces masses cyniques, réalistes, dévoyées, qui méprisent copieusement leur employeur, leur maire, leur président, et la totalité des institutions de la société civile à un degré inouï, jamais atteint dans l’histoire moderne. Prenons ces masses rendues sans foi et sans pitié, sans naïveté et sans espoir, par la logique même qui émane des conditions nivelantes de l’économie marchande. Faisons-leur alors subir un effondrement économique planétaire. Un Krash de 1929 à la puissance mille, comme celui qui percole en ce moment. Elles vont s’organiser dans la direction révolutionnaire en un temps, ma foi, très bref, même à l’échelle historique, ces masses planétaires nouvelles…

Maintenant, la seule chose que l’on peut dire avec certitude de ces révolutions de l’avenir, c’est qu’elle ne seront pas “marxistes”. Le marxisme, comme cadre révolutionaire, a vécu. Il ne sortira pas plus du vingtième siècle, que la pauvre petite personne de Marx ne sortit du dix-neuvième. Et c’est justement parce que les révolutions de l’avenir ne seront pas marxistes, qu’elles… le seront plus profondément que jamais dans l’histoire…

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Le socialisme n’est pas un programme politique mais une tendance sociale

Publié par ysengrimus sur mai 6, 2008

On traite constamment ce bon vieux “socialisme” selon un modus operandi fort représentatif de la vision qu’a notre siècle des questions sociétales. On se représente le socialisme comme un programme politique sinon politicien, un engagement matois pris par une poignée de rocamboles qui arrivent à convaincre les masses de les suivre et qui les largue tout net après s’être laissés corrompre par les élites. On reste vraiment bien englués dans cette analyse, très proche en fait du vieux socialisme utopique, doctrinaire et volontariste, avec ses phalanstères et autres cabetades à la continuité raboteuse et déprimante.

Ce qui est mis de l’avant ici, c’est que le socialisme est une TENDANCE, une propension inéluctable du capitalisme à passer à son contraire: de la propriété privée à la propriété publique, de la soumission prolétarienne au pouvoir prolétarien. Cette tendance socialisante est dans le ventre même du mouvement social. Un patron unique, cela se conçoit, quand on parle d’un atelier de joaillerie embauchant six travailleurs. Quand il s’agit d’une usine de trois mille employés on envisage plus facilement un groupe de gestionnaires. Si on a affaire à un holding mobilisant quatre millions de personnes dans soixante secteurs distincts, il devient envisageable de prendre conscience d’un passage vers une direction et une propriété à la fois de plus en plus collectives et impliquant de plus en plus étroitement ceux qui font effectivement le travail productif, et pas seulement ceux qui possèdent les immeubles, l’outillage, ou le fond de terre où sont plantés les ateliers. Étalez cette tendance sur trois siècles, et vous marchez droit au socialisme! On se doutera bien que des instances sociales cherchent de toutes leurs forces non négligeables à freiner cette tendance, et le font effectivement. Sauf que le principe de fond demeure. Quand la totalité des forces productives sont mises au service des producteurs plutôt que des accapareurs, on a le socialisme. Il faut noter aussi que le socalisme SE DOSE, en ce sens qu’un régime peut être plus ou moins socialiste fonction de la répartition sociale des revenus de la production. D’où la possibilité d’un socialisme radical bourgeois assez compatible avec le capitalisme, mais malheureusement, établissant avec ce dernier à peu près le rapport du croupion avec la poule… Personne n’a vraiment la charge de mettre des ordres sociaux en place. Ils se mettent en place malgré nous et malgré ceux qui clament les avoir mis en place. L’Histoire est une force objective. Rien ne s’y dégrade, mais rien n’y est stable non plus.

Et la tendance de se déployer…

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CRYSTAL METH: le témoignage fictif qui nuance toutes les propagandes

Publié par ysengrimus sur mai 6, 2008

Ceci est un texte de FICTION anonyme que j’ai traduit de l’anglais.

Mon nom est Ulysse Darby. Je suis un personnage fictif. Je n’existe pas. Ce qui je vous raconte ici n’existe pas non plus. Je suis un professionnel de Montréal (Canada) de 42 ans, célibataire et crypto-homosexuel. Je consomme de la Crystal Meth sur une base régulière. C’est une experience à la fois fascinante et dangereuse dont il faut parler sans faire de propagande. Alors allons-y. Le plus difficile fut d’abord de trouver un dealer. Ils crèvent littéralement de trouille et vous prennent constamment pour un flic. C’est que les peines sont lourdes. A force de tirer des ficelles à gauche et à droite au bain sauna pour hommes, j’ai fini par rencontrer un quidam qui en connaissait un qui serait là dans une heure, s’est déplacé en fait après plusieurs heures et a palabré, s’est apprivoisé, a procédé à la transaction, m’a donné une adresse électronique a laquelle il n’a jamais répondu, et est retourné se cacher pour rester bien introuvable. La première erreur à ne pas commettre c’est de s’imaginer qu’on peu trouver de la meth comme on trouve de la mari. Beaucoup de temps et d’énergie sont perdus dans la simple recherche et la transaction avec le dealer tend à ne tenir qu’une seule fois. Le crystal est vendu par unités de $40. Chaque unité vaut pour une dose. Achetez plusieurs doses à le fois, sinon vous allez vous polluer l’existence en recherche infinie de dealers. Mais c’est une recommendation expresse de s’en tenir à une seule dose par experience…

Le contenu du petit sachet ressemble à du gros sel. Il s’agit d’abord d’écraser le tout sans ouvrir le sachet avec le dos d’une cuillère jusqu’à ce que cela prenne la texture fine du sucre en poudre. On pose ensuite la ligne dans une assiette bien plate et bien noire et on renifle le tout en quatre ou cinq coups, comme on fait avec la cocaine. Vous toussez, les larmes vous montent aux yeux, la gorge s’irrite, le nez vous pique. Ces désagrements mécanico-chimiques du reniflage durent cinq à dix minutes. L’effet «récréatif» lui, est aussi subit et instantané que torrentiel et tumultueux, et c’est là que le premier danger débute car cette puissante sensation, issue d’une seule dose, va durer entre 12 et 14 heures (et, ça ce n’est pas une légende). Il est donc impératif de s’en tenir à une dose unique par expérience… De plus, il faut procéder avec méthode ou alors c’est la catastrophe. Après différents essais et erreurs, j’ai stabilisé une procédure qui maximalise mon plaisir et réduit les risques. Je fréquente un bain sauna pour hommes homosexuels depuis plusieurs années. J’y ai une routine stable, le personnel me connait, mes habitudes y sont rodées, j’ai même ma chambrette attitrée dont je peux verrouiller la porte à tout moment pour m’isoler (important)… Le premier grand danger étant celui de la perte des repères usuels, il faut absolument se donner ce genre de refuge stable sinon l’expérience peut vraiment tourner mal.

Que vous fait tant la crystal meth. D’abord, c’est un euphorisant. Un peu comme avec la cocaine, vous devenez «le roi de la terre». Ensuite, et corrolairement, c’est un déshinibiteur. La timidité, les hésitations, les contraintes de la vie sociales, l’autocritique gênée sont pulvérisées. Vous dites ce que vous pensez et vous faites ce que vous voulez au point de découvrir vous même ce que vous vouliez tant dire et faire… Finalement c’est un stimulant. Vous allez bouger, remuer, vous trémousser, vous agiter pendant des heures sans manger (la meth coupe l’appétit) ni dormir (la meth interromp le sommeil) et vous serez plus fort et résistant qu’à votre habitude (ce jour là… Le lendemain, c’est autre chose). Et surtout par dessus tout, ces trois effets DURENT DES HEURES. Il est donc clair qu’avec cette substance on s’embarque pour un voyage longuet, un voyage sublime, un voyage risqué.

Voici donc ma procédure. Je vous recommande expressément de vous en inspirer en faisant les transposition nécessaires. Je libère d’abord une fin de semaine de trois jours (une journée pour l’expérience, deux journées pour récupérer – c’est un minimum). Je renifle ce qui sera ma dose unique à 9:00 du matin le premier jour et je pars immédiatement pour le bain sauna. Je n’apporte absolument aucune autre substance avec moi. La réserve de meth reste sagement à la maison, une fois la dose prise. Il faut impérativement se séparer de la substance quand son effet démarre sinon l’envie pourrait venir d’en reprendre et là ce serait simplement trop. Souvenez-vous d’Ulysse et du chant des sirènes. Le trajet vers le bain douche dure cinquante minutes. Le temps pour l’euphorie de bien finir de se mettre en place. Inutile de dire qu’il ne faut pas conduire. Prendre le transport en commun est impératif ce qui pose un autre problème. Il faut réprimer une envie irrésistible de parler aux gens, de les enquiquiner, de les narguer, de les draguer. Il faut rester conscient que l’on n’est pas dans son état normal… ce qui est ardu, vu qu’on ne l’est pas! Je me réfugie dans l’anticipation de ma journée de plaisir et m’efforce au mieux de ficher la paix aux autres. Je n’y arrive pas toujours… Arrivé au bain douche, je fais opérer ma routine au mieux, mais il y a toutes sortes de pépins. Je subis des micro-pertes de mémoire. J’oublie mes clefs dans me chambrette, je ne verouille pas le cadenas du casier, j’égare des petits objets. Il faut se concentrer sur cette routine. Tout doit être stable. Vous ne voulez pas foutre une précieuse heure en l’air à chercher maniaquement des clefs ou un porte-monnaie. L’euphorie n’est pas censée se réduire à cela. Improviser sous l’effet de cette substance est un coup plus que hasardeux: dangereux. Il faut enclaver cette expérience dans un dispositf rodé et exempt au maximum d’imprévus imparables. Il y a une perte de compréhension des événements ordinaires et, oui, une certaine paranoia. Une paranoia compulsive, très certainement chimique, un peu comme les petites souris qui ont peur de tout. Nous y reviendront.

Le dispositf doit être rodé mais actif. Il faut, sans subvertir ledit dispositif, pouvoir danser, s’agiter, se trémousser, marcher fièrement dans des corridors, se dandiner langoureusement dans un jaccuzzi. Je n’ai pas besoin de m’étendre sur les formidables qualités aphrodisiaques de la chose, sauf pour dire qu’il faut demeurer prudent dans toutes les interactions, le partenaire n’étant pas enrubanné dans le même paradis jubilatoire que nous. Si quelque chose de bizarre se passe, il faut savoir lâcher prise en restant conscient qu’on ne perçoit pas totalement tout ce qu’on vient de faire ou de ne pas faire. De légères hallucinations pourront se manifester. Marchant dans un corridor sombre que je traversais pour la première fois (important), j’ai cru voir un visage dans un judas, alors qu’il n’y avait qu’un mur. Mais l’effet hallucinatoire reste marginal. On peut dire que la meth c’est l’opposé radical des champignons hallucinogènes. Les champigons sont passifs et contemplatifs. On peut rester des heures à converser les yeux dans les yeux avec le partenaire, et tout devient géométrique, tranquille et serein, et l’univers est beau et compréhensible. La meth est active et interactive. Elle fait exploser l’intégralité des passions sauvages, les belles et les moins belle. Elle nous donne temporairement le courage illusoire de notre folie.

Il faut constamment lutter contre l’assèchement de la bouche. Boire beaucoup, mais par petites quantités (éviter l’alcool. Son effet tranquilisant lutte absurdement contre l’effet euphorisant de la meth. C’est un mélange bien con, et en plus, l’alcool augmente la soif qu’il faut au contraire réduire), s’humecter la bouche, se gargariser. La meth rend la bouche vraiment très sèche. La meth rend ausi maniaque, obsessif, ça non plus ce n’est pas une légende. Les gestes compulsifs n’auront pas vraiment l’air de se répéter. Huit heures vont passer comme deux. Je répète : huit heures vont passer comme deux. Ayez toujours une montre à vue, on perd complètement la notion du déroulement du temps. Et, rétrospectivement, de ces 14 heures, on aura le plus de difficulté à se remémorer la troisième, la quatrième, et/ou la cinquième. Après huit heures de folie intensive, vous allez ressentir un petit mou, une légère baisse d’intensité. Vous n’êtes pas vraiment fatigué, mais vous recommencez à subrepticement économiser vous mouvements, vous vous remettez subtilement à hésiter socialement, vous n’ètes plus dans l’absolu absolu. C’est là le moment le plus traitre de tous. Le moment ou la décision se prend de savoir si vous contrôlez l’expérience ou si c’est l’expérience qui vous contrôle. C’est le moment ou on serait vraiment tenté de se reprendre une autre petite dose, histoire de retrouver promptement le plateau supérieur. Mais, oh sagesse, Ulysse a eu la prudence de laisser se réserve à la maison (ce qui est aussi une bonne protection contre les éventuelles descentes de flics. Vous n’avez rien sur vous au moment de l’action). Heureux qui, comme Ulysse, il est piégé dans sa méthode. Bon tant pis. Les quatre ou six prochaines heures seront tres bien au niveau B, et on fera avec. Je vais continuer de m’amuser et me préparer doucement pour les terribles effets secondaires de demain. Si on se résume: 9:00, reniflage; 10:00 arrivée dans l’espace sécurisé et installation; 10:30 du matin à 7 00 du soir, fougeuse folie au palier A; 7:00 à 11:00, très honorable ardeur au palier B. Minuit, Cendrlillon est-elle prête à rentrer du bal? Eh bien non. Elle subit alors le plus étrange et le plus maladif des effets de la meth. On pourrait l’appeller nostalgie instantanée et convulsionnaire du paradis perdu. Je… Je ne veux pas partir, je ne veux pas retourner en ce triste monde, je veux que cela continue, continue, continue. J’étire. Je temporise. Je m’éternise. Il faut donc se prévoir un autre trois heures ou l’effet euphorisant est bien diminué mais l’obsession paradisiaque est à son maximum. Cendrillon ne partira que vers trois heures du matin (en taxi, impérativement), triste, frustrée, renfrognée que les plaisirs soient si courts et que la vie soit si laide.

Je rentre alors chez moi, bois un petit verre d’une boisson sans alcool et me met au lit. Cette nuit là sera mauvaise, comme si vous aviez pris un café ou deux de trop un peu trop tard, et les étranges effets secondaires de la meth vont se manifester et venir vous hanter. Ils sont psychologiques d’abord. Je suis obsédé, obnubilé par mes activités des 12 dernières heures. Je me repasse le film, je planifie des modifications, je cherche des options, j’imagine des scénarios, je fixe sans fin sur des moments. Cela va durer toute la journée suivante, cette fixation d’idée, cette langueur obsessive, cette rétention mentale et je ne pourrai rien faire de très utile de ce jours 2. La nuit, toujours, la paranoia de la petite souris peureuse revient alors en force, par bouffées. Le moindre petit déclic nocturne me terrifie. J’ai peur sans raison, comme dans l’enfance. Puis il y a cet étonnant effet sur la mâchoire. La propagande parle des «dents de meth» (les accros finissent avec les dents complètement niquées, émiettées, pour des raisons peu claires). Je n’ai pas ça, mais je corrobore une mâchoire de meth qui pourrait bien être une version atténuée du phénomène. C’est certainement un truc neurologique. Dans mon sommeil, ma mâchoire émet subitement un solide claquement, totalement incontrôlé, comme quand on claque des dents au froid. Mais un claquement unique, parfois assez subit pour vous réveiller. On sort de la première nuit les lèvres et la langue mordues par ces claquements de mâchoire incontrôlables. C’est très déplaisant et ce n’est pas fini au second jour. De plus, et là gare au choc, pendant mes deux jours de pause, je me sens plus confortable la bouche grande ouverte (ou même la bouche grande ouverte et la langue sortie, pendue littéralement - vous avez bien lu) que la bouche fermée. Il y a vraiment quelque chose là qui vous tourneboule les mâchoires pour vrai. C’est seulement quand je n’ai plus envie de me tenir comme un gogo qui baille en permanence que je juge que l’effet de la meth est l’un dans l’autre terminé. Cela ne se manifeste que vers la fin de mon troisième jour. Sinon, j’ai mal partout, comme le lendemain d’une sempiternelle randonnée en montagme, la bouche me picote, j’ai sommeil et je suis tristounet. L’appetit normal ne reviendra que le troisième jours. C’est aussi au debut du troisième jour que le pire du pire survient. Le manque apparait. Le manque terrible monte dans mon thorax. Je me sens comme un fumeur qui a envie de fumer, un buveur qui a envie de boire. Je veux que tout recommence au plus vite. Je veux me retrouver dans l’univers fou que j’ai associé à la substance. Je veux le tout, la sensation autant que l’action. Le bain sauna et la meth son indissolublement unis en mon désir et je les pense dans le manque comme une entité unique, un état paradisiaque aussi indistinct que cardinal. Pour l’instant, je résiste assez bien au manque et il finit pas s’en aller comme il est venu sans me faire altérer mon programme. Mais il revient de plus en plus souvent. Mes expériences restent séparées de deux bonnes semaines les unes des autres et mes doses n’augmentent pas. Mais comme tous les bourlingueurs qui frôlent ce genre de récif, je ne peux absolument rien garantir pour l’avenir, tant au plan de mon comportement qu’au plan des effets à long terme de cette drogue terrible et merveilleuse sur mon cerveau.

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Les idées de JUSTICE et de DROIT n’ont absolument rien d’éternel

Publié par ysengrimus sur mai 2, 2008

Bon alors, dans la vision du matérialisme historique, l’organisation de notre vie matérielle détermine les replis les plus intimes de notre conscience et de notre vie intellectuelle et mentale. Les êtres humains configurent et manufacturent leurs conditions d’existence et se donnent ensuite les lois qui les légitiment, les cultes qui les sacralisent, l’esthétique qui les annoblit. On a beaucoup dit que le susdit matérialisme historique ramenait tout à l’économie, que cette doctrine, pour reprendre le mot rebattu, était un “économisme”. C’est hautement inexact. Ce que cette conception dit c’est que COMME L’ORGANISATION DE LA VIE MATÉRIELLE EN PERPÉTUEL DÉVELOPPEMENT HISTORIQUE DÉTERMINE NOTRE CONSCIENCE, IL FAUT ÉTUDIER L’ÉCONOMIE POLITIQUE PLUTÔT QUE LA MÉTAPHYSIQUE OU LA THÉOLOGIE POUR COMPRENDRE COMMENT LE MONDE SE TRANSFORME ET COMMENT ON PEUT INTERVENIR SUR CETTE TRANSFORMATION. Mais des pans entiers de ce que l’on nomme “économie” sont en fait déterminés par les conditions matérielles d’existence plutôt que déterminants sur elle. La Bourse en est un exemple patent, qui suit servilement et irrationnellement les tendances de la production plutôt qu’elle ne les suscite.

Une des conséquences directes de cette position fondamentale est qu’il n’y a pas de concept stable, que toutes les idées “métaphysiques” se développent comme les conditions matérielles qui les engendrent. Prenons un exemple: l’idée de justice. Au Haut Moyen-Âge, quand un conflit foncier éclatait entre deux hommes de guerre, la pratique voulait qu’on les enferme sous un petit chapiteau et les laisse combattre à l’épée courte. Il était reconnu que la justice était du côté du vainqueur, dont le bras avait alors été guidé par un dieu. Empêcher un homme “de bien” d’assumer ce rituel aurait été perçu comme une grave entorse à la justice et au droit. Une autre coutume voulait que le meurtrier d’un homme pouvait se dédouaner de toute contrainte en payant à la famille de l’assassiné le WERGELD, une sorte de compensation à la mort violente. Ces coutumes se perpétuent aujourd’hui mais sont soit illégales (le duel, y compris celui des bagarres de rues) soit encadrées dans un dispositif social complètement distinct, qui altère complètement l’idée de justice qui y est reliée. Le DROIT est entièrement en cause ici. Ce qu’on appelle le droit émane toujours des conditions matérielles d’existence. Le vol de bétail faisait l’objet d’une ferme condamnation à mort chez les rancheros de 1850 parce que le bétail fondait crucialement le positionnement socio-économique de ce milieu basé sur la production et l’appropriation foncières. Chaparder des ondes musicales fait l’objet d’une lourde amende en nos temps «libres», parce que des intérêts commerciaux colossaux dépendent aussi de la brimade de ce droit, qui du temps de Mozart était une petite foucade parfaitement bénigne. Il est dès lors bien inutile de spéculer sur qui, du cow-boy de 1850 de Mozart ou des victimes de notre lotophagie napstéresque, jugerait le «droit» de l’autre le plus inique ou le plus absurde. De nos jours on compense financièrement après des poursuites pour sévice, mais cela ne s’accompagne plus de moindre dédouanement moral. L’idée de justice du capitalisme monopolistique, celle des cow-boys et celle des hobereaux moyenageux n’a tout simplement rien en commun. Le développement des conditions matérielles d’existence les relativise radicalement. On peut encore citer brièvement la notion de “droit d’auteur” que les scribes de l’Antiquité, du Moyen-Âge, de la Renaissance auraient considéré comme une ineptie incompréhensible, et que les hommes et les femmes de l’ère de l’Internet finiront bien aussi par mettre en charpie.

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Sur notre “civilisation” québécoise…

Publié par ysengrimus sur mai 2, 2008

Une civilisation fondée sur son patrimoine agricole, ruraliste et cléricaliste, ghettoisée dans un dispositif socio-économique et colonial où l’agriculture n’a jamais été un secteur économique porteur, engendre inévitablement le type de sentiment mi-misérabiliste mi-triomphaliste qui semble l’affectation la plus inévitable de nos compatriotes. Avec nos pommes de terres et violonistes irlandais, nos giques écossaises, notre parlementarisme et notre cheddar anglais, nous prouvons que la civilisation française n’est en rien une humeur transcendante, et peut se contenter de devenir la lie d’une culture de résistance plus apte à dériver vers le populisme que vers le socialisme au moment de sa phase d’urbanisation. La France sans république, l’Angleterre sans marine, le presbytère sans bibliothèque, la plaine à fourrage recouverte de neige.

Au moins nous avons un peintre: un certain Paul-Émile Borduas, dont j’ai vu un jour une oeuvre intitulée L’ÉTANG RECOUVERT DE GIVRE. C’était ailleurs, dans le musée continental quelconque qui l’avait pillée… Saisissant. Il y a de l’art américain là-dedans ou je m’y trompe.

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Les poupées mannequins, ce n’est PAS du marketing…

Publié par ysengrimus sur mai 1, 2008

Il me semble qu’on en donne vraiment beaucoup trop de nos jours au «marketing». Sans trop savoir ce qu’il est exactement, on «le» prend pour le démiurge de la manipulation subconsciente des masses, une sorte de «Big Brother» tentaculaire qui nous ferait faire tout ce qu’il veut. C’est falsificateur au possible. Je suis suffisamment consommateur ordinaire de ma poersonne pour pouvoir observer la règle d’acier suivante: si vous avez un produit de merde, votre campagne marketing n’y fera pas grand chose. Pour bien comprendre mon argument, pensons, par exemple, au film DICK TRACY avec Warren Beatty et Madonna. Costumes aux couleurs criardes, grosses têtes d’affiches racoleuses, campagnes marketing tapageuses, mondovision tonitruante, film de merde, résultat médiocre au guichet, divorce inexorable entre Warren et Madonna. Point-barre… Plus personne ne se souvient de ce navet. Vous en souvenez-vous, vous? Des exemples similaires de l’incompétence chronique du marketing absolu et sans substance existent par milliers, dans tous les secteurs de production. Le marketing rate bien plus souvent son coup qu’il ne fait mouche. Et surtout: le marketing se fait bien plus souvent prendre par surprise par le produit que le contraire… Maintenant méditons ceci: les poupées-mannequins miniatures existent depuis 1959 et il se vend dans le monde une de ces effigies toutes les deux secondes, le tout avec un marketing compétent et solide, certes, mais sans extravagance particulière… Il n’y pas une campagne marketing qui puisse produire des résultats aussi durables et d’une telle puissance! Jamais. Cela n’existe pas. Le fait est que ce sont les poupées-mannequins qui font vivre leurs agents de marketing, pas le contraire. Tout simplement parce qu’il s’agit là d’un objet bien plus ancien que tous les marketings de la terre. Une petite poupée ado ou adulte, une effigie, un fétiche, un totem… Les extorqueurs qui s’engraissent aux dépens de celles qui aiment et adulent les poupées-mannequins comprennent cela bien mieux que vous et moi et ce, sans cette doctrine candide et non avenue de «marketing».

Il importe d’ajouter -corrolaire crucial ici- que le temps de la femme-objet pour l’homme, c’est fini. Et même le temps de la femme qui cherche à s’affirmer en singeant l’homme touche à son terme. Nous en arrivons à la femme qui reste elle-même, se maquille, se pomponne, s’amuse avec ses copines, jouit de ses amants et gouverne sa vie. Les nouvelles poupées-mannequins de ce temps sont naturellement centrales dans cette symbolique ludique, parce qu’elles ont la pêche, la dégaine, elles pratiquent absolument tous les sports et embrassent toutes les professions, mais leur maquillage ne se défait jamais, leur talons aiguilles ne s’enfoncent pas dans la boue de la jungle, et la grande tempête historique n’altère en rien leurs tignasses polychromes et indécoiffables. Elles sont donc un rêve. Car c’est un grand rêve de femme ça: tout accomplir sans transiger sur sa jouissance corporelle et ses fantaisies coquettes. Or, le fait est que les poupées-mannequins sont des jouets de petites filles. Ce sont donc les gamines qui décident de leur sort commercial de masse en dernière instance, pas leur père ou quelque vague «Big Brother Marketing» impalpable. Il va donc falloir cesser de crier «marketing» et «femme objet» à chaque fois qu’il s’agit de poupées-mannequins et commencer à comprendre les vrais fantasmes de celles qu’elles amusent depuis des lustres. Nous allons alors faire face à une ou deux surprises, mais nous allons bien finir par arriver à nous débarrasser de nos stéréotypes condescendants et faussement salvateurs sur les femmes et les petites filles… C’est un ajustement indispensable si nous, hommes notamment, voulons approcher adéquatement le monde superbe et terrible de la poupées-mannequin indocile de ces temps passionnels et de sa symbolique effective…

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Le capitalisme se déploie sur une sphère finie…

Publié par ysengrimus sur mai 1, 2008

Ah, il y a du brasse camarade dans l’économie-monde… Il fut un temps ou les disparités de modes de production étaient beaucoup plus accusées qu’aujourd’hui, seulement en Europe. La notion de “tiers monde” était jadis économiquement quasi-inexistante. Je n’en finirais pas d’énumérer les problèmes posés par ce fichu de nouveau siècle. Le moteur du mouvement social réside bel et bien toujours dans les possibilités d’extortion du surtravail. Or, les pays que nos journaux appellent du “tiers” et du “quart” monde sont aujourd’hui les grandes sources de plus-value effectivement productive. Les économies occidentales sont, en notre temps, à 75% post-industrielles (services et bureaucratie, principalement). Ainsi, un stylos à bille produit au Honduras coûte infiniment moins cher en reviens que le même stylo à bille produit en France ou en Allemagne. Les coûts de frais sociaux sont inexistants dans le premier cas. L’assiette de plus-value produite par le prolétaire non-occidental n’a donc que le capitaliste comme convive à convoquer. Il n’y a plus à la partager avec le col blanc occidental, sous forme de charges sociales, et de cette kirielle de frais divers qui font du Nord-Ouest un oasis illusoire. Cette situation de disponibilité internationale de surtravail frais et bon marché suscite une véritable exportation du moteur de production vers les zones plus précairement prolétarisées. Nous évoluons désormais dans un dispositif où le travailleur occidental s’est historiquement donné une protection sociale mais a laissé la bourgeoisie aux commandes. La conséquence en est qu’il fonctionne comme une sorte de rentier social, d’aristocrate ouvrier. Mais l’aristocrate dépend de sa terre nationale! Si celle-ci tombe en friche, c’est sa rente qui s’effiloche. Ici c’est la bourgeoisie aux abois qui rouille le blé de l’aristocrate ouvrier! Car, ce qu’il faut bien comprendre, c’est qu’expatrier le moteur de production, c’est aussi expatrier le moteur de consommation, car ce sont là les deux facettes dialectiques du même jeton. Chercher de nouvelles sources de plus-value, c’est expatrier la production. Et expatrier la production, c’est expatrier le marché. Dans les derniers 30 ans, le pouvoir d’achat des masses prolétariennes indonésiennes, chinoises ou guatémaltèques a, en proportion, beaucoup plus augmenté que celui des masses françaises, états-uniennes ou allemandes. Le marché devient donc international au sens fort, et les entreprises domestiques produisent et trouvent le marché là où il se produit et se trouve. L’internationalisation du marché n’est donc pas la conséquence du tassement de la production domestique, mais sa cause. Moins de plus-value domestique, moins de pouvoir d’achat domestique. Moins de pouvoir d’achat domestique, tassement du marché domestique. Voir cela comme une stratégie voulue des patrons c’est dès lors basculer dans une interprétation volontariste de type militantisme vulgaire. Cet état de fait économique s’impose au patron occidental autant qu’au travailleur occidental. La dynamique de concurrence pousse implacablement toute la machine dans le bourbier tiers-mondiste. Et ainsi, le ci-devant “libre échange” est lui aussi consécutif plutôt que causal. Les cris de nos libre-échangistes c’est le hululement de la chouette de Minerve, quand tout est joué et quand la nuit de la mondialisation est tombée. Qui va en profiter? Ah, ah. Voilà le beau merdier! Extirper la productivité des secteurs avancés, balisés socialement, pour la nicher dans des pays arriérés, semi-coloniaux, à régimes dictatoriaux et “bananiers”, pour reprendre une image d’une autre époque qui dit bien ce qu’elle a à dire, donne une illusoire et courte impression de levée fraîche de profits rapides. En fait la régression (notez ce mot!) sur les zones à capitalisme sauvage aura à moyen et long terme les effets qu’ont eu le capitalisme sauvage: désorganisation de la production, dérapage social, paupérisation à outrance, émeutes de la faim, spéculation sans balises menant à des crash boursiers, dans des pays pauvres mais dont le sort semble soudain rayonner sur le monde. La Thaïlande, la Russie et le Brésil en temoignent. Le capitalisme étire son sursis, mais tout cela revient à la fameuse baisse tendancielle du taux de profit. Elle se poursuit, inexorable, et les profits absolus ne doivent pas faire illusion quand au caractère déterminant de cette loi. Le capitalisme se love sur la planète entière, mais en même temps il s’étrangle impitoyablement avec ses propres circonvolutions. Il va se trouver coincé entre l’aristocratie ouvrière occidentale qui va se mettre à s’agiter pour ne pas perdre ses privilèges, et le prolétariat des nouvelles zones, productives industriellement mais arriérées politiquement, qui va se mettre à s’agiter pour acquérir les siens. On n’a pas fini de voir s’ébranler le monde. Mais cette fois-ci, le capitalisme ne trouvera plus un “quint” ou un “sixte” monde pour se réactiver, la planète étant, l’un dans l’autre, une sphère finie…

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La fin historique du racisme

Publié par ysengrimus sur mai 1, 2008

Si le racisme se perpétue longtemps après l’effondrement des conditions objectives de son engendrement, cela s’explique d’une façon claire quoique souvent mécomprise: le racisme sert le capitalisme. Clarifions d’abord une chose: il n’y a pas de racisme dans la société esclavagiste. Vous avez bien lu. Il y a plutôt un phénomène bien pire, dont nous avons tout oublié: la division raciale du travail. L’esclavagisme requiert pour fonctionner efficacement qu’un signe distinctif imparable et inaltérable fasse la différence entre maîtres et esclaves. Certains signes afférents furent utilisés: le fait de marcher à pied plutôt que d’aller à cheval, certains attributs vestimentaires ou capillaires, la marque au fer rouge. Mais un esclave matois peut toujours voler un cheval et altérer son apparence. Tant et tant que le signe distinctif imparable se trouva vite sélectionné: la couleur de la peau. Comme l’or et l’argent supplanta vite le sel comme monnaie, la couleur de la peau, signe patent, intégral, inaliénable, inaltérable, imparable, inusable supplanta vite toute autres caractéristiques pour désigner l’esclave. Le culminement de ce phénomène, sa réalisation cardinale, c’est, naturellement, la Confédération Sudiste Américaine qui y accède. Dans une rue d’Atlanta de 1855 on pouvait, d’un seul coup d’oeil, distinguer les maîtres des esclaves. Cela se faisait dans la brutalité la plus absolue et la plus tranquille et de ce fait, sans animosité particulière. Le système social tenait, on n’avait pas à pester contre les races. La ségrégation inhérente à cette division raciale du travail était objective plutôt que subjective, si je puis dire. L’économie agricole reposait sur elle, en vivait. On donnait des ordres aux hommes et aux femmes noirs et on prenait les ordres des hommes et des femmes blancs. Il y avait deux classes distinctes d’êtres humains. Fin du drame. Le dispositif était rodé. Les maîtres étaient condescendants ou brutaux, placides ou cruels, matois ou bêtes, mais ils n’étaient pas spécialement racistes, au sens moderne du terme. Le servage d’occupation des anciennes colonies africaines fonctionnait selon un modus similaire -mais pas identique- de violence tranquille et de puissance foncière bonhomme. Pour des raisons de balance démographique et de fragilité inhérente à toutes les invasions coloniales, nos bons coloniaux rencontraient cependant toutes les contraintes objectives des occupants minoritaires.

Le capitalisme détruit inexorablement le système agricole basé sur l’esclavage et c’est alors, alors seulement, que le racisme apparaît. On ne devient raciste que lorsque la personne de l’autre race est objectivement notre égal. Le racisme est le regret subconscient de la division raciale du travail perdue. Il est une représentation idéologique illusoire et régressante, nostalgique de l’époque où le Noir et l’Arabe n’étaient pas un égal. Le racisme jaillit donc dans une société basée sur la mise en marché nivelante de la force de travail où toutes les races sont désormais intégralement égales face à l’exploitation capitaliste objectivement aveugle aux races. La contradiction est donc que le capitalisme, pour qui ne comptent plus que l’argent et le travail, engendre le racisme, moins en référence aux conditions qu’il met en place qu’aux conditions antérieures de paix sociale ségrégante qu’il détruit. Le Ku Klux Klan dans les Amériques est l’incarnation suprême de ce phénomène de nostalgie du temps où on ne forçait pas le noir et le blanc à s’asseoir à la même table. On regrette l’époque “idyllique” où le noir cueillait le coton et ou le blanc le surveillait sereinement les armes à la main. Désormais, capitalisme dixit, les cueilleurs et les surveillants sont de n’importe quelle couleur. Il faut imparablement que l’égalité entre les races et la disparition de la pertinence économique des races soient objectivement instaurées pour que son rejet subjectif régressant, le racisme, se manifeste.

Voyons par exemple les travailleurs et les travailleuses français, toutes origines ethniques confondues. Le capitalisme cultive envers eux, comme envers quiconque, un ensemble de procédures brouillantes et divisantes visant à perpétuer la compétition au sein du prolétariat pour retarder au maximum la mise en place d’une solidarité de classe. L’ensemble grouillant et nauséabond des représentations régressantes et nostalgiques est le vivier parfait où puiser. Si le racisme est instillé, préservé, maintenu, alors qu’on importe massivement du prolétariat frais, compétent et peu exigeant des anciennes colonies, la «race ennemie» tangible devient le prétexte idéal faisant écran de fumée parfait à l’ennemi réel intangible: l’exploitation capitaliste. Le racisme du charbonnier du travailleur français repose donc sur deux altérations idéologiques de son éducation prolétarienne perdue: nostalgie régressante de la supériorité coloniale et manifestation du fait que l’idéologie dominante est l’idéologie de la classe dominante. Dans ce second cas, le travailleur intègre la logique mentale du capitaliste au point de penser son camarade de classe comme un compétiteur étranger! La couleur de la peau, qui servait jadis au maître à cheval à distinguer ses esclaves sur le chantier agricole, sert maintenant à l’exploité non solidaire à sélectionner ses boucs émissaires sur le chantier industriel. On voit bien ici que la notion d’aristocratie ouvrière n’est pas un vain mot. Le rentier social tertiarisé qu’est devenu le travailleur occidental appréhende la perte de ses privilèges petit bourgeois que le prolétariat «racial» ne provoque pas objectivement mais incarne idéologiquement. Ayant perdu de longue date toute éducation communiste, le travailleur français s’attaque au symptôme superficiel de sa déchéance objective plutôt qu’à la cause profonde de son exploitation et de celle de l’exploité immigrant mondialiste, toutes races confondues. Et, au plan bassement politique, un concert bruyant d’échos est donné à cette malodorante gangrène d’idées. Par exemple, pour revenir sur notre continent, par le propos odieux qui marqua la mort de sa campagne d’investiture en 2008, Hillary Clinton instrumentalisa le racisme exactement comme notre culture ordinaire le fait enore. Elle alla dire: “Barack Obama est noir, cela ne marchera pas avec les travailleurs blancs”. Postulant un racisme imaginaire chez les masses, elle le perpétuait sans le confirmer et s’en servait comme instrument de division électoraliste, sur des questions qui n’avaient absolument rien de raciales. Aussi, sa défaite fut-elle une étape de plus… dans la défaite du racisme lui-même. Le fait est qu’implacablement, la réalité complexe et ouverte de la mondialisation portera ce racisme sans fondement objectif, cette compétiton discriminatoire aux assises imaginaires, cette ségrénation-gadget au fin fond de sa déchéance ultime.

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